Quand la Lionne se bat

Auteur : Kayly Silverstorm


RAR

Ira Lea : Je suis désolée, mais Lucius n'est pas au centre de ce chapitre. Et d'abord, comment peux-tu l'aimer ? C'est un monstre ! (Air dégoûté) Mais bon, j'espère que tu apprécieras quand même…

Cassandre8 : Je ne pense pas que l'auteur soit pour la mièvrerie… Ce chapitre fait drôlement les choses entre nos deux personnages !

EmmaD : Je suis d'accord avec toi. Je tiens à dire à ces messieurs que s'ils n'ont toujours pas d'idée pour la Saint Valentin, les couteaux ne sont pas une bonne idée… Alors comme ça, tu trouves que ce chapitre est l'un des plus beau ? Dans ce cas, j'espère que l'émotion de l'original sera quelque peu retranscrite dans ma traduction… Bonne lecture.

Bohemio : Voilà la suite !

Saizo : Quand ça commence à devenir sérieux entre eux ? Patience, même si les choses avancent petit à petit. On en reparle après le chapitre ?

Moggliesmad : Alors là, oui, tu es vraiment trop impatiente. Moi aussi j'attends la suite de l'histoire… Il me reste encore 9 chapitres à traduire avant de rattraper l'auteur, alors…

Lalou : Ton attente s'achève maintenant et recommencera en bas de la page…lol

Spinel : Si tu aimes le romantisme, alors je crois que tu vas aimer ce chapitre, même s'il n'est pas du tout dans le genre du précédent !

Me : Bonjour Toi, voilà la suite. Mais qui se cache derrière ce pseudo ?

Sabrina : Te voilà exaucée, voilà le chapitre dernier cru.

Mathilde : Merci beaucoup, je vais tâcher de continuer comme ça. Bisous.

Vivi : La suite arrive généralement toutes les semaines, sauf retard imprévu, un rendez-vous du week-end… Et heureusement que tout le monde ne lit pas la fic en anglais, sinon, il serait totalement inutile de traduire cette fic, même si ça me fait extrêmement plaisir quand certains lecteurs dévorent la VO mais suive ma traduction tout de même…

El diablo : C'est dommage, moi j'aime beaucoup ce chapitre. J'espère que j'arriverai à te convertir… même si je ne suis pas sûre d'avoir rendu l'émotion que j'ai ressentie en lisant le chapitre d'origine.

Malfoyhermy : Je ne la connaissais pas cette expression : mignon comme un poulet rôti, mais en attendant, voilà la suite, lol.


Chapitre 25 : Du gui à la sauce aigre-douce (2ème partie)

Quand il revient de sa réunion avec le personnel, ronchonnant que c'était une perte de temps, elle était partie. Doucement, il marcha jusqu'au fauteuil où la jeune femme avait l'habitude de lui laisser des mots.

Un parchemin jaunâtre était posé dessus. Il n'y avait qu'un mot dessus, inscrit avec l'écriture précise d'Hermione.

« Lucius. »

Il laissa échapper un juron. Ils avaient compté sur le fait que les Mangemorts ne voulaient pas être dérangés pendant Noël. Cependant, ils n'avaient pas considéré les effets d'un Noël paisible en famille sur Lucius.

Severus n'osait même pas imaginer l'humeur de Lucius lors de son rendez-vous avec Hermione. Son épouse arrogante et hautaine, Narcissa, le haïssait et l'ignorait depuis qu'il avait perdu sa place dans la société en étant reconnu Mangemort. Son fils, même s'il essayait, manquait de cet enthousiasme tout particulier dont avait besoin un Mangemort pour être un bon serviteur.

La peur l'envahit, une panique soudaine de la perdre. Et si Lucius craquait ? Si…

Garde ton sang froid !

Les dents serrées, il ralentit sa respiration et obligea l'effroi à quitter son corps. Il refusait de penser ne serait-ce qu'aux conséquences de cette crise. Il ne devait pas oublier son principal enseignement, celui qu'il rabâchait à Hermione depuis des semaines.

Ne vous préoccupez pas des autres. Ne les laissez pas vous déranger dans votre travail. Faîtes votre boulot et ne pensez à rien d'autre. S'il n'y a rien que vous puissiez faire, cessez de vous ronger les sangs. Pensez plutôt à ce qui vous est possible d'entreprendre.

Il n'avait jamais considéré qu'il fût dur de croire à ce mantra, de s'y soumettre. Garder les gens loin de soi, ne leur donner que des sarcasmes et de l'arrogance, tout cela ne lui avait jamais posé de problèmes.

Il n'avait jamais compris pourquoi Hermione refusait cet enseignement. Jusqu'à maintenant. Il avait fallu qu'il envisage sa mort, rien que ça, pour lui faire réaliser que…

Pathétique. Cesse de pleurnicher et mets-toi au travail.

C'est ainsi qu'il se mit à la tâche, incapable d'effacer le souvenir d'une après-midi semblable, il y a presque deux mois, quand il s'était inquiété pour Hermione sans se l'avouer.

Il resterait loin de toute poésie, cette fois.

Il régla les protections de ses appartements, de manière à ce qu'il soit prévenu du retour de la jeune femme, puis se rendit au deuxième étage, dans son laboratoire, où il commença à couper des ingrédients, les faire fondre et mélanger des potions comme si l'avenir du monde en dépendait.

Les heures passèrent. Il s'aperçut que la lumière extérieure s'affaiblissait, aussi alluma-t-il les lampes, refusant de faire la moindre pause ou de briser sa concentration, comme si son travail pouvait protéger Hermione de la souffrance et des blessures.

L'alarme de l'entrée retentit. Il leva les yeux et vit que la nuit était tombée, tandis qu'il travaillait. En descendant l'escalier en colimaçon, il put voir sa silhouette miroiter lors son passage à travers la tapisserie.

Elle avait un air affreux, les vêtements déchirés et les cheveux emmêlés. Cependant, ce furent ses yeux qui effrayèrent le plus Severus. Immenses et sombres, tels deux tunnels vers les ténèbres. Il ne l'avait vu qu'une fois dans cet état-là, durant sa première hallucination. Les ténèbres de ses yeux contrastaient terriblement avec la pâleur de sa peau qui était presque translucide.

« Enfer et damnation », murmura-t-il. Puis il parcourut la distance qu'il y avait entre eux et essaya de l'allonger sur le canapé. Elle se recula au premier contact.

« Je n'ai pas pu monter les escaliers de la tour Gryffondor », expliqua-t-elle. Sa voix n'était plus qu'un bégaiement hystérique. « J'ai essayé, mais ça faisait trop mal. Je suis donc venue ici. J'ai juste besoin d'une douche et de mon lit. La douleur va s'arrêter d'elle-même. Je suis désolée de vous avoir dérangé, je ne voulais pas… »

« Vous avez eu raison de venir ici », l'interrompit-il, en se demandant pourquoi elle avait ressenti le besoin de s'excuser de cette façon. « Que s'est-il passé ? »

« Rien », chuchota-t-elle, en évitant de croiser le regard de Severus.

Doucement, il lui toucha le menton et l'obligea à relever la tête, de manière à rencontrer ses yeux. Un gémissement s'échappa de la gorge de cette dernière, et dans son regard, il vit la danse frénétique de la folie.

Elle se recula en trébuchant. « Rien. Rien du tout… », dit-elle d'une voix éteinte, aussi audible que le bruissement d'une feuille sèche.

« Ne me mentez pas, Hermione », la réprimanda-t-il doucement. « Etes-vous blessée ? Saignez-vous de quelque part ? »

Elle acquiesça, la tête penchée en avant. Le cœur de Severus se brisa en la voyant ainsi.

« Lucius vous a-t-il blessée ? »

Un autre hochement, si faible qu'il aurait facilement pu échapper à Severus.

Il soupira. « Je vais vous monter et je vais vous examiner », dit-il en plaçant un bras autour de ses épaules et l'autre sous ses genoux.

« Non ! »

Son cri perça les oreilles de l'homme. Comme si elle essayait frénétiquement d'échapper à son contact, elle trébucha et tomba à genoux.

« Ne me touchez pas ! Ne me faites pas de mal. Je vous en prie, je serais gentille ! »

La terreur se propagea immédiatement en Severus. Elle l'avait encore quitté, elle s'était enfermée dans son propre enfer privé dans lequel il n'avait pas accès. Qu'est-ce que ce salaud sanguinaire de Lucius avait bien pu lui faire, pour l'amour du ciel ?

Il tomba à genoux à ses côtés, essayant de rencontrer ses yeux pour la calmer, mais elle ne voulait pas le regarder. Les mouvements de la jeune femme devenaient de plus en plus paniqués. Elle allait se blesser si elle continuait de la sorte. Elle était pâle et ses gestes aussi décousus qu'un ivrogne. Elle perdait du sang et ils n'avaient pas le temps pour une crise de panique.

« Hermione Granger », siffla-t-il, furieux de ce qu'ils lui avaient fait, ce qui rendit sa voix glaciale. « Vous allez me regarder, immédiatement. Relevez la tête, par Merlin ! Regardez-moi ! »

Doucement, elle baissa les mains qu'elle avait collées à son visage. Lentement, sa tête se leva de ses genoux où elle l'avait cachée.

« Je ne suis pas Lucius Malfoy, Hermione ! », le petit visage effrayé de la jeune femme fit disparaître toute trace d'agressivité chez Severus, mais cela ne l'empêcha pas d'articuler les mots avec soin et précision. Elle avait besoin de comprendre ça.

« Regardez-moi ! Qui suis-je ? »

Les yeux d'Hermione le scannèrent pour tenter de le reconnaître. Elle leva une main tremblante vers le visage de l'homme, mais avant qu'elle ne l'ait touché, elle la recula d'une façon maladroite, comme si elle venait de se brûler.

« S… Severus ? »

« Bien. Je suis Severus Snape », dit-il, en cherchant les yeux de la femme qui lui faisait face et en lui envoyant un peu de calme grâce à leur connexion. « Je ne vais pas vous blesser, Hermione. Je vais soigner vos blessures. Vous pouvez me laisser vous toucher. »

« Non… non », protesta-t-elle faiblement. « Vous ne devez pas me toucher. Je suis sale ! Par Merlin, je suis tellement sale que je n'arriverai jamais à me purifier. Vous ne savez pas ce qu'il m'a fait, ce qu'il… »

Un frisson s'empara d'elle et ses yeux se fermèrent tandis qu'elle luttait contre ses souvenirs.

« Arrêtez ça tout de suite, Hermione ! », ordonna-t-il sévèrement. « Vous avez fait votre travail. J'aurais fait la même chose. Et maintenant, je vais vous porter jusqu'en haut et vous me direz où vous êtes blessée. »

« Je ne peux pas… »

« Hermione, me faites-vous confiance ? »

Il savait que la question était risquée. Si elle ne lui faisait pas encore complètement confiance, elle risquait de s'éloigner encore plus. Mais il était vraiment inquiet, pour l'heure. Il pouvait voir le devant de sa jupe se noircir de sang et son comportement capricieux était en lien direct avec le choc qu'elle avait subi.

« Me faîtes-vous confiance ? »

« Oui… oui. »

Il en fut grandement soulagé. « Alors, vous allez me laisser prendre soin de vous, Hermione. Maintenant, je vais vous monter. Je ne vous ferai aucun mal. »

Le corps tout entier d'Hermione se durcit lorsqu'il la toucha, mais elle ne fit aucun mouvement pour l'en empêcher. Il put ainsi la prendre dans ses bras.

« Dîtes-moi ce qu'il s'est passé, Hermione. Je suis désolé, ma douce, je sais que c'est dur, mais je dois savoir ce qu'il vous a fait. »

Il n'avait pas l'habitude de la chouchouter, et l'idée de l'appeler 'ma douce', l'aurait encore révolté il y a de ça un mois. Mais il ne pouvait oublier le courage avec lequel elle l'avait défié dans le bureau de Dumbledore. C'était il y a une éternité. Il ne pouvait oublier sa souffrance quand il l'avait trahie. La lueur dorée dans ses yeux lorsqu'elle avait exposé les couteaux à la lumière du feu. Le vide qui régnait dans ses yeux en ce moment.

Il la porta dans l'escalier en colimaçon, en sentant ses lèvres bouger contre sa chemise blanche, mais seuls quelques fragments de ses paroles lui parvinrent aux oreilles.

« … si honte… »

« Il n'y a aucune raison d'avoir honte en face de moi. J'ai fait des choses bien pires. De plus, je ne le dirai à personne. Je vous en prie. »

« Il m'a emmenée dans un petit cottage », commença-t-elle docilement. Il remarqua à quel point elle avait des difficultés pour garder le contrôle sur les émotions qui l'assaillaient. « Il m'a violée une fois. Deux fois. Et ensuite, il… »

Elle pleurait, sanglotant en silence dans les robes noires de Severus, tandis qu'elle essayait de ne pas mettre trop de douleur dans sa voix. Mais il la ressentait jusqu'au plus profond de ses entrailles.

« Et ensuite, il a pris un couteau et il…il… »

Il savait ce que Lucius aimait faire avec les couteaux. Il l'avait déjà vu en action. Noël devait l'avoir mené au bord de la folie et Hermione avait du en payer le prix. Il resserra la prise qu'il avait sur la frêle ossature d'Hermione tandis que la colère le submergeait.

« Il ne te blessera pas ici, Hermione », lui murmura-t-il à l'oreille. « Personne ne te fera de mal. Je ne le permettrai pas. Je te le promets. Me crois-tu ? »

« Il a dit qu'il m'avait marquée », gémit-elle tout contre son épaule. « Il a dit que désormais, je lui appartenais. Je suis sa pute personnelle. Il a dit qu'il viendrait et qu'il me trouverait si j'étais méchante. »

« Il ment, Hermione. Il ment. »

Par Merlin, comme il aurait aimé que ce salopard soit devant lui, à cet instant. Il lui aurait refait le portrait sans la moindre hésitation. Il l'aurait tué pour ce qu'il avait fait à sa…

« Si il vient, Hermione, je le tue. Je te jure que je le tue. Tu me crois ? »

Elle se fit lourde dans ses bras, comme un poids mort et la peur chassa la rage. « Parle-moi, Hermione ! Ne t'endors pas. Tu me crois ? »

Une réponse, à peine audible. Un tressaillement maladroit de son corps dans les bras de Severus. « Oui… »

« C'est bien. Continue de parler, ma douce. Combien de temps s'est-il écoulé depuis qu'il t'a fait ça ? Comment es-tu revenue ? »

Il venait d'atteindre la porte de sa chambre. Il l'ouvrit en coup de vent grâce à un sortilège murmuré. Il traversa la pièce et la déposa sur son lit, avec précaution, doucement. Il se précipita vers l'armoire où elle conservait potions et bandages, et l'ouvrit à la volée.

« Combien de temps, Hermione ? Parle-moi ! »

Le drap tomba lorsqu'elle bougea dans le lit. Son visage était désormais plus blanc que le linge dans lequel elle était.

« Vingt minutes… Une demi-heure. Je me suis évanouie. Quand je me suis réveillée, il était parti… »

Il choisit une potion de reconstitution sanguine. Quelque chose contre la douleur. Mais il n'osait pas lui donner une potion de sommeil ou quelque chose qui supprimerait totalement la douleur. Elle devait sentir ce que son corps allait subir, l'alerter au besoin.

Il sentit les ténèbres envahir son esprit. Des pensées violentes et furieuses… mais ils les repoussa. Plus tard. Elle avait besoin de lui, maintenant. Il ne la laisserait pas tomber pour pourchasser ses propres démons. Il la sauverait.

« Il est parti, maintenant, Hermione. Il est parti. Bois ça. Ça va t'aider. »

Elle était désormais trop faible pour lever la tête, mais il l'aida et elle but la potion docilement.

« Mais il est toujours là », protesta-t-elle faiblement. « Je peux sentir ses mains me blesser, ses doigts brûlants sur ma peau. » Soudain, elle bascula la tête en arrière en hurlant de douleur. « Ses mains, elles sont partout sur moi ! Par Merlin, ça brûle ! »

Il la perdait. La potion ne fonctionnait pas assez vite, et si elle lui échappait maintenant, elle ne s'en remettrait pas. Elle avait besoin d'être soutenue, pour quelques minutes encore, jusqu'à ce qu'il la soigne.

« Hermione » Pas de réaction. « HERMIONE ! Pour l'amour du ciel, femme, réponds ! »

Un tremblement parcourut le corps de cette dernière. Il utilisa sa baguette pour découper la cape d'Hermione, ainsi que son uniforme d'école, exposant par la même des sous-vêtements imbibés de sang.

« Hermione ! »

Il lança un sort de diagnostic sur son abdomen, sachant parfaitement à quoi s'attendre. Mais le résultat lui donna tout de même la nausée.

« Miss Granger ! Les ingrédients de la pommade contre les brûlures ! Cessez de lambiner et répondez-moi, immédiatement ! »

La voix sèche et tranchante de son Professeur la sortie de son état second. Etant de celles qui répondaient toujours aux Professeurs, elle articula difficilement le nom des ingrédients qu'elle aurait pu réciter dans ses rêves.

« Une racine d'aloès et de la cire d'abeille », gémit-elle.

« C'est juste. Plus vite, Miss Granger, je n'ai pas toute la nuit », gronda-t-il tandis qu'il accomplissait des sorts de soin, priant désespérément pour que ça ne soit pas trop tard. Les blessures internes avaient fait gonfler son abdomen et les draps étaient rouges de sang.

« Feuilles écrasées de fleur de givre… extrait d'algues… eucalyptus… »

Il lui fallu cinq minutes pour soigner le carnage sur les chairs meurtries ainsi que sur les veines que le couteau de Lucius avait causé. Pendant tout ce temps, il écouta la faible voix d'Hermione réciter la recette pour la pommade. Elle était plus précise que ce à quoi il pouvait s'attendre de ses camardes en pleine santé. Il voulait pleurer, hurler de douleur et de frustration, mais il garda sa voix tranchante sous contrôle. Ses mains travaillaient avec l'efficacité ininterrompue du Maître des potions tandis que le désespoir assombrissait son esprit.

Puis, après environ un quart d'heure, ses sortilèges lui donnèrent la confirmation de ce qu'il espérait. Elle allait vivre. Les potions commençaient à agir et le visage de la jeune femme regagna quelques couleurs. Ses yeux reflétèrent alors peu à peu son retour à la réalité.

Severus se souvint qu'il devait respirer. Ses narines s'emplirent alors de l'odeur infâme et répugnante du sang, de la sueur et de la douleur. Il alla donc à la fenêtre pour l'ouvrir. L'air frais l'aida à évacuer les dernières traces de panique de son esprit. D'un coup de baguette, il lava Hermione ainsi que son lit, effaçant ainsi les preuves de sa courte évasion.

Lentement, se sentant soudain vieux et fatigué, Severus se dirigea vers l'âtre de la cheminée et y alluma un feu. Il déplaça ensuite un fauteuil pour le rapprocher du lit avant de s'y asseoir. Il se sentait chancelant de soulagement.

Elle allait vivre.

Il se laissa emporter par sa faiblesse. Elle déposa sa tête fatiguée dans ses mains. Ils avaient eu de la chance, mais le danger n'était pas complètement écarté. Puisant dans les dernières réserves de force qu'il avait gardées de ses nombreuses années d'espionnage, il se redressa et examina le visage de la jeune femme d'un œil critique.

« Hermione. »

Les yeux de celle-ci s'étaient clos quand il avait cessé de lui parler. Ils s'ouvrirent de nouveau, doucement, et il put voir combien elle luttait pour ça, combien ses paupières étaient lourdes et à quel point le sommeil menaçait de l'emporter. Elle combattit toutefois, courageuse et entêtée qu'elle était.

« Peux-tu m'entendre, Hermione ? Sais-tu où tu te trouves ? »

Elle haleta, mais il put voir son combat pour regagner le contrôle de son corps suite à un tel choc, elle se servit de la douleur qu'elle ressentait. Ses yeux s'éclaircirent et une lueur de reconnaissance les illumina.

« Severus », murmura-t-elle comme elle l'avait fait vingt minutes plus tôt. Une éternité.

Il lui sourit chaleureusement. Désormais, c'était quelque chose qui lui venait naturellement, même s'il n'avait jamais souri de toute sa vie.

« Comment te sens-tu ? », demanda-t-il lentement.

« Je… j'ai si froid… et je suis tellement sale. »

« Tu as perdu beaucoup de sang. Tu auras moins froid dans quelques minutes. Contente-toi de te détendre et de respirer profondément. »

Mais le froid ne sembla pas être le souci le plus urgent.

« … douche… », dit-elle d'une voix rauque.

Et, en dépit de sa grande faiblesse, elle commença à s'obliger à se mettre debout. Seul le petit gémissement qui s'échappa de ses dents serrées fit réagir un Severus bouche bée.

« Tu ne peux pas bouger », lui dit-il, en la poussant avec douceur contre ses oreillers. « J'ai soigné tes blessures, mais tes chairs sont toujours fragiles. Le moindre mouvement pourrait de blesser de nouveau. »

Les mots de Severus semblèrent raviver le souvenir de ce qui s'était passé dans l'esprit de la jeune femme, si bien qu'elle se raidit et tenta de se rouler en boule, de manière à se protéger.

« Attention, Hermione », il dut la stopper une nouvelle fois. « Ne bouge pas. »

Ses mains se tendirent, tremblantes, faibles. Elle commença à se frotter la peau, de haut en bas, essayant misérablement de se laver de ses souvenirs. Il lui avait lancé des sorts de nettoyage pendant son inconscience, mais ce n'était clairement pas suffisant. Elle avait besoin de se purger elle-même des contacts que lui avait imposés Lucius, besoin de se débarrasser de la saleté dont il l'avait recouverte.

Severus se souvint de ces nuits, quand il se frottait à sang sous la douche, essayant de faire partir, grâce à ses mains, la souffrance, les visages qui l'avaient supplié de les épargner…

« … douche… »

Il ne savait pas si c'était une bonne idée. Elle n'avait pas besoin de mains supplémentaires sur sa peau abîmée, mais c'était la seule solution pour l'aider à se laver.

Tout en conjurant une bassine d'eau chaude et une éponge, il s'agenouilla à côté du lit.

« Décontracte-toi, Hermione », lui dit-il. « Je vais t'aider à faire partir ses mains. »

Elle siffla lorsque l'éponge la toucha, ses yeux emplis de panique se tournèrent vers Severus.

Il abaissa toutes les barrières autour de son esprit et l'ouvrit à elle pendant un court instant, pour lui prouver ses intentions et particulièrement son souhait. Il envoya des pensées calmes, chaleureuses et paisibles à travers leur connexion. Pendant ce temps, il n'avait pas bougé l'éponge d'un millimètre.

Finalement, elle se détendit sous son contact, et une nouvelle fois, il s'émerveilla de la confiance qu'elle lui témoignait.

Ses mouvements étaient lents. Il fit bien attention à éviter toutes les zones qui auraient pu l'effrayer, qui auraient pu la pousser à rejeter ses mains. Lorsqu'il la fit léviter pour lui laver le dos, un frisson la parcourut.

« … quelle gravité… »

« Très grave », répondit-il, la connaissant suffisamment pour ne pas mentir. « Il t'a presque tuée. S'il s'était écoulé quelques minutes de plus, il aurait été trop tard. »

Elle en trembla et ferma les yeux, se cachant du monde qui l'entourait. Il s'aperçut de son repli, et entendit à peine son chuchotement fatigué.

« … pitié… »

« Ne dis pas ça, Hermione. Je suis content que tu sois revenue à temps. »

Quand il eût fini de la laver, elle commença à trembler, et il se dépêcha de la sécher à l'aide d'un sort. D'un coup de baguette, il le revêtit d'un pyjama propre. Il hésita un instant, puis il décida de terminer son opération 'nettoyer Hermione'. Il appela le sèche-cheveux qui se trouvait dans la salle de bain, installa la tête de la jeune femme délicatement sur les oreillers et commença à peigner sa tignasse.

Il n'avait jamais coiffé une femme auparavant. Il était apaisant de laisser glisser la brosse longues mèches soyeuses qui n'avaient pas été coiffées depuis un certain temps. Il vit que Hermione avait fermé les yeux, et doucement toutes les rides de douleur s'effacèrent de son visage.

« Ma mère me faisait ça quand j'étais petite », chuchota-t-elle, sa voix s'affaiblissant.

Après un moment de tranquille réflexion, il se décida pour une simple tresse. Elle avait l'air un peu tordue, mais elle était tout à fait acceptable pour une première fois. Soigneusement, il remis les oreillers en place et remonta les couvertures sur Hermione. Il pensait qu'elle s'était endormie, mais lorsqu'il se leva de sa chaise, les paupières de la jeune femme se rouvrirent.

« Merci, Severus. »

« Tu es la bien venue, Hermione. Essaie de dormir. Je ne te laisserais pas seule. »

Elle soupira, et il attendit que ses paupières se referment, que ses lèvres s'entrouvrent légèrement dans le sommeil avant de se diriger vers son bureau. Il avait encore une chose à faire avant de s'abandonner dans les bras de Morphée.

Draco devait savoir où son père avait été. Il devait en être hystérique à l'heure qu'il est. Severus fit apparaître un parchemin avec une plume et gribouilla rapidement une note avec une écriture d'adolescent, une écriture d'étudiant pas très ordonné.

« Cher Draco

La Lionne que tu m'as envoyée est super ! Elle a eut une rude journée, mais maintenant que je l'ai pansée un peu, elle ira bien. Je veillerai sur sa santé.

Passe un joyeux Noël ! Nous nous verrons à Poudlard,

Sincèrement,

Elrond. »

Il confia la lettre à son hibou. Il fermait la fenêtre derrière lui quand il entendit le froissement des pyjamas. Il se retourna pour trouver Hermione toujours endormie. Mais toute sa sérénité l'avait abandonnée. Ses mains la griffaient sous ses vêtements de nuit, sa mâchoire était crispée et son dos se tordait de douleur. Hermione était l'image même de l'agonie silencieuse.

Les anciens amis de Severus, les cauchemars, étaient de retour. Et d'après ce qu'il pouvait en juger, ils étaient partis pour rester.

Sans en être vraiment conscient, ses pieds le portèrent jusqu'à elle. Il prit sa main froide et tremblante dans la sienne, en se souvenant combien sa présence l'avait calmée, une fois.

Soit ces souvenirs étaient exagérés, soit elle était partie trop loin pour être atteinte parle contact simple d'une main, car les mouvements agités ne cessèrent pas.

Il fronça les sourcils. Les convulsions devaient être arrêtées, ou elles risquaient de rouvrir les blessures à peine refermées. Mais il ne voulait pas la réveiller. Elle avait besoin de dormir.

Et ainsi, le calme de minuit vit le Maître des potions de Poudlard enlever ses chaussures silencieusement ainsi que ses robes extérieures près du lit d'une étudiante. Prudemment, il la souleva légèrement des oreillers et monta derrière elle.

Il outrepassa de manière flagrante son rôle lorsqu'il la berça contre son torse. Cela aurait même choqué Albus qui s'en serait étouffé avec ses sorbets au citron.

Mais les mouvements de la jeune femme cessèrent. Les cauchemars diminuaient en intensité, et sans se réveiller, elle se colla un peu plus au corps chaud et réconfortant qui la soutenait.

Un petit sourire, fatigué et las, même dans son sommeil, s'étira sur ses lèvres, et il sourit en retour, une chaleur étrange s'épanouissant dans sa poitrine tandis qu'il regardait Hermione Granger dormir.

Il s'était attendu à ressentir de la gêne dans cette proximité si étroite, à détester ce contact. Il n'était pas de ceux qu'on touche, et toute personne qui avait envahi son espace personnel l'avait regretté amèrement.

Mais c'était différent. C'était Hermione.

Et tandis qu'il regardait longuement le visage de la jeune femme redevenu paisible, il prit conscience d'une chose si brutalement, que seule sa discipline d'espion lui permit de contrôler une réaction physique.

Sans savoir pourquoi, durant toutes ces semaines de discussions, de recherches et de combats, elle était devenue plus importante pour lui que n'importe quelle autre pièce du jeu, bien plus importante qu'une amie ou une partenaire.

Elle était devenue le centre de sa vie.

Il ne savait pas comment cela avait bien pu se produire, comment cette miss je sais tout, à la chevelure broussailleuse et de vingt ans sa cadette, avait pu prendre une telle place dans son esprit et dans son cœur.

Tout ce qu'il savait, c'est que le serment qu'il avait fait de la protéger, qui avait autrefois le but d'assurer un avantage à l'Ordre, lui avait offert une nouvelle voie dans la vie. Et il protégerait le petit miracle qui dormait dans ses bras de tous ceux qui la menaceraient. Au péril de sa vie, s'il le fallait.

Sans s'en rendre compte, ses longs doigts fins commencèrent à caresser les cheveux d'Hermione, laissant ses lourdes mèches courir dans ses mains. C'est ainsi que, Hermione reposant contre son torse, ses mains la berçant, Severus Snape s'endormit.


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Alors, comment pensez-vous que Hermione va réagir ?