Quand la Lionne se bat
Auteur : Kayly Silverstorm
RAR
Moggliesmad : Toi tu penches pour un réveil plutôt brutal ? Je trouve cette expression très appropriée ! Fin du suspense…
Malfoyhermy : Mal, mal, c'est un grand mot. Il est vrai qu'elle ne s'y attends pas, mais qui sait, peut-être que ça va s'arranger ! Bonne lecture.
Sabrina : Oh, oh, une courageuse. Ne confonds tes rêves avec la réalité ! Fantasmerais-tu sur un Snape dans ton lit au petit matin ? lol
Cassandre8 : Je trouve que tu as très bien cerné le personnage d'Hermione, d'ailleurs, on en reparle dans le chapitre. Merci pour tes encouragements et passe un bon moment… enfin, je l'espère.
Lalou : Finalement, vous avez tous bien saisi le caractère des personnages ! Il n'est peut-être plus utile que je traduise… vous savez déjà tout !
El Diablo : Alors là, je suis très fière de moi : j'ai réussi à te convertir ! Le but de toute mon existence est atteint ! Quoi ? J'en fais un peu trop ? Bon, d'accord, peut-être, mais je suis quand même contente. Pour ce qui est de la traduction de 'woman' en 'femme', c'est vrai que ça peut faire bizarre, mais je ne voulais pas dire 'jeune fille pour deux raisons. Tout d'abord, Severus ne vois pas Hermione comme une jeune fille, loin de là ! En plus, si j'avais utilisé 'jeune fille', ça ne cadrait pas avec le tutoiement que je venais de mettre en place. Ben oui, ils ne vont quand même pas se vouvoyer jusqu'à la fin… Je me suis donc dit que woman n'était pas si mal que ça. Je ne trouve pas que ce soit vulgaire et je trouvais même venant de Severus, ça collait… Mais je comprends que ça puisse faire bizarre, donc dans le chapitre ci-dessous, j'ai remplacé woman par Hermione, tout simplement.
Me : Ton attente va être récompensée, voilà la suite.
Bohemio : Réaction intense, hein ? Voilà la réponse.
Sevina : Pauvre Lucius ! C'est quand même grâce à lui que nos deux protagonistes se sont rapprochés…
Ira Lea : Je comprends parfaitement ce que tu veux dire. Ce n'est pas moi qui vais te faire la leçon puisque je préfère également les personnages sombres ! Mais je n'ai pas pu résister, il fallait que je m'insurge contre cette prise de position totalement impartiale… juste pour te faire râler ! lol Je te remercie de cette adresse que tu m'as laissée, je ne connaissais pas et n'ai pas encore eu le temps d'y aller, mais j'y ferai un tour un de ces jours. J'espère que ce chapitre te plaira autant. Bisous.
EmmaD : Tu n' es en rien sadique, sinon, c' est que je le suis aussi… euh, ce n'est peut-être pas la meilleure comparaison que je puisse faire. Mais ce chapitre est chargé d'émotion, c'est donc normal d'être touché par ce qui est dit. J'en profite pour tirer mon chapeau à Kayly. Voilà la suite, bonne lecture.
Melinda Poteauxroses : Encore une qui veux tuer Lucius ! Mais vous pensez à Draco, je suis sûre qu'il serait triste, même si son père est une ordure.
Spinel : Sois pas triste, tu l'as dit toi-même, tu en auras deux quand tu reviendras sur le site, enfin j'espère, lol !
Chapitre 26 : Cicatrice
Chère Hermione,
Merci beaucoup pour tes cadeaux, ils sont merveilleux ! J'adore le mini scrutoscope, et je le garde autour de mon cou en permanence. Il a déjà démontré son utilité, une fois, quand George et Fred ont voulu nous prendre par surprise. Mais le scrutoscope a hurlé si fort que les jumeaux en ont presque fait une crise cardiaque. Mes oreilles n'ont plus fonctionné pendant la demi-heure suivante, mais mis à part cet inconvénient, je l'aime énormément.
Honnêtement, je n'ai pas vraiment compris pourquoi tu as donné à Ron ces bouquins de psychologie. Je pense qu'ils sont plutôt ennuyeux, mais Ron m'a dit de te remercier pour les livres. Il m'a également demandé de te dire qu'il passe ses journées à les lire, c'était donc un bon choix de ta part. ai-je oublié quelque chose ?
Mais la chose la plus étrange s'est passée hier. Tu ne vas pas y croire, Hermione ! Devine qui m'a écrit ? Justin Finch-Fletchley ! Il m'a dit à quel point son Noël a été ennuyeux, puis il m'a demandé si nous pouvions nous retrouver quelque part pendant les vacances. Il m'a proposé le Londres moldu !
Ne t'énerve pas en lisant ça, car même si je ne t'avais pas promis de ne rien faire de dangereux, je n'aurais jamais rencontré Justin pour tout l'or du monde. Je me suis presque endormi en lisant sa lettre ! Alors je lui ai répondu aussi brièvement que possible pour lui dire que, non, je n'avais pas le temps pour ça.
N'est-ce pas complètement bizarre ? Fred a suggéré que Justin était amoureux de moi, mais maintenant, Ron me regarde comme un chiot à chaque fois qu'il me croise et me dit que je brise le cœur de Justin. Il est temps qu'on revienne à Poudlard, vraiment ! (Excepté le fait que j'y rencontrerai Justin, beurk !)
En tout cas, j'espère que ton Noël s'est passé sans encombre. Salue tes parents pour moi (si tu penses qu'ils apprécieront), et ne t'inquiète pas trop. A dans une semaine !
Avec tout mon amour,
Harry
OoOoOoOoOoOoOoOoOoOo
Dans le silence du matin d'hiver, la lumière blanche devint petit à petit dorée à travers ses paupières closes. Avec le torse chaud de Severus contre sa joue, Hermione dormait.
Ses rêves, comme c'était souvent le cas ces derniers temps, étaient colorés de rouge, mais cette fois, ce n'était pas un rouge criard, provenant du sang fraîchement versé. Ce n'était pas non plus la nuance légèrement plus sombre qu'elle associait à la panique et à la violence, mais la sombre et chaude couleur d'un bon vin qui l'enlaçait de son étreinte chaleureuse.
Elle n'était pas effrayée par le doux contact et ne ressentait pas le besoin de s'échapper. Pour la première fois depuis des mois, la douleur et la peur cédaient du terrain dans les rêves d'Hermione au lieu de la dévorer. Elle prit son temps pour se réveiller, goûtant pleinement au sentiment de sécurité qui s'était propagé en elle durant la nuit, et qui réchauffait à présent son corps tout entier telle une douce couverture.
Lentement, avec cette délicieuse sensation de coton autour d'elle, elle refit peu à peu surface. Elle ne voulait pas se réveiller, ni même bouger ou boire. Elle se contenta de s'étirer majestueusement, en s'interrogeant brièvement sur les courbatures de ses muscles, tandis que chacune des cellules de son corps profitaient encore du sentiment de sécurité.
Jusqu'à ce qu'elle ouvre les yeux et rencontre des pupilles noires qui la fixaient avec curiosité.
D'un battement de paupière, sans même y penser, elle sauta hors du lit et ses pieds la conduisirent à l'autre bout de la chambre, un couteau dans une main, sa baguette dans l'autre.
Par Merlin. Severus. Il a dormi dans mon lit. J'étais dans ses bras ! Que s'est-il passé hier ?
Elle tenta alors de se souvenir des événements de la nuit précédente, mais son esprit était en plein chaos. Douleur, peur, sang, cris et désespoir, et enfin… des mains chaudes qui la touchaient, un large torse contre lequel elle se blottissait, des doigts qui lui caressaient les cheveux…
Elle se raidit en se remémorant ce souvenir. Quelque chose de grave était arrivé hier. Quelque chose avait poussé Severus à traverser la frontière invisible qu'elle avait construite entre eux, pour pénétrer l'espace personnel qu'elle avait toujours préservé depuis qu'ils s'étaient rapprochés. Et quelle qu'en soit la raison, elle ne l'appréciait pas du tout.
Soudain, toute la confiance qu'elle lui avait accordée lui sembla être source de danger, et le savoir si près la fit serrer un peu plus sa baguette. Que lui était-il arrivé, pour l'amour de dieu ?
Severus remarqua avec satisfaction qu'elle avait manifestement activé la fonction portoloin de ses couteaux la veille. Il ne bougea pas, et attendit qu'elle reprenne d'elle-même ses esprits. Mais les secondes se transformèrent en minutes, et elle restait là, les yeux pleins de suspicion, son couteau dirigé vers lui.
« C'est moi, Hermione », annonça finalement Severus lorsqu'il réalisa qu'elle ne se détendrait pas. « Tu es en sécurité. »
Son corps se raidit encore un peu plus si c'était possible, comme si elle se méfiait du mensonge.
« Je sais que c'est vous. C'est évident », répondit-elle d'une voix furieuse. « Ce que je ne sais pas, c'est ce que vous faites dans ce foutu lit ! »
Severus soupira. Elle ne se rappelait pas. Ou du moins, elle ne voulait pas se souvenir. Ce qui rendait les choses plus difficiles.
« Je suis désolé », lui dit-il calmement. « Je sais à quel point tout ceci doit être déplaisant pour toi. Mais tu étais extrêmement agitée la nuit dernière, tu étais tellement désespérée et paniquée, je n'arrivais pas à t'empêcher de remuer dans ton sommeil. Tu risquais de rouvrir tes blessures. Ma présence semblait te calmer, alors je… »
Elle rougit à la pensée que la présence de Severus l'avait calmée, qu'elle se détendait plus facilement dans les bras de celui-ci que seule, mais ensuite, le reste de la phrase sembla faire tilt en elle, et elle devint blanche comme un linge.
« Que s'est-il passé hier ? Que vous ai-je dit ? », demanda-t-elle, la voix vibrante de colère et de peur.
« Tu ne te rappelles pas ? », rétorqua-t-il.
La douleur traversa son visage, et elle resserra un peu plus sa prise sur le couteau, si bien que ses articulations en devinrent blanches.
« Répondez-moi », murmura-t-elle en grondant presque. « Que s'est-il passé ? »
Il sembla soudain à Severus que les deux derniers mois ne s'étaient jamais passés, qu'elle était de nouveau en cure de désintoxication, qu'elle ne se souciait de rien d'autre que des distances entre eux. Elle était concentrée pour préserver ses secrets et maintenir les distances.
Il n'y avait plus aucune trace de confiance sur son visage et dans ses yeux, plus aucune trace des liens qui les avaient unis. Il tenta d'atteindre son esprit, de lui envoyer des pensées calmes, des pensées de paix et d'amitié comme il l'avait fait la nuit précédente, mais l'esprit de Severus se heurta à un mur de pierre. Les pensées et le corps de la jeune femme lui étaient complètement inaccessibles. Elle s'était enfermée dans son propre monde. Même s'il ne comprenait pas pourquoi les lèvres d'Hermione étaient pincées de fureur, pourquoi son regard était si dur, il savait qu'il devait lui parler s'il ne voulait pas la perdre définitivement.
« Vous avez rencontré Lucius, hier, aux alentours de midi. Quand vous êtes revenue, il était déjà tard. Il vous a violée et vous a entaillée profondément avec un couteau. » Il commença à raconter les événements de la veille, en veillant à garder un ton de voix neutre.
Il savait combien ce devait être douloureux pour elle, et combien elle haïssait révéler ses faiblesses face à lui. C'est pourquoi il évita son regard et continua à parler calmement, lentement pour lui laisser le temps de tout assimiler.
« Au début, vous ne me reconnaissiez pas, mais j'ai réussi à vous convaincre que vous aviez besoin d'aide. Je vous ai portée dans les escaliers, jusque dans votre lit. Vous étiez en état de choc, et je pensais que vous n'y seriez pas parvenue. Je vous ai demandé de réciter une recette pour vous garder éveillée. Et quand vous avez été hors de danger, j'ai écrit une lettre à Draco pour qu'il ne s'inquiète pas. En peu de temps, vous étiez plongée dans un affreux cauchemar et la seule façon pour moi de vous calmer a été de vous prendre dans mes bras pendant votre sommeil. Je me suis endormi au cours de la nuit et me suis réveillé quelques instants avant vous. »
Même après avoir fini son récit, il garda son regard fixé sur les étagères, loin d'elle, par précaution. Il entendait sa respiration, rapide et effrayée, comme si elle essayait de surmonter un choc. Un sanglot presque inaudible s'échappa de ses lèvres pincées. Il savait qu'elle se souvenait maintenant, qu'elle essayait de faire avec les événements de la veille, avec sa douleur.
Il lui donna du temps. Ce ne fut que lorsqu'elle parla qu'il tourna de nouveau les yeux vers elle. C'est là qu'il vit une larme couler le long de son visage, elle semblait tellement perdue et souffrante qu'il eut envie de la prendre dans ses bras. Puis il vit son menton levé dans un air de défi, ses yeux brillants de fureur.
« Vous m'avez lavée », murmura-t-elle d'un ton accusateur qu'il ne parvint pas à interpréter. « Vous m'avez brossé les cheveux. »
Il acquiesça, méfiant. Il lui avait semblé que c'était la meilleure chose à faire, mais peut-être qu'à présent, elle se sentait violée.
« Vous aviez tellement besoin de vous laver, Hermione. Vous essayiez même de prendre une douche, alors que vous ne pouviez pas bouger sans perdre du sang. C'était le seul moyen de vous aider. Je sais combien il est important pour vous de vous laver après. »
Alors il savait ? Lui cria son esprit. Evidemment qu'il savait. Il était l'homme le plus intelligent qu'elle ait jamais rencontré, et elle lui avait donné de nombreuses occasions d'observer ses habitudes, ses croyances, ses besoins. Il ne devait y avoir grand-chose qu'il ne savait pas, à présent.
Le désespoir envahit son esprit, et elle put sentir le goût amer de la panique s'immiscer dans sa bouche. Elle se souvenait de tout désormais. Comment il l'avait prise, comment il lui avait demandé de lui faire confiance, comment il avait pris soin d'elle et comment elle s'était détendue à son contact. Elle lui avait permis de prendre totalement le contrôle de la situation. Elle avait remis sa vie entre ses mains, lui avait confié son avenir, tout ce qui pouvait lui arriver, même si la honte la consumait de l'intérieur.
Qu'avait-elle fait !
Tout cela n'était pas supposé arriver ! Elle n'avait pas pensé devenir aussi proche de lui ! Comment pouvait-elle garder ses secrets si elle dépendait de lui ? Comment pouvait-elle rester sur ses gardes quand il connaissait si bien ses faiblesses ? Qu'il l'avait poussé à se blottir contre lui, à lui faire entièrement confiance ?
Comment avait-elle pu laisser les choses évoluer de la sorte ? Alors qu'elle savait qu'elle ne risquait pas seulement son futur à elle, mais aussi son bonheur à lui ! Pourquoi ne l'avait-elle pas stoppé avant qu'ils ne deviennent si proches ?
Parce que, même maintenant, quelques secondes après avoir réalisé quel danger la menaçait, elle souhaitait se jeter dans les bras de l'homme, partager avec lui sa peine et sentir sa chaleur.
Malheur, je deviens faible à cause de lui ! J'aurais du savoir que ça arriverait !
Mais vous aviez promis de ne pas le faire ! », murmura-t-elle.
« Ne pas faire quoi ? » Il était confus. Avait-il promis de ne pas la toucher ? Il ne se souvenait pas d'une telle chose, et le profond reproche dans la voix d'Hermione, sur son visage le rendait nerveux, comme s'il avait commit un crime impardonnable sans s'en rendre compte.
« Ne pas me dorloter. Ne pas devenir trop proche et ne pas vous inquiéter pour moi de cette façon. »
Il soupira d'exaspération, en se levant enfin du lit et essaya de se rapprocher d'elle. Il portait toujours ses robes de la veille, froissées pendant la nuit. Habituellement, elle aurait sourit d'un air narquois à la vue si inhabituelle du Maître des Potions. Seule sa main bougea alors vers lui, un avertissement silencieux pour qu'il ne s'approche pas plus.
« Etes-vous en train de faire allusion à mon comportement d'hier soir ? », demanda-t-il, incrédule. « Du fait que j'ai pris soin de vous ? Que je me suis inquiété pour vous et vous ai traitée comme un être humain et non comme une chose ? »
Elle ne pouvait pas être réellement sérieuse à ce sujet ! Il n'avait pas pitié d'elle ! Il avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour la sauver parce qu'il ne supporterait pas de vivre sans elle. D'une certaine façon, ça avait été la chose la plus instinctive, la plus égoïste qu'il avait fait depuis des années. Mais il se doutait bien qu'elle n'apprécierait pas ce point de vue pour l'instant.
« Il aurait mieux valu me traiter comme une chose, Severus », répliqua-t-elle amèrement. « Cela aurait été mieux que de me traiter ainsi, mieux que d'éprouver de la pitié pour moi. »
« Pour l'amour du ciel, Hermione, ce n'était pas de la pitié ! », gronda-t-il, à bout de patience. « Il s'agissait de vous donner ce dont vous aviez besoin, de vous empêcher de craquer ! »
« Je n'ai besoin de rien venant de vous ! »
« Ne soyez pas ridicule ! Je le sais mieux que vous. »
« Non, vous ne savez pas ! », cria-t-elle, « Toute la peine et la douleur, la honte et la peur ! Et c'est de votre faute ! »
Il pâlit en entendant ses paroles et elle ne sut pas si c'était à cause du choc ou parce que la colère montait, mais elle était allée trop loin pour s'en soucier maintenant.
« Vous me dites que tout est de ma faute ? », demanda-t-il, la voix dangereusement basse et soyeuse. « Malfoy vous a violée, vous a taillée en pièces, et vous rejetez la faute sur moi ? »
Elle criait, mais elle ne semblait pas s'en apercevoir.
« Tout allait bien avant que vous ne veniez ! », hurla-t-elle, sans se soucier du fait que sa voix devenait hystérique et cassée. « Je faisais mon boulot, et c'était beaucoup moins douloureux ! J'avais accepté quelle était ma tâche dans la vie ! J'étais faite de pierre et d'acier, mon véritable moi aurait déjà été loin au moment où le couteau de Lucius m'a touchée ! Je ne l'aurais pas senti plus que ça ! »
Il se souvint alors d'elle, lors de ce terrible jour dans la bibliothèque, quand il était entré une seconde fois dans son esprit, elle ressemblait à une reine faite de glace et d'acier, comme une chose inerte, trop belle et trop dure pour être vivante, que rien ni personne ne pouvait atteindre. Il se souvint de ses yeux, de véritables tunnels menant aux ténèbres, qui ne reflétaient aucune vie, pas la moindre trace d'humanité, de peur. Pas de peine.
« Tu ne peux pas être sérieuse ! », murmura-t-il. « Tu es presque morte cette fois ! Tu as presque rendu l'âme et personne n'aurait été là pour s'en apercevoir. Ne me dis pas que tu préfères ça plutôt qu'on prenne soin de toi, parce que je ne le croirais pas ! »
« C'était pourtant mieux », criait-elle toujours, la colère et le désespoir se lisaient dans ses yeux. « Je l'avais accepté, j'avais renoncé. Et puis vous êtes venu, vous m'avez fait revenir de cette vie, vous avez veillé sur moi, et vous… avez compris… » Sa voix s'était éteinte en un murmure tandis qu'elle parlait, et seules ses oreilles entraînées permirent à Severus de comprendre les mots qu'elle prononçait. Elle lui tourna le dos et posa ses yeux sur la cheminée.
« Et maintenant, je dois revivre certaines choses. Maintenant, il y a la joie et le respect de moi-même, et… l'espoir. Quelque chose que Lucius avait détruit. Quelque chose que l'on ne devrait pas retrouver chez une pute Mangemort. »
Et soudain, dans un flash aveuglant de douleur et de tristesse, il comprit.
« Tu mérites toutes ces choses, Hermione », souffla-t-il. « Tu n'as pas à te punir pour ça. Tu n'es pas une chose ! »
« Vous n'avez aucune idée de ce que je suis, Snape. »
La façon dont elle avait prononcé son nom le blessa plus que tout ce qu'elle avait pu hurler précédemment, et sans s'en apercevoir, il se recula.
« Nous devons en parler, Hermione », dit-il, en essayant de garder sa voix sous contrôle, mais elle ressemblait plus à la plaidoirie désespérée qu'il avait faite ce fameux soir dans le bureau d'Albus. « Tu ne peux pas partir comme ça ! Nous devons discuter ! »
« Je peux faire ce que je veux », répondit-elle froidement. Il put voir ces masques, qu'elle n'avait plus utilisés depuis longtemps en sa présence, se remettre en place. « Nous étions d'accord sur ce point au début de notre partenariat. Je vais retourner dans ma chambre. Je ne sais même pas si je reviendrai. Je vous prie de supprimer la connexion par cheminette une fois que je serai passée. Vous êtes également libre de me retirer mon accès à vos appartements. Passez une bonne journée. »
Severus savait qu'il avait effectivement promis tout cela, et une part de lui voulait s'y conformer, la laisser partir et ne pas trahir sa confiance une fois encore. Mais il savait aussi que, s'il la laissait partir maintenant, une part d'elle-même serait à jamais perdue. Qu'elle ne permettrait plus à personne de se rapprocher d'elle.
Et il ne pouvait pas permettre ça. Il ne pouvait pas la laisser finir comme lui. Il verrouilla alors la porte d'un coup de baguette et avança jusqu'à ce qu'il se retrouve entre elle et la cheminée, les yeux droits dans les siens.
« Que faites-vous ? », siffla-t-elle. Sa baguette avait suivi chacun des mouvements de Severus.
« Je ne vais pas te permettre de disparaître ainsi, Hermione », répondit-il calmement, comme si soudain, leur discussion animée n'avait pas eu lieu. « Quoique tu en penses, nous devons en discuter. »
« Je ne veux pas en discuter ! », cria-t-elle. « Nous avions un accord ! Pas de discussion si je ne le voulais pas, pas de dorloterie, pas de pitié ! Je veux partir, maintenant, et je ne veux plus jamais en parler ! »
« Mais il le faut, Hermione. Si tu veux survivre à ça en restant une personne à part entière et non pas comme l'ombre amère d'un être vivant, la honte et la culpabilité doivent cesser. »
« Et si je me fiche de comment je survis ? »
« Alors je prendrai la décision pour toi. »
« Alors c'est à ça que correspond un partenariat pour vous ? Je peux m'en passer, merci beaucoup. »
Le commentaire était cinglant, exactement comme elle l'avait voulu, mais il ne se recula pas.
« Personne ne peut être l'ami d'une pierre, ni l'ami d'un cadavre », dit-il platement. « Et c'est ce que tu es devenue, Hermione. C'est ce que j'étais il y a quelques années. Mort de l'intérieur. Je veux que tu regardes au-delà de tes cicatrices et que tu vois ta vie, Hermione ! »
Elle rit, d'un rire si profond et amer que le cœur de Severus en manqua un battement.
« Que pouvez-vous bien savoir des cicatrices », murmura-t-elle.
« Au moins autant que toi », répondit-il calmement. Puis il prit sa décision et ouvrit sa chemise. Elle s'éloigna de lui, le pointant de sa baguette qu'elle tenait d'une main tremblante. Mais il ne fit aucun pas vers elle. Il se contenta de retirer sa chemise lentement.
« Tu n'es pas la seule qu'ils ont blessée », chuchota-t-il, puis il se retourna.
Il n'entendit ni cri, ni hoquet de surprise, juste une respiration un peu plus profonde, mais il savait ce qu'elle voyait : une mer de cicatrices qui s'entrecroisaient. Certaines étaient blanches, d'autres s'étaient presque effacées avec le temps, d'autres encore étaient rouges et inflammatoires malgré plusieurs années de soins.
Il ne lui refit pas face, mais il pouvait sentir les yeux de la jeune femme sur son dos, suivre les lignes blanches qui traçaient des routes et des avenues sur sa peau.
« Ça a commencé tôt pour moi », expliqua-t-il calmement, toujours en lui tournant le dos. La voix de Severus résonnait avec autant d'amertume qu'elle. « Aussi loin que je peux me souvenir, mon père avait l'habitude de nous battre, ma mère et moi. Officiellement, c'était pour asseoir son autorité, mais tu sais désormais pourquoi les gens battent leurs enfants. »
« Poudlard ne fut pas beaucoup plus joyeux, car les célèbres Maraudeurs avaient fait de moi leur jouet favori. Le souvenir dont ton ami Harry a été témoin dans ma pensine me montrait suspendu par les pieds, exposant ainsi mes ravissants sous-vêtements à l'ensemble de l'école. Et ils ont fait des choses bien pires au cours de ces années. »
Il put sentir des vêtements voler derrière lui tandis qu'il parlait, et il sut qu'elle se rapprochait lentement. Il imaginait parfaitement le visage d'Hermione, ses yeux agrandis par le choc tandis qu'elle se rappelait ce qu'elle lui avait hurlé, le suppliant de stopper son histoire. Mais il l'ignora. C'était trop important.
« Avant de rencontrer le Seigneur des Ténèbres, les seules choses qui me permettaient de survivre étaient mon arrogance et ma profonde assurance concernant mon intelligence. Seul mon esprit me rendait digne, seule mon intelligence pouvait justifier mon existence. Et c'est cet orgueil que le Seigneur des Ténèbres a utilisé pour m'attirer : la colère que j'éprouvais contre tous ceux qui m'avaient blessé. Tu m'as demandé pourquoi je me servais de la colère, il y a quelques semaines, et je ne t'avais pas répondu. Laisse-moi le faire aujourd'hui : seules la colère et l'arrogance avaient le pouvoir de me préserver chaque jour de ma vie, et ce, malgré leurs moqueries, leur haine et la souffrance qu'ils m'infligeaient. Le Seigneur des Ténèbres s'est emparé de ma colère et l'a manipulée jusqu'à ce que je ne puisse plus voir ce qui était bien ou mal, jusqu'à ce que la haine soit mon seul choix. »
Sa voix était devenue rauque, et les souvenirs le poussaient à s'enfuir, à se cacher de lui-même. Mais il ne pouvait pas. Il devait faire passer un message.
« Mais Il ne mit pas fin à ma souffrance. Il la multipliait lorsque je n'obéissais pas immédiatement. Lorsque je ne m'exécutais pas, il me traitait exactement comme la chose que je pensais vraiment être. Alors je me suis cramponné à Lui. Il était le seul à pouvoir faire disparaître ces sentiments. Il était le seul à pouvoir me sauver de moi-même. Lorsqu'Il me punissait, ou lorsque plus tard, Dumbledore me renvoya là-bas pour L'espionner, je ne résistais pas. Je savais que de toute façon, comme toi maintenant, je méritais tout ce qu'ils me faisaient, que je n'étais pas digne d'une vie sans tourments.
« Et j'ai renoncé à ce que j'estimais être trop bon pour moi. Je suis devenu amer, dur comme de la pierre. Je suis devenu Severus Snape, le ronchon et invivable Maître des potions. Je le suis resté jusqu'à ce qu'à très récemment. Quelqu'un m'a libéré de la sombre prison qu'était mon esprit, en me chassant de l'endroit où je purgeais ma peine. »
Silence. Un océan de silence entre eux. Un moment tellement interminable, qu'il eût peur qu'elle ne soit partie, qu'elle ne l'ait laissé parler de son passé, en l'abandonnant comme beaucoup l'avaient fait. Mais ensuite, il put entendre sa respiration, rapide et superficielle, le parfum d'Hermione parvint au nez de Severus. Elle se tenait juste derrière lui, et d'une voix claire et calme, il lui balança une leçon faite maison.
« Alors, Hermione, avec tout ce que tu sais désormais sur moi, penses-tu que je ne sois qu'un bon à rien ? Penses-tu que je suis sale et que je mérite ce que la vie m'a fait endurer ? Dis-moi, crois-tu que ça m'a transformé en chose ? »
Sa voix était tremblante lorsqu'elle répondit désespérément que non. « Non… Je n'aurais jamais pensé que… »
Il se tourna brusquement vers elle et rencontra ses yeux écarquillés. Ses larmes ruisselaient sur ses joues lui conférant ainsi une expression de rage folle.
« Alors comment oses-tu avoir une telle opinion de toi ? Tu n'as rien fait de mal, et contrairement à moi, tu as choisi cette voix pour sauver les gens que tu aimes. Comment peux-tu valoir moins que moi, alors que tu n'as pas commis la moitié des crimes dont je suis responsable ? »
« Mais je… »
« Mais tu quoi ? Devons-nous faire un concours ? Qui a fait les choses les plus horribles au cours de sa vie ? Dois-je t'en dire un peu plus sur les merveilleuses expériences de ma vie ? Veux-tu savoir ce que l'on ressent lorsque l'on tue un enfant tellement jeune qu'il ne peut même pas appeler à l'aide ? Quel sujet veux-tu approfondir, Hermione ? »
Il la vit chercher ses mots, essayer de s'accuser puis vaciller. Il avait réussi à les faire fuir, toutes ces excuses, ces reproches dont elle s'accablait lors de ses nuits de veille, toutes ces horribles images qui lui venaient en tête. Parce qu'il avait fait pire. Et qu'elle le respectait toujours.
« Je me sens si honteuse », murmura-t-elle finalement, et il vit dans ses yeux qu'elle avait enfin compris le cœur du problème, qu'elle voulait partager toutes ces expériences avec lui. « Quand je les regarde dans les yeux, mes amis, ma famille et même Dumbledore, j'ai tellement honte. Je sais qu'ils croient au bien et au mal. Je sais quelle est leur vie. Et je ne peux pas en faire partie. J'ai vu des choses, fait des choses qui les feraient fuir tellement elles sont horribles. Comment pourrais-je revoir mes parents, comment pourrais-je regarder de nouveau mes amis dans les yeux quand je sais ce qu'ils penseraient de ma véritable personnalité ? Alors que je sais qu'ils me tourneraient le dos ? J'ai renoncé à tout ce en quoi je croyais et rien ne m'avait préparé à un tel vide. Rien d'autre que la honte. »
Il comprenait parfaitement de quoi elle parlait, et à travers leur lien, il sentait la connaissance et la compréhension. Elle n'avait jamais choisi la voie de l'arrogance. Elle s'était ajustée aux autres, avait obscurci sa lumière leur avait permis de considérer son intelligence comme de la folie, sa soif d'apprendre comme un trait de caractère plutôt bizarre. S'ils ne pouvaient pas m'accepter avant, les yeux d'Hermione posaient cette question tout en redoutant la réponse que lui ferait Severus, comment puis-je espérer trouver ma place parmi eux, désormais ?
« Tu sais qu'il n'y a pas de solution à ça, n'est-ce pas ? »
Il lui posa la question tendrement et elle répondit d'un petit hochement de tête. « Ceux qui dominent les autres sont toujours seuls, et les gens n'accepteront jamais cette différence. Nous en avons tous deux fait les frais. Si tu ne parviens pas à être fière de ce que tu es, tu ne cesseras jamais d'avoir honte. Mais si tu ne peux vaincre cette honte… » Il continua, en prenant une profonde inspiration et en la fixant bien dans les yeux.
« Alors sois honteuse en rencontrant ta famille. Ressens la honte face à tes petits amis si droits qu'ils ne restent purs que parce qu'ils sont trop stupides pour voir ce qui va advenir. Je ne peux pas t'empêcher de te sentir inférieure et sale par rapport à ces idiots. Mais n'éprouve jamais un tel sentiment en face de moi, tu m'entends ? Tu ne connais rien que je ne connaisse déjà. Tu n'as rien vu que je n'aie déjà fait. Et si je peux survivre à ce que j'ai fait, tu peux certainement te remettre de ce qui t'a été fait. Tu m'entends ? »
Il se tut. Il savait ce qu'il lui offrait, mais il savait aussi ce qu'il était en train de lui demander. S'accepter tel qu'il était, arrêter de se cacher était la chose la plus dure qu'il ait jamais faite. Il lui avait fallu plus de trente ans.
Et là, il espérait de tout son cœur qu'elle trouverait la force de faire comme lui. Il la laisserait partir si elle le souhaitait, maintenant que tout était dit et fait. Mais il ne savait pas ce qu'il deviendrait, de nouveau seul dans ses appartements, sans pouvoir lui parler, s'entraîner avec elle ou la taquiner.
Il était tellement perdu par l'image effrayante d'une Hermione qui le laisse seul à jamais, qu'il ne remarqua à quel point elle était proche qu'au moment où elle lui toucha doucement le torse. Torse qui était couvert de cicatrices, comme son dos.
Il ne put retenir un halètement lorsque l'index droit de la jeune femme suivit une ligne blanche sur sa peau.
Il comprit le geste, sans même rencontrer ses yeux.
Elle acceptait ce qu'il lui offrait.
Il monta ses bras, lentement, pour laisser à Hermione le temps de se dégager si elle le souhaitait. Mais au contraire, elle se pencha vers lui, ferma les yeux et encercla sa taille aussi étroitement qu'il le fit autour de ses épaules à elle.
S'ils n'avaient pas été tous deux trop épuisés pour réfléchir, ils se seraient émerveillés de la sérénité d'une telle étreinte, du sentiment de proximité, de paix qui existe dans le cercle de leurs bras. Comme une seconde maison.
Dehors, le monde pouvait bien être à feu et à sang, ici, il n'y avait qu'eux. Deux espions, tous deux meurtris dans l'âme, tous deux trop intelligents pour leur propre sécurité, ressentant la plus profonde confiance qu'ils aient jamais éprouvé.
« Maintenant », dit Severus d'une voix rauque dans l'oreille de la jeune femme, « je pense que c'est l'heure du petit déjeuner. »
-Voilà, ça vous a plu ?
J'espère que oui.
Moi je ne suis pas satisfaite de ma traduction, j'ai eu pas mal de difficultés avec ce chapitre. J'espère seulement que ça ne se ressent pas trop à la lecture.
En attendant, je vous embrasse tous et à bientôt !
