Quand le Lionne se bat

Auteur : Kayly Silverstorm


RAR :

Xaveria : Je ne te réponds pas concernant Justin, parce que tu vas en apprendre au fur et à mesure. Ce serait dommage de gâcher le suspense ! lol. En tout cas, merci pour ta review.

EmmaD : Te revoilà, et en pleine forme à ce que je vois ! Je me disais bien… Tu as le don de mettre le doigt sur les tournures difficiles. Et oui, comme par hasard, ça tombe toujours sur les phrases que j'ai tournées et retournées dans ma tête. Je crois qu'à chaque fois, je finis par faire un mélange ! ex : il se repentit, honte à moi, moi qui suit pointilleuse sur le passé simple et le présent. Lol. Pour l'emploi du mot 'femme', tu n'es pas la seule à me faire des remarques au cours des différents chapitres, mais moi, j'y tiens, alors je persiste, na ! Comme je l'ai déjà dit à quelqu'un d'autre, et je crois que tu l'as parfaitement compris, Severus ne voit pas du tout Hermione comme une jeune fille mais bien comme une femme, c'est d'ailleurs ce qui rend leur relation possible. On va dire que le choix des termes est le privilège des traducteurs… Je suis toujours ravie de recevoir tes reviews, même si à chaque fois, je me demande (avec angoisse ? Non, peut-être pas quand même) ce que tu as bien pu encore trouver… Gros bisous et à bientôt.

El diablo : Alors comme ça, directeur des renseignements, ça fait chef d'entreprise ? Mais visualise notre Severus national en costard cravate, ça peut être drôle aussi… Bon c'est vrai que ça fait un peu entreprise, mais j'emploierai également les termes 'chef des renseignements', 'chef des espions', ou encore 'chef de l'espionnage', comme ça, tout le monde est content. Par contre, je ne peux pas dire espion en chef car Severus n'est plus un espion, et sérénissime responsable des renseignements me plaît bien, mais j'ai peur que ça ne fasse un peu… mégalo !

Lalou : Je ne suis pas sûre que le plan soit de sauver les parents de Justin, en tous cas, pour l'instant… Désolée.

Moggliesmad : En avant pour le Hermione power ! Merci beaucoup et bonne lecture.

Bohemio : Voilà la suite. Bisous.

Ariane : Merci pour ta suggestion. Je pense que j'ai trouvé plusieurs termes pour traduire 'spy master', comme ça tout le monde sera content et j'éviterai les répétitions…

Spinel : Oui, moi aussi j'aime beaucoup la relation entre Severus et Hermione, même si je sais que beaucoup souhaiteraient qu'elle avance plus vite… Mais place au chapitre.

Saizo : Bon d'accord, j'ai rien dit ! Pour ton retard, tu es toute pardonnée, en plus tu m'envoies une review par chapitre, je vais quand même pas râler !


Chapitre 28 : Planter les graines

« C'était ton idée ! Ne me dis pas que ce n'était pas ton idée, Hermione ! »

Comme elle l'avait prévu, Severus l'attendait dans la bibliothèque, les yeux agrandis par la fureur, en faisant les cents pas devant la cheminée. Elle s'était préparée à cette confrontation, mais elle n'avait pas prévu ce voile de tristesse qu'elle portait depuis qu'elle était redescendue du dortoir de Justin.

Elle ne voyait pas l'intérêt d'une telle conversation. Tout ce qu'elle voulait, c'était évacuer tout ce qu'elle avait appris au sujet de Justin, et peut-être même pleurer un bon coup sur le canapé. Mais ce n'était pas le bon moment. Severus avait besoin d'avoir les idées claires pour digérer les informations qu'elle lui donnerait, et pour l'instant, il était absolument furieux. Ce n'était manifestement pas le moment pour lui parler d'un sujet sensible, elle en avait parfaitement conscience.

Elle mit donc sa tristesse dans un coin de son esprit et se remémora le début de la soirée, et imagina comment elle pouvait se finir.

« Oh, mais je t'en prie, Severus, de quoi es-tu entrain de parler ? », répondit-elle au reproche vigoureux que lui avait fait Severus avec un léger sourire narquois. Puis elle s'assit dans le canapé.

« Au sujet de cette captivante proposition - ou peut-être devrais-je parler d'ordre – que m'a faite Albus cette après-midi », gronda-t-il. « Et ne prétends l'ignorer, c'est toi qui lui a mis cette idée dans la tête, n'est-ce pas ? »

« Albus t'a fait sa demande », cria-t-elle innocemment, en ignorant délibérément ses accusations. « Vraiment, Severus, j'en suis choquée ! »

Mais pour une fois, Severus ignora les plaisanteries enjouées d'Hermione, et elle put ainsi s'apercevoir qu'il était réellement hors de lui.

« Suffit ! Je n'ai pas besoin de ce genre d'attitude pour l'instant, Hermione. Pourquoi ne m'as-tu pas laissé une chance de me demander si je voulais de ce poste, pourquoi ne m'as-tu pas dit ce que tu avais derrière la tête ? »

« Parce que tu aurais immédiatement rejeté cette idée, Severus », répliqua-t-elle, en redevenant sérieuse en une fraction de seconde. « Je sais que tu aurais refusé. Tu n'aurais jamais pu t'imaginer avec un poste à si hautes responsabilités, exercer un tel pouvoir au sein de l'Ordre. Tu crois toujours qu'ils te voient comme le Mangemort renfrogné qu'ils ne toléraient que parce qu'il avait une utilité. »

Il se renfrogna et ressembla tout à fait à ce Mangemort dont elle venait de faire la description. « Arrête de t'essayer à la psychologie », l'avertit-il.

« Ce n'est pas de la psychologie, ce n'est qu'une simple observation, Severus. Tu ne te serais jamais proposé pour un tel poste. Et pire, tu m'aurais interdit d'en parler au Directeur. Je n'ai fait que lui suggérer l'idée. La décision lui en revenait totalement, et je suis sûre qu'il ne l'a pas pris seul. Bien sûr qu'ils veulent que tu prennes la tête des renseignements. Et ne me dis pas que tu ne veux pas de ce poste, Severus ! Même d'ici, je peux voir tes yeux scintiller d'excitation ! »

Il grogna à l'idée que ses yeux noirs puissent 'scintiller d'excitation', mais il sentit tout de même la pression retombée et il finit par s'asseoir sur le canapé.

« Je pensais qu'Albus voulait me chasser de l'Ordre », admit-il après un moment de silence. « Et j'ai accepté de démissionner avant qu'il ne me propose ce poste. J'avais même accepté de partir de ma propre initiative », grogna-t-il encore une fois, avec cette fois un soupçon de tristesse.

« Bien, ça prouve ce que je viens de dire, n'est-ce pas », répondit Hermione d'un air suffisant, puis elle se pencha sur son fauteuil, et, exactement comme l'avait fait Albus quelques heures auparavant, elle lui toucha la main. Sans savoir pourquoi, grâce à ce geste si naturel et si tendre, il sentit sa tristesse s'évaporer peu à peu.

« Ils ne pourraient pas se passer de toi », elle s'assit simplement, les yeux emplis de chaleur et d'affection. « En plus, il n'y a personne d'aussi bon que toi, Severus. », elle ajouta après un moment, « Il n'y a personne d'aussi méchant non plus, en fait. Même Maugrey n'est rien comparé à tes humeurs massacrantes. »

« Oh, merci beaucoup, vraiment. » dit-il enfin en ajustant le ton de sa voix, et elle soupira de soulagement. Il lui avait pardonné. « Et dis-moi, comment cela s'inscrit-il dans ton plan, Hermione ? »

« Je ne pourrai te le dire que si tu acceptes ce rôle », le taquina-t-elle, « sinon, cela signifie que tu aurais eu accès à des informations top secret et je serais alors dans l'obligation de te tuer. »

Il soupira en signe de défaite, mais il ne put empêcher ses lèvres de s'étirer. « Je démissionne face à votre impertinence, jeune fille », lui dit-il. « Et oui, j'ai accepté le poste. »

Un sourire radieux de soulagement illumina le visage d'Hermione, et ce ne fut qu'à cet instant qu'il réalisa qu'elle s'était vraiment inquiétée de sa réaction.

« Il ne s'agit pas que de mon plan. C'est juste une évolution logique, de plus, je préfère être sûre de la personne à qui je confie les informations que j'aurais récoltées. Ce que j'ai trouvé ce soir, par exemple », sa voix avait changé, elle était devenue plus sombre et semblait plus vieille. Severus se redressa de son fauteuil pour la regarder dans les yeux. « Ce n'est pas quelque chose qu'il faut révéler à n'importe qui dans l'Ordre. »

Montre-moi, pensa-t-il, et elle lui ouvrit son esprit.

Elle sentit qu'il approuvait ses méthodes ingénieuses, elle sentit sa légère irritation lorsqu'il vit avec quelle facilité elle avait passé les protections magiques, mais lorsqu'ils en arrivèrent au montant creux du lit et au secret qui y était caché, elle sentit Severus siffler de colère.

Qui ? Elle lui répondit par deux images, celle de MacNair, et celle d'un des deux hommes masqués qui tenaient la mère de Justin, prisonnière. La taille de l'homme ainsi que la silhouette collaient parfaitement.

« Je suis d'accord », dit-il sombrement, en mettant fin à la connexion. « Tu n'aurais pas pu montrer ça au Directeur. Comment comptes-tu t'en servir ? »

Elle s'adossa de nouveau au fauteuil et ferma les yeux de fatigue en reposant sa tête sur le haut de son dossier.

« C'est une question stupide, Severus », soupira-t-elle. « Je vais m'en servir exactement de la même façon que toi. »

« C'est bien ce que je pensais », répondit Severus, et il se leva pour aller se placer derrière elle. Hermione décela de la fierté dans sa voix, et cela fit s'envoler quelque peu sa tristesse.

« Qui va semer l'information ? »

Elle gémit de plaisir et de soulagement lorsque les mains fines de Severus commencèrent à lui pétrir les muscles raides et endoloris de ses épaules. « Draco », répondit-elle. « Si il le veut bien. »

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

Le temps passa à une vitesse affolante les jours restants, et avant qu'Hermione ne s'en soit aperçue, le dimanche soir était arrivé avec les étudiants qui envahissaient de nouveau les couloirs ainsi que les dortoirs.

Tandis que l'heure qu'elle avait prévu avec Mac Gonagall se rapprochait inexorablement, Hermione se tenait dans la bibliothèque, ses bagages miniaturisés dans la poche, déchirée à l'idée de quitter cet endroit.

Elle ne voulait pas partir.

Chacune de ses cellules lui criaient de rester, de ne pas quitter le lieu le plus sûr qu'elle ait jamais connu. En dépit que quelques nuages sombres au dessus de leurs têtes, ces semaines avaient été les plus heureuses depuis son enfance, et le fait de savoir que c'était fini, qu'elle devait retrouver les étudiants et leurs problèmes, les repas dans la Grande Salle bondée, et les cours inutiles car elle les connaissait déjà, tout cela la rendait malade.

Le froid encercla son cœur et elle put voir sur le visage de Severus qu'il ressentait exactement la même chose.

Il ne voulait pas non plus qu'elle parte.

Un pas était suffisant pour parcourir la distance entre eux. Un pas et elle fut dans ses bras, dans une étreinte si serrée qu'il n'y avait plus de place pour la tristesse ou la peur dans le cercle de leurs bras.

« Nous nous verrons chaque soir, pendant les repas et les cours », lui murmura-t-il à l'oreille, sa voix était plus rauque que ce qu'elle avait l'habitude d'entendre.

Elle acquiesça contre son torse. « C'est juste… » Elle commença et il hocha la tête pour l'encourager. « C'est juste que pour la première fois depuis des années, je me sentais… chez moi », souffla-t-elle.

Ils restèrent silencieux pendant un long moment, exactement comme ce matin-là dans la chambre d'Hermione. Puis celle-ci recula et brisa le cercle.

« On se voit au déjeuner », dit-elle en lui envoyant un doux sourire par la pensée.

Severus la regarda partir en silence, étonné du vide soudain dans ses appartements.

La cape d'invisibilité la cacha tout au long du trajet dans les nombreux couloirs de Poudlard, jusqu'à ce qu'elle atteigne la porte du bureau de Mac Gonagall. Là, elle attendit pendant à peu près cinq minutes et entra à la suite de son Professeur.

Cette fois, elle ne partit cependant pas par la porte du bureau mais elle rejoignit sa chambre par la pièce mise à sa disposition par son Professeur de Métamorphoses. Elle espérait secrètement que Draco aurait reçu son message.

C'était effectivement le cas. Il sauta du canapé lorsqu'elle pénétra dans la pièce, mais il la connaissait suffisamment pour ne pas lui sauter dessus et l'embrasser sans son autorisation préalable. Ce ne fut que lorsqu'elle parcourut la distance qui les séparait qu'il la serra fort dans ses bras, un sourire radieux sur les lèvres.

« Draco », soupira-t-elle de soulagement, heureuse de le voir de retour à Poudlard, sain et sauf, loin de son taré de père et de sa mère si snob. « Comment s'est passé ton Noël ? »

« Affreux », répondit Draco sèchement. « Ils ne se sont pas adressés la parole. Mis à part quand mère criait, hurlait et lui jetait des choses à la figure. Je ne l'avais jamais vu à ce point hors d'elle. Elle l'a même menacé de prévenir les aurors. C'est à ce moment qu'il a disparu pendant trois heures, pour te rencontrer. »

« Oh », murmura Hermione, en revivant malgré elle les événements de cette nuit-là. C'est pour ça qu'il semblait avoir perdu la tête. S'il n'avait pas été le fou furieux qu'il était, elle aurait même eu pitié de lui.

« J'étais mort d'inquiétude », admit Draco, en relâchant leur étreinte pour examiner son visage et son corps plus attentivement. « Ce n'est que quand j'ai reçu la lettre de Snape que j'ai pu me détendre un peu. Quand mon père est revenu, il avait un tel regard que… j'ai vraiment cru qu'il t'avait tuée pendant la nuit. »

« Il l'a presque fait », acquiesça-t-elle calmement, avant d'être serrée étroitement dans les bras de Draco une fois de plus.

« Comment te sens-tu, amour », lui murmura Draco à l'oreille. « Qu'est-ce qu'il t'a fait ? »

Hermione comprit d'un seul regard que – pour une fois – Lucius ne s'en était pas vanter devant son fils. Elle fut un instant tentée de ne rien dévoiler des répugnants secrets de son père, mais elle avait besoin de Draco pour que son plan fonctionne. Elle lui raconta donc.

Quand elle eût fini son récit, tout en laissant de côté ce qui s'était passé avec Severus et elle le matin suivant, elle vit des larmes de colère se former dans les yeux de Draco.

« Nous devons l'arrêter », murmura-t-il. « Il y a bien quelque chose que nous pouvons faire ! »

« Je suis heureuse de voir que tu le prends comme ça », lui dit-elle, soulagée de voir qu'il tenait à l'aider. « J'ai un plan. Il devrait me protéger de ses pires humeurs sans le mettre ne colère. Mais je vais avoir besoin de toi pour que ça fonctionne, et tu vas devoir jouer le parfait fils de Mangemort pour moi. »

Il renifla. « Si je peux survivre à ces rassemblements avec le Seigneur des Ténèbres, je devrais être capable d'agir comme Malfoy, le connard arrogant, n'est-ce pas ? Que veux-tu que je fasse ? »

Elle lui adressa son plus beau sourire, une lueur enjouée dans les yeux. « Notre nouveau chef des renseignements souhaite te recruter. »

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

Elle retrouva Ron et Harry dans la salle commune où ils l'attendaient en faisant une partie d'échec.

Tous deux la regardèrent, surpris par son changement d'apparence, et ce ne fut qu'à cet instant qu'Hermione réalisa le bien que lui avaient fait les entraînements ainsi que les temps de sommeil réguliers. Elle se dit qu'elle aurait besoin de robes supplémentaires pour se dissimuler, maintenant qu'elle avait jeté ses anciennes. Elle justifia ces changements par les nombreuses promenades qu'elle avait faites avec ses parents dans divers pays.

« Tu vois ? », commenta Ron, « Je t'ai toujours dit que si tu avais une autre passion que les études, ça te ferait le plus grand bien. Ce n'est pas naturel de passer autant de temps, le nez dans les bouquins, Hermione ! »

« La seule chose qui n'est pas naturelle dans cette pièce, c'est ton total désintérêt pour tes notes, Ronald Weasley », rétorqua-t-elle sèchement, sur un ton autoritaire que tout le monde associait à son obsession scolaire.

Ron leva les mains en signe de défaite. « Ne t'emballe pas, 'Mione », lui dit-il avec un sourire. Elle soupira, vexée puis se tourna vers Harry.

« Eh, mec, comment est-ce qu'on va survivre jusqu'à cet été alors qu'elle commence déjà à devenir cinglée ? », chuchota-t-il, mais grâce à ses oreilles entraînées, Hermione n'eût aucun mal à comprendre ce qu'il venait de dire.

Elle se détourna et observa les flammes qui dansaient joyeusement dans les la cheminée. Elle était étrangement tendue, mais ce ne fut que lorsqu'elle toucha son épaule qu'elle se rendit compte que les muscles de son dos étaient de nouveau crispés. Tout le bien-être de ce week-end était parti en fumée, de même que sa bonne humeur.

La tristesse s'était abattue sur elle, étouffant ses pensées et cachant ses émotions. Nous y revoilà, pensa-t-elle en luttant contre sa soudaine mélancolie, Bienvenue dans la réalité, Hermione.

Ils se divertirent les uns les autres jusqu'au dîner avec leurs souvenirs de Noël. Ron et Harry lui racontèrent leurs batailles de boules de neige, les dîners bruyants avec le clan Weasley, et Hermione inventa quelques histoires de contes au coin du feu, de cuisine avec sa mère et d'autres choses que les moldus faisaient pendant leurs vacances. Il ne lui fut pas difficile de feindre la joie, quand elle se remémora la week-end précédent, et ses amis ressentirent évidemment combien elle était satisfaite, combien elle semblait soulagée.

Ce sont de bons amis, pensa-t-elle quand elle remarqua qu'ils s'étaient effectivement inquiétés pour elle pendant Noël. Si seulement ils n'étaient pas si Gryffondor !

« Allons dîner », proposa-t-elle, en lançant un regard reconnaissant à Ron. « Je meurs de faim ! Un des effets secondaires des promenades à la campagne, je crois. »

« Oui, allons-y », acquiesça Ron, ce qui n'étonna personne. Ils quittèrent la salle commune avec Ginny et Neville.

Le bruit de la Grande Salle anéantit totalement Hermione, qui s'était habituée au calme et à la sécurité des appartements de Severus ces dernières semaines. Elle sursautait à chaque fois que quelqu'un criait ou la touchait par accident, si bien que sa main qui tenait habituellement sa baguette la démangeait terriblement.

Il n'y a aucun danger, se répétait-elle encore et encore. Détends-toi, les Professeurs les surveillent, il n'y a absolument aucun danger.

Mais malheureusement, elle était loin de croire à ces litanies, et elles ne la protégeaient absolument pas contre ce mal de tête qui s'insinuait rapidement en elle.

Cela faisait cinq minutes que le repas avait commencé lorsque les portes de la Grande Salle s'ouvrirent à la volée pour laisser entrer Severus, une expression inhabituellement détestable sur le visage.

« Qu'est-ce qui lui arrive à celui-là ? », demanda Hermione aux autres pendant qu'elle envoyait par la pensée à leur Maître des Potions un sourire ainsi qu'un salut chaleureux.

« Ce doit être à cause de cette nouvelle chose sur laquelle travaille l'Ordre. Nous ne savons pas ce que c'est, mais Papa et Maman en ont beaucoup parlé à Noël », proposa Ron, mais il baissa précipitamment la tête lorsque Severus le foudroya, comme si ce dernier les avait entendus.

Seule Hermione put entendre dans sa tête le Professeur rire d'un air narquois. Bonjour, ma douce, pensa-t-il. Comment se passe le retour parmi ces imbéciles ?

Ils me rendent folle, déjà. Admit-elle quand il eût pris place à la table des professeurs et foudroyé toutes les personnes qui l'entouraient.

Un sourire sarcastique gagna les lèvres de l'homme pendant un instant. Bien, alors, peut-être devrais-je augmenter un peu la quantité de devoirs, de cette façon, ils n'auraient plus le temps de t'ennuyer ?, proposa-t-il. J'en serais absolument ravi.

Oh grands dieux, non !, protesta-t-elle en silence avec un air horrifié. Ils me demanderaient de les aider, et si tu as déjà lu un de leurs essais, tu sais quel supplice c'est !

Je n'ai jamais rien lu, écrit de la main de Potter, envoya Snape. Je me suis toujours contenté d'écrire quelques remarques dégradantes et d'ajouter une mauvaise note à la suite.

Elle le scruta avec une telle incrédulité dans les yeux que Ron capta son regard.

« Qu'est-ce qui se passe », demanda-t-il, en lui tapotant légèrement l'épaule, ce qui fit tressaillir la jeune femme. Elle avait oublié la facilité avec laquelle Ron et Harry la touchaient et l'embrassaient. Il lui serait difficile de contrôler ses réflexes, et de camoufler le dégoût qu'elle éprouvait à chaque contact ces derniers jours.

« Je me remémorais le devoir que nous a donné Snape pour les vacances », répondit-elle à la hâte. « Le mien ne fait que trente centimètres alors que nous devions en faire au moins… »

« Par Merlin, Hermione, accorde-nous une pause ! » Grogna Ron en se tournant à nouveau vers son assiette.

Tu n'as pas vraiment fait ça, Hermione leva son vers de jus de citrouille pour camoufler le regard qu'elle lançait à la table des Professeurs.

Non, la déception teinta ses pensées. J'ai bien évidemment lu chacun de leurs essais. Malheureusement. Mais imagine comme ce serait merveilleux si…

Les yeux de Severus longèrent la table Gryffondor et son ricanement fit pouffer Hermione, si bien qu'elle plongea la tête dans son assiette purée de pommes de terre.

Draco est plein de bonne volonté et prêt, lui dit-elle entre deux bouchées, tout en continuant de discuter avec ses amis Gryffondors. Le plan sera exécuté demain matin. On se voit ce soir ?

Absolument, répondit-il, puis il se leva brusquement et quitta la table avec un léger signe de tête pour ses collègues et une grimace à leur encontre.

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C'est une vérité universellement reconnue des hommes et des femmes de la profession qui dit qu'un espion stupide et identifié vaut toujours mieux qu'un inconnu. Ainsi, Justin qui n'avait jamais été un réel danger pour eux, était devenu un véritable trésor à leurs yeux. Qui se méfierait d'une information fournit par son propre espion, spécialement quand cette information semblait particulièrement bonne et intéressante.

Draco avait remarqué Justin dès qu'il était entré avec Theodore Nott dans le couloir. Il veilla consciencieusement à prononcer les mots 'Hermione Granger' et 'mon père' tandis qu'ils le dépassaient. Il put voir les yeux de Justin s'agrandir d'intérêt et silencieusement acquiescer à l'évaluation qu'il faisait d'Hermione.

Le garçon était un pitoyable espion. Mais c'était à leur avantage. Il abreuva Theodore d'histoires concernant la place de son père au sein du premier cercle, tandis qu'ils traversaient les couloirs bondés menant aux salles de classes, jusqu'à un point de rendez-vous fixé avec Hermione.

Le père de Theodore était également un Mangemort, mais pas aussi puissant que celui de Draco. Avant que le monde de Draco ne s'écroule brutalement après cette nuit au ministère, ils avaient été bons amis. Ou ce qu'on appelait des amis chez les Mangemorts. Draco n'avait pas su qu'il pouvait y avoir quelque chose de mieux que de comploter, organiser et aimer sa supériorité sur le reste de l'école, jusqu'à ce que Hermione lui montre ce que signifiait réellement l'amitié.

Il s'était alors éloigné de ses amis Serpentards pendant un long moment, préférant le silence à son ancienne vantardise et à son air hautain. Mais le Noël avec ses parents lui avaient remémoré ses vieilles habitudes de sang pur, et agir comme un parfait petit Mangemort était bien plus facile que ce qu'il aurait souhaité.

Mais au moins, il était capable de faire quelque chose d'autre que d raconter les lettres de son père. Grâce à ses informations, Hermione lui avait passé une invitation à dîner pour samedi soir. Snape devait lui parler son nouveau rôle qui consistait à 'garder un œil sur les Serpentards'.

Enfin ! Et avec Snape comme nouveau chef des renseignements, Draco se sentait plus à l'aise pour fournir des informations que quand c'était le merveilleux Dumbledore. Draco ne faisait pas entièrement confiance au vieil homme, comme tout bon Serpentard.

Après avoir traversé l'aile est et descendu quelques escaliers, ils atteignirent le couloir désigné par Hermione. Ils la trouvèrent adossée au mur.

Il avait beau savoir qu'elle jouait la comédie, Draco dut réprimer un frisson en la voyant. Elle avait une mine encore affreuse que pendant les semaines qui avaient suivi son sevrage. Elle avait le visage pâle, les cheveux plus emmêlés que d'habitude et ses épaules tombaient d'épuisement. Elle se redressa avec lassitude, au moment où Draco entendit Justin s'arrêter derrière eux.

« Draco. Nott », les salua-t-elle, avec un parfait mélange d'arrogance et de soumission. « Que faites-vous là ? »

« Ça ne te regarde pas, sang de bourbe », rétorqua Draco d'une voix traînante et froide. Il la vit tressaillir. « Ce n'est pas parce que mon père a fait de toi sa petite pute que tu dois penser que nous te considérons comme notre égale. Hors de mon passage ! »

Au moment où il prononça ces mots, le visage d'Hermione pâlit un peu plus, et tandis que Nott éclata d'un rire hautain, elle s'enfuit un peu trop vite pour cacher complètement ses blessures.

« Tu as vu de quoi elle avait l'air ? », demanda Draco à Nott, qui acquiesça avec plaisir. « C'est mon père qui lui a fait ça. Il ne m'en a pas dit assez à mon goût », pouffa-t-il diaboliquement. « Mais d'après ce que j'ai pu comprendre, ses petits jeux ont presque failli la tuer pendant les vacances de Noël. Je ne serais pas surpris si elle ne faisait plus long feu. Aucune maîtresse de mon père n'a jamais survécu aussi longtemps. Ce doit être une sacrée chienne, cette sale petite sang de bourbe. »

Sur ce, ils se remirent à marcher tout en continuant à discuter : comment amener certaines filles chaudes de Serpentard à la salle de bain des Préfets, la nuit. Ce ne fut que lorsqu'ils arrivèrent dans un coin que Draco s'autorisa à lancer un regard par-dessus son épaule. Justin Finch-Fletchley se tenait là, en plein milieu du couloir, un carnet à la main, avec une expression de profond choc sur le visage.

Le poisson semblait avoir mordu à l'hameçon.