Quand la Lionne se bat
Auteur : Kayly Silverstorm
Et bien voilà, après 48h de galères pour publier ce chapitre, s'est enfin débloqué, donc voilà le chapitre...
RAR
EmmaD : Je suis bien d'accord avec toi, Snape et génial, comme d'habitude et Ron mériterait de finir en chair à pâté, mais bon… J'espère que le chapitre suivant te satisfera.
Xaveria : Voilà la deuxième partie, tu verras si ça se passe comme tu l'as imaginé…
Lalou : Mais il faut le plaindre, il est vraiment dans un autre monde, ce Ron. Ça va lui remettre les idées en place !
Shaeline : Voilà, voilà, ton vœu est exaucé.
Calypso : Dimanche arrive et la suite avec ! La suite des révélations…
Tcheuer Teufel : Tiens, un autre diable… Moi, je dirais uniquement pauvre Hermione, Ron n'est qu'un imbécile dans cette fic, mais bon, à toi de juger !
Moggliesmad : J'ai la joie de t'annoncer que la torture va prendre fin au début du chapitre pour recommencer à la fin, voilà. Bonne lecture, lol.
Malfoyhermy : Snape tient vraiment beaucoup à Hermione, alors oui, il laisse un peu aller ses émotions, mais personne ne l'a entendu, ne t'inquiète pas…
El diablo : Si tu veux, on peux se réunir pour broyer Ron toutes les deux. En tant que Diable, tu dois avoir quelques techniques efficaces, non ? Je vais passer pour une psychopathe !
Tilila : Je ne dirai pas grand chose de plus et je vais te laisser découvrir la suite. Ce sera bien plus intéressant. Bonne lecture, donc.
Chapitre 31 : Découverte (2ème partie)
C'était une bonne chose que Snape lui ait retiré ses poignards, songea Remus par la suite, quand le calme était à peu près revenu. Sinon Ron serait mort quelques secondes après avoir touché Hermione. Grâce à ses réflexes, elle l'avait attaqué avec une cruelle efficacité, c'est d'ailleurs ce qui l'avait choqué, bien plus encore que les blessures dont elle était victime.
Le long cri perçant d'Hermione, s'était mêlé aux hurlements de Ron et aux voix de Remus, Harry et Dumbledore qui avaient sauté de leur fauteuil pour porter secours à Ron.
Malgré le fait qu'Hermione ne puisse pas utiliser ses jambes et que Ron soit plus grand et plus fort qu'elle, il était parfaitement incapable de se défendre contre elle. Hermione le griffa, le mordit et le pinça, elle lui enfonça un coude dans la tête, le frappa de son poing et essaya de lui mettre les doigts dans les yeux. Pendant tout ce temps, elle le maintenait sous elle à l'aide de son autre bras. Tout ce que pouvait faire Ron, c'était protéger son visage autant que possible et hurler son prénom encore et encore.
Mais avant que les autres n'arrivent à la rescousse, Snape les repoussa brutalement et s'approcha lentement des deux combattants.
« Gardez-les à l'écart, Albus », ordonna Snape, les lèvres rendues blanches par la fureur, si bien que Dumbledore obéit sans l'ombre d'une hésitation, attrapant les bras de Remus et Harry pour les éloigner.
Ignorant totalement les cris de Ron, Snape se plaça avec précaution derrière Hermione tout en faisant attention à ne pas la toucher.
« Hermione », lui cria-t-il à l'oreille droite, « C'est moi, Severus. Je vais prendre tes mains maintenant, Hermione. Tu n'as pas à avoir peur. Tout va bien ! Je vais les attraper maintenant ! »
Soudain, les bras de Severus l'encerclèrent et s'emparèrent des poignets de la jeune femme tandis qu'il continuait à l'appeler par son prénom et à s'identifier. Le combat cessa. L'air contenu dans les poumons d'Hermione s'échappa en un long sanglot, puis elle s'effondra en arrière, tout contre Snape, ses jambes ne pouvant la supporter. Doucement, ils glissèrent tous deux jusqu'à ce qu'ils soient à moitié assis et à moitié sur le sol, Snape lui chuchotait à l'oreille et l'étreignait fermement.
« Tout va bien, Hermione. Détends-toi. Je suis là, il n'y a rien à craindre. Tu es dans mes appartements. Tu es en sécurité. Ferme les yeux et écoute ma voix ! Tout va bien ! »
Elle de relaxa enfin, laissa sa tête aller contre le torse de l'homme et ferma les yeux. Doucement, Snape enleva une main de son corps tremblant et fit signe au petit groupe de reculer jusqu'aux fauteuils.
Engourdis par le choc, Harry et Remus s'effondrèrent littéralement dans leur fauteuil, tandis que Dumbledore menait un Ron blessé et presque hystérique à un siège avant d'examiner rapidement ses plaies. L'efficacité d'Hermione était redoutable, il n'y avait quasiment pas un centimètre carré de peau d'où ne jaillissait du sang ou d'autres liquides, mais un sort murmuré suffit à effacer la plupart des traces du combat.
Aucun d'entre eux ne parlait, ils n'osaient pas avertir Hermione de leur présence une nouvelle fois. Ils avaient enfin compris ce que Snape sous-entendait quand il disait qu'elle pouvait être 'dangereuse'.
Puis ils virent ses yeux s'ouvrir à nouveau, cherchant immédiatement Snape. Elle se détendit lorsqu'elle aperçut son visage juste en face d'elle. Il l'observait.
« Que s'est-il passé », demanda-t-elle calmement, sa voix laissait entendre qu'elle était désorientée et brisée comme une petite fille. « Ça peut attendre une minute, Hermione. Les blessures d'abord », répondit Snape d'une voix soyeuse et douce comme une étreinte chaleureuse. « Laisse moi t'aider à te rallonger. »
Il la prit dans ses bras et la déposa délicatement sur le canapé pour la seconde fois. D'un geste de la min, il rapprocha son fauteuil et s'y assit, en ne quittant pas Hermione des yeux.
La tendresse et l'inquiétude qu'on pouvait lire dans les yeux noirs et brillants de l'ancien Mangemort effrayaient un peu Remus et le laissaient sans voix. Il n'avait jamais vu Snape prendre soin de quelqu'un.
« Je suis désolée de m'être emportée », murmura-t-elle, effrayée. « Quelqu'un s'est jeté sur moi, je crois. Est-ce que je t'ai blessé, Severus ? »
« Ne t'en fais pas », répéta-t-il patiemment. « Ça peut attendre. Il n'y a pas de danger ni d'urgence. »
Soudain le timbre de sa voix changea une nouvelle fois.
« Bien », dit-il comme si… il la taquinait, réalisa Remus, surpris. « Je vois que tu as réussi à ruiner toute une série de robes… encore ! »
« Fais-moi un procès ! », rit-elle.
Ce n'était qu'une semblant de rire, rauque et âpre, mais le cœur y était, et Remus put une fois de plus voir sa propre confusion se refléter dans les yeux des deux garçons. Le visage de Dumbledore, au contraire, était indéchiffrable, empreint de douleur et de regret.
« Ta jambe ? », demanda Snape, en relevant la jupe d'Hermione. Elle essaya de l'aider, mais il stoppa ses mouvements d'une main.
« C'est évident, n'est-ce pas ? », rétorqua-t-elle sèchement. « Ils ont inventé un nouveau sort. Et, oh surprise ! Devine qui l'a testé ? »
« Charmant, je dois dire », commenta Severus, le ton qu'il avait employé était aussi froid que celui de la jeune femme. « Un sort tranchant combiné à un sort de brûlure et de flagellation, n'est-ce pas ? Ils sont de plus en plus inventifs mois après mois. Pas d'autre malédiction ? »
« Pas à ma connaissance », répondit Hermione d'un ton neutre. « Mais j'ai perdu connaissance plusieurs fois, et qui sait ce qu'ils bien pu faire quand je ne regardais pas. C'est une de leurs plus mauvaises habitudes. »
« Je ferais mieux de lancer un sortilège diagnostic, alors. Attends une minute. »
Ils poursuivirent leur conversation tandis que Snape examinait et soignait sa jambe. Leur échange était un savant mélange de plaisanteries et de véritables informations et tout ceci constituait un code qui démontrait à quel point ils étaient proches. C'était encore plus étonnant que l'étrange comportement de Severus, il y a quelques instants.
Remus observait avec une fascination grotesque la façon dont ils travaillaient main dans la main, telle une équipe bien rodée. Depuis combien de temps faisaient-ils ça ? Soigner et converser sans que personne ne s'aperçoive de rien ? Qu'est-ce qui avait poussé Hermione à se tourner vers Snape ? Chaque membre de l'Ordre aurait été ravi de l'aider !
Mais aucun n'aurait su ce dont elle a besoin aussi bien que Snape, réalisa Remus en écoutant leurs échanges. Il a connu tout ça, lui aussi. Il a probablement souffert autant. Mais il était seul.
Pendant ce temps, Snape avait jeté un sort de nettoyage, soigné les égratignures et les plus petites blessures qui recouvraient ses bras et ses jambes, refermé sa lèvre ouverte.
« Des blessures internes ? », questionna-t-il, toute trace d'humour avait disparu pour rendre sa voix totalement neutre.
« Non », répondit-elle, fatiguée. « Pas de séance de 'baise de sang de bourbe' ce soir. Notre plan semble avoir fonctionné. De plus, ils avaient d'autres… jouets. » Le dernier mot n'était qu'un murmure, mais ce fut la première partie de la phrase qui poussa Remus, choqué, à se tourner vers le Directeur. Le vieux sorcier avait tressailli en entendant les mots d'Hermione comme s'il avait entendu un fouet siffler.
Il est au courant de tout, murmura une petite voix dans la tête de Remus. Il sait et il accepte que ça continue. Une autre pensée lui vint à l'esprit : combien d'autres membres de l'Ordre étaient au courant ?
Il n'était pas sûr de vouloir connaître la réponse à cette question.
Il examina Harry et Ron du coin de l'œil. Tous deux avaient parfaitement bien compris les paroles prononcées par Hermione, il pouvait le lire sur leurs visages. La peau de Ron était devenue maladivement pâle et Remus pouvait voir des larmes emplirent les yeux de Harry.
Ils n'auraient pas dû l'apprendre de cette manière, songea-t-il, en colère.
Mais Snape a essayé de les protéger, à sa manière, réalisa-t-il soudain. Une pointe de culpabilité lui serra l'estomac. C'est moi qui ai insisté pour les emmener ici. Quel imbécile j'ai fait !
« Dis-moi. » La voix douce de Severus sortit le loup-garou de ses pensées.
Mais à la place du rapport auquel tous s'attendaient, il n'y eut que du silence entre les deux silhouettes qui se tenaient près du feu. Severus s'était redressé de son fauteuil, les yeux fixés dans ceux de la jeune femme, comme s'ils échangeaient des messages secrets. Puis il acquiesça brusquement et se renfonça dans le fauteuil, brisant en même temps le contact visuel.
« Rien d'important, donc », résuma-t-il, comme s'il mettait fin à une conversation silencieuse.
« Tu sais que c'est ce que je t'avais dit dès le début », répondit-elle, et il hocha encore la tête, tout en commençant à soigner la jambe sans un mot de plus. Le silence envahit de nouveau la pièce.
« Que vient-il de se passer, Severus ? », l'interrogea-t-elle finalement avec lassitude. « Ai-je rêve ou y avait-il une autre personne dans la pièce, quelqu'un… qui m'a attaquée ? »
« Ils sont toujours là, Hermione », lui répondit-il doucement, et Remus vit son petit corps se raidir par réflexe. « Mais ils ne t'ont pas attaquée. Weasley, Potter et Remus ont tout découvert. Ils sont ici, parce qu'ils avaient peur pour ton bien-être. Dumbledore est ici, également. »
« Pour… pourquoi ? » Sa voix était faible et tremblait légèrement. Severus lui serrait toujours la main pour la rassurer et expliqua en quelques mots les événements de la soirée. Pendant un instant, elle ne réagit pas. Puis elle acquiesça lentement et s'assit, ce qui lui arracha un gémissement. Elle ne tourna pas la tête pour les voir.
« Aide-moi à me lever, Severus », sollicita-t-elle doucement.
« Tu devrais rester… »
« S'il te plaît. »
Il accepta sans un mot sa requête et passa un bras autour de ses épaules. Avec la même tendresse attentionnée, il l'aida à se lever. Elle siffla quand elle laissa son pied gauche se poser sur le sol, mais elle l'y maintint, et finalement, elle parvint à se tenir droite sans le soutien de Snape. Puis elle se retourna, lentement.
Ses yeux se dirigèrent vers Severus qui hocha la tête, d'une façon presque imperceptible. Les yeux d'Hermione se posèrent alors nerveusement sur le groupe qu'elle voyait pour la première fois ce soir. Elle ne chercha pas leurs regards.
« Je vais prendre une douche dans l'immédiat, et changer de vêtements », annonça-t-elle doucement. « Ensuite, nous pourrons parler. »
« Hermione », commença Harry, mécontent, mais elle secoua la tête et se dirigea vers l'escalier.
« J'ai besoin d'une douche », murmura-t-elle une nouvelle fois. Elle entreprit alors de gravir les marches jusqu'à l'étage supérieur. Severus suivait des yeux son ascension, la méfiance se lisait dans son regard.
N'osant pas dire un mot, Ron, Harry et Remus se réinstallèrent dans les fauteuils.
Lorsque Hermione eût atteint le niveau supérieur, Snape se tourna vers eux.
« Je vais demander un peu de nourriture et faire du thé », expliqua-t-il avec lassitude. « Hermione va prendre son temps. » Il n'eût pas besoin d'en rajouter pour qu'ils comprennent ce qu'il y avait derrière ces paroles : c'est ce qu'elle faisait habituellement.
« Ne devrions-nous pas lui apporter quelques vêtements ? », proposa Ron, uniquement pour faire quelque chose, n'importe quoi, comme si ça allait l'aider à sortir de ce cauchemar.
« Elle a des affaires dans sa chambre, à l'étage », rétorqua Severus pour décliner la proposition.
« Sa chambre », la question de Ron comportait une bonne dose d'agressivité.
Snape soupira, las et se tourna vers Dumbledore. « Comme cette conversation semble inévitable, vous devriez peut-être aller chercher les autres ? Ils ont également le droit d'être présents. »
Dumbledore acquiesça, sembla évaluer d'un regard interrogateur Remus, mais comme l'homme semblait se contrôler suffisamment pour ne pas sauter sur Severus dès que le Directeur aurait quitté la pièce, ce dernier suivit Snape vers la tapisserie qui servait de porte magique.
Le Maître des potions plaça une main sur le doux tissu et murmura quelque chose d'incompréhensible. Dumbledore passa à travers la petite ouverture et disparut. Snape traversa la pièce à grandes enjambées et les quitta par une porte que personne n'avait remarquée jusqu'à présent.
Ils étaient seuls et le silence leur sembla lourd.
« Alors c'est vrai », dit Harry après un moment, d'une voix morne comme une campagne stérile. « Elle fait partie des Mangemorts. »
« C'est une espionne », contredit Remus énergiquement. « C'est totalement différent ! »
« Mais la façon dont elle a parlé ! » Harry ne semblait pas avoir entendu la remarque de Remus. « Comme si c'était absolument normal pour elle ! »
« Parfois, la plaisanterie est la seule façon de supporter de telles épreuves », tenta d'expliquer Remus. Il avait reconnu en Hermione un peu du cynisme dont avait fait preuve Snape au cours des ans, mais il manquait à la jeune femme l'amertume saisissante du Professeur, et Remus pensait qu'il fallait remercier Severus pour ça. « Elle a de la chance d'avoir Snape. »
« De la chance », lâcha soudain Ron, hors de lui. « Ils l'ont torturée, violée, l'ont utilisée comme un jouet, et il l'encourage ! Avez-vous remarqué la manière dont il la touche ? Comme si son foutu corps lui appartenait ! »
Avant même que Remus n'ait pu répondre, une porte claqua et Snape réapparut. Un elfe de maison le suivait de près. Tous deux portaient des plateaux. Mais le fait de voir Snape jouer les domestiques n'amusait personne ce soir. Silencieusement, ils disposèrent les assiettes avec des sandwiches, des tasses et la théière sur la table basse.
« Merci, Jane. J'ai besoin de la potion, maintenant », dit Snape et l'elfe de maison disparut dans un pop, pour réapparaître après à peine une minute avec un grand flacon.
« Ta potion Tue-loup », dit Snape à Remus en lui tentant la fiole. « N'oublions pas la raison principale de cette charmante assemblée. »
Remus tressaillit, embarrassé et honteux d'avoir mal interprété la situation, une fois encore. Mais Snape ignora royalement sa réaction pour s'installer dans son fauteuil.
« Hermione devrait redescendre d'ici quelques minutes », leur expliqua-t-il en tout en servant deux tasses de thé. Il ajouta trois cuillères de sucre dans la première et prit a seconde dans ses mains longues et fines.
« Mais avant qu'elle ne revienne, il y a quelques points à éclaircir. Je suppose que vous avez quelques… appréhensions concernant ma personne et le travail que j'effectue auprès d'Hermione. » Il sourit d'un air moqueur mais redevint sérieux l'instant d'après. « Et j'accepte de discuter de ces points. Mais pas maintenant, et pas devant elle. Vous feriez bien de vous souvenir de ce qu'elle a enduré pendant ces dernières heures. Même s'il y a des choses que vous ignorez au sujet d'Hermione rappelez-vous qu'elle est votre amie et alliée, qu'elle a besoin de votre soutien, pas de votre jugement. »
« Qui êtes-vous pour parler d'elle ainsi ? », s'exclama Ron, furieux.
« Je suis celui qui vous réduira en pièces si vous l'écrasez avec votre droiture », claqua-t-il en retour, mais il se calma immédiatement, tandis que de petits bruits de pas les avertirent du retour d'Hermione. Ils se turent.
Hermione fit son apparition. Elle portait un haut à manches longues marron et un pantalon de lin. Son visage était fermé et épuisé, sa posture était raide et en alerte. Ses yeux allaient d'un homme à l'autre.
Sans un mot, Snape lui offrit de s'asseoir dans un fauteuil à grand dossier et plaça une couverture sur ses genoux. Elle sourit en signe de remerciement et se lova dans le fauteuil, en prenant la tasse que son Professeur de Potions lui tendait.
« Du thé aux épices », chuchota-t-elle, en respirant les arômes parfumés. « Merci, Severus. »
« Depuis quand est-ce que tu l'appelles Severus », demanda Ron, rageusement, mais il n'ajouta rien d'autre car il sentit la main de Remus se poser sur son épaule en signe d'avertissement.
« Ron, Harry, Remus. J'imagine combien cela doit être dur et choquant pour vous », commença Hermione avec hésitation, en les regardant enfin dans les yeux un par un. « Mais, je vous en prie, croyez-moi. Si je ne vous ai rien dit, ce n'est pas parce que je ne vous faisais pas confiance. Severus lui-même a tout découvert suite à un accident, et je n'ai jamais eu l'intention de vous faire du mal ! »
La compassion envahit le cœur de Remus tandis qu'il observait Hermione. La confusion et la tristesse qu'il ressentait s'évanouit en voyant la jeune fille, non, la jeune femme, supplier ses amis de lui pardonner. Les yeux de Ron devaient lui renvoyer une toute autre histoire et elle tressaillit en rencontrant le regard du roux, si bien qu'elle se tourna précipitamment vers Harry dont l'expression était absolument indéchiffrable.
« J'ai gardé le silence parce que… parce que tu as toujours eu trop de choses sur les épaules, Harry. Et j'avais honte de ce que je faisais, d'une certaine façon. Je voulais que vous me traitiez comme avant, comme si j'étais toujours la bonne vieille Hermione, et pas un Mangemort qui… »
Des coups frappés à la porte résonnèrent, ce qui interrompit Hermione. Rapidement, Snape plaça un miroir devant la tapisserie.
« C'est Albus et les autres », les informa-t-il avant d'accomplir l'étrange rituel.
« Quels autres ? », demanda Remus, mais avant que Severus ne puisse répondre, la tapisserie commença à rougeoyer et trois silhouettes firent leur apparition. Ils identifièrent la première comme appartenant à Dumbledore, la seconde à Minerva Mac Gonagall, et la troisième personne n'était autre que…
« Que fais-tu ici ? », hurla Ron en pointant un doigt accusateur sur Draco Malfoy, qui avait pénétré en dernier dans les appartements de Snape.
Et une fois encore, Remus sentit toutes ses certitudes s'effondrer. Comment avaient-ils garder un tel secret et mettre le fils de Lucius Malfoy dans la combine ? Etaient-ils devenus complètement fous ?
Minerva observa le petit groupe assis autour de la table en levant les sourcils d'un air critique, puis adressa un sourire à Snape pour le saluer. Elle toucha ensuite doucement la main d'Hermione avant de prendre place dans le canapé.
« Il est bon de vous savoir de retour, ma chère », énonça-t-elle de sa petite voix précise.
« Merci, Professeur », répondit Hermione par un sourire.
Puis la jeune femme tourna la tête vers Draco, qui restait debout sans bouger, au milieu de la pièce.
« Tout va bien, Draco », murmura-t-elle. « Ils ont tout découvert. »
La frêle silhouette de Draco se détendit visiblement, et son habituel sourire arrogant disparut de son visage, pour être remplacé par une expression franche et chaleureuse. Après avoir salué Snape d'un sourire qui était éblouissant de beauté et d'honnêteté, il s'avança vers Hermione et l'examina de haut en bas d'un œil critique.
« Comment te sens-tu, amour », lui demanda le jeune homme avec inquiétude. Hermione leva la tête vers lui, ses dents blanches brillèrent et le jeune homme se baissa pour l'embrassa tendrement sur le front.
« Terrible », répondit-elle. « Je suis un peu déboussolée. »
« Rien d'inhabituel, alors », plaisanta Draco, puis il choisit un fauteuil, dans lequel il se lova dans une position très similaire à celle de la jeune femme.
« Du thé aux épices ? », demanda-t-il. « Par Merlin, je hais les réunions avec Severus. « Pourquoi ne pouvez-vous pas apprécier le café ou une autre boisson décente ? J'ai reçu une lettre de Père ce soir », continua-t-il sans s'arrêter une seconde. « Il m'a dit… »
Le regard d'avertissement que lui lança Snape le fit stopper net. Et pour la première fois, il sembla réaliser que la situation différait de d'habitude.
« Alors, c'est vrai, Hermione, n'est-ce pas ? » Ron rompit le silence, amer. Une si grande déception transparaissait dans sa voix que Remus en eût mal pour lui. « Meilleure amie de la fouine et de Snape, tu vis presque dans ses appartements. Tu dois probablement être membre d'honneur des Serpentards, désormais. Pas étonnant que tu te sois éloignée de Harry et moi. »
Le désespoir assombrit les yeux d'Hermione. « Ce n'est pas si facile, Ron », se défendit-elle. « J'avais de bonnes raisons pour faire ça, et comme je l'ai dit, Severus a découvert mon activité par accident. Draco était au courant parce que j'avais besoin de lui pour attirer Lucius Malfoy, et… »
« Que voulais-tu de Lucius Malfoy », Ron s'emportait encore et Hermione se renfonça dans son fauteuil. Son visage était très pâle et ses mains tremblaient légèrement.
« Elle l'a séduit », répondit Severus froidement. « Pour entrer dans le premier cercle, où elle a révélé mon statut d'espion pour gagner la confiance de Voldemort. Et vous feriez mieux d'arrêter de vous comporter comme une reine pleureuse de comédie dramatique, Monsieur Weasley. Il ne s'agit d'une tragédie d'adolescent, c'est la vie. Des gens se battent et meurent autour de vous tous les jours, et Hermione fait ce qu'elle peut pour réduire le plus possible les pertes. »
La bouche de Ron remuait mais aucun son ne sortait de ses lèvres tremblantes. Harry s'était détourné et cachait son visage dans l'ombre. Ce ne fut qu'à ce moment que Remus réalisa que le jeune homme n'avait prononcé aucun mot depuis le retour d'Hermione.
« Je peux accepter ça, Hermione », Ron avait retrouvé sa voix, même si elle demeurait rauque et qu'elle était chevrotante, comme celle d'un vieil homme. « Je ne comprends pas comment tu peux faire ça, mais je l'accepte. Mais ça n'explique toujours pas… ça. » Sa main désigna Hermione, confortablement installée dans le fauteuil de Snape, assise dans sa bibliothèque, comme si elle était chez elle.
« Nous t'aurions tous encouragée : Harry et moi, Remus, le professeur Mac Gonagall… Mais tu as choisi Snape ! Nous l'avons toujours haï ! Et tu vis avec lui, tu l'appelles par son prénom et utilise sa douche. C'est pervers, Hermione ! »
« Mais j'avais besoin d'aide, Ron », s'exclama Hermione, qui désespérait de lui faire comprendre. « J'étais presque morte et Severus était le seul à pouvoir m'aider à me sortir de là ! Il m'a donné la force dont j'avais besoin, et… il est devenu mon ami. » En prononçant ces mots, sa voix avait baissé en intensité jusqu'à n'être plus qu'un murmure.
« Ton ami », renifla Ron d'un air moqueur, montrant bien le peu d'estime il accordait à cette amitié, et Hermione sursauta comme s'il l'avait giflée. « J'ai vu la façon dont il te touche, Hermione. Il n'est pas ton ami, ce vieux et laid Mangemort ! Il est si lubrique, je suis sûr qu'il est excité à chaque fois qu'il te touche. Il veut probablement te sauter comme les autres Mangemorts ! »
Hermione commença à trembler.
« Arrête ça », hurla de fureur Draco pour faire taire Ron. « N'as-tu pas compris ce qu'a fait Severus pour elle ? Ne vois-tu pas dans quel état elle est ? »
« Je me fiche de ce qu'il a fait pour elle », répliqua Ron, son visage était rouge de colère. « Tout ce que je vois, ce sont deux Serpentards obscènes et leur pute ! »
Les mains d'Hermione ne purent retenir la tasse tellement elles tremblaient. Le récipient heurta le tapis et y déversa son contenu. Le liquide assombrit les couleurs de la laine. Plus aucun mot ne fut prononcé lorsqu'ils virent le corps ébranlé de la jeune femme convulser, se tordre et soudain s'effondrer en renversant le fauteuil. Sa tête aurait cogné le coin de la table si Severus n'avait pas été aussi rapide. Sa main s'élança et il rattrapa la tête d'Hermione en englobant doucement la base du crâne tandis qu'une fois de plus, il la prenait dans ses bras et l'installait plus confortablement contre lui sur le tapis, de sorte que le haut du corps de l'étudiante repose contre son torse.
« Tu connais l'exercice, Hermione », la stimula-t-il doucement. « Respire. D'où est-ce que ça vient ? »
Les bruits qui s'échappèrent de la gorge de celle-ci ressemblaient au glapissement d'un animal blessé. Elle essaya de tourner la tête vers lui, mais échoua misérablement, comme si elle avait perdu tout le contrôle de ses membres.
« Je suis désolée », haleta-t-elle, comme si elle était embarrassée qu'ils assistent à sa douleur. « Je suis juste… »
« Hermione ! », gronda Snape, la fureur se propagea dans son corps à la vitesse d'un ouragan. « Cesse de gaspiller ton souffle et concentre-toi, pour l'amour du ciel ! Où les crampes ont-elles commencé ? »
Elle essaya de parler, mais elle n'avait plus la force ni l'air nécessaire tandis que son corps se tordait et convulsait, mimant des mouvements qu'on aurait vaguement pu prendre pour des mouvements lascifs. Faiblement, elle leva sa main droite et indiqua son estomac, en haletant et gémissant.
« C'est d'accord », dit calmement Snape. « J'ai compris. Es-tu prête ? »
L'acquiescement ne fut visible que parce qu'il s'y attendait tous, sinon, ce geste aurait été masqué par la violence de la crise.
« Concentre-toi », annonça-t-il une fois encore, puis même lever la tête vers le petit groupe, « Et avant que vous ne décidiez de vous ruer sur elle, ce que je m'apprête à faire est la seule méthode efficace contre les effets secondaires du Doloris. Je l'ai appris à mes dépends. »
Le Doloris ? pensa Remus, encore choqué par ce que le destin avait décidé de leur révéler ce soir, mais avant qu'il ne puisse demander ou même comprendre l'ordre de Snape, celui-ci avait levé un poing et l'avait abattu de toutes ses forces sur Hermione.
Elle hurla, la respiration courte et hachée, comme si ses poumons ne contenaient pas assez d'air, mais toute la peine et le désespoir du monde étaient contenus dans ce hurlement déchirant. Remus dut détourner la tête, et Harry comme Ron pleuraient à chaudes larmes.
Sur les visages de Draco, Albus et Minerva, on ne pouvait lire que de la résignation, ainsi qu'une profonde, ancienne et persistante tristesse.
Remus ne put comprendre ce que Snape murmurait à l'oreille d'Hermione, mais cela sembla la calmer et doucement, tellement doucement, les crampes s'apaisèrent. Après ce qui leur avait semblé une éternité, elle était toujours étendue au sol.
« C'est la seconde fois qu'elle souffre parce que vous désobéissez à mes ordres », dit Snape amèrement. « J'espère que nous ne démontrerez pas votre stupidité une troisième fois ce soir. »
« Et c'est le Doloris qui a provoqué ça ? », questionna Harry en tremblant.
« Ce sont ses effets secondaires », expliqua Snape sans quitter Hermione des yeux. « Ce sont eux qui rendent ce sortilège vraiment dangereux. Les crises augmentent et s'intensifient avec le temps, jusqu'à ce que la victime soit dans un état de souffrance perpétuelle. »
Draco frissonna soudain et détourna la tête. « J'ai entendu mon père hurler comme ça. », murmura-t-il, le visage pâle. « Plus d'une fois »
Contre les robes noires de Snape, Hermione avait bougé et ses paupières luttaient pour s'ouvrir.
« Reste ainsi un instant, ma douce. Prends ton temps. »
« C'est ce que je vais faire », promit-elle. Sa voix était celle d'une vieille femme. « Je ne m'y attendais pas, Severus. Désolée. »
« Quand t'ont-ils soumise au sortilège, Hermione ? », lui demanda-t-il en fronçant les sourcils.
Elle jeta un coup d'œil à la vieille horloge derrière le bureau.
« Il y a environ quatre heures », répondit-elle d'une voix rauque.
« Alors c'est trop tôt pour une réaction », songea-t-il tout haut. Son visage trahissait sa profonde concentration. « Pendant combien de temps cette fois ? »
« Quarante à cinquante minutes », coassa-t-elle. « Le Seigneur des Ténèbres a puni Lucius pour son utilisation un peu trop… enthousiaste de ma personne et il lui a interdit d'aller aussi loin. Quand il s'est retiré, le cercle de fidèles a décidé que j'avais besoin qu'on me rappelle ma position. Ils me l'ont lancé chacun leur tour. »
Minerva haleta d'étonnement, et les yeux ronds de Remus exprimaient la même chose que ceux du Professeur de métamorphoses.
« Mais c'est impossible », s'exclama Minerva. « Personne ne pourrais survivre à ça ! Ce sort a rendu les Longdubat fous après seulement une demi-heure ! Elle ne peut pas avoir… »
« Endurer ce sortilège est une question d'habitude, comme tout le reste », l'interrompit Severus. « Ce qui vous tuerait la première fois n'est plus aussi dangereux après une certaine pratique du Doloris. On finit par développer des résistances. C'est le cas de tous les Mangemorts. Malheureusement, les inconvénients de la naissance d'Hermione… » Il sourit à la jeune femme, et un peu de vie revint dans sa voix. « Ça a parfois du bon d'être un sang pur, Hermione. »
« Je… je tâcherais de m'en souvenir », répondit-elle lentement, et Remus s'aperçut avec incrédulité qu'elle plaisantait encore. « Je ferai certainement mieux la prochaine fois. Aide-moi à me relever, s'il te plait. »
« Non », dit Snape, et il n'était pas question d'aller contre sa décision. « Tout ceci n'a que trop duré. Tu as besoin de dormir et de te soigner. Tout le reste peut attendre jusqu'à demain. N'ai-je pas raison, monsieur le Directeur ? », demanda-t-il en lançant un regard menaçant à Dumbledore.
« Absolument », confirma le vieux sorcier. « Essayez de vous reposer, Miss Granger. Je vais répondre aux questions de vos amis. »
« Saisissant l'allusion, Remus se leva et conduisit le groupe jusqu'à la porte magique, d'où ils murmurèrent des au revoir puis disparurent. La dernière chose qu'ils virent avant que la lueur ne les transporte dans les sinistres et factices appartements de Severus, était deux silhouettes adossées à un fauteuil, Hermione reposant dans les bras de Snape, et lui caressant les cheveux de la belle avec le plus grand soin.
Severus ne leva pas la tête pour les regarder partir.
Et ils étaient soulagés qu'il ne le fasse pas.
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Dans le prochain chapitre, vous retrouverez nos amis dans le bureau de Dumbledore pour de plus amples explications…
