Quand la Lionne se bat

Auteur : Kayly Silverstorm


RAR :

Daisy : Merci beaucoup pour ta review, ça m'a fait plaisir. Comme promis, voici donc le chapitre suivant.

El diablo : Sache que j'ai été très impressionnée par tes menaces, et comme je ne tiens pas à subir le même sort que celui que tu réserves à Ron, je publie à l'heure, et même un peu en avance… Mais ne me menace pas trop, parce que moi j'ai un cœur ! Il serait dommage qu'il s'arrête suite à une grande frayeur. Ben oui, je ne pourrais plus traduire la fic !


Chapitre 33 : Nouveaux regards

« Malfoy », une voix glaciale gronda derrière lui, et Draco stoppa net sa course, quelque chose avait saisi son corps avec une poigne d'acier.

Il avait compris à l'instant même où il avait franchi la tapisserie et vu la charmante petite assemblée de Gryffondors l'attendre, que tout allait changer. Il était à l'aise lorsqu'il était 'lui-même' avec Hermione, même s'il cherchait toujours à savoir qui il était vraiment. Il commençait à peine à se détendre en présence de Severus et du Professeur Mac Gonagall.

Mais le loup-garou, le fléau de son existence : Potter, ainsi que son meilleur ami ? Aucune chance.

Et il semblait que Potter allait lui en fournir la preuve immédiatement, au milieu de la foule, comme Weasley le lui avait fait comprendre la nuit précédente. Alors qu'il tentait de poursuivre son chemin en faisant comme si rien ne s'était passé, la voix froide répéta son nom.

« Malfoy », appela de nouveau Potter. Sa colère était plus que palpable. « Ne fais pas comme si tu ne m'avais pas entendu ! »

Rien ne s'était passé ! Potter ne pouvait pas être aussi taré ! L'affronter ouvertement au sujet de la veille, et dans le hall d'entrée, à l'heure du petit-déjeuner en plus !

Que Merlin me vienne en aide ! Que quelqu'un l'arrête ! Pria-t-il silencieusement tandis qu'il se retournait lentement, la marque de fabrique des Malfoy sur le visage. Mais personne n'était là pour éviter la catastrophe désormais imminente : ni Mac Gonagall, ni Lupin, ni même le Directeur lui-même.

Il n'y avait qu'un groupe de Serdaigles curieux et une poignée de Serpentards qui avait interrompu leur chemin vers les cachots pour regarder.

Merde.

« Potter », dit Draco d'une voix traînante, en guise de réponse. Il cherchait désespérément un moyen d'échapper à ce qui allait suivre. « Que veux-tu ? »

« Cesse de me dévisager de la sorte », exigea Potter, furieux, et la mâchoire de Draco faillit en tomber tellement il fut surpris. Qu'est-ce que ça pouvait bien vouloir dire ? « On pourrait croire que toi et tes amis Mangemorts n'avez jamais vu de Gryffondors de votre vie ! », continua Potter. Une étrange lueur de malice brillait dans ses yeux, Draco n'avait jamais rien vu de tel chez Potter. « Pendant les quinze dernières minutes, tu m'as fixé comme le Baron verruqueux quand il se regarde dans un miroir ! Amoureux, Malfoy ? »

Ceci dit, Potter tourna les talons et disparut dans les escaliers, laissant Draco cloué au sol, lançant probablement des regards menaçants, comme un Serpentard qui vient de se faire rabrouer par un Gryffondor.

Mais les seules choses qui s'emballaient chez Draco, étaient les rouages de son esprit qui s'étaient mis à tourner à une vitesse inouïe tandis qu'il essayait de donner un sens à l'étrange comportement de Potter. Il n'avait rien dit au sujet d'Hermione, et son accusation était totalement ridicule. En fait, Draco avait pris soin d'éviter la table Gryffondor ce matin, car il ne souhaitait pas provoquer une nouvelle crise chez la belette.

Potter avait essayé de lui dire quelque chose, réalisa-t-il soudain. Toute cette mise en scène avait pour but de lui donner quelques indices… le Baron verruqueux… pendant quinze minutes !

En moins d'une seconde, son masque de froide indifférence fut de nouveau en place, et il sourit aux étudiants qui l'entouraient. « J'ai toujours dit qu'il finirait par péter les plombs, n'est-ce pas ? » Il ricana et vit quelques étudiants acquiescer.

« Continuez sans moi, je viens d'avoir une excellente idée pour un nouveau sort », expliqua-t-il aux Serpentards qui l'attendaient. « Je fais un tour à la bibliothèque pour vérifier quelques petites choses. »

Lentement, comme s'il se fichait du monde entier, il gravit les escaliers jusqu'au deuxième étage. Dès qu'il fut seul, il accéléra le rythme et tourna à gauche, puis à droite, encore une fois à gauche, dans les couloirs sinueux, à travers les tapisseries et les portes camouflées jusqu'à ce qu'il soit sûr que personne ne l'avait suivi.

Il fit ensuite route vers la statue du Baron verruqueux qui avait, à première vue, récemment hérité d'un Gryffondor adossé avec désinvolture contre son piédestal.

« Potter », salua-t-il de nouveau l'autre garçon, mais cette fois, avec une curiosité non dissimulée. « Qu'est-ce que signifiait cette comédie insensée ? »

Mais Potter se contenta de hausser les épaules. « Je suis désolé si c'était exagéré », répondit-il. « Je suis connu pour mon grand sens de la subtilité. »

Cette fois, Draco ne put retenir un regard étonné. C'était Potter, pour l'amour du ciel ! Lui parlé de manière civilisée, en plaisantant même ! Etait-ce la fin du monde ?

« Alors pourquoi avoir tenu à me rencontrer ici ? », l'interrogea-t-il après un silence tendu. « Je suppose que c'est à propos d'Hermione et d'hier ? »

« En quelque sorte », répondit Potter, son visage s'était soudain tendu et semblait nerveux. Il n'avait pas l'air d'avoir beaucoup dormi la nuit précédente. « Je voulais te dire que Hermione et toi n'avez rien à craindre de Ron et moi. Nous avons été soumis à ce sortilège Oubliette de l'Ordre ce matin, et j'ai demandé à ce que tu fasses partie des informations confidentielles. Je soupçonne le Directeur d'avoir également ajouté un fidelitas. J'ai pensé que ça pourrait te soulager. »

« Ai-je l'air de quelqu'un qui a besoin d'être soulagé, Potter », aboya Draco dont l'esprit n'était plus qu'un vaste chaos. Pourquoi Potter avait-il fait ça ? Ce devait être une ruse, un plan qu'il avait mis au point avec son acolyte pour lui faire payer… Son esprit Serpentard commença à calculer, analyser toutes les conséquences possibles de ce rendez-vous, mais les mots que prononça ensuite Potter le coupèrent dans sa réflexion.

« Je pensais aussi que tu n'étais qu'un futur Mangemort, mais j'avais manifestement tort », répondit Potter calmement.

« Ça prouve que mes qualités de comédien sont bien supérieures à la moyenne », rétorqua Draco après un moment et il fut persuadé d'avoir entendu le Gryffondor jurer tout bas : 'Est-ce que tout le monde, dans ce foutu château, joue un rôle ?', mais il n'en était pas sûr.

Il admit qu'il devrait remercier Potter de l'accepter, être reconnaissant pour la considération qu'il lui témoignait. C'était probablement plus que tout ce qu'il pouvait attendre de la belette.

Mais il était encore tellement en colère en repensant à la nuit précédente et à au corps tremblant et blessé d'Hermione. Rien ne comptait plus pour lui que Hermione, de plus, il accordait une confiance croissante à Severus. Et Weasley les avait attaqué tous deux avec une méchanceté digne d'un Serpentard. Et Potter s'était contenté d'écouter.

« Où est ton garde du corps, Potter. Il court après les femmes et les insulte ? » Demanda-t-il rudement. Il fut content de voir Potter tressaillir violemment.

« Il ne me parle plus », soupira-t-il enfin, en guise de réponse. « Evidemment, il a décidé que tu étais mauvais, et comme je refusais de partager son point de vue, il m'a relégué au rang des ennemis. Il n'y a rien à faire quand Ron est comme ça. »

« Ça alors, je n'avais pas remarqué ! », lâcha Draco en s'adossant au mur et en croisant les bras sur son torse. « Alors, c'est tout ce que tu voulais me dire, Potter ? »

Potter soupira une fois encore. « Draco… », murmura-t-il, comme s'il s'agissait d'un cri de détresse. Comme le Serpentard ne réagit pas et qu'il ne fit aucun mouvement, il poursuivit sur un ton si fatigué et triste, que même Draco ne put empêcher ses yeux de s'arrondir légèrement.

« Draco, l'état dans lequel elle était hier… toute la souffrance… cela lui arrive-t-il souvent ? Ron… Ron et moi sommes-nous à l'origine de tout ça ? »

Il y avait de la peur dans ses mots, et l'espoir infime que le Serpentard l'absoudrait. Draco sourit intérieurement, narquois. Potter aurait du le savoir mieux que lui.

« Vos actions écervelées ont failli la tuer plus d'une fois », répondit Draco sans une once de compassion. Mais si Potter voulait de la sensibilité, il ne serait pas venu le voir. « La nuit que vous avez passé au terrain de Quidditch, par exemple. Je suis allé la voir sous un faux prétexte le lendemain, et même si elle faisait bonne figure devant la classe, elle avait du mal à bouger sans hurler de douleur. Les Mangemorts, en particulier mon père, lui ont fait des choses… »

Les yeux de Potter s'étaient voilés, et quelque chose, peut-être son expression de totale défaite et de solitude, incita Draco a cessé son récit. Hermione n'aurait pas cautionné de toutes façons. Et après tout, Potter et lui étaient dans le même camp, même si cet énoncé résonnait étrangement à ses oreilles.

« C'était sa décision, Potter », lui dit-il brutalement, et Potter releva la tête silencieusement d'un air surpris. « Je l'ai suppliée de vous parler des conséquences de vos actions, mais elle voulait vous laisser dans l'ignorance. Pas seulement pour votre sécurité, mais aussi pour elle. Elle ne vous en aurait pas parlé pour tout l'or du monde, mais elle a terriblement honte de ce qu'elle a fait. Je l'ai vu revenir de ses rencontres avec mon père, et elle avait à chaque fois l'air d'une statue de pierre, d'une chose inanimée. Avec vous, elle pouvait oublier une partie de ce qu'elle était devenue, et je crois que ça lui importait plus que d'éviter la souffrance. »

Mais Potter ne semblait toujours pas convaincu, et en dépit de ses habitudes, Draco se surprit à consoler le Gryffondor désespéré.

« Elle a même dupé Snape », lui dit-il. Le ton de sa voix s'était quelque peu adouci. « Si je n'avais pas exposé toute l'affaire, au moment où je pensais qu'elle avait besoin d'une aide médicale, il n'aurait probablement rien découvert. Elle l'a quand même trompé pendant trois mois. L'homme qui pourrait disséquer les ténèbres avec un couteau ! Et un Serpentard en plus ! Alors ne t'en veux pas de ne rien avoir remarqué, Potter. Tu es un Gryffondor, après tout, et cela signifie que tu es aveugle, par définition. »

Là. Une façon de le consoler en enrobant sa confession dans une insulte. Au moins, il restait dans les critères Serpentards avec une telle réponse, même si la satisfaction qu'il en éprouvait était définitivement hors de propos.

Ce qui ne faisait pas partie de ses critères et qui allait même à leur encontre, fut la réaction de Potter. Un Serpentard aurait ricané et aurait rétorqué d'une voix traînante un remerciement enveloppé dans une insulte, comme Draco avait lui-même formulé son réconfort.

Potter, en idiot de Gryffondor qu'il était, avait gardé le silence et saisi la main du Serpentard – trop vite pour que Draco ait le temps de reculer – et l'avait pressée fortement.

« Tu as été son ami quand je ne voyais pas ce dont elle avait besoin, Draco », murmura-t-il de ce ton sentimental qui aurait habituellement poussé Draco à s'étouffer, à vomir puis à le railler. « Je voudrais te remercier pour ça. Et je voudrais aussi m'excuser d'avoir cru que tu étais un Mangemort. J'aurais du savoir mieux que tout autre qu'il ne faut pas juger les gens en se fiant à ce que sont leurs parents. »

« Que veux-tu dire, Potter ? », demanda Draco, incertain du comportement à adopter.

« Que je suis content que tu sois de notre côté, Draco », répondit Potter avec conviction si profonde qu'elle ne laissait plus aucune place à la méfiance. « Je suis content que tu sois aux côtés d'Hermione. Je te fais confiance pour veiller sur elle. »

« Et son comportement soudainement 'Serpentard', ne te dérange pas ? », demanda Draco en cachant à peine son incrédulité.

Potter haussa simplement les épaules. « Nous avons tous plusieurs traits de personnalité », réfuta-t-il. « J'admets que Ron est un pur produit Gryffondor, ce qui est sa plus grande force et mais aussi sa plus grande faiblesse. Cependant, je ne connais pas d'autre Gryffondor qui ne présente pas un trait de caractère se rapportant à une autre Maison. Les Serdaigles n'ont pas compris, depuis la deuxième année, pourquoi Hermione n'avait pas été répartie dans leur Maison, et je l'ai suffisamment côtoyée pour reconnaître ses côtés Serpentards. En plus », il haussa de nouveau les épaules et son sourire se fit malicieux. « Le Choixpeau a bien failli m'envoyer à Serpentard. Le savais-tu ? Je n'ai été réparti à Gryffondor que parce que je l'ai demandé. »

Draco le fixait avec des yeux ronds. Il s'était toujours demandé ce qu'Hermione pouvait bien apprécier chez Potter, excepté le fait qu'il était ce Foutu Garçon Qui a Survécu, évidemment. Mais cette rencontre lui avait permis de découvrir le véritable Potter, bien plus que des heures de réflexion. Peut-être avait-il lui aussi mal jugé Potter.

Mais ce n'était pas une chose à dire à un Gryffondor. Jamais. A la place, il sourit ironiquement et ricana, en s'apercevant parfaitement qu'il n'était pas si facile de berner Potter.

« Remercie le ciel d'être aussi persuasif, Potter », dit-il, et le Gryffondor acquiesça vivement.

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Hermione s'attendait à ne pas fermer l'œil de la nuit. Severus l'avait convaincue d'aller se coucher et avait insisté pour la porter dans les escaliers. Mais à sa grande surprise, elle s'était endormie à l'instant même où sa tête avait touché l'oreiller.

Elle suspecta le chocolat que Severus lui avait fait boire. Il devait contenir plus que du lait et du cacao, mais elle dut admettre qu'une nuit de sommeil sans rêve lui avait fait le plus grand bien.

« Dépêche-toi de déjeuner », lui dit Severus quand elle pénétra dans la bibliothèque le matin suivant. « J'ai l'intention de te sortir d'ici au moins pour la journée. »

« Sortir d'ici », répéta-t-elle, puis elle s'installa à la table, en faisant fit de la peine que lui causaient ses membres raides et endoloris. « Mais nous n'avons pas le temps de prendre un peu de repos, il y a tant de choses à faire… »

« Ingénieux comme je suis », sourit Severus d'un air narquois et supérieur, « J'ai trouvé un moyen pour nous permettre de quitter ce château pourri tout en effectuant une part importante de notre travail. As-tu déjà été à Tintagel en hiver ? »

Elle n'y avait jamais été, et il s'avérait que c'était un manque.

Les surprises que leur réserva leurs préparations à ce voyage rendirent à elles seules l'excursion agréable. Severus avait proposé d'utiliser un sort complexe de triple dissimulation, qui empêcherait tous les sorciers, même les plus doués, de deviner qui ils étaient. De plus, ils s'habillèrent en moldus.

Lorsqu'elle vit son déguisement, elle ne put cependant pas s'empêcher de pouffer de rire. Les cheveux blonds foncés de Severus étaient court et légèrement bouclés, ses yeux couleur chocolat, et il portait un col roulé rouge bourgogne ainsi qu'un pantalon de la couleur de la terre. Hermione, quant à elle, avait opté pour ce que ses voisins moldus appelaient le 'style gothique' : cheveux noirs, des yeux si sombres que le brun virait plus au noir dans l'obscurité, une longue jupe noire ainsi qu'un haut de même style laissant libres ses bras et ses jambes, ce qui lui permettait de faire d'amples mouvements et d'y camoufler ses poignards.

Le destin leur jouait des tours : tous deux avaient complètement changé d'apparence, même s'ils s'étaient basés sur des critères de normalité. Severus ressemblait plus à l'oncle Luke d'Hermione, alors qu'elle aurait pu être la fille de l'infâme Maître des Potions.

« Charmant », fut tout ce que dit Severus après l'avoir observée, mais son sourire contenait une bonne dose de fierté tandis qu'il lui prenait le bras et la conduisait vers la tapisserie enchantée.

Leur route jusqu'à la barrière anti-transplanage de Poudlard se passa sans encombre, probablement grâce à la cape d'invisibilité sous laquelle ils étaient cachés.

« Ces choses sont vraiment géniales », dit-elle à Severus dans un murmure après avoir dépassé un groupe de première année. « J'ai toujours détesté ça quand Harry utilisait sa cape, ça l'incitait à se lancer dans des aventures nocturnes dangereuses, mais quand tu sais ce que tu fais… »

Sa voix s'atténua peu à peu, et Severus sut qu'elle repensait à ses amis, en se demandant comment la conversation dans le bureau de Dumbledore s'était passée.

« J'a contacté Albus ce matin », lui dit-il tandis qu'ils quittaient le terrain de Poudlard pour pénétrer dans la Forêt Interdite. « Monsieur Potter a semblé très raisonnable hier. Il s'est même lancé dans un petit récit de vos… aventures passées », expliqua-t-il en souriant diaboliquement. « Et dire que je l'ai toujours accusé d'être responsable de la disparition de la peau de serpent d'arbre. Il n'aurait pas su quoi chercher. »

C'est ce moment qu'Hermione choisit pour rougir. « Je suis désolée, Severus », chuchota-t-elle, « mais nous avions besoin de ce Polynectar – ou c'est ce que je pensais à l'époque. »

« En fait, je suis plutôt fier que tu sois parvenue à faire du Polynectar en deuxième année », annonça-t-il tandis qu'ils se faisaient un chemin à travers les arbustes. « Tu as du avoir un Professeur captivant. »

Hermione sourit. « En effet », répondit-elle calmement.

« Et comment a réagi Ron ? », demanda-t-elle alors qu'ils atteignaient la zone de transplanage.

Severus croisa son regard et secoua la tête.

« Tu ne veux pas le savoir, ma douce », lui dit-il avant de transplaner.

Tintagel était… spectaculaire. Pour parler poliment. Elle avait vu l'endroit pour la première fois, lors d'un voyage scolaire en primaire, alors qu'elle n'imaginait même pas devenir une sorcière ou habiter un jour Poudlard. Quand elle avait vu les formes brutes des falaises, la façon dont les pierres, l'herbe et l'eau fusionnait en ce lieu, comme si les éléments respiraient, elle s'était dit avec certitude que la magie existait dans le monde.

Et quand elle avait vu le trou que tous appelait 'La Caverne de Merlin', cachée à proximité de la plage rocailleuse où les vagues bleutés venaient s'échouer sur le rivage brun gris, elle y avait cru.

Pendant un moment.

Puis ils avaient rencontré un groupe de touristes hollandais et étaient entrés les magasins où elle pouvait acheter des épées magiques, des baguettes de Merlin ainsi que des boules de cristal par douzaines. Son esprit logique était alors entré en action et lui avait dit d'oublier le romantisme et de considérer tout ça comme un gigantesque piège à touristes.

Mais elle n'avait pas regardé assez bien, pas assez en profondeur.

Car Tintagel était, comme tout, divisé en partie visibles et d'autres plus discrètes.

Les moldus confondaient Tintagel avec le légendaire Camelot du Roi Arthur et de ses Chevaliers de la Table Ronde, alors que ce n'était en fait que la demeure d'un seigneur de peu d'importance qui avait la notion de la splendeur et le goût de documents historiques contrefaits.

La partie visible était pour les humains, les moldus, les aveugles qui croyaient trouver la magie dans une de ces boules de cristal bon marché, en vente dans le village. La partie cachée, c'était une autre histoire.

Car dans les grottes, en dessous de ces pierres vertes et déchiquetées, se cachait le véritable Tintagel. Aucun moldu n'aurait pu le soupçonner. C'était un lieu merveilleux et mystérieux, aujourd'hui encore.

Merlin avait vécu ici, pendant de nombreuses années, et pas seulement dans la petite grotte qu'ils lui avaient attribuée. Merlin n'était pas un ermite à la vie austère, Dieu merci. Il avait résidé dans une salle de pierres, d'or et de bijoux, construit un empire parmi les créatures des profondeurs.

Aujourd'hui, cette salle était devenue un musée, et les sorciers venaient des quatre coins du monde pour le visiter. De biens des manières, ils ne valaient pas mieux que les moldus, même s'ils restaient calmes et tentaient de se vêtir de façon discrète. Tintagel accueillait chaque jour des hordes de personnes à demi-folles, et même grimés, les sorciers ne passaient pas inaperçus dans la foule.

Contrairement à la majorité des sorciers et sorcières qui utilisaient une zone sécurisée près de l'office du tourisme local sorcier pour apparaître, Hermione et Severus s'étaient servi d'un petit groupe d'arbres et de buissons, à huit cents mètres de Tintagel, pour apparaître.

« Qu'as-tu prévu de faire ? », demanda Hermione tandis qu'ils marchaient sur l'herbe et le sol rocailleux vers leur destination.

« Seulement répéter quelques uns de tes tests et se familiariser avec les lieux. Une fois que tu auras présenté ton plan aux Mangemorts, il sera impossible pour toute personne de l'Ordre de visiter ce lieu. Le Seigneur des Ténèbres le fera surveiller jour et nuit. Si je veux programmer une attaque, je dois connaître chaque pierre et chaque rocher du terrain. »

Il leva les yeux vers le ciel et sourit, ses traits légèrement bronzés s'adoucirent à la lumière du soleil hivernal. « Ça et le fait que nous ayons tous deux désespérément besoin d'une journée au soleil. Une autre leçon durement apprise : tu as besoin de te sortir de la routine et de te souvenir de ce que tu protèges, que tout ça en vaut le coup. »

Au fond d'elle-même, Hermione savait qu'il avait mis au point cette leçon pour elle et uniquement pour elle, qu'il n'avait jamais mis en pratique cette idée pendant ses années d'espionnage, mais elle lui en était reconnaissante.

« Je n'ai pas besoin de Tintagel pour ça », répondit-elle calmement, ses yeux suivaient la forme des collines autour d'eux. « Une soirée dans tes appartements me suffit amplement, Severus. »

Le regard de Severus se porta sur elle, il y avait une nouvelle intensité dans les yeux de l'homme qu'elle ne parvenait pas à déchiffrer. Elle détourna la tête, en faisant mine de se concentrer sur le paysage. Elle ne s'était jamais sentie aussi incertaine en sa présence depuis longtemps. Ron, pensa-t-elle contrariée, Tu n'as aucune idée de ce que tu m'as fait !

Soudain, elle sentit les bras de Severus autour de ses épaules et regarda son visage souriant.

« Regarde », lui dit-il, en montrant quelque chose au loin. « C'est là. »

Et tandis qu'elle suivait du regard la direction indiquée, elle ressentit pleinement la chaleur qu'il lui donnait et vit Tintagel briller sous les rayons de lumière argentée. Elle savait que tout irait bien. Sans savoir exactement comment elle pouvait en être aussi sûre.

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Hermione n'avait jamais eu aussi peur de marcher dans la Grande Salle que ce samedi-là. Même la salle du trône du Seigneur des Ténèbres lui sembla être une alternative plus alléchante lorsqu'elle pénétra dans la salle et se dirigea vers la table Gryffondor. Il lui fallu prendre énormément sur elle pour ne pas tourner les talons et disparaître dans les couloirs sombres des cachots, où elle serait en sécurité.

Le temps qu'ils avaient passé en dehors de Poudlard, à faire des recherches, cartographier le terrain, parler et rire au sujet de vieilles histoires, lui avait donné presque assez de force pour affronter tout ça. Pourquoi ne pourrait-elle pas attendre ses amis dans un coin sombre et leur effacer la mémoire ?

Mais elle continua. Elle tremblait à l'idée de rencontrer Ron, ses accusations blessantes résonnaient encore dans ses oreilles.

Severus lui avait certifié qu'Albus avait ajouté un Fidelitas au sortilège auquel avaient été soumis ses deux amis le matin même. Ils ne pourraient parler des activités d'espionnage d'Hermione qu'à ceux qui étaient déjà au courant.

Mais les sortilèges et les explications n'empêcheraient pas Ron de suivre sa voie, aussi stupide et insensée pouvait-elle être. Une fois que Ron avait son idée sur une situation, il était presque impossible de le faire changer d'avis. Il lui fallait un dragon, comme en quatrième année, ou un Croûtard ressuscité pour reconnaître ses erreurs, et même là, il restait mauvais perdant.

Cependant, quand elle rejoint la table Gryffondor, aucun Ron n'était visible parmi les garçons et les filles en face de leur assiette. Elle ne put retenir un léger soupir de soulagement. Pas de disputes publiques avec lui, alors. Il n'y aurait que Harry.

Le jeune homme en question étudiait son regard attentif et l'interpréta correctement.

« Il est parti aux cuisines pour prendre son repas », l'informa-t-il calmement, puis il lui indiqua une place libre à ses côtés sur le banc.

Silencieusement, Hermione acquiesça et s'assit avec précaution, en essayant de contrôler ses instincts qui la poussaient à s'éloigner de lui, ce qui n'était pas un facteur rassurant.

C'est mon ami, dit-elle fermement à sa raison, puis elle se servit un peu de ragoût. S'il peut rester assis à côté de moi après tout ce qu'il a découvert à mon sujet la nuit dernière, je peux bien supporter sa présence également.

Harry l'observait tranquillement quand elle commença à manger, lui avait à peine touché à son repas.

« Ce sort que l'Ordre utilise, c'est toi qui l'a inventé, n'est-ce pas ? » demanda-t-il finalement, et elle faillit s'étouffer avec son ragoût. Elle regarda avec empressement la table des Professeurs où le visage renfrogné de Severus l'observait.

Je vais bien, lui envoya-t-elle, il m'a simplement surprise. Ça va plutôt bien, en fait.

« Comment le sais-tu ? », demanda-t-elle alors, en faisant de nouveau face à Harry. Sa voix était essoufflée et tendue, à l'image de ce qu'elle ressentait dans la poitrine. « Est-ce Dumbledore qui te l'a dit ? »

A ces mots, Harry sourit, et elle remarqua soudain combien il semblait mûr et sérieux.

« Je te connais depuis sept ans, Hermione », lui dit-il sur le ton d'une légère réprimande, mais l'amusement s'entendait clairement. « Nous avons étudié ensemble et je t'ai observé créer plus d'un sort. Ne me crois-tu pas capable de reconnaître ta griffe, à présent ? Mais il n'est pas entièrement de toi, en particulier la partie avec les potions qui m'a semblé étrangère… Snape, je crois ? »

Hermione acquiesça en silence car elle ne faisait pas confiance à sa voix. « Est-ce que Ron… ? », murmura-t-elle, mais Harry secoua la tête en guise de réponse.

« Ron voit seulement ce qu'il veut voir », rétorqua-t-il, en baissant la voix. « Comme je le faisais – jusqu'à récemment. »

Alors qu'elle le regardait ses yeux, bordés de rouge et emplis de fatigue, hantés par quelque chose qu'elle ne pouvait pas tout à fait nommer, elle réalisa combien il avait dû être difficile pour lui de s'asseoir dans les appartements de Severus et d'être informé par des gens extérieurs à leur trio de ce qu'elle était devenue. De ce qu'elle avait fait et de ce qui lui avait été fait.

Elle réalisa combien il avait dû être terrible de prendre conscience que le Trio d'or avait éclaté et depuis longtemps. D'accepter que l'un de ses meilleurs amis lui avait menti. De façon itérative. Et qu'elle avait fait confiance à leurs ennemis.

« Je suis désolée, Harry », murmura-t-elle, et cette fois, le tremblement de ses lèvres n'était pas feint. « Je ne voulais pas que vous le découvriez de cette façon. Je ne sais pas. Je pense que j'attendais le bon moment, mais je vous l'aurais dit… »

« Je suis tout aussi désolé, Hermione », l'interrompit-il, en lui frôlant l'épaule, puis en se replongeant dans son ragoût. « J'ai beaucoup réfléchi la nuit dernière, et j'ai enfin réalisé que je m'étais égaré. J'ai ignoré mes devoirs pour profiter de mon enfance. Et j'ai compris que c'est mon comportement qui t'a obligé à faire tout ça, je… »

« Non, Harry, ne crois pas ça ! » C'était à son tour de l'interrompre, sa voix était à la hauteur de l'importance des mots prononcés. « Malgré tout ce que tu sembles croire, je n'ai pas fait ça pour toi. J'ai mes propres raisons, des raisons que je ne peux t'exposer, mais je n'ai pas choisi de prendre le fardeau que tu as cherché à éviter. Ce n'est pas de ta faute. Et si tu m'as fait souffrir, c'est uniquement parce que j'étais trop lâche pour tout te révéler. »

Elle se tût lorsque Ginny s'approcha d'eux, la salua d'un sourire puis se concentra sur son ragoût. Il était désormais froid, mais elle s'en fichait. Manger n'était absolument pas sa priorité pour l'instant.

« Je suis content que tu me l'ai dit, alors », répondit-il après un moment de silence. « Ces idées me rendaient malade. Et je ne te demanderais pas de tout me dire. Mais… »

Il fit une pause, et la respiration d'Hermione devint difficile. On y était, le fameux 'mais'. Allait-il lui dire qu'il ne pouvait pas vivre avec un Mangemort comme ami ?

« Il fut un temps, Hermione », chuchota-t-il, en veillant à ce que personne n'entende ce qu'il disait. « Nous avions l'habitude de nous dire les choses. Pas tout. J'ai compris ça hier. Tu ne nous as jamais tout dit, et nous n'aurions pas compris, même si tu l'avais fait. Mais nous avions l'habitude de nous entraider, quelques soient nos choix. Nous nous avertissions et nous supportions les uns les autres et quand nous pensions ne plus pouvoir continuer, nous nous donnions toujours de la force. »

Il prit une profonde inspiration. C'était visiblement difficile pour lui de prononcer toutes ces paroles, et Hermione le suspecta d'avoir passé une bonne partie de la nuit à répéter ce petit discours, mais elle repoussa cette pensée en un battement de cœur.

« Je ne te demande pas de tout me révéler », poursuivit-il, sa voix avait pris un ton implorant. « Et j'ai pris conscience qu'il y a des choses que Snape sait et que je ne comprendrai jamais. Tu as besoin de lui, et de Draco, et je n'essaierai pas de t'éloigner d'eux. Je veux juste te demander si … nous pouvons recommencer ? »

Renonçant à prétendre manger, il se tourna complètement vers elle et lui saisit délicatement la main droite. « Je voulais que tu saches, Hermione Granger », dit-il doucement, ses yeux verts scrutaient son visage. « J'espère que nous serons amis un jour. »


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La prochaine fois, Hermione sera convoquée par le Ministre de la Magie qui l'accuse d'être un Mangemort ! Comment va-t-elle réagir ?

N'oubliez pas de me laisser une petite review, ça fait plaisir…