Quand la Lionne se bat
Auteur : Kayly Silverstorm
RAR
InYourHeart : Tout va bien dans le meilleur des mondes, mis à part ce crétin de Ron… Oui, tu as bien cerné les choses. Mais je te préviens que tu n'as pas fini de l'insulter le rouquin… Bonne lecture, j'espère que le chapitre te plaira.
El Diablo : Le Diable, nostalgique ? Allons, pas de laisser-aller, vous avez une réputation à tenir ! Mais quelle review veux-tu que je te réserve ? Merci pour ton petit mot, ça m'a fait plaisir… A bientôt et bonne lecture.
Chapitre 35 : Nouvelles voies
Les semaines succédèrent aux jours alors que Severus s'installait dans son rôle de chef des renseignements de l'Ordre. Il n'avait jamais été un adepte des réunions secrètes de l'Ordre, pas plus qu'il n'avait prêté attention aux rumeurs ou aux murmures sur les sources de Dumbledore. Mais depuis qu'il s'intéressait à toutes les informations disponibles et qu'il avait un accès illimité dans le réseau, il se demandait comment ils avaient pu survivre aussi longtemps.
Albus pouvait bien être le sorcier le plus puissant et le plus intelligent du siècle dernier, ses compétences en matière d'organisation étaient inexistantes. Son idée de l'information était bien trop liée à sa mémoire presque parfaite. Ecrire était, semble-t-il, réservé aux autres.
Ils passèrent donc des heures dans son nouveau bureau, Severus lui posait des questions et Albus y répondait à sa façon, unique et détournée. Il conçut des cartes, des diagrammes et des protocoles d'urgence, essaya de mettre de l'ordre dans le chaos des correspondances de Dumbledore et passa en revue les piles de documents qui emplissaient de nombreuses malles.
Il y avait beaucoup à faire et cela ne concernait pas uniquement l'espionnage et la récolte des informations. L'attention de la plupart des membres était portée sur l'aspect pratique de leur travail : collecter des informations, se faire des alliés, surveiller les activités des Mangemorts et garder un œil sur le ministère. Peut-être leur fallait-il un Maître des Potions pour leur apprendre que 'butiner autant que possible puis mélanger vivement l'ensemble', n'était pas une bonne méthode pour organiser la résistance. Séparer ce qui est crucial de ce qui est sans intérêt, réunir les faits de manière à élaborer un plan et rassembler l'ensemble de manière à permettre aux autres membres de l'Ordre d'évaluer leur propre travail – toutes ces étapes si bien connues de la recherche scientifique ou de quelque recherche que ce soit, n'avait jamais été appliquées par la plupart d'entre eux.
Même si certains se rendaient compte des imperfections de leurs méthodes, ils avaient manqué de temps ou de volonté pour les changer. Comme les choses fonctionnaient tant bien que mal, personne ne protesta lorsque Snape jeta un œil à ce qu'ils avaient accompli ou non au cours des derniers mois.
Les réunions de l'Ordre avaient besoin d'être restructurées et des moyens de communication plus efficaces avaient été mis en place. Certes, le fait que le quartier général ait été déplacé à Poudlard rendait certaines choses plus faciles, mais en contrepartie, il fallut élaborer et installer un nouveau système de barrières magiques, de mots de passe ainsi que de nouveaux systèmes de sécurité.
Parfois, il étudiait les documents si longtemps que ses épaules lui en faisaient mal et il avait l'impression qu'il n'aurait plus jamais l'occasion de respirer. Même le temps passé avec Hermione se limitait aux entraînements physiques et aux entretiens tactiques tandis qu'elle tentait d'apprendre à Harry Potter les rudiments de la politique, le fonctionnement de l'Ordre ainsi que l'art de la ruse. Officiellement, il ne pouvait l'avoir enrôlée car son statut restait secret, même pour les membres les plus investis de l'Ordre. Il n'aurait pas pu expliquer sa présence dans le quartier général, alors que Harry Potter attendait encore son introduction officielle au sein de l'organisation.
Hermione.
Il avait préféré ne pas trop penser à elle ces derniers jours. En apparence, rien n'avait changé entre eux, mais c'était comme si les insultes, que leur avait lancées Ronald Weasley, avaient détruit quelque chose d'indéfinissable entre eux.
Peut-être était-ce l'innocence.
Avant, ils ne s'étaient jamais interrogés sur leurs rapports étroits, leurs contacts physiques et leur lien télépathique. Elle avait d'abord été une jeune fille qui avait eu besoin d'une aide urgente, une victime à la cruauté innommable. Quand elle était devenue sa partenaire, elle l'avait considérée comme un esprit brillant dans un corps compétent, comme quelqu'un dénué de sexualité, au même titre que Minerva ou Albus.
Et ensuite, ils étaient devenus amis. Familiers. Une relation très particulière s'était développée entre eux si bien que sa description en avait été vaine. Cette relation était très intime : il n'avait jamais partagé ça avec quelqu'un, même lors de ses histoires plus ou moins longues avec d'autres femmes au cours de ces dernières années.
Chaque jour passé avec elle lui avait permis d'en découvrir un peu plus au sujet d'Hermione ainsi que sur sa propre personne. Il redécouvrait des pensées et des sentiments qu'il pensait avoir perdu à jamais. Hermione avait réveillé en lui certains sentiments : le fait de se soucier de quelqu'un, la tendresse, l'envie de la protéger, l'amour.
Et au lieu de se protéger et de garder ses distances, il avait plongé tête baissée.
Il n'avait jamais réfléchi à la manière désinvolte dont ils se touchaient, s'étreignaient, ou partageaient leur canapé préféré lors des soirs de tranquillité, combien les mots tendres avaient si facilement franchi ses lèvres, combien ses appartement étaient froids et sans vie quand elle n'y était pas.
Combien leurs corps s'accordaient harmonieusement pendant un combat, comme une danse gracieuse entre deux partenaires de même niveau.
Mais maintenant, comme si les mots de Weasley avait réveillé une zone endormie de son cerveau, il se souvenait de ce qu'il avait ressenti en coiffant et tressant ses cheveux, il se souvenait de quelle manière il l'avait bercée quand elle était en pleine détresse. Il se remémorait le doux parfum du souffle de la jeune femme et l'agréable odeur de sueur qui lui parvenait quand ils combattaient. Son corps bien dessiné, si proche du sien qu'il parvenait à sentir la chaleur qui s'en dégageait.
La douceur de sa peau lorsqu'il avait glissé les mains le long de ses cuisses pour lui enlever les poignards. Son sourire éblouissant, inattendu et irrésistible qui la rendait brusquement magnifique.
Il n'était que trop conscient de la présence possible de la jeune femme dans la pièce adjacente à chaque fois qu'il s'étendait dans le noir en attendant le sommeil qui le fuyait pendant des heures, trop conscient du corps d'Hermione quand ils se battaient ou qu'ils discutaient. Son propre corps réagissait.
Et il maudissait sa propre faiblesse.
C'était mal, tellement mal qu'il lui était interdit d'y penser.
Pas parce qu'elle avait la moitié de son âge ou qu'elle était son étudiante – de telles pensées ne s'imposaient même pas à lui alors qu'il tentait d'exorciser la jeune femme de sa tête. Elle n'était plus une enfant, ni une étudiante, et elle était plus âgée, plus mature que la plupart des femmes de l'âge de Severus.
Mais elle avait été blessée si sérieusement, de manière si répétée… Un homme qui la désirait ne pouvait être qu'une menace pour elle.
Il se rappelait comment elle avait sursauté à chaque contact quand ils avaient instaurés leur partenariat, son corps ne lui appartenait plus, il n'était plus qu'un outil qu'elle utilisait pour arriver à ses fins. Il leur avait fallu des mois pour parvenir à ce niveau de confiance, des mois pour qu'elle se sente en sécurité avec lui, pour accepter le fait qu'il n'avait pas d'arrière-pensées lorsqu'il la touchait, même s'il avait l'impression de la trahir sur ce point.
Elle le haïrait si elle découvrais qu'il n'était en fait q'un autre – comment Weasley avait-il formulé ça ? – vieux Mangemort lubrique qui désirait son corps alors qu'elle tentait désespérément de préserver sa santé mentale.
Et quand bien même, si la confiance qu'elle lui témoignait n'en était pas ébranlée, qui était-il pour croire qu'il pouvait attirer une ravissante jeune femme comme elle, une femme qui… Non. Il ne se permettrait pas de telles pensées, pas même en sécurité dans sa chambre, à l'abri des regards, la nuit.
Alors il s'était enterré sous des tonnes de parchemins, occupant son esprit et son corps jusqu'à ce qu'il n'ait presque plus la force de ramper dans son lit. Il canalisait toutes ses pensées pour lui cacher ses véritables sentiments derrière un épais mur mental. Il s'obligeait à détourner les yeux de son corps.
En priant silencieusement pour qu'elle ne remarque rien.
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Février avait commencé par un déluge de pluie et de neige, transformant le sol en boue et parsemant le plafond magique de la Grande Salle de gros nuages gris.
Hermione ne le remarqua pas. Pas plus qu'elle ne se joint aux soupirs et aux plaintes de ceux qui se sentaient piégés dans le château avec pour seule occupation leurs devoirs de classe en attendant que s'écoulent les jours mornes de l'après Noël.
Elle était plus occupée qu'elle ne l'avait jamais été dans toute sa vie, et quand elle rampait jusque dans son lit après minuit, elle s'endormait dès que sa tête touchait l'oreiller. Elle se demandait souvent d'où elle tirait toute cette énergie ainsi que la force et la motivation de continuer alors que les journées ne semblaient pas en finir.
Tout d'abord, il y avait Harry. Il était décidé à rejoindre l'Ordre. Dumbledore et Mac Gonagall l'avait reçu à bras ouverts. Mais la joie qu'éprouvait Harry d'avoir finalement fait le bon choix s'évapora bien vite et après les premiers entretiens avec Dumbledore, il était plutôt confus et frustré. Ses connaissances en matière de tactique, de politique ou sur le fonctionnement du monde sorcier en général – il le réalisa – étaient pratiquement inexistantes.
Que savait-il au sujet des travaux du Magenmagot ou de la constitution ? Au sujet des droits des aurors, des impardonnables ? Même la société sorcière et les lignées de grandes familles de Sang pur étaient un sujet inconnu pour lui. Il avait enfin compris pourquoi Hermione avait passé les six dernières années de sa vie à étudier sans relâche, à essayer de comprendre ce nouveau monde dans lequel ils avaient été catapultés.
Et ce fut vers elle qu'il se tourna pour lui demander de l'aide.
Elle lui fournissait des livres adaptés, lui donnait des leçons d'histoire, lui expliquait le protocole et tout ce qui concernait l'Ordre – enfin, pas tout, elle devait être honnête, mais il savait tout ce qu'il devait savoir. Mais il y avait quelques détails qui la rendaient folle. Comment lui expliquer, par exemple, qu'il ne pouvait pas lire ses nouvelles sources de connaissance en public ? Comment lui expliquer que sa nouvelle expression déterminée était une mauvaise idée ? Qu'il ne devait pas manifester trop de tendresse et d'attention envers elle quand il y avait du monde autour d'eux ?
Elle avait observé et étudié les interactions humaines autant que possible et ce ne fut qu'à cet instant, en voyant combien il était difficile pour Harry de préserver une façade correcte, qu'elle réalisa à quel point il était facile pour elle de jouer la comédie. C'était comme une seconde nature pour elle de mentir et de faire semblant. Elle avait commencé à jouer un rôle bien avant de devenir 'Hermione l'espionne', et il lui était presque impossible d'enseigner ce qui lui venait naturellement.
« Nous ne voulons pas uniquement cacher des informations à d'éventuels espions, nous voulons également faire passer certaines impressions », lui expliqua-t-elle pour la énième fois en s'installant avec Harry dans sa chambre de préfète. « Le froid évident entre Ron et toi est une bonne chose, mais nous ne devons pas avoir l'air confiants ou satisfaits. Incertain et nerveux, ce sont les mots clef. Je vais dire à Voldemort que je me suis rapproché de toi et que j'ai diminué tes chances de victoires. Tu dois refléter cette idée, ou ça ne fonctionnera pas. Rumine, reste en retrait, ronge tes ongles, évite de regarder les autres dans les yeux… »
« J'essaie », protesta Harry. Hermione pouvait lire sur son visage comme un livre ouvert. « Mais ça ne me vient pas naturellement et dès que je ne suis plus concentré sur toutes ces choses, le masque tombe. Je ne sais pas comment… »
Elle ne put retenir un soupire de frustration. « Et je ne sais pas comment te l'apprendre », admit-elle calmement. « On ne m'a jamais enseigné tout ça, et je ne sais pas qui… à part… Ce pourrait être une solution… »
Soudain, ses yeux s'illuminèrent et le rose lui monta aux joues. Elle griffonna à la hâte un court message sur un parchemin et le confia au hibou qu'elle avait acheté pendant l'été.
« Allons-y », annonça-t-elle ensuite. « Il va nous attendre dans les cachots, et nous ne devons pas le faire attendre trop longtemps. »
Elle ne répondit à aucune de ses questions sur le trajet, bien à l'abri des regards sous la cape d'invisibilité de Harry. Il emmenait désormais sa cape partout où il allait. La jeune homme avait l'estomac étrangement noué à l'idée que la personne qu'il allait rencontrer puisse être Snape, mais quand ils se débarrassèrent enfin de la cape et qu'ils tournèrent dans un couloir, ils furent accueillis par un blond platine à l'air hautain et aristocratique, qui affichait son habituel masque d'arrogance sur le visage.
« Granger. Potter. Deux chatons perdus dans le repaire du serpent », les salua-t-il froidement. « Faites attention à ne pas vous égarer. »
« Malfoy », siffla Hermione avec agressivité en le frôlant.
Harry était complètement perdu, il ne comprenait pas le comportement d'Hermione, mais il la suivit toutefois sans accorder le moindre regard à Malfoy. Il pouvait désormais voir que Hermione exécutait un sort à l'abri des regards grâce à ses robes. Ils tournèrent à un autre angle et n'entendirent plus rien d'autre que le claquement des bottes de Malfoy sur le sol ainsi que son commentaire au sujet de la 'sang de bourbe et du balafré qui cherchaient un endroit pour se bécoter'.
Ce ne fut que lorsqu'ils atteignirent une vieille porte en bois, qui ne semblait pas du tout à sa place dans les cachots à cause de sa splendeur gothique, qu'elle se retourna vers le Serpentard.
« Le lieu est sûr », annonça-t-elle avant de l'enlacer rapidement. « Merci d'être venu, Draco. »
« Tout le plaisir est pour moi », répondit-il, puis il adressa à Harry un de ses fameux ricanements. Mais il manquait l'habituel mépris et la haine. Harry le réalisa avec surprise et lui lança un regard plein d'étonnement.
Heureusement, ses pensées furent détournées de son inquiétante prise de conscience quand Hermione se retourna vers la vieille porte et qu'elle plaça ses paumes dessus. Tout en murmurant quelque chose d'incompréhensible, elle fit descendre l'un de ses mains sur la poignée et la tourna. La porte s'ouvrit alors sans le moindre bruit.
« Entrez », dit-elle aux deux garçons qui patientaient, elle allongea même le bras pour les y inviter.
« Où sommes-nous, Hermione ? », demanda Harry avec une frustration grandissante. L'ancienne Hermione aurait été ravie de révéler ce qu'elle avait découvert, que ce soit en rapport ou non avec le sujet qui les concernait, mais la nouvelle Hermione avait manifestement développé le goût de secret et des révélations théâtrales.
Pas de doute en ce qui concerne la personne avec qui elle a passé tout ce temps, pensa Harry en se remémorant les robes tourbillonnantes de Snape et le goût qu'avait Draco pour les gestes ostentatoires.
Et en effet, elle se contenta de adresser un bref sourire en guise de réponse. « Tu vas voir », puis elle entama rapidement l'ascension de l'escalier en colimaçon qui semblait bien trop haut et épuisant pour Harry.
Mais quand il vit qu'ils avaient enfin atteint le haut des escaliers, Harry en oublia tout son épuisement.
« Un gymnase », souffla-t-il, avec un air qui ressemblait beaucoup à celui qu'avait affiché Hermione lorsqu'elle était entrée dans ce lieu la première fois.
« En effet », répondit-elle en souriant toujours. « La salle d'entraînement privée de Severus. Donc ne touchez à rien et restez éloignés des placards. Il y a parfois de mauvaises surprises à l'intérieur.
Décidant d'ignorer la raison qui faisait que Snape avait besoin d'une salle d'entraînement à l'heure actuelle, Harry prit une profonde inspiration et s'apprêta à répéter sa question, mais Draco le devança.
« Impressionnant », commenta ce dernier avec la nonchalance de quelqu'un qui bénéficié une salle de gym tout au long de sa vie. « Mais pourquoi sommes-nous ici ? Quel est ce problème auquel tu faisais allusion dans ta lettre ? »
Hermione leva une main tendue pour désigner Harry du doigt.
« Son visage », répondit-elle sèchement. « Il ne parvient pas à cacher ses émotions. »
Harry put voir combien il fut difficile pour Draco de se contenter d'acquiescer au lieu de dire que le visage de Harry était effectivement un problème depuis de nombreuses années, mais il se contint. « Qu'est-ce que tu veux dire exactement ? », demanda-t-il d'un ton neutre.
« Ça », répondit Hermione. « Regarde le avec intensité. » Puis en se tournant vers Harry : « Essaie de garder un air sérieux, Harry. Essaie de ne montrer aucune réaction, veux-tu ? »
Il acquiesça, pas certain de là où elle voulait aller, et plutôt mécontent du regard scrutateur que lui lançait Draco Malfoy, l'extraordinaire prince des garnements.
« Alors, dis-moi, Harry », poursuivit Hermione doucement. « Depuis combien de temps ne t'es-tu pas glissé dans la Cabane Hurlante pour être seul avec toi-même ? »
Harry ne put s'en empêcher. Sa mâchoire tomba brusquement et un son incompréhensible s'échappa de sa bouche. Il sentit ses yeux s'arrondir et le rouge lui monter aux joues. Il vit Draco Malfoy froncer le front de frustration.
« Je pense que j'ai compris », lâcha le blond de sa voix traînante dans laquelle on percevait très clairement de l'amusement. « Gryffondors. »
Si Harry s'était attendu à ce qu'Hermione proteste, il se serait lourdement trompé. Elle ne leva qu'un sourcil et acquiesça sinistrement. « En effet », répéta-t-elle. « Aucune chance de compliquer nos plans tant que le problème n'est pas réglé. »
« Qu'as-tu essayé avec lui », demanda alors Draco en tournant autour de Harry comme s'il était un cheval à vendre.
« Tout ce à quoi j'ai pensé », rétorqua Hermione. « Ce qui n'est pas grand-chose. On ne m'a jamais appris comme tu as pu apprendre. Tout ce que je sais m'est venu intuitivement au cours des années… »
« C'est une façon détournée de me demander de lui enseigner une discipline qui n'appartient habituellement qu'aux sangs purs », demanda Draco, son amusement menaçait désormais de se transformer en immense éclat de rire.
Hermione grimaça. « Fais de lui un Malfoy, si tu y arrives », le défia-t-elle.
« Excusez-moi ! », Harry s'était enfin aperçu qu'il avait retrouvé l'usage de sa langue. « Pourriez-vous tous les deux cesser de parler de moi comme si je n'existais pas ? Et que se passerait-il si je refusais d'apprendre une 'technique de sang-pur' ? »
« Tu voulais apprendre, Harry », rétorqua Hermione, son sourire s'était évanoui comme la brume au-dessus du Lac. « Cacher tes émotions et tes pensées est une des leçons les plus élémentaires que je peux t'offrir. Les charmes et les sortilèges peuvent protéger ton esprit des intrusions, mais si l'ennemi peut lire les réponses qu'il cherche dans tes yeux, tu ne survivras pas. Et survivre est quelque chose que tu ferais mieux d'apprendre. C'est quelque chose qu'on a enseigné aux enfants de sang pur comme Draco, et ce, dès leur plus jeune âge. Leur contrôle doit être parfait, leur technique irréprochable, et leur comportement doit toujours, toujours être au top. En particulier quand leur père est un enfoiré comme Lucius Malfoy. »
Elle ne se retourna pas vers Draco, pas plus qu'elle ne lui jeta un regard d'excuse pour avoir insulté son père, et Harry fut surpris de voir le jeune homme en question acquiescer sombrement.
Pendant un instant, le cerveau de Harry surchauffa tandis qu'il tentait de décrypter la situation. Il y a moins de deux semaines, il n'était encore qu'un étudiant légèrement déprimé, doué pour les bêtises. Il savait clairement qui étaient ses ennemis : Voldemort et ses Mangemorts ainsi que les Serpentards. Mais récemment, il avait découvert que sa meilleure amie appartenait à la première catégorie et il était actuellement coincé dans une pièce avec un membre de l'autre catégorie qui essayait de lui apprendre l'art de la dissimulation.
L'espace d'un moment, il eut envie de voir l'ancien Harry revenir, celui qui aurait protesté, crié et aurait été trop droit pour son propre bien. Ensuite, ses yeux rencontrèrent ceux de Draco et bien que le visage du Serpentard soit toujours aussi froid, il parvint à y déceler le reflet de sa propre incertitude, juste sous le masque. Il hocha la tête.
« Mais ne t'attends pas à ce que je malmène les Gryffondors », prévint-il et il vit les mêmes sourires s'inscrire sur les visages de Hermione et Draco.
« Ça viendra petit à petit », répondit Draco. Harry aurait presque pu juré qu'Hermione avait acquiescé.
« C'est réglé », annonça-t-elle brusquement. « Je vais demander à Severus de vous libérer la place. Mais ne l'utilisez que l'après-midi. Il déteste avoir des gens sur son passage, comme vous le savez tous les deux. »
Silencieusement, elle les étreignit l'un après l'autre et une fois encore, Harry s'étonna du ridicule de la situation. Ils étaient là, deux ennemis d'enfance, reliés tous deux par la jeune femme qu'ils aimaient. Ils voulaient que ça fonctionne, uniquement pour elle.
Elle avait presque atteint la porte qui menait aux escaliers en colimaçon quand Harry décida de lui faire partager, au moins en partie, la confusion qu'il avait ressentie.
« Avant que tu ne t'en ailles, Hermione », lui dit-il. Celle-ci se retourna alors vivement vers eux. « Depuis combien de temps as-tu cessé de rembourrer tes soutiens-gorge de papier toilette? »
Il avait espéré une réaction de la part de son amie, une expression sur son visage qui la trahirait et qui allègerait la frustration qu'il ressentait. Mais alors même que Draco éclatait de rire, le visage de la jeune femme resta parfaitement impassible, lisse et indéchiffrable. Pas un seul muscle ne bougea. Elle ne cligna même pas des yeux.
Ce ne fut que lorsqu'elle eût achevé de lui montrer son parfait self-control, qu'elle lui sourit et acquiesça en signe d'approbation.
« Bien, Harry », dit-elle en jetant un regard amusé à Draco qui était toujours mort de rire. « Bien tenté. Mais ce n'est pas suffisant pour m'avoir. Tu y parviendras également, avec l'aide de Draco, je l'espère. »
Et sur ce, elle les laissa seuls dans la salle d'entraînement privée de Snape. Un Gryffondor et un Serpentard, s'observant comme si l'autre était atteint d'une grave maladie.
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Réveiller le côté Serpentard de Harry n'était pas le seul problème d'Hermione. Les devoirs n'étaient pas une charge pour elle, en particulier depuis que Severus et Mac Gonagall avaient cessé d'accepter ses essais. Cela faisait déjà quelques semaines qu'ils lui avaient dit qu'elle était bien assez avancée pour ne pas avoir à leur rendre ses copies. Ils lui avaient également expliqué qu'elle ferait mieux de se concentrer sur des choses plus importantes, mais le simple fait qu'elle participe aux différents cours gaspillait le temps qui lui faisait si cruellement défaut.
Plus elle parvenait à renforcer sa position auprès de Voldemort et au sein des Mangemorts, plus elle était appelée. La Marque des Ténèbres lui brûlait désormais le bras plus d'une fois par semaine, et la relation qu'elle entretenait avec Lucius Malfoy se révélait être de plus en plus dangereuse, sans compter l'inquiétude que lui causait MacNair qui l'avait dénoncée au Ministre pour tenter de la démasquer et de la discréditer au sein des Mangemorts. Il y avait aussi le cas de Justin qui était toujours victime du chantage de MacNair et qui en souffrait visiblement.
Severus et elle n'avait pas encore décidé quoi faire, et au fond d'elle-même, Hermione savait qu'il n'y avait qu'une seule solution au problème. Mais elle s'y refusait. Organiser le meurtre de quelqu'un, même s'il s'agissait d'un Mangemort aussi répugnant que MacNair, lui provoquait des frissons tout le long de la colonne vertébrale.
Elle était en train d'y songer dans la bibliothèque de Severus tout en sirotant un thé, lorsqu'une lettre de Dumbledore lui parvint. Cette lettre lui annonçait qu'Harry et elle deviendraient membres de l'Ordre le soir même.
Elle devint soudain très nerveuse. Bien sûr, elle savait comment se comporter, elle avait développé avec Severus une stratégie depuis déjà plusieurs semaines, mais ces hommes et ces femmes n'appartenaient pas à la fine fleur de l'Ordre pour rien. Tous possédaient des talents indéniables, et même si elle savait que Dumbledore, Mac Gonagall, Severus et Remus étaient de son côté, il y avait de gros risques que la situation s'envenime.
Ils avaient décidé de ne pas révéler le véritable statut d'Hermione pour éviter que Molly Weasley ne s'insurge d'indignation. Elle espérait y échapper aussi longtemps que possible. Mais il lui faudrait être prudente, et tout ne dépendait pas que d'elle, il y avait également tous les autres. En particulier Severus, mais elle s'attendait à ce qu'il s'amuse beaucoup de leur petit jeu. Hermione n'avait pas oublié son merveilleux jeu d'acteur lorsqu'ils avaient simulé l'empoisonnement du Maître des Potions.
Rassemblant les affaires dont elle avait besoin dans son vieux sac de cours, elle retourna dans sa chambre de Préfète via le réseau de cheminées, juste à temps pour répondre à la personne qui frappait à sa porte. Ce devait être Harry. Quand elle ouvrit la porte qui donnait sur la salle commune, elle le trouva nerveux mais calme. Les leçons de Draco commençaient à porter leurs fruits.
Elle lui fit signe d'entrer et ferma la porte silencieusement avant de l'enlacer. Il avait demandé à Ron s'il voulait se joindre avec eux à l'Ordre, mais il n'avait récolté qu'un grognement de colère ainsi qu'un commentaire sur ses 'nouveaux amis' avant d'être planté sur place par le rouquin. Hermione savait combien le comportement de Ron blessait Harry, mais à chaque fois qu'elle avait essayé d'aborder Ron, sa réaction avait été pire que celle qu'il réservait à Harry.
Peut-être valait-il mieux le laisser ruminer quelque temps encore. Il lui avait fallu des semaines avant de se rendre compte de son erreur lors du Tournoi des Trois Sorciers. Elle espérait que Ron reviendrai sur sa décision, sinon, ça ne simplifierait pas les choses.
A exactement six heures moins le quart, ils quittèrent sa chambre de la jeune femme et descendirent le grand escalier jusqu'en bas pour y rencontrer Dumbledore comme convenu. Ce dernier les salua de manière courtoise avec son pétillant habituel, mais il était clair, d'après son comportement, qu'il était préoccupé et peut-être même inquiet. Il n'avait pas que l'identité secrète d'Hermione à prendre en considération, la performance de Harry face à l'Ordre comptait également.
Après tout, il était leur sauveur, et il ne devait pas faire preuve de trop d'ignorance ou de manque de maturité. Hermione espérait simplement qu'il était bien préparé et que ce qu'elle avait planifié suffirait à détourner l'attention que susciterait Celui qui a survécu.
Ils suivirent le Directeur qui se dirigeait vers l'entrée de la Grande Salle, puis ils empruntèrent un couloir peu fréquenté. Après avoir tourné de nombreuses fois, ils s'arrêtèrent devant une autre tapisserie, vieille et hideuse, similaire à celle qui servait d'entrée aux appartements de Severus.
« A ce rythme, je vais très vite m'habituer à eux », murmura Harry à Hermione. Il la vit sourire en réponse. Après un instant, elle lui attrapa la main et la serra fermement, à l'abri des regards dans les plis de leurs robes. Il lui rendit la pression en espérant lui transmettre le soulagement qu'il éprouvait. Il se sentait étonnamment calme et bien préparé, et même si il ne l'admettait pas, il savait qu'il le devait remercier Draco pour ça.
« Prêts, les enfants ? », leur demanda Dumbledore, et tandis qu'ils acquiesçaient, le Directeur plaça ses deux mains sur la tapisserie et murmura : « Je ne choisirait pas un mot de passe qui se rapporte aux sucreries. »
Quand la tapisserie commença à luire d'une lueur dorée, il se retourna vers Harry et Hermione et leur sourit. « Severus est responsable du système de sécurité. C'est le mot de passe qu'il a choisi pour moi, même si je ne comprends absolument pas pourquoi. »
Sans même cacher leur amusement, Harry et Hermione suivirent leur Directeur à travers la lumière dorée.
La pièce dans laquelle ils étaient entrés coupa le souffle de Harry. C'était immense, avec un étrange et très haut plafond magique. Des tapis riches en couleurs ornaient les sols de pierre. La pièce semblait divisée en plusieurs parties. Il y avait une zone pour se détendre où des canapés et des fauteuils avaient été regroupés et où les murs étaient cachés par une bibliothèque. L'autre partie était résolument plus sérieuse. Une grande table ovale ainsi qu'une quarantaine de chaises occupaient cet espace. Harry remarqua plusieurs portes ouvertes sur d'autres pièces ainsi que d'autres peintures murales, similaires à celle par laquelle ils étaient entrés.
Il pivota vers Hermione et décrypta une expression exagérée de surprise et de joie sur son visage, due – ça ne faisait aucun doute – à tous les livres qui s'étalaient devant elle. Mais elle avait raison d'être impressionnée, pensa-t-il, ça contraste drôlement avec la cuisine encombrée de Square Grimmault, cette pièce exhalait la puissance et l'autorité, tout en invitant ses habitants à s'installer, à faire des projets et à discuter.
C'était nettement mieux organisé, ne put-il s'empêcher de penser.
« Bienvenus dans le quartier général de l'Ordre du Phénix ! » Dumbledore interrompit ses pensées. Harry leva les yeux vers le visage su vieux sorcier et ne put retenir un sourire : la fierté qu'éprouvait Dumbledore pour ce lieu se lisait trop clairement sur son visage.
« C'est une nette amélioration par rapport à notre ancien quartier général, je dois dire », poursuivit Dumbledore en touchant l'épaule de Harry et en portant le regard sur les trois grandes cheminées qui étaient situées côte à côte, au fond de la pièce. « Ces trois cheminées sont reliées à différentes zones du réseau. Elles sont toutes sécurisées grâce à un système de barrières magiques mis au point par Severus. Je ne sais pas exactement comment ça marche, mais il permet uniquement aux membres de l'Ordre d'entrer et sortir par leur intermédiaire. L'une est connectée au réseau interne de Poudlard, l'autre est reliée aux maisons sécurisées et la dernière est connectée au réseau général des sorciers. »
Il fit un geste en direction de la porte que Harry avait remarqué avant, et vers les peintures murales. « Les portes mènent à plusieurs bureaux, l'un est à moi, un autre est utilisé par notre cher directeur des renseignements. Les tapisseries magiques sont reliées aux appartements privés quelques membres de l'Ordre : les appartements de Severus, mon bureau de Directeur et le Terrier. Le plafond est enchanté de manière à nous montrer une carte de la Grande-Bretagne sur laquelle sont indiqués les zones que nous avons sécurisées, les lieux tenus par les Mangemorts ainsi que leurs zones d'activité récente. Ce soir, je vais vous enseigner les sorts pour agrandir les zones que vous souhaitez étudier. »
Harry ne put s'empêcher de haleter en découvrant l'énorme carte qui s'affichait au dessus de leur tête. Tout semblait si… fonctionnel, si étudié et organisé. C'était totalement différent de ce qu'il pensait de l'Ordre pendant sa cinquième année. Il lui semblait que ce groupe d'individus intelligents s'était transformé en une organisation professionnelle.
Hermione observait également la pièce, mais la quantité d'émotions qui se lisaient sur son visage, indiquait clairement qu'Hermione jouait plus la comédie qu'autre chose. Et quand elle se pencha contre lui pour lui murmurer quelque chose à l'oreille, l'amusement qu'il entendit dans sa voix confirma ses soupçons. « Tu aimes les changements que Severus a fait ? » lui demanda-t-elle.
« C'est génial », répondit-il à bout de souffle, en oubliant un instant que c'était son détesté Maître des Potions qu'il complimentait.
La réunion ne commencerait pas avant sept heures et demi, et Hermione ainsi que Harry prirent le temps d'explorer leur 'deuxième nouvelle maison', comme Dumbledore le leur avait dit. Saluant les membres qui faisaient leur entrée progressivement, Harry se trouva embarqué dans une discussion animée entre Remus Lupin et Maugrey Fol-Œil. Il était surpris de la facilité avec laquelle il se sentait intégré, comment ils l'avaient accepté sans même le questionner. Il espérait seulement que le reste de la soirée se passerait aussi bien que les premières minutes.
Cependant, Hermione avait à peine accordé un regard aux hommes et aux femmes qui sortaient des cheminées, des portes des bureaux et des tapisseries rayonnantes. Ses yeux étaient restés bloqués sur les livres, et elle retenait visiblement ses mains pour ne pas prendre quelques uns des plus anciens volumes.
Harry savait qu'elle avait l'intention de cacher son boulot d'espion, et il comprit qu'elle essayait d'agir comme la Miss je sais tout, mais il était indigné de la façon dont elle semblait ignorer tout le monde. Il se dégagea du groupe dans lequel il était. Il se dirigeait vers elle avec l'intention de la détourner des ses livres lorsque l'ambiance de la pièce changea brusquement.
« Miss Granger », retentit soudain une voix glaciale, si bien que les deux étudiants se retournèrent. Ils rencontrèrent le regard irrité de leur Maître des Potions. Il venait de pénétrer dans la pièce par la porte d'un des bureaux, et Harry ne put que constater que les autres les observaient attentivement. « Evitez de toucher à tout ce que vous voyez. Quelques uns de ces livres sont bien trop précieux pour que vous les profaniez avec vos mains d'adolescente. »
Il la regarde comme s'il la haïssait, songea Harry choqué mais quand il se retourna pour voir comment Hermione réagirait, il découvrit une expression très similaire sur le visage de son amie. Elle parvenait même à avoir l'air puérile et entêtée. A quoi jouaient donc ces deux-là ?
Il vit de la surprise et de l'irritation s'inscrire sur les visages des membres de l'Ordre. Seuls Remus et Mac Gonagall semblaient à peine capables de cacher leur plaisir. Ceux qui avaient regardé Harry dès leur entrée dans la pièce, s'intéressaient désormais la dispute qui opposait Hermione Granger à leur Chef des renseignements.
Ils sont en train de consolider son image de Miss Je sais tout inoffensive, réalisa-t-il. Et en même temps, ils détournent de moi l'attention de tous.
« Malheureusement, mon influence n'est pas suffisante pour vous chasser tous les deux de ce quartier général », continua Snape, les yeux toujours fixés sur Hermione. « Je vais donc devoir supporter votre présence. Mais si vous m'ennuyez encore avec votre comportement de Petite Je sais tout, ou que vous posez vos mains sur des documents qui ne sont pas destinés à satisfaire la curiosité des petites filles, je vous jetterai personnellement dehors. Est-ce clair ? »
Tous deux se fixaient sans baisser les yeux quand les lèvres d'Hermione commencèrent à trembler.
Comment te sens-tu, ma douce ? Lui demandèrent chaleureusement les yeux froids et moqueurs de Severus, et tandis qu'elle ordonnait à ses joues de rougir, elle lui envoya un sourire.
Plutôt bien, Severus. Un peu excitée peut-être. Mais à en juger par les têtes abasourdies autour de nous, ça va être assez drôle.
« Parfaitement clair, Monsieur », murmura-t-elle, et il acquiesça brusquement.
Je l'espère sincèrement, rétorqua-t-il, puis il mit fin à leur connexion et regagna sa place devant la table, à l'opposé de là où était le Directeur qui avait déjà pris place.
Comme on le leur avait demandé, Hermione et Harry étaient resté debout pendant que les membres de l'Ordre s'asseyaient et que Dumbledore entamait la réunion.
« J'ai l'honneur de vous présenter deux nouveaux candidats à notre cercle », annonça-t-il une fois que tout le monde fut installé. « Vous les connaissez tous, et je vais donc abréger les formalités. Qui est d'accord pour accueillir Hermione Granger en tant que membre ? »
La plupart des mains se levèrent sans la moindre hésitation. Seuls Maugrey Fol-Œil et Molly Weasley prirent leur temps pour répondre. L'ancien auror avait exprimé le fait 'que les petites filles n'avaient rien à faire sur un champ de bataille', et Mrs Weasley tenait à écarter les moins de trente ans des réunions, si possible.
Les deux finirent par accepter, et seule la main de Severus resta sur la table, immobile. Le regard qu'il envoya à Hermione n'était que venin.
« Hermione Granger donc acceptée dans notre cercle », annonça Dumbledore. Ses yeux bleus scintillaient de sympathie. « Je vous en prie, prenez un siège, ma chère. »
Hermione acquiesça et, en serrant son sac d'écolière tout contre sa poitrine, elle fit le tour de la table pour s'installer sur une chaise vide.
« Qui accepte Harry Potter en tant que membre ? », poursuivit Dumbledore, et cette fois, même Snape leva la main sans une seconde d'hésitation. Harry fut accepté et prit place aux côtés d'Hermione, heureux d'être parvenu à dissimuler sa nervosité.
C'est ainsi que, sans plus de cérémonie, la réunion débuta.
Dumbledore les avait prévenu que chaque membre de l'Ordre répondrait volontiers à leurs questions après la fin de la réunion principale. Harry s'adossa donc à sa chaise et écouta attentivement en remettant ses questions à plus tard. Mais il fut agréablement surpris par l'intérêt de tout ce que lui avait appris Hermione au cours des dernières semaines. Les liens entre les événements se faisaient désormais naturellement, il était même capable de commenter quelques points. Il put même voir le respect plein de ressentiment sur le visage de Maugrey quand il fit remarquer que la campagne de Fudge contre les créatures magiques pouvait permettre à l'Ordre de resserrer ses contacts avec Gringotts, que Ludo Verpey et son affaire nébuleuse avec les gobelins serait un argument supplémentaire.
Assez étonné, Snape adopta un degré de civilité jamais atteint avec le Garçon qui a survécu, en l'ignorant la plupart du temps, mais en répondant toujours à ses questions sans le mépris glacial auquel ils étaient tous habitués. Il reporta donc tout son mépris sur Hermione.
Tout au long de la réunion, elle leva à peine la tête de son carnet de notes dans lequel elle notait tout sans s'accorder la moindre pause. Il ne faisait aucun doute qu'elle parvenait à retranscrire mot à mot ce qui se disait à la réunion. Elle rougit lorsque Snape se moqua d'elle et qu'il lui dit que chaque feuille évoquant l'Ordre devrait rester dans ces quartiers. Il ajouta que ce n'était pas pour rien qu'ils faisaient appel à une plume ensorcelée, mais elle continua à écrire sans relâche, comme si elle pouvait se cacher des regards curieux et contrariés que les membres de l'Ordre lui lançaient.
Harry parvint à déchiffrer de la surprise sur plusieurs visages tandis que la réunion se déroulait sans qu'elle ne pose aucune question ou qu'elle ne leur fasse part d'aucun commentaire. La plupart, et en particulier Remus Lupin attendaient plus de la 'plus intelligente sorcière de son âge ». Il semblait que pour la plupart d'entre eux se demandaient si - Harry pouvait lire dans leurs yeux – la réputation de la jeune femme avait été justement gagnée. A côté du Garçon qui a survécu, elle semblait bien pâle : une écolière trop enthousiaste et sans intérêt. Harry était persuadé que c'était exactement l'effet qu'elle voulait produire.
« Quelles sont les nouvelles de notre espion ? », demanda finalement Tonks, et les autres membres se penchèrent tous en avant, intéressés.
Severus sourit sombrement. « L'Ordre Français de Jeanne d'Arc a refusé de collaborer avec Voldemort, grâce à notre intervention propice », annonça-t-il. Des exclamations et des cris de joie retentirent alors dans la pièce.
Quand le silence revint, Dumbledore, qui avait probablement remarqué les visages confus de Hermione et Harry, se pencha en avant pour leur expliquer.
« L'Ordre de Jeanne d'Arc est un groupe de sang-purs traditionalistes situé à Paris. Ils ne sont pas puissants uniquement à cause de l'importance de leurs membres, mais surtout à cause du regard que leur portent les sorciers français. Voldemort a prévu de les contacter pour leur proposer une alliance. Grâce à notre maître de l'espionnage, nous avons été informés de ses plans suffisamment tôt pour envoyer Madame Maxime ainsi qu'une délégation de sorciers renommés pour essayer de convaincre cet Ordre de la folie d'une telle alliance. Ce n'est pas la première fois que les informations de notre espion nous permettent d'éviter une catastrophe. »
« Qui est cet espion ? », demanda Harry, toujours perplexe, malgré l'explication qu'on venait de lui fournir. « Et pourquoi ne nous fait-il pas lui-même son rapport ? »
« Parce que nous n'avons aucune idée de qui il peut être, Potter », répondit Maugrey, et son regard fâché exprima clairement ce qu'il pensait réellement de cette situation. « Seuls Dumbledore et Snape connaissent son identité, et il refuse obstinément de nous informer en détail, alors que ce serait la seule chose décente à faire. »
« Tout ce que nous, pauvres mortels, avons eu le droit de savoir, c'est qu'il a abordé Albus il y a environ six mois et lui a proposé des informations sur les Mangemorts et Voldemort lui-même. Ce sont des informations capitales pour nous », continua Bill. « Je ne sais pas de combien d'embuscades nous avons pu nous tirer grâce à ce qu'il nous révèle. »
« Qui qu'il soit, il est vraiment génial », intervint Tonks, la voix emplie de respect.
Au moment où Harry fit les liens entre ce qu'il avait entendu et ce qu'il savait déjà, il se laissa lourdement tomber contre le dossier de sa chaise. Cet espion si doué dont ils étaient en train de parler n'était autre que Hermione ! Elle et Dumbledore lui avaient expliqué l'importance du travail qu'elle effectuait, mais il n'avait jamais pensé qu'elle était une source d'informations essentielle pour l'Ordre !
Il se tourna légèrement pour rencontrer ses yeux, mais avant qu'il n'en ait eu le temps, elle s'était adressée à l'Ordre pour la première fois, d'une voix plus fluette et plus enfantine que ce qu'il avait l'habitude d'entendre.
« Mais n'est-ce pas terriblement dangereux ? », demanda-t-elle, en tremblant rien qu'en y pensant.
C'est vraiment une bonne comédienne, songea Harry en regardant le visage de la jeune femme, un peu pâle et grave, compatissant pour l'homme inconnu qui risquait sa vie pour eux.
« Si je pouvais vous retirer des points ici, sachez que je vous en aurais retiré, tant votre question était stupide, Miss Granger », gronda Snape. « Bien sûr, c'est dangereux. Pensez-vous vraiment qu'il ne fait que prendre le thé avec le Seigneur des Ténèbres ? »
« C'est la chose la plus dangereuse que tu puisses imaginer, Hermione, et aucun d'entre nous n'aurait pu Lui soutirer autant d'informations », répondit Arthur Weasley.
« Quand Severus a été découvert », poursuivit Arthur, « nous avions peur que notre dernière source d'informations n'ait été supprimée et nous ne pensions pas que ce nouvel espion survivrait longtemps. Personne n'était jamais parvenu à s'infiltrer aussi bien. Mais Severus nous a affirmé que notre inconnu était probablement l'espion le plus talentueux qu'il ait jamais rencontré, meilleur que Severus lui-même. Nous ne pouvons qu'espérer qu'il réussisse là où tous les autres ont échoué. »
« Il ou elle », remarqua Tonks. « Nous ne savons pas si c'est un homme ou une femme, Arthur. »
« Oh, mais une femme ne pourrait probablement pas faire une telle chose », protesta Hermione d'un air choqué, ce qui lui valu un halètement étouffé de la part de Remus.
« J'ai assez supporté votre stupidité pour aujourd'hui, Miss Granger », siffla Snape. « Soyez une gentille fille et faites ce qui vous réussissez le mieux : prenez des notes et restez calme ! »
Une fois encore, Hermione rougit et baissa la tête vers la table, mais Harry aurait juré avoir décelé de l'amusement dans les yeux sombres et profonds de son Maître des Potions.
Il ne savait pas ce qui le déstabilisait le plus : le fait que ces deux-là trompaient aussi facilement les membres les plus aguerris de l'Ordre, ou le fait qu'ils s'amusaient visiblement énormément.
