Quand la Lionne se bat
Auteur : Kayly Silverstorm
RAR :
Océane : Ne t'inquiète pas, je n'ai pas l'intention d'arrêter. Je suis ravie que tu apprécies les détails de cette fic, alors en voilà encore quelques uns… Bonne lecture !
Bohemio : Tu adores Severus et Hermione, donc tu vas être gâtée dans ce chapitre, même si nous avons une guest star de choix : Ron… Enfin, tu me diras ce que tu en penses.
Spinel : Merci beaucoup. Voici donc la suite, avec des rebondissements à venir pour les prochains chapitres…
Mekoret : Ravie que la fic te plaise et j'espère qu'il en sera de même pour la suite. Je te laisse donc la découvrir. Bonne lecture.
El diablo : Attention, sa majesté des enfers s'énerve…lol. Sache que tu vas devoir reprendre du service pendant tes vacances, car après avoir lu ce qu'a fait Ron, tu vas… voir plutôt rouge. A moins que tu ne sois d'humeur zen, ce qui ne cadre pas vraiment avec le personnage. Je pense donc être à l'abri de ta colère un bon bout de temps puisque tu auras d'autres chats à fouetter, comme on dit. Sur ce, bonne lecture et bonnes vacances !
Chapitre 38 : Confiance et trahison
Le matin suivant, un coup à la porte la fit se relever de son travail sur les enchantements.
Elle avait dormi dans les appartements de Severus mais elle était revenue tôt le matin dans sa chambre de Préfète. Les week-ends étaient des moments privilégiés pour les étudiants qui voulaient lui parler de leurs problèmes. Et même si elle ne se considérait plus vraiment comme une étudiante ces derniers jours, et sans parler de son devoir de Préfète, c'était un rôle qu'elle devait jouer parfaitement de façon à ce qu'elle et l'Ordre ne soient pas soupçonnés.
Les soupçons… Son esprit ne cessait de ressasser les événements de la soirée tandis qu'elle passait en revue sans même s'en rendre compte les charmes qui lui permettaient d'écouter à travers la porte. Si quelqu'un d'inamical se trouvait de l'autre côté, elle voulait le savoir avant d'ouvrir.
On peut dire qu'elle avait surpris les gardes de Voldemort, la nuit précédente, quand elle était passée près d'eux à toute allure, le corps de MacNair flottant derrière elle. Elle ne portait ni son habituelle cape noire, ni le masque qu'elle avait le droit de porter depuis peu. Ses joues étaient même légèrement rosies à cause du choc et de son empressement à prévenir son Maître dès que possible.
Elle Lui avait remis le corps et avait partagé ses souvenirs qui confirmaient les soupçons dont elle Lui avait fait part. Quand le Seigneur des Ténèbres acheva son examen, le silence s'était abattu sur l'assemblée de Mangemorts, et quand Sa colère éclata, ce fut terrible.
Elle s'en était sortie relativement indemne, mais les regards que lui lançait les Mangemorts ne lui disaient rien qui vaille. Pourtant, la soirée avait été un succès. Voldemort la considérait désormais comme la seule personne digne de confiance parmi ses serviteurs. Elle avait été la seule à dévoiler la conspiration et à avoir eut assez de courage pour L'en informer. Elle était la seule à faire preuve de loyauté.
D'une certaine façon, c'était terriblement amusant. De plus, la plupart des Mangemorts du Premier Cercle avaient été mis hors d'état de nuire pour au moins deux jours car Voldemort leur avait montré combien Il était peu satisfait d'eux et Hermione avait été obligée d'y assister.
Choisissant de ne pas se remémorer ce moment particulier de la soirée, elle se leva avec hâte et marcha jusqu'à la porte qui reliait sa chambre à la Salle Commune des Gryffondors. Ce fut le visage nerveux de Ginny qui la salua lorsqu'elle ouvrit la porte. La salle commune derrière elle était vide.
« Salut », lui dit la rousse. « Je… C'est que… Je me demandais si tu voulais passer un peu de temps à Pré au Lard avec moi… c'est un samedi de sortie aujourd'hui, tu sais, et j'ai pensé que tu devais avoir besoin de temps de détente… »
Oui, elle avait besoin de s'accorder un peu de temps libre. En fait, Hermione ne parvenait même pas à se souvenir de sa dernière promenade à Pré au Lard, mais elle avait tant à faire. Severus et elle avaient parlé de stratégie jusque tard dans la nuit et n'avaient été interrompus que par la courte visite de Mac Gonagall qui était chargée de veiller sur Justin et ses parents. Ils avaient planifié une autre réunion pour dans la soirée : Severus voulait revoir les plans de l'Ordre avec elle, et Draco voulait discuter avec elle du moyen de distiller de fausses informations dans les lettres qu'il envoyait à son père, et elle aurait encore ses devoirs à faire…
Mais Ginny avait un regard étrange, un mélange de nervosité et de détermination.
« Pourquoi veux-tu y aller avec moi ? » Demanda-t-elle. Elle avait appris que seule la franchise lui permettrait d'obtenir une réponse de la part de Ginny. « Ton frère ne parvient même pas à rester dans la même pièce que moi. »
Ginny rougit. « Il est tellement immature », répondit-elle rapidement. « Ecoute Hermione, si nous avions su quel combat tu menais, nous ne t'aurions jamais mis au pied du mur comme nous l'avons fait. Je réalise à quel point nous avons été stupides. Dumbledore et Snape nous ont tout expliqué, et je n'arrive pas à croire que Ron te traite encore comme ça ! »
« La plupart des gens feraient de même, je crois. » Rétorqua Hermione sans se donner la peine de cacher la fatigue qu'elle éprouvait. « Neville est au bord de l'évanouissement à chaque fois qu'il me croise. Remus Lupin ne me demande plus aucune démonstration en classe, et Luna a cessé de parler en ma présence. Elle ne fait que me dévisager comme si j'étais une bête de foire ou quelque chose comme ça. Et qui peut les en blâmer ? Je ne suis pas la personne qu'ils pensaient connaître. D'une certaine façon, je les ai trahis. »
« Ce ne sont que des conneries », répondit Ginny calmement. « Mais je sais ce que tu ressens. »
« Comment ça ? », Hermione se pencha en avant avec un regain d'intérêt. Elle avait pensé que ce n'était qu'un geste typiquement Weasley, une tentative amicale pour mettre de côté ses préjugés, mais que cette tentative était irrémédiablement vouée à l'échec. Mais ce qu'elle oubliait facilement, c'est que Ginny était très différente de ses frères et même très différente de sa mère.
« Parce que j'ai ressenti la même chose », énonça Ginny visiblement tendue. Juste après que Jédusor m'ai possédée. Je savais que je n'avais eu pas le choix, et tout le monde le savait aussi. Théoriquement. Mais ils m'ont épié pendant tout l'été, ils me rendaient folle à contrôler chacun de mes mouvements. Et la seule chose dont j'avais besoin, c'est d'une personne qui ne faisait pas comme si je n'avais pas changé. Comme tu l'as fait quand nous sommes revenu à l'école. » Ginny lui adressa un large sourire. « Bien sûr, tu m'as rendue folle avec toutes tes questions, mais au moins, j'avais quelqu'un à qui parler, quelqu'un qui ne se mettait pas à sangloter dès que j'évoquais les événements de l'année précédente. Alors, veux-tu aller à Pré au Lard ? »
Hermione ouvrit la bouche puis la referma. Elle réfléchit à ce qu'elle venait d'entendre. Elle avait toujours su que Ginny était plus intelligente que ses frères, mais elle était quand même impressionnée.
Elle choisit donc d'acquiescer. Lentement.
« Oui, Ginny », dit-elle. « J'aimerais y aller. Attends une seconde, je vais chercher ma cape. »
« Je vais prendre aussi la mienne. » Sourit Ginny. « Je reviens dans une minute ! »
Hermione laissa la porte ouverte le temps de s'avancer vers la penderie et y pris la cape chaude qu'elle portait quand elle sortait. Ce serait une agréable journée, décida-t-elle, et elle s'amuserait.
Elle frappa rapidement son poster de Waterhouse pour dire à Severus où elle allait et quand elle reviendrait. Ils travaillaient sur un meilleur moyen de communication, mais ils n'avaient pas eu le temps de se consacrer à autre chose que l'espionnage et les entraînements. Severus avait d'autres préoccupations que de passer ses soirées sur le canapé à lire et discuter.
Elle le comprenait, bien sûr, pensa-t-elle en enfilant sa cape et en cherchant ses gants. C'est juste qu'il lui manquait terriblement. Chaque heure passée sans lui amenait de nouveaux sujets, des choses dont elle voulait discuter avec lui.
De même, chaque heure passée avec lui apportait une sensation de satisfaction et de plénitude.
Elle sentit un courant d'air froid et en une seconde, et se retourna, baguette à la main pour vérifier la porte et les sorts d'écoute, mais il n'y avait rien. Elle repartit donc à la recherche de ses gants.
Peut-être était-ce parce qu'elle pouvait être elle-même en sa présence, se demanda-t-elle. Elle pouvait se permettre d'être aussi vive et intelligente qu'elle le souhaitait sans avoir à redouter les réactions irritées qu'elle avait l'habitude d'endurer avec les autres. Elle pouvait se permettre d'être faible, elle savait qu'il la rattraperait avant qu'elle ne tombe. Mais elle pouvait aussi être forte, froide et impitoyable, elle n'avait pas à se demander s'il allait comprendre ou s'il allait se comporter comme un de ces abrutis d'hommes qui se croient supérieurs.
Il avait joué tellement de rôles dans sa vie, avait été tant de choses que les masques et les faux-semblants étaient hors de propos en sa présence. Elle n'avait pas d'autres choix que de lui dire ce qu'elle pensait vraiment. Elle n'avait aucune chance de parvenir à se cacher derrière des mensonges et des subterfuges. Et tout cela la rendait plus heureuse qu'elle ne l'aurait cru.
Paradoxalement, tout ceci l'effrayait affreusement car – comme sa folie le lui susurrait à l'oreille – ses mensonges avaient été la seule chose qui avait rendue leur relation possible. Ses mensonges étaient la seule base stable de l'absolue confiance qui s'était établie entre eux. Il ne devait jamais l'apprendre, ou tout serait perdu.
Et elle savait parfaitement comment tout pouvait rapidement prendre fin. Seules ses cachotteries protégeaient leur partenariat, ça et les fines mais efficaces barrières qu'elle avait érigée entre eux, si subtilement qu'il n'avait rien remarqué jusqu'à présent. Mais elle avait du mal à garder ses secrets, c'était si difficile, et c'était plus dur encore, à chaque fois qu'il la regardait, qu'il lui parlait avec cette voix incroyable, douce et chaude.
Elle avait été tentée tant de fois de se laisser aller, de tout lui dire au sujet des véritables motivations qui l'avaient poussées à espionner. La vieille question, le 'pourquoi' qu'il lui avait posé il y a quelques mois, son interrogation la hantait chaque jour, et le besoin de lui répondre enfin se faisait de plus en plus pressant.
Mais elle ne pouvait pas, elle le connaissait trop bien à présent. Il ne serait pas capable de vivre avec cette vérité. Il en serait terriblement blessé, et peu importe ce qui s'était développé entre eux, cette étrange et merveilleuse chose qu'ils appelaient l'amitié, cette relation toucherait à sa fin.
Peut-être, pensa-t-elle pendant un instant de triste clairvoyance, que c'était mieux ainsi. Il valait mieux ça plutôt que de ne plus le voir du tout, elle devait donc malheureusement garder une certaine distance entre eux pour y parvenir. Ça lui faisait mal rien que d'y penser, mais l'alternative était encore plus douloureuse. De plus, Hermione Granger avait toujours été du genre à se tenir à ses décisions.
Elle prit donc son écharpe rouge et or, couleur Gryffondor, sortit de la pièce et ferma la porte derrière elle.
Ginny l'attendait dans la Salle Commune et elle lui sourit chaleureusement en la voyant arriver. Peut-être cela lui ferait-il le plus grand bien de ne pas fixer toute son attention et son être, l'espace d'une journée, sur Severus, pensa Hermione lorsqu'elles quittèrent la tour Gryffondor en discutant joyeusement. Passer du temps avec des gens de son âge était définitivement plus sain.
Parce qu'ils ne peuvent pas te comprendre comme Severus le fait, lui murmura une voix dans son oreille, mais elle l'ignora royalement. Aujourd'hui, elle s'amuserait.
Quand les deux filles atteignirent le hall d'entrée, elles riaient déjà, et quand elles furent accueillies par la fraîcheur de l'air, Hermione fut certaine que c'était ce dont elle avait besoin. Ginny la regarda alors d'un air entendu.
Ni l'une ni l'autre ne regarda vers la fenêtre de la chambre d'Hermione, si bien qu'aucune d'elle ne vit l'ombre qui les regardait, à l'abri derrière les rideaux. Ses yeux fixaient les silhouettes quand elles disparurent vers Pré au Lard et l'ombre puis l'ombre se dirigea vers le centre de la pièce, un sourire sinistre aux lèvres.
OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo
Pour la première fois ce week-end, Severus était assis dans son bureau attenant à la classe de potion. Il avait vraiment des choses plus importantes à penser, songea-t-il tout en buvant lentement son thé. Il y avait tant de choses à faire avant que les quartiers généraux ne ressemblent un tant soit peu à l'idée qu'il se faisait d'un véritable espace de travail.
Chaque fois qu'il devenait trop irritable, il disait à Albus que ce n'était pas son travail à lui, Severus, mais celui du Directeur, et qu'il ne bougerait plus le petit doigt dans un tel chaos. Mais Albus, insupportable vieil homme qu'il était, se contentait à chaque fois de le regarder, les yeux scintillants, avant de lui offrir un bonbon au citron. Severus se remettait alors au travail avant d'avoir compris ce qu'il faisait.
Au moins, il était heureux que le quartier général ait été déplacé à Poudlard. Square Grimmault aurait été absolument insupportable.
Dans l'état actuel des choses, sa vie privée – qui n'existait que depuis peu – en pâtissait terriblement.
Remus n'avait toujours pas dépassé de sa propre stupidité. Ce dernier se comportait donc comme s'il était un animal dangereux, ce qui était plutôt comique quand on considérait en quoi se transformait le Maraudeur à la pleine lune.
Il n'avait pas pris le thé avec Minerva depuis plus d'une semaine. Il avait passé un peu de temps avec Hermione, bien sûr, mais il avait eu tendance à écourter les moments passés ensemble au cours de la semaine, de peur de ne pas se contrôler face à elle.
Même si son code de conduite ne lui permettait pas de l'admettre, elle lui manquait plus qu'aucun être humain ne lui avait jamais manqué. Son absence lui vrillait le cœur et il avait été tenté plus d'une fois de faire une croix sur cet exercice de contrôle de soi et de l'inviter dîner dans ses appartements.
Mais c'était une habitude pour le Directeur des Serpentards d'être dans son bureau le samedi après-midi pendant une heure ou deux, à attendre les éventuels élèves de sa maison qui recherchaient un peu d'aide car autrement, personne d'autre ne les recevrait. Chacun le savait. Severus s'y astreignait depuis dix ans. Et il n'allait pas abolir cette tradition sous prétexte qu'il avait d'autres choses à faire.
C'est d'ailleurs parce qu'il en avait l'habitude qu'il ne fut pas étonné d'entendre la porte de sa salle de classe s'ouvrir avec plus de force que nécessaire. Contrôler leur colère était quelque chose que tous les Serpentards apprenaient relativement tôt, mais parfois, ils craquaient, tout simplement. Il connaissait parfaitement ce sentiment.
Mais la légère curiosité qu'il éprouvait en se demandait quelle était l'identité de son visiteur se transforma grosse irritation lorsque quelque chose vint s'écraser contre la porte de son bureau.
« Entrez », lança-t-il, ne souhaitant pas prendre de décision avant de savoir qui était dehors. Mais lorsque la porte s'ouvrit enfin, avec suffisamment de force pour l'envoyer claquer contre le mur, l'étudiant présent devant lui n'était pas de Serpentard.
C'était Ronald Weasley.
« Tout est de votre faute, espèce de salaud ! » Hurla le Gryffondor. Son visage était rouge foncé et contrastait de façon criarde avec sa chevelure. Il tenait quelque chose dans ses bras, à l'abri du regard grâce à sa cape, et Severus choisit alors de sortir sa baguette de l'étui dans lequel elle était rangée. Le garçon était suffisamment stupide pour attaquer un professeur, de plus, il semblait totalement hors de lui.
Bien, Severus allait lui donner une petite leçon. Il avait blessé Hermione.
« Mr Weasley, même si j'ai relativement l'habitude d'être à l'origine de toutes vos petites misères, voudriez-vous, s'il vous plaît m'éclairer sur la raison de cette accès de fureur ? » Demanda-t-il d'un ton tranquille, sachant pertinemment que rien n'énervait plus un Gryffondor que l'emploi de l'arrogance et de la froideur.
« J'ai découvert pourquoi elle s'est lancée dans l'espionnage, espèce de fils de pute », cria Ron, le visage de plus en plus rouge. « Et c'est de votre faute ! »
« Ah, vraiment », rétorqua Severus sur un ton doucereux. « Si vous comptez me faire croire que Hermione vous a confié cette information comme ça, vous vous trompez. Je pense plutôt qu'elle ne vous aurait pas fait confiance, connaissant le travail qui nous attend pour les prochaines semaines. »
« Je me soucie d'elle plus que vous ne l'avez jamais fait, Snape », hurla-t-il. « Et elle va bientôt comprendre qui sont ses véritables amis. Vous n'avez fait que la rendre folle ! »
« Oui, bien sûr », ricana Severus. « Si c'est tout ce que vous avez à me dire, je dois dire je ne trouve plus cela amusant depuis quelques temps. Partez, ou je serai obligé de vous donner des chaudrons à récurer jusqu'à la fin de l'année. »
Soudain, Weasley sourit. C'était une réaction si inattendue que Severus vacilla au point de cesser de ricaner. Etrangement, le gamin sembla soudain plus âgé, plus perfide. Ç'en était déconcertant.
« Je ne pense pas que vous vouliez me voir partir, Snape », dit-il. « Vous ne voudriez pas manquer ce que j'ai là. » Et d'un geste spectaculaire, il fit voler la cape qu'il tenait dans les mains.
Le visage de Severus était d'une pâleur extrême. Il avait fait le tour de son bureau avant même que son cerveau ne réagisse. « Où avez-vous eu ça ? » Cria-t-il, mais les mots qui sortirent de sa gorge n'étaient plus que murmures.
« Dans sa chambre de Préfète en chef », répondit Weasley, un sourire de fou furieux sur les lèvres. « J'y suis entré lorsqu'elle est partie pour Pré au Lard. Elle l'avait bien caché, mais je ne suis pas le plus jeune d'une fratrie de six pour rien, Snape. »
Severus secoua brusquement la tête, les yeux toujours fixés sur ce que cachait la cape de Weasley jusqu'à présent.
Une pensine.
« Elle ne peut pas être à elle », protesta-t-il, soulagé que sa voix soit de nouveau ferme et froide, telle qu'il l'avait rendue au cours de ces années. « Elle ne l'aurait jamais laissée en évidence dans une chambre si peu sécurisée. Vous êtes un piètre menteur, Weasley, et vous devriez partir immédiatement. Rendez la pensine à la personne à qui vous l'avez dérobée avant que je ne vous fasse exclure de cette école ! »
« Oh non, espèce de bâtard, ne me menacez pas ! » répliqua Ron qui souriait toujours. « Et c'est la sienne. Bien sûr, elle ne pouvait pas la cacher ailleurs que dans sa chambre de Préfète – elle ne pouvait pas prendre le risque de la laisser dans un endroit où vous auriez pu la trouver ! Il semblerait qu'elle ne vous fasse pas autant confiance que ce qu'elle prétend, hein ? »
Le sourire qu'il affichait s'évapora brusquement et fut remplacé par une haine si féroce qu'elle effaça toutes les autres émotions du visage de Weasley. « C'est la sienne, d'accord. J'ai regardé ce qu'il y avait dedans, Snape. Je sais tout maintenant, tout ce qu'elle vous cachait. Espèce de salaud ! »
Quelque chose dans les yeux du rouquin indiqua à Severus qu'il ne mentait pas. Ce n'était pas possible. Un emploi rapide de la légilimencie effaça les derniers doutes qui persistaient encore. Chacun de ses mots avaient été vrais, et sachant désormais cela, la rage s'empara de Severus, le privant du même temps de tout contrôle ou toute réflexion.
« Imbécile ! » Tonna-t-il. « Comment avez-vous, ne serait-ce que pensé à violer son intimité de la sorte ? Elle ne vous le pardonnera jamais, pas plus que moi ! »
« Je n'ai rien violé du tout ! » Cria le Gryffondor. « C'est vous qui la touchez comme ça et qui vous comportez comme si elle vous appartenait ! Si j'essaie d'aider une amie, il n'y a rien de mal à ça ! Et je vais l'aider ! Maintenant que je sais ce qui l'a rendue folle comme ça, ça va être facile de lui montrer quel salaud graisseux vous êtes en réalité ! »
« Je ne sais pas de quoi vous pensiez parler, mais vous aller me donner cette pensine dans la seconde et je vais appeler le Directeur ! J'espère juste que ça ne prendra pas trop de temps cette fois, ou je ne pourrai pas me retenir de vous lancer un sort ! »
« Ça fait du mal de découvrir qu'elle vous a menti, n'est-ce pas ? » Demanda Weasley, un sourire démoniaque de nouveau sur les lèvres. « Mais vous allez souffrir encore plus quand vous aurez vu ce qu'elle vous cachait ! »
« Vous allez me remettre cette pensine immédiatement », ordonna Severus d'une voix vrombissante tout en avançant vers le rouquin.
« Attrapez-la si vous le pouvez ! » Et à cet instant, Ronald Weasley lança le récipient en pierre de toutes ses forces.
Severus tenta de la rattraper et faillit bien réussir. Mais il n'avait pas pris en compte la nature de ce que contenait le récipient, et tandis qu'il réceptionnait la pensine contre son torse, il ne put empêcher le liquide argenté de poursuivre son mouvement.
Le liquide lui atterrit en plein visage, et à l'instant où il perçut la froide humidité, il se sentit aspiré par la brume du passé.
La dernière chose qu'il vit, avant que les souvenirs ne l'envahissent, fut le visage de Ronald Weasley se tordre en une grimace de haine et d'amusement.
Quand le brouillard autour de lui s'éclaircit, il se trouvait debout dans le hall d'entrée de Poudlard, entouré par les ténèbres.
Severus voulut partir, quitter les souvenirs dès l'instant où ses pieds touchèrent la pierre froide et lisse, mais quelque chose le forçait à rester.
Je vais partir, grogna une voix dans son esprit, je ne trahirai pas sa confiance comme ça – pas encore une fois.
Mais aussi pathétique que ce soit d'avoir été surpassé par cet abruti de Weasley, il devait bien admettre ce qui venait de se passer. Le liquide s'était déversé sur son visage, ne lui permettant pas de d'en défaire comme il l'aurait fait s'il s'était penché dans la pensine. Le contact entre lui et les souvenirs d'Hermione ne pourrait être rompu avant d'avoir tout visualiser. Il était coincé.
Il entendit alors des bruits de pas. Elle était là, parcourant les couloirs froids de Poudlard, rentrant probablement d'une soirée d'étude à la bibliothèque.
Hermione. Mais pas la Hermione qu'il avait appris à connaître. Cette Hermione-là était plus jeune, l'insigne de Préfète remplaçait celui de Préfète en chef. Cinquième ou sixième année, donc. Ses cheveux étaient plus courts et ses mouvements moins étudiés, moins gracieux, plus comme ceux d'une étudiante normale. Ce ne fut qu'à cet instant que Severus réalisa combien elle avait changé au cours de l'année passée.
Les différences les plus flagrantes se lisaient sur son visage. Disparus les traits reflétant la réflexion et la tristesse sur sa figure, disparues ces lignes qui caractérisaient son visage actuel et qui lui conféraient un regard tellement plus mature. Cette fille n'avait pas encore compris comment fonctionnait le monde, elle n'avait pas encore plongé son regard dans celui du Mal personnifié. Elle n'avait pas encore flirté avec les ténèbres pour en ressortir vainqueur.
Elle n'était qu'une simple étudiante, même si elle était certainement bien plus intelligente que les autres. Elle n'était pas encore ce diamant parfait qu'il avait appris à aimer.
Severus se maudit lorsqu'il réalisa brusquement qu'il était resté là, au beau milieu du hall d'entrée, comme paralysé, à regarder Hermione avec une fascination silencieuse sans même chercher à sortir de ses souvenirs.
Une fois encore, il se jeta contre les barrières invisibles qui le retenaient prisonnier ce qui fit voler en éclat sa concentration. C'est à ce moment précis que le souvenir d'Hermione se pencha, observant avec attention quelque chose sur le sol froid juste en face d'elle.
Sans savoir comment, Severus se retrouva auprès d'elle pour voir ce qui avait attiré l'attention de la jeune fille.
Il y avait du sang. Seulement quelques gouttes, mais il n'y avait aucun doute sur la nature de la substance. Le visage d'Hermione s'était brusquement tendu, signe qu'elle aussi avait reconnu le liquide rouge.
Mais ce ne fut que lorsqu'elle avança un peu qu'il comprit qu'en effet, c'était bien plus que quelques gouttes. Il y avait une traînée de sang, et elle semblait décidée à la suivre.
« Ne sois pas stupide, jeune fille », siffla-t-il, tout à fait conscient du fait qu'elle ne pouvait pas l'entendre. « Ce château est dangereux la nuit, n'as-tu donc rien appris ces dernières années ? »
L'expression songeuse de son visage quand elle examina encore une fois ce qui était devant elle, les yeux allant de ses pieds aux escaliers ensanglantés, indiquèrent à Severus qu'elle pensait à la même chose que lui. Mais évidemment, tout ceci se déroulait en des temps moins dangereux, ou du moins, elle n'avait pas encore conscience du péril qui régnait, même au sein de Poudlard.
Au lieu de tourner les talons et d'aller prévenir un professeur, Hermione suivit la traînée de sang.
Et Severus, ne cherchant même plus à lutter contre la force du souvenir, la suivit également.
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Harry s'était lové dans son fauteuil préféré, en face de l'immense cheminée et profitait du calme de la salle commune en ce jour de sortie à Pré au Lard, lorsque le portrait s'ouvrit. Il regarda donc vers le tableau et vit Ron entrer, le visage baissé, les mouvements maladroits et nerveux.
Harry soupira en silence. Il s'apprêtait à se tourner de nouveau vers la cheminée, quand une petite voix lui souffla à l'oreille que quelque chose n'allait pas. Il ne savait pas si c'était grâce aux leçons de Draco de la semaine passée sur le langage du corps, ou grâce à sa connaissance du comportement et de l'humeur de Ron, mais il avait une impression étrange, et il estima qu'il était plus sage d'écouter son instinct. Il se redressa donc un peu et lança un long regard à Ron.
Son ancien ami ne remarqua même pas qu'il était observé. Il traversa la salle commune en marmonnant des paroles qui n'étaient destinées qu'à lui. Ses épaules tressautaient étrangement et Harry ne parvenait pas à comprendre pourquoi.
Soudain, Harry fut envahi par l'inquiétude. Quelle qu'en soit la raison, Ron était visiblement bien plus agité qu'à l'habitude.
« Ron ? », demanda-t-il en se levant de fauteuil et en marchant doucement vers lui. Il était prêt à battre en retraite au moindre signe lui indiquant que Ron avait remarqué sa présence. Mais le roux continua son chemin comme si de rien n'était, tournant le dos à Harry, les épaules toujours tremblantes.
« Ron ? Qu'est-ce qui t'arrive ? Quelque chose en rapport avec ta famille ? Ron ? »
Doucement, Harry parvint à sa hauteur et posa une main sur son épaule. Mais à l'instant même où le rouquin sentit le contact de la paume d'Harry sur son épaule, il se retourna, et Harry, choqué par ce mouvement soudain et par le spectacle qui lui faisait face, fit un bond en arrière.
Le visage de Ron était ravagé par les larmes, ses yeux étaient rouges et gonflés, mais ses lèvres s'étiraient en une sorte de sourire dément : une caricature de son habituel sourire. Aux yeux d'Harry, il ressemblait à un fou, comme ces personnages dérangés qui tenaient le rôle du méchant dans les bandes dessinées de son cousin.
« Ron », murmura-t-il. « Qu'est-ce qui se passe ? »
Ce ne fut qu'à cet instant que Ron sembla enfin le reconnaître.
« Harry », cria-t-il en même temps que son sourire s'agrandissait, divisant ainsi son visage en deux parties. « Plus besoin de t'inquiéter, mon ami, j'ai résolu le problème ! Elle va revenir vers nous bientôt, et le salaud ne la touchera plus jamais. »
« Calme-toi, Ron », dit Harry en tentant de se souvenir comment Hermione avait l'habitude de le réconforter après les visions qu'il avait. « Tout ira bien. »
« Oui », hurla Ron joyeusement en attrapant fermement les épaules de Harry. « Oui, tout à fait ! Tout va bien maintenant. Il est en train de le payer très cher, le Serpentard visqueux. »
Harry frissonna. « De quoi es-tu en train de parler, Ron ? » L'interrogea-t-il doucement en essayant de repousser la vague de panique qui menaçait de l'emporter. « Qu'est-ce que tu as fait ? »
« J'ai tout découvert ! », s'écria le Gryffondor. « J'ai utilisé ta cape d'invisibilité quand Ginny se tenait devant sa porte, et j'ai pris sa pensine. J'ai regardé dedans et ça a répondu à toutes mes questions. Il ne la touchera plus jamais, ce vieux Mangemort ! »
A l'aide de ses mains bien plus froides qu'elles ne l'auraient du, compte tenu de la température de la pièce, Harry se dégagea de l'emprise de Ron. C'était désormais lui qui empoignait son ami, en le forçant à le regarder dans les yeux.
« Ron », Dit-il. Sa voix était glaciale et ne laissait rien paraître de la peur panique qu'il ressentait. « Par l'enfer, qu'as-tu fait ? »
OoOoOoOoOoOoOoOoOoOo
La jeune préfète et le professeur descendirent vers les cachots, et la traînée de sang devint nettement plus large, les gouttes rouges furent remplacées par des flaques, comme si la pierre suintait et devenait de plus en plus visqueuse alors que les torches s'espaçaient peu à peu.
En écoutant sa démarche et sa respiration, Severus réalisa qu'Hermione, sa Hermione qui n'avait peur de rien, était effrayée. Mais non, ce visage n'appartenait pas à sa Hermione, il était celui d'une étudiante plus jeune, plus innocente, qui avait autant de similitudes avec la Hermione plus âgée qu'une branche au printemps et un arbre qui a fini de grandir et qui a vu ses atours feuillus pousser.
A partir de quand, exactement, avait-il commencé à l'appeler 'sa Hermione' ?
Après un moment qui parut à Severus être une éternité, Hermione s'arrêta enfin. Il avait été tellement plongé dans ses pensées qu'il n'avait même pas fait attention au chemin qu'ils avaient suivi, pas plus qu'il n'avait reconnu la porte devant laquelle ils étaient.
Il n'en fut que plus choqué quand il le comprit.
« Non », murmura-t-il. La panique l'envahit et le gela sur place.
Il n'avait pas été le Maître des potions le plus jeune du siècle pour rien. Il avait une intelligence remarquable, il était capable d'analyser chaque détail et chaque énigme. A l'instant où il reconnut la porte de la classe de potions, tout lui parut soudain plus clair.
« Non, faites que ce ne soit pas ça ! Ça ne peut pas être vrai ! Fais demi-tour, Hermione, va-t-en immédiatement ! »
Sa grande détermination à ne pas révéler les motivations qui l'avaient poussées à devenir espion, sa trahison de Severus auprès de Voldemort, son évidente animosité envers lui. La nervosité dont elle faisait preuve en sa présence lors de ces premières et terribles semaines de sevrage. Ses barrières mentales de fausses images, et l'unique, sombre et brève image qu'il avait entraperçue à peine une seconde avant qu'elle ne le chasse de son esprit…
La silhouette d'un homme, accroupi au sol dans l'obscurité, au visage effrayant, pâle à cause du sang qu'il avait perdu, et une voix, secoué par la peur…
La scène qu'il avait devant les yeux, dans la salle de potions au beau milieu de la nuit, ressemblait fort à cette image. Sa propre silhouette reposait sur le sol de sa classe, trop faible pour parcourir la faible distance qu'il y avait jusqu'à la porte de son bureau, totalement sans défense, à demi conscient et malade de peur.
« Qui est là ? » S'entendit-il aboyer d'une voix rauque qui laissait paraître son inquiétude comme quelqu'un qui s'attendait à mourir. « Qui est… »
Il se souvenait de cette nuit-là. Le Seigneur des Ténèbres l'avait presque tué, et il n'avait jamais su comment il avait regagné ses appartements le lendemain. Il ne se souvenait de rien hormis le rêve flou d'un visage pâle et de mains douces épongeant le sang qu'il avait sur la figure…
Il avait cru qu'elle n'était qu'un rêve, et par la suite, il n'y avait plus songé.
Et maintenant, ce vague souvenir s'avérait être une jeune fille deux fois plus jeune que lui. Si seulement il avait pu ramper encore quelques mètres, si seulement il avait pu partir avant qu'elle n'arrive, la porte de son bureau l'aurait protégé de sa curiosité…
« Fais demi-tour et oublie tout ça ! » Supplia-t-il encore une fois, la voix pleine de douleur et d'émotion en ayant toujours conscience qu'elle ne l'entendrait pas. « Contente toi de m'ignorer. Je me suis déjà débrouillé avant ! Quitte cette pièce ! »
Mais cette scène appartenait déjà au passé, et Hermione n'avait pas rebroussé chemin, elle s'était penchée sur la silhouette au sol et ses cheveux qui avaient glissé, formaient un rideau de soie.
« Non ! »
Au lieu de partir, elle retourna l'homme sur le dos, révélant ainsi un visage dépourvu de couleur encadré par des cheveux noirs pleins de sang.
« Oh mon Dieu, Professeur, que vous est-il arrivé ? »
Elle leva alors la tête. Ses yeux étonnés et inquiets scrutaient les ténèbres. Il la connaissait suffisamment pour savoir exactement ce qu'elle pensait. Il était blessé, il était sans défense et avait besoin d'être mis à l'abri dans ses appartements où personne ne le trouverait. Il avait besoin de son aide.
« Par Merlin, Hermione, combien de fois t'ai-je dit de ne pas te soucier des autres ? » Cria-t-il d'une voix sèche. « Combien de fois t'ai-je averti que ça rendait vulnérable ? »
Mais il se souvenait maintenant de l'étrange petit regard triste qu'elle lui adressait quand il lui faisait ce discours. Il se souvenait qu'elle lui avait demandé un jour s'il réalisait que cette inquiétude n'était en rien passive, mais qu'elle était une force. Et l'ironie de la chose donnait à Severus l'envie de pleurer de tristesse et de frustration.
Ça n'avait pas été une nouvelle leçon pour elle. Elle l'avait déjà appris avant. Là, dans l'obscurité des cachots, avec le corps allongé de son professeur à ses côtés.
« Professeur, vous m'entendez ? » Hésitante, la jeune Hermione essaya de toucher le visage de l'home qui lui faisait face. Elle fut récompensée par un coup de poing de panique délirante en pleine figure, qui l'envoya valser en arrière et lui arracha un cri de douleur et de surprise.
« Aïe… ça fait mal, Professeur ! »
Mais la douleur ne lui fit pas faire demi-tour, pas cette fois, pas plus que les nombreuses autres fois après ce fameux soir où elle avait risqué sa vie pour le protéger, lui.
Elle rampa donc vers lui, en faisant attention à éviter les bras meurtriers, et après un moment où elle l'observa avec un regard impuissant, elle dégagea les cheveux noirs du visage de l'homme. C'était une caresse d'étudiante, timide et un peu maladroite.
Elle était pleinement consciente du fait qu'elle dépassait d'innombrables limites, qu'il était professeur et qu'elle n'avait nul droit de le toucher. Mais il était également un homme qui avait besoin de réconfort et de chaleur humaine. Les joues de Snape rougirent de honte quand il vit son homologue de la pensine se détendre sous les douces caresses qu'elle lui prodiguait.
La forme sur le sol gémit de douleur quand la main de l'étudiante effleura une blessure sur la joue, mais elle le calma avec une douce caresse de son pouce.
« Tout va bien, Professeur. Tout va bien. Je vais vous aider. Le Professeur Dumbledore devrait… »
« Non ! » Le Maître des potions plus jeune cria de douleur, ses yeux furent soudain pris de panique. « Pas Dumbledore… s'il vous plaît… pas besoin… »
« Mais vous avez besoin d'aide, Professeur ! Vous êtes grièvement blessé, et je ne connais pas suffisamment de choses pour… »
« Je vous en prie… »
La voix de l'homme trahissait son impuissance et celle-ci se lisait sur son visage. Elle n'était pas préparée à ça, et elle n'avait pas encore appris à prendre du recul pour réfléchir calmement en plein chaos. C'était une caractéristique que seule 'sa Hermione' avait acquise, et seulement après avoir traversé le pire. A cause de lui.
« Qu'attendez-vous de moi alors, Professeur ? Je ne peux pas vous laisser sur le sol comme ça… »
« Mes… appartements… »
« Oh, bien sûr. Là, laissez-moi vous aider à bouger… »
Bouche bée, il la regarda faire léviter son corps et ouvrir la porte de son bureau à l'aide d'un de ses sortilèges ingénieux.
Il la suivit dans ses faux appartements et entendit son cri d'exclamation sans en éprouver la moindre satisfaction. Voilà pourquoi elle n'avait pas réagi en entrant dans cette pièce quand il la lui avait montré. Elle y avait déjà été. Seuls ses véritables appartements l'avaient surprise.
Elle avait déjà pénétré bien plus qu'il ne le croyait les ténèbres de son cœur.
« Professeur », L'appela-t-elle doucement, en le déposant délicatement sur le canapé et en éclairant les appartements d'un coup de baguette. « Professeur Snape, que puis-je faire pour vous aider. Y a-t-il une potion dont vous avez besoin ? »
Un bras tremblant se leva doucement, et un doigt hésitant indiqua un petit meuble au-dessus de la cheminée. Elle s'y précipita et ouvrit la petite armoire qui contenait une multitude de fioles.
Elle respirait bruyamment et Severus put voir qu'elle commençait à paniquer.
« C'est de la folie » Murmura-t-elle pour elle-même tandis qu'elle sélectionnait quelques fioles les unes après les autres de ses mains tremblantes. « Que suis-je en train de faire ? Je devrais aller chercher un Professeur, ou madame Pomfresh, pour l'amour du ciel ! »
Severus avait très envie d'acquiescer, mais elle était déjà retournée auprès de son corps blessé et tremblant, une importante collection de potions dans les bras.
Elle s'agenouilla à ses côtés et examina ses blessures avec attention. Seul un léger arrondissement de ses yeux indiqua à Severus qu'elle avait reconnu ce qu'elle avait sur les genoux. Silencieusement, elle lui administra une potion de régénération sanguine, ainsi qu'une autre contre les crampes. Elle lui fit ensuite avaler une quantité de potion calmante suffisante pour un éléphant. Ce ne fut que lorsque ses mains attrapèrent la dernière fiole qu'elle hésita.
« C'est une potion vraiment forte, Professeur », chuchota-t-elle, les mains tremblantes. « Etes-vous sûr de vouloir la prendre ? »
Invisible mais toujours à ses côtés, Severus ne put s'empêcher de grogner. Donc elle avait toujours possédé ce talent pour les euphémismes ! L'expression 'vraiment forte' ne convenait pas du tout à cette potion de soin. Soit il se remettait, soit il en mourait, voilà la description la plus pertinente. Il avait fait un cours à son sujet aux sixièmes années, en ajoutant, d'une voix des plus mémorables, qu'ils ne devaient s'en servir qu'en cas d'extrême urgence, et seulement une fois dans l'année. Dans le cas contraire, les conséquences pourraient en être fatales, dans le sens premier du mot.
Bien sûr, il ne leur avait pas dit qui lui-même utilisait cette potion régulièrement.
« Professeur ? » Le Severus du passé ne lui avait pas répondu, et donc, en Gryffondor entêtée qu'elle était, elle essayait encore. « Devez-vous réellement prendre ça ? »
Un léger signe de tête fut l'unique réaction qu'elle obtint. Elle soupira tout en caressant de ses doigts la fiole lisse. Puis, avec une très légère hésitation, elle la déboucha et la porta aux lèvres de l'homme.
« J'espère vraiment que c'est la bonne décision. » Se murmura-t-elle à elle-même. « Avoir tuer mon Professeur ne ferait pas terrible sur un CV. »
Severus grogna une fois encore, mais il cessa immédiatement de rire quand Hermione commença à découper soigneusement les robes de ce dernier pour voir l'étendue des blessures.
« Par l'enfer… » Protesta-t-il, mais il fut interrompu par le brusque sifflement de son élève. Elle avait touché la jambe droite du Mangemort et sa main s'était recouverte de sang.
Il se servit de sa baguette pour découper le pantalon. Ses mouvements étaient efficaces et précis malgré le regard de panique qui ne cessait de croître dans ses yeux. Voilà donc quel était le visage d'Hermione en situation d'urgence, cette fille qui suivait ses amis dans des situations plus abracadabrantesques les unes que les autres, tout en sachant combien c'était dangereux.
Contrairement à ses amis qui semblaient pourvus d'une ignorance sans limite, Hermione avait toujours su ce qu'elle faisait. Tout comme elle savait ce qu'elle faisait à cet instant précis. Elle était dépassée par la situation, il pouvait le voir à son visage, son corps, tous ces petits gestes qu'il connaissait désormais trop bien. Et pourtant, elle persistait.
« Bien », murmura-t-elle en libérant la jambe du vêtement noir et en dévoilant ainsi une profonde et importante blessures. « Madame Pomfresh m'a montré comment faire, n'est-ce pas ? Oh, je n'arrive pas à croire que je suis assez stupide pour faire ça ! C'est la jambe du Professeur Snape, pour l'amour du Ciel… N'y pense pas, Hermione. Imagine que ce n'est qu'un examen… »
Severus trouvait qu'il était difficile d'imaginer un examen qui requerrait de telles circonstances, mais l'idée semblait l'aider.
« Maintenant, je vais soigner votre jambe, Professeur. » Annonça-t-elle. Sa voix trahissait à peine la terreur qu'elle ressentait. « J'espère que ça ne va pas faire mal, mais je suis encore novice dans ce domaine… Etes-vous sûr de ne pas vouloir d'aide extérieure ? »
Il se crispa, et bien sûr, elle interpréta ce signe comme un acquiescement.
En dépit de sa peur, elle accomplit le sortilège aussi brillamment que d'habitude. Elle entreprit ensuite de nettoyer la plaie, le visage et les mains du Professeur. Elle lança même un sortilège de diagnostic général sur le reste de son corps, alors qu'elle ne l'avait pas déshabillé plus que ça.
Après avoir examiné la réponse du sortilège, son expression changea. Il fallut un moment à Severus pour réaliser que la panique de la jeune fille avait été remplacée par une fureur absolue, une colère violente dont il n'avait encore jamais été témoin.
« Par Merlin ! A quoi pensait cet abruti de Dumbledore pour vous laisser sans la moindre aide ? Vous auriez pu mourir ce soir ! »
Severus voulut nier. Ce n'était sûrement pas la pire situation dans laquelle il s'était trouvé, et il aurait finalement réussi à se débrouiller tout seul. Mais elle n'aurait pas cru une telle réponse. La façon dont son visage s'était assombri indiquait à Severus que les pensées de la jeune fille bouillonnaient. Elle devait se demander si il avait été souvent blessé de la sorte, combien de fois il avait du ramper jusque dans ses appartements dans les ténèbres de la nuit.
« Ce n'est pas une vie, Professeur », chuchota-t-elle. « Je n'arrive pas à croire qu'ils vous fassent ça ! Ne s'en soucient-ils donc pas ? Vous avez déjà tellement fait, et voilà comment ils vous remercient ? »
Il était inévitable qu'elle parvienne à cette conclusion, pensa-t-il, résigné. Il s'était comporté de la même manière quand il avait découvert qu'elle était devenue espionne. Il pouvait voir le refus de cette situation, la colère et l'inquiétude s'inscrire sur son visage tandis qu'elle regardait le corps tremblant et ensanglanté qui n'était plus qu'une pièce de viande, une chose à peine humaine.
Elle se tut jusqu'à ce qu'il s'endorme, et lorsqu'il commença à s'agiter à cause de ses cauchemars, elle plaça sa main blanche et froide sur le front de l'homme pour le calmer. Encore une fois, il se détendit sous la caresse en sanglotant faiblement, et ce léger bruit la bouleversa.
Elle commença à pleurer, en silence et sans amorcer le moindre mouvement. Les seuls signes de sa détresse : deux traces luisantes et humides sur son visage. C'était un choc, évidemment, le résultat d'une expérience accablante, mais Severus la connaissait suffisamment pour savoir que c'était en fait, le signe qu'elle avait basculé dans un dangereux état d'esprit.
Hermione avait pris sa décision, et c'était la seule démonstration de regret qu'elle s'était autorisée.
« Je vais vous mettre à l'abri, Professeur. » Murmura-t-elle dans l'obscurité, d'une voix pleine de détermination farouche. « Je vais faire cesser ce prix insensé que vous payez. Je ne les laisserais plus vous faire du mal. »
Ses yeux noisette brûlaient d'un nouveau feu lorsqu'elle posa de nouveau le regard sur lui alors qu'il remuait et se débattait dans ses cauchemars. Dans la profondeur de la nuit, il fut témoin de la mort de son innocence ainsi que de la naissance d'une nouvelle et terrifiante décision.
Quelques souvenirs suivirent ensuite : comment elle l'avait observé, les conversations qu'elle avait écoutées entre différents membres de l'Ordre, les livres dérobés à la bibliothèque pour étudier la nuit, ses expéditions dans l'Allée des Embrumes. Mais ce fut le premier souvenir qui lui resta en tête tout le long.
Le souvenir de son visage jeune et innocent qui s'était transformé en un masque intransigeant de reine des glaces. La détermination et le désespoir dans ses yeux quand elle scruta les ténèbres de ses faux appartements, comme un lys au beau milieu d'un désert de sable noir.
Et pour la première fois depuis des années, Severus Snape pleura. Il pleura pour l'avenir détruit d'une fille et pour son âme à lui. Il pleura aussi pour avoir détruit la personne qu'il aimait le plus au monde.
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Voilà, une chapitre de plus. Dans le suivant, vous allez découvrir comment Severus réagit à la nouvelle et ce que va faire Hermione quand elle va apprendre ce qui s'est passé...
A dans deux semaines...
