Quand la Lionne se bat
Auteur : Kayly Silverstorm
RAR :
Bohemio : Je vois que tu t'interroges sur la suite de l'histoire, mais je vais te laisser lire le chapitre car tu trouveras une bonne partie des réponses dans ce chapitre ainsi que dans le suivant. Merci pour ta review, et bonne lecture. Bisous.
Migachawa : Non tu n'es pas la seule à détester Ron, mais tu es la première à m'avouer que tu l'appréciais ! Maintenant, tout le monde est d'accord… Merci de m'avoir laissé un petit mot.
Superfan : Merci. Les vacances, c'est pas encore pour tout de suite, mais ça approche quand même. Contente de voir que ça te plaît toujours, alors voilà la suite.
LaLaLa : Bon, je te classe tout de suite dans la catégorie enthousiaste ! Je suis contente que la traduction te plaise, donc voilà la suite, bonne lecture…
Mekoret : Mais de rien, c'est un plaisir ! Bonne lecture et à bientôt.
Chapitre 39 : Aimer n'est pas aimer
XxX
Ne laissons mettre empêchement aux épousailles
Des esprits accordés ; l'amour n'est pas l'amour,
Qui varie en trouvant que son objet varie,
Ou recule aussitôt que l'autre a reculé.
Mais non ! C'est un phare érigé pour toujours,
Qui voit les ouragans sans jamais en trembler ;
Il est l'astre guidant toute barque en dérive,
Dont on prend la hauteur, mais en ignorant sa vertu.
L'amour n'est pas jouet du temps, même si sous sa faux
Sont prêtes à tomber les lèvres roses et les joues ;
Il ne varie avec ses courtes heures ou semaines,
Mais les emporte au seuil du Jugement dernier.
Si je faute en ceci et que ma vie le prouve,
Nul n'a jamais aimé et je n'ai point écrit.
Sonnet 116, Shakespeare.
XxX
Hermione souriait lorsqu'elle passa le portail d'entrée de Poudlard, les joues rougies par le vent froid. Elle dit au revoir à Ginny, qui se dirigeait vers le stade de Quidditch pour s'entraîner avant la tombée de la nuit. Pour une fois, elle n'était rien d'autre qu'une étudiante et ne se souciait pas du reste du monde.
Harry l'attendait dans la petite cour, à côté de la fontaine asséchée. Quand il la vit approcher, il sentit l'angoisse et l'appréhension monter en lui. Il ne savait pas comment elle allait réagir aux révélations qu'il s'apprêtait à lui faire.
Par Merlin, il ne savait pas trop quoi penser de ce que lui avait révélé Ron, après l'avoir amadoué et placé quelques menaces bien senties.
Il semblait que son ancien meilleur ami avait décidé de passer à l'action. Et le résultat avait été terrible. Comme c'est habituellement le cas quand les Gryffondors cessent de réfléchir et passent à l'action, lui murmura une voix dans sa tête, et il était inutile de prétendre qu'elle n'était pas de Draco.
Pourtant, Ron avait certainement démontré des côtés Serpentards jusqu'ici inconnus en entrant dans la chambre d'Hermione, en déjouant ses protections en place grâce à une invention quelconque des ses deux frères jumeaux, en pénétrant dans sa pensine et en confrontant Snape de la plus horrible des façons à son contenu.
Deux vies et une chambre plongées dans le chaos. Quel impressionnant record pour une seule après-midi.
Je me demande pourquoi elle gardait sa pensine ici, pensa Harry, pendant qu'il regardait son amie marcher vers lui d'un pas joyeux. Et pourquoi les barrières magiques n'ont-elles pas détecté la présence de Ron. Je pensais qu'elle se servirait du système de protection du Quartier Général ! N'aurait-elle pas pu trouver mieux ?
Mais blâmer Hermione pour toute la pagaille dans laquelle ils étaient plongés, était injuste, et il le savait. Elle souffrirait plus que n'importe qui d'autre dans cette histoire, excepté Snape, peut-être. Et il devrait lui dire d'ici quelques minutes.
Quand elle vit le visage de Harry, où l'inquiétude se lisait dans chacun de ses traits, son sourire s'évanouit. Sa vigilance d'espion fut de retour en l'espace d'un battement de cœur.
« Qu'est-ce qui ne va pas, Harry ? », lui demanda-t-elle en scannant les environs d'un œil entraîné. « Une attaque ? Ou est-ce Dumbledore qui… »
« Tu ferais mieux de venir avec moi, Hermione », l'interrompit-il. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas entendu Harry employer un ton si sérieux. « Nous ne devrions pas parler de ça ici, dans l'entrée. »
Elle acquiesça, en acceptant la nécessité d'une telle précaution, même si les paroles de Harry ne calmaient pas son anxiété.
« Personne n'est blessé, ne t'inquiète pas », lui dit-il quand elle se hâta de rentrer. Même si ce n'est pas totalement vrai. Je n'ose pas me demander comment se sent Snape en ce moment.
Il la conduisit vers les quartiers des Gryffondors, profitant des quelques minutes de répit qu'il avait avant d'avoir à lui annoncer la mauvaise nouvelle, tout en ayant du mal à tout garder pour lui. Elle se dirigea vers sa chambre de préfète, mais il secoua la tête et s'avança vers le portrait de la Salle Commune.
« Nous allons faire un détour et passer chercher Ron », lui dit-il. Il vit alors les traits du visage de la jeune femme se durcir. Elle n'avait pas parlé à Ron depuis l'incident dans la Forêt Interdite, et s'il était impliqué, tout son corps semblait lui indiquer que ça ne valait rien de bon.
Comme elle avait raison.
Ils passèrent à travers l'ouverture laissée par le portrait et pénétrèrent dans la Salle Commune, qui était, grâce au ciel, quasiment déserte. Il n'y avait que quelques premières et deuxièmes années, assis ensemble à côté des fenêtres. Harry vit les cheveux roux de Ron dépasser du canapé où ils avaient l'habitude de se retrouver.
Ils avaient passés, tous les trois, des après-midi entières à discuter, étudier ou élaborer de nombreux plans, satisfaits de la contribution de chacun. Le sentiment de perte envahit Harry, une force invisible l'ébranla. Il leva alors les mains jusqu'à son torse sans même s'en rendre compte, comme s'il avait soudain senti une plaie d'où jaillissait le sang.
Le Trio avait volé en éclats, et les membres de ce lien éternel, ce point d'encrage qui avait permis à Harry de tenir jusqu'à présent, ses amis, lui étaient soudain devenus étrangers. L'un s'était avancé dans un monde si différent et éloigné ; Harry essayait encore de comprendre Hermione. L'autre s'éloignait rapidement de ce à quoi ils tenaient, de tout ce à quoi ils avaient cru.
Il ne savait pas comment les arrêter, comment rester auprès des deux sans être tiraillé entre les deux.
« Ron », l'appela-t-il. Il n'y avait aucune chaleur dans sa voix. « La chambre d'Hermione. »
La tête rousse se tourna vivement, et, après un moment d'hésitation silencieuse, il sauta du canapé et marcha vers eux.
Ron avait été agressif quand Harry l'avait quitté, et cette agressivité se reflétait dans les mouvements de son corps, c'est d'ailleurs ce qui l'empêchait de se rapprocher de la porte de la chambre de la Préfète en chef. Mais quand il fut près d'Hermione, toute sa force et sa colère se dissipèrent. Une fois devant eux, il s'arrêta, de ses yeux rougis il la fixait en se mordant les lèvres. Il attendait en silence, maladroit. Il n'exprimait plus que de la tristesse, du désespoir, le même que celui ressentit par Harry lorsqu'il avait appris la trahison de son ami.
En voyant ses propres sentiments se refléter dans les yeux de Ron, Harry sentit son cœur se soulever un peu. Peut-être y avait-il encore un espoir pour eux.
Silencieusement, il indiqua à Hermione d'ouvrir la porte et d'entrer la première, puis il attrapa Ron par le coude et lui emboîta le pas.
Ce qu'il vit lui fit l'effet d'un sceau d'eau glacée en plein visage.
Harry avait prévu de gérer la situation aussi calmement que possible, il avait prévu de demander à Hermione de s'installer dans un siège, de lui servir un thé si possible et ensuite de lui expliquer l'histoire tout en essayant de la faire souffrir le moins possible.
Il ne s'attendait pas à trouver la chambre dans cet état.
Il ne put réprimer le hoquet de stupeur qui lui échappa de la gorge, mais avant que le bruit n'alerte les premières et deuxièmes années dans la salle commune, Hermione avait fait demi-tour et refermé la porte derrière eux d'un geste fluide.
Le mouvement ne cessa pas. Sans la moindre hésitation, elle se laissa emporter par son élan jusqu'à ce que sa main atteigne Ron et n'agrippe sa gorge fermement. Elle l'avait attaqué sans prévenir, exactement comme elle l'avait fait après Noël, quand il l'avait touchée lors de son réveil. Mais cette fois, la jambe d'Hermione n'était pas cassée, et elle était en pleine possession de ses moyens, elle n'était pas sous le coup de la panique.
Elle était en colère.
« Qu'as-tu fait à ma chambre, et pourquoi ? » Siffla-t-elle en plaquant Ron contre la porte qu'elle venait de fermer, sans que celui-ci ne résiste. Rien sur le visage de la jeune femme ne laissa filtrer ce qu'elle ressentait.
Lentement, Harry laissa son regard voyager dans la chambre. Les fauteuils étaient retournés, leur tissu déchiré et leurs pieds cassés. Le lit n'était plus qu'un tas de plume et de draps lacérés. Le tapis était froissé et les revêtements du mur tombaient, exposant ainsi la pierre froide du mur et du plancher. Les livres à demi-ouverts jonchaient le sol, la couverture vers le haut, ce qui faisaient ressembler à des formes animales trop faibles pour atteindre une zone sans danger. Les cendres de la cheminée étaient éparpillées et formaient une pellicule grise qui faisait penser à une épaisse couche de poussière.
Ron n'avait apparemment pas fait dans la dentelle. Il voulait découvrir le secret d'Hermione et avait fouillé sa chambre sans ménagement, mettant à sac tout ce qu'elle s'était aménagée, détruisant tout ce qui faisait de cette chambre un lieu de vie.
Harry eut envie de pleurer.
Des gémissements le poussèrent à se retourner vers le responsable de cette destruction et sa victime. Ron n'avait toujours pas pipé mot, mais son visage passait rapidement du rouge au bleu, et Hermione ne semblait pas vouloir relâcher sa prise de sitôt.
Harry s'aperçut qu'il ne se souciait pas de ce qui était arrivé à Ron, pas ici et pas maintenant, dans cette magnifique chambre qui avait payé les frais de la cruelle jalousie de Ron. Il marcha cependant vers eux lentement, et prudemment, il plaça sa main sur celles d'Hermione qui étaient dures comme de l'acier.
Il ne dit rein, sachant pertinemment qu'aucun mot ne serait suffisant pour la calmer, mais après un moment, il sentit les mains de la jeune femme se détendre, se relâcher et finalement s'ouvrir.
Ron tomba à terre en cherchant à reprendre son souffle.
« Je suis désolé, Hermione », dit Harry en réalisant combien ces mots sonnaient creux. « Je ne savais pas dans quel état était ta chambre. Je voulais juste que l'on se rende dans un lieu sûr avant de parler. »
Elle ne donna aucun signe permettant de penser qu'elle avait entendu. Son silence, ses yeux froids allaient des livres éparpillés au visage de Ron qui se massait la gorge et respirait l'air en faisant de rapide et profondes inspirations.
« Que s'est-il passé ? », demanda-t-elle à nouveau, mais, aux oreilles de Harry, ses paroles s'apparentaient plus à un ordre si fort et si posé qu'il lui paraissait difficile d'y résister.
Il garda cependant le silence tout en marchant vers un des fauteuils. Il le redressa, le répara d'un coup de baguette magique. Il répéta l'opération une fois encore et fit signe à Hermione de s'approcher.
« Assieds-toi, s'il te plait », dit-il calmement. « J'ai bien peur que ce ne soit une longue conversation et tu ferais mieux de t'asseoir. »
Pendant un instant, elle le regarda comme si elle voulait refuser, mais ensuite, quelque chose vacilla dans ses yeux et elle acquiesça lentement. Elle marcha vers l'un des fauteuils, ignorant totalement Ron qui était toujours au sol telle une marionnette abandonnée, et s'assit avec une apparence de calme extérieur qui aurait trompé Harry il y a encore un mois.
« Je suppose que ça n'a rien à voir avec Voldemort, alors », dit-elle, et Harry hocha la tête pour confirmer.
« Pendant que tu étais en train de parler à Ginny cette après-midi, Ron en a profité pour se glisser dans ta chambre en se cachant sous ma cape d'invisibilité », expliqua Harry. Il vit le visage d'Hermione s'assombrir immédiatement, son front se plissa, signe que la tempête n'était pas loin. « Je ne savais rien de tout ça, pas plus que Ginny », ajouta-t-il précipitamment. « Ron l'a vue frapper à ta porte et a tenté sa chance. »
Les yeux de la jeune femme se posèrent à nouveau sur Ron, et Harry put presque sentir la trajectoire glacée du regard qu'elle lança à travers la pièce.
« Pourquoi », fut le seul mot qu'elle prononça. Une fois encore, c'était plus un ordre qu'une question.
« Il cherchait quelque chose qui explique ta décision et ton comportement », répondit doucement Harry, en appréhendant la réaction qui allait suivre cette révélation. « Et j'ai bien peur qu'il n'ait trouvé ce qu'il cherchait. »
L'instant d'avant, Hermione était assise dans le fauteuil, donnant une fausse impression de calme, la seconde suivante, elle était debout. Sa baguette se leva en un éclair vers une partie du mur au dessus de sa tête. Un coup de baguette et la pierre grise disparut, donnant accès à une petite niche où l'on pouvait aisément cacher des objets. Mais cette niche était désespérément vide.
Hermione se figea. Son bras retomba le long de son corps et ses doigts soudainement dépourvus de toute vigueur laissèrent glisser la baguette qui chuta et atterrit au sol avec un son étouffé. Les yeux d'Hermione n'avaient pourtant pas quitté la cavité révélée par le charme.
« Non », murmura-t-elle. Le son résonna terriblement fort dans le silence de la chambre. « Non. »
Puis, avant que Harry ne puisse réagir, avant même qu'il n'ait eu le temps de se lever de son fauteuil, elle fondit sur Ron, un des deux poignards scintillants en main, prête à le frapper de toutes ses forces.
« Hermione », hurla Harry soudain envahi par la panique tandis qu'une petite voix au fond de sa tête remerciait le ciel que cette chambre soit insonorisée. « Réfléchi avant de faire quelque chose d'insensé ! »
Elle continua pourtant de lever son couteau, le regard dirigé vers le visage pâle et figé d'horreur de Ron.
« Hermione ! »
Ce fut peut-être l'urgence qu'elle perçut dans la voix de Harry qui la fit revenir à la réalité ou peut-être avait-elle reprit ses esprits, toujours est-il qu'il vit la tête de l'espionne tourner légèrement de côté, pas suffisamment pour perdre de vue un Ron pleurnichard mais suffisamment pour montrer qu'elle acceptait de discuter. Harry soupira de soulagement.
« C'est un menteur, un voleur et un enfoiré de traître, Harry », dit Hermione. Sa voix était étrangement lisse et terne. « Donne-moi une bonne raison de ne pas le tuer. »
Maintenant qu'il savait qu'elle écoutait, Harry marcha vers elle d'un pas lent, affaibli par la panique qu'il venait de ressentir. Une fois encore, il posa sa main sur la sienne. Il savait que ce n'était pas un jeu pour elle, qu'elle pouvait tout à fait le balancer facilement à travers la pièce, il tenait fermement son couteau d'une main et laissait pendre l'autre le long de son bras.
« Parce que tu n'es pas une meurtrière, Hermione. » Dit-il doucement. Et après un moment, il ajouta sur un ton plus sec. « Et ce serait un boulot d'enfer que de cacher le corps à Mrs Weasley. »
Avec un léger frémissement quasiment imperceptible, les muscles d'Hermione se détendirent. Ce comportement ressemblait plus à celui d'un animal qu'à celui d'un être humain, aux yeux de Harry. C'était encore une preuve des changements en profondeur qui s'étaient opérés en elle. Mais le plus important dans tout ça, c'est que cette attitude lui permettait de dire que le gros du danger était passé.
Ron serait toujours en vie à la fin de la journée, même si honnêtement, Harry n'était pas sûre qu'il le mérite.
Promptement, elle se dégagea du corps de Ron et son poignard disparut aussi mystérieusement qu'il était apparut. Elle enroula ses bras autour d'elle comme si elle avait cherchait à se réchauffer et elle sembla soudain plus jeune de quelques années.
Harry se précipita à ses côtés et tendit une main vers elle, mais il ne savait pas comment la réconforter. Elle évita son contact et Harry laissa donc retomber son bras le long de son corps. Il inspira profondément plusieurs fois pour diminuer la tension de son corps.
Le pire était passé. Ils pourraient désormais, avec un peu de chance, s'asseoir et discuter.
Mais Hermione ne semblait pas disposée à s'installer, pas plus qu'elle ne semblait vouloir quitter sa place, devant la niche vide.
« Qu'a-t-il fait de la pensine ? », demanda-t-elle finalement, et la respiration de Harry se fit de nouveau difficile et douloureuse dans sa gorge.
Il n'était pas facile de lui annoncer ça, réalisa-t-il, les deux poings serrés de colère et d'impuissance. Mieux vaut faire court.
« Il l'a donnée à Snape, Hermione, et il l'a forcé à regarder son contenu », répondit-il, puis il se précipita entre Ron et elle pour parer une éventuelle nouvelle attaque.
Mais la réaction attendue ne vint pas.
Pendant un long moment, Hermione resta totalement immobile, aucun muscle ne frémissait, pas un membre ne bougeait. Puis, elle commença à trembler légèrement, comme une feuille dans le vent. Harry ouvrit la bouche pour lui demander ce qu'il se passait mais à ce moment précis elle fit brusquement un pas en arrière, se prit les pieds dans le montant du lit et glissa au sol. Ses genoux avaient cédés sous son poids.
« Non », murmura-t-elle encore une fois. Et comme une force inconnue avait soudain quitté son corps, la laissant fragile et démunie, elle reprit d'une voix éraillée : « Pas à Severus. »
Elle recroquevilla les jambes de manière à ce qu'elles touchent sa poitrine puis elle posa sa tête sur ses genoux.
« Je suis désolé, Hermione… » Ajouta Harry, mais elle ne réagit pas. Aucune excuse, aucune explication ne pourrait soulager ce silence empli de tristesse.
Elle resta dans cette position pendant longtemps. Seules ses épaules tressautaient légèrement, suffisamment longtemps pour que Ron reprenne sa respiration et se remette sur ses pieds. Il ouvrit la bouche pour parler, mais Harry le fusilla du regard et plaça son index devant ses lèvres.
Même Ron sembla comprendre que ce n'était pas le moment d'interrompre la scène qui se déroulait sous leurs yeux.
« Je savais qu'il le découvrirait un jour », chuchota-t-elle finalement sans lever la tête de ses genoux. « Je voulais juste… lui dire moi-même. »
« Que tu étais devenue un espion pour le sauver ? Parce que tu l'as vu blessé cette nuit-là ? » Osa demander Harry, même si la voix de celui-ci indiquait clairement qu'il n'attendait pas de réponse à ses questions.
Elle se contenta d'acquiescer. « C'est dit un peu sommairement, mais ça résume bien la situation », confirma-t-elle, même si quelque chose dans les yeux de la jeune femme indiquait à Harry qu'elle cachait toujours quelque chose, un fragment de vérité, peut-être, ou une raison plus profonde qu'elle tentait de dissimuler derrière l'évidence.
« Mais pourquoi ne pas lui avoir dit avant ? » La questionna-t-il, en espérant qu'il n'avait pas poussé trop loin ses questions.
Lentement, le visage d'Hermione se fit à nouveau visible tandis qu'elle se redressait jusqu'à ce qu'elle soit totalement adossée au montant de son lit. Ses yeux étaient secs malgré le fait qu'ils soient encore rouges comme si elles les avaient violemment frottés. Son visage dégageait également une grande impression de lassitude. Harry remarqua que ses lèvres d'un rouge profond comme si elle les avait mordues fortement.
« Severus est un homme fier », sa voix ressemblait à un craquement de brindilles mortes. « Un homme qui se rend responsable de tout ce qui est possible comme de tout ce qui ne l'est pas. Je savais qu'il ne me pardonnerait jamais d'avoir agi avec ce qu'il appelle 'de l'idiotie typiquement Gryffondor', et je savais qu'il ne se pardonnerait pas d'être à l'origine de ma souffrance et de ma peine. Même maintenant, après des mois de partenariat, j'ai peur qu'il ne me pardonne pas. C'est bien là-dessus que comptait Ron quand il lui a amené la pensine. »
Elle jeta un coup d'œil à Ron, mais son regard était dépourvu de son habituelle violence, de cette ardente intensité à laquelle Harry était habitué. Il comprit alors combien elle était bouleversée et terrorisée. Foutu Ron.
Mais au lieu d'être mort de honte après ce qu'il venait de faire, au lieu de baisser les yeux devant elle, Ron se tenait bien droit, et pour la première fois depuis qu'ils étaient entrés, il prit la parole.
« Tu ne semblais pas réaliser ce qu'il t'arrivait, Hermione », dit-il. Sa voix était plus sérieuse et profonde qu'à l'accoutumée. « Mais je n'ai fait tout ça que pour toi. Je suis ton ami, Hermione, et parfois, quand nous ne savons plus ce que nous faisons, nos amis doivent décider à notre place de ce que… »
« Va te faire voir, Ron ! » gronda Hermione. La fureur qui grandit sur son visage ainsi que la vulgarité qui ne lui ressemblait pas incitèrent Ron à se taire.
« Je n'arrive pas à croire que tu m'aies fait ça ! » Continua-t-elle, en abandonnant sa position fœtale si brusquement que Harry se recula instinctivement. « As-tu la moindre idée des risques que tu as pris à cause de ta stupidité ? Je ne sais pas comment arranger tout ça, je ne peux pas… », Hermione frissonnait… « Je devrais peut-être aller le voir pour le convaincre que… »
Elle traversa la chambre. Elle commençait déjà à ouvrir la porte lorsque Ron lui lança en murmurant et en criant en même temps :
« Je t'aime, Hermione ! »
Elle se figea. Il lui fallu une éternité pour se retourner vers lui, une éternité pour rencontrer sur son visage les immenses yeux du jeune homme qui l'imploraient tout en ne la quittant pas du regard.
« Quoi ? » Siffla-t-elle.
« Je t'aime », murmura-t-il. « Je voulais te le dire depuis des mois ! Je t'ai acheté ce collier pour Noël et je pensais que ce serait un indice. Par Merlin, je t'ai même acheté une bague et je l'ai sur moi en permanence depuis des semaines ! Tu n'as pas besoin de ce vieux bâtard graisseux, Hermione ! Tu m'as moi, et Harry, et les Gryffondors ! »
Avec un soupir étouffé, Hermione s'effondra dans un fauteuil tout en fixant les murs blancs de sa chambre de Préfète, abasourdie.
« Essaies-tu de me dire, Ron », demanda-t-elle, la voix dénuée de toute émotion, « Que tu as fait tout ça – me terroriser, provoquer Harry et l'ensemble de l'Ordre, saccager ma chambre pour voler ma pensine et montrer son contenu à Severus – tu as fait tout ça pour me faire revenir ? »
Ron hocha la tête vaillamment, un petit sourire sur le visage comme si l'espoir renaissait en lui. Elle avait enfin compris.
« Parce que je t'aime », répéta-t-il.
Dans un sifflement de colère, elle se releva et pressa le pas. Son corps dégageait une tension colossale, on aurait une panthère dans sa cage.
« Et tu penses vraiment que ça excuse quoi que ce soit, Ron ? Crois-tu avoir le droit de prendre des décisions à ma place ou de violer mon intimité uniquement parce que tu ressens quelque chose pour moi ? Est-ce ta façon de montrer que tu m'aimes, en me blessant et en me maltraitant de toutes les façons possibles ? »
Le petit sourire s'évanouit comme s'il n'avait jamais existé. « Mais c'est… Je voulais juste… », commença-t-il, mais elle se retourna et le dévisagea de ses yeux flamboyants avant même qu'il ne puisse exprimer sa pensée.
« Il ne s'agit pas 'uniquement' de ce que tu as fait, Ron », dit-elle calmement. L'atmosphère s'alourdit considérablement avec ses paroles. « N'essaie même pas de t'excuser un jour. En ce qui me concerne, regarde… », elle indiqua la chambre autour d'elle, ses mots étaient emplis de dégoût. « Tu as perdu ce qui te restait de ma sympathie et de ma confiance. Et franchement, tu viens de perdre le peu de respect que j'avais encore pour toi. Je ne suis pas la seule à avoir été blessée ce soir, tu as fais du mal à quelqu'un qui m'est très cher. Tu as eu de la chance que Harry soit à côté, que je ne sois pas la putain des Serpentards comme tu me l'as déjà dit, sinon tu serais mort à mes pieds. N'essaie plus jamais de me parler, ou il se pourrait bien que je change d'avis. »
Elle tourna les talons pour quitter la pièce, sans même se soucier de la présence de Harry. Mais les Weasley n'avaient jamais été du genre à s'encombrer des bons conseils, et bien que Harry ait du mal à croire que quelqu'un, même Ron lors de ses pires sautes d'humeur, soit capable de tant de stupidité, la voix du rouquin retentit sur un ton provocateur.
« Mais ce n'était que Snape », grommela-t-il, plus pour conserver sa dignité que pour dire quelque chose de vraiment intéressant. Il aurait mieux fait de se taire.
Le poing d'Hermione s'abattit sur sa figure violemment et il ne put retenir un cri de douleur. Contrairement à leur troisième année, où elle avait massé son poing après avoir frappé Draco, elle ne sembla pas ressentir la moindre souffrance.
Elle se rapprocha même de lui jusqu'à ce que son nez touche presque Ron, tout pantelant. Avec un ton terriblement menaçant, elle murmura : « Ne t'avise plus jamais de prononcer son nom ! Et n'abuse pas de ma patience ! »
« Mais Hermione… »
« Toi, Weasley, tu ne lui arrives même pas à la cheville », gronda-t-elle, d'une voix blanche de fureur. « Insulte le encore une fois, et j'arracherais ton cœur et le donnerais à manger à Crocdur. »
Et sans un mot de plus, elle quitta la chambre, ses robes tourbillonnant derrière elle comme une aile de corbeau.
OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo
Il était assis dans l'obscurité lorsqu'elle arriva. Seules les flammes de la cheminée éclairaient son visage. Une bouteille de whisky à moitié vide était posée à côté de lui.
Il avait rarement eu recours à la boisson, mais il existait certaines situations où l'alcool était le seul moyen efficace de faire cesser les tremblements de ses mains et les frémissements de son cœur.
Plusieurs heures s'étaient écoulées, et les souvenirs de la pensine dansaient encore et encore dans son esprit.
Weasley était déjà parti lorsqu'il avait refait surface, mais Severus ne l'aurait pas remarqué de toute façon. Son âme tout entière n'avait prêté attention qu'à une seule chose : se mettre en sécurité avec la pensine, dans ses appartements et se cacher du reste du monde.
Il ne souhaitait désormais plus qu'une chose, ramper dans un trou profond pour rejoindre les créatures maléfiques et ne plus jamais en ressortir.
Tout ça n'avait été que mensonge. Tout.
Une vie volée, basée sur l'injustice et le sacrifice de l'innocence. Il avait pensé que c'était un cadeau du Ciel, offert à un homme qui avait perdu tout espoir, mais après avoir découvert qui en était à l'origine, ce présent était devenu un fardeau trop lourd à porter.
Il ne le méritait pas. Il n'en voulait pas.
Son esprit embué par la peine et le désespoir ne laissait place qu'à une seule pensée : il se trouverait bientôt devant elle, très bientôt. Quand elle se serait aperçu de ce qui s'était passé, et si au moins une partie de ce en quoi il avait cru était vrai, elle accourrait pour lui expliquer.
Il ne voulait pas la voir. Il était effrayé par la honte qui réduisait son cœur en cendres, mais il avait encore plus peur de sa colère, cette grande violence qu'il sentait monter en lui. Il risquait de la frapper si elle s'approchait de lui, il en était persuadé et une telle réaction ne ferait qu'aggraver la situation entre eux.
Mais même s'il savait qu'elle allait venir et que ses instincts lui criaient ce qu'il devait faire, il ne pouvait se résoudre à marcher jusqu'à la tapisserie pour révoquer l'accès de la jeune femme à ses appartements. Un tel acte aurait signifier la jeter de sa vie une fois pour toute, et il ne pouvait pas faire ça, pas même maintenant.
Il ne leva pas les yeux lorsqu'elle rentra, mais son parfum l'enveloppa immédiatement, de plus, il n'avait pas besoin de la voir pour savoir de quoi elle avait l'air : belle, comme toujours, perdue et nerveuse, comme à chaque fois qu'elle devait faire face à des émotions violentes. Son menton devait probablement être levé en signe de défi.
« Severus », appela-t-elle, mais il ne leva pas la tête de ses mains.
« Severus. Parle-moi, je t'en prie », il pouvait entendre la douleur et l'inquiétude dans ces quelques mots.
« Non », refusa-t-il. Il n'articulait pas assez à cause de la fatigue et du whisky. « Va t'en. »
Elle fit un pas en arrière comme si ces paroles l'avaient frappée en pleine figure. Pendant un instant, Severus pensa même qu'elle allait tourner les talons et fuir sa présence. Il n'était pourtant pas certain d'être soulagé par cette idée, mais elle changea finalement d'avis et marcha lentement vers lui.
« Harry m'a dit ce qu'il s'était passé », dit-elle sereinement.
« Oh », rétorqua-t-il amèrement. « Ça a déjà fait le tour de la Maison Gryffondor, alors. As-tu également informé l'Ordre ? »
« Severus, s'il te plaît. »
« Va t'en. »
Il l'entendit soupirer. Il se sentait partagé entre deux envies opposées. D'un côté, il voulait se tourner vers elle pour déverser sur elle toute la colère qu'il ressentait, pour la blesser autant que les souvenirs de la pensine l'avait blessé. Mais d'un autre côté, il souhaitait plus que tout se cacher, ne plus jamais la revoir. Elle était la preuve vivante de sa culpabilité, la preuve irrévocable qu'il ne serait jamais libéré de son passé peu glorieux.
C'était grâce à elle qu'il avait survécu ces derniers mois, qu'il avait retrouvé un semblant de vie humaine. Elle était la chose la plus merveilleuse qui lui était arrivée, elle était son sauveur, sa lumière.
Il la haïssait profondément à cet instant.
« J'ai caché ces souvenirs avec soin, Severus », poursuivit-elle quand il fut évident qu'il ne parlerait pas. « Je n'ai jamais voulu que quelqu'un les voit ! Et je te promets que j'avais prévu de te le dire ! Mais ça ne semblait jamais être le moment idéal… »
« Tu ne dois pas les avoir bien cachés si même cet idiot de Weasley est parvenu à les trouver. Ou peut-être que tu lui as montré le chemin ? Souhaitais-tu que cela se déroule ainsi en les lui révélant, peut-être étais-tu trop froussarde pour me les montrer toi-même ? »
« Ne sois pas comme ça, Severus », le supplia-t-elle. Il savait exactement ce qu'exprimait le visage de la jeune femme à cet instant précis. Ses grands yeux devaient être implorants et sa mâchoire devait lutter contre son envie de pleurer.
« Comme quoi ? », rétorqua-t-il avec hargne. « De cesser de te faire confiance parce que j'ai découvert que tu me mentais, après tout le temps que nous avons passé ensemble ? De douter du fait que cet idiot de Weasley ait pu pénétrer dans la chambre d'un espion confirmé et voler son plus précieux secret ? »
« Tu sais parfaitement que les protections actives et permettant de repousser les intrus ne sont pas possibles dans les quartiers des étudiants », riposta-t-elle fermement, même si la douleur était perceptible dans sa voix. « Et tout autre système se serait apparenté à des signaux de fumée. Les professeurs et les étudiants des cours supérieurs pénètrent régulièrement dans ma chambre. Je ne pouvais pas prendre le risque qu'une personne remarque des sortilèges aussi puissants… »
« Pourquoi ne pas avoir mis en sécurité ta pensine dans la chambre que j'ai mise à ta disposition, alors ? »
Elle garda le silence. Il espérait qu'elle renoncerait et partirait, leur évitant ainsi la douleur qui suivrait cette question. Mais elle n'avait jamais été de celles qui choisissent la voie la plus facile.
« Tu connais la réponse à cette question, Severus », dit-elle doucement après un long moment. Sa voix toujours claire mais accompagnée d'un léger tremblement que seul lui pouvait déceler.
« Oui », siffla-t-il. « Parce que tu voulais me tenir éloigné de ce secret. Parce que tu préférais me mentir, me manipuler comme si nous n'étions pas… comme si nous n'avions jamais été… »
Il était pathétique, et il le savait. Réclamer des explications alors qu'elle ne lui avait jamais rien promis, parler d'une amitié qui ne s'était pas développée parce qu'elle l'avait souhaitée, mais parce qu'elle n'avait pas eu le choix. Il ne pouvait cependant pas empêcher son cœur de souffrir, à cause d'elle.
Il en était venu à croire tant de choses ces derniers mois. Il avait réorganisé sa vie en fonction d'elle. Et maintenant, elle n'était plus la femme qu'il pensait si bien connaître. Mais si elle était une étrangère pour lui, comment pouvait-il essayer de la comprendre ? Comment pouvait-il l'aimer alors qu'il ne l'avait jamais réellement connue ?
« Ce n'est pas vrai », protesta-t-elle, le tremblement de sa voix s'était accru. « Je voulais vraiment t'en parler, mais je sais quel genre d'homme tu es, Severus ! Je te connais trop bien pour savoir que tu aurais refusé d'être sauvé ou libéré ! Tu m'as dit une fois que je ne profitais pas assez des plaisirs de la vie parce que je ne m'en estimais pas digne, mais tu fais exactement la même chose ! Tu penses que tu ne mérites pas cette nouvelle vie, et tu nous aurais haï tous les deux pour ce que j'ai fait ! Comme tu me hais en ce moment… »
« Je n'arrive pas à croire que tu aies fait ça », murmura-t-il. « Mais pour l'amour du Ciel, qu'est-ce qui t'as fait penser que je voulais que tu te sacrifies ? Pourquoi ne pas m'avoir laissé seul ? Ça m'était déjà arrivé d'innombrables fois, pourquoi avoir été aussi curieuse et t'être mêlée de choses que tu ne pouvais évidemment pas comprendre ? »
« Tu n'as pas pu t'empêcher de te mêler de mes affaires non plus », fit-elle remarquer doucement. « Quand tu as tout découvert à mon sujet, tu t'es senti obligé d'intervenir. »
« Je suis ton Professeur ! », tonna-t-il d'une voix tendue et intransigeante. « J'étais responsable de toi ! Je suis de vingt ans ton aîné, et tu n'es rien d'autre qu'une espèce de gamine qui a sacrifié sa vie pour un vieil homme aux cheveux gras… »
« Cesse de parler de sacrifices, Severus », l'interrompit-elle, le visage vieux et fatigué. « Je n'ai pas fait ça uniquement pour toi. Je l'ai fait pour l'ensemble de l'Ordre, et tu étais l'appât dont j'avais besoin pour y parvenir. »
« Mais pourquoi ? », cria Severus. « Je me débrouillais très bien tout seul ! Pourquoi a-t-il fallu que tu t'en mêles ? »
« Je savais que tu ne t'en sortirais pas, à l'instant même où je t'ai vu allongé sur le sol glacé », répondit-elle, en refusant toujours de monter le ton comme lui l'avait fait sous l'emprise de la colère. « Mes recherches n'ont fait que le confirmer, et je… »
« Tes recherches ? », dit-il en criant et sanglotant en même temps. Il quitta son fauteuil d'un bond et marcha vers elle. Il avait tout à fait conscience que sa voix était sur le point de se briser, il se comportait comme un adolescent hystérique, mais peu importait désormais. Une catastrophe se profilait devant lui. « Tu as fait des recherches sur moi ? »
« Pas seulement sur toi », répliqua-t-elle posément, comme s'il avait posé une question en classe. Le visage de la jeune femme s'était fermé derrière un masque d'indifférence. « J'ai fait des recherches sur le Doloris et ses effets secondaires, sur l'histoire de l'espionnage et sur la vie que semblait mener les Mangemorts. Je me suis renseignée sur toutes les potions que tu prenais et j'ai comparé ton comportement aux études de psychologie sur les victimes de tortures continuelles. Toutes mes découvertes aboutissaient à la même conclusion : ta mort inévitable. Je ne pouvais pas l'accepter. »
« Mais pourquoi toi, Hermione ? Pourquoi t'es-tu sacrifiée d'une façon aussi merveilleusement stupide ? Pourquoi ne pas avoir donné toutes tes informations à Albus, et l'avoir laissé réagir en conséquence ? Pourquoi… »
« Je ne pouvais pas être sûre que Dumbledore allait réagir comme je le souhaitais, et j'en savais suffisamment sur l'Ordre pour savoir que personne d'autre ne possédait tes capacités. J'ai passé quelques week-ends à m'entraîner et j'ai décidé que j'avais les dons nécessaires. C'était une décision logique, après que… »
« Ça n'a rien à voir avec la logique », protesta-t-il, la souffrance lui martelant la tête. « Rien du tout ! »
« Bien au contraire », réfuta-t-elle comme s'il s'agissait d'une discussion scientifique. « Après avoir analysé tout ce que je connaissais de la situation, il est devenu évident que c'était le seul moyen. Et je savais déjà comment fonctionnait ton esprit. Je savais que tu n'approuverais pas. J'ai donc trouvé un moyen d'assurer ta sécurité, même contre ta volonté. Et il s'est avéré que mes calculs étaient corrects. J'ai réussi à survivre tout en te permettant de profiter d'une nouvelle vie, exactement comme je l'avais prévu. »
« Je n'y crois pas », chuchota Snape, tout en se rasseyant dans son fauteuil et en son front comme s'il essayait de se réveiller ou qu'il hallucinait à cause de la fièvre. « Tu m'as étudié comme un rat de laboratoire ! »
« Comme une faiblesse potentielle », le contredit-elle d'une voix désormais glaciale. « Comme quelqu'un qui pouvait détruire tout le travail de l'Ordre parce qu'il était trop fier pour admettre sa faiblesse, trop obstiné pour demander de l'aide. Comme un fou, en fait. »
Une part de lui hurla de douleur en entendant les mots de la jeune femme. Alors il n'avait été qu'un numéro dans ses calculs ? Même pas quelqu'un dont elle pouvait avoir pitié ou juger digne de vivre ? Il voulait de nouveau la frapper, la blesser en prononçant de sa langue acérée, des mots et des phrases qui la feraient s'effondrer à ses pieds, mais il se retint et avec une force dont il ne soupçonnait même pas l'existence, il relégua sa colère dans un coin de son esprit. Et à la place, il réfléchit.
Ça n'avait pas de sens. Il pouvait se souvenir du comportement de la jeune femme dans ce souvenir, il pouvait se souvenir du juron qu'elle avait lancé. Il était capable de se remémorer chacun des moments qu'ils avaient passé ensemble, le souci qu'elle se faisait pour les autres, son impartialité, sa volonté de protéger les gens.
Le souvenir de la pensine et l'explication qu'Hermione avait fourni ne correspondaient pas, tout comme, il y a quelques temps, ses images mentales et ses cauchemars ne concordaient.
Elle lui cachait quelque chose.
« Oh non, tu n'as pas fait ça pour toi, Hermione », dit-il et la maîtrise qu'il avait soudain retrouvé la déstabilisa à tel point qu'elle ne put le dissimuler. « Tu ne vas pas te cacher derrière la Reine des Glaces pour m'empêcher de découvrir ton secret. Je te connais trop bien pour te le permettre. »
Elle commença à protester, son visage pâlit à la lueur du feu, mais il ne s'arrêta pas, il ne lui donna pas le temps de se reprendre. « Tu aurais pu faire des milliers d'autres choses à la place, à commencer par informer le Directeur de ce que tu avais découvert. Tu as certainement du déduire de mon comportement qu'il n'était pas au courant de mes blessures. Il aurait fait en sorte que je me repose mieux, que je sois mieux soigné. Au lieu de ça, tu as choisi de te sacrifier, de manière totalement illogique, pour moi. Ne me dis pas que tu as fait ça pour le plus grand bien du monde sorcier, Hermione ! C'était personnel. »
Il la connaissait trop bien, réalisa-t-il. Il vit soudain à travers son masque de calme froid, il pouvait maintenant lire la panique au fond de ses yeux. Il n'avait que quelques secondes avant qu'elle ne lui fournisse une nouvelle explication, quelques instants avant qu'elle ne se ferme de nouveau à lui. C'était sa seule chance de connaître la vérité.
« Je t'en prie, Hermione », chuchota-t-il. Sa voix n'était que caresse et douceur. « Dis-moi la vérité. Si notre amitié représente pour toi, un peu plus qu'un arrangement de convenance, si j'ai été un peu plus qu'un simple pion, tu dois me le dire. J'ai besoin de connaître la vérité. »
Elle détourna la tête, comme si ses yeux pouvaient la trahir s'ils restaient obstinément fixés sur lui. Il remarqua qu'elle haletait légèrement, comme un animal pris au piège, mais elle n'avait toujours pas battu en retraite, même si ses muscles étaient aussi tendus que si elle s'apprêtait à faire un gigantesque saut. Elle n'était pas encore sûre de ce qu'elle devait faire.
« Je dois savoir si je peux profiter de cette vie que tu m'as donnée », murmura-t-il encore. « Pourquoi t'es-tu sacrifiée… pour moi ? »
Elle sembla encore hésiter pendant un instant, pas sûre de la façon dont elle allait répondre. Il avait déjà ouvert la bouche pour parler quand elle prit sa décision.
« A cause de ça », souffla-t-elle. Elle parcourut alors précipitamment la distance qui les séparait en seulement deux pas et pressa sa bouche contre ses lèvres.
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La traduction du sonnet n'est pas de moi, mais ça, tout le monde s'en doutait. Je mets donc les références.
"Poèmes et sonnets", traduction Armel Guerne,
Bibliothèque européenne, ed. Desclée de Brouwer, 1964
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Alors, qu'en pensez-vous ? Non, ne me tuez pas, je n'y suis pour rien! Bon, nous voilà rendus à un tournant. Deux solutions : soit Severus accepte l'idée qu'elle l'aime, soit il la rejette. L'auteur est-elle sadique ? Réponse au prochain chapitre.
En attendant, n'oubliez pas de laisser un petite review…
