Quand la Lionne se bat

Auteur : Kayly Silverstorm

RAR :

Cindy2008 : Ravie que tu aimes, voilà donc la suite après cette longue attente.

Bohemio : Eh bien, toujours aussi enthousiaste ! Quel plaisir… Sache tout de même que je ne t'en voudrais pas si tu allais lire la VO, après tout, honneur à l'auteur. Je ne suis que son humble traductrice… lol

Océane : Nous voilà arrivés en septembre… Comme le temps passe vite ! Comme promis, je poste un nouveau chapitre. Au fait, n'oublie pas de remercier tes profs d'anglais acariâtres comme tu le dis si bien !

Alors, voilà, je suis de retour après cette longue absence ! J'en profite pour vous souhaiter une bonne rentrée ainsi qu'une bonne lecture. Revenons à nos moutons, je vous laisse découvrir la réaction de l'Ordre en ce qui concerne l'intronisation de Draco parmi eux…

Chapitre 42 : Un dîner et un plan

Pendant un instant, ce fut le silence. Puis Hermione sentit un mouvement autour de la table et un membre du Premier Cercle retrouva la parole.

« Draco Malfoy », demanda Tonks. Il y avait tant d'incrédulité, tant d'incompréhension dans sa voix que Draco en frémit d'embarras. Hermione savait que cette réaction était aussi calculée que possible, que Draco essayait de paraître humble et repentant, mais elle se mettait à sa place. Quelle humiliation ! Etre évalué et jugé comme du bétail. Elle savait combien les Malfoy supportaient mal l'humiliation.

Harry acquiesça à la question. S'il avait remarqué la réaction de Draco, il n'en laissait absolument rien paraître.

« Oui, Draco Malfoy », répondit-il en faisant de son mieux pour avoir l'air professionnel et adulte. « Il est un informateur très important pour l'Ordre depuis plus d'un an, et il est devenu un de mes meilleurs amis au cours des cinq derniers mois. »

La dernière partie de son discours était bien évidemment un mensonge, mais ils ne pouvaient pas décidément pas révéler la relation entre Hermione et Draco. Ils avaient donc décidé de 'renforcer' l'amitié de Harry et Draco. Pas que ça impressionnerait quiconque, mais ça en donnerait l'impression.

« Un informateur ? » Répéta Tonks comme si le fait de prononcer une phrase en entier était à cet instant au-delà de ses compétences.

Cette fois, ce fut Dumbledore qui hocha la tête. « Depuis que Lucius Malfoy a été arrêté au cours de l'incident du Ministère il y a près de deux ans, Draco m'a parlé de toutes les lettres que son père lui a envoyées. Nous avons même réussi à insérer une ou deux fausses allusions dans les réponses de Draco à Lucius. »

« Pourquoi n'en avons-nous pas eu connaissance ? » Grogna Maugrey, son œil magique allant sans cesse de Harry, à Draco et à Dumbledore. « Il semblerait qu'il y ait une politique de non information du Premier Cercle. Ou y a-t-il un premier Premier Cercle dont j'ignore l'existence ? »

Même Dumbledore, habituellement de bonne composition, ce brave Dumbledore, sentit ses poils se hérisser en entendant cette évidente preuve de méfiance. Mais ce fut Severus qui répondit d'une voix glissante comme de l'huile et légèrement moqueuse.

« Il n'a jamais été dans la politique de l'Ordre de révéler l'existence des espions et des informateurs à chacun des membres. » Dit-il. « J'étais une exception. Et vous n'avez pas été maintenu dans l'ignorance à cause d'une sombre histoire de conspiration, mais pour préserver la sécurité de tous ceux qui risquent leur vie en manipulant des informations. Seul le sortilège 'Oubliette' mis au point il y a quelques mois peut nous empêcher de trahir – involontairement – des informateurs tels que Draco. Ensuite, il faut prendre en compte le souhait des espions en question. »

« Donc Malfoy ne voulait pas qu'on connaisse son existence ? Je me demande pourquoi ? » Rétorqua Maugrey qui ne voulait pas lâcher le morceau. « Peut-être parce qu'il est plus facile de tromper son Directeur de Maison et un garçon de son âge ? »

« Insinueriez-vous que l'on peut facilement me duper, Maugrey ? » Ronronna Snape, et la température de la pièce monta de quelques degrés.

« Je dis seulement que Malfoy n'est pas digne de confiance. » Balbutia Maugrey en réalisant qu'il s'était aventuré dans des eaux dangereuses.

« Draco a été volontaire pour trahir sa famille, mais également pour risquer sa vie », protesta Harry. « Il est protégé par le même charme de mémoire que celui qui nous protège tous. Il est tout aussi engagé dans le combat que moi. Et il m'a aidé bien plus que vous ne pouvez l'imaginer. »

« Mais vous vous êtes toujours haïs ! » Protesta Molly Weasley.

« Les gens changent », rétorqua Harry catégoriquement, et Hermione vit Mrs Wealey pâlir franchement. Nul besoin de lui rappeler que son fils avait brutalement coupé les ponts avec son ancien meilleur ami quelques semaines auparavant.

« Mais toujours pour une bonne raison », dit Arthur Weasley lentement et pensivement d'une voix tranchante. Hermione se souvint alors comment Lucius et lui s'étaient affrontés au beau milieu de Fleury et Botts. Lucius Malfoy était une des rares personnes à pouvoir faire voler en éclats le sang froid de Mr Weasley.

Habituellement, Mr Weasley était la gentillesse incarnée. Il était également l'un des membres les plus influents du Premier Cercle. Comme Shacklebolt, Maugrey ou même Dumbledore, il ne disait pas grand-chose et prenait son temps pour juger. Mais quand il donnait son opinion, tout le monde avait tendance à l'écouter.

Et Arthur Weasley haïssait les Malfoy.

« Je voudrais connaître les raisons pour lesquelles Draco a changé de camp. » Poursuivit alors Mr Weasley. Et lorsque Harry amorça une réponse, il leva une main pour lui signifier d se taire. « Non, Harry. Je pense que Draco devrait parler lui-même. »

Intérieurement, Hermione se crispa. Ils s'attendaient à ça, bien sûr. Il ne serait pas admis dans l'Ordre sans faire sa propre déclaration. Mais il était en colère, même s'il ne le laissait pas paraître, et il était important qu'il semble sincère. Le Premier Cercle décelait trop bien les nuances pour laisser passer la moindre trace d'arrogance.

« Tout d'abord, j'aimerais vous remercier de me laisser m'exprimer. » Commença Draco, et lorsque Maugrey grommela de dédain, Hermione put voir que les formules de politesse avaient un impact favorable sur Arthur et Molly Weasley.

« Je comprends que vous ayez du mal à croire qu'un Mallfoy puisse 'subitement' changer », poursuivit-il. « Mais vous devez tenir compte de la situation dans laquelle je me suis retrouvée après l'affrontement du Ministère. Quand mon père a été capturé et que Harry et le Professeur Dumbledore ont vaincu Voldemort – encore – tout ce en quoi je croyais s'est effondré. »

Il est bon, pensa Hermione. Même avec le léger tremblement sur le dernier mot. Parfaitement exécuté. Ensuite, Draco était sur le point de raconter l'histoire de sa vie. Ils avaient décidé de coller à la vérité. Même si le jeune homme n'avait pas l'habitude d'exprimer de tels sentiments en public, ils étaient là, contrôlés mais puissants.

« Je ne me suis jamais interrogé sur le comportement de mon père ou sur le chemin qu'il m'avait tracé, de plus, on m'avait appris depuis ma plus tendre enfance que Harry Potter était à l'origine d tous nos malheurs. Mais quand mon père s'est fait enfermé, personne n'est venu à mon aide. Ma propre maison m'a tournée le dos, du moins pour la plupart – j'ai commencé à suspecter le Professeur Snape, un des rares à encore veiller sur moi, de ne pas être aussi loyal à Voldemort que ce que je l'avais toujours cru. »

Draco n'avait bien sûr jamais rien soupçonné… jusqu'à ce que Hermione le lui dise, mais le fonctionnement des Serpentards était inconnu de la plupart si bien que les autres ne douteraient pas de ce détail.

« Puis mon père s'est échappé, et il a commencé à m'écrire des lettres en secret. Il… » Draco fit une pause, repoussa en arrière ses cheveux d'un geste nerveux. Il est vraiment bon, pensa fièrement Hermione. « Il s'est comporté comme si rien n'avait changé, alors qu'on me traitait comme si je n'étais plus rien. Et ça m'a fait réfléchir. J'ai commencé à épier et observer Harry Potter et ses amis, Dumbledore et ceux que je soupçonnais d'appartenir à l'Ordre. J'ai commencé à me demander si mon futur était tracé ou pas, si j'avais toujours le choix de faire ce qui était juste, même si ce n'était pas facile. Et quand mon père m'a ordonné d'en apprendre plus sur les barrières magiques de Poudlard, j'ai décidé que je ne voulais pas que cette école tombe entre les mains de Voldemort. Je suis donc allé voir Dumbledore. »

Quand Draco eut fini, Hermione regarda discrètement autour d'elle et analysa les expressions de chacun. Tonks semblait hésitante et le visage de Shackelbolt était indéchiffrable, comme d'habitude. Maugrey regardait toujours Draco comme s'il allait le jeter hors de la pièce, et Arthur Weasley paraissait très sérieux.

« Bien parlé », dit-il. « Mais ça a pu être travaillé. Quelles preuves avons-nous que tu ne vas pas plutôt nous espionner, de manière à renforcer ta position auprès de Voldemort ? Ton père aurait très bien pu te le demander, n'est-ce pas ? »

« Exactement ! Ce garçon n'est qu'un bon à rien. » Grogna Maugrey de là où il était assis, et Draco rougit violemment. Cette réaction, Hermione le savait, était réelle. Draco avait toujours été nerveux face à l'ancien auror, même ce n'était pas véritablement lui qui l'avait transformé en furet en quatrième année. « Tel père, tel fils. »

« Ça suffit, maintenant, Maugrey. Tu vas trop loin ! »

« Mais n'a-t-il pas raison, en fait ? »

« Oui, comment pouvons-nous savoir… »

« Je paries qu'il nous trompe en attendant son heure… »

« Voldemort a toujours voulu un espion dans nos rangs ! »

« Je vous en prie, mes amis », Dumbledore interrompit finalement le tourbillon de questions et de protestations. « En tant que membre de ce Cercle, c'est le droit de Harry de demander son intronisation parmi nous. Je voudrais également rajouter que Severus et moi soutenons cette proposition. Ne voyez-vous pas que sa volonté de nous aider est réelle ? »

« C'est un Serpentard », répondit Shacklebolt avec méfiance. Il avait subi l'arrogance de Lucius Malfoy tout au long de sa carrière d'auror. « Personne ne ment mieux que les Serpentards. Certains ont même réussi à mentir malgré le Véritasérum. »

« Comment pouvez-vous juger quelqu'un en fonction de sa maison ou de son père ? » Demanda Harry avec une pointe de colère dans la voix. « Si nous ne sommes pas au-dessus de ça, nous pouvons très bien partir et nous mettre à haïr les sangs purs. De tels préjugés ne sont que ça : des préjugés ! »

Mais cet argument ne fit que provoquer un autre chaos dans lequel se mêlaient les voix et les revendications. Hermione put entendre Maugrey lâcher quelque chose au sujet du conditionnement, Molly criait que les enfants ne devraient pas critiquer leurs aînés, et même Tonks semblait livide à cause du sous-entendu : leur opinion serait basé sur des préjugés. Les épaules de Harry s'affaissèrent en signe de défaite quand il réalisa qu'il avait causé plus de dégâts qu'autre chose.

Au milieu de ce chaos le plus complet, Hermione et Severus échangèrent un bref et éloquent regard.

Ils ne vont pas l'accepter, Severus, pensa-t-elle à son intention et elle put ressentir le soupir de l'homme.

Il semblerait que non, acquiesça-t-il. J'ai bien peur qu'il ne faille passer au plan B.

Hermione lui envoya un haussement d'épaules nonchalant. Ça devrait être drôle, lui dit-elle, puis elle leva brutalement de sa chaise.

« Je ne peux pas croire ce que tu dis, Harry », couina-t-elle si fort que même Molly Weasley cessa de crier tant elle fut surprise. « Ce furet gluant ? Il ne changera jamais, il n'a pas assez de cervelle dans la tête pour ne serait-ce que saisir ce concept ! Nous ferions mieux de le supprimer, comme Ron l'a toujours suggéré, au lieu de lui accorder une entrevue avec l'Ordre ! Il t'a soumis à l'Imperium ou quoi ? Il n'est rien d'autre qu'un de ces sangs purs puants ! Il mérite de rôtir en enfer pour le restant de ses jours ! Les gens comme lui n'ont pas leur place parmi nous ! »

Sa crise fut suivie d'un silence choqué. Seul Draco continuait de fixer tristement Hermione, sans même essayer de se défendre. Harry avait bien évidemment été abasourdi de surprise. Il s'était attendu à rencontrer de la résistance, mais pas venant d'elle.

« Maintenant, regarde-moi, Hermione », dit Arthur Weasley après un moment. Ce n'est pas une façon correcte de parler d'un sorcier. Même si Draco n'a pas toujours été sympathique au cours des dernières années, il y a toujours une chance qu'il puisse changer… »

« Changer ? » Cria Hermione, la voix cassée. « Un Malfoy qui change ? Le mal coule dans leurs veines ! Lui et sa famille sont définitivement perdus ! Ils auraient du être éliminés il y a bien des années ! Mais au lieu de faire la seule chose judicieuse et d'envoyer toute la famille croupir à Askaban, vous voulez faire de lui un membre de l'Ordre ! Même Fudge fait un meilleur boulot que vous ! »

« N'utilisez pas ce ton avec nous, jeune demoiselle », rétorqua sèchement Molly Weasley dont les yeux quittèrent pour la première fois le visage de Draco. « Si l'Ordre décide de faire de lui un des siens, c'est son droit le plus complet. Personne ne sera jugé dans cette pièce en fonction de qui sont ses parents ! »

« Je ne le juge qu'en fonction de ce qu'il est. » Hermione était toujours en train de hurler, et à en juger par son expression, elle n'était pas prête de s'arrêter. « Un foutu Mangemort en devenir ! Je me suis toujours interrogée sur vos choix ainsi que sur les personnes à qui vous accordiez votre confiance, monsieur le Directeur, mais Malfoy est un choix encore pire que celui que vous avez fait en faisant de ce Mangemort graisseux le chef de l'espionnage ! »

« Suffit », gronda Maugrey telle une tempête qui se lève. « J'ai bien peur de devoir être d'accord avec Severus, jeune fille. Si vous ne pouvez pas vous comporter comme une personne de votre âge qui a des responsabilités, vous n'avez nullement votre place ici. Draco Malfoy deviendra membre de ce Premier Cercle, et si vous n'êtes pas contente, la porte est grande ouverte ! »

Harry crut qu'il avait mal entendu. Maugrey, annonçant qu'il soutenait la candidature de Draco ? Et pas seulement ça, car il avait entendu des murmures d'assentiment de la part de Tonks, de Shacklebolt ainsi que des Weasley.

« Je vois », dit Hermione, les larmes mouillant ses joues. « Vous êtes tous contre moi. Mais laissez-moi vous dire ceci : votre choix est stupide ! Vous regretterez un jour ou l'autre d'avoir laisser Malfoy faire partie de l'Ordre ! »

Et avant qu'un autre mot ne soit ajouté, elle se rua vers l'une des tapisseries et passa à travers, la voix brisée quand elle prononça son mot de passe.

Ensuite, ce ne fut plus qu'une formalité. Désireux de mettre fin à cette situation embarrassante aussi vite que possible, chacun lançant un regard d'excuse à Draco qui se tenait toujours debout au centre de la pièce, pâle et légèrement tremblant, l'Ordre accepta d'accorder à Draco le statut de membre du Premier Cercle. Puis la réunion s'acheva sans qu'aucun point de l'ordre du jour ne soit abordé.

« Monsieur Potter, Monsieur Malfoy. Accompagnez-moi à mon bureau, je vous prie. » Leur demanda Snape tandis que les autres membres partaient via les cheminettes aussi vite que possible et que Dumbledore disparaissait dans la pièce qui lui était réservée, après avoir félicité chaleureusement Draco.

« Nous devons ajuster les protections à votre nouveau statut. »

Ils restèrent silencieux jusqu'à ce que Snape ait fermé et sécurisé la porte derrière eux avant de se diriger vers son fauteuil.

« C'était », dit Draco, la voix pleine d'admiration, au moment où Snape s'asseyait, « le meilleur exemple de manipulation de groupe auquel j'ai jamais assisté. Je n'oserai plus jamais utiliser le mot 'subtilité' après ça. »

« Vous voulez dire que c'était du bluff ? » Demanda Harry, toujours abasourdi par la vision d'une Hermione hystérique.

« Bien sûr Potter », répondit Snape de derrière son bureau, tout en leur indiquant les deux fauteuils qui lui faisaient face. « Il n'y avait plus aucun espoir de les convaincre de la sincérité de Draco, comme l'avait clairement démontré le début de la conversation. Une minute de plus et ils auraient refusé ouvertement, ce qui aurait ruiné toutes les chances de Draco de faire un jour partie de l'Ordre. La seule façon de contrebalancer l'opinion générale dans ce genre de situation, c'est de mettre en avant une autre personne avec qui les fera changer d'idée, et ce, quelque soit ce qu'ils pensaient une seconde auparavant. »

Il ricana sèchement, mais il n'y avait pas la moindre trace d'humour dans ses paroles. Ce doit être dur de voir les gens avec ce regard-là, pensa Harry. De connaître chacune de leurs faiblesses.

« La bienséance leur interdisait d'être d'accord avec Hermione. Ce sont les gentils, après tout. » Snape sourit d'un air diabolique tandis que ses mains exécutaient des mouvements complexes au-dessus de la tête de Draco de manière à lui permettre de franchir barrières magiques. « Et même si Molly et Maugrey partageaient très certainement cet avis, ils ne l'auraient jamais admis en public. La crise d'Hermione les a forcé à retourner leur veste, et ensuite, ce n'était plus qu'une formalité pour qu'ils acceptent la candidature de Draco. »

« Vous l'aviez planifié ? » Demanda Harry, osant à peine croire ce qu'il venait d'entendre. « Vous et Hermione avez prévu de manipuler l'Ordre de la sorte à chaque fois ? »

« Hermione et moi manipulons la moitié des réunions », répondit Snape qui semblait désormais amusé. « C'est même notre principal amusement ces derniers jours. Ne l'avez-vous pas remarqué ? »

Il sourit sarcastiquement devant l'expression abasourdie de Harry.

« Maintenant que Draco est un membre officiel », poursuivit-il, « Nous pouvons enfin commencer à travailler sérieusement. Une petite réunion privée est prévue pour ce soir. « Accompagnez-moi à nos appartements. » Ses yeux rencontrèrent ceux de Harry et les lèvres du Maître des potions s'étirèrent légèrement. « Hermione m'a ordonné de vous transmettre que vous êtes également les bienvenus. » Ajouta-t-il.

« Merci », répondit Harry qui essayait toujours de comprendre l'ampleur de ce qui se passait. « Quelqu'un vous a-t-il déjà dit que vous êtes vraiment effrayant ? »

« Bien sûr. »

Ils trouvèrent Hermione lovée dans son fauteuil, endormie. Snape marcha vers elle sans bruit et lui toucha la joue. Elle se réveilla en un instant et se leva immédiatement, mais Snape para avec aisance le coup de poing qu'il aurait du recevoir en pleine figure, et avant que le genou de la jeune femme ne l'ait atteint, elle le reconnut.

« Alors, ça s'est bien passé. » Elle sourit, aussi bien réveillée que si elle n'avait jamais dormi, sans tenir compte du fait qu'elle venait d'attaquer Severus.

« Evidemment », répondit-il en lui baisant la main avant de la relâcher.

Draco et Harry échangèrent un regard amusé puis se tournèrent vers Hermione qui se dirigeait vers eux. Elle les étreignit tous les deux en même temps qu'elle félicitait Draco pour son adhésion. Elle sourit avec amusement quand elle reçut plus d'un compliment pour ses talents de comédienne.

« Le dîner devrait être prêt pour huit heures », annonça-t-elle ensuite. « Leur as-tu déjà dit quel en serait le sujet, Severus ? »

« J'ai donner bien assez d'explications à des étudiants imbéciles au cours des dix dernières années, merci bien. » Répondit-il avec un peu plus qu'un soupçon d'arrogance dans la voix, si bien que Harry sentit sa colonne vertébrale se contracter comme s'il s'attendait à recevoir un coup. L'intonation utilisée ressemblait beaucoup à celle du Snape qu'il avait connu il y a de cela quelques années.

Mais Hermione se contenta de grogner. « Gamin », rétorqua-t-elle. « Si tu n'es d'aucune utilité, va dans la cuisine ! »

« Je serais plus prudente si j'étais toi », l'avertit-il, mais cette fois, Harry fut absolument certain que le ton menaçant n'était qu'un jeu. Néanmoins, il sentit ses poils se hérisser. « Je te signale que je sais que tu n'as pas de couteaux sur toi pour l'instant. »

« Et je te signale que je sais que Jane t'attend avec impatience. Tu ferais mieux de me croire parce que tu n'auras aucune chance contre elle si elle pense que tu as gâché son repas. »

L'expression hautaine du Maître des Potions s'effaça immédiatement et après avoir fait un petit signe montrant qu'il avait trouvé plus fort que lui, il disparut dans la cuisine.

Draco ricana tandis que Harry était trop occupé à lancer des regards ahuris de la porte de la cuisine jusqu'à Hermione.

« Alors, sur quoi porte réellement la réunion de ce soir ? » Demanda le Serpentard, puis il alla s'installer dans le canapé.

Nous voulons choisir un plan d'action », répondit-elle. « Il est plus que temps pour nous de nous contenter de réagir aux attaques de Voldemort. Maintenant que tu es membre du Premier Cercle et que Harry est bien en place, nous avons tout ce dont nous avons besoin pour changer quelques visions du monde. » Elle sourit d'un air narquois. « Sans mentionner le fait que nous avons désormais une majorité confortable au sein de l'Ordre. »

« Pauvre Maugrey », remarqua Harry avec un triste hochement de tête. « Vous souvenez-vous de ce qu'il racontait au sujet des conspirations ce soir ? Il semble avoir toujours raison à ce sujet, finalement. »

« Donc, il s'agit d'organiser l'avenir de l'Ordre ? » Demanda Draco, impressionné malgré lui.

« Pas seulement celui de l'Ordre, mais également celui de Voldemort, j'espère. » Répondit Hermione. « Mais en dehors de ces considérations, c'est également un repas pour fêter ton entrée dans l'organisation. Nous avons cuisiné quelque chose de fantastique ! »

« Ne me dis pas que tu as fait l'assaisonnement », se plaignit Snape tandis qu'il fermait la porte de la cuisine et qu'il se dirigeait vers eux.

« Jamais de la vie », rétorqua Hermione sur le ton de la plaisanterie. « J'en ai été réduite à couper et éplucher pendant que Jane s'occupait du reste. Ne te l'a-t-elle pas dit ? »

« Elle ne m'a pas éclairé sur ce point, certainement pour jouer avec mes nerfs. Donc tu n'as pas touché au sel ? »

« Et non » Annonça-t-elle en lui souriant.

« Dieux soient loués », soupira Draco, en croisant les bras sur la poitrine en un geste dramatique.

Hermione grogna et, en remarquant l'expression perplexe de Harry, elle se réinstalla dans son fauteuil et lui donna une explication avec un air moqueur. « Te souviens-tu de mes bonnets tricotés en cinquième année ? » Interrogea-t-elle Harry, et il acquiesça immédiatement. « Ma cuisine est encore pire. »

« Il n'existe aucun adjectif pour désigner ta cuisine, Hermione. » L'interrompit Snape en s'asseyant à ses côtés. « C'est indescriptible. »

Draco et Hermione rirent, et Harry s'aperçut qu'il n'était pas si difficile que ça de se joindre à eux.

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Remus et Minerva furent les premiers à arriver pour dîner, et le cœur de Minerva battait tant la chamade au souvenir de Hermione qui dupait tous ces anciens Gryffondors entêtés, qu'elle ne s'aperçut pas du regard étrange que lançait Remus à la jeune femme.

Ce dernier avait volontiers accepté leur relation, du moins, c'est ce que Severus avait raconté à Hermione, mais il semblait que le Professeur de Défense contre les Forces du Mal n'avait pas encore accepté les capacités de son étudiante. Il était toujours gentil et amical, bien sûr, mais il restait méfiant. Même maintenant, alors qu'elle servait le thé et le café, étrangement touché que Severus, qui était des traditionnel, la présente comme la maîtresse de maison, elle pouvait sentir le regard du loup garou dans son dos, interrogateur, inquiet et étonné.

Mais heureusement, il y avait suffisamment de choses étranges dans la pièce pour détourner son attention d'elle : la bonne entente et l'amitié entre Harry et Draco était quelque chose de plus frappant.

Lorsque Draco lança sa première insulte à l'encontre de la maison Gryffondor, les yeux de Remus s'étrécirent en anticipant la réaction de colère de Harry. La réponse qu'il fit fut aussi arrogante et injurieuse que celle du Serpentard, cependant, le loup garou arrondit les yeux d'étonnement. Les chamaillerie et taquinerie qui s'en suivirent lui firent lever les sourcils jusqu'aux cheveux, et quand Hermione les rejoignit et embrassa leurs têtes joyeusement, la pièce s'emplit de cris de protestations venant du Prince des Serpentards et du Lion des Gryffondors. Hermione put alors voir Remus remuer la tête, résigné et incrédule.

Avec un peu de chance, il s'habituerait bientôt au comportement des garçons. Les cours supplémentaires de Défense contre les Forces du Mal devraient l'aider à s'y faire. Elle sourit. Remus n'était pas encore au courant de ces cours, mais ce n'était plus qu'une question de jours.

Après avoir réalisé que Draco et Harry ne s'entretueraient pas dès qu'il cesserait de les regarder, Remus reporta son attention sur Minerva, et ne tarda pas à entamer une discussion animée sur le Quidditch avec elle.

Quand leurs invités semblèrent à l'aise, Hermione laissa son regard se promener dans la pièce à la recherche de Severus.

Ses yeux, désormais habitués à s'attarder sur l'homme, le trouvèrent dans la pénombre, à moitié caché par l'escalier en colimaçon. Elle marcha alors vers lui et s'adossa au mur à gauche de Severus, suffisamment près pour sentir sa chaleur et son odeur unique et musquée.

Il sourit mais ne quitta pas des yeux les personnes présentes dans sa bibliothèque.

« Nerveuse ? » Demanda-t-il sans prendre la peine de soupirer, en considérant que ses chuchotements habituels étaient déjà plus audibles que lorsqu'il parlait tout bas basse, mais il articula si peu que sa voix ne porta pas au-delà des ténèbres qui les entouraient.

« Pas au sujet de leur réaction », répondit-elle de la même façon que lui. « Remus ne semble toujours pas savoir comment prendre toute cette histoire, mais désormais, il ne peut plus faire machine arrière. il va aller de l'avant. »

« Bien sûr que c'est ce qu'il va faire. » Acquiesça Severus. « C'est juste que son ancien point de vue de Maraudeur est en train de voler en éclat. Les Gryffondors ont une aversion naturelle pour l'espionnage. Et voir une petite fille… » Elle lui donna un coup de coude amusé, tout en ayant parfaitement conscience que c'était probablement la vision que Remus avait d'elle depuis des mois.

« Voir une petite fille se jouer du Seigneur des Ténèbres lui-même », continua Severus avec un sourire taquin, « Un Serpentard devenir le second dans la hiérarchie de l'Ordre et le fils de James Potter fraterniser avec l'ennemi… » Ses yeux se posèrent sur Harry et Draco qui discutaient calmement au coin du feu.

« Tout ça est peut-être un peu trop pour lui. En particulier si on prend en compte les capacités intellectuelles réduites des Gryffondors… »

Elle lui donna un nouveau coup, un peu plus fort cette fois, et il sourit franchement.

« Alors pourquoi es-tu si tendue ? » Lui demanda-t-il encore une fois et elle sentit une douce chaleur se répandre en elle. C'était plutôt pathétique pour un espion d'être heureux que quelqu'un puisse lire en elle aussi facilement, mais elle ne pouvait s'empêcher d'adorer ça.

Elle se tourna vers lui et leurs yeux se croisèrent.

C'est comme si nous avions jeté une pierre dans un lac, pensa-t-elle à l'intention de Severus. L'eau était calme jusqu'à présent, mais ça va changer et qui sait la taille que les cercles vont atteindre avant que nous ne puissions les arrêter.

Pendant un instant, elle souhaita qu'il nie l'importance de cette nuit, mais elle parvint à capter l'acquiescement de l'homme. Il ne la cajolerait pas en minimisant ce qui se passait, pas Severus, et elle savait qu'elle l'aimait pour cette raison.

Je comprends, lui envoya-t-il. Cette nuit va faire des remous, et peu importe le résultat, nos plans vont faire changer la face du monde. C'est une lourde responsabilité.

La sensation de bras l'enlaçant et lui apportant du bien-être lui fit fermer les yeux pendant un instant de plaisir silencieux. Mais tu ne la portes pas seule, poursuivit-il. Cette responsabilité repose sur nos épaules à tous les deux, et quoi qu'il advienne, nous feront front à deux.

J'ai fait des choses terribles, Severus. Murmura-t-elle dans l'esprit de l'homme. Et il y aura d'autres atrocités de commises avant la fin de cette guerre. Je vais devoir sortir de l'ombre. Et quel regard porteront-ils sur moi après ça ? Son doigt indiqua par la pensée Draco et Harry, toujours assis près du feu, ainsi que Remus et Mac Gonagall qui riaient doucement ensemble. Que verrai-je dans leurs yeux une fois que ce sera fini ? Par Merlin, je vais leur proposer un combat, ce soir ! Que vais-je voir quand la soirée touchera à sa fin ?

Ce ne sont pas des étrangers qui vont te tourner le dos. Lui dit-il doucement. Chacun d'entre eux a eu un aperçu suffisant de tes capacités et de ton travail pour comprendre qui tu es et ce que tu fais ou pour s'éloigner de toi comme l'a fait Weasley. Mais ils sont à tes côtés. Et même si je pense qu'en général, les Gryffondors sont capables de toutes les bêtises, il lui sourit, garde toujours en mémoire qu'ils t'étaient loyaux avant.

Il marqua une pause et quand le regarda de nouveau, le sourire de Severus étaient vraiment amical tandis qu'il reprenait une conversation orale. « Sans oublier le fait que tu peux les soumettre à l'oubliette s'ils ne réagissent pas comme tu l'aurais souhaité. »

Elle rit, ravi en imaginant Severus attraper la longue barbe de Dumbledore et lui lancer en grondant le sortilège de mémoire.

« Tu as raison », approuva-t-elle et elle laissa sa tête reposer sur les épaules de son amant pendant un instant. Elle sentit un léger frôlement sur les cheveux, une douce caresse dans le cou puis la main s'éloigna, mais la chaleur qui l'avait envahie persistait.

« Retournons avec eux », proposa-t-il enfin. « Le Directeur ne devrait pas tarder à arriver. »

Et comme par hasard, la tapisserie qui reliait les appartements de Severus au quartier général se mit à luire un moment et produisit trois carillonnements, signalant ainsi que quelqu'un ne possédant pas le mot de passe souhaitait entrer.

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Avec l'arrivée de Dumbledore, la soirée devint plus formelle. Jane apparut quelques minutes plus tard pour servir le dîner et tous ne discutèrent que très peu tant ils dégustaient la délicieuse nourriture.

Seul Draco avait regardé son assiette un peu nerveusement au début à cause des regards furtifs que Jane lui envoyait. Leur première rencontre ne s'était pas bien passée car il appartenait à une famille dont il était de notoriété publique qu'elle maltraitait les elfes de maison. Aussi n'était-il pas totalement confiant en ce qui concernait la comestibilité de la nourriture qu'elle lui offrait.

Mais quand Hermione exécuta un rapide sortilège de détection sur sa viande en lui souriant, franchement amusée, et qu'elle ne trouva rien, il commença à manger avec grand plaisir.

Il était plus que soulagé. Malgré la tranquillité qu'il avait affiché toute la journée, il était terriblement nerveux. Et dire qu'il était désormais membre de l'Ordre du Phénix ! Son père le tuerait s'il l'apprenait ! Et tandis que Draco espérait sérieusement que Malfoy senior ne découvre rien au sujet des nouvelles allégeances de son héritier, il se sentit réconforté d'avoir enfin choisi son camp.

Une fois le dîner achevé et une tournée de vin servie, ils se préparèrent d'eux-mêmes à travailler.

« Maintenant que la partie frivole de la soirée s'est enfin terminée », dit Severus avec l'air renfrogné qui le caractérisait habituellement en classe, ce qui provoqua des sourires ainsi que des ricanements autour de la table. « … j'espère que nous allons pouvoir aborder les choses importantes. J'ai du travail en attente. »

« Qui sommes-nous pour manquer d'obligeance envers notre hôte le plus aimable. » Répondit le Professeur Mac Gonagall d'un air moqueur. Il lui rendit alors son sourire moqueur, ce qui provoqua encore plus de ricanements.

« Monsieur le Directeur », dit Hermione, lui offrant l'opportunité de lancer la réunion, mais il secoua la tête et sourit.

« C'était votre idée, ma chère. Il est donc plus juste que ce soit vous qui l'exposiez. »

Elle soupira, acquiesça et avec d'un mouvement de baguette, un projecteur magique et un écran blanc, du même type que ceux utilisés en classe, apparurent dans la pièce. Sa méthode de présentation était très différente de la façon dont elle avait expliqué son idée à Draco, des semaines plus tôt, quand le sortilège oubliette avait enfin protégé l'esprit du jeune homme de toute intrusion.

Il avait été dur à convaincre, il se souvint qu'elle avait débuté par exposer la volonté de Voldemort de tuer Harry et le pouvoir dont Il disposait lors des anciennes nuits. Ils étaient assis ici même, dans la bibliothèque de Severus (qu'il n'appelait pas encore Severus à l'époque, même si la proposition lui avait été faite quelques nuits auparavant.)

Il en savait beaucoup sur les pouvoirs des éléments – chacun savait, même s'il en connaissait peu sur Voldemort, que le Seigneur des Ténèbres pouvait puiser dans ces pouvoirs les utiliser comme un réservoir d'énergie sans fin et ainsi effectuer des choses qu'aucun autre sorcier, pas même Dumbledore, n'aurait jamais espérer accomplir.

L'idée qu'il existe un endroit où ces pouvoirs ne fonctionnent, y compris lors des anciennes nuits quand les éléments sont censés être les plus forts, l'avait rendu perplexe, même l'idée d'un rituel désespérément sentimental était tout à fait facile à accepter.

Et quand elle lui avait dit que ce lieu parmi tous n'était autre que Tintagel, ce qu'elle était désormais en train de démontrer au reste du groupe à l'aide de nombreux diagrammes, résultats de test et recherches que Draco passa en revue en moins d'une minute, il avait ri.

Tout comme maintenant, il en résultait des questions incrédules et des protestations. Dumbledore était au courant du plan, bien sûr, et Snape avait même accompagné Hermione à Tintagel, pour réitérer les premiers tests qu'elle avait effectués. Mais Lupin et Mac Gonagall semblaient interloqués. Même Harry, qui n'avait pas de notion particulière sur ce type de magie, trouvait difficile à croire que personne n'ait jamais remarqué une telle chose.

Il fallut que Severus et Hermione combinent leurs efforts pour faire taire leurs doutes et les convaincre de la validité des tests effectués. Draco garda le silence, peu habitué à participer à un rassemblement de ce type et heureux de laisser, pour une fois, l'organisation aux autres. Dumbledore se contentait de rester assis là, à observer les gens autour de la table avec des yeux scintillants qui reflétaient étrangement l'espoir.

Mais même après qu'ils avaient accepté qu'une telle chose soit possible et que l'idée avait fait son chemin dans leur esprit, il leur restait des questions. De nombreuses questions, et Draco sut alors pourquoi Hermione et Severus avaient tenu à faire une réunion de ce type, en petit comité, avant de présenter leur plan au Premier Cercle.

Tout le monde dans cette pièce, réalisa-t-il avec émerveillement tandis que Severus parlait de stratégie, que Remus s'inquiétait à propos des interactions entre l'absence de magie élémentale et l'emploi des sortilèges de défense les plus puissants, et que Mac Gonagall se demandait comment ils pourraient transformer un bloc de rochers en cache pour l'Ordre, tout le monde dans cette pièce était brillant dans son domaine.

Même Harry avait un savoir-faire qu'il pouvait partager en ce qui concernait les pouvoirs du Seigneur des Ténèbres et la nature de leur connexion magique, et pendant un instant, Draco se sentit un peu mis en retrait. Mais Hermione prit ensuite sa main l'espace d'un instant et lui sourit. Lupin l'interrogea sur ce que pensait les vieilles familles de sangs purs de Tintagel.

« Que se passera-t-il si Voldemort vérifie la présence de magie élémentale là-bas aussi ? » Demanda finalement Mac Gonagall lorsque toutes les autres questions semblèrent avoir trouvé une réponse, les yeux de la vieille femme brillaient de fascination, et Draco le réalisa avec étonnement, ils brillaient également d'un nouvel espoir. « Ne va-t-il pas remarquer que quelque chose ne va pas et changer de lieu ? »

« Il est hautement improbable qu'il vérifie », rétorqua Hermione. « Mais s'il le fait, nous aurons de quoi l'accueillir. Severus et moi… » Elle fit un signe de tête Maître des Espions. « Avons créé un sortilège pour masquer et modifier les signaux magiques. Ce charme est inspiré du sortilège de la cape qui ajoute les éléments à la signature magique d'une personne. Nous avons été capable de fixer ce sort sur un catalyseur, le plus simple étant un bijou. Une fois que l'Ordre aura terminé ses préparations, nous répartirons ces bijoux à travers toute l'île et ils fausseront les résultats de tous tests portant sur la magie élémentale. Nous avons travaillé avec Jane pour mettre en sécurité notre travail dans les demeures enchantées des elfes. »

Elle sourit. « Quand Jane possède une de nos pierres dans sa poche, les tests nous indiquent qu'elle est de même nature magique qu'une nymphe descendue de son bouleau. »

Draco put voir les lèvres de Severus s'étirer d'amusement. Mais lui-même était trop prudent pour montrer son hilarité. Cette elfe avait sale caractère.

Il fut surpris quand un coup d'œil à la vieille horloge de Severus lui indiqua qu'ils parlaient depuis plus d'une heure. Il lui semblait qu'il ne s'était écoulé que quelques minutes. Mais finalement, ils se turent tous après avoir approuvé le plan et restèrent plongés dans leurs pensées.

Il était temps d'aborder les autres sujets de la réunion : comment informer l'Ordre de tout ça et comment s'assurer qu'ils gagneraient en cas de confrontation avec une horde de Mangemorts.

La seule idée en fit frémir Draco.

« Si l'Ordre décide de se lancer dans la bataille », commença Severus dont la voix était sérieuse et grave, ce qui modifia immédiatement l'atmosphère de la pièce. « Nous ne pouvons pas continuer comme nous l'avons fait jusqu'à présent. J'ai déjà amélioré notre réseau d'espion et d'informateurs, de manière à ce que chaque sympathisant reçoive plus d'informations que le cabinet du Ministre ne pourrait l'espérer. Tous travaillent ensemble à aménager le nouveau quartier général pour le rendre plus efficace que celui de Place Grimmauld.

« Pourtant, ce n'est pas suffisant. » Il fit une pause, mais Dumbledore lui indiqua d'un hochement de tête de continuer, aussi Severus s'exécuta-t-il avec une expression sinistre.

Même si c'était une bonne idée de partager l'Ordre en deux : le Premier Cercle qui comprend peu de personnes, responsable de la tactique et de la stratégie et en possession de plus d'informations, et le reste de l'association prêt à combattre pour nous si nous le leur demandons, nous devons mieux nous préparer. Nous avons besoin d'entraînements réguliers au combat, que ce soit pour le Premier Cercle ou pour le Second. Choisir des personnes extérieures peut être envisagé grâce à notre sortilège Oubliette. La difficulté sera de constituer une équipe fixe d'entraînement au cours des premières séances. »

« Que voulez-vous dire par 'équipe d'entraînement' ? » Demanda Harry, mais ce fut Hermione qui répondit.

« Tu te souviens quand nous apprenions dans l'AD comment à nous protéger les uns les autres? » Demanda-t-elle et il hocha la tête. « C'est la même chose, en un peu plus compliqué. Chaque membre doit connaître les capacités des autres, la façon dont ils réagissent ainsi que leurs faiblesses. Les membres d'une équipe doivent réagir instinctivement à aux ordres de leur chef, qu'ils soient verbaux ou non. Si le leader crie de courir, l'équipe doit courir, sans aucune hésitation ni aucun doute. S'il ordonne de se baisser, ils doivent le faire. S'il dit de tuer, il doit être obéi. »

Harry acquiesça, tout en se sentant légèrement nauséeux. Il savait depuis longtemps, au fond de lui, que tuer était ce qu'on attendait de lui lors du dernier affrontement avec Voldemort. Mais l'entendre de vive voix était complètement différent.

« Nous devrions aussi nous réunir plus souvent. » Ajouta la Professeur Mac Gonagall. « Même si auparavant, une fois par semaine était suffisant, nous devons améliorer notre vitesse de réaction et être plus vigilants. »

Snape acquiesça. « Je propose des rendez-vous quotidiens de courte durée, seulement pour ceux qui peuvent y assister et qui ont quelque chose à dire. Nous pouvons raccourcir de telles réunions à une demi-heure et traiter plus de choses que lors des longues réunions actuelles du week-end. »

« Et nous devons apprendre tout ce qu'il y a à savoir sur la force des Mangemorts. » Dit calmement Hermione. « Je peux vous dire leur nombre, leur identité et vous apporter une connaissance générale sur leur comportement au combat, Voldemort est trop paranoïaque pour informer pleinement ne serait-ce que ses plus fidèles serviteurs. Tintagel ne sera pas un immense champ de bataille. Nous devrons connaître chaque baguette, chaque robe et chaque ennemi qui se trouvera sur l'île ou l'avantage pourrait bien basculer en faveur de l'ennemi. Nous devons aussi élaborer un plan d'action détaillé et le répéter jusqu'à ce que nous soyons capables de l'exécuter même en dormant. »

Lupin s'éclaircit la voix sans rencontrer le regard de quiconque dans la pièce.

« Le plan initial était de lier Harry, Hermione et Ron », commença-t-il sur un ton hésitant. Draco put voir le visage de Severus devenir totalement inexpressif en une fraction de seconde tandis que Harry palissait à la mention de son ancien meilleur ami. Nous devons travailler pour qu'il apprenne à contrôler la couleur de sa peau, pensa Draco distraitement. Pour l'instant, ce n'est pas bon.

« Ne pourrions-nous pas essayer de parler à Ron ? » Poursuivit Lupin, conscient du changement d'atmosphère qui s'était produit dans la pièce mais ne souhaitant pas laisser le sujet déraper. « Il pourrait jouer un rôle important, et nous avons besoin de tous les bras disponibles. »

Il hésita. « Je sais qu'il n'a pas été juste envers toi Hermione. » Puis il essaya. « Mais ne pourrais-tu pas lui parler ? Vous avez été amis si longtemps… »

Le fait qu'Hermione remue la tête énergiquement l'arrêta net.

« Une conversation entre Ron et moi se finirait probablement avec son corps étendu à mes pieds », répondit-elle légèrement, mais la froideur de ses yeux indiquait clairement à chacun combien elle était sérieuse. « Il est impulsif, entêté et partial. Il serait un danger pour quiconque travaille avec lui. De plus, je suis terriblement tentée de devenir un danger pour lui en ce moment. Donc ne me parlez pas de Ronald Weasley, à moins que vous ne souhaitiez entendre quelques mots d'insultes ou voir un Gryffondor, ce qu'il ne mérite absolument pas. »

L'étonnement s'était emparé du petit groupe autour de la table. Lupin, Mac Gonagall et même Dumbledore regardaient silencieusement Hermione avec des ronds. Ils ne leur ont pas dit, réalisa soudain Draco. Seuls Harry et moi savons ce que la belette leur a fait. Et ils n'ont pas envie d'en parler maintenant.

Il était étrange de voir combien ses mots ressemblaient à sa fausse crise plus tôt dans la journée. Elle a dit la même chose à mon sujet, il n'y a pas quatre heures, pensa Draco. Mais avec lui, pendant la réunion de l'Ordre, ça avait été un caprice de gamine gâtée, une crise d'hystérie d'adolescente. Là, c'était une femme adulte qui parlait. Une tueuse. Des yeux incrédules se posèrent sur elle, mais elle ne baissa pas la tête, et la détermination qui se lisait sur son visage ne vacilla pas le moins du monde.

« Hermione », dit finalement Lupin. « Je dois admettre que je suis surpris ! Je sais que Ron s'est très mal conduit, mais comment peux-tu en arriver à penser… »

Draco put voir Hermione et Severus échanger un rapide regard, mais ce fut Harry qui prit la décision.

« Le week-end dernier », dit-il en dirigeant son regard sur les deux concernés. Il ne décrypta aucune expression sur leur visage. « Le week-end dernier, Ron a fracturé la chambre d'Hermione et a volé sa pensine. Il a regardé le contenu et il s'en est vanté devant moi. »

Draco entendit Mac Gonagall inspirer bruyamment, mais ses yeux restèrent sur Severus qui avait baissé les yeux vers la table. Ne leur dit pas ce qu'il a vu dans la pensine, ou qu'il l'a montrée à Severus. Avait-il envie de dire à Harry, mais il n'eut pas à s'en inquiéter.

« La confrontation qui s'en est suivie entre Hermione et lui a été… terrible. Honnêtement, je suis surpris qu'elle ne l'ait pas frappé. » Poursuivit Harry. « Donc de mon point de vue, Ron est perdu pour nous, pour le moment. Il a vandalisé sa chambre, manqué de faire sauter sa couverture et il n'a toujours rien compris. Il croit qu'il s'agit encore de rivalités entre maisons et d'amitié. Il n'est pas prêt à se mêler au combat. »

Draco se tourna vers le Directeur dont les yeux vifs essayaient de percer les visages de Hermione et Severus, mais il n'y parvint visiblement pas. Son regard était tranchant tandis qu'il se posait sur Harry, mais même ce Gryffondor pur et dur ne lui fournit pas d'autre explication.

J'ai été bon professeur, pensa Draco en sentant un sentiment de satisfaction suffisante monter en lui avant que le sérieux de la situation ne lui fasse reprendre ses esprits.

« Je vois », dit finalement Dumbledore, l'attention fixée sur Harry, Hermione et Severus. Il veut probablement savoir ce qu'il y avait dans la pensine, et pourquoi ça a provoqué la démission du Maître des Potions.

« Dans ce cas, je ne peux qu'être d'accord avec Miss Granger. Si Ronald vient nous voir et montre une réelle volonté à nous aider, nous ne le rejetterons pas. Mais nous n'entraîneront personne qui ne soit pas prêt dans cette guerre. »

Draco faillit se moquer tout bas en repensant à comment Harry y avait été entraîné depuis sa première année, ou alors, comment on l'avait formé à devenir un Mangemort avant même de savoir qu'ils existaient. Mais il réprima cette idée. Il ne se sentait pas totalement à l'aise au milieu de tous ces… Gryffondors, et même s'il savait que Severus ou Hermione, ou même Harry auraient apprécié un ou deux commentaires ironiques de sa part, il n'était pas sûr de la réaction de Lupin ou Dumbledore.

Ils acquiescèrent tous à cette déclaration, et même Lupin ne trouva pas d'excuse au comportement de Weasley. Dieu soit loué, ça aurait pu finir mal.

Mais même s'ils changèrent de sujet de conversation, Mac Gonagall et Lupin racontant des histoires du temps où Severus enseignait, Draco ajoutant une ou deux anecdotes qui impliquaient systématiquement des Gryffondors incompétents, l'atmosphère légère et amicale qui régnait auparavant s'était définitivement envolée.

Tandis que Jane servait une dernière tournée de vin – de l'eau pour Hermione et Severus – ils revinrent aux sujets de la réunion et décidèrent qu'ils présenteraient le plan à la prochaine réunion du Premier Cercle.

« Laissez-moi porter un toast avant d'achever cette réunion. » Dit enfin le Professeur Mac Gonagall. Elle se mit debout, leva son verre vers Hermione en signe de respect. « A notre Lionne ! Puisse-t-elle revenir victorieuse de sa chasse ! »

Draco put voir Hermione sourire joyeusement. Elle sembla étrangement soulagée lorsque les autres levèrent également leurs verres.

Mais le Directeur qui, avec une lueur dans le regard montrait qu'il avait accepté ce que le futur leur réservait, souleva son verre fit un signe de tête vers Severus et Hermione.

« A notre maître-espion et son chef des renseignements ! » Dit-il d'une voix haute et chaleureuse. « Puissent-ils vivre longtemps, en paix et ensemble, quoi que leur réserve le futur ! »

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