Quand la Lionne se bat
Auteur : Kayly Silverstorm
Chapitre 45 : Tempus fugit
Maintenant que l'Ordre avait un plan, un lieu et une date à attendre avec impatience, les choses avaient changé.
Ils se rencontrèrent encore le dimanche après-midi, deux jours plus tard, pour discuter de la meilleure façon de se préparer, tout en regardant constamment Hermione avec méfiance. Elle resta très silencieuse car elle avait déjà discuté de toutes ses propositions avec Severus et Harry. Lorsqu'elle parlait, c'était de la voix calme et basse d'une professionnelle aguerrie. Elle regardait les gens bien dans les yeux pour ne pas leur permettre de se défiler, mais il était évident, pour toute personne qui la connaissait bien, qu'elle s'était renfermée sur elle-même.
Ce fut Maugrey qui souligna l'importance d'un entraînement supplémentaire au duel, en particulier pour ceux qui n'avaient pas l'habitude des combats. Il proposa même de s'en occuper, avec éventuellement l'aide de Remus qui acquiesça joyeusement.
Les réunions supplémentaires furent également bien acceptées. Tous ceux qui avaient le temps, ou qui souhaitaient annoncer quelque chose, avaient désormais une chance de le faire chaque soir à vingt heures. Mrs Weasley proposa une réunion plus longue et obligatoire le samedi soir pour rassembler les données et permettre à ceux qui n'avaient pu venir chaque soir d'avoir une synthèse des informations. Il fut également décidé que des membres du second cercle seraient invités à participer à cette réunion et que le premier cercle accepterait sous peu de nouveaux membres.
Tout le monde fut surpris quand Severus parla de Fred et George Weasley comme premier choix, et tandis que Bill et Arthur semblaient ravis de cette suggestion, leur mère / femme ne l'était visiblement pas. Mais Potter argumenta fort bien leur introduction, et même si c'était un choc de voir que Harry Potter et Snape étaient d'accord sur un point, l'Ordre accepta enfin cette idée.
D'autres noms furent proposés, parmi eux, les Professeurs Flitwick et Vector ainsi que la médicomage Hannah Jones qui avaient rejoint le deuxième cercle depuis plusieurs années désormais. Remus Lupin proposa que les étudiants qui faisaient déjà partie du second cercle, comme Ginny Weasley, Neville Longdubat et Luna Lovegood, puissent au moins participer à l'entraînement dont ils avaient parlé.
Après tout, ils étaient déjà suffisamment mis en danger à cause des connaissances qu'ils possédaient, et comme ces séances d'entraînement auraient lieu de toute façon, il n'y avait aucune raison qu'on ne leur apprenne pas comment se battre convenablement.
Molly Weasley n'aimait pas cette idée non plus, elle n'avait cessé de se plaindre jusqu'à ce que Tonks lui dise que ses enfants grandiraient, quoi qu'elle fasse. Tout ce qu'ils pouvaient faire, c'était les aider de leur mieux à atteindre l'âge adulte. Après cette remarque, Mrs Weasley s'était quelque peu calmée.
Globalement, la réunion fut un succès total pour Severus. En trois heures, il était parvenu à faire accepter à l'Ordre tous les changements et améliorations qu'il estimait nécessaires. Les détails suivraient bien sûr, mais cette après-midi avait transformé l'Ordre : l'assemblée politique passive était devenue un conseil de guerre. Et chaque décision qu'ils avaient pris ce soir n'augmentait pas seulement leurs chances de survie, cela leur permettait de voir enfin une issue à ce conflit interminable.
Mais même s'il était plus que satisfait du résultat de la soirée, Severus ne pouvait oublié comment ce succès avait pu être possible et le prix qu'il avait fallu payer. Chaque fois qu'il avait un moment de libre, ses yeux se posaient sur Hermione, sa fière et forte Hermione, qui avait donné sa meilleure représentation le vendredi soir et qui leur avait tous fait baissé les yeux. Mais elle s'était écroulée, tremblante, dès l'instant où elle s'était retrouvée en sécurité dans ses appartements.
Potter et Draco avaient tous deux frappés à la tapisserie quelques minutes après, et avaient demandé à entrer. Severus avait volontiers accepté, persuadé que la présence d'amis qui l'avaient accepté telle qu'elle était la soulagerait. Mais même si elle s'était reprise, qu'elle leur avait parlé et même souri, ça n'avait évidemment rien changé à ce qu'elle ressentait.
Et quand il se souvint comment les membres de l'Ordre avait regardé la jeune femme lorsqu'ils étaient sortis de la pièce, quand il se souvint de l'expression de dégoût sur le visage de Maugrey lorsque le vieil auror l'avait nommée Mangemort, il comprit pourquoi elle tenait tant à son anonymat, un anonymat qu'elle avait définitivement perdu.
Au cours de leur deuxième réunion, la patience de Severus avait été mise à rude épreuve. Ils n'avaient tout simplement pas regardé Hermione, ils avaient détourné les yeux ainsi que leurs cœur de la jeune femme. Quand ils avaient mentionné des informations qu'elle avait recueillies, ils fixaient Severus au lieu de s'adresser à leur Maître-espion, et quand Severus donnait la parole à l'étudiante pour commenter ou confirmer, tous baissaient les yeux et se concentraient sur la table.
Et elle semblait accepter tout ça. Alors que lui aurait explosé, sifflé, ricané d'eux et orchestré une sortie spectaculaire, elle se contentait de les regarder avec une expression de triste compréhension dans les yeux. Severus avait alors ressenti le besoin urgent de tous leur jeter un sort parce qu'ils avaient blessé son Hermione.
Mais il ne pouvait rien faire contre la volonté d'Hermione, et quand il lui avait ensuite demandé pourquoi elle leur avait permis de la traiter ainsi, elle avait seulement souri et lui avait répondu qu'ils avaient 'besoin de temps'.
Après l'avoir observée choisir son dîner le dimanche soir, après qu'elle a répondu à ses questions par des monosyllabes, il décida qu'elle avait raison. Ils avaient besoin de temps. Il lui dit donc lundi matin qu'elle ferait mieux de sécher son après-midi de cours inutiles pour le rejoindre à treize heures tapantes, car elle avait besoin de passer du temps avec lui.
Il effacerait ce sourire résigné de son visage, il le ferait rire à nouveau, même si elle souhaitait souffrir en silence.
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Le soleil d'après-midi brillait travers les grades fenêtres du gymnase et rendit les cheveux ainsi que le corps d'Hermione dorés tandis qu'ils se battaient.
C'était un plaisir de l'observer. Ils n'avaient pu passer que peu de temps ensemble ces derniers jours, et il avait rarement eu l'occasion de voir Hermione si libérée de son inquiétude ou de la nervosité qui s'accumulait au cours de la journée. Mais quand elle se battait, comme les autres femmes le feraient quand elles dansent ou qu'elles sortent le soir, elle semblait oublier tout ce qui l'entourait.
Il avait fallu à Severus plus de temps que d'habitude pour lui faire atteindre cet état. Même après avoir terminé l'échauffement et entamer une série facile de coups de pieds et de blocage, elle avait gardé les sourcils froncés. Il avait fallu qu'un coup de pied lui percute presque le nez pour qu'elle cesse de penser au monde qui se trouvait à l'extérieur de la salle de gym. Mais une fois concentrée sur son corps, la tension et l'inquiétude avaient été chassées un peu plus à chacun de ses mouvements.
Son visage ouvert et expressif, les lèvres dévoilant ses dents en un sourire silencieux de plaisir et de frisson, elle dansait avec lui, leurs couteaux scintillants et leurs corps se déplaçant à une rapidité impressionnante.
Severus avait du mal à la battre ces jours-ci, en partie parce que ses progrès dans l'art du combat étaient si rapides qu'elle pouvait désormais facilement battre chaque membre de l'Ordre et même quelques uns des combattants avec qui il s'était entraîné.
Mais ce n'était pas l'habileté d'Hermione qui l'avait mis plus d'une fois en difficulté cette après-midi, qui l'avait obligé à se concentrer sur l'association complexe de magie et de coups qu'Hermione avait mis au point. C'était la beauté pure et immaculée de la jeune femme, la joie qui semblait rayonner autour d'elle, qui coupait le souffle de l'homme et lui faisait perdre la tête à chaque fois qu'il la voyait.
Comment Minerva l'avait-elle décrit ? Epris d'elle ? Il ne l'admettrait jamais ouvertement, mais là, dans cette pièce de vérité et d'aptitude, il reconnaissait que ce terme était tout à fait approprié.
Cette après-midi-là, elle remporta la victoire, pour la première fois. A l'instant où elle parvint enfin à placer son couteau sous la gorge de Severus, elle colla son corps contre le dos de Severus, elle se mit sur la pointe des pieds et se pencha vers lui. Il put sentir le souffle d'Hermione chatouiller la peau douce de son oreille. Ensuite, elle plaça délicatement ses lèvres dans le cou de son amant et lécha un peu de sa sueur.
Il gémit. « Il est interdit de torturer les prisonniers, Hermione » Murmura-t-il, et le rire de celle-ci contre sa peau le fit encore gémir.
« Vraiment ? » Lui chuchota-t-elle en retour, ce qui fit se propager un frisson le long de la colonne vertébrale de l'homme. « Alors j'ai bien peur de devoir te libérer, Severus. »
Elle passa encore une fois sa langue dans son cou tandis qu'elle rangeait sa lame. Quand elle s'éloigna de lui, ce fut comme si le monde avait brusquement perdu toutes ses couleurs. Il ferma les yeux, respira profondément pour regagner un minimum de contrôle sur lui, puis il se tourna vers elle.
Elle avait marché jusqu'à une fenêtre qui montait jusqu'au plafond et s'était assise dans l'un des fauteuils que Draco et Harry avaient placés là. Elle fixait l'horizon brûlant en se passant les mains dans les cheveux d'un air absent.
Severus s'aperçut qu'il ne pouvait détourner son regard d'elle. Sa peau était brillait à cause de la sueur dans la lumière de l'après-midi et ses cheveux formaient une auréole autour de sa tête. Cette image lui provoqua une douleur à la poitrine.
"'The barque she sat in. like a burnished throne/ Burnt on the water: the poop was beaten gold;/ Purple the sails, and so perfumed that / The winds were love-sick with them. / Age cannot wither her, nor custom stale / Her infinite variety: other women cloy / The appetites they feed; but she makes hungry/Where most she satisfies'" Cita-t-il en l'observant d'un regard sombre et brûlant.
Elle lâcha ses cheveux, se retourna et lui sourit avec un air badin.
"'The chair she sat in, like a burnished throne/ Glowed on the marble, where the glass / Held up by standards wrought with fruited vines / From which a golden Cupidon peeped out'" Lui rétorqua-t-elle. 'Under the firelight, under the brush, her hair / Spread out in fiery points / Glowed into words, then would be savagely still. / I think we are in rats' alley / Where the dead men lost their bones'Je n'aurais jamais pensé que tu préfèrerais Shakespeare à T.S. Eliot, Severus !"
Il fit mine de prendre un air renfrogné, marcha jusqu'à elle et l'emprisonna dans ses bras. « C'est toi qui m'as rendu comme ça, diablesse. » Se plaignit-il. « Un romantique désespéré sans le moindre don pour la poésie contemporaine. Ensuite, je me mettrai à graver ton nom sur les arbres de Poudlard. »
« Je t'interdirais de faire ça », le taquina-t-elle. « J'aime plus ces arbres que mon propre nom ! »
Elle se pencha contre lui, la joue contre son torse et ferma les yeux. Les minutes s'écoulèrent alors qu'il la tenait ainsi, les yeux posés sur la tête inclinée et la ligne des épaules détendues de la jeune femme. Puis renifla en retroussant son adorable nez, et pinça ses lèvres.
« Une douche, je pense », annonça-t-elle sèchement. « C'est urgent. »
Ils suivirent tous deux sa suggestion, mais quand elle le rejoignit dans la bibliothèque et qu'elle s'apprêtait à s'installer dans leur canapé favori, il lui prit la main et la conduisit dans la cuisine.
« Que se passe-t-il ? » Demanda-t-elle. « Est-ce que Jane veut nous voir ? »
Il secoua la tête avec un sourire. « Jane n'est pas là aujourd'hui. » Répondit-il. « Mais elle ne ferait que me déranger de toute façon. »
« Alors pourquoi m'avoir emmenée ici ? » Le questionna-t-elle avec un mélange de curiosité et de incertitude dans les yeux.
« Ce soir, j'ai décidé de te faire profiter d'un des nombreux avantages d'être aimée par un Maître des Potions. » Lui dit-il d'une voix grave et sérieuse.
« Quoi », rétorqua-t-elle, amusée. « As-tu caché un filtre d'amour ou une bouteille de Felix Felicis ? »
« Encore mieux. » Répondit-il en ressortant les pectoraux pour adopter la posture prétentieuse de Fudge. « Ce soir, Hermione, je vais cuisiner pour toi. »
Son rire cristallin emplit la cuisine de soleil, mais quand il se dirigea vers les poêles et les plats et qu'il choisit une lourde casserole, elle eut l'air vraiment surprise. Il lui fit un large sourire, marcha vers elle et l'escorta jusqu'à une chaise près de la fenêtre.
« Thé ou jus pendant que tu attends ? » L'interrogea-t-il.
« Severus, tu es sérieux ? » Lui redemanda-t-elle. Ses yeux s'arrondirent légèrement quand il ouvrit un placard de rangement et commença à la fouiller. « Je veux dire que j'ignorais que tu savais cuisiner ! »
« Il y a encore de nombreuses choses que vous ignorez à mon sujet, Miss Granger. » Rétorqua-t-il sur un ton espiègle. « Et les Maîtres des Potions sont les meilleurs cuisiniers du monde sorcier. Logiquement. Thé ou jus de fruit ? »
« Du jus, je pense », répondit-elle légèrement confuse. « Je… Mais avons-nous le temps pour ça ? La réunion de l'Ordre est dans moins de deux heures ! »
« Je suis également un cuisinier très efficace », annonça-t-il pompeusement. « Et en plus, ces idiots peuvent bien nous attendre quelques minutes. Ils gaspillent déjà assez de notre temps avec leurs stupidités. »
« Ce n'est pas vrai, Severus », le contredit-elle d'une voix brusquement triste. « Je peux le comprendre. Ils ont juste besoin de temps. Je les ai vraiment choqués. »
« Ils n'ont pas besoin de temps, ils ont besoin d'une bonne correction. » Dit-il sur un ton qui mettait fin à toute discussion. Puis il se dirigea vers l'âtre, s'empara d'un récipient et versa un liquide doré dans une tasse. « Voilà », dit-il en la lui tendant. « Jus de pomme chaud à la cannelle. Simple mais délicieux. »
Il toucha sa joue pendant un instant, une douce caresse qui adoucit les traits de la jeune femme et détendit ses épaules. Severus n'en revenait toujours pas en voyant comment elle réagissait volontiers sous ses doigts, en réalisant ce que ça signifiait pour elle. Mais l'heure n'était pas à l'intimité ou aux discussions sérieuses, mais plutôt aux chamailleries et au sarcasme, ainsi qu'à l'humour pince-sans-rire et condescendant qui permettraient de créer une ligne de conduite suffisamment puissante pour durer tout le long de la réunion de l'Ordre.
« De plus, le week-end dernier n'a pas été la seule fois où ils se sont comportés comme s'ils avaient des raisons à la place du cerveau. T'ai-je déjà dit comment l'Ordre avait réagi pendant la première guerre, quand ils ont découvert que Remus était un loup-garou ? »
Il se lança dans une longue explication au sujet du comportement de l'Ordre concernant Remus tandis qu'il commençait à préparer leur dîner. Il avait arrêté son choix sur un rizotto au safran avec des fruits de mer, à la fois parce que c'était rapide à préparer et parce qu'il savait combien Hermione aimait les crevettes et le crabe –un goût plutôt éloigné de ceux des Britanniques et qui était rarement satisfait par les menus servis dans la Grande Salle.
Quand il décrivit en détail comment Minerva, à l'époque plus jeune et bien différente de son modèle actuel et irréprochable, avait couiné de la façon la plus indigne qui soit à chaque fois que Remus marchait à côté d'elle, et comment un Poufsouffle à peine diplômé, qui de toute façon n'avait jamais été bon en Défense contre les forces du mal, s'était empli les poches de gousses d'ail à chaque fois qu'il participait à une réunion, Hermione sourit.
Avant qu'il ne lui ait dit comment Remus avait décidé de porter des cloches de manière à ne pas provoquer davantage de nervosité, il était récompensé par le premier rire d'Hermione. Il enchaîna avec une autre histoire au sujet des petites idioties et hypocrisies de l'Ordre au cours des années, et avant que sa préparation ne soit terminée, les dernières traces de tristesse et d'amertume avaient disparu du visage de la jeune femme.
Le dîner fut excellent, tout comme Severus l'en avait informé sans la moindre gêne, et Hermione avait acquiescé d'un air amusé.
Tandis qu'ils mangeaient, Severus l'entraîna dans un débat enflammé sur le riz asiatique et le riz italien. Tous deux surenchérissaient avec des arguments sans queue ni tête. Severus n'avait jamais connu quelqu'un qui aimait autant les railleries que Hermione.
Et quand il la défia finalement au jeu des anagrammes, la joie insouciante sur son visage ressemblait à celle qu'il avait pu lire chez Hermione pendant leur après-midi d'entraînement.
Sans le savoir, Severus jouait un rôle qu'Hermione connaissait par cœur à force d'être avec Harry et Ron au cours des dernières années. A chaque fois qu'elle avait été trop obsédée par quelque chose, les garçons se chamaillaient, se comportaient comme des idiots ou lui faisaient leurs yeux de chiens battus jusqu'à son inquiétude soit remplacée par un flot de rire et d'amitié.
Mais elle devait bien avouer que la méthode de Severus pour lui faire oublier ses soucis était quelque peu différente. Là où Ron et Harry s'étaient comportés comme des andouilles, il avait été plein d'esprit, là où ils avaient été bêtes, il avait été sarcastique et là où ils s'étaient satisfaits de spéculations délirantes (la plupart du temps au sujet de Severus, mais ça, elle ne lui dirait pas), il lui avait fait partagé des souvenirs d'il y a vingt ans concernant les gens qu'elle connaissait.
Mais la sensation d'être choyée, d'être au centre de l'attention et la raison pour laquelle quelqu'un souhaitait se tourner en dérision, étaient les mêmes. C'était même plus fort avec Severus qui n'avait pas l'habitude de se ridiculiser.
Et tandis qu'elle l'écoutait, riait, et lui renvoyait ses propres commentaires élogieux, elle réalisa que personne, en dehors de Severus, ne s'était comporté de la sorte avec elle depuis bien longtemps. Cette prise de conscience lui fit mal, mais un instant seulement. Ensuite, elle se détendit à nouveau se concentra sur l'excellent repas que Severus avait pour elle. Elle sentit alors des bulles de bonheur lui traverser le cœur comme l'aurait fait le plus fin des champagnes.
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De bonne heure, ce lundi soir, Harry était arrivé le premier aux Quartiers Généraux. Il s'était assis dans l'un des sofas, un livre d'enchantements avancés sur les genoux. Il avait commencé à étudier à chaque fois et partout où il en avait l'occasion, et ce, malgré les plaisanteries et les commentaires de ses camarades de Gryffondors qui l'avaient trouvé le nez dans un bouquin au petit-déjeuner.
Lui et Draco avaient prévu de se rencontrer dans le salon du quartier général le soir même comme ils avaient l'habitude de le faire avant chaque réunion quand ils en avaient le temps. Ce que Draco nommait leurs « leçons » et Harry ses « séances de torture » se faisaient toujours dans la salle de gym privée de Severus, car ni Harry ni Draco ne souhaitaient laisser entrevoir à l'Ordre ce qu'ils faisaient.
Voir le Garçon qui a Survécu trébucher sur des obstacles tandis il tente de garder un livre en équilibre sur sa tête, ou l'entendre réciter les vingt plus vieilles familles de sorcier tandis que Draco grogne et se plaint au sujet de la stupidité des Gryffondors, cela aurait saper son autorité, Harry en était quasi certain.
Mais les autres choses qu'ils faisaient : parler de l'école et de leurs camarades, analyser les mécanismes de défense de Poudlard ou organiser leur prochaine querelle publique, étaient exactement le genre de chose que l'Ordre devait voir. Ou du moins, c'est ce que Draco et Hermione disaient. Ils devaient leur montrer s'intéressait, qu'il travaillait dur et qu'il était capable d'agir en faisant preuve de stratégie, lui avaient-ils dit.
Harry pensait qu'ils en faisaient trop. Les autres membres du Premier Cercle qui arrivaient en avance semblaient à peine les remarquer. Mais lorsqu'une fois, il avait levé les yeux lors d'une discussion au sujet d'un article de la Gazette du Sorcier, il avait remarqué alors l'œil vif et rapide de Maugrey posé sur lui. Une autre fois, il s'était détourné d'un livre il s'était trouvé nez à nez avec Tonks et Shacklebolt qui l'observaient et le jugeaient avec une expression étrange.
La première réaction de Harry avait été l'irritation, mais c'était ensuite la nervosité qui s'était installée. Lui-même avait été surpris de voir combien il était nerveux, car après tout, être observé avait toujours fait partie intégrante de sa vie dans le monde sorcier. Il lui avait fallu toute un cours particulier de Draco pour comprendre pourquoi il se sentait moite et intimidé par le regard de l'Ordre sur lui.
« Evidemment qu'ils t'observent. » Lui avait dit Draco, quand Harry lui avait décrit ces regards bizarres. « Tu es le seul qui peux battre Voldemort. Dans chaque bataille que nous devrons mener, tu seras la pièce maîtresse, peut-être même le leader. Ils se demandent si tu vas être à la hauteur, ou si tu n'es qu'un balafré qui a eu de la chance. »
Harry avait bien sûr répondu au terme 'balafré' par le mot 'fouine', mais le cœur n'y était pas vraiment, c'était plus un réflexe. Un leader ? Comment diable pouvait-il être un leader ? Et qui serait d'accord pour se laisser guider dans un combat par lui ? Rien que cette pensée était pathétique.
Draco avait dû lire sur son visage la panique l'envahir, car il avait roulé des yeux comme il le faisait à chaque fois que Harry se conduisait en 'parfait Gryffondor'
« Ne réagis pas comme si c'était si important. » Avait-il dit. « Après tout, tu as toujours été à la tête de ta propre bande de joyeux imbéciles depuis ton arrivée dans cette école. »
« Ce ne sont pas des imbéciles. » Avait protesté Harry.
« Non. » Lui avait accordé Draco en prétendant être songeur. « L'un d'eux est Hermione, ta belette compte plus comme une catastrophe naturelle, et la Lovegood n'est pas une imbécile mais une folle à lier. Mais tu les as tout de même guidés lors de la bataille dans le Département des Mystères, et tu as une fois encore remporté la victoire contre des Mangemorts du Premier Cercle. »
« Tu parles d'une époque où j'ai envoyé mes amis à l'hôpital et où mon Parrain a été tué par ma faute, juste parce que j'avais pris une mauvaise décision, Draco. » Avait répondu Harry d'un air las, ne souhaitant pas réellement repenser à sa cinquième année, mais Draco n'avait pas semblé avoir le même point de vue.
« Exactement. » Avait rétorqué sérieusement le Serpentard.
« Quoi ? »
« C'est le rôle du chef, Potter. Prendre des décisions, donner des ordres que les autres suivront. Parfois ils sont bons, d'autres fois, ils sont erronés. Mais quelqu'un doit faire le boulot, et cette personne est sensée posséder la connaissance et la faculté de décider, la force de prendre la responsabilité de ses décisions. »
« Tu ne sais pas de quoi tu parles, Draco. » Avait répondu Harry. Il se sentait si fatigué. Le simple fait de penser à comment il avait entraîné ses amis dans une bataille qu'ils ne pouvaient que perdre, cela lui donnait encore la chair de poule. Et d'imaginer qu'il serait obligé de recommencer, de conduire les personnes auxquelles il tient, les personnes qui lui avaient appris tout ce qu'il savait sur le combat – cela lui donnait envie de se réfugier dans une bulle et de pleurer doucement.
« Je ne sais pas de quoi je parle ? » Lui avait demandé Draco, et quelque chose dans sa voix avait inciter Harry à relever la tête. Il avait trouvé la tête de son ami subitement changée. Son expression était plus dure, plus froide que ce qu'il avait vu depuis bien longtemps. « Tu parles à l'héritier des Malfoy, Potter, l'homme dont le père est le bras droit de Voldemort. J'ai été entraîné à assumer ce rôle avant même de savoir marcher. Je devais agir en accord avec mon statut avant même que tu ne saches lire. Et j'ai connu les conséquences de l'échec bien avant que tu ne quittes ce placard qui était le tien ! »
Quelque part en chemin, ses mots s'étaient transformés en pic de glace et ses yeux gris s'étaient assombris comme si une tempête hivernale s'était déclenchée autour d'eux. Harry n'avait pu s'empêcher d'afficher un air surpris. Il n'avait pas vu Draco ainsi depuis des mois : provoquant, froid, incarnant à la perfection le prince des Serpentards.
Mais contrairement aux autres fois où Draco avait arboré une telle expression, Harry avait su ce qu'il en était : un masque impénétrable, élaboré pour lutter contre la peine, la peur et la souffrance.
Il avait alors baissé la tête de honte.
« Je suis désolé, Draco. » Avait-il dit. « Je n'y avait pas pensé. J'aurais dû le savoir. »
Il avait entendu un soupir, et senti Draco se diriger vers lui à travers la pièce.
« Les Gryffondors. » Avait-il entendu son ami articuler sur un ton résigné. « Ne t'ai-je pas dit de ne jamais t'excuser ? Combien de temps te faudra-t-il pour assimiler un concept aussi simple que celui-là ? »
Mais même si les mots n'avaient pas exprimé autre chose que de la frustration, la main restée sur son épaule lui avait fait comprendre qu'il était pardonné.
Harry sourit à l'évocation de ce souvenir, la tête toujours plongée dans son livre.
« Ne souris pas comme ça, Potter. Ça ne te va pas. » S'éleva la voix traînante de Draco de la rangée de tapisserie.
« Tu m'épies encore, Draco ? » Riposta Harry d'un ton léger. « Je ne peux m'empêcher de me demander si tu as d'autres passe-temps que moi. »
« A part torturer les Gryffondors et agacer les membres de l'Ordre, tu veux dire ? Quel intérêt y aurait-il à vivre autrement ? » Demanda Draco en marchant vers lui et en s'effondrant dans le canapé avec un soupir étouffé.
Ça avait été un vrai bonheur pour Harry de voir Draco abandonner peu à peu sa posture guindée et ses parfaites manières lorsqu'il était avec lui. Bien sûr, le premier membre de l'Ordre qui renterait le trouverait assis bien droit, le dos parfaitement raide, mais tant qu'ils étaient seuls, Draco se comportait presque comme une personne normale de son âge. Presque.
« Maintenant, ne joue pas au mauvais garçon, Draco. » Répondit doucement Harry, incapable de retenir le sourire qui s'inscrivait sur son visage. « Il se trouve que je traversais la pièce au moment où tu parlait à Mrs Weasley hier, et je n'ai pas pu m'empêcher d'entendre ce qu'elle te disait… »
Draco gémit et plaqua un coussin contre son torse, comme s'il cherchait une protection.
« Elle m'a dit que j'étais trop maigre. » Confia-t-il à Harry dans un murmure, les yeux arrondis de manière comique, comme ceux d'un petit enfant qui aurait peur de la tempête. « Elle a dit que je devrais manger plus ! »
Harry rit tout bas. « Si tu n'y prends pas garde, tu vas bientôt être adopté par la famille Weasley. » Commenta-t-il joyeusement, ce qui fit gémir Draco et se cogner le front contre le coussin.
« La disgrâce ! » Pleurnicha-t-il.
« Attention, Draco. » Protesta Harry, son sourire était désormais franchement sardonique. « Ou les gens vont commencer à penser que tu es vraiment quelqu'un de gentil, tout au fond de toi, quelqu'un digne de Gryffondor. »
Cette réplique incita Draco à se retourner et à se cogner la tête contre le coin du canapé. Les effets d'un tel spectacle furent quelque peu gâchés quand le Serpentard se redressa et utilisa ses deux mains pour remettre promptement en ordre sa chevelure et défroisser ses robes. Harry pouffa. Draco était juste incroyablement vaniteux.
« C'était inévitable. » Dit finalement Draco d'une voix vaincue. « Je suis à peine capable de conserver ma dignité en face de toi. Et maintenant que je ne suis plus le scandale le plus récent de l'Ordre, les gens vont juste oublier mes dangereuses et diaboliques origines et me traiter comme un de tes imbéciles d'amis. » Dit-il en haussant les épaules.
« Oui, maintenant qu'ils ont quelqu'un d'autre qui est plus dangereux et diabolique à leurs yeux. » Acquiesça Harry calmement, toute trace d'humour ayant disparu de sa voix.
Draco hocha la tête, le visage sérieux, et il ouvrit la bouche comme pour confirmer. Soudain, Harry put voir quelque chose en lui changer, ses épaules se raidirent, ses yeux rétractèrent presque imperceptiblement.
« Qu'as-tu appris au sujet de Gringotts ? » Demanda-t-il, et sans avoir besoin de se retourner, Harry sut qu'un autre membre de l'Ordre venait d'entrer dans la pièce.
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Ils poursuivirent la conversation sur des sujets légers de politique, apparemment concentrés l'un sur l'autre alors que tu coin des yeux, ils cherchaient Hermione et Snape. Mais bien que la salle soit étonnamment remplie en ce lundi soir, et que la plupart des membres ait déjà passé le week-end ici, le chef des renseignements et le Maître-espion n'étaient pas parmi eux.
Il était déjà huit heures passées, et l'atmosphère de la pièce devenait de plus en plus nerveuse, lorsque la tapisserie connectée aux appartements de Snape s'illumina et qu'ils passèrent à travers, Snape en premier, et Hermione juste derrière.
L'effet fut immédiat.
Pas que les conversations de la salle s'arrêtèrent ou que le ton changea. Mais simplement, alors que les hommes et les femmes du Premier Cercle parlaient, il était clair pour chacun qu'ils ne s'écoutaient pas les uns les autres. Même s'ils discutaient, toute leur attention était fixée sur Hermione.
Le visage de la jeune femme était détendu lorsqu'ils avaient tous deux fait leur entrée, un petit sourire effleurait même ses lèvres. Désormais, alors que Harry et Draco l'observaient, ils pouvaient voir ses épaules se raidir, sa dos se contracter et ses yeux perdre toute expression.
Quoi qu'ait fait Snape pour la détendre, songea Harry, ça n'avait pas été suffisant pour résister à la désapprobation globale de l'Ordre. Il pouvait déjà la voir se retrancher dans sa forteresse intérieure, il pouvait voir les masques doucement se remettre en place.
Puis Snape tourna la tête vers elle, et se tournant légèrement vers elle, il lui murmura quelque chose à l'oreille. Harry tendit l'oreille, et crut entendre quelque chose à propos de loups-garous et de cloches, mais il fut persuadé d'avoir mal entendu lorsque le visage d'Hermione se fendit d'un sourire.
« Touché. » L'entendit-il répondre avec la voix chaleureuse et détendue de l'amie qu'il connaissait, et non pas avec la voix fragile de la vieille femme qui avait pris sa place la veille.
Comme si Draco avait lu dans ses pensées, il se pencha aussi vers Harry.
« C'est incroyable de voir comme il la connaît bien. » Murmura-t-il. « Pour obtenir un tel résultat, il m'aurait fallu des heures. »
Harry hocha la tête. « A moi aussi. » Admit-il. « Mais je n'ai jamais été très bon quand il s'agissait de dire les bonnes choses au bon moment. »
Draco rit sous cape. La première chose sensée que tu dis ce soir. Je dois pourtant admettre que… »
Ses yeux s'assombrirent. Sa phrase, inachevée, fit place au silence. Mais Harry, concentré sur la même chose que lui ne le remarqua même pas.
Maugrey Fol Œil était en train de marcher vers Hermione. En considérant la façon dont leur dernier échange s'était achevé, ça ne pouvait pas être une bonne chose.
« Miss Granger. » Commença l'ancienne auror, et Harry put voir Hermione se tendre ostensiblement. Il savait qu'elle s'attendit à une vengeance de Maugrey – elle en avait trop dit. Mais ce n'était vraiment pas le moment, pas alors qu'elle était détendue pour la première fois depuis des jours. Harry priait silencieusement pour que cette confrontation ne provoque pas une autre scène affreuse entre l'Ordre et elle.
Mais quoi que pense Hermione et quelle que soit sa peur, quand elle se tourna vers le vieil auror, son visage n'affichait rien d'autre qu'une attente sereine.
« M. Maugrey », répondit-elle au salut, en inclinant la tête légèrement pour montrer son respect.
En un brusque et étrange mouvement, Maugrey tendit son bras droit et Harry perçut Hermione se tendre en s'attendant à une attaque.
Mais l'attaque ne vint jamais. Au lieu de ça, Maugrey lui offrit sa main, et après un moment d'hésitation, Hermione la saisit.
« Mes respects. » Grogna Maugrey de sa voix habituelle, et si elle semblait légèrement plus rauque qu'à l'accoutumée, la nuance était à peine audible. Secouant la main d'Hermione de haut en bas plusieurs fois, il la laissa ensuite glisser, et se pencha vers la jeune femme pour examiner son visage de plus près.
« Même s'il n'y a rien que je déteste plus que l'espionnage, les opérations secrètes, je sais reconnaître un combattant quand j'en vois un. Et vous, jeune femme, vous êtes une guerrière. Vos capacités appellent au respect. C'est de vous avoir pour surveiller nos arrières. »
Ceci dit, il fit demi-tour et marcha jusqu'à sa place, sans permettre à quiconque de réagir aux paroles qu'il venait de prononcer.
Alors qu'il observait son amie, pour la première fois de sa vie, Harry se surprit à regretter l'absence de Colin Creevey. Car l'expression sur le visage d'Hermione méritait une photo.
Elle avait l'air si perplexe, tellement prise au dépourvu que Harry ne put s'empêcher de pouffer d'amusement. Les yeux de la jeune femme se posèrent sur lui, encore agrandis de stupeur, et il articula un 'vigilance constante'. L'air sévère de ses yeux fit pouffer Harry de plus belle.
Mais le coude de Draco le fit taire plutôt efficacement, lui rappelant du même coup qu'ils n'étaient pas tous seuls. Lentement, Harry laissa ses yeux se détourner d'Hermione. Snape, il ne put s'empêcher de le remarquer, avait l'air incroyablement suffisant, tout comme il le faisait quand un Serpentard avait réussi une potion difficile en classe.
Le reste de l'Ordre semblait pourtant encore plus confus qu'Hermione, et plus d'un semblaient honteux.
Qui a seulement raison, songea Harry sinistrement. Maugrey a été attaquée par Hermione, et il est pourtant le seul à avoir assez de courage pour l'accepter. Ils devraient avoir honte.
Il lança un regard furieux à Shacklebolt, qui détourna les yeux. Et dire que j'étais complètement intimidé par eux la première fois que je les ai rencontrés. Etre un adulte perd beaucoup de son attrait quand on en devient un soi-même.
Mais même s'il était évident pour Harry que quelques personnes changeraient de comportement vis-à-vis d'Hermione après ce que venait de faire Maugrey, aucune d'elles ne se leva pour répéter le geste de l'auror. Seuls Bill et Tonks envoyèrent des sourires d'excuses à l'attention d'Hermione qui leur répondit par un léger hochement de tête et un sourire.
Mrs Weasley semblait cependant encore plus irritée qu'auparavant, elle ne comprenait probablement pas comment un homme comme Maugrey pouvait s'excuser de cette façon auprès d'une jeune fille. Il y aura des problèmes de ce côté-là, pensa Harry. Elle ne nous acceptera probablement pas complètement tant que nous n'aurons pas dépassé les trente ans.
Il réfléchissait toujours et s'inquiétait au sujet de Mrs Weasley quand le Professeur Dumbledore démarra la réunion en les saluant joyeusement tous ceux qui avaient pris le temps de venir. Ce serait court, évidemment. Ils s'étaient rencontrés seulement hier, et la plupart des membres avaient un travail quotidien qui réclamait du temps et de l'attention, il ne pouvait pas y avoir eu beaucoup de choses d'accomplies. Mais il y avait toujours des choses à dire.
Dumbledore parla des possibles candidatures pour le Premier Cercle et tous acceptèrent de bon cœur. Remus, qui de parler à Ginny, Luna et Neville, expliqua que lorsque le dernier avait eut fini de pâlir après avoir entendu la proposition de cours de Défense supplémentaires, ils avaient tous accepté, avides de participer.
Ce fut Snape cependant, qui avait utilisé sa matinée le plus efficacement, et pour la première fois, Harry se demanda si Hermione était bien la seule raison qui l'avait poussé à quitter l'enseignement. Etant le seul à pouvoir se consacrer entièrement à l'Ordre nuit et jour, il n'avait pas occupé le peu qu'il lui restait de son week-end et de son lundi matin à faire uniquement des cartes et des diagrammes tactiques, il avait également développé une formule si complexe qu'il fallut à Harry et aux autres plusieurs minutes pour ne serait-ce que vaguement la comprendre.
Autant que pouvait en dire Harry, Snape avait recueilli chaque morceau d'information qu'ils avaient sur les attaques de Mangemorts, et ceci comprenait le nombre de Mangemorts impliqués, l'armement, les lieux et le nombre de moldus, nés moldus ou autres sorciers ayant été blessés, mutilés, rendus fous ou tués.
La seule pensée de passer en revue ces informations de la sorte rendait Harry légèrement nauséeux.
Il avait ensuite condensé tout cela en une longue série de chiffres et de runes en respectant les règles de quelques principes arythmantiques développés par un sorcier du XIXème siècle – ou du moins, c'est ce que Harry pensait, car à son degré de compréhension, cela devenait légèrement flou – puis il avait ajouté les runes utilisées pour développer les modèles et y voir ainsi plus clair comme pour un logarithme arithmantique. La formule résultante devait leur en dire plus sur les scénarii des attaques de Voldemort.
Ou quelque chose comme ça.
Harry put voir que Draco, qui était assis à l'opposé de lui, avait totalement décroché du discours de Snape. Pour le reste de l'Ordre, il devait certainement avoir l'air attentif et hautement intéressé, mais il avait cette lueur lointaine dans le regard qui indiquait à Harry qu'il n'écoutait pas du tout.
Peu étaient ceux qui pouvaient faire mieux. Tonks avait le regard figé et Mrs Weasley semblait légèrement hébétée. Le Professeur McGonagall semblait plus qu'ennuyée par le sourire suffisant que Snape arborait sur son visage, indiquant ainsi qu'il savait que personne n'avait été capable de le suivre. Dumbledore avait l'air aussi joyeux et serein qu'à son habitude, mais Harry avait remarqué le nombre de bonbons acidulés au citron qu'il avait mangé au cours des dix dernières minutes, et avec cet apport de sucre, il était probablement impossible de suivre la bonne voie.
Hermione, assise à la gauche de Harry, était concentrée sur un parchemin recouvert de nombres et de runes, sur lequel elle griffonnait rapidement quelques notes. Harry la soupçonnait d'un air résigné d'avoir saisi chacun des mots prononcés.
« Alors maintenant… » Résuma Snape d'un ton légèrement ennuyé, et Harry put voir plusieurs personnes autour de la table se redresser sur leurs fauteuils. Heureusement, leur chef des renseignements en avait fini avec les détails et il allait leur présenter la solution permettant de travailler. « Si j'interprète les données correctement, nous pouvons supposer que la formule de Grimshaw doit être mulptipliée avec le logarithme numéro trois, sous l'influence du corbeau, de Norral. Ça devrait nous donner le modèle des attaques… »
« J'ai peur que ce ne soit pas exact, Severus. » L'interrompit Hermione calmement, sans même lever la tête du parchemin qu'elle était en train d'étudier.
Les membres de l'Ordre devinrent nerveux, et Harry put voir plusieurs d'entre eux changer de position sur leur chaise avec appréhension. Ce n'était pas le genre de chose qui arrivait souvent. Habituellement, Snape aurait fini son rapport, les autres l'auraient remercié pour son travail sans y comprendre grand-chose, et tout aurait été parfait.
Personne n'était supposé critiquer Snape. Il ne le prenait pas bien. Mais Hermione semblait se moquer du comportement qu'ils avaient tous adopté de longue date.
« Tu as fait une erreur quand tu as associé les runes à l'incidence condensée de ta formule, tu vois ? Tu dois d'abord commencer avec la rune de Longarius, et seulement ensuite tu peux ajouter les nombres. »
Quoi ? Mais que diable, de quoi est-elle en train de parler ? Se demanda Harry. Un regard en direction de Draco et celui-ci lui répondit d'un petit hochement de tête. Le Serpentard n'avait lui non plus aucune idée de ce que Hermione voulait dire, et il avait étudié les runes au cours des trois dernières années.
Snape s'arrêta aussitôt, consulta son propre parchemin et l'étudia pendant un instant.
A l'autre bout d la table, Harry pouvait voir Tonks déglutir nerveusement. Elle avait ait ses études alors que Snape était professeur et elle savait aussi bien que Harry comment il réagissait quand quelqu'un le corrigeait. Il commencerait probablement à ricaner et à se renfrogner d'une seconde à l'autre…
Néanmoins, ils furent surpris une fois encore.
« Tu as raison. » Répondit simplement Snape, en barrant un chiffre de sa formule, puis il ajouta : « Que prendrais-tu pour coordonner au mieux les incidences, alors ? Je ne sais pas si nous devons utiliser d'abord Longarius ou Haymann. »
« Heymann, je pense. » Répondit Hermione après un moment de réflexion, sans même remarquer que l'ensemble de la salle la couvait désormais du regard. Ni elle, ni Snape n'avait levé les yeux depuis que leur discussion avait débuté. « Mais je ne suis pas entièrement convaincu de l'effet que le logarithme de Norral va avoir sur eux. Tu devrais probablement ajouter une rune de contenance, juste pour être sûr, ou cela interfèrerait-il avec le résultat final ? »
Snape haussa les épaules. « Ta conjecture est probablement meilleure que la mienne. Qu'en pensez-vous, Albus ? »
Il leva finalement les yeux et son regard croisa une rangée de visages abasourdis. Même le Directeur était étonné.
« Quoi ? » Demanda Snape, l'irritation grandissant rapidement en lui. « Ai-je fais quelque chose d'amusant, et pourquoi êtes-vous en train de me regarder ainsi ? »
« Elle a dit que tu avais fait une erreur, Severus. » Insista doucement le Directeur.
« Oui. » Répondit avec impatience Snape. « Et elle avait parfaitement raison. Sa compréhension des runes anciennes est, après tout, meilleure que la mienne. Alors qu'est-ce qui vous pousse à imiter le crapaud, Albus ? »
« C'est seulement que quand je vous ai dit en septième année que je ne parvenais pas à lire vos instructions, vous avez menacé de me ratatiner la langue et de l'utiliser à la place des figues. Je vous avais seulement dit que je n'arrivais pas à lire votre écriture. » Se lança Tonks, sans savoir si elle devait être amusée ou choquée. « Et je ne vous ai jamais vu admettre vos erreurs jusqu'à présent, du moins, sans avoir beaucoup crié auparavant. »
« Tu lui as vraiment dit que tu lui ratatinerais la langue ? Je saurais m'en rappeler la prochaine fois que tu te comporteras comme un gamin. » Commenta Hermione, l'amusement se lisait clairement dans ses yeux. Elle ignora totalement le hoquet de surprise de Remus sur sa gauche. « Tu es vraiment un professeur effrayant, tu sais ça ? »
« Je te signale que la crainte inspirée est une bien meilleure description. » Répondit Severus, en faisant semblant d'être indigné. « Il m'a fallu beaucoup de travail pour fabriquer cette façade. »
« Et moi qui ai toujours pensé que cela te venait assez naturellement. » Commenta Hermione innocemment, et la température de la pièce perdit encore quelques degrés. Snape n'aima pas que quelqu'un se moque de lui. Il n'aimait pas du tout. Tous ici le savaient. Seul le Professeur McGonagall le faisait parfois, et elle ne connaissait depuis qu'il était enfant.
Mais il se contenta de se renfrogner, Hermione ne fut pas convaincue, l'Ordre un peu plus.
« Très drôle. » Dit-il. « Maintenant que nous avons tous bien ri et que nous avons piétiné mon ego, pourrions-nous continuer ? Quelle était la rune que tu proposais ? »
« La rune contenue 3.4. » Répondit Hermione comme si rien d'inhabituel ne venait de se passer. »
Et en y réfléchissant bien, Harry réalisa que tout ça lui rappelait le comportement qu'avaient eu Snape et d'Hermione au cours des dernières semaines et dont il avait été témoin. Ils avaient juste cessé de faire semblant devant le Premier Cercle, du moins, dans une certaine mesure.
Harry regarda autour de lui et vit de l'étonnement sur les visages, autour de la table. Si c'était suffisant pour les effrayer, songea-t-il avec méfiance, comment réagiraient-ils lorsqu'ils apprendraient que leur chef des renseignements et leur Maître-espion partageaient les mêmes appartements – et d'après ce que savait Harry, le même lit ?
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« Harry », commença Ron en mordant ses lèvres avec nervosité. « J'ai beaucoup réfléchi au cours des dernières semaines, et je… »
Il soupira, s'éclaircit la gorge et reprit. « J'ai passé les dernières semaines à réfléchir sur mon comportement et j'ai enfin réalisé… c'est… quand on regarde les yeux avec des yeux objectifs, je dois bien avouer que c'était une erreur... Seulement, je me suis senti si seul quand vous vous rendiez aux réunions de l'Ordre, et ensuite, même Ginny et Neville étaient en colère contre moi… Non, oublie ce que je viens de dire. »
Il prit une grande inspiration. « J'étais juste tellement… choqué. J'ai toujours imaginé un futur pour nous tous, après avoir vaincu Tu-Sais-Qui. Et dans ce futur, tu étais en vie et heureux, et Hermione et moi étions… je veux dire, j'ai toujours pensé que je la connaissais mieux que n'importe qui d'autre au monde, mieux que toi avec tes sautes d'humeur et tes secrets. Désolé, tu vois ce que je veux dire. Et ensuite, c'est arrivé alors que j'étais trop occupé à faire des projets d'avenir pour 'nous'. » Il rit amèrement en prononçant ces mots. « Alors que pendant tout ce temps, elle marchait dans une direction qui l'éloignait de moi. »
« Je suppose que je passe pour un parfait idiot, et je veux chasser ce sentiment. »
Il stoppa son discours brutalement, et, en regardant son visage empourpré dans le miroir avec dégoût, il ronchonna : « Oh, cesse de pleurnicher, sombre imbécile ! Ne t'attends pas à ce qu'on éprouve de la pitié pour toi. Tiens t'en aux faits. »
Il prit une autre longue inspiration et se raidit. « Tout ce que je veux dire, c'est que je ne m'attends pas à ce que toi ou elle me pardonniez. Je veux seulement avoir une chance de prendre place dans cette guerre. Je ne sais pas si l'Ordre a besoin de moi, ou si ses plans m'incluent déjà, mais si c'est le cas, je veux faire tout ce qui me sera possible pour vaincre Tu-Sais…Voldemort. »
Il frissonna.
« Et je veux aussi que tu saches que je m'excuse. Pas auprès de Snape ou de cette fouine… Draco Malfoy. » Se corrigea-t-il, en rougissant encore plus. « Mais auprès d'Hermione… et de toi, parce que en un sens, j'ai trahi ton amitié aussi. Je vais essayer d'être un meilleur ami dans le futur, quelqu'un qui méritera à nouveau ta confiance. »
Il se tut, hocha la tête comme s'il était satisfait de la façon dont il avait terminé et, avec un autre long soupir, il se tourna vers un autre miroir qui se trouvait à quelques pas de lui sur sa gauche. Aplatissant un peu ses cheveux d'une main et ajustant ses robes d'école de l'autre, il sécha finalement ses doigts pleins de sueurs sur le tissu noir de ses robes.
« Hermione, je veux juste que tu saches que je te demande pardon… » Commença-t-il à s'entraîner pour son deuxième discours.
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Le texte cité par Severus est de Shakespeare : « Antoine et Cléopâtre », Acte II. La citation avec laquelle Hermione répond est de T.S Eliot : « The Waste Land » (La Terre Vaine), II : Une partie d'échec. Dans cet extrait, Eliot fait allusion à Shakespeare.
Désolée, mais je n'ai pas eu le courage de traduire de si grands auteurs : j'aurais obligatoirement gâché leur œuvre… alors j'ai préféré laisser les extraits en VO, faute de traduction convenable.
