Quand la Lionne se bat

Auteur : Kayly Silverstorm


Merci à Bohémio, LaLaLa, Une Fan et Etoile Filante pour leur review.

Bon, en règle générale, vous en voulez 'un peu' à Ron… Je vous conseille donc de lire les prochains chapitres et on en reparlera à ce moment-là… lol. Peut-être aurez-vous un peu de compassion après ? Ou peut-être pas, après tout !

Je vous souhaite à tous de joyeuses fêtes et une excellente année. Sur ce je vous laisse lire le chapitre qui, je dois bien l'avouer, s'est fait attendre.


Chapitre 46 : Ce qui est bon est mauvais

« C'est hors de question. » La voix d'Hermione ne laissait aucune place à la discussion, mais Harry essaya tout de même.

« Je comprends ce que tu dois ressentir, Hermione. Je veux dire que j'étais à deux doigts de lui jeter des sorts pour une semaine lorsqu'il s'est approché de moi la nuit dernière, mais il avait l'air sincèrement désolé, et nous pourrions avoir besoin de lui en dehors d'ici ! »

« Non. »

Harry gémit. C'était encore trop tôt. Maintenant qu'il y pensait, Ron était en réalité venu trop tard pour lui présenter des excuses avec son petit discours, expliquant combien il était désolé et combien il voulait faire partie de ce qui allait se passer.

« Hermione… » Essaya-t-il d'articuler malgré la fatigue qui semblait lui être tombée dessus.

Venue de nulle part, une tasse fut pressée contre sa main. Il regarda à sa gauche et vit Jane, l'elfe de maison de Snape qui inspirait plus de crainte et d'estime qu'autre chose.

« Mieux vaut se réveiller correctement avant de débattre avec elle. » Lui conseilla-t-elle sèchement. « Elle est aussi entêtée que Severus ces temps-ci. »

En dépit de la situation, Harry ne put cacher complètement un sourire lorsque Snape grimaça et se leva du bureau où il était occupé à écrire quelque chose, probablement une autre formule horriblement compliquée.

Harry soupira, contrarié. Vraiment, comment les gens étaient-ils capables de réfléchir à une heure si matinale ? C'était parfaitement injuste !

« Du calme, vieille femme. » Ordonna le chef de l'espionnage. « Je ne vais pas me laisser insulter avant le petit déjeuner. »

« Tu ne prends jamais de petit déjeuner, vieille chauve-souris. » Rétorqua Jane en marchant vers lui et en lui tendant une autre tasse de thé d'un air incroyablement suffisant. « Mais maintenant que tu en parles, tu devrais vraiment en prendre un. »

« On remet ça sur le tapis. » Dit Snape, et Harry vit avec amusement que son ancien professeur de potions semblait assez anxieux à cause du regard critique dont le gratifiait Jane. « Donc Mr Weasley pense qu'il peut se pointer comme ça et retrouver les bonnes grâces avec un regard contrit et des excuses. »

Si Harry n'avait pas connu Draco depuis quelque temps déjà, il aurait été irrité de l'amusement évident de Snape. Ainsi, il pouvait interpréter les mouvements saccadés du coin de ses lèvres comme un sentiment bien Serpentard : il se moquait de la stupidité du Gryffondor et du manque de subtilité qui semblait être un gouffre sans fin.

« Peu importe ce qu'il pense. » Répliqua Hermione froidement. « Ça ne marchera pas. Il a perdu tout le respect et la confiance que j'avais en lui. »

« Je ne parle pas de lui pardonner ce qu'il a fait. » Tenta une fois encore Harry, maintenant que le thé noir longtemps infusé avait réveillé ses capacités à raisonner. « Ni même de lui pardonner tout court. Ce qu'il veut, c'est rejoindre l'Ordre, et commencer à s'entraîner avec nous. Et nous pourrions en tirer profit si nous le laissions faire. »

« Du profit. » Dit Hermione en levant un sourcil pour montrer son incrédulité. « Au cours des deux derniers mois, la seule chose que nous a apporté Ron, ce sont des ennuis. »

« Ce n'est pas vrai, Hermione. » Protesta Harry. « Je suis responsable de beaucoup de ces problèmes. Et même si avec du recul, c'était de la pure bêtise de m'accompagner ainsi, il essayait seulement de m'aider en étant un bon ami. Tu ne peux pas lui reprocher ça. »

Hermione soupira et massa ses tempes avec le bout de ses doigts.

« Je sais. » Concéda-t-elle. « C'était injuste. Mais ma position ne changera pas. Travailler avec lui en le laisser entrer dans le Premier Cercle impliquerait nécessairement que je lui fasse confiance. Et même si c'est ce que vous souhaitez tous les deux, je ne peux m'y résoudre. »

« Je ne pense pas qu'un jour viendra où je ferai confiance à Mr Weasley. » Répondit Snape, qui se sentait insulté rien qu'à cette pensée. « La question que nous devrions nous poser est plutôt celle de son utilité. Devons-nous le garder à distance et couper court à toute information ou devons-nous l'utiliser de manière à faciliter notre travail ? »

« De quelle manière Ron pourrait-il nous être utile ? » Demanda Hermione, qui laissait pour la première fois paraître sa colère et sa frustration.

« Mais Hermione, ce n'est pas juste… » Commença Harry, mais Snape l'interrompit d'un mouvement.

« Si nous suivons ton plan, Hermione… » Dit-il d'une voix étonnamment douce, « toi et Potter allez devoir essuyer la première attaque de Mangemorts tous seuls. Tu seras occupée à combattre le Seigneur des Ténèbres pendant que Potter, de son côté, fera face au reste du Premier Cercle. Toute personne se trouvant avec lui à cet instant, aussi incompétent et immature soit-il, augmentera les chances de survie de Potter. Et la seule personne qui peut se tenir avec vous de manière légitime est Ronald Weasley. Souhaites-tu réellement renoncer à cette sécurité supplémentaire ? »

Harry ouvrit la bouche pour ajouter qu'il n'avait pas besoin de sécurité accrue, puis la referma la logique de Snape devint plus claire pour lui. Seul l'entraînement de Draco lui permit de garder un visage totalement neutre. Comme cet homme était brillant. Et comme il connaissait bien Hermione !

Alors qu'il voyait les certitudes de la jeune femme vaciller sur son visage, Harry réalisa qu'elle n'aurait jamais accepté Ron pour une raison qui la concernait uniquement. Elle aurait renoncé à une sécurité supplémentaire si cela avait permis à Ron d'être éjecté. Mais elle ne risquerait jamais la vie d'un de ses amis parce qu'elle ne voulait pas travailler avec quelqu'un. Snape l'avait forcée à accepter l'inévitable de la manière la plus supportable et la plus logique.

Et il ne s'était basé que sur la stricte vérité pour le faire.

Le visage d'Hermione s'assombrit de colère, puis s'adoucit enfin, résigné. Elle hocha alors la tête, montrant ainsi qu'elle avait accepté la pertinence de l'argument de Snape.

« Ce n'est pas comme si j'avais mon mot à dire. » Dit-elle calmement en enroulant ses doigts autour de sa tasse. « Je suppose que Ron va parler au Directeur. Lui et le Premier Cercle seront bien trop contents de l'y accueillir. »

Espérant que ce soit si facile, Harry secoua la tête. « Ron ne fera pas ça. » Répondit-il. « Il m'a dit qu'il ne ferait rien contre ta volonté. Il m'a promis qu'il s'en tiendrait à ta décision. »

Il recula légèrement, pas certain de la manière dont devait prononcer les paroles qui allaient suivre, mais il ne trouvait pas le dire de manière acceptable. « J'ai bien peur qu'il ne prévoit de te faire ses excuses au petit-déjeuner. »

Les mains d'Hermione se crispèrent sur les coins de son fauteuil. A la grande surprise de Harry, ce fut Jane qui acquiesça comme si elle venait de comprendre quelque chose.

« Ce qui explique pourquoi vous vous êtes invité à sept et demie du matin. Cela aurait une mauvaise idée de laisser Miss Têtue y aller sans y avoir été préparée. »

Harry rougit, refusant d'accepter qu'il avait passé la nuit à se remémorer Ron et son expérience de mort imminente au creux des mains d'Hermione. Il ne voulait pas blesser Ron, évidemment. Mais il était suffisamment Serpentard pour préférer un Ron blessé en privé plutôt qu'en conflit ouvert au beau milieu de la Grande Salle dans le brouhaha du petit-déjeuner.

Comme si Jane avait lu dans ses pensées, elle sourit brusquement, marchant vers lui et se mis sur la pointe des pieds pour lui tapoter la joue. « Bonne initiative, jeune homme. » Lui dit-elle avec condescendance. « Vous progressez, indubitablement. »

Ceci dit, elle se dirigea vers porte de la cuisine et annonça qu'elle devait se retirer de la conversation car elle avait à faire. La porte claqua derrière elle et même Hermione ne put retenir un sourire en voyant l'expression totalement abasourdie de Harry.

Mais le visage de la jeune femme redevint rapidement grave lorsque Harry se tourna vers elle. « C'est toi qui décides, Hermione. Toi et le Professeur Snape avez été trahis par lui bien plus que je ne l'ai été. Mais tu dois savoir que j'aimerais donner une chance à Ron. Je pense également qu'il peut être… utile. »

Harry ne put s'empêcher de lancer un coup d'œil à son ancien professeur en prononçant le dernier mot, et celui-ci acquiesça en silence.

Mais Hermione ne vit pas l'échange entre Snape et Harry. Elle contemplait sa tasse avec un air misérable que Harry ne parvenait pas à comprendre, même en tenant compte des actions de Ron.

« Pourquoi es-tu si inquiète ? » Lui demanda-t-il finalement alors qu'elle semblait pas vouloir prendre la parole. « Je comprends que tu puisses être ne colère ou déçue, mais tu donnes l'impression d'avoir peur de Ron, et je n'arrives pas à comprendre pourquoi. »

Le silence, encore. Jusqu'à ce que Snape bouge dans son fauteuil, remplisse sa tasse et se décide à parler.

« Ce n'est pas de Mr Weasley dont elle a peur. » Dit-il, et même s'il parlait clairement à Harry, ses yeux noirs ne quittèrent pas Hermione, dont le corps s'était tendu en entendant les dernières paroles. Snape attendit, donnant une chance à la jeune femme de l'arrêter ou de parler à sa place, mais les seules choses qui bougèrent sur son visage furent les muscles de sa mâchoire.

« Elle a peur d'elle. » Poursuivit-il enfin d'une voix chaude et calme. « A l'heure actuelle, elle est une des personnes les plus dangereuses de Poudlard, peut-être même une des plus dangereuses du monde magique. Elle peut tuer en employant des moyens que vous n'imaginez même pas. Et Mr Weasley est le seul à pouvoir déclencher sa colère, bien mieux que n'importe qui d'autre. Mais pour Hermione, colère signifie perdre le contrôle. »

Le visage de Harry pâlit lorsqu'il comprit. « Tu as peur de ce que tu pourrais lui faire. » Murmura-t-il. « C'est pour ça que tu te tiens à distance de lui. Pas parce que tu ne veux plus le voir, mais parce que tu as peur de perdre le contrôle si tu le rencontres. »

Hermione acquiesça, lentement, avec hésitation. « C'est passé si près lorsqu'il a trouvé ma pensine. » Admit-elle d'une voix aussi tendue que son corps. « Si tu n'avais pas été là, je l'aurais tué, tout simplement. Et je ne sais pas… si je le vois tous les jours avec l'Ordre, si nous nous entraînons ensemble… je suis presque sûre qu'il ne pourra pas s'empêcher de dire quelque chose de stupide. Et je ne suis pas sûre de la manière dont je réagirai alors. »

« Je t'aiderais à cacher le corps. » Proposa Snape, avec une extrême bonté.

Harry lui adressa un regard venimeux avant de se rappeler qui il fixait. Il baissa donc la tête. A sa grande surprise, tout ce qu'il reçut en guise de réponse fut un sourire sardonique et un sourcil levé d'un air moqueur. S'il ne l'avait pas mieux connu, Harry aurait pu pensé que Hermione avait ramolli Snape.

OoO

Après avoir été rassuré par Harry qui lui répétait qu'elle ne tuerait pas Ron, Hermione répliqua que c'est ce qu'elle espérait et Snape sourit du coin de la bouche. La rencontre prit fin à cause de leur besoin de déjeuner. Il ne serait pas bon que Hermione et Harry soient tous les deux absents de la Grande Salle – la rumeur au sujet de leur 'relation' et de la dispute avec Ron était déjà assez néfaste.

Ils rejoignirent donc la chambre de la Préfète en chef et descendirent au rez-de-chaussée ensemble.

« Peut-être devrions-nous rediscuter de tout cela pendant la pause déjeuner ? » Demanda Harry.

Hermione sourit, mais elle semblait à demi consciente de ce qui l'entourait. « Non merci, Harry. » Répondit-elle. « Mais il me faut étudier. Les ASPICs ne sont plus que dans quelques mois, tu le sais, n'est-ce pas ? »

Pendant un instant, Harry fut totalement perplexe. La facilité avec laquelle Hermione se glissait dans son rôle de Je-sais-tout et de Préfète en chef le surprenait à chaque fois, malgré le temps qui passe. A un moment, elle parlait stratégie, se querellait avec Draco ou expliquait l'organisation du Premier Cercle des Mangemorts à Harry, et l'instant d'après, elle dissertait sur la correction du devoir de métamorphose, la rédaction de potions ou les devoirs de Harry, ainsi que sur le fait qu'il devrait vraiment travailler plus dur s'il voulait devenir auror.

Le plus horripilant dans tout ça était qu'elle n'avait pas fait le moindre devoir de métamorphoses ou de défense contre les forces du mal depuis des mois. En effet, elle ne rendait plus que des rouleaux de parchemins vides et scellés aux professeurs, mais elle en savait toujours plus sur le sujet de la leçon que Harry. Et il avait commencé à travailler dur sur pour ses devoirs.

Ils firent le chemin vers la Grande Salle puis vers la table des Gryffondors en discutant de choses totalement inintéressantes de l'avis de Harry, même si de tels sujets lui auraient semblé essentiels il y a encore six mois.

Ça avait été dur pour lui de faire comme si rien n'avait changé, de discuter de sujets dont il se fichait alors que dans sa tête, il avait des centaines de choses à aborder avec Hermione et toujours trop peu de temps pour le faire.

Et quand il songeait qu'Hermione avait écouté ses propres babillages ainsi que ceux de Ron pendant des mois sans même leur dire combien ils étaient puérils et immatures… Comme elle les avait bien trompés, tout comme Harry et elle dupaient désormais la plupart des Gryffondors. En y repensant, il se sentait honteux et incertain.

Mais maintenant, après quelques semaines d'entraînement, il s'apercevait que ce n'était pas aussi difficile qu'il l'aurait cru. En fait, il n'y avait guère de différence entre ce qu'il faisait maintenant et ce qu'il avait déjà fait depuis qu'il était entré à Poudlard, comme par exemple en seconde année, lorsqu'il entendait la voix du basilic et qu'il prétendait que tout allait bien, ou en troisième année, lorsqu'il était inquiet à cause du terrible meurtrier Sirius Black qui était à ses trousses, ou encore en quatrième année, quand tout le monde croyait qu'il cherchait l'aventure alors qu'il n'avait qu'une envie : mourir de peur.

Sans parler de sa cinquième et sixième année, quand l'opinion publique avait oscillé entre le traiter de fou et le considérer comme le sauveur ; il ne savait alors pas quoi faire de sa colère ni de sa tristesse.

Maintenant qu'il y pensait, il valait mieux se prêter à cet étrange jeu de cache-cache. Pour la première fois de sa vie, les secrets qu'il gardait n'étaient pas tous les siens. Ils ne le plongeaient pas dans la solitude. Il les partageait avec des amis comme Hermione et Draco, avec des combattants d'égal à égal. Ce qu'il faisait avait du sens. Ses actions étaient importantes et n'avaient rien à voir avec les impulsions hormonales qu'ont tous les adolescents. Ses actions étaient nécessaires et semblaient bien éloignées de celles d'un garçon impulsif qui n'avait pas appris à faire confiance aux adultes.

Et parler de quelque chose en faisant allusion à tout à fait autre chose l'amusait désormais beaucoup, comme par exemple les railleries et insultes qu'il échangeait avec Draco ces derniers jours. Pour ceux qui n'étaient pas au courant de leurs cours, c'est-à-dire toute l'école, exceptée Hermione, ils se haïssaient profondément. Pourtant, pour Draco, Hermione et lui, leurs insultes n'étaient que des taquineries évidentes et des plaisanteries subtiles, et plus d'une fois, il avait surpris de l'amusement dans les yeux d'Hermione ou de Draco quand il avait prononcé une remarque particulièrement bien sentie.

Harry fut interrompu dans ses pensées concernant les joies de la subtilité lorsqu'il sentit Hermione se raidir à sa gauche ; il leva alors les yeux pour tomber sur le visage tendu de Ron qui se trouvait derrière le banc d'en face.

« 'Jour Harry, … Hermione. » Commença Ron, visiblement nerveux quant à la conduite à tenir. « Que diriez-vous si je m'asseyais… »

Le corps d'Hermione avait commencé à trembler de colère tels les cordes d'un violon. Rapidement, Harry avala sa tartine et se leva du banc, heureux qu'ils aient choisi les places au bout de la table. Il passa de l'autre côté en gardant à l'esprit l'image d'une Hermione accroupie sur Ron, son couteau prêt à frapper.

« Une autre fois, Ron. » Dit-il en attrapant le coude de Ron et en l'éloignant d'Hermione, qui regardait Ron comme s'il n'était qu'un insecte répugnant tout juste sorti du caniveau. « Il y a des choses dont j'aimerais discuter avec toi… »

Il conduisit Ron à l'autre extrémité du long banc et ignora totalement la façon dont les premières années se bousculaient pour leur dégager le passage. Il s'était résigné depuis longtemps déjà à son statut de célébrité ainsi qu'au respect qu'il inspirait aux enfants. Au moins, cela lui garantissait un siège quelque soit l'endroit où il se rendait, et s'il avait l'air suffisamment menaçant, comme à l'heure actuelle, personne n'osait s'approcher de trop.

Ron fut ravi d'entendre que les membres du Premier Cercle voulaient qu'ils se joignent à eux. Harry le prévint qu'Hermione était extrêmement fâchée et qu'il valait mieux qu'il se tienne à distance d'elle ce qui poussa Ron à redevenir sérieux, mais bien moins que ce qu'espérait Harry.

La joie de Ron se dissipa cependant au cours des informations suivantes : Snape était le chef des renseignements de l'Ordre et il devait le respecter s'il voulait devenir membre, la relation entre Hermione et Snape ne serait jamais sujet à discussion et Draco avait également rejoint l'Ordre en plus d'être considéré comme un ami par Hermione et Harry.

« Toi, ami avec la fouine ? » Avait alors demandé Ron, clairement dégoûté, et Harry lui avait envoyé un regard qui fit taire immédiatement le rouquin. Ron ne l'avait probablement jamais vu grimacer de la sorte, mais il n'était pas au courant des deux derniers mois d'entraînement avec Draco et des contacts plutôt fréquents avec Snape et le côté Serpentard d'Hermione. Il avait appris beaucoup à leur contact.

Leur discussion s'acheva longtemps après la fin du petit-déjeuner de Ron. Harry se leva et quitta la Grande Salle avec un sentiment de profond soulagement. Il ne s'en était jamais rendu compte mais il était si difficile de discuter avec Ron. Il fallait expliquer absolument tout, y compris les conclusions les plus évidentes, et Harry comprit enfin ce qu'Hermione avait du ressentir les années passées, quand elle détaillait tout pour ses amis.

Mais lorsqu'il ferma la grande porte derrière lui et grimpa les marches de l'escalier, il devint évident qu'il ne resterait pas seul ce matin-là. En effet, debout dans le hall, les yeux rivés sur les escaliers, Justin Finch-Flecthley l'attendait de toute évidence, lui et personne d'autre.

« Justin », le salua Harry, sans être sûr de la réaction à avoir en face de celui qui avait tenté de l'attirer dans le Londres moldu pendant les dernières vacances de Noël. « Je ne savais pas que tu étais revenu ! »

En guise de réponse, Justin ouvrit la bouche, balbutia quelque chose d'incompréhensible, avant de refermer les lèvres. Des rougeurs apparurent alors sur le visage anormalement pâle de celui-ci.

Harry s'attendait à une réaction, mais lorsqu'il le vit ouvrir puis refermer la bouche à cause d'un manque flagrant d'assurance, il ressentit pour lui une profonde pitié.

« Le Directeur sait-il que tu es là ? » Demanda-t-il en espérant qu'une question aussi simple sortirait Justin de sa torpeur. Ce qui arriva.

« Oui », répondit le Poufsouffle après que son visage a viré plusieurs fois au rouge puis au blanc. « Je ne suis… revenu que ce matin de chez mes parents. Il a placé sur moi quelques sortilèges et a fait de moi un membre de… » Sa voix se brisa, laissant la phrase inachevée. Evidemment, Dumbledore avait estimé utile d'ajouter un Fidelius avec les charmes qu'il avait exécuté sur Justin, et à en juger par la façon dont le garçon avait été prompt à prononcer le nom d l'Ordre dans les couloirs, il avait pris la décision la plus sage.

Harry choisit d'ignorer qu'il avait lui-même cruellement manqué de discrétion il y a de cela quelques mois.

« Je sais. » Rétorqua-t-il, en essayant de faire comprendre à Justin qu'il avait conscience des barrières qui lui liaient la langue et des informations que le Poufsouffle voulait lui faire passer. « Mieux vaut ne pas parler de cela ici.

Justin hocha la tête vigoureusement. L'expression qui se lisait dans ses yeux était toujours un mélange de désespoir et de détermination et Harry avait du mal à trancher.

« Bien, tu vas retourner en cours, alors ? » L'interrogea Harry quand il fut clair que Justin avait replongé dans son mutisme.

Le Poufsouffle acquiesça. « Je vais devoir travailler dur pour rattraper mon retard. » Dit ce dernier sur un ton légèrement déprimé, et Harry se souvint qu'il n'avait jamais fait partie des meilleurs de sa classe. « Mais je suis content d'être de retour, maintenant que le danger est passé. » Il hésita, semblant hésiter sur la manière de formuler la pensée suivante. « Sais-tu pourquoi je… » Alors qu'il essayait de poursuivre, sa voix se brisa une fois encore au beau milieu de la phrase.

Harry hocha la tête en guise de réponse. « Tes parents vont bien donc ? » Demanda-t-il.

Il avait été choqué quand Hermione et Draco lui avaient parlé du plan de MacNair pour contrôler Justin, soulagé de savoir que ses parents avaient été libérés et que le garçon était parti les rejoindre juste après que Hermione et Snape s'étaient …occupés de MacNair. Harry n'était toujours pas certain de la manière dont s'était déroulé ce dernier point, mais il en avait appris assez pour ne pas avoir envie de connaître de tels détails.

« Oui, oui, ils vont bien. » Répondit Justin, et comme Harry ne parvenait pas à trouver une autre question à poser, le silence lourd s'installa de nouveau entre eux.

« Harry, je… » Justin mit finalement un terme à la tension grandissante, juste au moment où Harry s'était résigné à rester debout au milieu du couloir pour le reste de la journée. « Je… je voulais m'excuser. »

Ne s'attendant pas à ça, la tête de Harry s releva brusquement et il rencontra les yeux de Justin dans lesquels on pouvait déceler un sincère embarras. « A propos de quoi ? » Demanda le Gryffondor.

« Pour… pour t'avoir espionné. » Répondit Justin en tremblant misérablement. Le rouge avait finalement gagné la guerre des couleurs et avait rapidement envahi le visage du Poufsouffle. « Toi et tes amis. Et pour t'avoir écrit cette lettre, d'avoir tenté de te mettre en danger. C'était stupide et égoïste. Et je comprendrai parfaitement que tu ne veuilles plus jamais m'adresser la parole, mais je voulais te dire que je suis vraiment, vraiment désolé pour tout ce que j'ai fait. »

Pendant un instant, la pitié et la colère s'affrontèrent chez Harry. Il savait de par son expérience combien la culpabilité était un sentiment terrible et stupide, et la pression qu'avait du subir était probablement bien plus importante que tout ce que pouvait imaginer Harry. Mais quel âge avait donc ce Poufsouffle ? S'il avait été forcé de choisir entre la sécurité de ses parents et ce qui était juste, il aurait choisi ses parents… qui pourrait l'en blâmer ? Mais comment pouvait-il ne serait-ce que s'excuser pour la décision qu'il avait du prendre ? S'attendait-il à ce que Harry l'absolve de ses pêchers et qu'il lui demande d'être un bon garçon à l'avenir ?

Pendant un instant, Harry fut tenté de rétorquer qu'il savait parfaitement ce que le Poufsouffle pouvait ressentir, qu'il s'était senti encore plus mal quand son parrain était mort à cause d'une erreur stupide qu'il avait commise, ou quand il avait découvert que sa meilleure amie était devenue une espionne sans qu'il ne s'en aperçoive. Il eut envie de lui dire que ce sentiment ne le quitterait jamais, mais finalement, il perçut le regard innocent de Justin et décida qu'il ne serait pas juste de faire un tel discours au garçon. Il n'était, après tout, qu'un enfant.

Il a le même âge qu'Hermione, Draco et toi. Lui murmura une voix dans sa tête, mais Harry secoua la tête contre sa volonté. Il fallait plus que des années pour être un adulte et Justin n'en était définitivement pas un.

Ayant probablement mal interprété le geste de Harry, Justin s'empourpra un peu plus, immédiatement après avoir pâlit considérablement, le rouge remportant une fois encore une victoire éclatante. Un point pour les rouges, songea Harry avant de redevenir sérieux.

« Je te pardonne, Justin. » Dit-il d'une voix calme et contrôlée, comme Draco le lui avait appris. « Tu as du te retrouver dans une situation terrible, et personne ne pourrait te blâmer d'avoir voulu protéger ta famille. »

« Mais j'aurais du… » Le contredit faiblement Justin, et il fallut à Harry tout son contrôle pour ne pas laisser paraître sur son visage et dans sa voix l'énervement qu'il ressentait. Oui, tu aurais probablement du ? Mais à quoi cela sert-il de le dire maintenant ?

« J'ai commis des erreurs bien pires. » Rétorqua-t-il au lieu de dire ce qu'il pensait, et c'était en fait, la stricte vérité. « Et je suis désormais bien mieux préparé à affronter de telles situations que toi. Personne ne t'en tiendra rigueur, et si je t'ai bien compris, tu as maintenant une chance de lutter contre ceux qui t'ont malmené. »

Le visage de Justin se détendit lorsqu'il compris que Harry lui avait réellement pardonné, et il ouvrit la bouche pour répondre quand soudain, son visage perdit toute trace de couleur et devint d'une pâleur maladive.

Le rouge a célébré trop vite sa victoire pour finalement lâcher prise. Songea Harry, avant de demander à haute voix : « Qu'y a-t-il Justin ? »

Il obtint la réponse à sa question un instant plus tard, lorsque Hermione apparut sur sa gauche. Il avait désormais l'habitude de ses mouvements silencieux, et était trop fasciné par les étranges grimaces que faisait la bouche de Justin pour réagir à sa venue directement.

« Justin. » Hermione salua le Poufsouffle d'une voix chaude et amicale. « Je suis contente de te voir de retour et de constater que tu vas bien. Tes parents se portent bien ? »

La peur, la panique grandissante et les mouvements saccadés de la bouche de Justin furent les seules réponses qu'elle obtint. Harry se demandait ce qu'il se passait lorsqu'il se souvint brusquement quelque chose que lui avait dit Draco sur la façon dont Hermione avait utilisé Justin pour faire parvenir des informations erronées à Voldemort.

« Justin. » Dit-il doucement. « Le Professeur Dumbledore a du te parler d'Hermione, n'est-ce pas ? »

A sa gauche, il entendit un léger soupir et grognement irrité bien trop faible pour être entendu par Justin, qui était complètement en état de choc. Lentement, le Poufsouffle parvint à faire un signe de la tête.

« Alors tu sais qu'il n'y a rien à craindre avec Hermione. » Poursuivit Harry, mais Justin ne semblait pas être persuadé et cette fois, il ne tenta même pas d'acquiescer.

« Justin ? Tout va bien ? » Justin parvint à rompre le lien visuel et figé qu'il avait avec Hermione et posa les yeux sur Harry avec un regard suppliant.

« Oui… » Répondit-il après un moment. « Oui, je vais bien, mais Harry, sais-tu que Hermione… avec Mr Malfoy… » Une fois encore, sa voix se brisa, et cette fois, Harry ne parvint pas à chasser totalement l'agacement de son visage.

« Ce n'est pas quelque chose dont nous devrions discuter ici, Justin. » Répéta-t-il. « Et je pense que le Directeur a du t'expliquer. »

« Oui… mais… Malfoy ! »

Et une fois encore, le visage de Justin perdit toutes ses couleurs pour devenir si blanc que Harry n'aurait jamais cru cela possible chez un être humain. Des pas s'avançaient vers eux et Harry se retourna car il ne souhaitait pas qu'il y ait des témoins de cette situation de plus en plus embarrassante et dangereuse. Mais à son grand soulagement, ce n'était que Draco qui s'approchait d'eux rapidement, arborant un visage dur et froid.

« Que se passe-t-il ici ? » Demanda-t-il en se positionnant à la droite de Harry. « Y aurait-il un complot dont vous devriez me tenir au courant ? » Puis, remarquant pour la première fois le Poufsouffle tremblant en face d'eux : « Justin. Je ne savais pas que tu étais de retour ! »

Ces dernières paroles firent voler en éclat le peu de courage qu'il lui restait, le garçon fit demi-tour et s'enfuit dans les couloirs comme s'il était poursuivi par une horde de loups-garous.

Les trois autres le suivirent des yeux avec des expressions variées, allant de la perplexité à l'amusement le plus total.

« J'adore cette réaction. » Commenta Draco après quelques instants d'une voix plus que suffisante. « Quand je serai le maître du monde, j'entraînerai tout le monde à réagir exactement comme il vient de s'enfuir. »

Hermione renifla. « Tu rêves, Malfoy. » Dit-elle. Il y avait juste assez de venin dans sa voix pour remettre Draco et Harry dans le rôle qu'ils devaient jouer.

« Tu n'imagines même pas à quoi je peux rêver, espèce de sang de bourbe. » Ricana Draco, puis se tourna vers Harry, le regard empli de dégoût. « Je t'aurai, le balafré. »

Harry leva le menton en signe de défi et son regard se glaça. « Espère toujours, Malfoy. » Rétorqua-t-il, tout en donnant silencieusement son accord pour un autre bagarre après le cours de Défense, et Draco se renfrogna un instant avant de s'éloigner, ses robes volant derrière lui à la façon de Snape.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

Hermione ne savait pas si elle devait être agacée ou amusée lorsqu'elle marcha jusqu'en défense aux côtés de Harry.

La réaction de Justin avait été classique, et mise à part Ginny, ses anciens amis avaient tous marché sur des œufs en sa présence lorsqu'ils avaient découvert la vérité. Elle n'attendait pas avec impatience leur entrée dans l'Ordre ni même leur participation au entraînements au duel comme c'était prévu. Tout ce qu'elle dirait ou ferait serait observé minutieusement, et elle n'avait pas vraiment envie de recevoir des coups d'œil à chaque fois qu'elle faisait quelque chose à laquelle ils ne s'attendaient pas.

Mais d'un autre côté, le fait que Justin n'ose plus marcher à ses côtés n'était pas une grande perte, et l'expression de son visage quand il s'était retourné et avait fui était inestimable. Je n'ai qu'à garder Draco pas loin, décida-t-elle. Ensemble, nous sommes plus puissants. Elle songea à comment les étudiants réagiraient quand ils verraient comment elle interagissait avec Severus, mais ensuite, ils atteignirent la salle de classe et elle se concentra à nouveau sur ce qui l'entourait.

Ils étaient en avance pour le cours de Défense, la plupart des étudiants n'avaient même pas encore quitté la table du petit-déjeuner. Remus leva la tête de son bureau derrière lequel il était assis et leur sourit un instant avant de reporter son attention sur les copies qu'il était en train de corriger.

Hermione lui sourit en retour et s'installa juste en face, là où elle s'asseyait d'habitude avec Harry.

« Quand il a vu la fouine, j'ai cru qu'il allait s'évanouir. » Lui murmura-t-elle et ce dernier afficha un sourire narquois.

« Il n'en était pas loin. » Répondit-il. « As-tu un peu de temps ce soir ? Lav et moi voulons te parler de nos recherches avant que le groupe de travail ne commence. »

Hermione sentit alors une chaleur intense se propager en elle. Harry était devenu si bon à ce jeu-là ! il n'y a encore qu'un mois, il aurait bégayé, pâli et ruiné toute la phrase en regardant autour de lui comme s'il essayait de camoufler les mots qu'il avait à prononcer. Désormais, il parlait comme s'il n'avait rien dit d'inhabituel, même si en réalité, il venait de lui dire que Draco et lui voulait la voir pour discuter de différents points avec elle avant le début de la réunion avec l'Ordre.

Ils avaient inventé un groupe de travail pour justifier leurs absences habituelles de la Salle Commune le soir, et les personnes qui appartenaient à ce groupe dépendaient de qui ils rencontraient. Mais comme Draco était le seul autre membre de ce groupe, quelque soit le nom utilisé par Harry, Hermione savait qu'il s'agissait du Serpentard.

« J'aurais aimé. » Dit-elle avec un regard d'excuse. « Mais j'ai déjà bien trop peu de temps. Pendant les cours, je dois travailler sur mes devoirs, et pendant l'heure du déjeuner, je dois me concentrer sur des exercices de Défense sur lesquels je travaille. Cette après-midi est consacrée à mes devoirs de Préfète en chef, et après je devrai y aller et travailler sur une mission particulière. Je ne sais même pas si je vais pouvoir participer au groupe d'étude ce soir – j'ai le sentiment qu'un étudiant en détresse va avoir besoin de moi ce soir. »

Elle soupira. C'était vrai, elle aurait aimé passé plus de temps avec Harry et Draco, mais son emploi du temps était plein ces derniers jours, et elle n'avait pas seulement son rôle d'espion ou son travail pour l'Ordre à assumer. Elle devait également préserver sa réputation de meilleure élève et de préfète en chef, et la plupart des journées ne semblaient pas contenir suffisamment d'heures.

« D'accord. » Dit Harry, les yeux arrondis. « Nous pourrons faire ça plus tard. »

Harry eut l'air étonné, comme s'il trouvait difficile à croire qu'elle puisse faire tout cela en une seule journée. « Mission particulière » tout comme « étudiants en détresse » étaient des mots pour son travail d'espion et ses réunions avec les Mangemorts, et même si elle n'avait pas expliqué ce que signifiaient certains mots, « les exercices de Défense » auraient lieu avec Snape.

Je me demande à quoi ressemble une vie lorsque la journée contient assez d'heures, songea-t-elle en silence. Quand le temps libre ne se résume pas à quelques minutes volées entre deux tâches indispensables. Je me demande ce que ça fait de passer un week-end entier avec des amis ou… d'autres gens.

Elle se souvint de son après-midi passée avec Severus pendant laquelle il avait cuisiné pour elle et lui avait raconté toutes sortes d'histoires, puis elle pensa aux nombreuses soirées qu'ils avaient passés sur le canapé à discuter en tête-à-tête, à s'évader du château pour marcher dans la forêt sous un déguisement. Ce serait certainement merveilleux, songea-t-elle avec envie, mais elle chassa rapidement cette idée fantaisiste et se mit à la recherche de son encre, de sa plume ainsi que de ses rouleaux de parchemin qui se trouvaient dans son sac. Il était temps de commencer le devoir que leur avait donné le nouveau professeur de potions.

Tandis que leurs camarades pénétraient au compte gouttes dans la salle et qu'ils étaient accueillis par Remus, elle déroula un parchemin, fit semblant d'hésiter un instant et plaça ensuite un charme informulé dessus. Elle déboucha la bouteille d'encre, y trempa sa plume et commença à écrire le titre de ce qui serait un autre devoir incroyablement long : « Les conséquences de la démocratie britannique sur les pouvoirs curatifs de l'Athelas, classification et utilisation générale en potions au cours du vingtième siècle. »

Elle s'interrompit un instant, posa sa plume sur le côté, regarda comme si elle vérifiait ce qu'elle venait d'écrire. Mais à la place des mots qu'elle avait inscrits, la première ligne du parchemin ressemblait plutôt à '…'. Elle hocha alors la tête de satisfaction.

Elle avait développé son sortilège du lorem-ipsum, comme elle l'appelait, pendant la sixième année, officiellement pour éviter que ses camarades paresseux ne copient ses devoirs. Mais en réalité, elle en avait eu besoin pour prendre des notes et élaborer des plans pour ses secrètes activités, sans que personne dans la Salle Commune bondée de monde ne découvre quoi que ce soit par accident ou que ses amis ne se méfient à cause du fait qu'elle cachait ce qu'elle notait.

Elle regarda Harry qui articulait le mot 'Potions ?', et acquiesça sans tenter de cacher sa frustration. Harry ricana.

« C'est ta faute. » Lui dit-il, en lui adressant un sourire narquois. « Quel besoin avais-tu d'être volontaire pour ce projet socio-alchimique ? »

« J'ai pensé que ce pourrait être un défi. » Gémit-elle en retour, sachant que Harry comprendrait son raisonnement : après tout, tenter les missions les plus difficiles correspondait parfaitement à l'ancienne Hermione, et pour être honnête, elle avait trouvé au cours de ses recherches que cette branche obscure des potions était plutôt intéressante. Même si elle n'avait pas le temps de se laisser aller à ses centres d'intérêts ces derniers temps, mais l'envie ne lui manquait pas.

« Et bien, je te souhaite bien du plaisir avec ton défi. » Lui dit Harry d'un air suffisant avant de reporter son attention sur le devant de la classe, où Remus était monté pour les saluer une fois encore.

Alors qu'elle écoutait leur professeur présenter un nouveau chapitre sur les créatures de l'ombre, qui étaient bien plus dangereuses et complexes que les épouvantards et les pitiponks qu'ils avaient étudiés pendant leur troisième année, elle rédigeait ses devoirs dans sa tête avant de l'écrire sur le papier. Le travail avançait bien.

Elle avait déjà rassemblé les informations et les références dont elle avait besoin la veille au soir dans la bibliothèque de Severus, croisant soigneusement les informations qu'elle trouvait pour être sûre de choisir uniquement ce qu'elle pouvait aussi trouver dans la bibliothèque de l'école de manière à élaborer quelque chose qui ressemblait à une argumentation logique, tout en y ajoutant son avis sur la question.

A chaque instant, elle pouvait sentir le regard de Harry posé sur elle. Harry et Draco avaient tous deux toujours été impressionnés par sa capacité de concentration sur une chose en particulier alors qu'elle continuait de percevoir tout ce qui se passait autour d'elle. Même si l'attention qu'elle accordait au cours de Remus était tout au plus légère, elle était capable d'enregistrer chacun de ses mots et savait que son esprit saurait assimiler le tout pour une utilisation ultérieure.

C'est pourquoi elle ne montra aucun signe de surprise ou de distraction lorsqu'elle Remus appela son nom. Elle se contenta de lever la tête et de poser sa plume, comme une élève consciencieuse qui avait noté le moindre mot prononcé par le Professeur.

« Sniffeurs sont des créatures magiques de la taille et de l'apparence d'une taupe ailée. » Répondit-elle, son cerveau procurant automatiquement les informations pour répondre à la question de Remus et les organisant pour former une phrase bien construite. « Leur capacité magique à 'sniffer' est due à leur cavité nasale ; grâce à elle, ils perçoivent les objets et les personnes porteuses d'énergies maléfiques. Même s'ils ne peuvent pas être considérés comme des animaux appartenant aux forces obscures pour autant, les sniffeurs absorbent ce type d'énergie, ce qui a d'ailleurs poussé les scientifiques à établir une relation entre eux et les détraqueurs il y a quelques années. »

Elle tourna la tête à gauche et à droite et vit que les autres étudiants notaient fébrilement ce qu'elle venait de dire, comme à l'accoutumée lorsqu'elle répondait à une question. En effet, ils savaient tous pertinemment que sa réponse était probablement légèrement mieux que celle d'un livre. Elle hocha alors la tête avec satisfaction.

« Excellent, Miss Granger. » Annonça joyeusement Remus, mais il y avait quelque chose dans son regard, une expression légèrement plus sévère que d'habitude ce qui la poussa à augmenter fortement sa vigilance. « Cinq points pour Gryffondor. Comme ils ne sont de par nature ni dangereux ni démoniaques, nous allons commencer avec ces créatures aujourd'hui. En guise de présentation, veuillez lire dans vos livres les pages 74 à 80 et écrivez cinquante centimètres de parchemin sur l'utilisation qui peut être faite des sniffeurs et sur les circonstances dans lesquels ils peuvent devenir dangereux. C'est tout pour aujourd'hui. »

Tandis qu'elle sécurisait et rangeait ses affaires, Hermione fit défiler les trois dernières minutes dans son esprit. Remus avait voulu lui dire quelque chose, son visage l'avait alertée. Mais ce fut finalement grâce à sa propre réponse qu'elle comprit enfin. Leur capacité magique à 'sniffer' est due à leur cavité nasale ; grâce à elle, ils perçoivent les objets et les personnes porteuses d'énergies maléfiques. Sa propre voix résonna dans sa tête. Des énergies maléfiques comme celle de la Marque qui salit son avant-bras.

Intérieurement, Hermione jura, mais son expression resta celle d'une adolescente légèrement plus mature attendant avec impatience le cours suivant. Elle hocha la tête en direction de Remus, son visage redevenant sérieux l'espace d'un instant pour lui signifier qu'elle avait compris, puis elle quitta la salle de classe avec les derniers étudiants.

Ce ne fut que lorsqu'elle vit Harry et Draco face à face, tels deux vieux héros de western en plein cagnard - après avoir tourné dans un couloir – qu'elle se souvint qu'ils avaient prévu un autre combat. Pendant un instant, elle fut tentée de faire comme si elle n'avait rien remarqué, mais si elle ne les arrêtait pas, il leur faudrait continuer jusqu'à ce qu'un Professeur le fasse, et compte tenu du fait que Remus n'avait visiblement pas l'intention de sortir de sa classe, cela pouvait durer longtemps.

« Potter », renifla Draco pendant que son visage se tordait en une horrible grimace. « Encore à jouer au héros ? Où sont tes amis ? Cachés derrière leur lit de peur que tu ne deviennes fou ? »

Hermione écouta leurs insultes et ne réagit pas immédiatement, n'étant pas d'humeur à cet instant. Elle s'assura que son visage reflétait bien le dégoût et la haine tandis que ses yeux se posaient sur Malfoy. Mais intérieurement, elle se demandait quelle serait la meilleure conduite à tenir. Elle ne laisserait pas un sniffeur l'approcher, sinon ses camarades de classe risquaient de découvrir trop de choses sur les activités de leur Préfète en chef. Elle n'aurait pourtant aucun moyen de les éviter pendant le cours de Défense contre les Forces du Mal, ce qui ne lui laissait plus qu'une seule option.

Elle attraperait un virus, quelque chose de suffisamment méchant pour l'empêcher d'aller en cours, mais pas trop grave non plus pour ne pas être bloquée par l'infirmière. Elle les observa lancer plusieurs sortilèges inoffensifs et d'autres moins inoffensifs, elle assista au rassemblement croissant des étudiants autour des deux combattants, la baguette fermement serrée dans la paume au cas où un sort atteindrait par inadvertance un spectateur. Pendant ce temps, son esprit passait rapidement en revue la liste des maladies magiques qu'elle avait préparée plusieurs mois auparavant en prévision d'un tel scénario.

Elle choisit une pathologie qui serait relativement facile à imiter – elle devait tromper Madame Pomfresh quand même – puis elle hocha la tête intérieurement avant de s'avancer pour stopper le duel de plus en plus dangereux que se livraient ses deux amis. Ils s'étaient assez amusés pour aujourd'hui.

« Harry, » cria-t-elle en ouvrant grand les yeux et en faisant monter sa voix dans les aigus pour sembler légèrement hystérique. « C'est dangereux ! Arrête ça tout de suite ! »

« Il a insulté mes parents, Hermione. » Hurla Harry. « Je ne vais pas laisser ce Mangemort en puissance dire de telles choses sur ma famille. »

A l'abri dans son esprit, Hermione soupira. Ainsi Harry était d'humeur mélodramatique aujourd'hui. Bien, elle était capable de surpasser Harry Potter à ce petit jeu-là.

Se jetant sur lui de façon à le heurter légèrement de l'épaule, elle l'agrippa à la manche et cligna des yeux frénétiquement, ce qui les rendrait humides et larmoyants.

« Harry. » Annonça-t-elle tout haut. « Il ne le mérite pas ! Je t'en prie, Harry. » Elle laissa un léger tremblement s'échappa de ses lèvres et baissa le ton de sa voix de manière théâtrale, comme si elle lui faisait part de nouvelles importantes et dramatiques. « Souviens-toi de tes ASPICs ! Tu ne devrais pas te laisser ainsi distraire ! »

Pendant un instant, le masque de colère de Harry s'effaça et elle put voir ses lèvres trembler. Voilà ce que ça donne. Pensa-t-elle, puis elle entendit un son rageur provenant de Draco. Le reste du groupe crut certainement que c'était en réaction à la présence d'une sang de bourbe, mais Hermione savait que Draco avait remarqué la bévue de Harry.

C'était devenu une compétition entre lui et elle au cours des dernières semaines – Draco devait entraîner Harry à rester impassible quelque soit les influences extérieures, et Hermione devait essayer de faire flancher le masque du Survivant. Cette fois, elle avait gagné, et tous les trois savaient qu'elle les taquinerait sans pitié pour ça.

Il était temps de mettre fin au spectacle. « Je t'en prie, Harry. » Répéta-t-elle. « Je ne me sens pas très bien. Pourrions-nous… pourrions-nous nous contenter de partir ? »

Après un moment d'hésitation feinte, Harry acquiesça, ayant reconnu le signal de la jeune femme donnant le signal du départ.

« D'accord, Hermione. » Accepta-t-il avec réticence. « Laissons la fouine pour cette fois. »

Ceci dit, il abaissa sa baguette et adressa un dernier regard moqueur à son ennemi, regard qui lui fut rendu avec une pointe de malice typiquement Serpentard. Ensuite, Hermione prit la main de Harry et l'éloigna de la foule qui s'était amassée, ne le lâchant que lorsqu'ils furent seuls.

« Si nous ne nous voyions pas ce soir, » dit-elle en l'étreignant et en lui souriant. « Ne t'inquiète pas de ne pas me voir en classe demain. J'ai décidé que j'allai attraper un virus cette après-midi. Passe le bonjour à Lav. »

Elle fit un clin d'œil, le salua et le laissa seul dans le couloir, pressée de retourner à ce qu'elle avait prévu de faire. Tomber malade demandait beaucoup de travail, après tout.

OoOoOoOo