Quand la Lionne se bat


Et non, je ne suis pas morte, même si je comprends parfaitement qu'une grande majorité de vous l'ait cru. Je n'ai pas abandonné cette traduction malgré cette absence de plus d'un an…

Je ne vais donc pas m'étendre et vous laisser lire la suite de cette fic qui compte désormais dans sa version originale 70 chapitres. Il y a donc encore beaucoup de travail en perspective!

Bonne lecture et merci à tous ceux qui sont resté fidèles à cette histoire et qui m'ont encouragé à continuer. Pour répondre à une question simple, mais pertinente: «Où est Lanassa Ayla?»

Je suis là!

Auteur

: Kayly Silverstorm

Chapitre 47: De mon esprit à ton esprit

Comme Hermione l'avait prévu, elle ne put participer à la réunion de l'Ordre ce soir-là. Au cours des trois derniers mois, les appels de Voldemort s'étaient faits plus fréquents. Il ne s'agissait plus de réunions occasionnelles, elles étaient désormais régulières et leur but était essentiellement de se moquer et de torturer des moldus. Ainsi, depuis peu, Hermione participait à presque toutes les réunions du Premier Cercle.

Même si cela signifiait qu'elle était dehors environ trois à quatre fois par semaine, avec à chaque fois une bonne dose d'adrénaline suffisante pour l'épuiser, les réunions en elles-mêmes étaient bien moins éprouvantes qu'avant. Naturellement, elle était punie – elle ne s'attendait pas à autre chose, à chaque fois que la Marque des Ténèbres la brûlait, mais ces punitions n'étaient pas pires que celles endurées par les autres membres du Premier Cercle.

Le véritable danger ne venait pas de Voldemort mais plutôt des autres Mangemorts, jaloux et agressifs envers elle, qui avaient tenté de nombreuses fois de lui tendre des pièges avant et après les réunions, pour lui apprendre qu'elle était sa 'véritable place.' mais Hermione était suffisamment puissante parmi les Mangemorts pour avoir ses propres partisans, deux ou trois membres fraîchement intronisés qui étaient heureux de gagner son estime pour atteindre Voldemort, et qui pouvaient facilement être manipulés pour que le Seigneur des Ténèbres apprenne comment ses serviteurs traitaient sa chouchou moldue.

Inutile de dire qu'Il ne fut pas content d'apprendre une telle chose et l'ensemble du Premier Cercle souffrit de Sa colère.

Même Lucius Malfoy était attentionné avec elle ces jours-ci. Bien sûr, il continuait de l'appeler, et évidemment, elle accourait au moindre signe. Il restait, après tout, le bras droit de Voldemort, et pas même en rêve, elle n'aurait songé à le courroucer aussi longtemps qu'elle dépendrait de son bon vouloir. Mais il lui semblait que Voldemort avait instauré des limites invisibles, indiquant à Malfoy les frontières à ne pas dépasser.

Ainsi donc, il pouvait la battre, ou trouver d'autres moyens de la faire souffrir, mais jamais au point de mettre sa vie en danger. Aussi étrange que cela paraissait, le pire pour elle, au cours des réunions, étaient les choses qu'elle était obligée d'accomplir, et non les choses qu'elle subissait. Et pour la première fois de sa vie, elle comprit comment il était possible que quelqu'un puisse vivre ainsi, en passant ses journées à oublier les horreurs commises, et en passant la nuit à tisser une toile d'illusions autour de ces atrocités, jusqu'à croire en la grandeur et le bien-fondé de sa cause.

Lorsqu'elle revint dans sa chambre ce soir-là, Severus était toujours éveillé. Il leva la tête pour lui montrer qu'il savait qu'elle était là et lui fit un sourire chaleureux, lui exprimant ainsi combien il était heureux de la voir revenir saine et sauve. Il reporta cependant son attention sur le livre qu'il était en train de lire, sachant pertinemment qu'elle prenait une douche et qu'elle se changeait immédiatement après chaque réunion.

A son retour dans la bibliothèque, elle trouva une théière fraîchement préparée ainsi qu'un tas de biscuits qui lui étaient destinés. Ils étaient encore tièdes. Bien sûr, Jane était restée debout et avait décidé de leur préparer un encas de minuit. Et ce ne serait pas Hermione qui se plaindrait des délicates attentions de Jane.

«Comment te sens-tu?» Demanda alors Severus. Elle marcha donc vers lui en souriant.

«Oh, merveilleusement.» Plaisanta-t-elle. «Je me sens lourde. Je dois avoir attrapé quelque chose. Je vais me rendre à l'infirmerie demain à la première heure, avant même le petit-déjeuner.»

Lentement, elle plongea une main dans les cheveux de Severus, aimant sentir leur toucher soyeux le long de ses doigts. Elle pencha alors la tête cers lui et l'embrassa, doucement, tendrement. Il se laissa faire un instant avant de briser le baiser quelques secondes plus tard.

«Tu ne devrais pas faire ça.» Lui dit-il sérieusement. «Ou il se pourrait que je tombe malade à mon tour. Qui préparerait la soupe au poulet dans ce cas?»

«J'espère vraiment que je ne serai pas obliger de manger quoi que ce soit de ce genre.» Répliqua-t-elle.

En guise de réponse, l'expression de Severus devint franchement diabolique. «Peut-être pas de soupe au poulet.» Articula-t-il d'une voix traînante. «Mais moins que tu ne te rétablisses vite, tu vas devoir prendre une grande quantité de potions. Et qui va devoir te les administrer si ce n'est un Maître des potions de longue date?»

Feignant d'être choquée, Hermione laissa sa mâchoire tomber délibérément. «J'ai donc pensé que notre nouvelle experte en potions pourrait s'en charger.» Gémit-elle. «Elle a un bien meilleur caractère, et je suis sûre que ses potions seront aromatisées à la fraise.»

«Elle va tourner en dérision l'ensemble de la profession.» Grommela Snape. «Confectionner des potions qui ont bon goût. Je crois me souvenir de quelque chose dans le serment que nous avons fait et qui exigeait d'avoir un comportement déplaisant et de confectionner des potions dégoûtantes.»

Hermione soupira. «Je crois que le monde se porterait mieux sans Maître de Potions.»

Ce fut alors au tour de Severus de paraître choqué, et il porta la main à son cœur dans une expression mélodramatique. «Vous me blessez cruellement, Très Chère.» S'exclama-t-il tragiquement.

Encore une fois, elle pencha la tête et déposa un léger baiser sur son front.

«Oh, mais pour moi, tu seras toujours mon Maître en matière d'espionnage.» Murmura-t-elle, son souffle taquinant doucement ses sourcils. Elle ricana lorsqu'il ferma les yeux de plaisir intense.

«Je pense que j'aime lorsque tu es malade.» Rétorqua-t-il à voix basse, ce qui provoqua chez Hermione un frisson tout le long de sa colonne vertébrale. «Tu es bien plus manipulable ainsi.»

«Beaucoup, beaucoup plus.» Convint-elle, en laissant son front appuyé contre le sien, les yeux fermés pour profiter pleinement de ce rare moment de calme.

Qui ne dura d'ailleurs pas longtemps. L'une des tapisseries se mit à briller et quelques coups frappés les informèrent que quelqu'un demandait à entrer. Severus prit le visage de la jeune femme entre ses mains tout en caressant délicatement la base de sa tête, puis il mit fin au contact, se leva et se dirigea vers les bruyantes tapisseries. La façon dont il marchait montrait clairement la réticence qu'il éprouvait à devoir briser ce moment. Quant à Hermione, elle s'installa sur le canapé et se servit une tasse de thé.

Severus ouvrit la porte magique et un instant plus tard, le Directeur traversait la lueur dorée.

«Severus, j'ai les informations que tu m'avais demandées.» Commença Dumbledore, puis il s'interrompit lorsqu'il vit Hermione assise à côté du feu de la bibliothèque.

«Bonsoir, Miss Granger.» Dit-il. Elle hocha la tête et sourit en signe de salut. «J'espère que vous allez bien ce soir? Vous nous avez manqué pendant la réunion.»

«Je vais très bien, merci monsieur le Directeur. Je pense devoir vous informer que je vais attraper un dangereux virus demain, tout cela à cause du programme de Remus.» Répondit-elle.

«Ah oui, les sniffeurs.» Rétorqua le Directeur avec un sourire. «Remus m'en a déjà parlé. Je dois comprendre que vous allez avoir une maladie appropriée qui va vous empêcher de quitter vos quartiers pendant les prochains jours?»

Elle hocha la tête. «Nous travaillons sur une potion qui nécessite des plumes en classe de potions, je pensais donc que le Mal du Corbeau Noir serait crédible.» Lui dit-elle. Le Mal du Corbeau Noir est extrêmement irritant, mais pas le moins du monde dangereux. C'est une maladie magique causée par une réaction allergique à l'un des éléments contenus dans les plumes de corbeau. La victime se retrouve avec des plaques noires sur tout le corps, des plumes poussent, le tout accompagné de fièvre ainsi que de sévères mots de tête. La voix est également touchée, et devient terriblement plus rauque. Il faut habituellement trois à cinq jours pour que les symptômes disparaissent, et même Madame Pomfresh n'aura pas le cœur à forcer la Préfète en chef à déambuler dans les couloirs avec des plumes noires sur le visage.

«Ingénieux, ma Chère.» Lui dit le Directeur, en la gratifiant d'un de ses sourires bienveillants.

«Merci, Professeur.» Dit-elle avant d'échanger un bref regard avec Severus.

«Dois-je vous laisser travailler?» Demanda-t-elle. Elle ne formulait cette question que par politesse, étant donné que Severus l'informait d'absolument toutes ses conversations, mais même si tout le monde le savait dans cette pièce, Dumbledore restait le Chef de l'Ordre du Phénix et Severus était le responsable de l'espionnage. Chacune de leur fonction engendrait un certain respect.

«Oh non, ma Chère. Ce ne sera pas nécessaire. Je voulais juste remettre ces dossiers et poser une question, qui vous concerne tout autant que Severus, si ce n'est plus.»

Le cœur d'Hermione se serra. Elle savait de quoi il serait question.

«Voudriez-vous prendre un siège et déguster une tasse de thé, monsieur le Directeur?» S'enquit-elle, en se souvenant des bonnes manières.

«Peut-être une autre nuit, ma Chère.» Déclina-t-il joyeusement. «J'attends qu'on me contacte par cheminette et je ne voudrais surtout pas rater cet appel.»

Ayant délégué à Hermione les formules de politesse, comme si elle était la Maîtresse de Maison, Severus ne chercha même pas à cacher sa désapprobation en ce qui concernait la situation.

«C'est au sujet du fils Weasley, je présume, Albus?» Demanda-t-il, et on lui répondit par un hochement de tête.

«Alors, il est venu vous parler. Il me l'a dit.» Déclara Dumbledore, et Hermione échangea un court regard amusé avec Severus. Bien sûr, le Directeur avait très exactement su avec qui il avait parlé, bien avant que Ron ne vienne le voir. Il n'était pas dans sa nature de ne pas savoir, et un esprit aussi honnête et peu protégé que celui de Ron était un véritable livre ouvert pour le légilimens qu'était Albus. Il aurait fallu que ce dernier prenne des dispositions particulières pour ne pas accéder aux pensées du jeune homme.

«Il est venu me trouver ce soir, et a demandé à enter dans l'Ordre. A supposer que Harry et vous soyez d'accord, je ne vois pas pourquoi je refuserais. La seule question qui reste en suspens est de savoir exactement à quel point il faut l'impliquer.»

Hermione acquiesça lentement, comprenant parfaitement la question implicite mais ne cherchant pourtant pas à y répondre. Une part d'elle souhaitait lui dire qu'il devait se contenter de s'entraîner seul, ou de participer uniquement aux réunions hebdomadaires, mais une part d'elle savait que cela ne suffisait pas.

«Miss Granger?» Demanda gentiment Dumbledore, qui devinait probablement le trouble en elle, même s'il était incapable de le lire véritablement en elle. Si Ron était un livre ouvert, elle était une amphore fermée à double tour, et qui ne laissait rien filtrer de son contenu.

Elle pouvait sentir le regard de Severus sur elle, et ce fut son encouragement silencieux qui lui fit prendre sa décision.

«Je crois que c'est à l'Ordre de décider, monsieur le Directeur.» Répondit-elle finalement. «Ma relation avec Ron est peut-être… difficile en ce moment, mais ça n'a rien à voir avec le travail que nous faisons. Il devrait être présenté à l'Ordre comme n'importe qui d'autre.»

Elle leva la tête pour voir Severus acquiescer silencieusement, signe qu'il acceptait sa décision.

«Je suis heureux que vous disiez cela, ma Chère.» Le Directeur semblait soulagé. «J'aurais bien évidemment respecté votre choix, mais monsieur Weasley sera une recrue précieuse dans nos rangs. Et peut-être qu'un jour, vous en viendrez à…»

Elle lui lança un regard, un simple regard, mais cela suffit à le faire taire. Ce seul regard avait suffi à tracer une ligne et lui n'avait pas osé la franchir. Ne vous mêlez pas de ça, voilà ce que ça voulait dire, et Dumbledore n'était pas le sorcier le plus sage de son âge pour rien. Il savait reconnaître le danger lorsqu'il se trouvait en face, et il s'était subitement souvenu de ce que Minerva lui avait dit dans son bureau, il y a de cela plusieurs mois.

Je me demande si, dans quelques années, vous serez capable de vous comprendre.

«Je pense que ce sera tout, alors.» Dit-il d'une voix qui s'éraillait légèrement. «Je ferais mieux de partir, ou je vais rater mon appel.»

Il hocha la tête pour saluer Hermione dont les yeux ne trahissaient pas la moindre émotion, tandis qu'elle inclinait à son tour la tête. Il se tourna ensuite vers Severus et lui tendit les dossiers qu'il avait toujours dans les mains.

«Bonne nuit, Severus.» Dit-il, il reçut d'ailleurs un léger sourire moqueur en guise de réponse.

«Faites de beaux rêves, Albus.» Lança le chef des renseignements. L'expression de ce dernier était un étrange mélange d'amusement et de subtil avertissement, ce dont le Directeur n'avait pas besoin. Cela signifiait: Si vous franchissez la ligne, vous devrez en assumer les conséquences.

Tandis que le Directeur traversait la tapisserie et qu'il s'installait à son bureau, il se surprit à espérer sincèrement une chose: ne jamais avoir à franchir la ligne tracée par Miss Granger et Severus.

Leurs ennemis étaient franchement à plaindre.

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Tandis que Draco marchait dans les couloirs froids et silencieux des cachots, à l'affût du moindre bruit, et vérifiant derrière lui à chaque pas, il se demanda si la folie légendaire de sa famille ne s'était pas finalement emparée de lui.

Il savait qu'il dépassait les limites, qu'il devrait être en sécurité dans son dortoir, à prétendre être un bon petit Serpentard, en particulier après les nouvelles qu'il avait apporté à Dumbledore ce soir.

Se faufiler en dehors de la Salle Commune et marcher dans les cachots de nuit, en direction de la salle de gym privée du traître le plus haï, numéro trois sur la liste personnelle des personnes à abattre de Voldemort, était probablement la pire chose qu'il puisse faire, mais il ne pouvait s'en empêcher.

Il n'arrivait pas à dormir, il ne parvenait pas à se détendre et il n'arriverait probablement pas à faire semblant ce soir. Pas avec la lettre qu'il avait reçue quelques heures plus tôt, la lettre qui reposait désormais sur le bureau du Directeur. La lettre qui déterminerait son futur, d'une manière ou d'une autre.

Jetant une fois encore un regard derrière lui, et constatant que le couloir était on ne peut plus vide, Draco lança une série de sortilèges de détection et de sorts de proximité, à l'abri sous sa cape. Lorsqu'il fut satisfait des résultats, il posa la main sur la vieille porte en bois devant laquelle il se tenait.

Ce ne fut qu'une fois le seuil franchi et la porte refermée et verrouillée, qu'il put enfin se détendre. Sa tête heurta le bois brut dans un bruit sourd, tandis qu'il fermait les yeux et inspirait profondément.

Par Merlin, il était tout retourné. Et il n'avait aucune idée de ce qu'il devait faire. Il avait sérieusement envisagé d'appeler Hermione ou de passer la nuit dans les locaux de l'Ordre, mais rien qu'à l'idée d'avoir à tout expliquer, de rencontrer un autre être humain, c'en était déjà trop pour lui.

Il avait ce qu'il lui fallait. Un endroit où personne n'entrerait, où il était à l'abri des yeux curieux et où il pourrait laisser tomber ses masques pour mieux les reconstruire par la suite. De nouveaux masques plus solides, qui pourraient résister à tout ce qui se déroulerait dans les prochains jours.

Lentement, il commença à gravir les escaliers, tout en maudissant intérieurement ce stupide escalier en colimaçon, mais il décida de ne pas faciliter son ascension avec de la magie. La colère s'évacuait ainsi, et quand il arriva enfin la porte du gymnase, il était haletant et marmonnait des injures entre deux respirations.

Retirant ses chaussures sans prêter autant d'attention à son apparence extérieure, il poussa la porte et pénétra dans la pièce, ressentant à peine le froid qui y régnait.

La pièce n'était pas vide, il n'était pas aussi seul qu'il l'aurait cru.

Sur les tatamis, un jeune homme était assis, un sorcier aux cheveux noirs familiers, sa baguette dirigée sur la poitrine de Draco.

Il fallut un moment à Draco pour retrouver sa voix, mais son masque fut de nouveau en place bien plus rapidement.

«Potter. Ne devrais-tu pas être dans ton charmant petit dortoir à cette heure de la nuit?» Demanda-t-il d'une voix plus froide qu'à l'habitude.

N'importe qui se serait hérissé en entendant le ton employé, ou lui aurait répondu avec une question aussi dure que la sienne. Une telle réaction aurait incité Draco à passer de la légère agressivité au mode 'attaque'.

Mais confiant, Harry Potter fit la seule chose suffisamment bizarre et inattendue pour déstabiliser Draco.

«Oui, je sais que je devrais y être.» Admis le Gryffondor sans la moindre hésitation, sans sembler remarquer le ton de Draco. «Mais je suis nerveux à propos de demain.»

Cela perturba complètement Draco. Il s'attendait à la colère et non à une confiance aveugle.

«Demain?» Demanda-t-il, sans se départir de son éloquence habituelle.

Harry acquiesça, sans remarquer que quelque chose n'allait pas avec Draco. «Demain. Quand Ron et les autres vont être introduits dans le Premier Cercle.» Expliqua-t-il.

Pendant un instant, Draco se contenta de le fixer. Il avait complètement oublié ce fait, même si ça avait occupé leurs esprits ces derniers jours.

«Oh! Demain.» Répéta-t-il faiblement, et abandonnant toutes tentatives de dignité, il se laissa tomber lourdement sur les tapis.

«Draco?» Le visage inquiet de Harry apparut dans son champ de vision, mais même la vue du fameux Gryffondor se traînant comme une limace sur le sol n'aurait pas amusé Draco ce soir-là. «Quelque chose ne va pas?»

«Non. Je vais bien.» Répondit Draco du tac au tac. «Es-tu en train de me dire que tu es trop inquiet pour réussir à dormir?»

Malgré la faible lueur des torches, Draco put tout de même voir Harry rougir d'embarras. Il nous faudra travailler le contrôle de ses rougeurs dès que possible, nota-t-il mentalement tandis qu'il attendait la réponse de Harry.

«Je sais que c'est stupide.» Dit doucement le Gryffondor. «Mais j'ai d'abord eu un cauchemar dans lequel Ron accusait Hermione et Snape de coucher ensemble avant de leur balancer le contenu d'une pensine dans la figure. Ensuite, j'ai rêvé que Snape tuait Ron, puis le cauchemar s'est transformé et cette fois, c'était Hermione qui tuait Ron, et enfin, j'ai rêvé qu'ils cachaient le corps ensemble. Depuis, je n'arrive plus à dormir.»

«Une nuit occupée.» Commenta sèchement Draco avant de voir Harry acquiescer d'un air las.

«Tu n'as pas idée.» Renchérit-il.

«Et quelle est ta véritable inquiétude? Que Weasley blesse Hermione ou que ce soit Hermione qui tue Weasley?»

Harry soupira. «Il n'y a pas que ça. Depuis la semaine dernière, je me demande comment l'Ordre réagira lorsqu'il découvrira la vérité pour Hermione et Snape. Cette relation, aussi folle soit elle, est la seule chose pure qu'elle possède, et je suis mort de peur à l'idée de ce qui se passera quand quelqu'un essayera de les séparer.»

«C'est quelque chose à laquelle je ne veux pas assister non plus.» Accorda faiblement Draco. «Te rappelles-tu comment elle était en octobre et novembre quand elle était agressive dès que tu la regardais de travers. Tous les jours, je m'attendais à apprendre sa mort. Et maintenant, en dépit de tout ce qu'elle traverse, elle me semble mieux qu'elle ne l'a jamais été. Grâce à Severus.»

«Ils ont l'air si heureux ensemble.» Murmura Harry. «Même si je me demande encore comment ils arrivent à trouver leur bonheur au milieu de tout ça… Comment peuvent-ils s'y retrouver dans toute cette folie et ces secrets?» Il rit, d'une rire froid qui exprimait l'autodérision. «Par Merlin, je ne comprends pas comment elle fait pour vivre avec Snape. Je sais qu'ils s'aiment, mais c'est toujours dur à croire.»

Draco sourit. Son esprit était comme ma bibliothèque.» Cita-t-il. «Et chaque fois qu'il l'ouvrait pour moi, je m'y faufilait avec bonheur.»

«Quoi?» Questionna Harry.

«C'est ce qu'elle m'a dit quand je lui ai posé la même question, il y a de cela quelques semaines. Je crois que c'est tiré d'un livre moldu.»

Harry renifla. «Compte tenu de la métaphore, Hermione aurait très bien pu être l'auteur de cette phrase.»

Ils gardèrent le silence, comme seuls des amis savaient le faire, et pendant un instant, Draco se sentit étonné de constater combien il se sentait bien avec Harry ces derniers temps, combien leurs conversations étaient naturelles et combien leurs pensées se rejoignaient, alors qu'il y a encore quatre mois, ils n'auraient pas pu rester tous les deux dans la même pièce plus de cinq minutes sans s'entretuer.

«Et toi. Quelle est ton excuse pour être là ce soir?» Demanda finalement Harry. «Ça se passe mal avec les Serpentards?»

Draco savait que Harry venait de lui fournir une explication sur un plateau d'argent: un simple hochement de tête accompagné d'un grognement évasif et tout serait entendu. Mais quand il ouvrit la bouche pour acquiescer, il réalisa à son plus grand étonnement qu'il avait envie de révéler à Harry la vérité, de lui confier comment sa vie avait tourné à la catastrophe le soir même.

Et c'est pour cette raison qu'au lieu de raconter n'importe quelle histoire au sujet de la stupidité de Crabbe et Goyle, il prit une longue inspiration. Il accrocha son regard dans celui de Harry en exprimant ses véritables sentiments bien plus qu'il n'avait l'habitude de le faire.

«Hermione m'a perverti.» Dit-il. «Je suis assis ici avec un Gryffondor dans une pièce indécelable au beau milieu de la nuit, et au lieu de prévoir la meilleure façon de me débarrasser de toi, je suis tenté de te parler de mes problèmes.»

«Gamin.» Rétorqua gentiment Harry et Draco ricana en retour. Etrangement, il constata que le poids sur ses épaules s'était un peu allégé. Il avait toujours peur de l'avenir, mais ce n'était plus aussi étouffant.

«J'ai reçu une lettre de mon père ce soir.» Commença-t-il à expliquer, tout en massant délicatement ses tempes. «Il a décidé qu'il était temps.»

«Le temps de quoi?» Demanda Harry, mais la tension sous-jacente qu'il y avait dans sa voix informa Draco que le Gryffondor avait une bonne idée de ce qui allait suivre.

«Qu'il était temps pour moi de servir notre cause. Jusqu'à présent, il a attendu pour que je ne risque pas d'être découvert. Mais dès l'instant où je serai diplômé et que je retournerai à la maison, il me conduira au repère de Voldemort pour y être marqué et entraîné comme un chien.»

Il put entendre l'amertume et la dureté dans sa propre voix et vit se refléter les mêmes sentiments sur le visage de Harry.

«Merde.» Fut la seule chose que prononça son ami. «Il n'y a pas moyen d'y échapper?»

Draco secoua simplement la tête.

«Il attend ce moment depuis que je suis né.» Dit-il d'une voix qui n'était plus qu'un murmure. «Il n'y a aucune chance qu'il me laisse me défiler. Ce qui me laisse deux possibilités.»

Il prit une grande inspiration. Il n'en avait jamais parlé à personne et le fait de le formuler à haute voix rendait les choses plus concrètes.

«Soit j'accepte la Marque des Ténèbres et j'essaie de survivre jusqu'à Halloween, soit je coupe les ponts avec ma famille et annonce officiellement que je suis de ton côté.»

Il déglutit difficilement. «Je sais que ça paraît dingue, mais être l'héritier du clan Malfoy était une chose bien plus importante dans ma vie que je ne le croyais. Si je refuse de suivre le chemin tracé par mon père, ils vont me déshériter. Je ne serai plus rien.»

Pendant un instant, il voulut hurler de rage contre cette injustice. Puis, il se souvint qui était assis en face de lui. Le garçon qui avait perdu ses parents à cause d'une prophétie avant même de les avoir connus. La même prophétie qui l'obligeait à combattre encore et encore le sorcier le plus maléfique de tous les temps. Il se sentit honteux.

«Je suis désolé.» Chuchota-t-il. Il ne restait rien de son habituelle arrogance et de sa fierté légendaire. «Je sais que c'est pathétique. Mais couper les ponts est la seule chose que je puisse faire. Et rien que d'en parler, ça fait mal.»

Aucune réponse ne vint, et quand Draco releva la tête pour voir le visage de Harry, il vit que son ami était plongé dans ses pensées.

«Peut-être pas.» Répondit finalement le Gryffondor.

«Quoi?»

«Tu n'auras peut-être pas à couper les ponts, du moins, pas avant Halloween.» Rétorqua Harry, l'esprit concentré sur le plan qui se formait dans sa tête.

«C'est insensé Harry.» Lâcha durement Draco qui ne voulait pas accorder de crédits à l'espoir qui lui brûlait la poitrine. «Voldemort et mon père veulent tous les deux que je sois marqué, il n'accepteront pas un refus de ma part!»

«Pas un refus.» Poursuivit Harry dont le visage exprimait désormais l'excitation. «Mais peut-être que si tu as une meilleure alternative, quelque chose qui te rendrait, à leurs yeux, plus utile qu'un simple Mangemort!»

«Comme quoi?» Interrogea Draco, sceptique.

«Comme… devenir l'assistant d'un professeur, rester à Poudlard après que nous l'aurons officiellement quitté.» Proposa Harry après un instant de réflexion. «Cela justifierait le fait que tu restes ici, et tu pourras dire, qu'étant un ancien Serpentard, tu seras soumis à une surveillance particulière. Ils ne prendront pas le risque de te marquer. Je suis sûr qu'une fois qu'Hermione aura été diplômée, ils auront besoin d'un nouvel espion dans le château. Ils devraient être satisfait si tu leur présentais une telle idée.»

«Mais comment pourrais-je convaincre un professeur de Poudlard de devenir son apprenti? Ils connaissent tous les allégeances de mon père, et il est évident qu'ils sont loyaux à Dumbledore…»

«Mais pas notre nouveau Maître des potions.» Argua Harry. «Elle est on ne peut plus neutre, et officiellement, elle ne sait pas que tu es un Mangemort en devenir. Tu es excellent en potions, et si Dumbledore lui parlait…»

«Potter», l'interrompit Draco d'une voix déterminée. «Je suis presque sûr que je vais le regretter, mais je ne peux pas m'empêcher d'admettre que tu es absolument brillant. Ça devrait pouvoir fonctionner.»

Et, enlaçant ses genoux, il se laissa gagner par le soulagement et l'espoir. Il répéta alors dans un murmure: «Ça devrait fonctionner!»

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«Hermione ne devrait-elle pas être ici aussi?» Demanda Ron alors qu'il prenait place, inquiet de savoir si son ancienne amie continuait de l'éviter.

On était samedi après-midi, et Ron, Fred et George, la guérisseuse Hestia Jones, le professeur Flitwick ainsi que le professeur Vectors venait d'être intronisé dans l'Ordre. Il y avait eu quelques moments forts, en particulier lorsque Draco était entré dans la pièce. Les jumeaux avaient alors dégainé leurs baguettes et le professeur Flitwick avait grogné d'un air indigné, mais mis à part cela, tout s'était bien déroulé et l'Ordre était désormais largement dépassé par une grosse dispute incluant les têtes rousses assises en face de Harry, autour de l'énorme table.

Cette question avait été la première chose qu'avait dite Ron en dehors des remerciements d'usage suite à son intronisation. Dumbledore avait directement enchaîné avec l'ouverture officielle de la réunion. Et comme presque tous les mots sortis de la bouche du jeune homme ces derniers temps, ces paroles avaient été inopportunes.

Au lieu de répondre, Snape se contenta de lui envoyer un regard si menaçant que Ron sembla se tasser sur sa chaise. Il se retourna alors et ne rencontra que les yeux venimeux de Draco Malfoy ce qui le força à baisser la tête.

Ce fut le Directeur qui répondit finalement à sa question. «Oui, elle aurait normalement du être présente pour cette réunion.» Acquiesça-t-il doucement. «Mais elle a été appelée à l'extérieur.»

«Appelée à l'extérieur?» Fred, ou George -Harry n'avait jamais su différencier avec certitude les jumeaux- demanda. «Par qui?»

«Où ça?» Ajouta l'autre jumeau, et sans même se concerter du regard, ils finirent d'une seule et même voix. «Et pourquoi?»

Cette fois, le regard de Snape engloba la totalité de la progéniture Weasley, y compris Bill qui leva les mains en signe d'innocence.

«La réunion n'a commencé que depuis cinq minutes.» Commença froidement Snape, en séparant bien et en articulant chaque mots. «Et vous avez déjà largement prouvé combien vous étiez immatures. Pourriez-vous juste faire en sorte d'ignorer les plaisanteries d'adolescents et ainsi essayer d'utiliser vos cerveaux comme il se doit?»

«Mais c'est ce que nous faisons.» Protesta l'un d'entre eux.

«C'est exactement…»

«Ce que nous…»

«Avons l'intention de faire:»

«Enchanter et amuser…»

«Nos pauvres sorciers.»

«Et maintenant, à propos d'Hermione?»

C'était une des choses que Harry avait toujours admiré chez les jumeaux: ils étaient capables de plaisanter, de changer totalement de sujet et d'entraîner avec eux tous les autres, sans pour autant oublier de ce dont ils parlaient à l'origine.

Pendant tout ce temps, Snape avait essayé de les distraire. En vain.

Ce fut Dumbledore qui répondit à la question, sachant probablement que Snape de réagirait pas bien face aux jumeaux Weasley. Harry avait remarqué au cours des semaines précédentes que lorsque Hermione était absente du château, leur Chef des renseignements était légèrement tendu. Ce n'était pas évident, mais Harry avait fait le lien.

Quand Hermione n'était pas là, les réactions de Snape étaient un brin plus vives, ses répliques légèrement plus tranchantes et son humeur empirait. En effet, Harry avait vu Snape faire preuve de tendresse au cours des mois passés, même si seule Hermione en bénéficiait. Sans elle, il perdait peu à peu ce qui faisait de lui un être humain.

«Vous êtes prévenus qu'il n'y a que deux fonctions officielles au sein de l'Ordre –celle de leader, que j'assume, et celle de chef de l'espionnage, qui est de la responsabilité de Severus Snape.» Commença-t-il en guise de courte introduction sur l'organisation du Premier Cercle. «Pendant un moment, nous avons songé à créer une troisième responsabilité, dont le rôle aurait été la coordination du premier et second cercle, mais mis à part cela, chacun dans l'Ordre est considéré sur le même pied d'égalité. Chacun a donc le droit aux mêmes informations et doit être attentif aux risques qui en découlent lors des missions qui vous sont attribuées. Il y a cependant quelques membres qui importent particulièrement de par leur rôle clef.»

«Votre père.» Il désigna Arthur Weasley. «Est nos yeux et nos oreilles au Ministère, tout comme Tonks l'est chez les aurors. Draco nous tient informés des opinions et des projets des plus… traditionnels sangs purs.» La description provoqua un sourire à Arthur Weasley ainsi qu'un haussement de soucis de la part de Draco.

«Remus Lupin est notre contact chez les loups garous, tout comme Hagrid -qui appartient au second cercle- est chargé de communiquer avec les géants. Et Miss Granger,» Dumbledore hésita un instant, incertain de la façon dont il devait annoncer la chose. Puis il considéra qu'il avait affaire à des Gryffondors et opta pour une approche franche. «Miss Granger est notre espion parmi les Mangemorts les plus importants.»

Harry put entendre un couinement à sa droite et tourna la tête juste à temps pour voir le professeur Flitwick manquer de tomber de sa chaise, et qui ne dut son salut qu'à la main salvatrice du professeur McGonagall.

«Miss Granger.» Demanda le minuscule enseignant qui n'en croyait visiblement pas ses oreilles. «Un espion?»

A sa gauche, Harry put capter le roulement hautain des yeux résignés de Snape. «Oui, une espionne, dans le Premier Cercle, depuis plus de six mois. Oui, nous en avons la preuve, non, nous ne l'arrêterons pas, et oui, elle est plus que compétente dans son domaine. Ce qui devrait répondre à toutes vos questions, il me semble.»

Il n'attendit pas assez longtemps pour leur donner une chance de protester et poursuivit d'une voix qui ne laissait aucune place à une argumentation différente de la sienne. «Et nous n'allons plus aborder le sujet, je peux vous l'affirmer. Nous avons des choses plus importantes à traiter que de satisfaire votre attirance pour tout ce qui est sensationnel.»

Cela fit effectivement taire Flitwick ainsi que Vector, qui avait déjà ouvert la bouche pour leur faire part de son incrédulité. Cette dernière referma donc la bouche en un claquement de dents sonores.

Cependant, les jumeaux Weasley, qui n'étaient connus ni pour leur subtilité, ni pour le respect des règles, et malgré le regard de Snape menaçant de les mutiler, de les torturer avant de les achever, fixèrent Dumbledore comme s'il leur avait présenté un tout nouveau et inattendu jouet.

«Hermione…» Commença l'un d'entre eux.

«Est une espionne…»

«Infiltrée chez les Mangemorts?» Demandèrent-ils et Dumbledore acquiesça, s'attendant vraisemblablement à une réaction choquée, sans oublier combien les deux jeunes frères accorderaient de l'importance à ce fait.

Mais il ne les connaissait pas aussi que Harry qui ne put retenir un large sourire quand il vit leur expression. S'il ne se trompait pas totalement, Hermione serait sujette à une véritable pluie de questions dès l'instant où elle apparaîtrait. Mais ça ne concernerait pas ses motivations ou la façon dont elle s'y était prise.

Harry s'attendait à des questions d'ordre plus pratique, du style: quel était le sortilège de dissimulation le plus efficace, comment Voldemort protégeait-il son quartier général contre les sorts d'écoute et quels gadgets avaient trouvé grâce à ses yeux en tant qu'espionne. Ils développeraient probablement une nouvelle gamme de produits et insisteraient pour qu'elle les teste.

Mais évidemment, Dumbledore ne connaissait pas parfaitement les chemins tortueux et légèrement effrayants de l'esprit des jumeaux. C'est pourquoi l'expression totalement réjouie qui fendit leurs visages prit le Directeur par surprise.

«Génial!»Proclamèrent joyeusement et de concert les jumeaux. Ainsi fut clos le sujet.

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Mais ce ne serait pas la dernière fois ce soir que le statut d'Hermione occuperait les pensées de l'Ordre.

Ils avaient presque fini leur réunion quotidienne qui, soit dit en passant, avait été utile et ponctuée de nombreux regards et commentaires sarcastiques de la part de Snape à l'attention de Ron jusqu'à ce que le Gryffondor évite absolument de croiser le regard de son ancien professeur, lorsque l'une des tapisseries commença brusquement à rougeoyer juste avant qu'Hermione ne la traverse en trébuchant et manquant de s'écrouler à cause de son empressement.

«Severus!» S'écria-t-elle, et l'instant d'après, il était à ses côtés, la soutenant et inclinant la tête de la jeune femme avec une main, exactement comme ils le faisaient si souvent depuis ces derniers mois.

Harry savait désormais combien Hermione avait terriblement besoin de la force de Severus après chaque rassemblement, mais il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il s'agissait tout de même d'un échange bien étrange. Pourtant, Snape garda le visage de la jeune femme relevé et ses yeux plongèrent dans ceux d'Hermione. Il n'y avait aucun geste de réconfort dans la façon dont il la touchait, et son visage se fit aussi pâle et inexpressif que celui de la jeune femme.

Ils semblaient… statufiés, comme gelés dans un moment d'inaction, et Harry douta sérieusement que cette attitude puisse réconforter Hermione de quelques manières que ce soit.

Soudain, le charme fut rompu et leur chef des renseignements se mit en action.

«La maison sécurisée numéro quatre va être attaquée dans quelques minutes.» Aboya-t-il tandis qu'Hermione s'écroulait dans le fauteuil, les yeux fermés de fatigue et sa tête reposant sur le dossier. Avant que les autres n'aient assimilé l'information, Severus était déjà devant la cheminée et avait établi une connexion avec la maison menacée.

En temps normal, l'image d'un Snape agenouillé, la tête dans les flammes vertes, aurait pu être comique, mais l'écho des cris de Mundungus Fletcher leur parvint aux oreilles et Harry était bien trop déboussolé par la situation pour profiter du moment. Même les jumeaux Weasley semblèrent n'avoir rien remarquer. Leurs regards allaient de Snape à Hermione avec un regard non pas amusé mais surpris.

«Mundungus», cria Snape. «Je sais que tu es là, alors bouge tes fesses jusqu'à cette cheminée immédiatement ou il t'en coûtera ta pathétique petite vie!»

D'un ton rude, ce qui avait le don de remuer l'insignifiant voleur, Snape ordonna à Fletcher de rassembler ses affaires et d'utiliser son portoloin d'urgence pour se rendre à Square Grimmauld. Pendant ce temps, Hermione ne sembla pas remarquer ce qui se passait autour d'elle. La plupart des membres de l'Ordre s'était levé lors de son entrée. Ils avaient regardé Snape hurler ses ordres avant de commencer à arpenter la pièce dans sa longueur, de regarder la carte enchantée au plafond ou tout simplement de fixer la partie encore visible de leur chef des renseignements.

«Tu dois déguerpir immédiatement! Laisse tout derrière toi de manière à ce que ça n'ait pas l'air d'une fuite trop récente ou suspecte. Fais vite. Les Mangemorts vont débarquer d'ici quelques minutes!»

Comme la connexion au quartier général était à sens unique, Fletcher ne pouvait se contenter de passer dans la cheminée. Square Grimmauld, qui était désormais la maison sécurisée numéro un depuis que le QG avait été déplacé à Poudlard, était encore protégé par de puissants sortilèges et possédait des connexions au réseau de cheminées à double sens pouvant être utilisés par les membre de l'Ordre. Suivant les procédures d'urgence mises en place par Snape dès que celui-ci s'était vu confié la charge de chef des renseignements, Fletcher devrait s'y rendre et rester jusqu'à ce que les éventuels sortilèges traceurs soient devenus obsolètes ou toute autre menace aient été écartée.

«Je me fiche de tes objets volés, Mondungus!» Hurla une fois encore Snape. «Contente-toi de déclencher le sortilège abditum et sauve-toi, ou tu vas mériter chacun des doloris qu'ils vont t'infliger. Maintenant!»

Harry put voir Madame Weasley sursauter lorsque le dernier ordre fut lancé puisqu'il leur parvint haut et clair aux oreilles à cause du silence régnant dans la pièce. Quelques instants plus tard, Snape sortit la tête, pris une autre poignée de poudre de cheminette et se plaça de nouveau dans l'âtre.

Le sortilège abditum, se souvint Harry légèrement étourdi –alors que Snape pressait Fletcher d'un ton parfaitement antipathique, lançait un sortilège pour vérifier la sécurité des autres résidences, indiquait aux occupants de rester à l'abri jusqu'à nouvel ordre et appelait de nouveau la maison pour être sûr que Mondungus était bien parti- était un autre ingénieux petit sort inventé par Hermione et Snape.

Lancer ce sort permettait de laisser le lieu dans un état d'abandon, transformant n'importe quelle demeure habitée en une ruine pleine de poussière. Quand les Mangemorts atteindrait la maison, ils ne trouveraient rien d'autre qu'une vieille bâtisse délabrée qui donnerait l'impression de ne pas avoir été habitée depuis quelques années.

Quand Harry avait découvert toutes les améliorations apportées par Snape depuis que ce dernier était devenu chef de l'espionnage, il en avait d'abord été irrité. Il lui avait en effet semblé naturel qu'il ait des protocoles pour assurer la sécurité ainsi que des procédures d'urgence. Il ne fallait pas être un génie pour comprendre que la plus importante protection dont ils disposaient était le secret. Mais comme la plupart des sorciers, Dumbledore n'avait jamais fait preuve d'une grande discrétion, et ce, malgré la capacité qu'il avait de vous surprendre avec son immense connaissance.

Peut-être leur fallait-il un espion pour leur apprendre l'art du secret et de la ruse, peut-être leur fallait-il une personne habituée à avoir une couverture, quelqu'un qui vérifie chaque porte à chaque fois qu'il pénètre dans une pièce, pour apprendre à l'Ordre à devenir une organisation plus professionnelle. Pour toutes ces raisons, Harry était très heureux que Snape veille à tous ces détails. Avec Hermione.

Moins de cinq minutes après l'arrivée d'Hermione à travers les tapisseries, la maison sécurisée numéro quatre avait été désertée, ses habitants mis à l'abri et la cheminée avait été déconnectée. Snape s'était déplacé si rapidement et avec tant d'efficacité que ce ne fut que lorsqu'il eut fini que les membres de l'Ordre comprirent véritablement ce qui venait de se passer. Aussi soudainement qu'il avait réagi, toute la tension quitta son corps et il se dirigea vers Hermione.

«Une tasse de thé?» Lui demanda-t-il doucement, et elle acquiesça sans même ouvrir les yeux.

«Il a déguerpi?» Demanda-t-elle.

«Oui. Même s'il se plaignait d'avoir à laisser derrière lui quelques affaires. La maison semble parfaitement inutilisée. Veux-tu me donner les détails maintenant, ou cela peut-il attendre plus tard?»

«Il vaut mieux que je te les donne maintenant. Il est possible que j'aie oublié quelque chose d'essentiel.»

Une fois encore, Hermione ouvrit les yeux et capta le regard de Snape. Un silence pesant tomba sur eux, comme s'ils avaient quitté leurs corps et qu'ils dialoguaient à un niveau qu'aucun des autres ne pouvait atteindre.

Aussi brusquement qu'elle avait commencé, la connexion se brisa et Snape s'éloigna de la cheminée, se servit une tasse de thé dans laquelle il ajouta deux cuillères de sucre avant de la tendre à Hermione qui la prit avec reconnaissance.

«Je lui ai dit une bonne centaine de fois de ne pas utiliser les hiboux.» Commenta-t-il avec une pointe de colère.

«Bien sûr que tu l'as fait.» Rétorqua-t-elle calmement en sirotant son thé avec un plaisir évident. «Mais c'est dans la nature humaine de ne pas tenir compte des conseils.»

«Quelqu'un pourrait-il m'expliquer ce qu'il se passe?» Demanda Bill Weasley dont l'irritation était à peine dissimulée.

Personne n'avait osé proférer la moindre parole, et même Dumbledore semblait sérieusement ébranlé par cette représentation incompréhensible. Mais maintenant que le silence avait été rompu, Harry entendit plusieurs voix faire écho à la demande de Bill.

«Hermione m'a fait son compte-rendu et j'ai agi en conséquence.» Répondit Snape, qui ne voulait visiblement pas expliquer leur étrange interaction.

«Je n'ai rien vu qui ressemblait à un rapport.» Protesta Remus, et une fois encore, Hermione et Snape partagèrent un de leurs étranges et silencieux regards.

«Ce serait mieux.» Dit-elle finalement, comme s'il s'agissait de la suite d'une argumentation. «Il ne l'accepteront pas autrement.»

«Tu en es sûre?» Lui demanda Snape, qui la détaillait de ses yeux inquisiteurs.

Elle hocha la tête avec lassitude. «A toi les honneurs. J'ai besoin d'un moment de repos et d'une autre tasse de thé.»

«De quoi êtes-vous en train de parler tous les deux, pour l'amour de Merlin.» La patience de Tonks venait de s'envoler. «Avez-vous développer des capacités de télépathes, ou quelque chose du genre?»

Snape sourit très légèrement tandis qu'Hermione se détournait d'eux, ignorant complètement l'ensemble de l'Ordre comme si elle était seule dans la pièce. «Dans le mille, chère Tonks.» Rétorqua-t-il, et si Harry n'avait pas été complètement confus, il aurait ricané en constatant l'habilité du Serpentard à transformer toutes les situations en scènes mélodramatiques.

«Peu de temps après qu'Hermione et moi avons commencé à travailler ensemble, nous avons découvert accidentellement qu'il était possible pour deux experts en légilimencie de transmettre et de recevoir des pensées, des images et même des chapelets entier de souvenirs. Il nous a fallu nous entraîner, mais c'est devenu la façon la plus efficace de partager des informations à laquelle j'ai jamais eu accès.»

Harry regretta soudain de ne pas avoir continué ses leçons d'occlumancie en cinquième année.

«Vous voulez dire que vous pouvez communiquer ensemble par la pensée?» Demanda-t-il, sans cacher son admiration. Snape acquiesça.

«Nous avons cependant besoin d'un contact visuel ou physique.» Ajouta-t-il calmement. «Mis à part ça, nous n'avons pas encore découvert d'autres limites à cette faculté.»

A en juger par leurs expressions, la moitié des membres de l'Ordre mouraient d'envie de poser des questions, de commenter et de discuter de cette nouvelle révélation. Mais comme toujours, les jumeaux furent les plus rapides. Harry aurait d'ailleurs pu prédire leur réaction.

«Donc vous pouvez discuter sans que personne ne s'en aperçoive?» Demanda l'un d'eux, et Snape confirma, souhaitant visiblement clore le sujet.

«Même si vous êtes à l'opposé dans la pièce? Sans que personne ne s'en aperçoive?» Un autre hochement de tête accompagné d'un regard lourd de sens.

«C'est génial!» Ajouta l'autre, et avec une synchronisation parfaite, ils posèrent la question à laquelle Harry s'attendait depuis qu'ils avaient pris la parole: «Vous pouvez nous apprendre?»

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Alors? Toujours intéressés pour la suite?