Quand la Lionne se bat
Chapitre 48: And foul is fair
« Draco », s'exclama une voix exubérante qui le fit tiquer.
« Alors, il y a... »
« Notre ancien Serpentard... »
« Juste à côté de notre Sauveur international! »
« Dis moi encore une fois pourquoi ils sont devenus membres », chuchota Draco à Harry sans même desserrer les dents, faisant ainsi glousser ce dernier.
« Ils ne sont pas si terribles, tu verras. Tu dois juste mettre de côté ton amour propre et accepter le fait qu'ils sont une véritable catastrophe ambulante. » Répondit-il à son ami, dont l'expression septique sur le visage exprimait combien il était peu rassuré par ces paroles.
Les jumeaux Weasley avaient désigné leur proie et se dirigeaient désormais vers Harry et Draco lorsque celui-ci se leva brusquement du sofa et se dirigea vers la grande table ovale, en entraînant tout naturellement le Gryffondor à sa suite.
« Severus », appela-t-il, légèrement désespéré, si bien que Harry ne put s'empêcher de lever les yeux aux ciel.
« Oui? » Demanda avec un brin d'ennui leur chef des renseignements qui venait tout juste de quitter son bureau. « Qu'y a-t-il, Draco? »
« Et bien, Harry et moi avons... cette chose dont nous voulions te parler. » Improvisa-t-il en lançant un regard par dessus son épaule.
Les yeux de Snape se posèrent sur les jumeaux , puis sur Harry et enfin sur Draco. Pendant un instant, Harry aurait juré voir les lèvres de son ancien professeur se tordre d'amusement.
« Très bien » Acquiesça-t-il rapidement. « Venez dans mon bureau. Nous avons environ dix minutes avant que la réunion ne commence. »
Tout en traînant toujours Harry comme s'il s'agissait d'une poupée, Draco se précipita presque dans le bureau et soupira de soulagement lorsque Snape referma la porte derrière eux.
« Maintenant, y a-t-il vraiment quelque chose dont vous vouliez me parler? » Demanda le plus âgé dont les lèvres s'étiraient plus visiblement que précédemment. « Ou est-ce seulement un subtile plan pour échapper aux deux têtes rousses? »
Comme s'il réalisait soudain avoir baisser sa garde, Draco se raidit immédiatement et reprit son attitude aristocratique et ennuyée. Cette fois, ce fut Harry qui sentit ses lèvres s'étirer.
« En fait, il y a quelque chose d'important. » Annonça le Serpentard. « Harry et moi avons discuté du plan d'Hermione, et nous pensons avoir trouvé une solution pour une éventuelle faille. »
L'attention se Snape fut immédiate et Harry dut s'empêcher de se tortiller de gêne sous le regard noir et intense.
« Quelle faille? » Demanda Snape.
Harry n'aurait pu émettre qu'un grognement inarticulé, mais heureusement pour lui, le Serpentard à ses côtés étaient immunisé contre l'aura de Snape.
« De ce que j'en sais, Hermione envisage de présenter son plan à Voldemort dès que son statut parmi les Mangemorts sera assez important, n'est-ce pas? » Questionna Draco. Snape acquiesça impatiemment.
« Et bien, Harry et moi nous demandons si ça ne provoquerait pas plus de suspicion qu'autre chose. Pourquoi ne l'aurait-elle pas proposé plus tôt, et pourquoi aurait-elle choisi Tintagel plutôt que de proposer un lieu plus proche du Terrier ou de Poudlard? Par contre, si son plan venait en réponse à quelque chose, si elle le présentait suite à une information que Voldemort aurait découverte... »
C'était typique de Draco. Ils étaient debout dans le bureau du chef des renseignements avec un Snape dont l'agacement et l'impatience ne faisait que croître comme un ciel qui devient orageux, et Draco ne pouvait s'empêcher de faire durer le suspense. En d'autres circonstances, Harry l'aurait laissé raconter son histoire à son rythme, mais il était bien trop conscient de l'Ordre qui se tenait dans la pièce adjacente et de la réunion qui devait avoir lieu sous peu. C'est pourquoi il prit la parole.
« La prophétie. » Dit-il calmement, et Draco souffla comme un acteur qui viendrait d'être poussé en coulisses. « Nous pensons que si quelqu'un pouvait manipuler la prophétie -de manière à lui faire dire que la seule façon de me tuer est de le faire lors d'une nuit d'Ancienne Magie, en un lieu antique- et si Hermione pouvait donner cette prophétie oubliée à Voldemort, son plan serait alors la seule solution au problème du Seigneur des Ténèbres. Personne ne poserait de question. »
Quelque chose changea dans le regard de Snape, mais Harry ne put déterminer quoi.
« Et comment Hermione a la moindre chance de vous faire sortir du château une de ces nuits-là, si vous vous savez vulnérable, Potter? »
Harry resta bouche bée. La question n'était... qu'une question! Ce n'était pas une menace voilée avec un ton inquiétant, comme lorsqu'il demandait lors d'un cours de potion : « Que croyez-vous être en train de faire? » Non, cette fois, Snape attendait juste sa réponse comme s'il y portait un véritable intérêt.
« Si Hermione a pu me convaincre de lui montrer mes souvenirs, dans une pensine, par exemple », répondit-il après un instant de réflexion, « ne pourrait-elle pas les avoir modifiés, ou en avoir supprimé une partie, de manière à ce que je sois inconscient du danger? »
Une fois encore, Snape le fixa avec un expression indéchiffrable, et sans la douloureuse sensation dans sa poitrine, Harry n'aurait pas prit conscience qu'il avait cessé de respirer. En l'espace que peu de temps depuis la Nouvelle Année, Snape était remonté dans son estime, et il comprit soudain, qu'il voulait que cet homme le respecte, tout comme il voulait depuis quelques jours que Draco l'apprécie.
Et dire que je l'appelais 'bâtard graisseux' il y a moins de six mois!
Finalement , Snape acquiesça. « Votre idée a du mérite. » Accorda-t-il, et Harry sentit la fierté s'insinuer dans sa poitrine. C'était le meilleur compliment que lui avait jamais fait Snape.
L'ancien professeur les observa encore un instant, son regard indéchiffrable se posa tout d'abord sur Draco et ensuite il s'attarda bien plus longtemps sur Harry.
« Très bien, préparez un plan d'action détaillé et le texte altéré de la prophétie. Soyez prêts à le présenter pour la fin de la semaine prochaine. »
« Quoi? Nous? » Demanda Harry, partagé entre la fierté et la peur de devoir expliquer ça à un ensemble de personnes plus âgées que lui.
Snape lui adressa un petit sourire narquois. « Évidemment. » Confirma-t-il. « Après tout, c'est votre idée, n'est-ce pas? »
Il posa de nouveau ses yeux brièvement sur Harry, puis se tourna vers Draco. « Y a-t-il du nouveau au sujet de ton apprentissage? » Demanda-t-il, alors que Draco répondait par un sourire moqueur.
« Ça avance. » Dit-il à son ancien Directeur de maison. « Je me comporte de mon mieux devant elle et suis déjà allé la voir deux fois pour lui demander des informations complémentaires. J'ai alors fait mention de travaux personnels et elle a semblé très intéressée. Je crois savoir que Dumbledore a prévu de lui parler dans deux semaines. »
Snape acquiesça. « Très bien. Nous devrions... »
Le cri perçant d'un oiseau l'interrompit. En deux pas, Snape était devant la fenêtre et l'ouvrait. Il lui fallu encore moins de temps pour récupérer le message, le lire et quitter la pièce en un tourbillon de robes. Il laissa la porte ouverte, laissant clairement penser qu'il voulait que les deux jeunes hommes quittent son bureau. Il le leur accorda cependant pas le moindre regard.
La plupart des membres de l'Ordre étaient désormais arrivés, et tous les yeux se tournèrent curieusement vers leur chef des renseignements , alors qu'il se dirigeait -non, se précipitait- vers la cheminée sur le rebord de laquelle un miroir orné reposait. Ce ne fut que lorsque Snape toucha une série de fleurs et de baies décorant le cadre, et qu'il prononça un sort que Harry réalisa qu'il s'agissait un fait d'un autre moyen de communication.
« Robin », dit-il brusquement. « Que se passe-t-il? »
Lentement, Harry s'approcha de Snape et du miroir, remarquant du coin de l'oeil que les autres membres de l'Ordre faisaient de même. Il tendit le cou pour voir ce qu'il y avait dans le miroir, mais même en se mettant sur la pointe des pieds, il ne put discerner autre chose qu'une silhouette brumeuse, impossible à identifier.
« Maître », répondit une voix éraillée en provenance du miroir. « Mauvaises nouvelles, j'en ai peur. Nous avons découvert que Petit Jean était rentré à la maison. »
« Petit Jean », demanda Snape, d'une voix soudainement aussi froide que la glace, rappelant vaguement quelque chose à Harry. « Où? »
« Nottingham. Je n'en sais pas plus. Freya l'a trouvé et elle m'a contacté pour me dire qu'il était parti et qu'elle avait sa mallette. Ils sont à Walhalla pour l'instant, cachés jusqu'à ce qu'elle aie récupéré ce dont nous avons besoin. Je suis désolé, Maître. »
« Tu as bien fait, Robin. » Répondit Snape, toujours sans la moindre once de sentiment. « Informe les voleurs et les dieux nordiques. Et contacte moi dès que tu as du nouveau. »
L'ombre du miroir acquiesça, puis de nouveau, Snape toucha une série de fleurs et de baies, d'un mouvement rapide et précis. Il ne bougea pas lorsque la connexion fut coupée. Il continua à scruter le miroir comme si ce dernier allait lui révéler ses secrets, la main gauche, toujours appuyée sur rebord de la cheminée, la main droite sur un bouton de rose sculpté.
« Severus », intervint Dumbledore lorsqu'il fut évident que le maître-espion ne se retournerait pas de son propre chef. « En quoi consistait le message? »
Snape se tourna alors et Harry dut se forcer à ne pas reculer. Toute vie semblait avoir quitté le visage de l'homme, seules ses lèvres formaient encore un sourire railleur.
« Un de mes espions a été retrouvé mort cette après-midi, Albus. » Répondit-il de la voix arrogante à laquelle était habitué Harry en cours de potions. « Un autre espion est parvenu à mettre en sécurité son corps avec ses notes codées, et l'a emmené dans la maison sécurisé numéro sept. C'est tout ce que je sais. »
« Un espion? » Demanda Harry, la poitrine soudainement serrée. Remus était là et il avait vu Hermione dans l'après-midi, mais Tonks ne s'était pas encore montrée, et il savait qu'elle espionnait les aurors pour eux. « Quel espion? On le connaît? »
« Non, Potter », répondit Snape d'un air railleur grandissant, tandis qu'il gagnait sa place à la table. Il était le seul à être assis. Les autres s'étaient rassemblés en petits groupes dans le salon, en regardant Snape prudemment. « Il y a beaucoup plus de personnes engagées dans cette guerre que vous ne le soupçonnez. Petit Jean était l'un d'entre eux, et maintenant, il est mort, son identité importe encore moins qu'avant. Pouvons-nous commencer la réunion? J'ai une soirée chargée en perspective. »
Harry et Remus qui se tenaient debout à sa gauche échangèrent un long regard soupçonneux. Bien qu'il soit difficile pour Snape de baisser dans l'estime de Remus ces jours-ci, il trouvait, tout comme Harry, que son manque de réaction était étrange.
« Je suis désolé, Severus. » Dit finalement Remus, en s'approchant doucement de Snape, une main tendue, comme pour le consoler. « Tu dois être dévasté par cette perte. Je ne peux qu'imaginer ce que tu ressens... »
« Toujours à faire preuve d'imagination, Remus. » Aboya Snape d'une voix si mordante que le loup-garou recula involontairement et se protégea le visage avec le bras.
« Il n'y a aucune raison d'être dévasté. Pas plus qu'il n'y en a de lambiner, alors pouvons-nous commencer, s'il vous plaît? »
Mais Remus, en bon Gryffondor qu'il était, ne lâcha pas l'affaire, et Harry remarqua que Draco levait les yeux au ciel, en signe d'irritation. Si Snape voulait qu'on le laisse tranquille, Harry pouvait clairement lire sur le visage de son ami que c'est ce qu'il fallait faire. C'était mieux que de se faire mordre...
« Severus, je sais que tu es en colère contre toi-même, mais crois-moi, c n'est pas ta faute. Tu ne pouvais rien faire... »
« Je me sentirais beaucoup mieux si tu gardais tes pathétiques tentatives de psychologie pour toi, Lupin. » Siffla le brun, d'une manière qui laissait sous-entendre clairement une menace. « Tu n'as aucune idée de ce que j'aurais pu faire si j'avais voulu... »
On y est, songea Harry. Il connaissait ce ton. Maintenant, Snape était hors de lui. Officiellement.
Habituellement, cela signifiait un cours de potion infernal, et à en juger par l'expression des membres de l'Ordre autour de lui, les personnes présentes n'étaient guère différentes d'une classe de sixième année en potions. Remus s'était tu, mais c'était désormais Dumbledore et Flitwick qui faisaient de leur mieux pour l'apaiser. Harry avait envie de leur dire de ne pas s'en mêler. Même Draco baissait la tête et se faisait oublier quand leur professeur était dans cet état.
Alors que la température de la pièce avoisinait le zéro, Harry se replia vers le mur du fond où se trouvaient la majorité des tapisseries. Ce ne fut qu'une fois là-bas, qu'il remarqua que l'une d'entre elles commençait à rougeoyer avant de laisser apparaître Hermione.
Partageant un bref sourire avec son ami, ses yeux noisette embrassèrent la pièce en une fraction de secondes, et leur expression s'assombrit aussitôt.
« Que s'est-il passé? » Demanda-t-elle à Harry alors que Snape adressait une remarque cinglante à Flitwick qui recula comme s'il venait d'être frappé.
« Nous avons reçu un message indiquant que l'un de nos espions a été tué cette après-midi. Quand Remus a tenté de lui parler, il a basculé en mode 'bâtard'. »
« Quel espion? » Demanda Hermione d'une voix aussi froide et impressionnante que celle de Snape un peu plus tôt. Harry réalisa alors soudain pourquoi ce ton lui avait alors semblé si familier. La même froideur avait teinté la voix et le visage d'Hermione, dans la clairière, après avoir tué Théodore Nott.
« Petit Jean », répondit-il.
« Un des voleurs, donc », pensa Hermione tout haut. « Ils étaient basés près de l'Allée des Embrumes cette semaine. Est-ce Robin qui vous a informé? »
« Oui, mais il a été retrouvé par quelqu'un du nom de Freya. »
« Etrange. Qu'est-ce qu'un dieu nordique faisait dans ce secteur? A-t-il dit autre chose? »
« Seulement qu'elle avait emmené Petit Jean à Walhalla. Qu'est-ce que ces codes signifie, Hermione? »
Mais Hermione ne sembla pas vouloir répondre. Elle était concentrée sur Snape, qui en avait maintenant fini avec Flitwick et se tournait vers McGonagall.
« Que lui a dit Remus? »
« Seulement qu'il devait être dévasté et que ce n'était pas de sa faute, je crois. »
Quelque chose se durcit dans l'expression d'Hermione.
« Remus a été stupide de dire ça. » Siffla-t-elle.
« Pourquoi? Il voulait seulement aider. »
Elle adressa un bref regard à Harry, son visage indiquant clairement le peu d'intérêt qu'elle accordait à cet argument.
« Severus a recruté Petit Jean personnellement. Bien sûr que c'est de sa faute si il est mort, même indirectement. »
Harry la fixa, choqué, ne sachant pas pas si sa stupéfaction était due à cet étrange commentaire ou au fait que, pour la première fois de sa vie, il ressentait le besoin de parler en faveur de Snape. Mais avant qu'il n'ait pu prendre conscience de cette étrange réaction, une voix régla la question à sa place.
« On chuchote dans un coin comme des élèves de première année? » Ricana Snape de la plac où il était assis. « Je vois que vous avez gagné en maturité en entrant dans le premier cercle, Potter. J'ai toujours trouvé que cela vous manquait. »
« Maintenant, Severus, comme je ne vais pas déverser toute ma pitié et ma compassion sur toi, il est inutile de te comporter comme un élève bougon de quatrième année. » Annonça Hermione d'une voix traînante, mais suffisamment forte pour que tout le monde entende. La pièce se refroidit encore un peu plus.
Mis à part Maugrey et peut-être Dumbledore, chaque membre de l'ordre avait déjà subit au moins une fois le courroux du Maître des Potions. Ils savaient tous qu'il n'y avait qu'une seule façon de survivre quand il était à ce point caustique: baisser la tête, attendre patiemment que la tempête passe et courir se mettre à couvert à la moindre occasion.
Toute personne ayant tenté de tenir tête à Snape pendant un accès de rage avait été déclaré perdant voir pire. Et maintenant, alors que l'humeur de Snape égalait de sommets encore jamais atteints même par ses anciens collègues, Hermione passait à l'attaque.
Ils seraient chanceux si elle y survivait.
« Ah, Hermione », susurra Snape d'une voix qu'Harry n'avait entendu qu'une seule fois auparavant, en troisième année, alors que son professeur menaçait Sirius de sa baguette. « Ne me dis pas que tu veux participer, parce que j'ai l'habitude que tu n'interviennes que pour me faire perdre mon temps! »
Chacun recula. Ils savaient tous combien Snape était devenu important pour Hermione ces derniers mois, et Harry fut fortement tenté de lancer un sort à son ancien professeur pour la méchanceté dont il faisait preuve. Les remarques scabreuses qu'il avait pu faire avant n'étaient rien à côté de ça.
Mais Hermione se contenta de sourire, un sourire sauvage qui exposa ses canines de façon menaçante.
« Mais je n'aurais pas l'audace de te surprendre, Severus. » Rétorqua-t-elle, et Harry était sûr de ne jamais avoir entendu cette intonation de la part de son amie, pas même lorsqu'elle menaçait Ron. « Parce que nous savons tous combien tu réagis mal quand quelqu'un contrarie l'intégralité de tes préjugés! »
« Mes enfants... », supplia le Directeur, mais deux mains les levèrent immédiatement, lui signifiant de garder le silence. Harry aurait été surpris et amusé de cette nouvelle preuve de leur ressemblance s'il n'avait pas été choqué par la façon vicieuse qu'avaient Hermione et Snape de se déchirer.
« Tu n'es même pas assez âgée pour comprendre la différence entre préjugés et faits, Hermione. » Poursuivit Snape comme s'ils n'avaient jamais été interrompus. « Ne devrais-tu pas retourner à tes jeux et laisser les véritables problèmes à ceux qui sont capables de les gérer? »
« Je ne vois personne plus capable que moi ici, je ne vois qu'une personne qui s'apitoie sur son sort, trop borné pour admettre qu'il n'est pas parfait. » Rétorqua-t-elle.
« Je ne m'attendais pas à ce qu'une Sang de bourbe comprenne un concept tel que l'honneur sorcier! » Gronda Snape, alors que leurs auditeurs reculaient encore d'un pas.
« On se replie sur un terrain connu, n'est-ce pas, Severus? » Se moqua Hermione, sa voix aussi tranchante qu'une lame de couteau. « Tes vieux copains te manquent ces jours-ci? Peut-être n'es-tu pas si affecté de la perte de ton espion, après tout? »
« Miss Granger », résonna dans la salle la voix outrée de McGonagall. « Qu'est-ce qui vous prend, pour l'amour de Merlin? »
« C'est juste la stupidité de la Je-sais-tout Gryffondor qui a reprit le dessus, Minerva. » Siffla Snape. « Et je suis surpris de voir combien de temps elle a réussi à se prétendre intelligente. Elle m'avait presque convaincu! »
Soudain, Harry ressentit de la pitié pour Snape. S'il avait appris une chose avec Hermione au cours de ces années, c'est qu'il ne fallait jamais insulter son intelligence. Quelque soit la remarque, tu pouvais survivre, mais si tu insinuais qu'elle était idiote, bien heureux serait celui qui s'en sortirait indemne. De l'avis de Harry, Snape s'était terriblement trompé dans ses chances de remporter cet échange.
Hermione glissa jusqu'à lui avec la grâce d'un grand chat en colère. L'ensemble de l'Ordre retint alors son souffle. Ron et Draco, qui avaient déjà testé les coups de poing vigoureux de la jeune femme grimacèrent par anticipation. Mais au lieu de frapper le Maître-espion, Hermione s'arrêta juste en face de lui, inclina la tête sur le côté et le jaugea en haussant un sourcil.
« Ça va mieux? » Et alors qu'il hochait la tête silencieusement, l'agressivité de la jeune femme fondit comme neige au soleil. « De rien », dit-elle à Snape, et à la stupéfaction de l'Ordre, il grimaça de plaisir, capturant sa main dans la sienne avant d'y déposer respectueusement un baiser, toujours en silence.
« Bien, alors commençons. » Proposa-t-elle en regardant autour d'elle, semblant enfin se souvenir de la présence des membres de l'Ordre, ébahis d'étonnement. « Et alors, qu'est-ce que vous regardez comme ça? Nous avons une réunion à tenir. »
A ces mots, Albus sembla sortir de sa transe, retrouvant son habituelle gaieté. Tandis qu'il s'affairait, conjurant du thé et du chocolat chaud pour tout le monde, les autres prirent leurs places en silence.
« Tu peux m'éclairer sur ce qui vient de se passer à l'instant? » Demanda Harry à son amie en se laissant tomber dans la fauteuil derrière lui. « Je ne t'ai vu aussi agressive qu'une ou deux fois, et c'était pour de bien meilleures raisons qu'un Snape de mauvaise humeur. »
« Il essayait désespérément de se mettre en colère. » Répondit-elle simplement. « Et je ne voulais pas le voir aiguiser sa langue sur toi pendant les deux prochaines heures, jusqu'à ce qu'il ait atteint le degré de colère dont il avait besoin. J'ai donc décidé de m'en charger. C'était plus rapide de cette manière. »
« Pourquoi avait-il besoin de se déchaîner? »
Hermione se tourna vers lui. Le sourire qui s'inscrivit sur ses lèvres était à la fois désabusé, moqueur et un légèrement triste.
« Demande toi ce qui le fait tenir. » Chuchota-t-elle. « Tu as rencontré Voldemort. Il n'y a que peu de choses face à la terreur qu'inspire le Seigneur des Ténèbres. La véritable colère est l'une de ces choses. »
Stupéfait, Harry la scruta, mais il ne vit rien d'autre que de la sincérité sur son visage, ainsi qu'une pointe de mélancolie. « Tu veux dire qu'il est... ce qu'il est parce qu'il a besoin de fureur pour continue le combat? »
« Pourquoi accordes-tu plus de valeur dans la justice que dans la prudence, Harry? » Chuchota Hermione, le sourire au lèvres, atténuant ainsi le côté direct de la question. « Pourquoi Dumbledore s'accroche-t-il aux sucreries et aux couleurs vives qui peuvent rendre le monde plus beau? Et pourquoi Remus offre-t-il sa bienveillance à tout le monde, même en sachant que ça ne va faire qu'accroître sa propre douleur? Nous avons tous nos limites. »
« Oui, je savais ça. » Murmura Harry qui se sentait à cet instant très bête. « Mais j'ai toujours cru que Snape agissait de la sorte parce que c'était un salaud. »
« Oh, ça c'est l'autre raison. » Acquiesça Hermione joyeusement. « Le pire de tous les salauds. Ne suffit-il pas d'un regard pour s'en apercevoir? » Elle soupira de contentement, et Harry fixa ses chaussures, ne sachant pas s'il devait être choqué ou amusé.
Bizarrement, il réalisa avec stupeur que, aussi étrange et serpentard que cela paraisse, Hermione et Snape étaient à leur façon tendres l'un envers l'autre.
OoOoOoOoOoOoOoOoOoOo
La salle de gym de l'Ordre, située un étage au-dessus du quartier général, était une pièce gigantesque et emplie de soleil. Elle était cinq fois plus grande que la salle de gym privée utilsée par Draco et Harry. Tout comme pour le QG, il fallait obligatoirement passer par l'une des tapisseries, ce qui permettait d'être sûr des personnes avec qui on s'entraînait. Quelques sixièmes et septièmes années ainsi que certains membres du second cercle de l'Ordre y avait accès.
Draco, Harry et Hermione se trouvaient en face de la tapisserie qu'ils venaient de traverser. Une large estrade de duel avaient été érigée. Elle différait de celle utilisée en deuxième année par Harry de par ses mensurations, beaucoup plus larges. Dans un coin, à gauche de la pièce, se trouvaient plusieurs tables sur lesquelles il y avait un riche assortiment de cartes, diagrammes et autres choses dont Harry ignorait l'utilisation. Sur la droite, une large zone était délimitée par des lignes rouges sur le sol.
Hermione lui avait déjà expliqué que ces dernières représentaient des puissants boucliers qui devaient préserver la sécurité des personnes présentes à l'extérieur des zones de combat, sauf si des Impardonnables étaient utilisés, bien sûr. Elle avait employé ce mot si légèrement et calmement que Harry réalisa en frémissant qu'elle considérait les Impardonnables comme incontournables dans leur entraînement.
Dès l'instant où ils avaient traversé la tapisserie, il avaient été salué du regard par Remus, Maugrey, Dumbledore et Snape qui se tenaient côte à côte comme s'ils formaient un comité d'accueil. Harry ne put s'empêcher de penser qu'il se trouvait face à quatre des cinq personnes les plus dangereuses de Poudlard, la cinquième, Hermione, se trouvant juste à côté de lui. Cette pensée le fit frissonner, mais en un sens, il était également rassurant de savoir que ces cinq là étaient de son côté et qu'ils se battraient avec eux.
Le groupe actuel n'avait absolument rien à voir avec le groupe qui avait donné l'assaut au Ministère. Il était tellement meilleur.
Un par un, les membres du premier cercle pénétrèrent dans la salle d'entraînement, un peu de temps après, une autre tapisserie s'éclaira, laissant passer les étudiants sélectionnés pour faire partie du second cercle. Harry remarqua que Ron en faisait partie et il frissonna. Si son ancien ami se sentait mieux avec Neville et Ginny, plutôt qu'avec Hermione et Draco, alors il le laisserait. Les choses risquaient de devenir compliquées bien assez tôt.
« Bien », commença brutalement Maugrey lorsque le groupe fut complet. « Nous sommes donc dans notre salle d'entraînement, où nous allons nous préparer à la guerre. Ici, vous allez suer, maudire, et même être blesser jusqu'à ce que Remus, Severus, et moi-même décidions que vous êtes prêts pour la bataille. Ici, vous allez... »
Harry put entendre Tonks grogner à sa gauche. « S'il te plaît, Maugrey », l'interrompit-elle. « Ne nous donne pas le speech complet de la préparation des aurors! Passe aux points importants! »
Au lieu de répondre, Maugrey se contenta de grimacer diaboliquement, et Harry remarqua plusieurs élèves pâlir sensiblement. Neville déglutit ostensiblement, et Ginny resserra fermement les doigts autour de sa baguette. Les étudiants n'étaient pas les seuls à être nerveux, sembla-t-il. La plupart des membres du premier cercle avait combattu et survécu à la première guerre, mais il s'était écoulé de nombreuses années depuis leur dernier duel. Harry vit Molly Weasley triturer le tresse qui maintenait ses cheveux en ordre, tandis que Mr Weasley rentrait son ventre en tentant de cacher une grimace.
« Oh, nous allons voir ce quels sont les points importants, Tonks. » Grogna Maugrey, et la jeune femme gloussa d'amusement. Elle l'avait eu facilement, et Harry songea qu'en effet, elle avait été au bout de sa formation d'auror.
« Mais avant de commencer », poursuivit Remus, et Harry fut soulagé d'entendre la voix fatiguée mais amicale du loup-garou plutôt que les grognements de Maugrey. « Laissez-moi vous présenter la pièce. »
Il sourit, signe évident qu'il était fier de cette salle, si bien que Harry lui rendit son sourire.
« La salle d'entraînement est équipé de boucliers. » Commença Remus. « Normalement, aucun sort lancé ici ne doit être ressenti à l'extérieur. En plus de ça, Severus a élaboré un sortilège qui permet d'effacer de vos baguettes la pratique de la magie noire. Vous serez donc libres de tout pratiquer, y compris les Impardonnables. »
Harry entendit Tonks et Shacklebolt échanger quelques murmures. Pour un auror, un sort capable de masquer la magie noire sur une baguette était une très mauvaise nouvelle. Une fois encore, Harry fut d'heureux de compter Snape parmi ses alliés.
« Comme vous pouvez le voir, nous avons divisé la pièce en trois zones. La plate-forme de duel, tout d'abord. Nous allons passer notre temps à améliorer nos compétences en la matière, mais pour un autre type de combat, nous avons conçu ça. » Il désigna la zone marquée par les lignes rouges.
« Aucun sort lancé ici ne quittera cette zone, et la salle peut s'adapter pour imiter différents environnements, y compris notre lieu de combat à Tintagel. »
Cette fois, des murmures s'élevèrent parmi les étudiants. Tintagel, comme lieu de la bataille finale, était un élément nouveau pour eux.
« La partie gauche de la pièce est dédie à la stratégie. Ceux qui seront intéressés par l'élaboration de nos tactiques, ou qui ont l'impression de ne pas avoir besoin de s'entraîner, vont pouvoir passer leur temps à débattre de nos options et des procédures à appliquer. Des questions? »
Après quelques temps de silence, Remus hocha la tête et les informa qu'ils seraient répartis en plusieurs groupes. Ceux qui voulaient faire des duels et s'entraîner tout seul pourraient s'entraîner sur la plate forme. Ceux souhaitant se concentrer sur l'entraînement physique suivraient Maugrey et ceux intéressés par des exercices plus basiques travailleraient avec Remus.
Sans surprise, les étudiants se réunirent immédiatement autour de Remus, visiblement soulagés de ne pas avoir à suer sang et eau avec l'auror.
Il y eut un instant d'agacement, lorsqu e Hermione s'éloigna d'eux pour rejoindre sans la moindre hésitation le groupe des stratèges sur la gauche, où elle fut accueillie avec des sourires et un hochement de tête approbateur venant de Dumbledore, Snape, Tonks et Shacklebolt.
« Qu'est-ce qu'elle fait avec les adultes? » Chuchota Neville à l'oreille de Ginny qui roula des yeux.
« Tu ne te rappelles pas ce qu'elle a fait dans la forêt, Neville? » Rétorqua-t-elle, alors que le jeune homme déglutissait difficilement. « Après avoir été témoin de ça, je doute qu'elle ait besoin de travailler ces 'exercices basiques', n'est-ce pas? »
Ce fut Draco qui provoqua une autre crise d'agacement quand il sourit à Harry et partit rejoindre le groupe des duellistes confirmés autour de la plate forme. Bill, Fred et George qui avaient également rejoint ce groupe s'apprêtaient à le renvoyer mais McGonagall se dirigea lentement vers lui, le salua d'un hochement de tête et lui demanda de participer au premier duel.
Harry ne put retenir un sourire lorsqu'il vit le Serpentard blond et le solide Gryffondor côte à côte. Les jumeaux Weasley fixèrent d'ailleurs longuement leur ancienne Directrice de maison avec désarroi.
« Oh, il est trop bon pour s'entraîner avec nous, hein? » Grommela Ron à sa droite, et Harry lança un regard autour de lui. La suite ne manquerait pas de les agacer encore plus.
« Oui, Ron, il l'est. » Se contenta-t-il de répondre, et il fut récompensé par un autre regard perdu, cette fois de son propre groupe. « C'est un Serpentard, par Merlin, le fils de Lucius Malfoy. Il a reçu un entraînement en magie noire et offensive depuis des années. Il pourrait probablement écraser la plupart d'entre nous. »
« Alors il pratique la magie noire ? » Demanda Ron d'un air triomphant. « Je le savais! »
« Tout comme Hermione, ou Snape. » L'interrompit Harry. « Ainsi que Remus, à sa façon. Et si tu n'apprécies pas les personnes avec qui je suis ami, tu es libre de partir, Ron! »
Le fait qu'il se considère comme ami avec des Serpentards, provoqua une autre vague de regards choqués et de murmures, mais Harry les ignora tout simplement et suivit Remus dans le coin droit de la pièce.
Les exercices étaient tels que Remus les avaient décrit: basiques. Pour Harry et les autres, qui avaient continué l'AD, depuis près de deux ans, attaquer, bloquer, esquiver et se protéger était devenu une seconde nature, et Remus fut agréablement surpris de leurs facultés, si bien qu'il décida de mettre en place un véritable programme d'entraînement après une demi-heure d'observation.
En effet, même Ginny et Luna, qui étaient plus jeunes que les autres d'un an, s'en sortaient facilement jusqu'à ce que leur professeur de Défense ne décrète une pause dans les combats. Épongeant la sueur de son front, Harry rangea sa baguette et leva la tête pour observer autour de lui.
Le groupe qui avait opté pour l'entraînement physique, semblait -à la grande satisfaction de Harry- avoir plus de difficultés que les étudiants. La plupart d'entre eux étaient trempés de sueur et essoufflés, tandis que Maugrey les poursuivait baguette à la main, pour les faire cavaler, encore et encore, les forçant à plonger pour éviter un sort, sauter, courir et sauter encore en une chorégraphie inédite. Hestia Jones s'en sortait facilement, mais le visage rouge de Mrs Weasley et sa respiration erratique montraient clairement ce qu'elle pensait de ces exercices.
Le groupe des duellistes au milieu de la pièce était toujours occupé. Ils semblaient s'être lancés dans des duels par couple, avec McGonagall et Draco face aux jumeaux Weasley. Il était pratiquement impossible de tenir contre ces deux-là, avec leur faculté mystérieuse les mouvements de l'autre, mais de l'avis de Harry, sa directrice de maison et son ami coopéraient admirablement.
A l'autre bout de la pièce, Hermione et Snape étaient penchés sur de grands morceaux de parchemins, en examinant chaque détail avec attention. Ce qu'il vit sur le visage des personnes qui les entouraient, fut une expression de profond respect et d'intérêt. Et Harry ne put que s'en réjouir.
Après tout, peut-être que ça ne se passerait pas si mal quand l'Ordre découvrirait tout. Ils considéraient déjà Hermione et Snape comme appartenant à leur équipe, le reste ne les regardait pas. Son regard se porta ensuite sur Mrs Weasley qui haletait et sifflait, et la confiance qu'il avait s'évapora aussitôt.
Mieux valait pas pas risquer de dévoiler certaines choses.
Remus frappa dans ses mains et Harry reporta alors l'attention sur le groupe où il se trouvait.
« Vous vous êtes excellemment débrouillés ce soir. » Annonça leur professeur, et Harry put voir les autres bomber le torse de fierté, reflétant à merveille les sentiments du Survivant. « Ça suufit pour ce soir, à la prochaine réunion, nous testerons des sortilèges d'attaque plus élaborés. » Il stoppa toute tentative de protestation en levant la main. « Il vous reste trente minutes avant le couvre-feu pour retourner dans vos dortoirs, et je vous déconseille d'essayer de violer le règlement. » Il sourit. « Il y a en effet beaucoup de professeurs dans cette pièce. »
Comme s'ils se souvenaient brusquement des personnes qui les entouraient, les étudiants acquiescèrent vivement et quittèrent la salle. Harry suivit ses amis vers la tapisserie, mais bien sûr, pour lui, la soirée n'était pas finie.
« Ron, Harry » appela Remus. « Voudriez-vous attendre un instant? »
Harry remarqua l'excitation sur le visage de Ron, excitation due au fait que les autres étudiants avaient du partir. Le fait que Draco Malfoy, à présent descendu de sa plate-forme, les rejoigne comme si de rien n'était ne suffit pas à vraiment émousser sa fébrilité.
Harry ressentit pourtant un étrange malaise. Quelques soient les raisons pour lesquelles ils avaient été retenu, ça n'augurait rien de bon. Ce sentiment ne fit que s'intensifier, quand, les uns après les autres, les membres de l'Ordre cessèrent leur entraînement et traversèrent les différentes tapisseries jusqu'à ce que lui, Draco, Ron, Hemione, Remus, Maugrey, Snape et Dumbledore soient les seuls encore présents dans la pièce.
Ça ne n'augurait vraiment rien de bon. Harry le ressentait dans chaque parties de son corps.
Faisant signe à Ron et Harry de le suivre, Remus se dirigea vers une autre partie de la zone sous protection. Harry ne vit rien qui justifie leur présence ici, rien excepté trois grandes boîtes sous les fenêtres.
Il interrogea du regard Hermione, mais la vit en grande discussion avec Snape, Dumbledore et Maugrey, qui avait finalement rejoint la table des stratèges, maintenant que ses recrues étaient parties.
En se retournant vers son professeur de Défense contre les forces du mal, Harry constata que Remus cherchait visiblement ses mots. Oh non, pensa Harry, il n'aimerait définitivement pas ça.
« Pourquoi voulais-tu que nous restions, Remus? » Questionna-t-il calmement, redoutant la réponse qui allait suivre.
Remus soupira et repoussa ses cheveux en arrière d'un geste impatient.
« Pour que notre plan fonctionne », commença-t-il son explication. « Nos forces vont être divisées en trois groupes. Un groupe va se cacher dans les grottes de Tintagel, un autre va se cacher sous des rochers métamorphosés ou sous des capes d'invisibilité. Le troisième groupe , de loin le plus petit » Il fit une pause, ne sachant pas comment finir sa phrase.
« Le troisième groupe va supporter la première vague d'attaque et sera confronté directement à Voldemort. Ce groupe sera composé de vous, Harry et Ron, ainsi que de Hermione. Vous devrez survivre jusqu'à ce que l'Ordre puisse se joindre à la bataille, et il vous faudra vous battre efficacement. »
De nouveau, il fit une pause, mais comme aucun des deux Gryffondors ne bougeaient, il poursuivit. « Et pour ce faire, vous allez avoir besoin des Impardonnables, en particulier le sortilège de mort. De tous ceux que l'on connaît, l'Avada Kedavra est le seul sort qui peut assurément faire du mal à Voldemort. Et c'est pourquoi vous êtes ici ce soir. Pour lancer le sortilège qui tue jusqu'à ce que vous le maîtrisiez. »
Je savais que je détesterais ça.
Harry déglutit et tenta de se redresser. Il n'aimait pas cette idée, pas du tout, d'autant que les trois Impardonnables avaient toujours été associés dans son esprit aux cris de sa mère et à cette maudite cicatrice qui l'avait rendu célèbre.
Comment pouvaient-ils s'attendre à ce qu'il les utilise? Comment pourrait-il haïr quelqu'un suffisamment pour le tuer de cette façon? Pour lever sa baguette vers quelqu'un et lancer cet éclair vert mortel? Et s'il parvenait à lancer ce sort, s'il l'utilisait sciemment, ne deviendrait-il pas d'une certaine façon, l'un de ceux qu'il avait toujours haïs?
Et si c'était la seule façon de tuer Voldemort? Raisonna une voix dans sa tête. Si c'était la seule façon de mettre fin à cette guerre?
Ses yeux cherchèrent Hermione et la trouvèrent debout parmi les hommes devant la table des stratèges. Elle était parmi eux mais n'écoutait visiblement pas leur conversation. Toute son attention était tournée vers Harry. Et dans ses yeux, il put voir qu'elle connaissait ses doutes. Qu'elle savait et qu'elle accepterait sa décision, quelle qu'elle soit.
Qu'as-tu fait pour gagner cette guerre? Lui demanda-t-il silencieusement, en ignorant complètement les protestations de Ron sur sa gauche. Quelle innocence as-tu sacrifié? Combien as-tu souffert, combien de fois as-tu tué pour me protéger?
Et ensuite: Je suis le seul qui peut nous débarrasser de Voldemort. Si je suis trop délicat pour faire ça, pour tuer l'homme qui a pourri la majorité de ma vie, tous leurs efforts, tous leurs sacrifices auront été vains.
N'écoutant toujours pas Ron et Remus, il agrippa sa baguette tout en fixant avec attention la petite souris que son professeur de Défense avait sorti d'une des boîtes. Il sentait le bois lisse et poli dans sa main. Cette sensation rassurante le poussa à enrouler un peu plus les doigts autour du manche.
Dans sa tête, il pouvait entendre les cris de sa mère, il pouvait voir Hermione griffer Ron dans un accès de panique, il pouvait son propre désespoir et sa peur, il pouvait sentir le goût que le sang avait dans sa bouche la fois où il s'était mordu la lèvre à force de recevoir des Doloris.
Lentement, il leva sa baguette. Il n'était pas parvenu à renvoyer un Doloris en cinquième année, comment pouvait-il sérieusement penser qu'il réussirait un sortilège de mort?
« La haine est seulement un des ingrédients qui permet au sort de fonctionner, Harry. » Lui chuchota une voix à l'oreille. Draco. Le Draco sérieux, qui lui avait appris tant de choses au sujet du monde sorcier. « Il faut aussi que tu sois déterminé à réussir. Mais ces deux sentiments, et c'est l'astuce pour ce sort, ne doivent pas forcément être ciblés sur ta victime. Prends ta haine pour Voldemort et ta volonté de mettre fin à cette guerre. Combine les, et tu ne devrais pas avoir de problème à lancer le sortilège. »
Harry ne fit aucun mouvement indiquant qu'il avait compris, mais ses yeux s'étrécirent en deux fentes jusqu'à ce que tout son être soit fixé sur la souris apeurée, maintenue en place par des barrières magiques.
Il. Mettrait. Fin. A cette guerre.
« Avada Kedavra » Il entendit une voix murmurer, non, siffler et avant même de réaliser que ce sifflement froid, glacial était sa voix, une lumière verte frappa la souris.
Elle mourut sur le coup.
Le silence avait gagné l'ensemble de la pièce, alors que Harry se tenait là, sa baguette toujours pointée sur la souris morte, le visage caché sous un masque froid et déterminé. Après un moment pendant lequel le temps lui-même sembla se geler, Remus brisa le sort en marchant vers le petit corps et en le faisant disparaître d'un mouvement de baguette.
« C'était excellent pour une première fois, Harry. » Dit-il d'un voix enrouée et incertaine. Le sourire sur son visage n'atteignait pas ses yeux. « Pourquo ne t'entraînes-tu pas encore un peu pendant que j'aide Ron. Draco, peux-tu assister Harry? »
Draco acquiesça. « Je n'aurais jamais cru que tu l'avais en toi, Gryffondor. » Murmura-t-il à l'oreille de Harry quand Remus et Ron se furent éloignés.
« Moi non plus. » Répondit Harry. Il tua la seconde souris que Draco sortit de la boîte. Puis une troisième, une quatrième et une cinquième.
Après la huitième, il se sentit répugnant et au bord de la nausée, mais il était désormais certain de maîtriser ce sort en toute situation.
Il l'avait fait.
Ron avait quant à lui toutes les difficultés du monde.
« Tu dois vraiment le vouloir, Ron. » Expliqua Remus patiemment pour au moins la dixième fois. « Ce ne sont pas les mots qui font que le sort fonctionne, mais ce qu'il y a derrière. Si tu ne ressens pas assez de haine et de détermination à donner la mort, tu n'y parviendras jamais. »
« Mais comment puis-je haïr suffisamment une souris pour avoir envie de la tuer? » Demanda Ron d'un air malheureux. « Je la trouve plutôt mignonne, non? »
« Tu n'as pas besoin de haïr la personne qui se trouve devant toi. Si c'était Voldemort, nous n'aurions cependant pas ce problème. » Remus poursuivit son explication. « Mais tu dois canaliser ces sentiments dans le sortilège, quelque soit leur origine. »
Une fois encore, Ron leva le bras visa de sa baguette la souris. Son bras trembla à cause de la tension accumulée et son visage était rouge de concentration.
« Avada Kedavra », hurla-t-il, mais rien ne se passa.
« Avada Kedavra! »
Harry fit signe à Draco qu'il ne voulait pas d'autre souris et se dirigea vers Ron qui continuait de viser et crier en vain.
« Avada Kedavra! »
« Avada Kedavra! »
La souris couina misérablement, et Ron laissa retomber sa baguette. Il avait presque l'air d'être d'accord avec la souris.
« Peut-être que je suis stupide, ou trop faible, ou peut-être que je ne hais personne suffisamment pour avoir envie de le tuer! » Finit-il par dire, la voix légèrement plaintive. « Pas même Voldemort! Mes parents m'ont toujours appris que la haine était une mauvaise chose, et que rien ne pouvait justifier le meurtre! Ce n'est pas facile d'aller contre ses propres convictions! »
« Il va falloir. » Énonça calmement Harry. « Si tu veux nous aider. »
« Je veux aider! Mais comment puis-je changer ce que je suis? Comment puis-je commencer à haïr? »
« C'est bizarre, Weasley. » Dit Draco d'une voix traînante. Harry y reconnut le ton moqueur, typique du Serpentard, et réalisa que son ami essayait de provoquer Ron. Rien ne pouvait énerver plus un Weasley qu'une dose d'arrogance de Serpentard. Harry espérait seulement que Ron ne déciderait pas de choisir un serpent en guise de cible plutôt qu'une adorable petite souris.
« De mon point de vue, et ce celui de toute personne qui ne partage pas ta vision altérée de la réalité, je penserais plutôt que la haine est la plus naturelle de tes émotions. Mais elle ne te vient peut-être que lorsque c'est totalement inutile? »
Retenant son souffle,Harry attendit l'explosion. Du coin de l'oeil, il vit Hermione et Snape marcher dans leur zone, et s'en sentit soulagé. Si Ron décidait d'attaquer Draco, il serait désarmé avant même d'avoir prononcer son sort.
Mais pour une fois dans sa vie, Ron Weasley fit quelque chose de totalement inattendu. Au lieu de fondre sur Draco, il baissa sa baguette et regarda calmement le Serpentard en face.
« Je sais ce que tu essaies de faire, Malfoy. » Dit-il doucement. « Mais désolé de te décevoir. Ce que je ressens pour toi ou pour les autres abrutis de ta maison n'est pas de la haine. C'est de la colère, et ces deniers temps de la jalousie. » Il rougit violemment, mais ne se tut pas pour autant. « Mais ce n'est pas de la haine. Honnêtement, je ne sais même pas si je peux ressentir quelque chose d'assez fort pour lancer ce fichu sort. »
« Tu veux vraiment apprendre la haine? » Demanda Hermione calmement de l'endroit où elle s'était installée. C'était la première fois qu'elle lui parlait depuis l'incident avec sa pensine, et il recula légèrement, mais se tourna finalement vers elle et acquiesça lentement.
« Je ne veux pas vous laisser tomber. Harry a besoin de moi à ses côtés, et si je peux contribuer à finir cette guerre, je suis prêt à tout. »
Hermione soupira et marcha doucement vers eux. Harry aperçut une lueur dans le regard de Snape, lui indiquant que le Maître-espion savait exactement ce qu'elle avait l'intention de faire, et qu'il ne s'en réjouissait pas du tout. Loin de là.
« Je pourrais t'aider, Ron. » Lui dit-elle. « Mais tu dois être absolument sûr que c'est ce que tu veux. Ça pourrait te coûter une partie de ton innocence. »
Ron ouvrit la bouche pour soutenir qu'il n'était plus innocent depuis longtemps, merci bien, mais quelque chose dans le regard de Hermione l'alerta sur le sérieux de ses paroles. Il referma alors la bouche et prit le temps de la réflexion.
« Oui », accepta-t-il au final. « Je ne peux pas tous vous laisser tomber, vous laisser combattre en espérant que vous ne serez pas blessé ou pire encore. »
« Hermione » Commença Snape, mais elle secoua la tête et lui adressa un regard qui le fit taire immédiatement.
« Bien. » Dit-elle à Ron. « Si tu en es sûr... »
Il hocha la tête, elle se rapprocha alors de lui, prit son visage dans ses mains et l'inclina vers le bas, de manière à ce qu'elle puisse rencontrer ses yeux.
« Détends-toi. » Murmura-t-elle. « Ça va faire très mal. »
Et ensuite, il fut évident pour toute personne qui avait déjà vu un Legilimens à l'oeuvre, qu'elle pénétra son esprit.
Après moins d'une minute de contact, le visage de Ron devint gris, et ses yeux s'agrandir démesurément. Son corps commença à convulser.
Hermione maintint le contact pendant plus de dix minutes, et Ron sembla au bord de l'évanouissement pendant tout ce temps. Harry se demandait pourquoi il fallait que ce soit si long, mais il réalisa ensuite qu'Hermione faisait exactement l'opposé de ce qu'elle faisait habituellement avec Snape. Au lieu de compresses ses souvenirs en un courant d'informations, le plus compact et le plus condensé possible, elle les ralentissait, permettant ainsi à Ron de s'y confronter.
Chose que Ron avait visiblement du mal à faire.
Puis Hermione le laissa partir.
Pendant un instant, le corps de Ron balança tandis qu'il reprenait ses esprits, son visage vira ensuite au vert et ses oreilles à un rouge criard.
Harry se positionna à ses côtés pour le soutenir, mais Ron s'écarta de lui-même et se pencha en avant. Le son de son violent haut-le-coeur emplit la pièce dans laquelle toutes conversations avaient cessé.
Avec une expression trop calme pour être naturelle, Hermione conjura un linge humide et le plaça dans le cou de Ron.
« Essaie de respirer doucement et profondément. » Lui conseilla-t-elle en faisait disparaître le vomi d'un coup de baguette. « Les sensations vont diminuer dans peu de temps. »
Ce n'est pas ce qui sembla se passer. Un tremblement s'empara de Ron, jusqu'à ce que l'ensemble de son corps, toujours penché vers le sol, se secoue violemment. Encore un haut-le-coeur, avant que Harry déchiffre enfin correctement le tremblement des épaules du roux. Son camarade pleurait, et ses haut-le-coeur s'asséchèrent, tout comme ses sanglots.
« Par Merlin, Hermione, tu n'en aurais pas fait un peu trop? » Demanda Draco en s'approchant avec un air inquiet. « Combien de semaines as-tu partagé avec lui? »
Hermione se contenta de sourire tristement et remit le tissu sur le cou de Ron.
« Je lui ai juste montré quelques morceaux de mon initiation. » Dit-elle à Draco, et Harry la regarda avec incrédulité.
« Les souvenirs d'une soirée lui ont fait ça? » La questionna-t-il en indiquant le corps encore tremblant de Ron.
Hermione hocha la tête. « Ce fut une nuit plutôt rude? » Admit-elle. « Mais peu importe la durée, il avait besoin... »
Les convulsions de Ron et les terribles bruits qu'il émettait cessèrent enfin.
Quand il leva les yeux vers elle, Harry vit une nouvelle expression dans son regard.
« Je suis désolé, Hermione. » Murmura le rouquin d'une voix rauque. « Je n'aurais jamais imaginé... je n'aurais jamais... Oh, Merlin, je suis désolé. »
Harry tenta de le rejoindre, mais fut stoppé par Hermione avec un sévère « Ne le touche pas! », à l'instant où Ron repoussait violemment la main du Survivant.
« Cela va prendre quelques temps avant qu'il ne supporte le contact sur son corps. » Expliqua calmement Hermione. Puis elle adressa à Ron un regard bien plus amical que ceux qu'elle lui réservait ces dernières semaines.
« Veux-tu prendre une douche ou te reposer un peu? »
Ron hésita , puis secoua la tête. « Je vais de nouveau essayer le Sortilège. » Souffla-t-il. « Ça devrait être facile maintenant. »
Hermione acquiesça. « Je pense aussi. »
« Ron », intervint Harry, qui ne comprenait toujours pas ce qui arrivait à son ami. « Tu ne ferait pas mieux de te reposer? »
« Non », rétorqua Ron avec une voix d'outre-tombe. « Le Sort. »
Il tua la souris à la première tentative, la lumière verte et l'intensité étaient bien plus forte que celle de Harry. Mais même s'il savait désormais qu'il maîtrisait amplement le Sortilège, il ne s'arrêta pas. Pendant une demi-heure, il tua des souris et des araignées, sans accorder un seul regard aux autres. Il continua jusqu'à ce qu'il recommence à trembler, cette fois d'épuisement.
Finalement, Hermione revint auprès de lui.
« Ça suffit », lui dit-elle. « Tu peux le faire. Maintenant, repose-toi, lave-toi et n'oublie pas de manger quelque chose. »
Doucement, il tourna la tête et la regard d'un air incrédule. Il sembla à Harry qu'il lui demandait silencieusement comment il pourrait agir normalement après avoir été témoin de ce qu'il avait vu.
« La vie continue, Ron . » Lui dit-elle. Doucement, elle leva la main et la posa sur son épaule. Il sursauta, mais elle ne retira pas sa main. Après une seconde ou deux, ses muscles se détendirent.
« Tout ira mieux d'ici un jour ou deux. »
« C'est dur à croire. » Rétorqua-t-il d'une voix rauque. « Je ne pense pas pouvoir oublier... »
« Tu n'oublieras jamais. » L'interrompit-elle. « Mais tu vas apprendre à vivre avec, comme je l'ai fait. »
Soudain, elle sourit tristement. « Ce que tu as vu s'est passé il y a un an, Ron. Des choses bien pires me sont arrivées depuis, et je suis toujours là. »
Pendant un instant, Ron eut l'air de vouloir réfuter. Puis il sembla réaliser à qui il parlait, et une fois encore, Harry vit une pointe de cette brève émotion dans les yeux du rouquin, un mélange d'effroi, de peur et d'admiration. Ron se contenta alors d'acquiescer avant de baisser la tête.
« Je le ramène à nos dortoirs. » Proposa Harry qui fut remercié par un sourire d'Hermione.
« Prends soin de lui. » Dit-elle calmement. « Il va vivre un moment difficile. »
Pendant le reste de la semaine, Harry et les autres garçons de septième année furent réveillés par les cris de Ron, à cause des cauchemars qui s'enchaînaient sans fin. Ce fut pire que lors de la cinquième année, pire que ce que lui avait dit Ron au sujet de Ginny, juste après sa possession par Voldemort. Après la troisième nuit, Harry conseilla à Ron de demander de la potion de sommeil sans rêve à l'infirmière.
« Hermione m'en a passé, le premier soir après qu'elle... » Répondit on en détournant les yeux.
« Alors pourquoi n'en as-tu pas pris? » Demanda Harry avec surprise, mais son ami ne répondit pas.
« C'était si terrible? » Demanda Harry après un instant, tout en se maudissant immédiatement de la stupidité de la question.
Ron releva les yeux et sourit amèrement. Harry ne l'avait jamais vu arborer un air aussi cynique et froid. Il avait l'air d'être différent.
« Pire. » Rétorqua-t-il. « Et je ne veux pas en parler. »
« Je peux comprendre ça. » Convint Harry doucement. « C'est juste que... si tu veux parler à quelqu'un... »
Il observa Ron tandis que son sourire reprenait un peu de vie. « Bien sûr. » Dit-il. « Mais je ne pense pas que je le ferai. »
Harry attendit, mais Ron demeura calme, son visage penché sur le côté comme s'il écoutait un murmure inaudible.
Après une autre nuit de cris, Harry lui apprit le sort de silence qu'il utilisait lui-même au cours des cinquième et sixième années.
