Quand la Lionne se bat

Chapitre 50: Love looks on tempests

Harry attendait cette soirée. Avec un peu de chance, ils parviendraient à développer leur idée au sujet de la prophétie et ils pourraient enfin prendre une décision. Draco et lui avaient passé l'après-midi au QG, à envisager diverses versions de textes commençant toutes par les premières phrases de la prophétie. Le but étant d'en changer le sens.

Mais lorsque Draco et Harry quittèrent la Grande Salle après le dîner, en se lançant des regards haineux et des commentaires moqueurs jusqu'à ce qu'ils soient sûrs d'être seuls, lorsqu'ils pénétrèrent dans la salle de réunion de l'Ordre, rien ne se passa comme prévu.

Aux yeux de Harry, ça ressemblait plus à un asile de fous.

Un groupe composé de membres de l'Ordre s'était formé, tel un essaim d'abeilles en colère, Mrs Weasley et Tonks en avant. Tous parlaient forts, s'interrompaient les uns les autres et Mrs Weasley semblait au bord des larmes.

En silence, Draco et Harry s'avancèrent dans la pièce jusqu'à ce qu'ils puissent voir ce qui était à l'origine de la colère générale.

Snape et Hermione se tenaient face au reste du groupe, à seulement quelques pas des autres membres, mais ils étaient clairement exclus, comme séparés par une frontière imaginaire. Entre les deux groupes se tenaient le Directeur qui essayait de faire entendre raison à Mrs Weasley.

Toujours sans un mot, Draco toucha le bras du Gryffondor pour attirer son attention sur Snape et Hermione. Il fallut moins d'une seconde à Harry pour comprendre ce que le Serpentard avait remarqué. Il fronça alors les sourcils. Quelque chose n'allait pas dans la façon de se tenir d'Hermione. Elle avait l'air vacillante et son visage était extrêmement pâle.

Snape était à moitié tourné vers elle, comme s'il la protégeait de quelque chose qu'elle aurait habituellement considéré comme une simple nuisance. De l'endroit où il se tenait, Harry put constater qu'Hermione tenait fermement la main du chef des renseignements telle une femme en perdition qui s'accrocherait à sa bouée de sauvetage.

Quelque chose n'allait pas avec Hermione et quelle qu'en soit la cause, il était temps de détourner l'attention de tous ces regards braqués sur elle.

« Que se passe-t-il? » Demanda-t-il d'une voix forte, ce qui interrompit Mrs Weasley en plein milieu de sa tirade. Cette dernière se tourna vers lui et se remit à cracher ses mots, cette fois à destination de Harry.

« Ce qu'il se passe? » Répéta-t-elle avec force. La façon dont elle se tenait en disait long sur la colère qu'elle éprouvait. « Il se passe que nous venons de surprendre Hermione et notre cher maître-espion dans une situation des plus étranges! Peux-tu imaginer ma surprise, quand en pénétrant dans le pièce, je les ai trouvé tous les deux enlacés, s'embrassant comme un professeur ne devrait jamais embrasser une élève? »

« Il n'est plus professeur désormais. » Fut tout ce que Harry trouva à répondre, une riposte pour le moins boiteuse qui lui valut un grognement de Draco. Intérieurement, son esprit était pourtant en ébullition.

Qu'est-ce qui avait bien pu pousser Hermione et Snape à baisser ainsi leur garde? Eux qui étaient toujours si prudents! Comment avaient-ils pu ne pas remarquer l'arrivée de Mrs Weasley?

« Et qu'est-ce que ça peut faire? » Hurla Mrs Weasley en reportant son attention sur sa proie car Harry ne présentait plus le moindre intérêt.

Ce dernier lança un regard vers les deux exclus et constata qu'Hermione s'était même rapprochée physiquement de Snape, comme si elle cherchait un peu de réconfort, alors que Mrs Weasley les observait comme un serpent guette une souris.

Quelque chose avait du la chambouler terriblement, déduisit Harry. Quelque chose de suffisamment intense pour qu'elle ressente le besoin impérieux d'être réconfortée. Snape avait tendance à oublier le reste du monde lorsque son attention était tournée vers Hermione, en particulier lorsqu'ils communiquaient par ce que Tonks appelait la 'télé-pensée'.

Hermione semblait désespérément avoir besoin de temps pour se calmer et retrouver la maîtrise d'elle-même et de ses sentiments. Quant à Snape son expression était explicite sur ce qu'il pensait de cette confrontation mais il n'y avait toujours pas mis un terme. Soit il en était incapable pour le moment, soit il avait peur que son autorité ne soit pas suffisante.

Quelque soit la raison du conflit, tout était visiblement hors de contrôle. Ils avaient besoin de quelqu'un pour capter quelque unes des émotions qui flottaient dans la pièce et les canaliser.

Évidemment, Draco était parvenu à la même conclusion.

« Pourrions-nous nous asseoir? » Proposa-t-il d'une voix hésitante mais qui leur signifiait clairement combien ils avaient l'air idiots, tous rassemblés comme un troupeau de moutons.

« Une excellente idée, Mr Malfoy. » Renchérit vivement Dumbledore, soulagé que quelqu'un vienne à son secours. « Prenons tous un siège et calmons nous un peu. Je suis sûr que nous allons dissiper ce malentendu comme des gens civilisés... »

« C'est civilisé de sa part d'embrasser une jeune fille qui a la moitié de son âge? » Cracha Mrs Weasley. Elle suivit pourtant les autres et s'installa à la table. Hermione et Snape s'y rendirent en dernier, et lorsqu'elle passa devant Harry, toujours pâle et légèrement tremblante, elle murmura un faible 'merci'. Le Gryffondor lui prit le bras sans un mot et la conduisit jusqu'à sa chaise, avant de s'installer à ses côtés. Draco suivit Snape et s'assit à sa gauche comme il le faisait d'habitude.

Avec un mouvement de baguette légèrement exubérant, Dumbledore fit apparaître des tasses de chocolat chauds en face de chaque personne. Harry ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel en signe d'agacement. Le Directeur pensait-il vraiment que les sucreries étaient le remède à tout?

Il vit du coin de l'oeil que Snape levait également les yeux au ciel, sans même chercher à s'en cacher. D'un rapide coup de baguette, il substitua sa tasse et celle d'Hermione par de larges mugs qu'il emplit de ce thé aux épices qu'ils affectionnaient tant.

Harry reporta son attention sur la jeune femme et remarqua qu'elle s'était emparée de son mug comme s'il s'agissait d'une bouée de sauvetage. Elle ne leva pourtant pas les yeux vers celui qui avait fait apparaître le thé. Ses instincts de Serpentard lui soufflaient certainement de ne pas se montrer trop proche de Snape.

Désormais, rien de ce qu'elle ferait ne pourrait arrêter Mrs Weasley de hurler. Harry avait assisté à trop de querelles familiales pendant qu'il logeait au Terrier pour en douter ne serait-ce qu'une seconde.

« Allons, Molly. » Commença Dumbledore d'une voix douce. « Essayez de vous calmer un peu. »

Cessez de hurler comme une Gryffondor hystérique, traduisit Harry, dans le secret de son esprit. Il vit également une étincelle d'amusement dans les yeux de Draco, ce qui lui indiqua que son ami était également en train de lire entre les lignes.

« Bien sûr, je n'ai pas été témoin de ce que vous avez vu. » Signifiant ainsi qu'il ne pouvait pas donner de crédit à son interprétation. Mais il semble que cette situation doit avoir une explication très simple. Peut-être avez-vous été témoins d'un contact mental entre Severus et Miss Granger? Ils ont l'air étrangement intimes dans ce cas précis, vous avez certainement du vous en rendre compte auparavant. »

Et personne ne leur en avait fait la remarque sous peine de déclencher une petite guerre.

Les yeux de Harry étaient fixés sur Dumbledore. Il avait toujours suspecté le Directeur d'être un peu plus subtil qu'il ne le laissait paraître. Et cette impression fut confirmée lorsqu'il remarqua chez le vieil homme un léger haussement de sourcil. Le Gryffondor tourna la tête suffisamment lentement pour ne pas se faire remarquer mais suffisamment tout de même pour constater que le chef des renseignements avait également répondu en arquant les sourcils.

« C'est effectivement... le cas. » Confirma Snape, en ajoutant juste assez de dédain et de condescendance dans la voix pour faire en sorte que Tonks et Mrs Weasley -espérons-le- se sentent fautives, sans pour autant éveiller leurs soupçons.

« Hermione vient juste de revenir d'une réunion avec les Mangemorts, pendant laquelle elle a appris quelques informations utiles. Il semblerait que notre stratégie d'isolement de Potter soit prise au sérieux par le Seigneur des Ténèbres. Il l'a encouragée à ... »

Et avec facilité et élégance, Snape venait de détourner l'attention des membres de l'Ordre de la situation compromettante dans laquelle Hermione et lui avaient été surpris. Il lui avait suffit de donner une information que personne n'aurait refusé, à savoir, le déroulement d'une réunion de Mangemorts.

Habituellement, Snape et Hermione étaient tous les deux discrets sur cette facette de l'espionnage. Ils se contentaient de donner des faits et des conclusions. Ils savaient combien tous les membres de l'Ordre étaient curieux de connaître comment s'organisait le Premier Cercle des Mangemorts, qui représentait le reflet obscur de celui de l'Ordre. Dans sa tentative de diversion, Snape avait profité de cette curiosité. Ils n'en avait pas suffisamment dit pour provoquer l'émerveillement, bien sûr, mais c'était suffisant pour éloigner les esprits d'un sujet dangereux.

Du moins, la plupart des esprits.

« Je ne suis pas satisfaite de cette explication. » Coupa Mrs Weasley au milieu du récit de la conversation entre Hermione et Voldemort. « J'ai déjà vu leurs échanges mentaux, et cette fois, ce n'en était pas un. C'était un baiser, clairement et simplement. »

Snape pinça ses lèvres, exprimant ainsi sa profonde irritation et décrocha un de ses plus mauvais regards à Mrs Weasley. Ce qui n'arrangea rien.

Harry aurait pu lui dire.

« J'avais déjà trouvé cela étrange en constatant combien ils travaillent en étroite collaboration. » Poursuivit Mrs Wealey, en se tournant vers la partie gauche de la table, à l'opposé de Harry, Draco, Hermione et Snape, comme si elle les jugeait indignes de l'explication. « Je me suis inquiétée en voyant le degré d'intimité dans leurs conversations, leurs échanges, mais je me suis tue parce que je savais que Severus était un homme d'honneur. Mrs Weasley fit une pause, le temps de fusiller du regard l'homme soit disant honorable qui semblait à deux doigts de lui arracher la langue pour l'utiliser dans l'une de ses potions. « Mais tout cela va trop loin! D'abord, cette étrange façon de lire dans l'esprit de l'autre, et maintenant les étreintes et les baisers! »

« Je n'arrive pas à croire que nous discutons de cela pendant un conseil de guerre. » Railla Snape d'une voix glaciale. « Nous avons des problèmes plus importants qui requièrent notre attention, plutôt que... »

« Cela s'est passé au beau milieu de la pièce où se déroule le conseil de guerre. » Contra Mrs Weasley. Ses mots étaient désormais tranchants et vindicatifs, comme lorsque les jumeaux avaient faits des leurs. Oh, oh! Nous avons de la chance que Ron ou les jumeaux ne soient pas là. Autrement, nous aurions eu le droit à une dispute à la Weasley sur les épaules. « Et je ne vois pas pourquoi nous permettrions que de telles choses choses se déroulent sous nos yeux, uniquement parce que certaines personnes se croient trop importantes pour le reconnaître. »

Malgré son entrainement, Harry sentit ses yeux s'arrondir de surprise. Il s'attendait à ce que Mrs Weasley argumente, il s'attendait à sa colère. Mais il n'avais absolument pas prévu une attaque frontale à l'encontre de Dumbledore, Snape et tous ceux qui ne souhaitaient pas discuter immédiatement de ses soupçons. Il n'y avait aucune chance désormais pour que McGonagall ou Lupin puissent émettre une opinion sans être accuser de ne pas 'prêter attention' à ce qui se déroulait sous leur nez. Il fallait éclaircir les choses pour ne pas provoquer une division au sein de l'Ordre.

A sa gauche, Harry put sentir un tressaillement de magie, et au moment où il se tournait vers la source de cette étrange sensation, il vit les mains d'Hermione commencer à trembler, son visage se creuser de fatigue et de douleur. Elle avait l'air de quelqu'un qui désire désespérément retrouver son self-control, mais qui sait que c'est peine perdue.

Snape sembla également remarquer les signes de la crise, aussi interrompit-il Mrs Weasley au beau milieu de son discours.

« Tu devrais partir maintenant, Hermione. » Déclara-t-il posément, et Hermione s'éxécuta immédiatement. Sans un mot, ni aucune expression sur le visage, elle se leva et quitta la table.

« Comment ça, elle devrait partir? » Protesta Mrs Weasley, énervée. « Nous n'en avons pas fini avec ça! Elle ne peut pas se contenter de partir! Et qui es-tu pour lui donner des ordres? »

« Celui qui sait ce qui est bon pour elle à cet instant. » Répliqua Snape sans retenir un reniflement. Il plaça ensuite un bras autour des épaules d'Hermione et conduisit la jeune femme tremblante vers la porte de son bureau.

Mrs Weasley, finalement sans voix, les fixa pendant un instant, mais lorsque la porte fut refermée dans un claquement, signe que les barrières de protection s'activaient, elle quitta son siège et se rua vers la porte avec détermination.

Sans une seconde d'hésitation, Harry lui barra le chemin.

« Vous ne devriez pas les déranger maintenant, Mrs Weasley. » Lui dit-il, en faisant de son mieux pour garder une intonation respectueuse. Ne jamais leur faire perdre la face, lui avait appris Draco. Ne jamais humilier quelqu'un, pour ne pas risquer que cette personne te pose des problèmes.

« Qu'est-ce que tu entends par les déranger, Harry? » Protesta Mrs Weasley. « Que sont-ils en train de faire qui pourrait être interrompu? Elle n'avais pas l'air bien lorsqu'il lui a ordonné de partir! »

« Avec tout le respect que je vous dois, Mrs Weasley, » poursuivit Harry fermement, en la prenant par les épaules et en la reconduisant jusqu'à sa chaise, « ce n'est pas vos affaires. »

Mrs Weasley était tellement choquée par ces paroles qu'elle le laissa l'adosser au fauteuil en le fixant d'un air hébété. La plupart des membres de l'Ordre affichait d'ailleurs une expression similaire.

« Qu'est-ce qu'il se passe ici? » Demanda Tonks. « Sais-tu des choses que nous ignorons, Harry? »

« Je peux vous assurer que tout cela n'a rien à voir avec les histoires de l'Ordre, et vous n'avez donc aucun droit de vous en mêler. » Répondit toujours aussi fermement Harry. Il retourna ensuite se poster entre l'Ordre et la porte du bureau de Snape.

Si quiconque voulait aller rendre visite à Snape ou Hermione, il faudrait d'abord en passer par lui.

« Je pense que Harry a parfaitement raison. » Approuva Remus calmement. Plusieurs têtes se tournèrent alors vers lui, surprises. « Hermione est majeure et Severus n'est plus son professeur. Peu importe qu'ils s'enlacent et s'embrassent, cela ne vous regarde pas. Nous n'avons aucun droit de les juger. »

« Vous pouvez dire ce que vous voulez, ce n'est pas sain! » Protesta Mrs Weasley. « C'est un homme d'âge mûr avec une autorité et elle n'est qu'une jeune fille! Il y a encore quelques mois, ils se haïssaient l'un l'autre! Ce n'est tout simplement pas... normal! »

« Normal? » Harry n'en croyait pas ses oreilles. « Peut-être devriez-vous prendre en compte les circonstances, Mrs Weasley. » Dit-il d'une voix plus froide que jamais. « Avec qui dans cette pièce souhaitez-vous parler de normalité? Avec Remus? » Il indiqua alors l'homme qui siégeait près de la fenêtre. « Qui a été mordu par un loup-garou avant d'avoir prononcé ses premiers mots? Avec Maugrey qui a été enfermé dans une malle pendant neuf mois? Avec Draco, qui a appris à devenir un bon petit Mangemort mais qui au final a trahi toute sa famille pour se joindre à notre cause? » Il se tut un instant, les yeux toujours fixés sur Mrs Weasley qui s'était enfoncée dans son fauteuil comme si elle espérait terriblement se retrouver ailleurs. « Ou avec moi, dont les parents ont été tué avant que j'ai le temps de les connaître, avec moi qui ai survécu aux différentes confrontations avec Voldemort depuis mes onze ans? »

« Je me demande bien d'où vient votre conception de la normalité, Mrs Weasley! Tous deux ont vu et fait des choses que vous n'imaginez même pas. Alors s'ils peuvent se réconforter l'un l'autre, ils ont ma bénédiction! Et cela, même s'ils décidaient de se marier! »

« Je n'arrive pas à exprimer la joie que vous me procurer, Potter. » Commença une voix sèche. Lorsque Harry se retourna, il se retrouva face au visage moqueur de Severus Snape. Mais à travers ses mots ironiques, Harry crut déceler quelque chose dans le regard de son ancien professeur, quelque chose qu'il avait déjà remarqué lorsque Draco et lui avaient présenté leur idée sur la prophétie, un début d'approbation, peut-être, un respect naissant qui n'existait pas avant.

« Hermione se repose dans mon bureau, et je vous déconseille de la déranger. Elle ne va pas bien. » Les informa-t-il brièvement, en fixant Mrs Weasley en particulier.

« Une autre crise? » S'inquiéta Remus sans bouger de sa place, près de la fenêtre. Snape se contenta d'acquiescer et regagna son siège, en bout de table.

« Vous vouliez avoir une discussion, Molly. Je pense que c'est le bon moment. Nous ne voudrions pas déranger Hermione avec cela. »

Mais Mrs Weasley avait été détournée du sujet par la question de Remus. « Des crises? » Demanda-t-elle, irrité. « Quel genre de crise? »

« Le genre causé par le Doloris. » Répondit calmement Snape. « Je crois que vous avez rendu visite à Alice et Franck Longdubat après qu'ils ont été torturé? »

Molly devint soudainement pâle, tout comme le reste de l'Ordre.

« Hermione souffre de ça? » Murmura finalement Arthur Weasley, en resserrant les doigts autour des accoudoirs de son fauteuil.

« Tous les Mangemorts en souffrent. » Dit froidement Snape pour les tirer de leur état de choc. « Que croyez-vous qu'elle fait aux réunions? Qu'elle sert le thé? »

L'expression de Mrs Weasley indiqua à Harry qu'elle s'était effectivement convaincu de quelque chose de similaire. Mais cette révélation ne la laissa pas longtemps muette. Une fois que la mère de la famille Weasley était sur une piste, il était impossible de lui en faire démordre.

« Ceci n'explique pas votre... positon de tout à l'heure. » Protesta-t-elle bruyamment. « De quel droit enlaciez-vous Hermione de la sorte? »

« Du droit que j'ai de la consoler, de lui redonner des forces, Molly. » Rétorqua Snape, sans cacher ce qu'il pensait de cette conversation grotesque.

« Je ne vous ai jamais vu cajoler un autre espion, ni même Harry lorsqu'il faisait des cauchemars. » Fit remarquer sournoisement Mrs Wesaley, les yeux plein de venin. Harry ne put retenir un frisson à l'idée d'un Snape le cajolant, frisson qui parcourut également l'échine du Chef des renseignements.

Snape soupira. Il sembla soudain agacé et fatigué alors qu'il croisait le regard glacial de Mrs Weasley.

« Peut-être devrais-je vous informé que la réunion dont revient Hermione a été particulièrement éprouvante, plus que ce qu'elle a l'habitude d'endurer. » Dit-il sans filtrer la moindre émotion dans sa voix. « Une moldue de quatre ans est morte dans ses bras ce soir. La petite avait assisté à la mort de son père avant d'être torturée par les Mangemorts. Hermione a du mettre fin à ses souffrances de ses propres mains en prétendant avoir surestimé les forces de la fillette. Elle a été punie pour cela. Comme vous pouvez certainement vous en douter, elle a été profondément ébranlée par cette... expérience. »

Harry baissa la tête, ne souhaitant pas que les autres membres de l'Ordre voient l'horreur dans ses yeux. Hermione avait toujours refusé de lui raconter ce qu'il se passait pendant ces rassemblements, ce qu'elle était contrainte de faire pour ne pas être démasquée.

Maintenant, il savait et il comprenait pourquoi elle avait résolument gardé le silence. Involontairement, ses yeux cherchèrent ceux de Draco, qui reflétaient les mêmes sentiments mais en plus sombres et plus amers. Que ressentait-on lorsqu'on grandissait avec un homme capable de tels actes et qui -s'il en croyait les commentaires emplis d'amertume de Draco au sujet de son père- s'amusait même de tout cela? Que ressentait-on lorsqu'on était en rapport avec un tel homme, forcé de le suivre dans sa folie?

L'espace d'un instant, il ne souhaita qu'une chose: foncer dans le bureau de Snape et serrer très fort Hermione dans ses bras, pour la protéger de ce monde monstrueux dans lequel elle était entrée et pour se soustraire aux images qui envahissaient son esprit.

Mais Mrs Weasley poursuivit et Harry n'eut alors plus qu'une seule envie: la frapper pour qu'elle cesse ses questionnements inutiles. Il savait cependant que Mrs Weasley pouvait exploser lorsqu'elle était dans un tel état d'esprit, et ils n'avaient vraiment pas besoin de ce genre de confrontation à l'heure actuelle. Elle n'arrêterait pas tant qu'elle n'aurait pas obtenu de réponses et peut-être valait-il mieux laisser Snape s'en occuper pendant qu'Hermione n'était pas dans la pièce.

« Y a-t-il, entre Hermione et vous, plus que de l'amitié? » Demanda Mrs Weasley, pâle mais déterminée.

Pour la première fois, Snape hésita, incertain de la réponse à apporter. « Je ne vois pas en quoi cette question concerne l'Ordre. » Répondit-il finalement.

« Croyez-moi, ça le concerne... Partagez-vous avec Hermione plus que de l'amitié? » Réitéra-t-elle d'un ton décidément plus sec.

« Oui, c'est le cas. » La réponse était claire et donnée sans la moindre hésitation. Lorsqu'ils se retournèrent, ils virent Hermione dans l'encadrement de la porte, les yeux brillants et le menton relevé en signe de défi. Elle ne pouvait cependant pas cacher son besoin de se tenir à la porte pour ne pas tomber.

« Tu devrais te reposer. » Lui dit Snape, sans se soucier le moins du monde de la stupeur générale causée par la réponse de la jeune femme.

Ce fut Draco qui marcha vers elle tandis que la salle entière gardait le silence. Il présenta ensuite son bras à la Gryffondor. Cette dernière le prit volontiers et il la conduisit jusqu'à sa chaise. Draco garda sa main sur l'épaule de la jeune femme pendant quelques instants avant de regagner son siège.

Finalement, Mrs Weasley retrouva l'usage de la parole. « Que veux-tu dire par là, ma chère? » Demanda-t-elle en essayant de garder une voix amicale et pleine de compassion. « Y a-t-il quelque chose de... romantique entre vous? »

Elle lança un bref regard glacial à Snape, doutant que le chef des renseignements soit capable du moindre romantisme.

La grimace d'Hermione la conforta dans cette pensée. « Désespérément romantique. » Répondit-elle simplement et Mrs Weasley rougit violemment.

« Je... » Bégaya-t-elle. « C'est... »

Pendant une seconde, Harry s'attendit à ce qu'elle fasse son discours sur le fait d'embrasser une personne et de lui tenir la main, discours qu'elle avait d'ailleurs tenu à ses enfants ainsi qu'à Harry, quelques années plus tôt, mais les paroles de Snape la stoppèrent net.

« Si vous voulez savoir, » dit-il simplement d'une voix plus douce et grave que jamais, « Hermione est l'amour de ma vie. Elle est mon âme. »

Dans la bouche de n'importe qui d'autre, cette déclaration aurait sonné terriblement kitsch. Mais dans celle de Snape, ce n'était que la vérité. La profondeur et la sincérité de ces mots en coupèrent le souffle de Harry. Il observa Hermione et Snape tandis qu'ils partageaient un long regard indéfinissable, puis ces derniers tournèrent la tête et reportèrent leur attention sur Mrs Weasley, en parfaite synchronisation.

Bien que tout se soit passé en silence, avec subtilité et que seul un regard ait été échangé, c'était la chose la plus tendre à laquelle Harry ait jamais assisté. Et à en juger par les visages de Draco et Remus, son avis était partagé.

« Félicitations, alors. » Harry brisa le silence et ses paroles parurent chaudes et puissantes. « Je suis content pour vous deux. »

« Merci Harry. » Lui sourit Hermione. Dans le regard de la jeune femme, on pouvait lire que ce qu'avait dit Harry comptait beaucoup pour elle, même si elle savait depuis longtemps qu'il avait déjà accepté leur relation. Snape se contenta de hocher la tête, en signe d'acceptation, mais une fois encore, Harry vit une étincelle de respect dans les prunelles de son ancien professeur de potions.

« Mais Hermione, ma chère... » Balbutia alors Mrs Weasley, visiblement opposée à l'idée que ce puisse être la vérité. « En es-tu sûre? Je veux dire... Tu es jeune et inexpérimentée... vulnérable... »

Le sourire d'Hermione s'évanouit. Il y avait désormais quelque chose de dangereux dans son regard, un signal d'alerte que Harry avait appris à reconnaître rapidement au cours des dernières années.

« Ne me parlez pas d'expérience, Mrs Weasley. » Dit-elle d'un ton qui ne supportait pas de réponse.

Mrs Weasley ne sembla cependant pas remarquer le changement d'atmosphère dans la pièce. « Mais tu es à peine majeure, ma chère. » Poursuivit-elle sans remarquer le regard mauvais que lui adressa Snape. « A un certain moment de la vie, nous expérimentons des sentiments et des désirs qui sont nouveaux pour nous. Il nous arrive de nous méprendre et de les confondre avec de l'amour... »

« Êtes-vous en train d'insinuer que je suis incapable de faire la différence entre le sexe et l'amour? » Hermione lâcha un ricanement bref et froid, si bien que Mrs Weasley se recula légèrement. Le son de sa voix devint ensuite glacial. « Peut-être devriez-vous en discuter avec Lucius Malfoy, Mrs Weasley. Il pourrait vous confirmer combien je suis... expérimentée. Mais, oh... j'oubliais... Il ne vous laisserait pas vivre assez longtemps pour poser la question. »

Ceci dit, Hermione se leva et marcha lentement vers la tapisserie magique connectée aux appartements de Snape. Elle plaça sa paume sur le tissu, murmura quelque chose et disparut l'instant d'après.

« C'est la chose la plus idiote que vous ayez prononcée, Molly. » Commenta le professeur McGonagall après un moment de lourd silence. « Lui dire qu'elle est inexpérimentée... non mais vraiment! »

« Mais elle l'est! » Protesta vigoureusement Mrs Weasley dont les yeux se posaient régulièrement sur Snape avant de détourner brutalement son regard, comme si elle avait peur de sa réaction. « Elle n'a que dix-huit ans, et Severus est de vingt ans son aîné! De ce que m'ont dit Ron et Harry, elle n'a jamais eu de petit ami auparavant, et maintenant, elle aurait une relation avec un ancien Mangemort et espion? Je ne dis pas que vos intentions ne sont pas honnêtes, Severus, mais elle est vraiment trop vulnérable! Il pourrait la blesser sans même s'en rendre compte. »

« Elle est tout sauf vulnérable, Mrs Weasley. » Fit remarquer sèchement Harry. « La dernière fois que j'ai essayé de la surprendre en l'enlaçant, elle a failli me broyer les côtes. Elle a traversé des choses dont vous n'avez pas idée. La traiter de la sorte est une forme d'insulte pour elle! »

« Alors harry, le fait qu'elle soit espion et qu'elle ait appris beaucoup de choses ne signifie pas qu'elle est aguerrie en matière d'amour... »

Draco renifla à ces paroles. Il était toujours un peu inquiet au milieu des membres de l'Ordre, mais son amusement était son meilleur visage. « Elle est suffisamment versée dans cet art pour avoir séduit mon père. » Commenta-t-il aussi sèchement que Harry l'instant d'avant. « Et lui est expérimenté, je peux vous l'affirmer. »

« Ton... père... quoi? » Cette fois, le visage de Mrs Weasley était devenu livide et elle semblait sans voix. Enfin.

Malheureusement, ni Mr Weasley, ni Tonks ne partageaient son état de stupeur.

« Tu devrais nous expliquer un peu ton commentaire, Draco. » Dit Arthur Weasley, le visage grimaçant. « Je pense avoir mal compris. »

« Vous l'avez parfaitement compris. » Coupa Harry qui ne souhaitait pas que Draco ait à assumer le scandale que cette information ne manquerait pas de provoquer dans la salle. « Comment croyez-vous qu'elle soit entrée dans le Premier Cercle de Voldemort? En écrivant une lettre? »

« Mais... comment»

Harry se contenta de hausser les épaules, ne souhaitant pas divulguer cette information qui l'avait lui aussi choqué au début. « C'est une jeune femme belle, intelligente et extrêmement déterminée. » Répondit-il simplement. « Je crois que c'est évident. »

« Mais comment peut-elle supporter d'être touchée par ce Mangemort? » Tonks était visiblement dégoutée par cette pensée.

« En faisant passer les besoins des autres avant ses propres désirs. » Rétorqua froidement Harry, qui détestait là où les menait cette conversation.

« Si tu penses que c'est pour cette raison... » Harry décida que la voix de Mrs Weasley sonnait faux lorsqu'elle essayait d'être sarcastique.

« Quoi? » Siffla Harry qui n'arrivait pas à croire ce qu'il venait d'entendre.

La voix de la rousse, qui n'était plus agressive mais dangereusement pensive, répondit à la question et plongea la pièce dans le chaos.

« Peut-être est-elle plus proche du Côté Sombre qu'on ne le croit. » Dit-elle calmement.

Le sang de Harry se figea. Il était sûr que ses sentiments changeraient dans peu de temps, mais à cet instant, il ne ressentait que de la stupeur et de l'ébahissement.

« Je ne peux pas croire que vous veniez de dire ça, Mrs Weasley. » Murmura-t-il.

« Harry, mon chéri. Je sais que tu l'aimes beaucoup, et je ne remets as en cause le fait qu'elle était une bonne amie, mais penses-tu vraiment que tu aurais pu avoir des contacts intimes avec quelqu'un qui... avec Lucius Malfoy... » Le dégoût se lisait clairement sur le visage de la femme, et même si les autres se taisaient, Harry pouvait voir cette même réaction sur les figures autour de la table.

Une colère noire s'empara de Harry lorsqu'il réalisa qu'ils doutaient d'Hermione, en considérant ses actes comme quelque chose de souhaité et volontaire, pour ne pas voir pourquoi elle l'avait fait. Pour la première fois, Harry comprit ce qui poussait Snape à être si aigre et amer. Il ouvrit alors la bouche pour commencer à les insulter. Il sembla alors que quelqu'un avait été plus rapide que lui.

Snape était adossé à son fauteuil, mais l'instant d'après, il était sur ses pieds, les yeux flamboyants. Son aura magique se propagea dans la salle en une fraction de seconde.

« Suffit. » Rugit-il et chaque verre éclata en mille morceaux.

La salle fut soudainement plongée dans un silence de mort. Même Dumbledore avait baissé la tête pour éviter l'explosion causée par la magie de l'ancien espion.

« J'ai toujours douté de l'intelligence de ce conseil. » Poursuivit Snape. Sa voix habituelle était de retour, grave et doucereuse. Rien ne laissait penser dans son expression ou sa posture qu'il avait perdu, ne serait-ce qu'une seconde, le contrôle de lui-même. Les autres pouvaient sentir la magie pulser derrière chacun de ses mots, cette magie qui souhaitait sortir, soumettre, punir et détruire. Harry frissonna.

« Je savais que vous préfériez votre justice gryffondorienne aux choses qui doivent être faites. Je savais que vous préfériez fermer les yeux pour ne pas voir la vérité quand celle-ci n'est pas aussi pure que vous le voudriez. Mais cela a été trop loin. »

Une autre libération de magie renforça ses paroles, et Harry vit que les mains de Mrs Weasley étaient crispées sur les bras de son fauteuil. Elle était visiblement terrorisée. Elle l'avait mérité.

« Hermione a rendu à ce conseil un service inestimable, quelque chose qu'aucun de vous, bons samaritains sans cervelle, n'aurait été capable de faire. Vous êtes tellement effrayés par ce qu'elle est devenue que vous la laisseriez mourir plutôt que de la soutenir. Vous l'avez traitée avec méfiance, interrogée sur sa loyauté, ses compétences et son intelligence. Tout cela, elle l'a accepté. Mais je ne permettrai pas que vous la questionniez sur son choix de vie. »

« Hermione est la chose la plus précieuse de ma vie, et je tuerais pour elle sans la moindre hésitation. Vous devriez garder en tête que même si je ne suis plus un espion depuis longtemps, je connais des moyens que vous ne soupçonnez même pas pour vous anéantir, vous et vos familles. »

Ce n'était pas une menace, réalisa Harry, alors qu'il observait le visage sombre du Maître des potions. Le regard glacial de ce dernier semblait fixer chacune des personnes de la pièce. C'était un simple fait.

« Hermione vous a laissé aller trop loin. » Leur dit alors Snape d'une voix glaciale qui provoqua une frisson parcourant l'échine de chacun.

« Mais à partir de ce soir, c'est terminé. Plus de questions sur ses capacités, sa vie ou ses motivations. Je ne le permettrai pas. Et si vous êtes assez stupides pour la chercher, pensez que vous pourriez bien avoir à faire à moi. Parce que je pourrais très bien être tapi dans l'ombre. Si vous lui faites du mal, je peux vous assurer que mon ombre sera la dernière chose que vous verrez dans votre triste vie. »

Il lança un dernier regard à chacun, comme pour vérifier que ses paroles avaient eu l'effet escompté -ce qui était le cas, puisqu'ils tremblaient dans leur siège tellement ils étaient retournés- puis il lissa ses robes et marcha vers les tapisseries en suivant le chemin emprunté par Hermione sans le moindre regard en arrière.

Il fallut aux autres de longues minutes pour se reprendre, et même Harry eut des difficultés à se souvenir que respirer était nécessaire au bon fonctionnement du corps humain.

« C'était si effrayant... » Murmura Tonks, après un silence interminable. Harry put alors voir que la plupart était on ne peut plus d'accord avec elle.

« Bien. » Intervint finalement Draco en mettant un terme à l'atmosphère tendue grâce à une grimace bancale. « Il nous a toujours dit qu'il pouvait mettre la mort en bouteille. »