Quand la Lionne se bat


Oh miracle, c'est Noël en plein été! Non, vous ne rêvez pas... c'est bien un nouveau chapitre. Comme quoi, avec un peu de patience tout arrive!^^

Je tiens à remercier tous ceux qui ont pris le temps de me laisser une petite review, que ce soit pour donner leur impression sur cette fic ou pour m'encourager à poursuivre la traduction. Comme je l'ai déjà dit, je compte aller au bout de cette traduction, même si ça doit prendre quelques... années.

Merci donc à vous de continuer à me suivre dans cette aventure et surtout merci à Kayly d'avoir fini son histoire. Ça me permettra de finir de la traduire avant d'avoir 200 ans. Sur ce, bonne lecture, et n'oubliez pas d'appuyer sur le petit bouton en bas, ça fait toujours plaisir.


Chapitre 51: And is never shaken

L'aube les trouva à moitié assis et à moitié allongés sur le canapé qui se trouvait en face de la cheminée. Hermione s'étaient endormie plusieurs heures auparavant, le visage tellement enfoui dans la chemise de Severus que ce dernier se demandait comment elle pouvait encore respirer. Mais elle semblait avoir besoin de contact, plus que d'oxygène, alors il se contentait de lui caresser délicatement les cheveux.

Elle n'avait rien dit au sujet de la réunion. Elle n'avait pas demandé ce qu'il s'était passé dans la pièce après son départ, laissant l'Ordre à la merci de Severus. Ce dernier était pourtant presque sûr qu'elle avait senti la façon dont sa magie avait explosé et s'était répandue autour de lui, comme pour un animal traqué.

Sa magie lui avait échappé lorsque les verres s'étaient brisés, même s'il avait facilement réussi à reprendre le contrôle. Le fait d'avoir perdu sa maîtrise, ce qui ne lui était plus arrivé depuis une dizaine d'années, indiquait l'intensité de sa colère. Aussi mieux valait-il se tenir à l'écart de l'Ordre pendant quelques jours.

Cette même colère avait motivé l'envoi d'une lettre à Dumbledore dans laquelle figuraient des commentaires acerbes sur l'incapacité du Directeur à contrôler les Gryffondors sans cervelle du Conseil, ainsi que des commentaires résignés, expliquant comment, malheureusement, ils avaient trop besoin du Premier Cercle pour le faire simplement disparaître de la surface de la terre. Quel malheur!

C'est une bonne chose que ce genre de confrontation ait toujours lieu le vendredi ou le samedi. S'amusa-t-il alors en faisant léviter une bûche dans l'âtre. L'explication était pourtant logique: même Voldemort savait qu'il ne pouvait pas obliger Hermione à manquer les cours trop souvent sans que cela ne paraisse suspect. L'idée que le Seigneur des Ténèbres devait s'organiser en fonction de l'emploi du temps de Poudlard était un détail tout à fait amusant. Détail qui empêchait d'ailleurs Severus de sortir de ses appartement pour aller tuer Molly Weasley.

Il n'avait plus été tenté de faire appel aux Impardonnables depuis au moins aussi longtemps que la naissance d'Hermione.

Après une heure à ressasser, comploter et rassembler ses vastes connaissances en matière de poison pour provoquer la mort de Mrs Weasley, Hermione remua dans ses bras. Il fut grandement satisfait de constater que le moment de panique, lorsqu'elle redevenait consciente à proximité d'un autre corps humain, s'était réduit comme peau de chagrin. Il ne subsistait plus qu'une courte crispation des muscles qui se détendaient bien trop vite pour être remarqué par la plupart des gens.

« Severus. » bailla-t-elle. La brume de son esprit s'évanouit comme s'il avait été touché par la grâce.

Elle avait l'air adorable. Les plis de sa chemise avaient fait des marques sur son visage et ses cheveux étaient désordonnés. Elle bailla une fois encore tout en tirant la langue tel un chaton pour goûter l'air.

« As-tu passé la nuit sur le sofa à me regarder dormir? » Demanda-t-elle alors qu'il haussait les épaules.

« Quelle meilleure façon d'occuper une nuit sans sommeil? Bonjour mon amour. »

« Tu sais, Severus. » Annonça-t-elle d'une voix endormie tandis qu'elle s'asseyait doucement tout en tentant de mettre de l'ordre dans ses cheveux avant de lisser la chemise de son amant. « Tous ces plans destinés à te venger ou à les tuer ne sont pas bons pour ta santé. »

Il n'exprima pas le moindre signe de surprise, pas le plus insignifiant tic qui trahit même les meilleurs acteurs.

« Qu'est-ce qui te fait penser que je cherche à me venger? » L'interrogea-t-il avec un subtil mélange d'agacement, de surprise et d'amusement.

Elle sourit en retour puis transforma son pyjama en vêtement en un tour de baguette: une jupe bordeaux et un haut noir. Une fois encore, cela le surpris. Elle devait se sentir en relative sécurité pour porter cette jupe.

« Le fait que j'ai écouté l'Ordre hier après être partie. » Répondit-elle simplement. Severus frissonna.

« J'ai découvert que tu pouvais garder la connexion entre les tapisseries comme si tu laissais la porte très légèrement entrouverte, pas trop longtemps, mais suffisamment pour lancer un sort de télévision. Je dois dire que tu as fait sensation. »

« Tu as tout vu et entendu. » Répéta-t-il en sentant la colère s'emparer à nouveau de lui. Le seul point positif de la veille était de savoir qu'Hermione n'avait pas découvert ce que l'Ordre -des gens qu'elle connaissait depuis des années- en était arrivé à penser d'elle.

« Quasiment, oui. » Confirma-t-elle tranquillement, semblant toujours inexplicablement calme. « Bien sûr, j'ai manqué les effets de ta magie, ce qui devait être impressionnant, à en juger par la tête qu'ils faisaient tous. Je pense que la nuit dernière, tu as officiellement franchi la ligne entre le statut d'homme impressionnant et celui de terreur. Tonks avait l'air décomposée. »

« Qui est la terreur? » Demanda Jane de par la porte entrouverte de la cuisine.

« Severus. » Lui répondit Hermione, puis elle se dirigea vers la table à manger. « Il a été un vrai héros hier et a menacé de mort ou de malédiction les membres du Premier Cercle.

« Pourquoi a-t-il fait ça? » Demanda Jane tandis qu'un petit-déjeuner copieux apparaissait sur la table.

Severus se leva en soupirant, fit rouler ses épaules pour évacuer les tensions qui s'y logeaient. Il regarda les deux femmes de la maison discuter de lui comme s'il n'était pas présent alors qu'elles se servaient de thé et du jus de citrouille.

« Parce que l'Ordre a commencé à se demander si je j'aimais pas être devenue Mangemort et servir de jouet sexuel à Malfoy. » Rétorqua sèchement la jeune femme d'une voix soudainement fatiguée. « Mrs Weasley ne peut pas s'empêcher de penser qu'en de pareilles circonstances, je ne suis pas le bon type d'amie pour Celui-qui-a-survécu. »

En un battement de paupière, les mouvements de Jane se figèrent et une expression de rage meurtrière s'inscrivit sur son visage. Snape continuait d'observer. Ce n'était pas un secret que Jane aimait Hermione et qu'elle l'avait adoptée comme nouvelle maîtresse de maison. Elle prenait toujours grand soin des invités de Severus, mais ne se mêlait pas trop de leur vie. De plus, elle n'avait jamais exprimé ses émotions aussi ouvertement.

« Il a ma bénédiction, alors. » Dit-elle d'une voix aussi sèche que celle d'Hermione, mais là où on percevait de la lassitude dans la voix de la Gryffondor, il y avait de la détermination dans celle de Jane. « Je rassemblerai les ingrédients lorsqu'il fabriquera le poison qui leur est destiné. »

Hermione se permit de glousser. « Ne parlons pas de poisons alors que nous allons passer à table, s'il te plait. » Se plaignit-elle. « Je suis bien trop consciente du fait que nombre d'entre eux n'ont pas le moindre goût et sont indécelables. »

« Mais pas pour un elfe de maison, ma chère. » La contredit Jane tandis qu'elle s'activait devant eux avant de retourner dans la cuisine. « Nous remarquons tout et n'oublions jamais. »

Ses mots sonnaient un peu comme une menace et Severus ne put réprimer un sourire à la pensée que Molly Weasley était désormais sur la liste des 'sorciers dangereux et créatures magiques les plus haïs'. Il se demandait comment il pourrait lui laisser entendre, sans pour autant avoir un comportement trop Gryffondor.

Il attendit que sa vieille amie disparaisse dans ses appartements reliés à la cuisine puis il marcha ver Hermione qui se tenait toujours debout, les yeux dans le vide.

« Comment te sens-tu en réalité? » L'interrogea-t-il calmement alors qu'elle s'adossait à son torse et qu'il l'enlaçait étroitement, comme s'il voulait ne faire plus qu'un avec elle.

« Je suis fatiguée. » Répondit-elle tout aussi calmement. « Tu avais raison, Severus. Tu avais raison depuis le début. Tout ce temps où je me suis donnée du mal et où ils m'avaient déjà condamnée. Je suis différente, et ils ne le comprendront probablement jamais. »

« Tu dois en souffrir. »

Elle acquiesça. « Oui, et tu dois le savoir mieux qu'un autre. » Sa main dansa délicatement sur la gauche, comme un oisillon prenant son premier envol. « Mais ce n'est pas le principal aujourd'hui. D'autres choses prévalent, des choses bien plus agréables que la trahison et la déception. »

« Qu'est-ce que tu veux dire? » Les mains de Severus resserrèrent leur étreinte autour de la taille de la jeune femme, tandis qu'il murmurait la question à son oreille, d'une voix chaude et protectrice.

Elle sourit de nouveau et ferma les yeux pour profiter de l'instant ou parce qu'elle voulait plonger dans ses souvenirs. Il n'en savait rien.

« Hier, malgré toute cette colère et cette peur, j'ai été témoin de tant d'amour. » Souffla-t-elle. « La façon dont tu m'as protégée, la façon dont Draco et Harry m'ont montré leur soutien. N'étaient-ils pas merveilleux? »

Elle soupira et se retourna tout en restant blottie dans ses bras, de manière à ce que ses yeux puissent croiser le regard interrogateur de Severus.

Depuis que je suis en âge de penser, j'ai toujours eu peur qu'on ne m'aime pas vraiment, et ce sentiment n'a fait que s'accroître lors de mon arrivée à Poudlard. Je me demandais toujours si Ron et Harry ne s'intéressaient pas en définitive qu'à mes devoirs, ou s'ils avaient juste besoin de quelqu'un capable de penser rapidement pendant leurs aventures. Mais désormais... Vous savez tous les trois, tout sur moi. Hier, ils ont entendu que j'ai tué une fillette et tout comme toi, ils m'ont pardonnée. Ils ont essayé de me protéger à leur façon, tout comme toi. »

Elle sourit encore une fois. « N'est-il pas étrange que ce soit au milieu de toute cette haine et ce rejet, que je reçoive plus d'amour que je n'en ai jamais eu auparavant? »

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« Hermione n'est pas là, elle est en cours cette après-midi. » Dit Snape à Harry tandis que le jeune homme traversait la tapisserie magique des appartements de son chef des renseignements.

Harry déglutit. Il se sentait un peu mal à l'aise mais cela faisait désormais deux jours qu'il ressentait le besoin d'avoir cette conversation. Il connaissait bien ce sentiment et il savait qu'il ne quitterait pas la pièce avant d'avoir fait ce qu'il avait à faire.

« Je sais, Monsieur. J'ai justement choisi ce moment parce qu'elle était en classe. »

Pour sûr, cela intrigua Snape. Harry déglutit une fois encore. Il allait probablement recevoir une remarque caustique et hautaine sur le fait que les Gryffondors n'étaient qu'une perte de temps et qu'ils se mettaient toujours dans ses jambes.

« Prenez un siège, Monsieur Potter. Désirez-vous du thé? »

Ce ne fut que grâce à son entrainement avec Draco et Hermione qu'il parvint à ne pas regarder son ancien professeur d'un air ahuri et qu'il ne fit pas demi-tour, purement et simplement. Il avait eu tord. Un Snape 'civil' était réellement plus effrayant que le Snape qu'il connaissait.

« Oui, Monsieur, merci. » Il se rappela enfin qu'il devait répondre et s'assit plutôt maladroitement. Il était content que ses jambes ne se soient pas simplement dérobées sous lui, ce qui n'aurait pas manqué de le jeter au sol dans une position plutôt humiliante.

Sans donner l'impression qu'il avait remarqué la confusion de Harry, Snape marcha vers la grande table, servit une tasse de thé, ajouta deux morceaux de sucre et un petit nuage de lait.

Harry déglutit. Que Snape ait mémorisé la façon exacte dont il buvait son thé n'était pas seulement effrayant, c'est complètement flippant. S'enfuir de la pièce lui sembla soudain bien plus intéressant.

Snape lui tendit sa tasse avec un léger hochement de tête et Harry essaya de rendre ce hochement, le plus dignement possible.

« Merci, Monsieur. »

« Alors, Monsieur Potter. » Commença Snape après s'être installé dans le fauteuil opposé. « Que me vaut l'honneur de votre visite? »

Harry chercha une leur de mépris, ou même d'humour dans les yeux et sur le visage de son ancien professeur, mais il ne trouva rien. Il ne s'attendait pas à percevoir quoi que ce soit. Snape était un excellent acteur, après tout.

Il avait pensé longuement et intensément à ce qu'il s'apprêtait à faire et il en était venue à la conclusion qu'il était temps de faire face à Snape. Il avait également songé à comment il s'y prendrait. Un Serpentard aurait commencé à des lieues du véritable sujet et aurait fait son chemin doucement, testant pas à pas le terrain avant de s'y engager.

Mais il n'était pas Serpentard. Et aussi utiles que lui avaient été les leçons de Draco au cours des derniers mois, elles lui avaient surtout permis de réaliser certaines choses à propos de Snape et Hermione. Lui-même n'était pas prêt à s'engager sur un chemin dont il commençait seulement à comprendre les tenants et les aboutissants. Il était temps d'être un Gryffondor avec tous les avantages et les inconvénients que ça comportait.

Nous y voilà... Songea-t-il en prenant une profonde inspiration.

« Je suis venu, parce que je pense qu'il y a certaines choses dont nous devons dicuter maintenant, au lieu d'attendre encore une paire d'années. »

« Vraiment. » Un haussement de sourcil, un visage inexpressif. Pourtant, Harry savait que Snape était en train de se rouler par terre de rire à cause de la folie du Gryffondor, bien à l'abri derrière les remparts de son esprit.

« Oui, Monsieur. » Il prit une autre profonde inspiration et tenta de repousser la panique qui l'envahissait peu à peu. « Je viens pour vous dire que pendant la majeure partie de ma scolarité, je pensais que vous n'étiez qu'un salaud, un Serpentard cruel, vindicatif et injuste. Que je haïssais la façon dont vous traitiez Sirius, Remus, ou tout autre Gryffondor que vous croisiez. »

Il se tut, laissant à Snape l'opportunité de le jeter de ses appartements s'il le désirait. Mais la seule réponse à ses insultes fut un léger étirement des lèvres du Maître des cachots. On ne pouvait pas appeler cela un sourire, pas encore, mais ce n'était déjà plus une grimace, et cette constatation donna à Harry un espoir pour la suite.

« J'y ai beaucoup pensé au cours des derniers mois et j'en ai conclu que j'avais également été un salaud, et ce plus d'une fois. La fois où je vous ai mal jugé et vous ai stupéfixié en troisième année, lorsque j'ai regardé dans votre pensine en cinquième année. Il y a eu des préjudices dans les deux camps, et le fait que j'étais un enfant et vous un adulte n'y change pas grand chose. Je ne demanderai pas pardon pour les choses que j'ai dites ou faites, et je n'attends pas non plus d'excuses de votre part. Vous n'en auriez pas fait de toutes façons. Mais je voudrais dire que ces choses appartiennent au passé. »

Il se tut encore, observant le visage de Snape pour voir quelle était sa réaction face au discours. Le second sourcil avait rejoint le premier en haut. Rien d'autre n'avait changé.

« J'ai appris de nombreuses choses au cours des mois passés. J'ai vu ma meilleure amie plus brisée que dans mes pires cauchemars, et je l'ai vu plus forte que je ne l'aurais jamais imaginé. Je suis devenu ami avec un Serpentard et me suis brouillé avec mon ancien ami Gryffondor. Je vous ai vu en action, le vrai vous, pas mon Maître des potions, et je vous ai vu avec Hermione. J'ai vu tellement de facettes d'une seule et même chose que vous pourriez dire que c'est un miracle que je sache encore où est le haut et où est le bas.

« Et au final, même si je vous trouve encore trop effrayant à mon goût, je vous respecte. Je respecte vos compétences, votre intelligence et l'amour que vous partagez avec Hermione. J'étais sérieux lorsque j'ai parlé à la réunion de l'Ordre. »

Il frissonna et tenta tant bien que mal de sourire. « Et si Hermione vous a choisi, c'est que de par certains côtés, vous ne pouvez pas être si mauvais. »

Pendant un instant, il songea qu'il avait mal lu les signes au cours des dernières semaines, que Snape ne voulait pas, ou n'était pas prêt pour cette conversation. Mais ensuite, les lèvres de l'homme s'étirèrent un peu plus, sans pour autant former un sourire, mais c'en était très proche. Harry sut alors qu'il avait eu raison de venir.

« Vous avez raison quand vous dites que je ne m'excuserai jamais de mon comportement envers vous, Mr Potter. » Dit Snape d'une voix détendue et profonde. La phrase laissait entendre une part de reconnaissance, sans pour autant supprimer l'intonation moqueuse. « Mais je vais admettre que j'avais tord à votre sujet. »

Harry n'en revenait pas. Il hoqueta. Le sourire devint goguenard presque instantanément.

« Je pensais que vous étiez irresponsable, et même si vous avez été irresponsable par le passé, vous avez montré ces derniers mois que vous étiez capable de maîtriser ce trait de caractère. Vous vous êtes montré désireux d'apprendre et assidu au travail. Vous avez su ouvrir les yeux sur vos amis et sur le futur de notre monde, ce à quoi je ne m'attendais pas. »

Snape sourit. C'était un léger sourire, mais un véritable sourire, auquel Harry ne s'attendait pas, du moins, pas avant une bonne centaine d'années.

« Et pour dire vrai, Mr Potter, même si vous êtes toujours un peu trop Gryffondor à mon goût, je vous respecte, vous et votre dévouement pour vos amis, votre volonté de combattre et le courage qu'il vous a fallu pour venir ici ce soir. »

Draco avait raison, songea Harry, légèrement effrayé. Cet homme pourrait disséquer les ombres avec un couteau. Il manipule les mots à sa guise. Le Gryffondor n'avait pas manqué comment son ancien professeur avait répondu à sa petite confession, comment il avait rendu, mot pour mot compliment pour compliment, et critique pour critique. L'homme avait observé chacune des étapes, et son sourire -rare manifestation de ses émotions- avait récompensé Harry de son initiative.

Ils étaient désormais à un palier. S'il partait maintenant, ses efforts n'auraient pas été vains, mais cela laisserait leur nouvelle relation dans un fragile statu quo.

S'il voulait plus, ce serait encore à lui de faire le premier pas.

« Et... ce qui fait de nous?... » Demanda Harry calmement, sans être sûr de pouvoir résumer ce qu'il avait entendu et ce qui avait été dit. Il n'était certain que d'une chose, face à la subtilité de Snape, il ne pouvait opposer que son équivalent purement Gryffondor: l'honnêteté absolue.

« Des alliés, je suppose. » Répondit Snape après un instant, testant les mots dans sa bouche, avant de les laisser franchir ses lèvres. « Des collègues. La famille d'Hermione. »

Harry hocha la tête, songeant que c'était là une bonne conclusion pour la soirée. Si c'était ce que Snape lui offrait ce soir, il était heureux de l'accepter.

« Je pense que j'aime les trois. » Dit-il en se levant et en inclinant la tête en signe de respect.

Snape reconnut le but de ce geste, se leva également et l'imita silencieusement. Il raccompagna Harry jusqu'à la tapisserie reliant ses appartements au quartier général de l'Ordre et activa le sortilège.

« Bonne nuit, monsieur. » Dit Harry qui s'apprêtait à franchir le seuil de la pièce.

« Bonne nuit. » Répéta Snape. Ce dernier hésita un instant avant de hocher la tête en silence, comme s'il venait de prendre une décision. « Mr Potter? »

Harry, dont la jambe avait déjà traversé la tapisserie, se retourna vers lui. « Oui? »

« Vous me feriez un grand honneur en m'appelant Severus. » Enonça le chef des renseignements sur un ton très formel.

Harry sourit. « Certainement, monsieur. » Répondit-il. « L'honneur sera pour moi... »

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« Cette fois, Draco, tu as vraiment dépassé les bornes. » Annonça Hermione d'un air sévère avant de croiser les bras sur sa poitrine.

« Les bornes de quoi? » Demanda Draco innocemment en battant des cils et en s'adossant à la fenêtre sur le rebord de laquelle il était assis.

« Une délégation de première année de Poufsouffle est venue se plaindre à ma porte aujourd'hui pour réclamer ton renvoi. Tu serais, je cite, 'le mal, un démon diabolique qui les terrorise'!

« Oh, ça. » Dit Draco sur un ton parfaitement innocent, comme s'il n'avait jamais été responsable du choc nerveux d'une horde de petits Poufsouffles. « En fait, c'est leur faute. Vraiment. »

Les lèvres d'Hermione s'étirèrent, mais elle parvint à conserver une posture admirablement sévère. « Je ne vois pas comment. » Dit-elle.

« Parce qu'ils sont incroyablement crédules, évidemment! » Rétorqua Draco d'une mou boudeuse. « Ce devrait être puni par la loi. Et de toute façon, je ne les ai terrorisés que pour que Harry puisse mieux voler à leur secours par la suite. »

« Oh, merci. » Lança Harry de l'entrée de la salle de gymnastique de Snape, d'où il avait surpris le début de cette pseudo dispute. « Je ne peux que l'apprécier. Si je ne sauve pas deux personnes par jour, j'en deviens malade. »

« Tu vois! » S'exclama Draco en affichant son air signifiant 'je te l'avais bien dit'. « C'est moi la véritable victime... »

« Oh, bien sûr. » Dit Hermione d'une voix traînante. « Et je sais que tu en souffres terriblement. »

« Terriblement. » Acquiesça Draco avec candeur.

Harry gloussa puis s'avança vers eux avant de donner une rapide étreinte à Hermione. Cinq jours s'étaient écoulés depuis sa confrontation avec l'Ordre et ce soir, il lui faudrait participer de nouveau à une réunion avec le Premier Cercle. Elle avait bien géré la situation, mieux qu'il ne l'aurait cru, mais il ressentait toujours le besoin de la protéger de la stupidité cruelle de Mrs Weasley. Parfois, il songeait qu'il n'avait pas compris à quel point Hermione comptait pour lui, jusqu'à ce qu'il découvre combien sa vie était fragile et menacée un peu plus chaque jour.

« Comment te sens-tu Hermione? » Demanda-t-il en prenant garde à ne pas employer des mots trop durs.

Elle sourit et s'adossa au mur, si bien qu'elle touchait presque le genou de Draco avec son épaule droite et le bras de Harry avec son épaule gauche.

« Protégée. » Répondit-elle après un moment. Elle laissa ensuite son regard se promener de l'un à l'autre de ses amis, amusée.

« Severus m'a fait tout un discours sur les poisons pouvant être inhalés avant de tester la force de mon sortilège tête-en-bulle. Parfois, il manque vraiment de subtilité. »

« J'espère que Severus se souvient que je ne sais pas faire le sortilège tête-en-bulle. » Marmonna Harry, ce qui lui valut un regard purement amusé de la part d'Hermione.

« Ne fais pas attention à lui. » Lança Draco d'une voix traînante. « Il n'a pas arrêté de dire 'Severus' ces derniers jours. Je pense qu'il s'entraîne dans l'espoir de le sortir naturellement le moment venu. »

Hermione ricana en se souvenant combien elle s'était entraînée à prononcer ce même prénom quelques mois auparavant. Elle avait été déterminée à ne pas être embarrassée en prononçant ces quelques syllabes.

« Je me souviens du temps où tu l'appelais par son prénom à chaque occasion, lorsqu'il t'a permit de le faire. » Rafraîchit-elle la mémoire de Draco. « Et au lieu de critiquer ton étudiant parce qu'il prépare sa leçon consciencieusement, tu ferais mieux de me dire où tu en es avec notre chère maîtresse es potions. »

Draco ne put retenir un sourire suffisant.

« Elle me l'a demandé hier. » Annonça-t-il, jouissant visiblement du moment.

« Draco! Faux frère! » Cria Harry. « Et tu ne me l'as pas dit immédiatement! »

« Je t'ai déjà dit que l'idée était brillante, Harry. » Rétorqua Draco d'un ton condescendant. « Si je te faisais plus de compliments, ta tête gonflerait. Et il est de ma responsabilité de te faire garder les pieds sur terre, après tout. »

« Je suis contente de l'entendre, Draco. » Dit Hermione en affichant un sourire éclatant. « Nous allons tous mieux dormir désormais. »

Harry renifla, imitant à la perfection le ton condescendant de Draco. « Comme si j'avais gâché ne serait-ce qu'une seule de mes nuits de sommeil pour ce gamin gâté. » Protesta-t-il, si bien qu'Hermione leva les yeux aux ciel, par trop habituée à leurs chamailleries.

« Et la fausse prophétie? » Interrogea-t-elle. « Où en êtes-vous? »

« Nous discutons du détail des termes à employer. » Répondit Harry qui était instantanément redevenu sérieux. « Il y a deux ou trois petites choses dont nous ne sommes pas sûrs. Peut-être devrais-tu y jeter un œil plus tard. Nous avons tout laissé dans le bureau de Severus. » Dit-il en ignorant le soupir exagéré de Draco.

Hermione acquiesça, et comme si la mention du quartier général leur avait à tous rappelé la réunion à venir, la pièce devint calme.

« Comment réagit l'Ordre? Cela pose-t-il des problèmes? » Demanda Hermione après un moment, d'une voix calme, sans rien laisser paraître.

Harry baissa la tête, indiquant ainsi qu'il préférait laisser Draco répondre. En effet, même si ses contacts étroits avec plusieurs membres de l'Ordre avaient de la valeur, les analyses de Draco concernant la dynamique de groupe étaient meilleures que les siennes.

« Ils essaient de gagner du temps. » Enchaina Draco d'une voix traînante, sans être provocateur comme il avait l'habitude de le faire pour mettre Harry en colère. Il était plutôt songeur, Harry avait d'ailleurs remarqué qu'il employait toujours ce ton lorsqu'il réfléchissait tout en cherchant à communiquer. « La confrontation se serait déroulée autrement, ils auraient déjà réclamé ton exclusion. Maugrey est de ton côté, tout comme Dumbledore, McGonagall et Lupin. Shackelbolt est prudent, les jumeaux Weasley pensent que c'est une grosse farce et que tu es la personne la plus cool de la terre. » Ricana-t-il.

« De toutes façons, Snape, Harry et Dumbledore sont ouvertement de ton côté. Ça fait de ton parti, le parti le plus puissant et le plus important. L'Ordre peut facilement se passer de la mère Weasley -je n'ai d'ailleurs aucune idée de pourquoi ils l'ont autorisée à appartenir à l'Ordre- mais ils ne peuvent pas faire sans leur leader, leur chef des renseignements et leur Sauveur. Ça te met à l'abri, je pense. »

« Mais pourtant. » Remarqua pensivement Hermione. « Mon comportement pourrait être à l'origine d'une scission au sein de l'Ordre qui laisserait des marques. L'équilibre est fragile et je peux faire pencher la balance du mauvais côté, ce qui nous affaiblirait considérablement. »

« C'est vrai. » Confirma Draco. « Même s'ils ne sont pas vraiment en position de force, les Weasley sont et ont toujours été l'incarnation de la Lumière. Le Premier Cercle pourrait parfaitement fonctionner sans eux, mais cela causerait des difficultés avec les membres moins impliqués, et la réputation de l'Ordre en pâtirait vis-à-vis du public. Nous ne pouvons pas nous le permettre alors que notre réseau avec les aurors devient si efficace, pas alors que nous avons besoin de leur soutien pour Halloween. »

Hermione hocha la tête, montrant ainsi qu'elle était d'accord.

« Comment dois-je me comporter, alors? » Demanda-t-elle à Harry. Il y avait déjà réfléchi longuement et intensément. « Laisse couler. » Mrs Weasley a honte d'elle, elle est dans le même état que lorsque Ron s'est conduit comme un imbécile. Toute dispute avec elle provoquerait une explosion plus grande encore que celle à laquelle nous avons eu l'honneur d'assister. »

Draco ricana, amusé par le choix des mots. Harry put même apercevoir le vrai Serpentard au fond de ses yeux.

« Je pense que tu devrais faire comme si rien ne s'était passé. Laisse lui le temps d'accepter la réalité. Elle ira vers toi quand elle sera prête et si tu lui donnes la preuve de ta compétence, sans la contrarier, le processus n'en sera que plus rapide. Je ne pense pas que tu puisses faire autrement. »

« Une nouvelle preuve de mes compétences, dis-tu? » Demanda Hermione, une étrange lueur dans le regard. « Ce devrait être assez facile. »

Draco grimaça, et la façon dont son visage changea tandis qu'il imaginait la démonstration d'Hermione, fit songer à Harry que les Poufsouffles étaient vraiment loin du compte. Démoniaque était un adjectif bien faible pour décrire l'expression actuelle du Serpentard.

« Et ce serait encore plus drôle que Severus menace de tous les tuer. » Ajouta le blond.

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« Avez-vous obtenu d'autres informations sur la mission de Petit-Jean et sur les raisons de sa mort? » Demanda Remus après que la plupart des points de l'ordre du jour ont été discutés.

La réunion s'était bien déroulée, surtout parce que Remus, le professeur McGonagall et Dumbledore avaient fait leur possible pour qu'il en soit ainsi, mais également parce que personne n'avait osé franchir la limite imposée par le regard perçant du chef des renseignements. Hermione était restée discrète la plupart du temps, mais avait fait part de ses commentaires et arguments lorsqu'elle l'avait jugé utile. Mrs Weasley ne lui avait pas adressé un seul regard et avait préféré reporter son attention sur sa progéniture qui avait tous une chevelure rousse.

« C'est effectivement le cas. » Répondit Dumbledore en souriant à Severus qui se tenait à l'autre bout de la table, sous un monceau de rapport.

« Petit-Jean suivait un homme du nom de Clarence Dougall, un sorcier américain qui a pénétré le territoire anglais il y a deux semaines. Dougall est un grand trafiquant d'armes magiques et de mécanismes de défenses légaux comme illégaux. Il a aidé les émeutes de loups-garous dans le Wisconsin en leur fournissant des armures à l'épreuve de l'argent. Il a également vendu tout un équipement à une bande de gobelins qui avaient tenté de faire un casse à Fort Knox, il y a de cela quelques années. La rumeur disait qu'il venait en Angleterre pour une raison précise. Alors quand Petit-Jean l'a aperçu dans l'Allée des Embrumes, il a songé qu'il lui fallait enquêter. Nous ne savons toujours pas exactement ce qu'il y avait dans l'Allée des Embrumes où Petit-Jean a été retrouvé, mais son rapport mental nous a au moins laissé des indices sur ce qu'il s'est passé. »

« Son rapport mental? » Demanda Hestia Jones. « Et qu'est-ce que ces étranges noms signifient? Petit-Jean? »

« Ah, c'est une autre des ingénieuses idées de Severus. » Répondit Dumbledore joyeusement, ce qui lui valut un reniflement de la part du chef des renseignements qui avait le nez dans les papiers. « Nous ne pouvons pas vous en dire trop, bien sûr... » Quelque chose dans sa façon de parler fit penser à Harry qu'en fait, le Directeur n'en savait lui-même pas grand chose. « Mais ce que nous pouvons vous révéler, c'est que Severus a entraîné plusieurs personnes et leur a attribué un groupe d'espions. Chaque groupe, constitué au maximum de dix personnes, bénéficie d'un nom de code en rapport avec une histoire mythologique ou fictive. »

« Comme les joyeux compagnons de Robin des Bois dans la forêt de Sherwood. » Coupa le professeur McGonagall, affichant ainsi la connaissance qu'elle avait de la littérature moldue.

« Exact. » Acquiesça vivement Dumbledore. « Une des choses que leur a apprises Severus est le rapport mental. Il est stocké toutes les dix minutes dans un matériel magique situé dans leur bras. Ce dispositif a été extrait du corps de Petit-Jean. Il a ainsi pu nous révéler que Dougall avait un rendez-vous secret avec quelqu'un qui pourrait très certainement être Auden Strong. »

« Pas bon. » Maugréa Maugrey tout en buvant sa tasse de café. « Pas bon du tout. »

Ce ne fut qu'à cet instant que Snape releva la tête des parchemins qu'il étudiait. « C'est l'euphémisme du mois, Fol Œil. » Commenta-t-il calmement. « Strong est un partisan connu du Seigneur des Ténèbres, s'il a contacté Dougall, ça veut dire que Voldemort a l'intention de gagner plus qu'une bataille lors du prochain affrontement. Si Dougall s'est déplacé en Angleterre, cela signifie qu'il a une commande potentiellement intéressante. Nous ne pouvons pas prendre le risque de laisser des armes inconnues entre les mains des Mangemorts. Cela pourrait faire pencher la balance en leur faveur. »

« J'ai utilisé mon influence au ministère pour 'accidentellement' croiser sa secrétaire, une très charmante jeune femme soit dit en passant. » Poursuivit Bill en souriant vaguement. « Nous avons entamé la discussion et je l'ai ensuite invité à boire un verre ou deux. Elle m'a alors parlé de deux ou trois choses concernant les activités de son patron en Grande-Bretagne. Imaginez combien j'ai été surpris lorsqu'un nom familier a été cité... »

« Il semblerait que mon frère Aberforth ait invité Mr Dougall à l'un de ses fameux bals. Ce dernier a accepté de bon cœur car il sait que mon cher frère aime énormément le beau-sexe. » Dit Dumbledore, les yeux pétillants.

« J'ai immédiatement contacté mon frère et même s'il a été plutôt hésitant au début, j'ai été suffisamment courtois pour qu'il m'envoie six invitations pour moi et quelques collègues ou étudiants qui souhaiteraient se rendre au bal. Il était d'ailleurs assez curieux de te rencontrer, Harry. » Ajouta Dumbledore avec un sourire.

Snape reprit en main main la conversation tandis que Harry tentait de se faire à l'idée qu'il allait devoir participer à un autre bal. Il n'avait toujours pas digéré l'expérience du bal de Noël en quatrième année, et ne s'attendait pas ce que le prochain se passe mieux.

« Il semblerait donc que Mr Dougall soit un peu trop sensible aux femmes possédant certains attraits. Il nous faut donc une femme de l'Ordre pour bavarder avec lui, qui soit capable de s'approcher suffisamment de lui pour lui dérober son agenda et ses notes personnelles. »

« Un peu du genre Mata Hari? » Questionna Harry, créant plus de confusion qu'autre chose chez les membres de l'Ordre qui n'étaient pas d'origine moldue.

« Qui est Mata Harry? » S'enquit Tonks, qui croyait qu'il s'agissait d'une relation de Harry.

« Bien. » Soupira Hermione, lorsque la discussion sur les guerres mondiales, les femmes espions en général et la vile Mata Hari s'acheva. « Tant que nous pouvons être sûrs qu'aucun Mangemorts ne sera dans les alentours, je peux m'en charger. »

Sa déclaration suscita des réactions partagées. Snape hochait la tête tandis que les autres lui lancèrent des regards étonnés ou emplis de doutes.

« Mauvaise idée. » Dit finalement Maugrey. « Nous devrions laisser Tonks s'en charger. »

« Vous savez que nous manquons cruellement d'espionnes. » Protesta Hermione. « Et Tonks ne parviendra pas à conserver son apparence pendant plus de cinq minutes... Désolée, Tonks, il n'y a rien de personnel. »

Tonks se contenta de lui envoyer un clin d'œil, heureuse de ne pas avoir eu à préciser elle-même ce point.

« Donc, à moins que vous ne souhaitiez faire appel au professeur McGonagall ou à Mrs Weasley... » Rien que d'y penser, les deux femmes avaient visiblement les poils qui se hérissaient. « … je suis la meilleure candidate pour cette mission. »

Un silence nerveux tomba sur l'assemblée. Puis lorsqu'il réalisa que personne ne prendrait la parole, Bill s'éclaircit la gorge.

« Ce n'est absolument pas personnel non plus, Hermione. » Commença-t-il en implorant du regard le soutien des autres membres de l'Ordre. « Mais nous avons besoin de quelqu'un qui a des... talents très particuliers pour ce job. Quelqu'un d'extrêmement belle, apparemment bête et... » Harry remarqua les lèvres de Snape s'étirer en un sourire sauvage, ainsi que l'expression mi-amusée, mi-agacée d'Hermione. Le Gryffondor sut alors que Bill était en train de se fourrer dans un bourbier aussi large que la superficie du territoire américain. « … et de très séduisante. »

« Je peux être tout ça, Bill. » Rétorqua simplement Hermione. Et lorsqu'elle vit qu'il avait toujours un regard circonspect, elle ricana. « Si tu ne me crois pas, demande donc à Severus. »

Le seul bruit qu'on entendit dans la pièce fut le son étouffé de Molly Weasley s'étranglant avec son thé.

Le silence traduisait déjà la nervosité des personnes de la pièce, désormais, il était clair qu'ils étaient également extrêmement embarrassés. Harry, qui se refusait à croiser le regard de quiconque trouva un intérêt soudain à ses chaussures mal cirées. Il n'avait pas été assez fou pour commencer cette discussion, et il ne serait certainement pas celui qui expliquerait à Hermione que Severus Snape n'avait pas forcément le même avis que le reste du monde en matière de beauté et de séduction.

Le silence s'éternisa jusqu'à ce que la voix grave du chef des renseignements lui-même y mette un terme.

« J'ai peur qu'ils ne manquent de confiance en toi, Hermione. Quel dommage! »

Les têtes se tournèrent vers Hermione qui croisa les bras sur sa poitrine d'un air de défi.

« Tu es le chefs des espions, la décision t'appartient. » Remarqua-t-elle, mi-amusée, mi-irritée. « Ou manques-tu également de confiance en moi? »

Il lui adressa un sourire goguenard, incroyablement sardonique même de l'avis de quelqu'un qui était habitué à ses mimiques. « Bonté divine, non! Je ne suis pas fou! » Lâcha-t-il d'une voix traînante. « Je ne laisserais pas cette affaire à quelqu'un dont les talents seraient... moins aiguisés que les tiens. »

Son regard sournois provoqua une autre de murmures indignés, mais la jeune femme se contenta de lui adresser un sourire suffisant et de lever un sourcil, imitant Severus à la perfection pour que la totalité des personnes présentes s'aperçoivent de l'étendue de ses talents d'actrice.

Toute trace d'humour avait quitté son visage lorsqu'elle se tourna vers les membres de l'Ordre assis à la table.

« Bien, nous avons besoin de la liste des invités. » Dit-elle d'une voix sérieuse. « J'ai besoin de connaître sa taille et quel type de femmes il préfère: les sauvageonnes, les stupides, celles qui minaudent ou les séductrices. Nous devons nous assurer qu'aucun Mangemort ne sera dans le coin. J'ai également besoin de savoir de quelles couleurs sont les décorations des pièces ainsi que les couleurs de l'uniforme des serviteurs. Je dois savoir comment il s'habille habituellement et où il range ses affaires personnelles: dans ses poches de pantalons, dans les poches de ses robes ou dans une mallette qu'il garde avec lui. Professeur Dumbledore, vous êtes le meilleur contact pour obtenir des informations de votre frère, et Bill devrait parvenir à rencontrer accidentellement sa secrétaire. Demande-lui si son patron a tendance à la harceler, elle se lancera alors certainement dans une description détaillée du type de femme de Dougall.

« Pourquoi as-tu besoin de tout ça? » Questionna Tonks, perplexe. Elle n'aurait très certainement pas songé à demander tous ces détails si elle avait été chargée de cette mission.

« Parce que, chère Tonks. » Sourit Hermione. « Si tu veux séduire un homme, tout doit être parfait. »