Quand la Lionne se bat

Auteur: Kayly Silverstorm

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Je suis en progrès! Moins d'un an entre deux updates! Et non, je n'abandonne pas... même s'il est vrai que les mises à jour sont très aléatoires et qu'il vous faut de la patience! Mais j'ai toujours dit que je finirai cette traduction. Remarquez que je n'ai jamais précisé quand :P

Je remercie donc tous ceux qui lisent cette traduction et qui lui sont fidèles. Quand vous prenez le temps de me laisser un petit mot, c'est un bonus supplémentaire pour moi, même si je comprends parfaitement tous ceux qui lisent et ne laissent rien... je ne suis pas très bavarde moi même.

Je vous laisse donc à la lecture que certains attendent - en tous cas, je l'espère - avec impatience.

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Chapitre 52: Forget me not

Les jours s'écoulèrent rapidement tandis que Harry s'entraînait, concoctait des plans tout en se débrouillant toujours pour étudier un peu en vue des ASPICs qui n'étaient plus très loin. Au milieu de toute cette folie, sa vie en tant que membre de l'Ordre, Garçon-qui-a-survécu, ami du Chef des l'espionnage et ami du Prince des Serpentards, était devenue presque routinière.

L'Ordre avait finalement évolué vers une sorte d'acceptation silencieuse concernant la relation d'Hermione et de Severus (et il était profondément énervant de constater combien il était difficile d'employer ce prénom naturellement). Le fait que leur comportement n'ait pas changé vis-à-vis des autres avait grandement faciliter les choses. Seule Mrs Weasley continuait de les regarder d'un œil acéré, mais elle parvenait tout de même à saluer Hermione courtoisement sans exprimer trop clairement son désaccord.

Même si Harry s'inquiétait à propos de l'issue de leur plan et était encore un peu plus sujet aux cauchemars, il se posait également des questions sur son futur, chose qu'il avait tenté d'occulter complètement au cours de l'année précédente. Il n'était plus sûr de vouloir entreprendre des études d'aurors et le quidditch n'était plus une option non plus, pas après avoir été témoin de tant de choses.

Au fond, il était tout simplement trop facile d'oublier combien la vie était dangereuse et fragile. Mais le jeudi précédent, le bal donné par Alberforth Dumbledore leur rappela la vérité de façon cruelle et ils ne l'oublieraient pas de si tôt.

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La soirée commença comme toutes les autres. Lorsque vingt heures sonnèrent, Hermione était toujours absente, tout comme Hestia Jones, Flitwick et Ron, mais Severus expliqua qu'elle avait été appelée et qu'il était inutile d'attendre la jeune femme.

Dumbledore commença donc la réunion en évoquant les modalités de recrutement du second cercle de l'Ordre, puis Remus poursuivit en rapportant les récentes nouvelles sur la communauté des loups-garous.

Il en était à la moitié de son explication sur la structure du Clan, lorsque Severus siffla soudainement de douleur en se saisissant de son bras gauche. Pendant un court moment de stupéfaction, Harry crut que c'était à cause de la Marque des Ténèbres, mais il vit ensuite l'anneau à la main gauche de son ancien professeur qui brillait jusqu'à en devenir rougeoyant.

L'espace d'une seconde, Severus devint totalement immobile. « Hermione. » Murmura-t-il d'une voix blanche. Il sauta alors de sa chaise- en la renversant par la même occasion- et se rua vers les tapisseries magiques. « Minerva! Suivez-moi! Draco, la trousse d'urgence dans mon bureau! » Lança-t-il sans un regard en arrière. A la gauche de Harry, Draco s'empressa de faire ce qu'on lui avait commandé.

Il ne lui adressa pas le moindre regard en traversant la tapisserie, mais il était hors de question que la plupart des membres de l'Ordre le suive. Minerva quitta la pièce juste derrière, avec Dumbledore et Remus sur les talons. Draco fut rapidement de retour, un énorme sac de cuir noir dans les bras serré contre son torse comme si cela lui permettait de prendre conscience qu'il s'agissait vraiment de la réalité. Ses yeux cherchèrent ceux de Harry qui hocha la tête et le suivit.

Ils se retrouvèrent dans une réserve complètement poussiéreuse au milieu des cachots, lieu complètement inconnu de Harry. Des traces de pas les guidèrent hors de la pièce dans un long couloir dont Harry se souvenait vaguement. Il était certainement passé ici lors de ses explorations sous sa cape d'invisibilité. La seule différence était qu'à l'époque, ce couloir aboutissait toujours à un solide mur de pierre. Aujourd'hui, il y avait une ouverture dans laquelle il vit Remus disparaître.

Il lança à tout hasard un regard en arrière et vit Tonks et Bill Weasley pénétrer dans la réserve. Nous devons avoir l'air complètement ridicules. Songea-t-il, mais son inquiétude reprit rapidement le dessus et il allongea le pas pour ne pas perdre Draco.

« Une idée de ce qu'il se passe? » Murmura-t-il en lançant un Lumos pour éclairer le chemin. Il vit alors Draco secouer la tête de manière saccadée ce qui exprimait la peur comme il l'avait rarement vu chez le Serpentard.

« Ce doit être une véritable urgence s'il réagit ainsi. Tout ce que je sais, c'est qu'ils utilisaient une bague pour communiquer il y a de cela quelques semaines. Il semble qu'elle fonctionne. »

Le voyage à travers le tunnel sombre et humide sembla durer une éternité, mais lorsqu'ils en sortirent enfin, dans la lumière trop vive du début de soirée, Harry put voir que Severus se hâtait à la lisière du terrain délimitant Poudlard, suivit de près par Dumbledore et Minerva.

Il s'arrêta soudain et tomba à genoux devant un vieil arbre noueux.

Draco se mit à courir, oubliant toute dignité qui habituellement définissait le Serpentard, et Harry se précipita derrière lui. Il atteignit bientôt l'endroit où leur Chef des renseignements s'était arrêté et lorsqu'il vit enfin ce qui gisait au sol, il s'immobilisa si brusquement que Tonks faillit le percuter de plein fouet.

Un tas de peau, de sang et de vêtements déchirés envahis de soubresauts. Hermione, et il comprit alors pourquoi Severus était resté si calme face à l'apparence de la jeune femme lorsque Remus l'avait découverte cette fameuse nuit. Aujourd'hui, c'était pire, abominablement pire.

« Hermione. » Dit Severus avançant délicatement la main pour dégager les cheveux de son visage ensanglanté. « Que s'est-il passé? Sont-ils à ta poursuite? »

Harry aurait voulu dire à Severus qu'il était impossible qu'elle puisse répondre, qu'elle était plus morte que vive, pour l'amour de Merlin! Mais sous les douces caresses de Severus, les yeux de la jeune femme s'ouvrirent doucement, douloureusement.

« Ils m'ont piégée. » Gémit-elle, du sang s'écoulant du coin des lèvres. « Ces foutus bâtards ont osé imiter l'appel du Seigneur des Ténèbres! Je les détruirai tous jusqu'au dernier... »

« Hermione, j'ai besoin de savoir ce qu'il s'est passé. » La voix de Severus était pressante, toute son attention était portée sur le corps qui convulsait tant la douleur était intense. « Peux-tu me raconter? »

Hermione ouvrit la bouche, comme si elle allait parler, mais seul du sang s'échappa de ses lèvres, et il fut évident pour tous ceux qui l'entouraient qu'elle était à bout de forces. Soudain, son bras gauche se souleva, s'accrocha à la nuque de Severus et attira l'homme à elle.

Bien que rien de visible ne se passât, il leur sembla à tous qu'elle poussait quelque chose vers le chef des renseignements. Il fut projeté en arrière sur le sol, puis elle ferma les yeux, dans un dernier râle digne d'un spectre.

Pendant un instant, Severus demeura totalement immobile, son visage n'exprimait que le choc et une douleur intense. Harry comprit qu'avec le peu de forces qu'il lui restait, Hermione lui avait transmis ses souvenirs de terreur et de tortures, condensés en une seule et terrible seconde.

Puis les yeux de Severus s'ouvrirent brusquement. Ils semblaient hantés et perdus. A la place des habituelles et brillantes prunelles noires, il n'y avait plus que deux orbes vides. L'homme réagit pourtant aussi vite et efficacement que ce a quoi était habitué Harry.

« Minerva. » Cria-t-il sans se soucier du fait qu'elle se trouvait juste derrière lui. « Elle a une commotion cérébrale, occupez-vous en. Je vais soigner l'hémothorax. Je pense aussi qu'elle a une fracture de la rate. »

Il tendit la main, et sans échanger le moindre mot avec Draco, ce dernier lui donna son sac. Severus l'ouvrit en un éclair et sélectionna des potions aussi calmement et rapidement que si ce n'était rien de plus qu'une démonstration en classe. Harry baissa les yeux sur ses propres mains et constata qu'elles tremblaient violemment.

Le professeur McGonagall s'était agenouillée à la tête d'Hermione désormais immobile. Ses lèvres remuaient car elle murmuraient des enchantements tandis que sa baguette remuait, exécutant des mouvements complexes totalement inédits pour Harry. Ce n'était guère étonnant puisqu'il avait presque toujours été inconscient lors de chacun de ses passages à l'infirmerie. Son expérience de la magie curative était donc plutôt réduite aux traitements de base.

« Contentez-vous de la stabiliser. » Ordonna Severus, tandis qu'il versait une potion dans la bouche molle et ensanglantée d'Hermione et qu'il lui massait la gorge pour l'aider à avaler. « Nous devons la mettre en lieu sûr dès que possible. »

Sa voix était calme et posée, mais Harry, mais Harry pouvait désormais voir une intense colère flamber dans ses yeux. Le maître en espionnage n'avait jamais été aussi près de l'explosion et ce n'était que grâce à son parfait self-control qu'il lui était encore possible d'organiser les soins et d'agir efficacement. Pour la première fois, Harry comprit ce que lui avait expliqué Severus sur la discipline, lors de ses leçons d'occlumancie en cinquième année. Se connaissant, il aurait cédé à la panique, et pourtant, il avait de l'expérience, question panique. Sans compter qu'il n'était pas amoureux de la femme qui mourait juste sous ses yeux.

« A-t-elle été violée? Des blessures internes dont il faudrait s'occuper? » Demanda McGonagall, seul un léger trémolot dans sa voix indiqua la détresse du professeur de métamorphoses.

« Non. » Répondit Severus, d'une voix aussi neutre que celle d'une machine, aussi neutre que celle d'Hermione -réalisa Harry- lorsqu'elle avait tué ces Mangemorts dans la Forêt Interdite et qu'elle avait menacé de mort Ron. « Lucius n'était pas avec eux, et ils respectent le fait qu'elle lui appartient. Mais ils ont fait à peu près tout ce qu'il est possible de faire endurer à un corps humain. » Ajouta-t-il en chuchotant presque.

Harry se sentit totalement inutile alors qu'il observait les deux professeurs se battre pour la vie de sa meilleure amie.

« Garde un œil sur les environs. » Murmura-t-il à Draco qui fixait le corps d'Hermione avec des yeux pleins de larmes. « Nous devons nous assurer que personne n'est suffisamment près pour la voir dans cet état. Quelqu'un devrait dire à l'Ordre ce qu'il s'est passé. »

Comme s'il sortait d'un rêve, Draco releva la tête et acquiesça avec incertitude. « Allons-y. » Murmura-t-il.

« Je vais le dire aux autres. » Proposa Tonks qui se tenait à côté de Harry, les yeux embuées de larmes.

« Inutile. » Les interrompit Severus de là où il se tenait. « Elle est stabilisée. Nous allons l'emmener directement. Remus, marche devant et envoie tous les étudiants que tu croisera dans leurs dortoirs. Je vais la porter. »

Sa voix était toujours neutre et ne laissait pas percer la moindre émotion, mais lorsqu'il la prit délicatement contre son torse, ce fut avec une infinie tendresse et grand soin. Elle gémit doucement quand il la bougea, mais elle n'ouvrit pas les yeux.

« Tu dois rester éveillée, Hermione. Tu m'entends? » Murmura-t-il, et alors que Harry pensait cela impossible, l'homme reçut un léger et presque imperceptible battement de cils en guise de réponse.

Les pas de Severus étaient longs et assurés alors qu'il la portait à travers le parc, vers le mur du château le plus proche. Il libéra l'une de ses mains et tapota sa baguette contre la pierre grise. Une ouverture se fit soudain dans le mur de fondation de Poudlard, identique à celle qu'ils avaient traversée auparavant.

Severus ne se retourna même pas vers eux alors qu'il se précipitait dans le passage secret, il ouvrit le mur au bout du tunnel et grimpa dans la réserve poussiéreuse.

« Ouvrez le passage. » Ordonna Severus et Dumbledore se dépêcha de partir en avant, murmurant son mot de passe tout en fixant et en posant ses mains sur les bons points. Severus avança dès que le scintillement doré prouva l'activation de la tapisserie.

Ils furent accueillis par des cris et des exclamations de surprise provenant du reste de l'Ordre, ainsi que par Mrs Weasley qui fit apparaître un lit. Elle n'avait pas eu sept enfants pour rien. Les larmes eurent beau inonder son visage lorsqu'elle jeta un œil à Hermione, sa voix resta posée au moment où elle demanda des instructions.

« De l'eau. » Lui dit Severus tandis qu'il déposait délicatement Hermione sur le lit et qu'il lançait dans la foulée un sort de diagnostic.

Ce qu'il vit ne sembla pas le soulager le moins du monde et Harry entendit un gémissement à moitié étouffé en provenance de Mrs Weasley.

« Laissez-moi m'occuper de son bras cassé, Severus. » Proposa-t-elle. « J'ai soigné ce type de blessures plus d'une fois. »

Ils reprirent leurs postes pour sauver la vie d'Hermione, le professeur McGonagall avec les lèvres pincés et les yeux étrécis, Severus avec les mots précis et efficaces d'un robot et Mrs Weasley qui ne cessait de répéter: « Je suis désolée, ma chérie, je suis désolée... »

Draco se tenait au pied du lit, portant le sac ouvert, comme si sa vie en dépendait, les mains légèrement tremblantes et le visage aussi pâle qu'un spectre.

« Elle est stabilisée. » Annonça finalement Severus d'une voix blanche. « J'ai besoin de potions qui se trouvent dans mon bureau pour soigner ses blessures internes. Prenez soin d'elle, Minerva. »

Avec un soupir qu'il n'avait pas senti venir, Harry s'adossa au mur et se laissa glisser au sol, les jambes subitement faibles. Il observa Draco poser prudemment le sac d'urgence sur le sol avant de venir le retrouver la minute d'après. Ses mains tremblaient violemment, maintenant que sa tâche était achevée.

« Je pensais qu'elle allait mourir. » Murmura-t-il, et Harry, incapable d'ouvrir la bouche et de former des mots, acquiesça silencieusement. « Je ne pensais pas que quiconque pouvait survivre à de telles blessures. »

« C'est une bonne chose que Severus en sache autant sur les soins. » Souffla Remus. Il se tenait à leur gauche, tout près de la cheminée. Seuls les nerfs semblaient le garder debout. « Je ne savais pas... »

Un terrible bruit l'interrompit soudain, et il fallut un moment à Harry pour réaliser qu'il s'agiisait de la respiration d'Hermione. Son souffle avait en effet changé: il n'était plus superficiel et à peine perceptible, mais étouffé et rauque, chaque expiration s'achevait par un sanglot insupportable tant la douleur était intense.

« Qu'est-ce qu'il lui arrive? » Demanda Tonks, qui se tenait, impuissante, à côté de la jeune femme. « Je pensais qu'elle était tirée d'affaire! »

Les membres d'Hermione s'agitèrent alors en des mouvements brusques et saccadés. Tout son corps convulsait comme si des coups de poings invisibles pleuvaient sur son corps. Harry l'avait déjà vue ainsi, la nuit où il l'avait découverte. Il avait alors espéré ne plus la revoir dans cet état.

Le son étouffé s'amplifia, résonnant au rythme des mouvements anarchiques, jusqu'à ce que Harry soit oblgé de jeter ses mains violemment au sol, pour s'empêcher de se couvrir les oreilles.

« Elle a une crise. » S'exclama McGonagall en essayant de bloquer ses bras et ses jambes. « Remus, aide moi. »

Ensemble, ils tentèrent d'empêcher son corps de se débattre pour éviter que ses blessures ne se rouvrent, mais le corps d'Hermione convulsait et elle les repoussa avec une force surhumaine. Soudain, son dos s'arqua démesurément, son visage perdit le peu de couleur qu'il lui restait et elle lâcha son dernier et faible soupir. Elle devint ensuite totalement inerte.

« Nous la perdons. » S'écria McGonagall, et cette fois, il y avait vraiment de la panique dans sa voix.

Severus était dans son bureau, en train de récupérer des potions et des bandages, mais l'instant d'après, il fut aux côtés d'Hermione. Il souleva une paupière, prit le pouls de la jeune femme. Même éloigné de plusieurs pas, Harry pouvait voir la terrible réalité: elle ne respirait plus, sa peau était marbrée et ses cheveux ressemblaient à des brindilles de paille.

« Elle s'affaiblit. » Dit-il et sa colère sembla soudain exploser. « Hermione. » Hurla-t-il d'une voix aussi tranchante que le fil d'un rasoir. « Éloignez-vous d'elle Minerva. Hermione, que les Dieux te maudissent! »

« Severus, il n'y a rien que nous puissions faire. » Murmura le professeur McGonagall, en essayant d'atteindre le Maître des potions, mais il repoussa sa main sans même lui accorder un regard. Tout son être était concentré sur le corps sans vie de l'espionne si talentueuse. « Reculez, j'ai dit! »

Et il frappa Hermione au visage avec force. Tonks poussa un cri et Remus se rua sur Severus mais d'une seule main, ce dernier le repoussa et l'envoya s'écraser contre le mur, à l'opposé de la pièce.

Il la gifla encore. « Ressaisis-toi, femme! » Cria-t-il. « Non! » Vociféra-t-il, envahi par une colère aussi violente qu'un ouragan. « Ce ne sont que des égratignures! Es-tu tellement lâche que tu abandonnes maintenant? Hermione Granger, écoute-moi. Va au Diable! » Une autre claque.

« Severus, je ne pense vraiment pas... » Intervint Dumbledore qui voyait, impuissant, son chef des renseignements devenir de toute évidence fou de douleur.

« Silence! » Cria Severus d'une voix si puissante que le silence envahit la pièce instantanément. « Est-ce cela ta force de Gryffondor, Hermione? Ce n'est rien! Tu es faible, pathétique! Ouvre les yeux, pour l'amour du ciel! Ouvre tes foutus yeux ou je te les arrache de leurs orbites! »

Les seules choses qui troublaient le silence de la pièce étaient la respiration laborieuse de Severus et les sanglots sourds de Mrs Weasley et Tonks.

Puis, alors que Harry avait baissé les bras et s'éloignait, une voix fatiguée, rauque et enrouée le fit se retourner.

« Va te faire foutre, Severus. » Murmura Hermione en entrouvrant les yeux, ce qui lui demanda visiblement beaucoup d'efforts.

Severus sourit et sa colère fondit comme neige au soleil. « Je savais que tu étais juste paresseuse. » Lui dit-il doucement en caressant son visage avec le pouce.

« Tu es un monstre. » Répondit-elle d'une voix à peine audible. « Je n'ai jamais... » Ses mots se perdirent dans une quinte de toux qui secoua son maigre corps comme une feuille sous le vent.

« Silence. » Lui ordonna Severus. « Détends-toi et laisse-moi te soigner. On dirait que quelqu'un t'a giflé à plusieurs reprises. »

« Bâtard. » Grogna-t-elle avant de refermer les yeux sur le tendre sourire de l'homme.

« Dors. » Chuchota-t-il. Je serai là. Je te le promets. Je t'aime. »

Il n'adressa pas le moindre regard aux autres lorsqu'il la soigna une fois encore, sans toucher, pour des raisons inconnues, au plaies de son visage et de ses mains, et qu'il lui administra plusieurs potions et décoctions en un court laps de temps. Il lava ses mains, son visage et sa poitrine avec délicatesse, coiffa doucement ses cheveux pour ne pas qu'ils aillent sur sa figure, puis métamorphosa ses robes déchirées en un pantalon et une chemise larges et confortables. Enfin, il tira sur elle la couverture que Molly lui avait tendue silencieusement. A cet instant seulement, il s'autorisa à se lever, non sans avoir placer un sort de monitorage sur la jeune femme.

« Severus. » Appela finalement Dumbledore, sans vraiment savoir ce qu'il allait dire.

L'intensité de la flamme qui brillait dans les yeux sombres de Severus étonna tout le monde.

« Je sais ce qui est le mieux pour elle, Albus, et personne ne m'empêchera de le faire. » Annonça-t-il en levant la tête d'un air de défi. « Pas même vous. »

Quand il vit qu'aucune protestation ne fut émise, il soupira et ce n'est qu'à ce moment que Harry prit conscience de combien son ancien professeur était fatigué. « J'ai besoin de m'asseoir. » Admit-il.

« Certainement. » Acquiesça vivement le Directeur. « Retournons donc à la table, si bien sû, vous ne souhaitez pas rester avec Miss Granger... »

Severus secoua la tête. « Elle a besoin de dormir maintenant. » Expliqua-t-il d'une voix rauque. « Une fois réveillée, elle ira mieux. »

« Il est difficile de croire qu'elle puisse aller mieux après ce que nous venons de voir. » Dit Molly Weasley tandis qu'ils se dirigeaient vers l'immense table ovale. Severus se déplaçait comme un vieil homme et Remus frottait son dos douloureux.

« Ça a été juste. » Répondit calmement Severus. Harry réalisa qu'il ne l'avait jamais vu aussi épuisé auparavant. Il semblait vide. Mais surtout, il n'avait jamais vu son professeur de potions perdre le contrôle au point de laisser se fissurer son masque si parfait. « Mais ce n'était qu'une attaque physique. Nous avons déjà surmonté pire. »

Lucius Malfoy n'était pas présent, se souvint Harry. Qu'avait dit Severus, déjà? Qu'ils respectaient le fait qu'elle appartenait à Malfoy. Une frisson lui parcourut l'échine.

Remus s'assit avec précaution et Severus lui lança soudain un regard et son visage arbora brusquement une expression légèrement embarrassée.

« Je suis désolée, Remus. » S'excusa-t-il. « Je ne voulais pas te blesser. Je peux être un peu... entêté lorsqu'elle est en danger et le temps manquait. »

« Tu as été incroyable. » Le contredit Remus. « Je ne comprenais pas ce que tu faisais, ni ne voyais qu'une chose: tu la giflais. C'est pour ça que j'ai réagi. J'étais sûr que nous l'avions perdue. »

« Je sais. » Répondit Severus, faussement calme, mais Harry pouvait voir la façon dont il serrait le coin de la table en réalisant combien Hermione était passée près de la mort. « Mais Hermione est plus forte que ça. Elle sera sur pied en un temps record. Ils l'ont juste eu par surprise. »

« Tu sais ce qu'il s'est passé, alors? » S'enquit prudemment Dumbledore.

« Oui, elle me l'a montré. » Répondit Severus en fermant les yeux un instant, tandis qu'un muscle de sa joue se contractait contre sa volonté. Il prit une profonde inspiration et redevint soudain impassible. Harry fut étonné de voir qu'il avait regagné son sang froid en si peu de temps, c'est à dire le temps d'une inspiration et d'une expiration. Toute émotion l'avait abandonné, son visage avait repris des couleurs et lorsqu'il ouvrit les yeux, il était le chef des renseignements que tous connaissaient: calme, maître de lui et inébranlable.

« C'était un piège. » Annonça-t-il d'une voix qui avait regagné son intonation habituelle, son assurance. « Un piège tendu par quelques membres du Premier Cercle. Cela faisait un certain temps déjà, qu'ils étaient jaloux de son influence et il semble que quelques uns ont été assez stupides pour passer à l'acte. »

« Ça ne semble pas si stupide. » Le contredit calmement Harry. « Ils ont plutôt l'air d'avoir atteint leur objectif.»

« Ils ont totalement échoué. » Rétorqua Severus sans afficher la moindre expression. « Car elle s'est échappée vivante. Ils l'ont attaquée dès qu'elle a transplané. Ils avaient placé des barrière anti-transplanage autour d'elle. Ils n'ont cependant pas résisté à une petite séance de torture avant d'en finir avec elle. Ces imbéciles. Ils auraient du prévoir de la tuer puis de cacher sa dépouille. Maintenant, elle s'est échappée. » Il sourit soudain, d'une expression sombre et inquiétante, sans la moindre étincelle d'amusement. « Maintenant, ils ont un gros problème. »

« Tu sais que tu ne peux rien tenter contre eux, Severus. » Protesta Remus, surpris que le chef des renseignements ait ne serait-ce qu'envisagé une vengeance. « Tu ne peux pas risquer de trahir sa couverture.»

« Oh, mais je ne vais même pas bouger le petit doigt. » Expliqua Severus sans se départir de ce sourire inquiétant. « N'avez-vous pas entendus Hermione avant qu'elle ne s'évanouisse? Elle va les poursuivre et elle les détruira. Si je ne me trompe pas, ils ne passeront pas le mois. »

Il ricana en constatant les expressions choquées autour de lui. « Elle aussi peut être un brin obstinée. »

Ne sachant comment réagir, il fallut un moment à l'Ordre pour se resaisir.

« Donc, ils n'ont pas agi sur l'ordre de Voldemort? » Demanda finalement le professeur McGonagall.

« Au contraire. » Répondit Severus. « Hermione est montée rapidement dans la hiérarchie. Elle est très proche du Seigneur des Ténèbres désormais, et cela lui confère une protection à bien des égards. Cela provoque également de la haine, de l'envie et de la peur. Elle a obtenu du pouvoir parmi les hommes, des sang-purs, et ils la haïssent pour ça. Dès que le Seigneur des Ténèbres apprendra cette attaque, son courroux sera terrible. » Il sourit une fois encore, clairement satisfait à cette pensée.

« Comment s'en est-elle sortie? » Interrogea doucement Draco.

« Cette part de souvenir est un peu confuse. » Admit Severus en fronçant les sourcils. « D'après ce que j'ai compris, elle a poignardé les deux qui la tenaient, puis elle a rampé jusqu'à la barrière et a transplané. »

« Elle les a poignardés? Dans son état? » Haleta Tonks.

Severus haussa les épaules en guise de réponse. « C'était ça ou la mort. » Commenta-t-il calmement. « Son bras gauche était totalement fonctionnel, après tout. Elle a même réussi à attraper sa baguette avant de s'enfuir. »

« Son bras gauche était pleinement fonctionnel... » Répéta Tonks, sans visiblement croire à ce qu'elle venait d'entendre.

Severus haussa une fois de plus les épaules. « Une fois, elle a réussi à rejoindre mes appartements alors qu'elle souffraient de blessures internes qui auraient tué un éléphant. » Dit-il, et désormais, Harry était certain que son calme n'était qu'une façade. En temps normal, il n'aurait pas laissé ce genre d'informations filtrer.

« Mais elle est vraiment hors de danger, maintenant? » Interrogea soudain Draco. Sa voix était tremblante, nerveuse et légèrement plus aiguë que d'habitude. « Tu es sûr de ça? »

« Je vais veiller sur elle jusqu'à ce qu'elle se réveille. » Répondit calmement Severus. « Mais à moins qu'elle ne refasse une autre crise, elle devrait se reéveiller dans quelques heures et être en bonne santé. »

« Je... » Commença Mrs Weasley, qui ne savait visiblement quels mots prononcer. Harry ferma les yeux en espérant que les événements de ce soir l'avaient aidée à réaliser un certain nombre de choses. Et ce fut effectivement le cas.

« Vous vous êtes mieux occupé d'elle que n'importe qui d'autre. » Dit Mrs Weasley doucement. « Vous semblez vraiment savoir ce qui est le mieux pour elle, Severus. Je suis désolée. »

Le chef de l'espionnage hocha simplement la tête, trop fatigué pour retourner le couteau dans la plaie.

« Pouvons-nous attendre ici jusqu'à ce qu'elle se réveille? » Demanda Draco.

Dumbledore attendit que Severus acquiesce, et lorsqu'il obtint l'accord du Maître des potions, un timide sourire naquit sur les lèvres du vieil homme.

« Excellente idée, jeune homme. Il me semble que Remus a brusquement été interrompu dans son rapport. Si tu voulais bien poursuivre... »

Remus lui lança un regard incrédule, preuve qu'il se demandait comment le Directeur pouvait songer à l'organisation du clan des loups-garous en un moment pareil. Dumbledore lança un long regard en direction de Severus et Remus comprit.

L'homme avait de nouveau fermé les yeux, les mains tellement crispées sur le mug qu'il avait lui-même fait apparaître, que ses articulations en étaient blanches. Il n'était pas en état de parler, mais il n'aurait cependant pas non plus admis sa faiblesse. De cette façon, il pouvait reprendre des forces pendant que tous prétendaient être absorbés par une discussion.

Une fois encore, Harry se demanda si Dumbledore n'avait pas été à Serpentard pendant sa jeunesse.

Ainsi commença la réunion la plus longue et la moins efficace à laquelle Harry ait jamais assisté. Quand Remus eut fini son discours sans véritable substance, Bill enchaina avec une longue lecture d'une lettre que Charlie lui avait envoyé au sujet du dressage des dragons. Draco, quant à lui, entra dans une longue description extrêmement détaillée des coutumes d'Halloween propres aux sang-purs, tout en envoyant de temps à autres quelques coups d'œil discrets à Severus.

Ils furent tous soulagés lorsqu'ils virent que ses joues se recoloraient, et lorsqu'il proféra sa première remarque méprisante au sujet de l'inutilité des informations de Draco. Ils surent alors qu'il s'était remis du choc.

Il était vingt deux heures quand Severus demanda s'il y avait des progrès concernant le bal et les informations qu'ils devaient glaner au sujet de Dougall.

« Y a-t-il quelque chose que nous puissions faire... » Dit-il, puis il se tut brusquement et inclina sa tête légèrement vers la gauche. « Peux-tu marcher? » Demanda-t-il alors. La grande majorité de l'Ordre lui lança des regards confus.

« Je pense. » Répondit la voix fatiguée d'Hermione, et Harry réalisa que l'ouïe entrainée du Maître espion avait décelé le réveil de la jeune femme. Il se retourna et il la vit se mettre doucement en position assise.

« Essaie. » Dit Severus avant de se lever rapidement. « Si tu y arrives, il y a un thé bien chaud qui t'attend à cette table. »

« Génial. » Rétorqua-t-elle en se levant non sans vaciller légèrement, ce qui l'obligea à tendre le bras pour se rétablir. Severus fut à ses côtés pour la soutenir en un clin d'oeil. Comment pouvait-il se déplacer aussi rapidement sans faire le moindre bruit, se demanda Harry.

« Comment te sens-tu? » Demanda la voix profonde et chaude du chef de l'espionnage. Elle grogna doucement.

« Comme si on m'avait giflé à plusieurs reprises. » Répondit-elle, mais d'une main, elle caressa délicatement la joue de l'homme à peine une seconde. Harry remarqua alors que toute la raideur des épaules de Severus venait de disparaître.

« Désolé pour ça. » Répliqua-t-il légèrement. « Mais tu ne voulais rien entendre. »

« Vous avez de la chance que je sois aussi faible qu'un chaton, monsieur. » Grogna-t-elle, mais un sourire étira ses lèvres et elle s'abandonna à son soutien tandis qu'il l'aidait à s'asseoir. « Autrement, je vous l'aurais fait payé cher. »

« Une autre fois, très chère. » Il sourit et lui servit son thé. Elle prit la tasse dans ses mains comme pour se réchauffer puis soupira et regarda les hommes et les femmes qui l'entouraient.

« Vous avez une sale tête. » Leur dit-elle. « Je crois comprendre que ça a été une démonstration impressionnante. »

« En particulier le moment où tu es presque morte devant nous. » Dit Draco tout en allongeant impulsivement le bras pour lui toucher la main.

« Oh! Trêve de mièvrerie. » Lui dit-elle d'un air fâché, mais ses yeux se firent doux qu'ils se posèrent sur le blond. « Ce n'était pas grand chose. J'ai été stupide et j'en ai payé le prix fort. Maintenant, je vais bien, pas besoin de s'inquiéter. »

Harry voulut lui dire, qu'au contraire, c'était très impressionnant de la voir se vider de son sang, mais quelque chose dans les yeux de la jeune femme lui fit comprendre qu'elle n'avait pas envie d'en discuter. Et n'avait-elle pas raison d'une certaine façon? Aussi longtemps qu'ils ne pourraient pas changer ce qu'il s'était passé ou faire cesser le danger, elle vivrait au jour le jour. Alors quel besoin de s'éterniser sur les événements de la soirée?

« Combien se sont enfuis? » Demanda Severus sans la moindre trace d'émotion sur le visage, même si Harry voyait bien que ses yeux étaient fixés sur Hermione. Et uniquement sur elle.

« Six, je crois. » Répondit-elle en un soupir. « J'en ai tué deux avant qu'ils ne m'attrapent et j'en ai poignardé deux autres comme tu l'as probablement vu dans le souvenir que je t'ai envoyé. » Elle se tut un instant. « Je suis désolée pour ça. » Murmura-t-elle ensuite. « Je sais que ça a du être terrible, mais je n'avais simplement pas d'autre idée pour te dire ce qu'il s'était passé. »

« Ne sois pas bête. » Répondit-il doucement. « Connais-tu leur identité? Je n'ai vu que deux visages et je ne connais pas ces hommes. Mes connaissances commencent à être légèrement dépassées. »

« Oui. » Dit-elle. Et après quelques instants elle montra ses dents en un rictus silencieux. « Je sais qui ils sont. » Elle avait l'air encore plus dangereux que Severus quelques instant plus tôt.

« Ils ont été plutôt minutieux dans leur tentative. » Lui dit-il, et elle gloussa comme si elle goûtait cette blague sarcastique.

« Des séquelles à long terme? » Demanda-t-elle ensuite. Harry eut du mal à croire qu'elle puisse parler de son propre corps avec autant de détachement, d'un ton aussi médical.

« Rien d'après les examens que j'ai fait. » Répondit Severus et le silence s'installa de nouveau, tandis qu'Hermione finissait son thé.

« Ma chère... » S'entendit dire le Directeur. « Je ne peux combien tu dois être fatiguée, et il est plutôt tard... »

« Oui, monsieur le Directeur. » Acquiesça-t-elle. « Vous avez absolument raison. Je devrais y aller maintenant. »

Il y avait quelque chose d'étrange dans la façon dont elle prononça ces mot, et Harry lança rapidement un regard à Severus. Le maître des espions avait fermé les yeux et le muscle de sa joue travaillait de nouveau.

« Je ne suis pas sûr que ce soit sage, Hermione... » Dit-il.

« C'est nécessaire. » Rétorqua-t-elle.

« Mais tu es fatiguée, et tu as fait des erreurs avant même d'être dans cet état. Ne penses-tu pas que... »

« J'ai pris ma décision. » Dit-elle brusquement. L'instant d'après, son visage s'adoucit, elle se leva en retenant un gémissement de douleur et se dirigea vers le fauteuil de Severus.

« Je suis désolée. » Lui dit-elle en posant une main sur l'épaule de l'homme, l'espace d'un instant. « Mais ce doit être fait. »

« Un moment. » Intervint Harry. Un frisson de compréhension s'empara alors de lui. « Tu ne retournes pas dans tes quartiers? Qu'as-tu prévu de faire? »

Elle le regarda à contrecœur, lui reprochant de l'avoir interrompue et secoua doucement la tête.

« Tu ne partiras pas tant que tu ne me l'auras pas dit! » Dit Harry. « Que vas-tu faire? »

Elle soupira. « Voir Voldemort, Harry. » Répondit-elle calmement. « Il doit me voir alors que mes niveaux d'énergie sont au plus bas et avant la cicatrisation de mes blessures au visage. Je dois Le rejoindre ce soir si je veux tirer le meilleur parti de cette histoire. »

« Tu va rejoindre Voldemort? » Demanda Remus, visiblement horrifié. « Ce soir? Après ce qu'il vient de t'arriver? »

Elle sourit. « Tu sais ce qu'on dit en équitation, Remus? » Demanda-t-elle. « Quand on tombe de cheval, il faut immédiatement se remettre en selle. »

« Non! » Draco se leva brusquement sans se soucier du fait qu'il venait de renverser sa chaise. « Nous ne sommes pas en train de parler d'une partie de cartes, mais de ta vie! Tu ne vas pas y retourner alors que tu es faible et incapable de te protéger. Ce serait inconscient de ta part! »

« Mais c'est le but. » Expliqua calmement Hermione. « Si j'ai l'air suffisamment faible et qu'il en vient à me protéger, j'aurai gagné! Je n'aurai même pas à tuer ces six hommes de mes propres mains... Parce qu'Il le fera pour moi! Peux-tu imaginer quelles seront les conséquences? Le Seigneur des Ténèbres punissant des membres du Premier Cercle parce qu'ils ont blessé une sang de bourbe? Ses partisans vont commencer à Lui poser des questions! »

« Oui, et si la chance t'abandonne? » Protesta Draco. « Tu pourrais être tuée par n'importe qui en chemin. Tu pourrais même ne jamais atteindre le Seigneur des Ténèbres! »

« Je suis d'accord, Hermione. » Dit alors Remus d'une voix assurée mais légèrement tranchante. « Y aller maintenant serait de la pure folie. »

« Mais ne voyez-vous donc pas que c'est la meilleure chose qui aie pu arriver? » Rétorqua-t-elle, mécontente. « Ça va me demander un minimum d'efforts. En contre-partie, je vais asseoir ma position grâce à cette attaque, et ce pour les mois à venir! C'est exactement ce dont nous avions besoin pour que j'obtienne suffisamment de confiance et de pouvoir! Il va croire tout ce que je Lui dirai, désormais. Et aucun Mangemort ne pourra s'opposer à moi! »

« Tu as failli être tuée! » Désormais, Harry hurlait, mais il n'en avait cure. « Tu es passée à un cheveu de la mort! Et tu nous dit que c'est la meilleure chose qui aurait pu t'arriver. C'est insensé, Hermione. Et y retourner, c'est encore plus dingue. Juste pour montrer tes blessures... tes blessures... » Il hésita et se tut.

Dans son esprit défila le souvenir de Severus soignant Hermione. La façon dont l'ancien professeur avait soigné toutes les plaies, comment il avait lavé le visage de la jeune femme, sans guérir les blessures qui ne seraient pas cachées par des vêtements... pour une mystérieuse raison.

Il se retourna vivement, et fixa Severus. « Vous saviez qu'elle y retournerait! C'est pour ça que vous n'avez pas soigné les blessures de son visage et de ses mains! » Accusa-t-il, et Severus ne fit aucun mouvement pour le contredire.

« Bonne observation, Harry. Vous apprenez vite. »

« Mais pourquoi? »

« Parce que j'y serais retourné aussi si j'avais été à sa place. » Répondit Severus.

« Comment peux-tu penser à ça alors qu'elle est presque morte dans tes bras? » S'écria Remus. « Comment peux-tu la laisser y aller dans cet état? Quel sorte d'homme es-tu, Severus? »

Ce ne fut qu'à cet instant, au moment où l'Ordre s'apprêtait à lyncher Severus, que Hermione haussa la voix rageusement.

« N'avez-vous pas honte de blâmer ainsi Severus? » Hurla-t-elle, tendue comme si elle était prête à leur faire avaler leur langue. « C'est ma décision! Et le fait qu'il me soutienne montre combien il respecte mes compétences, bon sang! Je n'arrive pas à croire... »

« Hermione. » L'interrompit calmement Severus. « Concentre-toi sur les choses importantes. »

« C'est ce que je fais. Tu es important! Je ne vais pas les laisser te faire culpabiliser alors que tu es déjà sur le point de craquer! Tu ne dois pas... »

Soudain, elle chancela et ferma les yeux de douleur. Tout en gardant les yeux clos, elle s'agrippa à l'accoudoir de son fauteuil ou à tout ce qui l'aiderait à tenir debout. Elle serait cependant tombée si Severus ne s'était pas retrouvé à ses côtés en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.

« C'est ce que je voulais dire. » Lui expliqua-t-il doucement alors qu'il guidait ses mains jusqu'à la table de bois poli. « Tu dois préserver le peu de force qu'il te reste. Ne la gaspille pas bêtement. Garde les yeux fermés pendant un moment. »

Sur ce, il la laissa au milieu de tous. Elle se balançait légèrement à cause de la fatigue et de la douleur. La seule chose qui l'empêchait de basculer était le bord de la table auquel elle s'accrochait comme s'il s'agissait de sa vie.

« Là. » Il reparut derrière elle avant que quiconque n'ait eu le temps de réagir et pressa une fiole dans la paume de sa main. Il la redressa délicatement et la laissa s'appuyer sur son épaule.

« Veux-tu t'allonger u instant? »

« Je ne pourrais plus me relever. » Murmura-t-elle, épuisée. « Merci. » Elle déboucha le flacon et avala rapidement la potion.

« Huit heures. » Lui dit-il. Mieux vaut que tu sois de retour une fois le temps écoulé. Tu vas te sentir terriblement mal autrement. »

« Rien de nouveau, alors. » Coassa-t-elle avant de rouvrir doucement les yeux. Quand elle se fut assurée que la pièce avait cessé de tourner, elle leva les yeux vers lui pendant un long moment, ses yeux noisette apparemment inexpressifs.

Puis elle hocha la tête et il la conduisit jusqu'à l'une des tapisseries. C'était celle connectée à la réserve inutilisée, dans les cachots. Harry la reconnut grpace à son apparence particulièrement miteuse.

Elle se déplaçait toujours comme une vieille femme, mais lorsqu'elle activa la tapisserie, ses doigts furent agiles et ses yeux ne papillonnèrent pas. Alors que la lueur augmentait , elle se retourna et fondit dans les bras de Severus. Il l'enlaça pendant un moment, le visage inquiet et fatigué.

« Reviens-moi. » Murmura-t-il.

« Je reviendrai. » Promit-elle, la voix plus assurée que son corps. Puis elle se recula lentement, brisant l'étreinte à contrecœur. Lorsqu'elle regarda en arrière vers la table où l'Ordre était assis, ses yeux étaient de nouveau froids et inexpressifs, comme si son esprit se préparait déjà aux choses qu'elle aurait à faire dans peu de temps.

« Bonne chasse. » Lui souhaita Severus. « Et botte-leur les fesses de ma part. »

Elle acquiesça et traversa la tapisserie.