Chapitre II, Pandora

Résumé :

Eric est envoyé sur Pandora avec son avatar. Après un curieux voyage, il découvre Pandora lors d'un séjour d'entraînement. C'est un monde plein de sensations nouvelles, de dangers et de mystères qui s'offre à lui.

a) Un ennuyeux voyage :

Après trois mois de mise au point et d'entraînement, j'étais prêt. Un voyage vers une autre planète, cela promettait d'être excitant ! Et bien au contraire ce fut d'un ennui total.

Mon corps humain restait dans son étroite chambre qui était embarquée toute entière. Mon avatar était enfermé dans un étroit container ou il pouvait tout juste bouger.

Je n'ai rencontré personne, j'étais juste en contact radio avec l'équipe qui me suivait depuis le début. Elle était aussi du voyage.

Je n'ai rien vu, ni la courbe de l'atmosphère terrestre, ni le noir d'encre de l'espace, ni l'approche vers Pandora. Mon caisson était totalement fermé. La seule chose que je ressentais, c'était des phases d'accélérations et de freinages. Mais pas une fois je me suis retrouvé en apesanteur. C'était à se demander si j'avais vraiment voyagé dans l'espace. Peut être était ce encore une comédie ? Ou alors je voyageais dans l'espace temps suivant des moyens non conventionnels : téléportation, trous de vers ?

En tous cas impossible d'obtenir une réponse de la part de mes accompagnateurs. Ceux ci d'ailleurs était dans la même situation que moi. Chaque intervenant ne connaissait qu'une petite partie de la vérité, celle dans ses compétences.

Je m'occupais en regardant les différents placements financiers possibles. En effet j'avais reçue une somme rondelette pour avoir réussi mon intégration à mon avatar. Mais franchement tout cet argent paraissait bien peu de chose maintenant.

Au terme du voyage, après seulement huit jours, le corps de mon avatar produisis une curieuse sensation assez indéfinissable.

- Vous ressentez dans votre chair la présence de Pandora. C'est normal, me dis Jeannine Gold, votre avatar est lié à ce monde.

La gravité sur Pandora est aussi des deux tiers de celle de la Terre. Vous devriez vous sentir plus léger.

On trimbala de nouveau ma chambre caisson. Elle fut disposée quelque part dans une base établie sur la planète. La gravité plus faible était la seule indication tangible que j'avais changé de monde.

Mon avatar pris lui un autre chemin.

b) New Alcatraz :

Lorsque le caisson qui contenait mon avatar s'ouvrit enfin, une vive lumière m'accueillit. Il me fallu quelques instant pour m'habituer à la lumière du jour. J'étais sous un grand toit en tôle fermé sur les cotés par des grillages. Autour il y avait des chemins ou étaient garés des véhicules de type Humvee marqué du sigle RDA. Plus loin le paysage était fermé par une végétation épaisse de type tropicale. L'air était plein d'odeurs étranges et nouvelles. Pendant quelques instants je n'ai pas fait attention aux remarques des humains autour de moi.

- Oh, oh, avatar N°7, Eric, on se réveille ! Oh !

Il y avait une dizaine d'hommes et de femmes autour de moi. Ils avaient l'air si petits. Un masque transparent recouvrait leur visage. Certains portaient des treillis et des armes de guerres, d'autres des blouses blanches.

- Je suis le commandant Chacon responsable de la sécurité du camp Gamma que l'on surnomme New Alcatraz. En effet c'est une île située dans la principale mer de l'hémisphère nord de Pandora. Ce petit territoire, que nous contrôlons totalement, va vous servir de lieu d'entraînement. Pandora est un milieu particulier et dangereux. Gardez ça en tête et suivez à la lettre nos instructions.

Il y avait trois autres caissons encore fermé. Ils furent ouvert un à un et je pu enfin rencontrer mes trois autres collègues.

Il y avait Matt Smith, l'avatar N°13. Un anglais apparemment. L'avatar N°2 se nommait Pierrette Charpentier, une canadienne. Le dernier caisson renfermait un autre avatar femelle, le N°20, d'Angela Woss, une allemande.

Curieux le choix des nationalités des pilotes d'avatars, aucun américain. Pourtant le personnel et le matériel de la RDA semblaient 100% yankee. Par contre deux males et deux femelles cela tombaient bien.

On eu à peine le temps de faire connaissance qu'un Humvee arriva en trombe et pila face au hangar. Sa conductrice en sorti précipitamment et dirigea vers nous.

- Voici votre Gargamelle mes petits Schtroumfs dit Chacon en nous regardant le sourire en coin.

Cette femme à la démarche volontaire avait autour de la cinquantaine et s'appelait Grace Ripley. Malgré son age elle était encore avenante bien que négligée.

- A voilà mes zombies fit elle regardant nos avatars !

Zombies ? Ce qualificatif me choqua. Evidemment ce n'est pas vraiment à moi qu'elle s'adressait mais à ce corps bleu. Toutefois j'avais fini par l'assimiler comme une partie de ma personne et l'insulter me touchait.

- Et oui zombies. Car en fait ces corps de Pandoriens sont de vrais indigènes qu'on a capturés et lobotomisés.

Effectivement, vu sous cet angle, les choses prenaient une dimension différente. Ce corps que j'habitais était celui d'un autre. Il avait mangé, marché, pensé, combattu, aimé bref vécu. Les humains avaient ensuite tué son âme loin des siens et fait de ce corps un vulgaire outil. Toutefois j'encaissa cette idée sans trop broncher mais l'avatar N°20, Angela, se sentit visiblement mal à l'aise.

Ripley poursuivit :

- Et oui c'est choquant. Mais les hommes ont déjà fait bien pire ici alors vous avez intérêt à vous habituer. Et surtout, essayez de ne vous attachez à rien.

c) L'Unobtainium :

Ripley nous entraîna en dehors du hangar sur une route de terre. Le ciel n'était pas très différent de celui de la Terre. Il y avait juste quelques astéroïdes dans les cieux. Le soleil de ce monde était très similaire au notre.

Je pu aussi m'approcher de la végétation. Certaines plantes ressemblaient à celles de la Terre, d'autres étaient très différentes.

- Restez sur le chemin et ne touchez pas aux plantes prévint Ripley. Certaines peuvent être dangereuses, vous apprendrez tout cela dans les jours qui suivent. Mais d'abord je vais vous parler de l'Unobtainium.

C'est cette matière qui a justifié le nom donné à cette planète. Comme la boite de Pandore, l'Unobtainium sème la discorde dans les modèles physiques. Il est composé de matière normale, d'antimatière et peut être de matières sombres. On ne sait pas encore bien. Par contre on connaît ses propriétés remarquables.

Sans ce minéral Pandora serait aussi morte que notre Lune. En effet il produit un puissant champ gravitationnel et magnétique combiné, un champ gravito-magnétique ou GraMa. Sans lui la pesanteur serait bien plus faible et la planète ne pourrait conserver son atmosphère. Mais le champ GraMa produit aussi en retour un drôle d'effet sur l'Unobtainium. Au pole sud il est soumis à une surgravité qui entraîne le minéral vers le cœur de l'astre. Au pole nord au contraire il y a une antigravité qui fait monter les rochers vers le ciel. Quant ils sont assez léger ils franchissent l'atmosphère et retombent sur le pole sud. Tous cela entraîne un volcanisme et une sismicité très élevé. Les tremblements de terre sont très fréquents mais rarement aussi violent que sur Terre. Le volcanisme très actif charge aussi fortement l'atmosphère en dioxyde de carbone et en hydrogène sulfuré. L'hydrogène sulfuré c'est l'odeur des œufs pourris et c'est un gaz toxique pour l'homme. Le dioxyde de carbone est aussi toxique car il est présent dans des quantités très importantes. C'est pour cela que nous portons tous des masques filtrants. Bien entendu vos corps d'avatar supportent sans problèmes cet environnement.

Nous avons aussi appris à utiliser l'Unobtainium. Si on le place dans un champ magnétique, on augmente sa masse apparente. Il génère alors une force de surgravité ou d'antigravité selon le pole de la planète ou on se trouve. L'antigravité ne fonctionne que face à champ gravito-magnétique. Sur Terre il n'apparaît pas. Si on pousse le champ magnétique à des valeurs très élevées, le minéral s'écrase sur lui même et l'antimatière est libérée. Une grande quantité d'énergie est alors disponible. On peut donc en faire une source d'énergie pour propulser des vaisseaux spatiaux très rapide. Et aussi, comme vous l'imaginez bien, des bombes d'une puissance monstrueuse.

Regardez vers le ciel. Voyez ce petit point rouge, c'est un GraMaCar, une sorte d'hélicoptère sans hélices. Il vole en silence comme les roches d'Unobtainium grâce à l'antigravité. Son générateur à l'Unobtainium lui donne une autonomie quasi illimitée. Toutefois dans l'hémisphère sud l'antigravité de fonctionne pas et il ne peut pas y aller.

C'est sur cette unité que sont placés les relais radios qui relient votre corps humain à votre avatar. Si le faisceau est coupé, le lien entre vos deux corps sera coupé lui aussi. Donc ne pénétrer jamais dans des grottes ou ne plongez pas trop profond sous l'eau.

J'écoutais et je tentais de comprendre tout cela. Angela avait l'air plus attentive et avaient surtout beaucoup plus de connaissances. Elle posait des questions complexes mais parfois incompréhensible pour moi. D'ailleurs Ripley avouait parfois son ignorance : « Malheureusement je suis une biologiste, pas une physicienne ».

d) Dissiper un mal entendu :

Notre promenade sur le chemin se poursuivait. On arriva bientôt sur un point dégagé. On découvrait le relief tourmenté de l'île. Il faisait penser aux montagnes du sud de la Chine avec ses pitons rocheux.

On voyait aussi la mer et l'horizon. Je risquais une question :

- Professeur Ripley, l'horizon est courbe on dirait ?

- Eric, tu peux m'appeler Grace. Oui l'horizon apparaît très courbée car le diamètre de la planète est faible en comparaison de celui de la Terre. En plus le champ gravitationnel de la planète est irrégulier et la surface l'eau a parfois des bosses et des creux très marqués.

Il est temps de vous parler de votre mission. Les premiers humains qui ont posés le pied sur Pandora étaient des militaires. L'aspect inquiétant de la flore et de la faune les ont conduit à utiliser des armes dès le début : fusil d'assauts, lance grenades, lance flammes. La faune plutôt méfiante mais qui gardait ses distances s'est alors montrée très agressive. Des colons sont morts. On a alors assisté à une sorte de course aux armements. Des animaux plus gros, plus puissants attaquaient nos installations sans cesse plus fortes. Finalement lorsqu'une bombe à l'Unobtainium a pulvérisée un quartier entier de foret, les attaques ont pratiquement cessées. Sur le cratère de la bombe on a bâti la base principale, que l'on surnomme HellGates. Le plus curieux dans cette triste prise de contact, c'est que l'ensemble de la faune de la planète semble réagir de manière synchronisée face aux hommes. Il y a une sorte de comportement intelligent.

Peu après on a découvert l'existence des Pandoriens. Ces créatures sans doute très intelligentes, se sont toujours montrées très discrètes. On pense qu'ils jouent un rôle important dans ce monde. Mais ils posent aussi un problème particulier. Le gouvernement américain souhaite annexer cette planète, essentiellement à cause de l'Unobtainium. Mais les Pandoriens posent un problème juridique. Comme ce sont des créatures intelligentes d'autres puissances terriennes pourraient utiliser ce prétexte pour contester la domination américaine. Il faut donc que les Pandoriens signent un traité de protectorat. Voilà pourquoi il faut établir le contact avec eux. Et vite car le secret de l'existence de ce monde ne pourra plus être gardé très longtemps.

- Grace, ainsi c'est un simple problème juridique qui nous a fait venir ici ?

- Exactement. Les officiels gouvernementaux qui se cachent derrière la société RDA n'en ont en réalité que faire de ces extraterrestres. Certains seraient très content si une épidémie terrestre les anéantissait.

- Au fait on risque pas une contamination de la Terre ou de Pandora ?

- De la Terre, non. Les organismes pandoriens ont besoin de l'Unobtainium et de champs gravito-magnétiques pour survivre. Ainsi sur Terre vos avatars survivaient parce qu'un puissant champ GraMa avait été artificiellement généré. C'est sans doute insuffisant, car nous n'avons pas encore réussi à faire se reproduire des animaux pandoriens sur Terre. Il doit manquer quelques choses.

Par contre des bactéries terrestres, même si elles ont la vie dure, survivent parfois. Toutefois elles ne se développent pas. Si cela arriverait, ce serait une catastrophe. A terme toute la vie pandorienne serait menacée. Alors officiellement on prend des précautions. Mais voyez je ne porte aucune combinaison étanche il fait trop chaud et un système de refroidissement pèserait trop lourd. Les bactéries sur ma peau tombent sans cesse au sol.

- Et les pandoriens risqueraient de périr aussi ?

- Oui bien entendu. On nous dit qu'on nous remplacera bientôt par des robots et que les risques de contamination seront résolus. Mais il faudra encore des années.

Les indigènes ont déjà beaucoup souffert. Au début comme ils fuyaient devant des humains surarmés, on a tendu des pièges pour en capturer quelques un. Peine perdu car ces prisonniers préféraient se laisser mourir en silence plutôt que de communiquer. Rapidement les pandoriens se sont méfiés de nos pièges, et sur la planète entière. Malgré leur technologie primitive, ils s'étaient tous passés le mot. Alors on a du les pourchasser et comme on avait pas encore d'anesthésiant, on les abattait comme des lapins…

Grace réprima un sanglot, elle souleva son masque pour essuyer une larme.

- J'ai… J'ai du me battre pour qu'on attaque pas leur village. Il aurait été facile de les capturer là bas mais cela aurait provoqué un réel chaos. Car alors nul part ils se seraient senti en sécurité.

En recueillant quelques-unes de leur flèche, on a enfin découvert un anesthésiant efficace sur eux. On a alors défini de nouvelles méthodes. On les a capturés mais cette fois on les a relâchés sans trop les brusquer. Ils semblent avoir moins peur mais se méfient toujours. On a alors penser à envoyer des robots à leur image. Mais ils ne sont pas crédible une seule seconde.

Finalement on a imaginé ce programme Avatar. Capturer des pandoriens pour en faire des marionnettes. Ensuite on les renvoie chez eux, ils les acceptent et leur enseignent leur langue et leurs coutumes. Ensuite on met un terme à ce mal entendu, on signe un traité et voilà. Ca c'est le scénario optimiste. Ils peuvent aussi bien vous couper la tête.

En fait je ne peux faire aucune prédiction sur votre succès ou votre échec. Ce qui me gène c'est le coté éthique mais c'est peut être la moins mauvaise solution.

e) Vivre comme des pandoriens :

Grace nous conduisit à une grande cabane perchée sur des pilotis au milieu d'une jolie clairière avec sur le coté une belle cascade. C'était là que nos Avatar allaient vivre pendant notre séjour sur New Alcatraz. Autour de la cabane il y avait deux automitrailleuses et cinq soldats qui montaient la garde près d'un Humvee.

- Vous avez peur qu'on s'échappe demandais je à Grace ?

- Vous n'iriez pas loin et c'est pour cela qu'on appelle cette île New Alcatraz. Mais ces forces sont là pour vous protéger. Pandora est un monde dangereux et vous êtes sûrement les individus les plus précieux pour nous. Les automitrailleuses sont en fait des robots, des UGV (Unmanned Ground Vehicule). Ce sont des armes redoutables. Mais je laisserai le commandant vous expliquer les détails.

La cabane était en hauteur pour prévenir l'attaque de prédateurs terrestres. Les fenêtres étaient fermées par des grillages en acier et les portes par des grilles coulissantes. La faune et la flore dangereuses avaient été de plus éradiquée de la surface de cette petite île. Ile qui était défendue par une armée de robots et de soldats. On en faisait beaucoup pour notre sécurité.

Les humains avaient installés de nombreux mouchards, caméras et micros, autour des Pandoriens. Ainsi on avait une idée assez précise de leur mode de vie.

La plupart des clans vivaient dans des arbres creux colossaux. Ils dormaient dans des sortes de hamacs. Le matin de 8 à 10 heures, la journée durait 24 heures pile sur Pandora, les membres d'un clan se réunissaient ensemble pour une toilette collective dans un cours d'eau près de leur arbre / village. Suivant un ordre précis mais alors encore mal connu, chaque membre du clan entretenaient un de ses congénères. Il changeait de partenaires chaque jour. C'était très sensuel mais jamais sexuel. Le plus gros du temps était consacré à la coiffure qui était très complexe. C'est pendant cette activité que les pandoriens prenaient leur petit déjeuner composé essentiellement de fruits et de petits d'animaux crus, insectes ou poissons. Ce moment était aussi l'occasion de conversations informelles et détendues qui sans doute renforçaient la cohérence du clan.

Il nous fallait reproduire et maîtriser ce rite. Assis sur des roches près de la cascade, on essayait de suivre les mouvements que nous indiquaient des écrans vidéos. Il faut bien admettre que c'était un moment très plaisant. Il fallait toutefois gérer les sensations et les désirs parfois contradictoires de nos corps humains et de nos avatars.

J'ai pu pendant ces séances faire la connaissance de mes trois collègues avatars.

Matt Smith était un ancien militaire célibataire de 32 ans. Un type sympa mais un peu rigide intellectuellement. Lorsque venait son tour de faire ma toilette, on sentait bien qu'il était gêné. Pour tout dire moi aussi au début. Il fallait maîtriser ses émotions.

Pierrette Charpentier avait 28 ans. Avec elle je parlais français, ça changeais. C'était une employée de bureau célibataire comme nous tous. Joyeuse et délurée, je la sentais mal à l'aise malgré tout. Le poids de sa mission semblait lui peser très lourd et elle n'était guère curieuse de son nouvel environnement.

Angéla Woss avait 41 ans. Divorcée et mère d'un enfant tué dans un accident de la route, elle avait un accent allemand très marqué. Chimiste, elle était de loin la plus cultivée de nous tous. Calme, réfléchi et très impliquée c'était sûrement la meilleure du groupe. Je ne sais pas si c'est son corps d'avatar, sculpté comme une Venus Grec, ou sa conversation agréable et réconfortante, mais j'ai eu rapidement de l'affection pour elle.

De 10 heures à 16 heures les pandoriens vaquaient à des activités diverses. C'était la chasse qui était de loin la plus risquée et conduisaient à de longues expéditions. Un pandorien pouvait parcourir à pied en 6 heures autour de 60 km. Toutefois jamais les enfants ne s'éloignaient du village qui restait d'ailleurs toujours sous bonne garde.

Nous avons reproduit ces expéditions même si l'île était petite. Elle formait un croissant de 6 Km de diamètre. Le lagon au centre était fermé vers la mer par un récif de corail et des bancs de sables. Le relief était très tourmenté et il fallait sauter d'arbres en rochers. La végétation était impressionnante avec des arbres massifs entourés de racines énormes. Elles formaient de véritables ponts entre les rochers. On a aussi appris ce qui dans la faune et la flore étaient mangeables, toxiques, utiles… Grace Ripley qui nous supervisait à nos cotés ou d'un GraMaCar qui nous survolait, avouait que ses connaissances sur ce monde comportaient encore de nombreuses lacunes.

Le plan d'eau du lagon avait tout du stéréotype paradisiaque : des plages blanches, une eau limpide turquoise, des poissons multicolores. Certaines créatures marines étaient surprenantes et magnifiques. Les coraux tranchants a dominante rouge et blanche étaient peuplés d'énormes éponges moelleuses et des tapis d'algues tendre.

La nuit, ah la nuit, les plantes et toutes les créatures, y compris nos corps d'avatar, luisaient de motifs subtiles et colorés donnés par la bioluminescence. La mer était aussi luminescente, surtout l'écume. La lumière se réfléchissait aussi sur les nuages. On y voyait très distinctement mais on avait vraiment l'impression d'avoir changé de monde : l'expression « c'est le jour et la nuit » était vraiment justifiée.

On s'entraînait aussi au maniement des armes pandoriennes : bâtons à double tranchant, massues, poignards, frondes. L'arme la plus remarquable était un grand arc. C'était d'abord un très bel objet, les pandoriens s'avéraient être des artisans très doués. Ensuite il était très puissant et pouvait être efficace jusqu'à 200 mètres avec une portée totale de 500 mètres. Les flèches étaient allégées par des cristaux d'Unobtainium au point qu'elles ne semblaient peser presque rien. Cette légèreté permettait de faire de tirs tendus plus efficace. Toutefois la pointe devait être enduite d'un poison paralysant pour abattre les animaux les plus puissants.

Le maniement de ces armes était toutefois délicat et on était loin de savoir s'en servir correctement.

Vers 17 heures la plupart des membres d'un clan de pandoriens se retrouvaient dans leur arbre village pour le repas du soir. Ils le prenaient tous ensemble réuni en un arc de cercle et par niveau hiérarchique : enfants sur les extrémités, célibataires autour du centre, couples au centre. Le couple dominant était au premier rang au centre. Le service était assuré en rotation par tous les membres du clan. La nourriture comportait des fruits, des légumes mais aussi beaucoup de viandes d'animaux tués dans l'après midi.

Pendant ce repas et jusqu'à 20 heures environ, certains membres du clan assuraient une sorte de spectacle. Ils racontaient les éventuelles aventures de la journée, des histoires, chantaient, dansaient… On ne connaissaient pas encore leur langue mais on avait quand même compris quelques mots. Ainsi ils nommaient les hommes tawtute.

On reproduisait donc ce repas festif même si on n'était que quatre flanqué de Grace et deux ou trois scientifiques. Angéla était la plus enthousiaste, moi je n'aimais pas trop assurer le spectacle. C'était l'occasion de faire un débriefing de la journée. Le plus complexe était de retenir les caractéristiques des animaux et surtout de toutes ces plantes.

Pendant ces quatre semaines on s'est vraiment amusés dans ce petit paradis que l'on aimait un peu plus chaque jour. Parfois je me demandais comment tant de beautés étaient possible ? Ce monde semblait avoir été créé par un artiste ou par… Dieu. On courrait, on nageait, on jouait, simplement vêtu d'un pagne ou même nu sous les regards envieux de nos gardiens qui suaient sous un soleil de plomb, surchargés de matériel et d'armes.

Ils nous rappelaient à la réalité : derrière la barrière de corail, il était interdit de se baigner, des créatures féroces pouvant surgir des profondeurs. Des tirs de semonces retentissaient plusieurs fois par jour pour chasser les énormes créatures volantes qui approchaient l'île. Et puis après une journée d'activité, il fallait passer deux heures pour s'occuper de nos corps humains. L'inactivité, la faible gravité faisaient fondre les muscles et les os. Il fallait une heure d'exercice physique pour se maintenir dans une forme acceptable. Un esprit sain dans un corps sain : nos corps d'avatar étaient sains mais notre esprit n'était pas dedans. Il ne fallait jamais l'oublier.

f) Aux armes !

C'est le commandant Chacon lui même qui nous a familiarisé avec l'arsenal militaire. Pour cela il nous avait réuni sur le champ de tir flanquant le campement principal de l'île.

- Vos petits culs bleus valant plus que tous nos gros culs blancs, je préfère vous enseigner moi même le maniement et les spécifications de notre armement. Ne l'oubliez jamais, nous ne sommes pas à Disneyland !

Ici il y a plusieurs types dé périls. Par rapport à la Terre, il n'y a semble t'il pas de virus et les bactéries ne s'attaquent qu'aux chairs mortes. Il y a des plantes toxiques mais je crois que Grace vous a appris à les éviter. Moi je vais vous apprendre à vous défendre contre la faune et particulièrement les gros animaux.

Les bestioles ici sont particulièrement robustes. Leur peau est épaisse mais ce sont surtout leur os chargé de fibres de carbones qui posent problèmes. Les cranes et les cages thoraciques des plus gros animaux sont aussi résistante qu'un blindage de chars d'assauts. De plus ils peuvent être blessés à mort mais resté actif pendant une à deux minutes.

Nous avons donc mis au point plusieurs types d'armes. Les automitrailleuses UGV APD sont des robots autonomes ou semi-autonomes. Ils utilisent une propulsion hybrides diesel-électrique. Il sont équipés d'une mitrailleuse pouvant fonctionner au coup par coup et d'un canon anti-chars. Toutes les balles des mitrailleuses sont chargé d'un anesthésiant qui paralyse l'animal en 5 à 30 secondes. Ce sont nos gardiens les plus efficaces, ils peuvent faire sauter la caboche du plus gros monstre de ce monde d'un seul coup à 1000 mètres. Son taux de réussite est de 95% sur une cible fixe et de 75% sur une cible en mouvement.

Pour les installations fixes nous avons aussi déployé des tourelles automatiques dérivés de celles des UGV. Les ordres de feux de ces robots sont les suivants : tir de semonce de 1500 à 1000 m, tir au but à moins de 1000 m. Si ils se trouvent en présence de pandorien, ils doivent informer un opérateur humain avant de tirer au but. Mais si le contact est impossible, il abat sa cible avec des balles paralysantes. La cible se réveille après quelques minutes ou quelques heures en fonction de la dose reçue. Sachez que ces balles peuvent quand même occasionner des blessures mortelles.

Le GraMaCar est notre principal arme aérienne. Il peut transporter du personnel dans sa cabine pressurisée panoramique. Il peut aussi soulever 40 T de matériel. On l'utilise en mode autonome pour patrouiller. Sous sa coque il est équipé d'un canon anti char et deux mitrailleuses. Il a aussi deux mitrailleuses sur le toit. On peut l'équiper de bombes guidées de puissances variables.

Les soldats sont équipés principalement de fusil d'assaut XM29 OICW. Ils ont aussi des lances roquettes et des lances flammes. Vous n'aurez à utiliser que le fusil d'assaut. Il dispose d'un chargeur de 30 balles 5,56 mm avec anesthésiant. Il a aussi 6 balles explosives de calibres 20 mm, seul le crane d'un titanosaure peut y résister mais par contre ces balles ne sont efficace qu'a 50 mètres.

- Un tita…quoi sorti Matt ?

- Je vais montrer ce truc.

Le commandant nous orienta vers un grand hangar. Il y avait plusieurs carcasses d'animaux au sol. Il désigna celle du titanosaure. C'était un énorme animal à 6 pattes qui pesait autour de 35 tonnes. Sa tête formait un immense marteau. Cet herbivore ne craignait personne et pouvait se montrer agressif si on l'approchait. Un troupeau de sept animaux avait attaqué une patrouille de deux UGV. Un des robots fut mis hors de combat mais tous les titanosaures furent tués. Depuis aucune autre attaque n'avait été signalée.

Il y avait aussi une métabète, un autre colosse à 6 pattes de 15 tonnes. Moins agressif que le titanosaure, il valait quand même mieux l'éviter.

Le commandant s'arrêta devant les restes d'un thanator. Cette sorte de panthère à 6 pattes pesait autour de 7 tonnes. Sa mâchoire était assez puissante pour briser un canon d'UGV. Et il pouvait courir à 70 Km/h, plus vite qu'un pandorien. Il avait l'air vraiment terrifiant.

Le banshee était lui une sorte de ptérodactyle géant. Avec 14 mètres d'envergure et un poids de 1500 Kg il pouvait porter un cavalier pandorien. Un GraMaCar qui venait d'enlever des indigènes avait été attaqué par quinze pandoriens chevauchant des banshees. Ils avaient tous été abattus avant d'avoir atteint leur cible.

- Voyez, paf un, et paf encore un. Chaque coup touche au but et ils tombent comme des mouches.

Le commandant nous montrait avec fierté l'enregistrement de ce tir au pigeon. On voyait ces gens tomber dans le vide, l'un avec un bras arraché, l'autre coupé en deux.

- J'espère que l'ordinateur de bord a reçu une médaille pour cet exploit dit alors Angéla.

- Ah la sensiblerie féminine ! On avait fait des tirs de semonce, ces culs nus étaient déterminés à nous attaquer. Maintenant ils ont compris la leçon.

La dernière phrase du commandant était suffisamment assurée pour mettre un terme à cette objection.

- Il nous manque encore à notre tableau de chasse certains animaux dont le grand leonopteryx. C'est comme un banshee mais en deux fois plus grand et d'un rouge pétard. Il est très rare et surtout localisé dans l'hémisphère sud ou nos GraMaCar ne peuvent aller.

- Faute de pouvoir utiliser l'antigravité, fis je remarquer.

- Exactement.

J'étais content d'avoir caser ma petite remarque.

- Ces bestioles ne sont pas les pires. Les pires se sont les Loup-Vipères. Ce sont des sortes de thanator en plus petits mais qui pèsent quand même 120 kg. Ils courent vite et surtout ils agissent en meute de 10 à 20 individus. Ils savent tendre des pièges en encerclant leur adversaire. En plus ils peuvent grimper aux arbres et se laisser tomber sur leur cible.

Nos machines ne craignent rien mais les soldats y sont très vulnérables, surtout en terrain couvert. C'est ces saloperies qui ont tués le plus d'hommes.

Le commandant poussa une porte et on se retrouva dans un autre local. Il y avait plusieurs cages qui contenaient chacune un loup-vipère. Vivant !

- Regardez moi ces gueules d'amours mais ne vous approchez pas trop des cages. Vous avez vu leur crocs, on aimerait leur faire une bise.

Ces animaux étaient vraiment effrayants. Je m'imaginais perdu dans la foret entouré d'une meute. Terrifiant !

Soudain le commandant appuya sur un bouton et l'une des cages s'ouvrit. L'animal bondit hors de sa cage mais fut stoppé net par la laisse qu'il avait autour du cou.

On eu tous un mouvement de recul et Pierrette tomba à la renverse.

- Ah ah, voyez mes fières guerriers ! Matt vous avez été militaire. Prenez ce fusil d'assaut et faites lui la peau. Deux balles suffiront.

Matt pris l'arme sans hésiter et tira deux coups. Un sang rouge gicla mais l'animal continuait à s'agiter avec des cris de douleur qui avaient quelques choses de déchirant. Les autres loups-vipères se mirent aussi à hurler et à s'agiter.

- 10,11,12,13 secondes. Voilà le paralysant à fait son effet. Maintenant faites lui exploser la caboche.

Matt se plaça au dessus de la bête et lui tira un coup dans le crane qui s'ouvrit sous l'impact. Pierrette s'était caché les yeux. Angéla retenait son souffle. Moi même je ne me sentais pas très à l'aise.

- Eric vous aussi vous avez déjà tiré.

- Mon père chassait.

- Faites attention au recul.

Je pris l'arme et on me fit les réglages nécessaires.

Le commandant ouvrit une autre cage et l'animal bondit. Après tout est aller très vite. Contre toute attente il m'arriva dessus, la laisse avait lâchée ! J'ai tiré une rafale alors que je tombais à le renverse.

Lorsque je rouvris les yeux, j'avais mal à l'épaule gauche et à l'oreille droite. Le commandant hurlait des ordres. Pierrette était à terre mais c'était Matt qui semblait blessé.

Le loup-vipère m'avait sauté par dessus en me labourant au passage l'épaule et me déchiquetant une oreille. Matt disait que ça allait mais il pissait le sang par l'abdomen. Il finit par s'écrouler touché par quatre balles perdues que j'avais tirées.

L'équipe médicale fut rapidement sur lui mais les blessures étaient trop grave et Matt, enfin son avatar, mourut peu après. Des soldats s'étaient lancés à la poursuite du loup-vipère mais celui ci avait disparu dans des feuillages épais.

Moi même j'étais pétrifié incapable de me relever. On me disait que mes blessures étaient sans gravités. Angela s'occupa de moi quand à Pierrette elle était prostrée dans un coin.

Pour une leçon, c'était une leçon : la peur, le sang, la surprise, la mort, la colère. L'animal avait réussi à ronger sa laisse en fer en régurgitant de l'acide gastrique.

- Saleté de planète ! fis le commandant en abattant les deux autres loups-vipères.

g) Le lien

Il a fallu plusieurs jours pour me remettre de ces émotions. Mes blessures à l'épaule cicatrisèrent rapidement tandis que les lambeaux de mon oreille avaient séchés et étaient tombés. Il paraît qu'elle allait repousser, tant mieux car avec une oreille en moins je me trouvais laid.

Angéla par son affection et sa présence m'a permis de rependre pieds. C'est elle qui semblait la plus solide. Pierrette avait du mal à remonter la pente.

J'ai aussi parlé à Matt. Il était vraiment perturbé d'avoir perdu son avatar au point qu'il avait du mal à parler. Mais il ne m'en voulait pas, je ne pouvais pas prévoir ce coup du sort. Il allait rentrer sur Terre et peut être qu'on allait essayer de le reconnecter à un autre corps.

Une battue fut organisée avec des soldats en armures pour retrouver le loup-vipère. En vain. Alors par précaution des gaz de combats furent lâchés dans les différentes cavernes de l'île.

Après quatre jours de repos on repris l'entraînement. Un GraMaCar avait ramené un équidius vivant. C'était une sorte de cheval à six pattes que pouvait chevaucher les pandoriens. Cet animal plutôt pacifique défendait toutefois férocement sa vie. Sa capture l'avait rendu nerveux et on l'avait placé dans un grand enclos discrètement clôturé, avec des grillages camouflés et à l'écart de toute présence humaine.

Grace Ripley dirigeait l'opération :

- Les pandoriens chevauchent cet animal en connectant leur natte à une de ses antennes. On suppose que cela permet une communication directe entre les deux cerveaux. Mais on n'a jamais pu l'observer directement, notre présence stresse trop les sujets. Aujourd'hui vous devez essayer d'établir cette connexion.

C'était une manœuvre délicate. Comme il n'était plus question de prendre des risques, un UGV caché sous des branchages se tenait prêt à abattre l'équidius au moindre signe d'agressivité.

Angéla avait été désignée pour tenter de domestiquer cet animal. Lorsqu'elle pénétra dans l'enclos, l'équidius se laissa approcher. Elle arriva à le toucher puis à saisir une de ses deux antennes. Ensuite les filaments à l'extrémité de sa natte furent mis en contact avec ceux de cet sorte de cheval. Pendant quelques secondes tout se passa bien puis soudain l'animal s'enfuit rompant la connexion. C'était raté !

- Angéla revenez, inutile de le poursuivre, vous allez l'affoler. On va attendre un peu et puis Eric ce sera votre tour. Il faut absolument maîtriser cette connexion pour que vous soyez crédible.

Angéla raconta son expérience. Après avoir établi la connexion, elle ressenti d'étranges picotement dans sa natte puis dans sa tête. Mais il n'y avait rien de précis et elle ressenti une violente douleur dans son crane. C'était sans doute la raison pour laquelle le procédure avait échouée.

Après une demi-heure de pause, je rentrais à mon tour dans l'enclos. L'équidius était calme et je m'en suis approcher prudemment. Contrairement à Angéla, je lui ai parlé doucement. Je suis monté dessus sans que l'animal ne réagisse.

- Jusqu'ici tout va bien. Surtout ne me donner aucune instruction pendant que je suis connecté à lui.

Je pris ma natte et glissa son extrémité dans le récepteur du cheval. Je ressentis les picotements décrit par Angela. Je ne pensais à rien et j'étais totalement détendu suivant les conseils que l'on m'avait donné. Derrière des batteries d'ordinateurs analysaient les différents signaux et tentaient de les rendre cohérents.

Pendant plusieurs minutes il ne se passa rien. L'animal continuait à paître de fleur en fleur comme si de rien n'était. Puis des sensations plus précises apparurent. Comme j'étais assis sur son dos, je sentais la respiration de l'équidius via mes jambes mais maintenant aussi comme si j'étais à l'intérieur de son corps. Progressivement je ressentais de plus en plus de choses comme le propre poids de mon corps sur lui ou même le goût du nectar des fleurs. C'était troublant mais après tout j'étais déjà habitué depuis plusieurs mois à contrôler deux corps, alors un troisième pourquoi pas…

- Je le ressent parfaitement comme si j'étais en lui. Mais il faut tenter quelques choses, je ne vais pas rester planter là pendant des heures.

Peter Goertzel me répondis :

- On voit bien que certaines connexions sont inactives, elles doivent servir à passer des ordres. Mais on sait pas trop lesquelles. D'après la carte neuronale tous ce dirige vers le cortex visuel. Essayes de projeter une image mentale.

J'imagina le cheval en train de marcher lentement. Il tourna alors sa tête vers moi. J'imagina alors la même image et… lentement il se mit à marcher. Il m'avait compris. J'ai recommencé le même type de manipulation pendant une heure : avancer, reculer, aller à droite, aller à gauche. J'essayais des ordres idiots comme franchir un haut tronc en marchant. Il me projeta en retour une image de lui ne pouvant franchir cet obstacle. Ainsi on pouvait communiquer via des images mentales.

Je tentais autres choses. Je lui montrais une image d'un soldat humain tout en lui adressant des caresses rassurantes. Il me raconta alors son histoire. Il était chevauché par un pandorien et entouré d'autres équidius eux aussi montés. Il traversait une grande plaine marécageuse. Un point rouge surgit dans le ciel, c'était un GraMaCar. Le groupe se mit alors à courir vers la foret. Mais il tomba au sol et ne pouvait plus se relever. Son cavalier s'enfuit. L'engin s'immobilisa à coté tandis que des hommes en sortirent. Ils lui couvrirent les yeux. Le cheval avait peu après l'impression d'être suspendu dans le vide. C'était tout à fait le cas, paralysé et attaché par des sangles, il avait été transporté sous un GraMaCar. Puis il avait repris ses esprits dans ce grand enclos. Ma présence l'avait rassuré. Il me prenait pour un vrai pandorien.

Ainsi je pouvais communiquer directement avec un animal. C'était tout à fait surprenant et intéressant. Cela expliquait bien l'étrange comportement synchronisé de la planète : certains animaux mettaient à l'épreuve les humains. En cas d'échec, aucune autres créatures ne reproduisait la même attaque.

Dans les heures qui ont suivi j'ai aidé Angéla à maîtriser l'équidius. Cela s'est fait plus lentement que pour moi mais finalement on y est arrivé. Par contre la pauvre Pierrette a échouée ce qui l'a encore plus démoralisée. On a décidé de la mettre au repos quelques jours de plus et de continuer l'entraînement Angéla et moi.

h) L'arbre des esprits

Il y avait maintenant six semaines que l'on était sur Pandora.

Laborieusement on avait appris à Pierrette à monter sur l'équidius et depuis lors on peut dire qu'elle en était tombé amoureux. Elle ne le quittait plus, lui parlait et l'animal lui rendait son affection. Cela intéressait autant les scientifiques que ça les inquiétait.

Angéla et moi avions appris à manier le fusil d'assaut et un peu mieux les armes indigènes. On sortait toujours avec un XM29 OICW plus un bâton de combat, un arc et un poignard. Le fait qu'on ait toujours pas retrouvé le loup-vipère échappé inquiétait et il fallait se tenir prêt.

Ce jour là, tout les deux, on était en stage de survie dans la foret de l'île. A part le fusil d'assaut, nous n'avions que des équipements indigènes et il fallait trouver notre nourriture nous même.

Au milieu d'un grand chaos rocheux on découvrit les troncs calcinés de quatre arbres.

- Il y a des feux de foret ici demanda Angéla à Grace qui nous supervisait depuis un GraMaCar ?

- C'est une histoire bizarre. Ici se tenait des sortes de saules. Ces arbres à l'apparence fragile sont très rares. Avant l'incendie, il y régnait une ambiance bizarre, les animaux étaient étrangement calme à leur voisinage. On a voulu étudier un des arbres mais aussitôt ils ont pris feu. Ici se cache un grand mystère.

La nuit allait tomber. Nous avions tendus nos hamacs de voyage entre deux arbres. C'était des hamacs plus léger et étroit. On l'installait bien en hauteur et les troncs avaient été munis d'une collerette de pointes pour éviter que des loup-vipères y grimpent.

Angéla qui était dans le hamac au dessus, descendit et se mis à plat ventre, face à face, sur moi. Elle me parlait de choses sans importances mais me passa une petite feuille ou elle avait marqué avec de la cendre : « Chut ! ». Nous étions surveillés en permanence mais ils ne pouvaient percevoir que nos conversations, nos pensées verbales et divers paramètres physiologiques. Le GraMaCar au dessus de nous ne pouvait nous voir, le feuillage était trop épais. Lentement et doucement elle pris ma natte et l'amena vers l'extrémité de la sienne. Clairement elle voulait faire le lien entre nous et en plus en cachette. Et sûrement plus si affinité…

Comment ma si sérieuse collègue pouvait elle désobéir aux ordres ? Je l'appréciais et peut être que l'aimait même un peu mais j'ai eu peur. On avait déjà parlé de cet éventualité, sur question d'Angéla d'ailleurs, et jamais on avait observé deux pandoriens faire le lien entre eux. On avançait en terrain inconnu. Dans un mouvement rapide j'ai repris ma natte. Le contrôle a du s'apercevoir de quelques choses car il lança un « Ca va ? ».

- Oui c'est rien répondis je. On a cru qu'on allait tomber. Angéla va remonter dans son hamac.

Elle me regarda d'un air vexé et remonta aussi sec.

Le lendemain, malgré ses efforts, je voyais bien qu'elle me faisait la tête. La toilette et le repas avaient été plutôt silencieux. Le contrôle se doutait de quelques choses mais préférait se taire.

En fin de matinée alors que l'on marchait de la foret, j'aperçu quelques choses bouger dans les fourrés. En une fraction de secondes j'ai reconnu les yeux d'un loup-vipère. J'ai aussitôt dégainé mon fusil d'assaut et l'animal s'est enfuit.

- Choppe le me cria le contrôle !

Je me mis à courir dans sa direction, je le voyais mais il allait trop vite pour que j'ai le temps de viser. Il sauta au dessus de ce que je cru être une sorte de plante rampante. En fait elle dissimulait une crevasse dans laquelle mon avatar tomba.

- Le lien est rompu cria Peter !

Je ne sentais plus mon avatar. C'était une sensation horrible, comme si j'avais perdu un membre. Mes idées étaient floues comme si mon cerveau était coupé en deux.

- Mettez le en veille ! Déplacer l'émetteur vers le point du chute ! Poussez la puissance d'émission à fond ! Sortez l'antenne directionnelle !

J'ai du être inconscient un moment. Lorsque je repris conscience j'étais bien. J'avais l'impression de flotter dans un nuage blanc. Il y avait des voix et des sortes de fantômes tournaient autour de moi. Puis me parvint des images mentales, l'entrée d'une mine humaine sur Pandora, des couloirs obscures, des dizaines d'UGV qui défilaient, puis une image terrifiante : la planète explosait ! Mais j'étais là et je volais dans l'espace emportant des pandoriens avec moi loin de ce brasier. Et une voix disait « Zong Na'vi, Zong Na'vi ».

Le rêve s'évanoui et lorsque je me releva je vis une sorte de petit saule luisant d'un rose/violet intense. J'étais au fond d'une crevasse et je voyais la lumière du jour très au dessus. Mon corps était couvert de filaments blancs qui prenaient leur racine au pied du saule. A gauche de l'arbre le loup-vipère se tenait assis et me regardait.

- Eric me cria une voix ! C'était Angéla.

- On a rétabli le contact me dit Peter. T'es OK.

- OK, oui je suis OK. Enfin je crois.

Le loup-vipère soudain disparu dans le fond de la crevasse. Les filaments perdirent de leur lumière et puis le saule commença à fumer. Et il pris feu de manière brutale.

Angéla arriva près de moi et elle m'aida à sortir de la crevasse. Je n'avais que quelques contusions, le corps des pandoriens étaient solides.

- Tu es resté inconscient près de 15 minutes, il a fallu du temps pour localiser cette crevasse. Ensuite lorsqu'on a pu rétablir le lien il s'est passé des choses très bizarre, des entrées totalement inhabituelles.

- Comment ça se fait Peter que je me suis senti aussi mal après que le lien ait été coupé ?

- Ton cerveau humain vit en symbiose avec celui de ton avatar. Couper le lien entre eux brutalement romps la stabilité de l'ensemble. Il faut une coupure très progressive.

- Autrement dit si mon avatar était mort, j'aurais fini à l'asile !

- Non Eric, on a une procédure dans ce cas mais il ne faut l'appliquer que si l'avatar est vraiment perdu car le lien est difficile à rétablir après.

Mouais, ce n'était guère rassurant. Mais après tout je risquais moins ma vie que les soldats et les ouvriers établis sur cette planète.

Puis je leur racontait mon étrange rêve. Grace fut la première à piger :

- C'est clair, cet arbre n'est pas un végétal ordinaire, il peut émettre des signaux mentaux. Le loup-vipère t'as attiré jusqu'à lui délibérément. Ce saule voulait sonder ton esprit et a même accédé à nos ordinateurs et à ton cerveau humain.

- Oui mais il est détruit maintenant fis je remarquer.

- Non ce n'est que la partie visible d'un système bien plus grand et qui nous échappe encore.

- Et pourquoi ce message ?

- Pour gagner ta confiance, tester tes réactions, que sais je ?

- Qui manipule qui questionna Angéla ?

- Nous voulons prendre contact, ils ont l'air curieux et ouvert finalement. Alors tout va bien proclama Grace. Eric dans une semaine tu rendras visite aux pandoriens. Ca marchera j'en suis sûr maintenant.