Chapitre III, Les Na'vi

Résumé :

C'est le grand jour pour Eric qui doit conduire son avatar à la rencontre des farouches pandoriens. La mission est loin d'être gagné d'avance. Arrivera t'il à gagner la confiance de ce peuple à la foi si proche et si lointain de l'Homme.

a) Retour vers Hellgates :

Angela, moi et une partie de l'équipe scientifique dont Grace Ripley montèrent dans un GraMaCar pour Hellgates, la base principale. Pierrette, jugée inapte pour l'instant, était restée sur l'île avec son bien aimé équidius.

La cabine du GraMaCar était vaste et confortable et le plafond suffisamment haut pour nos grandes carcasses d'avatar. De larges vitres panoramiques rendaient le voyage très attrayants. La machine volante filait en silence propulsée par ses générateurs d'antigravité. Au dessus de la mer on vit des animaux marins divers, énormes, beaux ou terrifiants. Puis on survola la terre ferme entièrement couvertes de forets. Des arbres immenses se dressaient dans certains endroits.

- Ces arbres sont situés sur des points particulièrement riches en Unobtainium. On pense qu'il intègre ce matériau en eux pour alléger leur structure. Ainsi on ne rencontre pas de pareil titan dans l'hémisphère sud.

Grace connaissaient énormément des choses et c'était toujours un plaisir de l'entendre.

Puis nous survolâmes une grande clairière très allongée.

- Ici nous sommes au dessus d'une très profonde crevasse. Elle est remplie d'eau mais toute la surface a été recouverte d'une sorte de tourbe. Parfois ce tapis flottant d'aspect marécageux est peu épais et vous pouvez passer à travers. En plus des prédateurs aquatiques féroces se cachent en dessous. Toutefois si un jour vous êtes poursuivi par un gros animal, allez dans ces endroits, votre poursuivant hésitera à vous suivre.

Au loin une sorte d'oiseau se profila à l'horizon. Grace ordonna aux pilotes de se rapprocher.

- Voici le très rare grand leonopteryx, le seigneur de Pandora. C'est la première que j'en vois un de mes yeux. Poussez la vitesse au maximum pour que l'on puisse prendre de meilleurs clichés.

Le GraMaCar n'était pas très rapide, 120 Km/h maximum, mais bien plus que l'animal qui ne devait pas dépasser 50 Km/h dans l'air très dense de Pandora. Rapidement on s'est approché à 500 mètres sans que la bête s'inquiéta.

Puis il nous amena dans la direction d'un rocher flottant. C'est le première fois que je voyais cette curiosité locale. On aurait pu croire que c'était un énorme ballon. Son sommet était couvert de végétations. C'était un spectacle impressionnant.

- Il y a de plus en plus de rochers flottants à mesure que l'on s'approche du pole nord. C'est le refuge préféré des banshees. Certains rochers sont libres, d'autres sont retenus au sol par des racines. D'autres très riches en Unobtainium flottent haut, parfois au dessus de l'atmosphère. Et quand ils sont suffisamment léger, après avoir été rongé par l'érosion ou les chocs entre eux, ils vont s'écraser sur le pole sud.

Le grand leonopteryx vira soudain derrière le rocher qui le cacha alors de notre vue. Lorsque l'on arriva près de l'îlot flottant, il avait disparu.

- Il a du se cacher dans une grotte ou sous la végétation du rocher. C'est un malin et il avait pas trop envie qu'on s'intéresse à lui. Eric tu as de la chance, tu vas pouvoir approcher toutes ces choses de près.

- Il faut espérer que cela ne soit pas de trop près, remarqua Angela !

Grace était occupée à consulter les enregistrements vidéos qui venaient d'être effectués. Angela en profita pour m'attirer un peu à l'écart. Elle me glissa alors une feuille végétale griffonnée dans la main :

« Désolé pour l'autre jour. Je n'ai pas su me contrôler. Tu vas partir, tu risques de ne pas revenir. Cette perspective, ce monde et ce corps qui n'est pas le mien sèment la confusion dans mon esprit. Merci de ne pas m'avoir dénoncé. »

J'avala la feuille puis je fixa Angela dans les yeux tout en lui serrant la main. Elle baissa la tête en fermant les yeux puis subitement fixa mon ventre.

- Regardes autour de ton nombril !

C'est vrai il y avait quelques choses de nouveau. Deux photophores symétriques étaient apparus autour. Depuis quand ? Le ventre de l'avatar d'Angela en était toujours vierge. En fait les pandoriens avaient une série de photophores symétriques qui partaient du nombril. Mais après la lobotomisation des individus qui nous servaient d'avatar, ces lignes s'étaient comme éteintes. Les photophores n'étaient plus que des points bleus sombres. Les autres lignes de lumineuses s'étaient par contre maintenue. Grace vint voir ce petit événement :

- Nous ne savons pas le pourquoi de ces lignes de lumières. A mon avis elles doivent avoir une signification importante. C'est un bon présage que tu en ais récupéré.

Un présage ? On passait au domaine religieux maintenant ?

b) Hellgates :

La principale implantation humaine sur Pandora se nommait Hellgates. C'était un surnom car en fait son nom officiel était base Alpha. C'était en fait la première fois que je voyais cette base de l'extérieure. Mon corps humain était à l'intérieur mais comme je n'avais pas le droit de sortir de ma chambre, je n'en connaissais quasiment rien.

Le complexe était installée dans une large cuvette entourée de montagnes. On avait préféré éviter le bord de mer en raison des risques importants de tsunami.

La plaine avait été défrichée à coup de bombe à l'Unobtainium et on voyais encore de gros troncs calciné ça et là. Toutefois la nature avait largement repris ses droits et des buissons poussaient partout.

L'enceinte de Hellgates formait un vaste polygone régulier de deux kilomètres de diamètre. Elle était composée d'une haute clôture électrifiée précédées de barbelées et de chevaux de frises. La défense active incluait des tourelles fixes placées en hauteur et une route de patrouille où circulait des UGV.

A l'intérieur se trouvait les baraquements réalisés par des empilements de containers. Deux grands hangars abritaient le matériel, engins volants, roulants, bulldozer, dumper... Car un bon tiers de la base comprenaient aussi des installations minières et de métallurgies.

D'un des hangars était en train se sortir un gros engin sombre aux allures de boite à chaussures.

- C'est un GraMaShip, un vaisseau spatial de liaison avec la Terre. C'est dans un de ces appareils que vous êtes arrivés. Ils ne sont pas très beau car ils sont conçus pour échapper aux radars terrestres.

- Et il fonctionne comment demanda Angéla à Grace ?

- Il a deux sustentateurs anti-gravité à l'Unobtainium pour Pandora et quatre réacteurs à l'Unobtainium pour les vols spatiaux.

- Tous fonctionne à l' Unobtainium. Mais il a bien fallu en chercher ici au début. On peut donc aller jusqu'à Pandora avec des moyens classiques ? On est donc pas si loin de la Terre que cela ?

- Humm… Intéressante question. On ne m'a rien dit mais j'ai ma petite idée. De toutes façons ou que l'on soit, personne ne pourrait rentrer à pied conclut Grace.

Le GraMaCar entra dans un grand hangar dont les portes furent refermées après notre passage. Les pandoriens avaient des guetteurs et surveillaient le moindre des mouvements. Les vitres sans teint du GraMaCar nous protégeaient de leur regard mais lorsqu'il fallait sortir de l'engin, on devait se cacher. Hors de question qu'ils surprennent des avatars en bon rapport avec des humains.

Le hangar était plein de machines diverses. Une très grande et curieuse structure était en construction dans le fond de cette énorme salle. Elle devait jouer un rôle très important mais je ne le savais pas encore. Un personnel nombreux s'y affairait et nos avatars firent sensation devant ces gens qui vivaient cloîtrés dans cette base depuis des années. Des blagues salaces fusèrent aussi, ah l'ambiance caserne !

On passa un sas et on se retrouva dans la partie pressurisée de la base. L'air terrestre y était reproduit. Si les humains ne pouvaient pas respirer l'atmosphère de Pandora, les créatures indigènes pouvaient rester elles assez longtemps dans un air de type terrestre.

Les plafonds de cette zone étaient par contre plutôt bas et on devait se courber voir se mettre à quatre pattes, surtout pour franchir des portes. On fini par entrer dans une salle beaucoup plus grande et constituée d'un dôme gonflable.

Le général Walker Bush nous attendait avec à ses cotés Peter Goertzel. Grace m'avait résumé rapidement la personnalité du militaire : un robot !

Le général était grand, pour un humain, il avaient des yeux bleus et des cheveux ras grisonnants. Il avait un certain charisme renforcé par son bel uniforme. Avec toute la rigueur militaire il nous salua et il commença son discours :

« J'ai servi dans toutes les guerres que les Etats Unis ont menés depuis 1975. J'ai obtenu toutes les décorations possibles. Le président en personne m'a honoré en me confiant la plus ambitieuses missions de ma carrière. Voilà trois ans que je me bat pour tenir les délais et les objectifs qu'il m'a fixé. J'ai bâti la base Alpha ainsi que toutes les autres établissements sur Pandora. Le dernier point est d'établir un traité de protectorat avec les indigènes. Ainsi les USA auront le monopole de l'Unobtainium et un avantage déterminant en matière énergétique, dans les transports et sur le plan stratégique. »

Savait il que je n'étais pas américain ? Les visées impérialistes de l'Oncle Sam ne me motivaient pas vraiment.

« On avait commandé 20 avatars. Il n'en reste plus que trois dont un n'est pas vraiment opérationnel. C'est donc sur vous deux que repose tous les efforts et les sacrifices déployés jusqu'ici. Il faut nous entendre avec les pandoriens et il nous faut un traité !

Eric Connor vous êtes celui qui a reçu les meilleurs résultats. C'est vous qui irez en premier car nous n'avons pas le droit à l'erreur. Votre but sera de vous faire passer pour l'un d'eux, pour apprendre leur langue et leur coutume. Ensuite dès que nous pourrons communiquer avec eux, nous aviserons. »

Voilà c'était clair, c'était carré, c'était militaire. Mais franchement me faire passer pour un vrai pandorien, j'avais des doutes.

Suite à ce briefing on eu quelques instants pour discuter un peu. Mais le temps pressait, je dis au revoir à tous le monde sachant que je, enfin mon avatar, pouvais finir découpé en morceau par des indigènes suspicieux.

c) Largage :

J'ai récupéré les effets pris lors de la capture du sujet qui me servait maintenant d'avatar : un arc, des flèches, un poignard, une fronde, un pagne et divers parures. Tous de très beaux objets. On me montra aussi le film de la capture : un groupe de pandoriens se cachaient dans une foret assez loin d'ici. Mais on les avait localisés via des mouchards lâchés sur le site plusieurs jours à l'avance. Deux GraMaCar larguèrent de nombreux obus rempli de gaz anesthésiants. Il n'y avait plus qu'à cueillir les indigènes endormis.

Pour mieux me faire passer pour un pandorien enlevé, on donna un sédatif à mon avatar et on le plaça dans un filet accroché sous un GraMaCar. Et il s'envola vers une presqu'île rocheuse située un milieu d'un petit lac non loin de Hellgates. C'était à cet endroit que tous les pandoriens capturés étaient relâchés, quand ils étaient encore en vie.

Arrivé au dessus du site, le filet fut posé au sol, s'ouvrit et mon avatar roula dans l'herbe. L'engin reparti alors dans les cieux. Voilà j'y étais !

Je n'allais pouvoir compter sur aucune assistance active. En effet pour ne pas dévoiler ma couverture, aucune intervention directe n'allait être entreprise. Je ne bénéficiais que de conseils. Pour les premières heures, Grace Ripley, Peter Goertzel, et le général Bush en personne allaient me superviser.

d) Premier contact :

Etourdis par le sédatif, je ne pouvais me relever immédiatement. Couché sur le dos, la tête vers le ciel, je ne voyais que des insectes butiner les fleurs autour de moi. Pendant un temps il ne se passa rien puis...

- Ca y est un indigène vient vers toi m'avertis le contrôle.

Il s'approcha prudemment, la lance à la main. Puis il tata mon corps avec son extrémité et reparti aussitôt.

Je fini par reprendre mes moyens, je me suis relevé, il n'y avait personne.

- Il aurait du venir le chercher, c'est pas normal !

- Ils ont du flairer l'astuce. Je fais quoi ?

- Pas question d'abandonner, le plus proche village se trouve à 15 Km. On te guidera à travers la foret.

Je pénétrai alors dans cette foret. Avec tout ce que je savais sur cet endroit, j'étais sur mes gardes. Sans compter que les indigènes allaient peut être me tendre une embuscade. La première chose a faire était de recueillir le bon poison pour mes flèches. Il m'a fallu une demi-heure pour trouver la bonne plante et une autre demi-heure pour préparer la substance.

Ensuite j'ai commencé à m'enfoncer dans la foret en passant sur les branches et en évitant au maximum le sol, potentiellement infesté de prédateurs. Le contrôle me donnait la direction à suivre mais mon sens de l'orientation était suffisamment précis pour je puisse suivre le bon cap seul. Par rapport à New Alcatraz, il y avait des plantes inhabituelles et je les évitais prudemment. La végétation d'ailleurs était encore plus imposante.

Je me rapprochais du village, mais il n'y avait toujours personne. Pourtant le contrôle avait détecter du mouvement autour de moi.

Soudain j'entendis un bruit de feuillage. Au dessus un loup-vipère se jeta sur moi. Les ordinateurs du contrôle avaient la possibilité de déclencher des réflexes et ils envoyèrent une commande d'évitement à mon avatar. Ainsi le prédateur me loupa de peu mais je fus déstabilisé et je tomba de la branche sur laquelle j'étais. La chute fut rude mais la faible gravité, un air plus dense, un sol mou et un corps robuste limitèrent la casse. Je me releva immédiatement pour réaliser que j'étais cerné par ces salles bêtes : un piège ! Une seule solution la fuite ! J'ai brisé l'encerclement par au saut olympique et j'ai couru aussi vite que j'ai pu. La meute me poursuivait mais j'arrivai à les tenir à distance, jusqu'à quand ?

J'ai vu alors un arbre un peu isolé et je suis monté dedans. Les loups-vipères ont à leur tour essayer de me suivre mais je défendais mon refuge en les fouettant avec mon arc. Se sentant bloqués, ils ont cessés l'assaut et sont repartis. Mais c'était peut être une feinte.

- Le village n'est plus qu'à cinq kilomètres. Il faut y aller Eric !

- Je reprend mon souffle, OK ! Vous n'aviez pas vu ces salles bêtes ?

- On ne voit pas grand chose sous cette couverture forestière, désolé.

Après dix minutes je redescendais prudemment de mon refuge et je continua mon périple le plus discrètement possible.

Le terrain devenait maintenant extrêmement chaotique avec d'énormes blocs de rochers. J'avançais moins vite mais dans 30 minutes au plus je serais au village.

- Il y a quelque chose près de toi ! Surveilles ta gauche.

- Je ne vois rien. Qu'est ce que c'est ?

- C'est sûrement une grosse bête. Dans un terrain aussi accidenté, il y a des chances pour que ce soit un thanator.

Sur ce mot, mon sang se glaça. Vite il fallait fuir, encore ! Je sauta alors vers la droite et aussitôt l'énorme animal, réalisant qu'il avait été découvert, bondit et se lança à mes trousses.

Je courrais, sautant de rochers en rochers et jetant un œil de temps en temps sur mon poursuivant. Lui décocher une flèche empoisonnée, pas le temps ! Ou alors grimper dans un arbre ? C'est ce que je fis et le thanator s'arrêta net. Mais de ses deux pattes avant il commença à labourer le tronc. A dix mètres du sol, je préparais mon arc mais pour une raison inexplicable je fis tomber la première flèche.

Le tronc entaillé céda sous les assauts du monstre et je fus projeté sur le sol. Juste après je sentis une pression immense sur mon dos. Une grosse patte m'avais plaqué au sol. Je sentais les griffes, l'haleine, et la bave de l'animal sur moi. Il allait me dépiauter en petits morceaux. Allait il commencer par les membres ou directement par la tête ? Ou alors s'en prendrait il au buste ? J'espérais que le contrôle allait couper le lien assez rapidement et sans trop de dommages. En tous cas mes superviseurs étaient silencieux, sans doute consternés par une fin aussi rapide et l'échec de tous leurs espoirs. Ma mission était terminée. J'allais repartir avec 1 200 000, c'était pas si mal. Mais combien de temps allait il falloir attendre pour rentrer sur Terre ?

Mais à ma grande surprise, je ne fus pas dévoré. Je vis les jambes d'un pandorien s'approcher de moi. C'était en fait une chasseresse à l'allure farouche mais plutôt séduisante si je n'avais pas été dans une situation aussi inconfortable. Elle se mit à parler dans sa langue incompréhensible. Puis elle examina mon corps et mes équipements sans que l'énorme prédateur ne relâche sa pression.

Après un moment elle regarda le thanator et prononça quelques mots sèchement. L'animal retira sa patte et recula légèrement. Ouf sauvé !

Je me retournais et elle examina mon ventre, les lignes de photophores morts de mon corps l'intriguait. J'ai alors bredouillé quelques mots « Tawtute, Tawtute » en me tapant la tête avec le poing. Je voulais lui faire comprendre que les humains m'avaient fait des choses à la tête et que je ne pouvais plus parler ni comprendre.

Elle appela alors son énorme animal et monta dessus. Puis elle me tendit la main, m'invitant à la rejoindre. Après un moment d'hésitation je m'assis derrière elle. Le thanator bondit alors et j'ai du me cramponner fort à sa cavalière pour ne pas tomber. Ce contact direct, l'odeur de ses cheveux, m'apportèrent un bien être absolu après avoir connu une peur terrible. J'étais le premier humain à avoir communiqué avec un pandorien.

- Très bien Eric, c'est parfait.

J'entendais les gens du contrôle exulter.

e) L'arbre village :

En quelques minutes on arriva au pied d'un immense arbre. C'était à l'intérieur que se trouvais le village que je souhaitais atteindre. Le thanator s'arrêta à la lisière de la clairière qui entourait le colosse végétal.

- Ne Kllte ! dit la cavalière.

- Hein ?

D'un geste brusque elle me fit tomber au sol. « Ne Kllte » voulait sûrement descends ! Mon apprentissage commençait, avec une certaine brutalité.

Ensuite elle se mit derrière moi et m'invita à rejoindre l'arbre village. Je m'exécutais sans délais. D'un ordre sec, elle ordonna à sa monture de rejoindre le couvert de la foret.

Arrivés au pied de l'arbre des pandoriens armés sortirent et nous interpellèrent. Là mon accompagnatrice, la « Tigresse » comme je venais de la surnommer, m'ordonna de rester sur place et elle alla à la rencontre des autres indigènes. Après quelques échanges vifs, elle bouscula l'un des guerriers et pénétra d'un pas rapide dans le village.

Je suis resté planté là quelques minutes. Les gardiens du village fixaient le moindre de mes gestes, ils gardaient aussi leur armes à la main. Pendant ce temps j'ai regardé autour de moi. L'arbre était vraiment immense, on m'a dit que celui ci dépassait les 250 mètres, un vrai gratte-ciel.

Enfin mon amie la Tigresse reparue et m'entraîna à l'intérieur du village. J'étais dévisagé par les habitants qui se massaient autour de moi. On s'arrêta devant deux personnages richement parés. Ce devait être le couple dominant. Je leur fis un salut plus ou moins imité des vidéos capturés par les mouchards. La Tigresse eu une discussion particulièrement vive avec les deux dirigeants. J'imaginais qu'il parlait de moi et que les avis étaient partagés.

Puis la femelle dirigeante se dirigea vers moi et me regarda sous toutes les coutures. Je ne bougeais pas. Les photophores de mon ventre l'intriguait particulièrement. Elle planta alors une petite pointe dans ma chaire. Elle sentit puis goutta le sang. Apparemment ils avaient de gros doute sur mon identité. Et effectivement des robots n'auraient pas fait longtemps illusion.

Elle m'adressa aussi la parole et je ne compris rien bien entendu. Alors je lui fis mon numéro de « Tawtute » en me tapant sur la tête. Cela ne la fit pas rire, sans doute que je passais maintenant pour un débile. D'ailleurs était ce vraiment si amusant que ça d'avoir été lobotomisé.

« Za'u » dit elle. J'avais déjà entendu ce mot. Cela voulait dire sans doute viens. Alors je la suivi. On monta dans les étages du village. En effet le tronc de l'arbre géant était creux et à l'intérieur les habitants avaient bâtis des platte-formes en bois reliées par des passerelles et des échelles. J'avais quelques inquiétudes au sujet du lien radio. On m'assura que le signal ne serait pas stoppé par la masse de bois.

On s'arrêta à l'une de ces platte-formes. Il y avait au sol des dizaines de statuettes en bois. La chef les regarda puis en pris une. Elle avait le même dessin que celui des photophores morts de mon ventre. Je compris alors que toutes ces statuettes représentaient chacun des pandoriens enlevés par les humains. Et les lignes ventrales étaient un signe distinctif à chaque individu. D'ailleurs j'observa que ceux de la chef étaient particulièrement longs et complexes alors que ceux des enfants étaient très court. Alors évidemment mon cas, avec seulement deux points actifs, était totalement inhabituel.

Elle confia la statuette à l'un des gardes et lui donna un ordre court. Il parti sur le champ. Ensuite elle se tourna vers moi d'un air apaisé et se fit rassurante.

f) A l'école des Na'vis

On me dirigea ensuite vers un cours d'eau jouxtant l'arbre-village. Visiblement j'avais besoin d'une bonne toilette, ma chevelure était en bataille, j'avais de la terre un peu partout et je sentais l'humain.

On s'occupa de moi avec la plus grande douceur et attention. On défit et refit patiemment les nombreuses nattes de mes cheveux. J'en profitais aussi pour essayer d'apprendre un maximum de mots. Ainsi en une heure j'avais réuni tous le vocabulaire lié à l'anatomie. On connaissait aussi le vrai nom des pandoriens, ils se nommaient Na'vi. Derrière moi, le contrôle, traitait et archivait toutes ces informations.

Dans le cours d'eau, la Tigresse, faisait aussi sa toilette. Mais elle était seule et à l'écart. On m'appris son nom : Sylwanin. Elle était « Palulukan makto » ce qui était apparemment très prestigieux.

Je poursuivi ensuite la journée en me baladant un peu partout dans l'arbre-village qu'il nommait « Kelutral ». Je continuais toujours à emmagasiner un maximum de mots. En tous dans la journée, j'avais du en apprendre 300 ! Toutefois j'étais loin de tous les maîtriser à l'inverse des ordinateurs qui cataloguaient tout très rapidement. Encore dix jours comme celui ci et une grande partie de la langue des Na'vi serait décodée.

Sylwanin, la Tigresse, me suivait dans mes déplacements, toujours à l'écart mais toujours attentive.

Le soir, lors du repas cérémonie, on m'installa parmi les couples. Je devais, enfin mon avatar, devait donc être marié. A moins que ce soit une place d'honneur ? Par contre Sylwanin s'installait parmi les célibataires. Elle n'avait sans doute pas encore trouvé de compagnon à sa hauteur.

J'essayais de respecter les règles de bienséances apprises sur New Alcatraz. Mais elles étaient assez complexes et j'ai commis des erreurs. On me le fit remarquer gentiment mais sans délais. Les récits que comptaient les « animateurs » étaient incompréhensibles pour moi mais lorsque ce fut le tour de Sylwanin, j'ai plus ou moins compris qu'elle parlait de notre rencontre.

Dans cette assistance j'ai pu observer que la plupart des membres étaient soit des adultes relativement jeunes, soit des enfants qui auraient eu entre 8 et 12 ans si ils avaient été humains. Il y avait très peu de très jeunes enfants, d'adolescents et aucun vieillard. Ils avaient tous l'air en bonne santé.

Pour la nuit on me prêta un hamac et je pu enfin prendre une pause après cette journée pleine de rebondissements.

Le neuf jours suivants furent un moment particulièrement intense. J'ai appris un maximum de vocabulaires et grâce aux concours des ordinateurs j'ai pu commencer à communiquer d'une façon efficace. J'ai ainsi appris mon nom Na'vi, ou au moins le nom de mon avatar, Ratlaw. J'ai aussi assimilé plusieurs de leur coutumes et habitudes de vie. Toutefois je ne quittais pas le Kelutral, pas question de m'exposer aux dangers de la nature sauvage.

Ce peuple avait une conception toute particulière du temps. Ainsi sur Pandora on ne comptait pas les années comme nous, de toutes façon il n'y avait pas de saisons marquées. Pour savoir leur age, ils comptaient le nombre de photophores qu'ils avaient sur le ventre : tu as 22 « Zisit ». Et à chaque évènement de leur vie, avoir un enfant par exemple, de nouveaux embranchements apparaissaient sur leur ligne lumineuse. Ainsi les pandoriens avaient leur curriculum vitae qui s'inscrivait sur leur peau.

Comme un enfant d'un age apparent de 12 ans avait 4 photophores, on en déduisait qu'un Zisit faisait 3 années terrestres. Mais il y avait des enfants du même age qui avaient trois fois plus de points lumineux. Et certains adultes, qui pourtant semblaient jeunes, avaient au bas mot 50 points donc 150 ans ! Quelque chose nous échappait encore.

Les Na'vi ne maîtrisaient pas le travail des métaux mais s'avéraient des artisans et artistes extrêmement doués. La sculpture de petits objets, le tissage, la fabrication d'armes, le chant, la cuisine aussi, n'étaient jamais traité avec légèreté. En fait chaque individu possédait une vaste gamme de talent et était très polyvalent. Ils étaient sans doute bien plus intelligent que les humains, surtout au niveau de la mémoire. L'étude de leur cerveau, deux fois plus complexe que celui de l'homme, le confirmait.

Leur mœurs étaient généralement douces et respectueuses. Ils cherchaient toujours à préserver une harmonie ou chacun savait ou était sa place. Jamais ils ne provoquaient, ne mentaient, ne se moquaient. Il avait une forme d'humour qui respectait ces principes et n'était jamais vulgaire. Si il y avait des conflits, c'était pour des divergences de points de vue, par exemple savoir ou aller chasser. Pendant ces disputes, on baissait les oreilles, on montrait les crocs, on haussait la voix, parfois même on se bousculait. Si la décision tardait à venir, des individus plus valeureux tranchait. Une fois la décision prise, chacun obéissait et les rancœurs disparaissaient immédiatement.

La société Na'vi aurait fait plaisir aux féministes. Ici globalement l'égalité homme femme existait. Toutefois les femelles semblaient plus spécialisées vers les activités religieuses et les males vers l'artisanat et la chasse. Les Tutee, ainsi se nommait les femmes Na'vi, semblaient peu encombrées par la maternité. Sur les 80 du clan, qui comptait autour de 200 membres au total, il n'y en avait qu'une seule enceinte.

Les Na'vi croyaient en une divinité unique qu'ils appelaient Eywa. Elle pouvait prendre plusieurs formes car elle était partout et était la force vitale de leur monde. Elle agissait sur la vie de chacune des créatures de Pandora. Le plus grand cadeau d'Eywa pour un Na'vi était d'avoir un enfant. C'était la récompense pour sa valeur qui se mesurait dans sa capacité à connaître et à savoir utiliser au mieux les ressources de ce monde.

J'étais bien parmi eux même si je sentais ma condition instable et que je devais sans cesse rendre compte au contrôle. Cette sensation d'être regardé des deux cotés était pénible. Je donnais aussi des signes d'épuisement, surtout mon corps humain. Pour tenir le coup on m'avait administré des drogues mais cela ne pourrait pas durer bien longtemps. Toutefois le travail accompli était déjà considérable.

Le dernier jour ma maîtrise de la langue devient suffisante pour que je puisse répondre à leurs questions. Car ils voulaient savoir, Sylwanin étant la plus insistante, ce que j'avais fait chez les Tawtute. Je leur ai expliqué que l'on m'avait appris de force leur langue en « m'ouvrant la tête » et que c'était sans doute pour cette raison que j'avais perdu la mémoire. Je leur ai aussi appris que les humains disaient qu'ils ne voulaient pas la guerre et étaient prêt à devenir nos amis. Cela les laissait sceptiques. Enfin et pour gagner du temps, j'ai annoncé qu'on m'avait montrer des choses « compliquées » qui demandaient de bien maîtriser la langue pour être expliquées.