Chapitre IV, le Démon

Résumé :

D'un coup tout semble compromis pour Eric. Qu'adviendra t'il si sa condition d'avatar est découverte ? Peut il faire confiance à la mystérieuse Sylwanin ?

Pendant de temps là les humains poursuivent leur mystérieux projets.

a) Retrouvailles :

Au dixième jour, on était vers la fin de l'après midi, une agitation se répandit dans le Kelutral. Un groupe de six Na'vis chevauchant des Palis, nom indigène des équidius, se présentait. On m'annonça que ma femme, mon épouse Na'vi, venait d'arriver. Ainsi c'était elle qu'on était allé chercher le jour de mon arrivée. C'était un moment délicat, il risquait de se passer des choses imprévues.

Avec le contrôle, on décida de jouer le jeu de l'amnésie totale. Donc cette dame, nommée Marali, me fit face alors que tout le clan était regroupé autour de nous. Je ne la reconnaissais pas bien évidemment et je la laissa s'approcher.

« Oe kame nga », je te ?, me dit elle en posant ses mains sur mes épaules. Je ne savais quoi répondre. Alors je lui dis que mon esprit avait été maltraité, que j'allais devoir tout réapprendre. Elle me pris alors dans ses bras et murmura des choses que j'avais du mal à comprendre. J'avais pitié pour elle. Elle croyais avoir retrouvé son compagnon mais ce corps était mort, ce n'était qu'une marionnette. J'avais honte de ce qu'on me demandait de faire.

Après ces tristes retrouvailles, la chef nous invita à une cérémonie. Les membres du clan s'assirent tout autour de nous puis entonnèrent un champ doux et étrange. Moi et ma « femme » on s'assit face à face.

Une certaine tension envahit le contrôle : « laisses toi guider mais fait très attention. Surtout ne pense a rien d'humain ».

Elle pris alors l'extrémité de ma natte et la dirigea vers la sienne. C'était clair elle voulait faire le lien entre nous.

Au contrôle c'était l'affolement. Jamais cela n'avait été tenté, qu'allait il se passer ? La supercherie allait elle être découverte ?

Lorsque les filaments s'unirent, je sentis un frisson me parvenir jusqu'à la tête. Elle me dis alors : « Ton esprit est enfumé, il est plein de peurs, ou est tu ? »

Elle avait raison, j'étais littéralement figé de terreur. Elle commençait à pénétrer mon esprit, je le sentais.

Soudain elle retira sa natte et rompit ainsi le lien. Puis elle se jeta en arrière loin de moi et me pointa du doigt :

« Démon ! Démon Tawtute ! C'est le corps de mon aimé mais un démon Tawtute a pris la place de son esprit ! »

- Rien ne fais rien me répétait le contrôle !

« Il faut tuer le démon ! Il faut tuer le démon ! » reprit en cœur l'assistance. Plusieurs Na'vis que j'avais côtoyé amicalement quelques minutes avant, sortaient leur couteau.

- Est ce qu'on a le temps d'entreprendre une procédure d'extraction demanda le général Bush ?

Mais Sylwanin bondit et s'interposa avec une agressivité qui fit reculer ceux qui étaient près à me trucider :

« Il n'est pas dangereux. Il est faible et stupide comme les esclaves Tawtutes. Le tuer ne sert à rien, il peut nous apprendre beaucoup. Et nous pourrons vaincre ! »

Le chef pris la parole :

- Sylwanin la brave, lorsque nous devrons affronter les Tawtutes, Eywa nous enverra Toruk Makto. Et rien ne pourra l'arrêter. Tu le sais bien. Ce démon ne nous apprendra rien et il nous espionne peut être.

- Oh chef, les Tawtutes sont bien plus redoutables que vous ne le pensez. Depuis tout ce temps Eywa n'a pas encore trouver le moyen de vaincre. Et les envahisseurs développent leur emprise de plus en plus.

- Alors prend ce démon avec toi et part. Nous ne le voulons plus ici.

Cette discussion argumentée s'était fait un ton très agressif avec force gestes et mimiques bestiales. Mais finalement une solution avait été trouvée.

Sylwanin me releva, me dépouilla de toutes mes parures. Ensuite elle me mit à genoux et d'un coup de poignard trancha ma natte proche de la racine. Il s'ensuivit une douleur atroce qui fut amortie par les ordinateurs de contrôle. Elle rendit parures et natte à mon « ex-femme » Marali : « tu peux faire ton deuil ! Il est mort. ».

Puis elle pris quelques affaires et me traîna en dehors du Kelutral.

b) Le démon :

Elle appela son Palulukan et nous grimpâmes dessus. Sylwanin était Palulukan Makto c'est à dire Chevalier Thanator. Elle avait réussi à dompter un de ces monstres et désormais elle était uni à lui par une sorte de lien psychique exclusif. Il paraît que c'était très difficile, rare et donc très prestigieux.

Sans dire un mot, elle me conduisit dans la foret. L'animal sans courir, allait quand même vite et je m'accrochais comme je pouvais. Ce répit donna le temps au contrôle d'élaborer plusieurs scénarii. Finalement ils ont décidés que je devais maintenir ma couverture et défendre que j'étais un vrai Na'vi.

Puis elle nous dirigea vers l'entrée d'une vaste grotte. Il y avait un risque de coupure du lien radio. Alors je lui dis : « S'il te plait, pas dans la grotte ! »

Aussitôt, elle me fit tomber de sa monture, descendit et me frappa : « Démon, tu prendras la parole quand je t'autoriserai ! »

Elle était effrayante mais je lui répondis quand même : « Si je vais trop loin dans cette grotte, je meurs ! »

Elle se calma : « Alors on ne dépassera la partie éclairée par la lumière du jour. ».

La bonne nouvelle c'est que ma vie avait encore de la valeur pour elle.

La bouche de la grotte était couverte par un tapis de mousse plutôt confortable bien qu'un peu humide. Des plantes diverses et éparses poussaient sur les parois. Leur bioluminescence éclairait les zones les plus sombres. Au milieu coulait un ruisseau à l'eau limpide. Sylwanin me désigna un endroit pour m'asseoir. Ensuite elle fit venir son Palulukan jusqu'à moi. J'avais sa gueule au niveau de mon visage. Alors il sorti son énorme langue et me lécha la poitrine et le visage.

- Pouah !

- Ne te nettoie pas avant notre retour. On part à la chasse et on te laisse seul. Avec cette odeur, aucun animal n'osera t'approcher.

Douce attention de sa part ! J'étais de nouveau seul.

Je tâtais le moignon de ma natte. Il avait séché et ne saignait plus. Allait elle repousser comme mon oreille ? Sans cet organe, un Na'vi était vraiment handicapé. J'étais toujours désolé de voir ce corps d'emprunt blessé.

Mais dans l'immédiat que faire ? La décision de rester avait déjà été prise et comme j'étais épuisé, le contrôle m'autorisa à dormir.

Pas longtemps…

- Réveilles toi, elle revient me souffla le contrôle.

La nuit était tombée et en effet elle était revenue. Sa monture tenait une sorte de biche dans sa gueule. La cavalière et sa bête se mirent alors à la dévorer sans aucune préparation. Puis Sylwanin me lança une cuisse de la carcasse ainsi que quelques fruits ratatinés.

- Manges !

Elle me traitait comme un chien. Je la trouvais très bestiale dans son comportement. Ici dans la foret, elle se comportait d'une façon bien différentes des Na'vis du Kelutral.

Après avoir achevée son repas, elle se dirigea vers la rivière pour enlever tout le sang qu'elle avait sur son corps. Je me levais pour l'aider mais elle m'ordonna de rester assis. Enfin elle vint vers moi.

c) Discussion :

- Maintenant dis moi qui tu es vraiment !

Voilà il allait falloir encore sortir un gros mensonge. Je ne le sentais pas mais j'avais des ordres. Alors j'ai décidé de dire une demi vérité. Le général était parti en réunion et sans lui j'arrivai à retrouver un certain courage.

- Je suis… Comment dire… C'est vrai tu as raison, à l'intérieur de corps, il y a un esprit Tawtute.

Le contrôle mis un court instant à comprendre ce que je venais de dire dans la langue Na'vi. Je les senti s'étouffer mais Grace dit qu'après tout c'était pas plus mal.

- Comment est ce possible questionna Sylwanin sur un ton menaçant ?

- Les Tawtutes ont de grands pouvoirs. Mais je ne suis qu'un simple exécutant, je ne connais pas les détails.

- Que viens tu faire ici ?

- Mon but est d'apprendre votre langue et vos coutumes.

- Pourquoi ?

- Pour parler avec vous. Pour que l'on mette fin à toutes ces morts inutiles. Et que chacun vive en paix sur ce monde.

- Vous n'avez pas votre place ici ! Vous devez partir !

- Peut être mais c'est pas moi qui décide.

Sylwanin se retourna et s'éloigna. Puis elle revint à la charge.

- Si tu es un Tawtute, tu dois savoir comment les vaincre !

Etait elle naïve ? Pensait elle vraiment que j'allais trahir les miens ? Imaginait elle que j'allais lui sortir de nouveaux mensonges ? Ou était ce un test ?

Je pris un caillou sur le sol. A l'intérieur il y avait un éclat d'Unobtainium. Je lui montra la pierre :

- Tu vois, les Tawtutes sont là pour cette pierre et rien que pour ça.

- C'est le sang de Eywa. Que peuvent ils en faire ?

- Cela sert à faire fonctionner des machines, des outils, des armes. C'est très précieux pour eux.

- Et bien ils en prennent et ils repartent.

Sylwanin n'imaginait pas que les choses fussent aussi compliquées.

- Ce serait trop simple. Le clan Tawtute qui m'envoie veut aussi que les autres clans de leur monde n'aient pas accès aux richesses de ton monde. Alors il doit l'occuper.

- Nous les chasserons !

J'éclata alors de rire ce qui m'a valu un crochet au visage et un placage sur le sol.

- Démon, tu nous prend pour des lâches et des faibles. Regardes toi !

- Je suis… Je ne suis qu'un simple pion. Par la force vous n'arriverez à rien, le chef le sait et te l'a dit. Vous devrez vous y faire. Les Tawtutes sont là et pour longtemps. Il faudra vivre avec eux.

- Des monstres qui détruisent tous voilà ce que vous êtes !

L'explication continua sur la façon respective dont on voyait les choses. Elle avait d'ailleurs un regard curieux sur l'humanité.

Ainsi elle pensait que le monde des hommes était fait de foret de métal et d'animaux de fer. Les UGV et les GraMaCar, ces robots et engins de guerres dont les Na'vis avaient très peur, étaient les seigneurs des humains. Ces derniers n'étaient que des esclaves travaillant à les entretenir. Quelle idée curieuse ? Mais finalement la plupart des colons passait leur temps à construire et réparer des machines. Ils étaient prisonniers d'un système qui les dépassait. Et c'était un peu pareil sur Terre.

Elle avait aussi beaucoup de mal à saisir le concept de robot. Des outils dotés d'une conscience propre, même rudimentaire, ce n'était plus des outils mais des êtres vivants.

Alors je lui ai expliqué que sur Terre il y avait des endroits qui ressemblaient à cette foret, qu'il y avait de nombreux animaux, que certains peuples vivaient comme eux. Que les humains n'étaient pas tous assoiffés de richesses (quoique ?) et qu'ils pouvaient aimer et respecter les Na'vis.

Sylwanin était surprise que l'on puisse avoir autant d'enfants qu'ils voulaient. Comment nourrir tous ces gens ? Je lui dis que c'était sans doute pour cela que les hommes inventaient de nouvelles techniques, de nouvelles machines et qu'ils allaient toujours plus loin.

Le terme vieillesse n'existait pas chez les Na'vis. Agé, expérimenté oui mais vieux dans le sens usé non. La mort arrivait par accident, prédation, combat, ou suicide parfois mais se voir dépérir physiquement et en mourir c'était effrayant pour elle. Les terriens étaient frappés d'un bien triste maléfice. C'était sans doute pour cela qu'ils étaient si peu respectueux des autres.

Puis je lui lança sans vraiment réfléchir à ce à quoi cela m'engageait :

- Apprends moi à devenir un vrai Na'vi.

- Tu n'est qu'un démon, tu ne peux devenir l'un des notre. Si je te laisse en vie, c'est déjà bien !

- Mais j'ai vu Eywa, elle m'a parlé.

- Comment peux tu dire des choses pareilles ! Tu cherches à me tromper !

- Mais c'est vrai !

Je lui expliqua alors mon expérience sur New Alcatraz devant le saule mystérieux.

- Eywa veux que tu sauves les Na'vis d'une destruction totale ? Quelle idée insensée. Tu as du mal comprendre.

Je lui montrai les deux photophores sur mon ventre qui étaient apparus suite à cette expérience.

- C'est pour cela que je ne t'ai pas tué lors de notre première rencontre. Ca ne prouve rien… Enfin peut être… Mais il y a bien un moyen de savoir… Si tu passes toutes les épreuves pour devenir un adulte, alors cela montrera que tu as la bénédiction d'Eywa et tu seras l'un des nôtres. En échange tu m'apprendras la langue des Tawtute. Et arrêtes de toucher le moignon de ta natte, elle repoussera. Il n'y a que la mort qui ne soit pas réversible.

Je lui aurais bien sauté au cou pour l'embrasser mais j'aurais sans doute reçu une nouvelle correction. Alors je jubilais intérieurement. Et les gens du contrôle aussi, surpris de l'habileté avec laquelle j'avais retourné la situation. On avait bien gagné plusieurs semaines.

d) Métamorphose

J'ai bien vite déchanté. J'étais tombé sur la Na'vi la plus dure et la plus exigeante de la planète. Elle était pire que le plus vachard des sergents instructeurs. En plus je n'étais pas au meilleur de ma forme. Mon corps humain frôlait la crise nerveuse, je commençais à faire de nombreux rêves bizarres ou je revoyais tous les événements de ma vie – humaine s'étend – , j'avais des vertiges et des pertes de connaissance ou je m'endormais à la moindre pause. Le contrôle me disait que c'était du à une nouvelle procédure qui visait à améliorer mes performances. Je leur ai dit qu'il faudrait peut être arrêter. Eux insistaient pour continuer, on me promit 1 million puis 2 millions de plus et que ça irait mieux bientôt. Et effectivement après une dizaine de jours mon état s'améliora peu à peu.

Sylwanin me nommait toujours « Vrrtep », Démon. Elle m'initia d'abord à la fabrication d'arme puisqu'on m'avait confisqué les miennes au départ du Kelutral. Le plus dur était la taille des pierres pour faire des pointes de flèches et de poignards. Ensuite elle s'appliqua à améliorer mon maniement de ces armes. Elle me montra aussi tous les secrets de la foret, les tabous et les rites à respecter. Les Na'vi considéraient que les animaux et les plantes, mêmes les plus dangereux, devaient être respectés car ils faisaient parti d'Eywa. Aucune mise à mort ne devait être injustifiée. Elle m'initia aussi au combat contre des animaux mais aussi contre des Na'vis, en l'occurrence elle même. Elle améliora ma maîtrise du « Tsahaylu », le lien mental, avec des animaux dès que ma natte eu repoussé ce qui pris 40 jours. Elle corrigea aussi mon vocabulaire encore partiel et mon accent affreux. Enfin elle m'appris à être moins niais et à prendre plus d'assurance.

Au début j'étais vraiment nul et je progressai très lentement. A chacun de mes échecs, elle prenait un air tantôt exaspéré, tantôt déprimé. Elle me traitait d'imbécile, de feignant, me bousculait, me frappait parfois. Elle me mettait dans des situations périlleuses en me laissant par exemple seul face à une meute de loup-vipères, en n'étant pas autorisé à en tuer un seul ! Lors des exercices de lutte, elle se déchaînait parfois et m'envoyait au tapis. Heureusement le contrôle amoindrissait les sensations de douleurs. Cette résistance à la douleur c'était bien la seule chose qui l'impressionnait chez moi. Toutefois cette brutalité avait clairement une vertu éducative, elle ne le faisait pas par plaisir. C'était aussi une façon de tester ma détermination.

A la fin de la journée, lorsque j'étais plein de bleus -violet sur la peau des Na'vis-, de courbatures et de blessures, cette peau de vache se montrait plus douce. Elle soignait quelques-unes de mes blessures et je lui apprenais la langue des Tawtutes, mon anglais matinée d'un gros accent français. Elle faisait des progrès rapide d'ailleurs.

J'arrivai parfois à la faire sourire lors de ces cours, elle fendait son bouclier et se confiait un peu. J'en appris ainsi sur la vie sentimentale des Na'vis. Ainsi ils ne ressentaient pas de désir sexuel, du moins pas avant d'avoir trouvé un partenaire. Ils devaient déjà désirer quelqu'un et il fallait que ce soit réciproque. Ensuite il faisait le lien mental entre eux via leur natte ce qui permettait de valider et sceller cette union. Elle durait jusqu'à la mort d'un des partenaires. Dans son cas elle n'avait jamais trouvé de partenaires qui lui plaise malgré plusieurs prétendants.

Malgré ces échanges, elle restait distante et évoquait peu son passé. Et pas question de manger avec elle ou de lui faire sa toilette, j'étais encore un démon.

Au bout du premier mois, je me mis à progresser plus rapidement. Au début du troisième mois, elle se montrait satisfaite de mes progrès et après presque cent jours elle me dit que j'étais bientôt prêt. Et c'était vrai je sentais que j'avais changé. Je n'avais pas seulement appris, acquis de l'habilité, je sentais que mon esprit était plus rapide, ma personnalité plus forte. C'était grisant mais je commençais à me demander ce qu'il allait resté de moi, mon vrai moi, au terme de cette expérience.

e) Promenade :

Un jour Sylwanin m'emmena avec elle faire le tour des implantations humaines dépendantes de Hellgates. On était accompagné en permanence de son Palulukan. C'était un moyen de locomotion commode qui avait aussi l'avantage incommensurable de faire fuir tous les prédateurs. L'animal avait avec moi le même comportement que sa cavalière. Agressif et méprisant début, il était maintenant plus amical et prévenant, pour autant qu'un Thanator puisse l'être.

Hellgates était au centre d'un réseau de routes qui parcourait tous le bassin ou la base était établie. Routes étaient d'ailleurs un bien grand mot, chemins carrossables étaient plus adapté. Par contre elles étaient très large et la forêt sur 50 mètres de chaque coté avait été rasée pour prévenir les attaques surprises. Ces voies s'arrêtaient au pied des montagnes qui formaient le cirque. Au delà c'était la vie sauvage.

Il y avait seulement deux implantations périphériques à la base. La première était une mine d'Unobtainium. Elle était presque entièrement souterraine ce qui évitait les rencontres avec la faune locale. L'activité visible se limitait à la rotation des Dumpers qui évacuaient les gravas vers un terril qui grossissait de jour en jour. Ces engins devaient être télécommandés ou automatisés car il n'y avait personne à bord. Un GraMaCar et deux UGV surveillaient les parties extérieures du site. En fait on ne voyait pratiquement jamais un seul humain. Les ouvriers qui faisaient les trois huit rejoignaient Hellgates enfermés dans des camions blindés encadrés par deux UGV et survolé par un GraMaCar.

Sylwanin avait notée chacun des types de mouvements et identifiés le rôle et le danger de chacune des machines. Elles avaient semble t'il d'autres idées mais se gardaient bien de me les communiquer. J'étais encore un ennemi potentiel.

La seconde implantation était très semblable à la première. Une porte blindée donnait accès à une galerie de mine qui était percée dans une petite montagne. Par contre une route faisait le tour de cette montagne et l'isolait du reste de la forêt. Laissant le Thanator derrière nous, on s'enduisit de boue et on franchit la route en rampant dans les grosses flaques boueuses qui la parsemaient. Ensuite on escalada la montagne et elle me montra, sortant du rocher, un gros dôme de métal peint en vert :

« Sur l'autre mine il n'y a pas ces choses. Qu'est ce que c'est ? »

Ces machins faisaient plus penser à des bunkers de la ligne Maginot qu'à une installation minière. Mais je n'en savais pas plus. Le contrôle n'en savait apparemment rien aussi, de toutes façons j'avais pour ordre de ne rien révéler de stratégique. Mais l'arrivée inattendue du général Bush me fit penser qu'on touchait là à quelques choses de particulièrement sensible.

- Dites lui que c'est un orifice de ventilation m'ordonna le général.

- Sans ouvertures ? Elles ne va pas me croire !

- Alors dites que vous n'en savez rien !

Cette réponse sembla décevoir Sylwanin. On se dépêcha alors, mais toujours en silence, de rejoindre la forêt.

f) A Hellgates

Lorsque mon avatar après une journée d'activité non stop pouvait enfin se coucher, mon corps humain avait le droit enfin de se lever. Je faisais peur à voir avec mon teint lavabo, mes muscles atrophiés, mes bourrelets de graisses, mes douleurs musculaires, mes valises sous les yeux et mes cheveux en bataille. Je n'osais même pas imaginer la réaction de Sylwanin si elle se retrouvait un jour placée devant cette réalité.

Par dessus tout j'avais une furieuse envie de dormir. Je me débarbouillais un minimum, j'avalais une grosse plâtré de nourriture et j'essayais de faire un minimum d'exercice. Je m'efforçais d'écrire à ma famille. Mais le mieux que je pouvais faire c'était dire « Bonjour, beaucoup de travail, super mais épuisant, je vous embrasse, A+, Eric »

Angéla, enfin son avatar, était retournée à New Alcatraz car elle s'ennuyait ferme bloquée à Hellgates. Mais je restais en contact avec elle tous les jours. Elle avait pris une place importante auprès de Grace Ripley et maîtrisait très bien le Na'vi. Quant à Pierrette on avait réussi à la remettre dans le circuit et elle s'intéressait maintenant beaucoup au mode de vie des indigènes.

Plusieurs baraquements plus loin, voici une discussion à laquelle je n'avais pas assisté mais qu'on m'a rapporté bien après :

- Général Bush ou en êtes vous ?

- Monsieur le sous secrétaire d'état, votre venue m'honore. Mais je devine que vous n'avez pas fait le voyage pour voir du paysage. Sachez que nous tenons nos délais. La mine d'Unobtainium produit son quota. Le bunker avance aussi vite que nous envoyez les pièces. Le GraMaHammer sera bientôt en phase de test.

- Là vous avez deux mois de retard !

- Moi je ne suis pas scientifique. Alors je ne prends aucun risque quant on me dit que si ce dispositif est mal réglé, on peut faire sauter toute la planète.

- Cette arme est la bombe atomique du XXIe siècle. Il est important de savoir si elle peut fonctionner.

- Demain je pourrais ordonner un test.

- Parfait général. Et pour le projet Alpha du Centaure.

- L'assemblage de l'engin se poursuit. Mais nous avons un grand nombre de pièces défectueuses. Vous devez secouez vos fournisseurs. Je vous fournirai un dossier complet.

- Ce projet est moins prioritaire. Mais il sera important de savoir ce qui se passe là-bas. Et en ce qui concerne le traité avec les indigènes ?

- On a totalement décodé leur langue et le gros de leur coutume. On a un petit gars qui fait un travail formidable. Si il va jusqu'au bout nous aurons bientôt un allié précieux chez les pandoriens.

- Mais on n'a encore aucune date de fixée.

- Non. Nous sommes dépendant du bon vouloir de ces indigènes. C'est de la politique, vous devriez savoir que c'est toujours délicat.

- Tout au plus nous pourrons maintenir le secret deux ans ! Il y a des fuites et on se demande si les chinois ne sont pas déjà au courant.

- Il y a aussi des élections. Je connais la musique. Si le vice-président veut des beaux indigènes sur son affiche, alors il nous faut du temps. Je ne peux pas faire autrement ! Sinon on peut toujours les gazer.

- Bien général je vous fais confiance. Dès que j'aurais vu une démonstration du GraMaHammer.

- Vous aurez votre tir mais ne doutez pas de ma détermination. Car M. le sous secrétaire je crois en Dieu. Pandora, d'après les scientifiques, constitue une anomalie qui défie la rationalité. Je suis convaincu que la providence a placé ce monde ici dans notre attention. Il nous permettra de réaliser tout ce qui est important à nos yeux et voilà pourquoi je me battrai jusqu'au bout…