Chapitre V, Iknimaya

Résumé :

Après en avoir bavé pendant trois mois auprès de Sylwanin, Eric est enfin prêt à achever son initiation. Pourra t'il devenir un vrai Na'vi et quitter sa condition de démon ?

a) Feu d'artifice :

Mon avatar, Sylwanin et son Palulukan avions entrepris une marche vers le pole nord de Pandora pour achever ma formation. Pour la nuit, on avait trouvé un abri entre deux rochers.

Soudain un bruit de tonnerre me réveilla en sursaut. Dans le ciel il y avait une sorte de panache de lumière semblable à celui d'un feu d'artifice. Ma voisine, son animal et les autres animaux de la foret s'agitaient eux aussi.

- Le tonnerre des Tawtutes me cria Sylwanin ! J'ai déjà entendu ce bruit lorsqu'ils ont détruit la foret pour établir leur base.

Ce qu'il y avait de curieux c'était que l'explosion avait eu lieu très haut dans le ciel. Peut être était ce un essai ?

- C'était peut être une bombe à l'Unobtainium répondis je.

- Le sang de Eywa est fait pour donner la vie, pas la mort ! Vous êtes maudit !

Je ne su pas quoi lui répondre.

b) Iknimaya :

A mesure que l'on progressait vers le pole nord, le soleil s'abaissait sur l'horizon. Il projetait une lumière de plus en plus orange donnant l'impression d'un coucher de soleil permanent. Il faisait un peu plus froid, surtout la nuit, mais sans que cela soit bien sensible. La végétation se faisait moins dense, surtout au fond des vallées et sur les versants à l'ombre. La gravité augmentait aussi sensiblement. Mais le plus étonnant c'était les énormes blocs flottants. Ils étaient de plus en plus nombreux. On les entendait parfois s'entrechoquer et des débris en tombaient. Il ne fallait pas se trouver en dessous et donc on surveillait constamment leur mouvement. C'est le bruit produit pas ces chocs que l'on nommait Iknimaya.

Bien au dessus de nous on devinait le GraMaCar qui assurait le lien radio avec mon avatar. Il zigzaguait pour éviter que le faisceau ne soit couper par un bloc flottant. Sylwanin l'avait repéré et elle m'avait fait remarquer que « mes maîtres me surveillaient ». Mais ça n'avait pas l'air de l'inquiéter.

De temps en temps, elle montait prendre de la hauteur, soit sur un arbre, soit sur un piton rocheux. Elle poussait des petits cris aiguës mais perçant qui portait loin, attendait quelques minutes puis redescendait. Qu'est qu'elle faisait ? Je n'osais pas lui demander mais j'adorais ces sons qui me faisait de doux frissons.

- Inutile de fantasmer Eric, me dit Peter Goertzel, cette fille tu l'auras jamais.

Ce gars voyait dans mon esprit comme dans une boule de cristal.

- En tous cas j'ai plus de chances que toi lui répliquais-je.

Puis à un moment j'ai compris à quoi rimait ce manège. Alors qu'elle venait de faire une nouvelle vocalise, un Banshee se détacha du ciel puis fondit vers nous. Je me suis caché derrière un rocher mais l'animal se posa à coté de Sylwanin. Elle lui caressa la tête, l'enfourcha, connectant sa natte à une de ses antennes. Et ils s'envolèrent me laissant seul avec le Palulukan qui poussait des grognements. Je m'éloigna un peu de lui selon les consignes qu'elle m'avait donné, les Thanators même domestiqués étant parfois imprévisibles. Je l'attendis plusieurs heures tandis que le contrôle suivait sa trace.

- Elle à l'air de bien s'amuser à se faufiler entre les blocs flottants. Mais voilà maintenant elle semble revenir.

Et effectivement elle revint vers moi. Elle posa son Banshee sur une falaise un peu au dessus et sauta au sol. Elle donna quelques instructions au Palulukan pour qu'il s'éloigne et laissa son volatil géant descendre vers moi.

« Voilà c'est mon Ikran, je suis lié à lui depuis longtemps, avant mon Palulukan. Je l'ai laissé retourner ici car je ne peux m'occuper de ces deux montures en même temps. Ne t'approches pas trop, les Ikrans sont ombrageux »

Sylwanin m'annonça les règles du jeu. Pour réussir mon initiation je devais monté sur une montagne flottante ou se trouvait une colonie de Banshee - Ikran. Ensuite il fallait réussir à maîtriser un de ces monstres de 13 mètres d'envergure. Et enfin je devais faire le lien, c'est à dire à dominer son esprit. Ce dernier point était optionnel, mais il fallait réussir les précédents, la seule alternative étant la mort !

Elle me montra les caractéristiques anatomiques de l'animal et m'expliqua quel était leurs points faibles et la démarche à suivre. Je répétais les différents mouvements jusqu'à la perfection. Pour ce qui est du lien mental, cela se ferait d'instinct ou pas. J'appris d'ailleurs que Ratlaw, celui qui avait fourni mon corps d'avatar, avait échoué à dominer l'Ikran et que comme 90% des adultes Na'vi il n'avait pas de montures volantes.

- Voilà tu es prêt m'annonça Sylwanin !

- Et comment on monte sur les blocs volants ? Tu m'emmènes sur ton Ikran ?

- Il ne peut porter deux cavaliers. Tu vois c'est cette montagne qu'il faut atteindre.

Elle me désigna un bloc de 200 mètres de diamètre qui devait se trouver à 500 mètres au dessus du sol.

- Viens !

Elle m'attacha autour des jambes et des bras des blocs d'Unobtainium pur, ils allaient alléger mon poids. Ensuite elle me dirigea vers un petit rocher qui semblait vouloir s'envoler mais était retenu par des lianes.

- Libères le du sol ! Et vite avant que la montagne dépasse notre position.

Avec mon poignard j'entrepris de couper les racines qui maintenaient le rocher. C'était assez dur car le bois était très fibreux mais heureusement les Na'vis sont endurants. Lorsqu'il ne restait plus qu'un seul lien, je monta sur le rocher.

- Vas y coupes la dernière racine ! Une fois à la bonne hauteur tu te laisseras tomber sur la montagne.

Et voilà je m'envolais sur ce rocher, hélas pas assez haut. Je devais l'alléger en évacuant tout ce qui ne contenait pas de l'Unobtainium. Il fallait faire vite pour que le vent ne m'éloigne pas de ma cible.

Après une demi-heure d'effort j'étais au niveau du sommet de la montage volante mais bien trop loin. Sylwanin qui avait repris son Ikran tournait autour de moi.

- Prends encore de la hauteur !

Alors j'ai encore du alléger le rocher. Il fallait cette fois s'attaquer à la pierre dure. La lame de mon poignard n'y résista pas mais j'avais pris suffisamment de hauteur.

- Saute !

Sauter, sauter, elle en avait de bonne. Je n'étais pas à la verticale de la montagne et je devais faire un vol plané en espérant atteindre le sol végétal du sommet. Elle m'avait déjà fait faire des exercices de chute libre. Les os souples des Na'vi, la densité de l'air et la faible gravité amortissaient des chocs qui seraient mortels sur Terre. Mais là c'était quand même nettement plus haut. Les blocs d'Unobtainium pur qu'elle avait attaché sur moi freineraient ma chute.

« Banzaï ! » criais je en sautant. Apparemment la vitesse de chute était bonne et en plaçant mon corps à plat, bras et jambes écartés je pouvais contrôler un vol plané. La réception fut rude et le saut était un peu court. Je me mis à glisser sur la pente de la montagne. Je me voyais reparti pour un tour lorsque je parvins à attraper une liane.

Je remonta alors sur le sommet du bloc. Sylwanin se posa à coté de moi.

- Félicitations ! Du premier coup !

Je pu regarder autour de moi. Les végétaux qui poussaient sur le bloc étaient différent de ceux de la foret de la terre ferme. Ils étaient plus petits et plus délicats. La vue était aussi exceptionnelle. Je distingua alors sur un roc, encore relié au sol, une colonie d'Ikran.

- Eh, Sylwanin, il y en avait aussi là. Ca aurait été plus facile !

- Tu es là pour faire des choses difficiles ! La vie n'a de sel qui si elle est pleine de défis.

J'aurais du m'y attendre aussi. Et j'imaginais qu'ici les ikrans étaient plus grands et plus agressifs.

- Et ici les Ikrans sont plus grands et plus combatifs ! Tu seras un grand Na'vi si tu réussis.

Je commençais à la connaître par cœur.

c) Rodéo :

On se dirigea vers le nid des Ikrans. Ces charmants animaux, une vingtaine, étaient regroupés sur une platte-forme située près du sommet de la montage flottante. Ils nous regardaient sans apparemment s'inquiéter.

- Démon, c'est la dernière fois que je t'appelle par ce nom. Tu seras bientôt un Na'vi, vivant ou mort !

Elle me pris ma main droite dans les siennes et me la sera fort. Les mouvements de sa queue trahissait une certaine inquiétude. C'était réconfortant d'avoir un minimum d'importance à ses yeux. Mais c'était dans des moments comme ça ou je me disais que j'aurais mieux fait de rester toucher mes alloc avachi devant ma TV. Enfin après tout la vie de mon avatar n'était pas la mienne, je pouvais la sacrifier.

Ma seule arme était un lasso. J'enroulais l'extrémité autour d'un tronc d'arbre solide. Il fallait ensuite s'aventurer dans la colonie d'Ikran. D'une certaine manière eux aussi connaissaient leur rôle et ils savaient pourquoi on était ici. Au fur et à mesure que je m'avançais parmi eux, les animaux s'écartaient.

- Petit, petit, alors aucun de vous ne veut de moi ?

Car c'était ça le jeu, je devais tomber sur un individu qui me ferait face. Finalement l'un d'eux se dressa devant moi, rugissant gueule ouverte. Ses dents étaient autant de poignards. C'était le moment le plus délicat, il fallait lancer le lasso autour de son cou. Cette opération de déroula sans problèmes et d'un coup sec je serra le nœud coulant. Il fallait alors vite remonter au tronc pour tirer la corde jusqu'à plaquer la tête du bestiau contre l'arbre.

Mais là l'Ikran au lieu de tirer sur la corde comme cela arrivait fréquemment, d'après Sylwanin, me fonça dessus. Encombré par ses ailes il n'était pas très rapide mais le terrain pentu et glissant n'était pas très favorable pour moi aussi. D'un mouvement rapide, il happa mon avant bras gauche et m'envoya en l'air. Une paroi rocheuse arrêta mon vol et j'eu juste le temps d'éviter une chute dans le vide. J'avais l'avant bras entaillé par de profondes blessures qui saignaient abondamment.

- Reviens, reprend la lutte, aller vite avant qu'il ne ronge la corde me cria Sylwanin !

Les gens du contrôle qui suivaient la scène depuis les caméras du GraMaCar s'inquiétaient aussi. Mais il avait été convenu de ne pas intervenir.

J'enleva mon pagne et je m'en servit pour garrotter la plaie. Ensuite je couru jusqu'au tronc. Il fallait tirer sur la corde, avec un bras blessé ce n'était pas facile. On aurait dit de la pêche au gros, ou la proie se débat tant et plus.

Finalement après plusieurs minutes d'effort, j'ai réussi, mètres après mètres, à bloquer l'Ikran contre l'arbre. J'étais épuisé et plein de sang. Mais le plus dur était fait.

- Fais Tsahaylu, le lien, maintenant !

Les Ikrans comme les Pali et quasiment tous les vertébrés de la planète possédaient un ou deux connecteurs neuronaux. Je m'assis sur son cou, m'empara d'une de ses deux antennes et j'y connectais ma natte. L'animal relâcha alors tous ses efforts. Je ferma les yeux et je vis défiler un grand nombre d'images mentales absolument incohérentes. Nos deux esprits se cherchaient, ou plutôt il essayait de fuir le mien. Seule une minorité de Na'vi parvenait à réussir un lien avec un Ikran, donc pour moi l'enjeux était secondaire, c'était plutôt une question d'amour propre. Soudain les images se stabilisèrent et mon esprit irrigua son corps.

- Tu vois en lui ?

- Je pense que oui.

Sylwanin qui était resté à l'écart pendant les quinze minutes qu'avaient duré l'épreuve, vint vers moi. Elle regarda ma plaie :

- Ca ira, je vais nettoyer et recoudre tout ça. Ensuite tu pourras faire ton premier vol. Félicitation Eric !

- Tu connais mon vrai nom ?

- Eywa me l'a dit !

- Qu'a t'elle dit d'autre ?

- Que tu en valais la peine…

Elle était souriante et dans ses yeux, ses énormes yeux, je pouvais voir un regard nouveau et fascinant. Mais je n'osais rien dire.

d) Coco :

Pour sceller le lien il fallait sans tarder faire le premier vol. Sylwanin trancha la corde. Il fallait envoyer une commande cohérente. J'imagina un Ikran volant à l'horizontal avec moi dessus, tous simplement.

L'animal s'exécuta et se lança dans le vide. J'étais sans doute mal positionné car il piqua du nez. Heureusement le sol était loin, avantage précieux lorsque l'on se lance d'une montagne volante. Il fallait que je me repositionne vers l'arrière pour rééquilibrer l'assiette. Après plusieurs cabrioles et figures chaotiques je réussi à voler correctement.

Sylwanin me rejoignit sur sa monture. Elle me montra les différentes manœuvres possibles. Elle volait aux limites, zigzagant entre les montagnes, effectuant des tonneaux et loopings. Cette bougresse était difficile à suivre comme d'habitude.

Les Ikrans pouvaient voler plusieurs jours sans discontinuer et parcourir 5000 Km d'une traite. Autrement dit ils pouvaient faire le tour de cette petite planète et aller chasser dans les mers du sud. Avec un cavalier, qui freinait et pesait un certain poids, leur autonomie était limitée à 500 Km dans la journée. C'était toutefois un moyen de transport extraordinaire mais plus que cela, c'était aussi un compagnon fidèle qui pouvait vous défendre, vous ravitailler et partager vos pensées. Je prénomma mon Ikran Coco. Ca m'est venu comme ça.

Le vol était quelque chose d'extraordinaire, c'était la chose la plus grisante que j'avais expérimentée jusque là. C'était au delà des mots.

Le contrôle suivait mes évolutions et le général Bush était là, comme à chaque fois que je faisais quelques choses d'importants ou de délicats. Il s'intéressait beaucoup à mes aventures.

- Toutes mes félicitations mon jeune ami. Je ne sais pas si c'est recevable, mais vous méritez largement la Silver Star voire la Medal of Honor.

Tous le monde était content, c'était un instant merveilleux.

Mais le jour déclinait. On se dirigea vers un rocher flottant qui abritait une mare entourée d'une pelouse couverte de fleurs multicolores. Dans un vol, ce sont les atterrissages qui sont les plus difficiles et mon arrivée fut un peu brutale ce qui me valu un bon bain. Sylwanin trouva ça amusant et rit à belle dent. Moi aussi.

Elle était devenu très bavarde et me raconta toute sa vie. Une vie de défis et d'aventures perpétuelles. Elle voulait devenir Toruk Makto, c'est à dire chevalier de la Dernière Ombre, le Grand Leonopteryx. Ensuite elle chasserai les humains.

- Tu m'aideras, hein ?

Dur retour aux réalités. J'étais aussi gêné, les gens du contrôle écoutait et ils allaient sûrement la cataloguer comme dangereuse et irréductible. Il fallait que je m'en tire par une pirouette.

- Si il faut mourir pour une cause, autant que ce soit la bonne.

Ma réponse la laissa hésitante puis elle souri et changea de sujet. Cette fois je lui raconta ma vie. Je devais perpétuellement lui expliquer tous les objets et tous les concepts qui n'existaient pas dans son monde. Elle était très curieuse mais trouva tout cela bien terne. Je n'étais pas un aventurier. Mes exploits ici je les devais à sa formation et au corps que j'avais volé. Elle me répliqua :

- Le corps ne compte pas, c'est l'esprit qui compte. Seul le défi permet de le révéler. Demain tu partiras seul pour le sud, rencontrer la Grande Tsahik. C'est un long voyage mais il est nécessaire pour compléter ton initiation. Et on se verra à ton retour.

Et chacun s'endormis sous l'aile de son Ikran, la tête plein d'étoiles.

e) Au revoir :

Le lendemain je constata que ma blessure avait cicatrisée. J'étais loin d'avoir retrouvé un bras tout à fait opérationnel mais c'était acceptable. De toutes façons j'aurais pu être crevard, qu'il aurait fallu y aller.

Toutefois première récompense, j'avais le droit désormais de participer à la toilette matinale. Et avec Sylwanin c'était… miam, miam. Je me suis rendu compte que je devais vraiment l'aimer. Celle qui m'avait botté les fesses pendants plus de trois mois, que j'avais parfois eu envie d'écharper, et bien maintenant je la désirais. Mais je la désirais comme un Na'vi, c'est à dire que je voulais voir « derrière ses yeux ». Etait ce réciproque ? Car en fait elle aussi me regardait.

Ces voyeurs du contrôle ne loupaient pas un épisode de mon aventure. Grace résumait ainsi :

- Eywa t'envoie sa fille chérie, fais de toi quelqu'un de convenable et bien sûr tu tombes dans ses bras.

- Et oui le piège est grossier mais j'y tombe avec plaisir.

- Mais n'oublies jamais ta mission.

- Pour l'instant ce n'est pas contradictoire.

Et c'était vrai, tout se déroulait comme sur des roulettes. Si les Na'vis m'acceptaient moi, un espèce d'hybride zombie, alors il n'y avait pas de raison qu'ils puissent coexister pacifiquement avec les humains.

Vers 10 heures du matin, il était temps de partir. Sylwanin me remis quelques vivres et me désigna le cap à suivre. Je devais en gros aller près du pole sud au niveau d'une grande chaîne volcanique. Il me faudrait parcourir autour de 3000 Km aller et retour ce qui prendrait une semaine à dix jours. Je devrais voler de jour et trouver un Kelutral pour passer la nuit. Après il était convenu de se retrouver au village près de Hellgates.

- Sylwanin j'aurais bien aimer faire le voyage avec toi.

- Tu dois y aller seul. Souviens toi, évites de te poser hors d'un Kelutral, fais attention à Toruk, sois prudent au passage de l'équateur, prends gardes aux tempêtes des mers du sud, évites de survoler la lave en fusion et les volcans… Surveilles les chutes de rochers près du pole sud.

Et reviens vite…

Quelque chose me disait que ce voyage n'allait pas être de tout repos.