Chapitre VIII, Paix et Amour

Résumé :

Eric entreprend d'achever la mission confiée par ses maîtres humains. Mais une paix durable est elle possible et à quel prix ? Sylwanin lui réserve aussi une délicieuse surprise…

a) Le traité :

Le lendemain de mon retour j'ai entamé de laborieuses négociations pour établir ce fameux traité Na'vis / humains. Je le présentais comme une série de règles que chacun s'engageait à respecter. J'avais le téléphone longue porté dans la main pour poser des questions au négociateur humain, un certain John Sully, que d'ailleurs je n'avais jamais vu auparavant.

- Bonjour Eric Connor, puis je encore vous appelez ainsi ?

- Simplement Eric, ça suffira.

- Je suis le négociateur officiel. C'est moi qui vais mener les tractations. Vous devrez traduire parfaitement mes demandes et celles des Na'vis. Vous pouvez aussi me donner des conseils mais n'essayez pas d'influencer les débats. Vous devez rester neutre.

Les Na'vis réclamaient d'abord le retour des disparus. Ils en avaient décompté 64 exactement sur toute la planète. Chez les Omatikayas il n'y en avait que deux. On m'appris que tous étaient morts ou considéré comme tel. C'étaient des sujets d'expériences dont certains avaient connu une fin peu enviable. Pas moins de 52 Na'vis avaient servi à mettre au point le programme Avatar. J'eu grand peine à avouer cette triste vérité. Ils devaient s'en douter et réclamèrent leur dépouille ou au minimum leur natte. Les humains acceptèrent et ultérieurement rendirent les restes de 62 Na'vis. Les deux derniers corps restèrent introuvables. Les Tawtutes s'engagèrent à ne plus enlever aucun Na'vi.

Ensuite il y avait le problème du territoire. Les humains occupaient d'anciens terrains de chasse et en interdisaient l'accès. Les Na'vis demandaient au départ le retrait de tous les terriens. C'était irréaliste et ils durent se résigner. Par contre le refus de céder des terres de Pandora était catégorique. Alors on parla de location, d'occupation provisoire, de prêts, en vain. La seule solution fut d'autoriser les Na'vis à pénétrer dans tous les espaces extérieurs des installations humaines. Ils acceptèrent par contre que les espaces intérieurs construit par les Tawtutes, casernements, hangars, mines, souterrains leur restent interdit. Avec des indigènes qui allaient se balader dans une base humaine, les risques de dérapages étaient nombreux mais la paix était à ce prix.

Les humains déchargeaient pas mal de saletés dans la nature. Les gravas n'étaient pas gênant mais des eaux d'égouts visqueuses, des effluents chimiques aux couleurs suspectes et des décharges nauséabondes c'étaient pas terrible. Il fut promis que l'on installerait progressivement des équipements d'incinérations et de traitement.

L'accord incluait aussi un cessé le feu général, y compris envers la faune. Les Na'vis finirent quand même par reconnaître aux Tawtutes un droit à se défendre. Ils leur reconnurent aussi la possibilité d'aller ou ils voulaient sur Pandora sauf dans les Kelutrals et auprès des arbres aux voix.

La création d'un centre de rencontre dans un endroit contrôlé par les indigènes fut aussi décidée. Les avatars et quelques humains triés sur le volet y auraient accès. L'idée était de créer une école.

Enfin venait l'article qui me posa le plus grand cas de conscience. Il précisait que les Na'vis s'engageaient pour toujours à n'accepter que des américains (ou des gens autorisés par eux) sur leur sol, y compris sur les rochers en sustentation hors de l'atmosphère. Ils reconnaissaient aux USA l'exclusivité de toutes relations avec la Terre, aussi bien en temps de guerre qu'en temps de paix. Autrement dit Pandora devenait un protectorat américain. Le monopole sur l'Unobtainium était total car aucun autre pays terrien ne pourrait venir l'exploiter librement.

Les Na'vis n'en voyaient pas les conséquences, c'était même présenté comme un avantage qui limitait l'invasion terrienne. Mais je savais que je contribuais à enfermer Pandora dans une domination dangereuse, une gestion par plusieurs pays auraient été plus équilibrée. Je fini par intervenir :

- M. Sully, je ne suis pas sûr qu'ils se rendent compte de ce qu'implique cet engagement. De plus comment un seul chef peut il décider pour toute la planète ?

- Eric, il n'est pas nécessaire qu'ils comprennent tous les aspects, il faut se placer à leur niveau. La signature du chef suffit, il y a des précédents juridiques.

- Ils ne sont pas idiots et risquent de se fâcher si ils découvrent des choses qu'on leur a cachées.

- Je sais ce que je fais. N'oubliez pas que si vous êtes ici, c'est grâce à nous. Il faut aller jusqu'au bout Eric, un contrat et un contrat.

J'aurais très bien pu faire capoter les négociations mais j'étais lâche. La laisse me tenait encore. Je ne voulais pas perdre tous ce que j'avais gagné ici. Il fallait régler ça rapidement pour évacuer cette charge. Si j'avais agit autrement, le cataclysme du Grand Chagrin aurait peut être été évitée.

La signature du traité eu lieu à Hellgates, le 20 février 2015, 18 jours après ma sortie. J'avais tenu les délais. Une délégation Na'vi composée de moi même, du chef des Omatikayas, du chef d'un clan voisin et d'une dizaine de chasseur pénétrait dans le camp par la porte principale. Chevauchant des Palis on s'avança vers une tente plantée en plein milieu du tarmac.

La délégation humaine était composée du général Bush, du négociateur Sully au visage fermé, de l'avatar d'Angéla et de trois autres types en costard à la mine austère. Il y avait aussi une haie d'une vingtaine de soldats encadrée de deux UGV. Il n'y avait aucun autre humain de visible. Des caméras immortalisaient la scène.

J'étais très mal à l'aise, l'atmosphère était pesante et tendue. Au moindre dérapage cela pouvait se transformer en massacre. Mais finalement tout se passa vite et bien. M. Sully lit le traité article par article en anglais puis à mon tour je lisais sa traduction en Na'vi. Ce fut d'ailleurs le premier texte jamais écrit dans cette langue. Ensuite Sully et le chef signaient les pages du traité. Comme ce dernier ne savait pas écrire, il se contentait de faire un dessin symbolique de son clan.

Ensuite chacun se salua froidement d'une petite courbette. Les Na'vis remontèrent sans un mot sur leur Palis et conformément au traité firent le tour de la base. Je les avais mis en garde de ne surtout toucher à rien, particulièrement aux câbles électriques, robinets et bidons, de laisser la priorité aux véhicules… Les humains avaient pris leur précaution en ramassant un maximum de matériel.

Enfin on sortit de la base et je pu respirer. Ma mission était achevée conformément aux vœux de mes employeurs humains. Une autre vie allait pouvoir commencer.

b) Uniltaron :

Les négociations m'avaient pris deux à trois heures par jour. Pendant de temps là j'ai fini ma convalescence, attendant que mes blessures aux ventres soient consolidées. Sylwanin était aux petits soins avec moi et j'en ai donc profité pour me laisser dorloter. On travailla à l'élaboration d'une selle pour mon Ikran ainsi que d'une sorte de masque pour protéger mes yeux des poussières pendant le vol. Pendant mon périple dans l'hémisphère sud, je n'en avais pas et mes yeux piquaient très souvent.

Personne ne me l'avait fait remarquer mais mon nom humain, Eric, était très proche du mot Yerik qui désignait des sortes de biches que les humains appelaient Hexapodes. Du coup les Na'vis pensaient que j'avais déjà un nom dans leur langue. Il trouvait qu'il correspondait bien à ma personnalité pacifique et pour tout dire un peu mole. Toutefois comme maintenant j'avais des yeux de feux, ils m'appelaient Yerik Txep'Menari, biche aux yeux de feu.

Juste après la signature du traité, la tension s'était relâchée et on pouvait enfin penser à autres choses. Je pouvais enfin devenir un vrai chasseur au sein du clan Omatikaya qui était très content de m'accueillir.

Le point fort de la cérémonie se nommait Uniltaron. Je devais me faire piquer par une sorte de scorpion nommé Kali'weya. Son venin associé à l'ingestion d'un ver luisant nommé Eltungawng provoquait des rêves hallucinatoires qui donnait un sens à ma vie. Les risques de décès étaient faible mais présent. Pour tout dire je n'étais guère enthousiaste.

La première étape était de capturer ce Kali'weya. Cet insecte plutôt timide était assez difficile à trouver et évidemment il ne fallait pas se faire piquer en le prenant. Ce fut toutefois l'occasion d'une agréable balade en forêt avec plusieurs chasseurs. On localisa en même temps un endroit idéal pour installer le lieu de rencontre Humain/ Na'vi. C'était un grand trou bordé de falaises qui décourageraient les prédateurs terrestres. Il était trop étroit pour une attaque en vol de Toruk, mais suffisamment large pour laisser se poser Ikran et GraMarCar. Le fond plat était assez vaste pour bâtir des installations.

Finalement après trois jours de recherche je trouva l'animal et le captura sans difficultés. Je le plaça dans une sorte de pot en pierre rituel au nom compliqué : Chan'tu gor'ek nuuto. Le plus long était fait.

En fin d'après midi la cérémonie commençait. Avec une peinture blanche, la Tsahik Omatikaya me dessina des courbes complexes sur le corps. Autour de moi tout le clan était réuni.

Je m'assis en tailleurs et j'avala le ver luisant que le Tsahik me tendit. Au bout d'un certain temps ma tête se mit à tourner. Ensuite je pris le pot rituel et je mis ma main dedans.

« Aïe »

Le scorpion m'avait piqué, la douleur était difficilement supportable. Puis elle s'évanouit et…

« Maman ou es tu ? »

J'étais petit enfant perdu dans la forêt de Pandora… J'avais peur. Au détour d'un arbre une maison apparue. Une belle chaumière en colombage avec une grande cheminée.

« Eric viens on est là ! »

Ma mère et Sylwanin m'appelaient, elles étaient dans la maison. Mais soudain j'étais en haut de la cheminée, dans un vaste nid.

« Au feu, au feu ! »

La maison était en feu, la forêt aussi. Des gens criaient dans le brasier. Il fallait partir, j'étais un grand oiseau fin et élancé, comme une cigogne, et je m'envolais loin vers une étoile qui brillait dans le ciel.

…la vache, la vache. L'atterrissage est douloureux. Ces sauvages sont vraiment des sauvages…

Il m'a fallu un certain temps pour émerger…

Finalement quand j'ai repris mes esprits, la Tsahik se tenait devant moi. Elle m'avait fait boire un remède. Alors ? Evidemment le Na'vis n'avaient jamais vu de cigogne, un oiseau migrateur, ni même de maison alsacienne. Mais c'était encore une vision de cauchemar, des gens que j'aimais périssant dans un incendie généralisé, le départ sans retour pour un monde lointain. Cela pouvait être interprété de différentes façons mais je préférai ne pas y réfléchir. La Tsahik était perplexe.

« Eywa a parlé par ta bouche ».

Bon c'était fait et c'était l'essentiel. Elle me fit lever et posa ses mains sur mes épaules ainsi que tous ceux qui étaient autour de moi. Les autres, qui étaient trop loin, posèrent leur mains sur l'épaule de leur voisin formant ainsi un grand cercle. Sylwanin qui ne faisait pas parti du clan se tenait au loin.

Après ce fut la fête, festivité à la mode Na'vi donc toujours très codifiée. J'ai eu bien du mal à y participer, encore étourdi par les effets toxiques de l'Uniltaron. Il fallu la nuit entière pour qu'ils se dissipent.

Mais Yerik Txep'Menari était maintenant chasseur du clan Omatikaya, ma nouvelle famille. J'étais content.

c) Fiançailles :

Le lendemain Sylwanin m'a refait ma coiffure en rasant les cotés du crane. Ainsi j'avais l'air d'un vrai grand chasseur.

Etant donné ma proximité évidente avec elle, les gens du clan ont dit qu'il était temps de nous fiancer. Les fiançailles donnait un droit spécial. Ainsi si l'un des fiancés rompait son engagement en s'accouplant à un autre partenaire, le partenaire repoussé avait le droit, une seule fois, de contester cette union. Mais comme une union entre Na'vi était à vie, le fiancé éconduit devait pour récupérer sa promise, tuer son concurrent. Le concurrent en question n'était pas, par contre, obligé de le tuer. La soumission de l'adversaire suffisait. Ce combat à mort était très codifié et ne pouvait se dérouler sans témoins et sans préparations. C'était le seul cas ou le meurtre était autorisé.

La cérémonie était fort simple : les deux fiancés se tenaient face à face, les mains sur les épaules de l'autre :

- Sylwanin, Palulukan Makto, je te voix.

- Yerik Txep'Menari, Ikran Makto, je te voix.

- Je promet devant Eywa de m'accoupler avec toi.

- Je promet devant Eywa de m'accoupler avec toi.

Ensuite on s'est échangé un collier contenant une mèche de cheveux de son fiancé. Il indiquait à tous que l'on était déjà réservé et le risque que prenait un autre prétendant.

Normalement les familles des fiancés étaient conviées. Pour moi c'était impossible pour des raisons évidentes, et pour Sylwanin son clan se trouvait trop loin et elle était pressée. Donc on a fait sans.

Ensuite ça été une deuxième soirée de festivités auxquelles, cette fois, j'ai pu participer.

d) Amour :

Nos fiançailles n'ont pas durées longtemps. Le lendemain soir Sylwanin m'a invité pour un vol nocturne. L'ambiance pandorienne la nuit est à l'inverse de celle du jour. La lumière vient du bas, les végétaux les plus proches du sol luisant le plus. Les animaux sont silencieux et il règne un calme absolu. Dans le ciel obscure, les guirlandes lumineuses de nos corps et de nos Ikrans transforment complètement nos apparences et nous font ressembler aux étoiles des cieux.

Après 20 minutes de vol, on atteint un endroit étrange, un cratère dont le fond était particulièrement lumineux. En m'approchant je pu constater que c'était un lac rempli de méduses de 1 à 2 mètres de diamètre. On se posa sur les rives.

Sylwanin s'avança vers moi et me déshabilla. Je lui enleva à son tour son pagne, ses parures et ses armes.

- On va se baigner dans cette soupe à la méduse ? L'endroit est sûr ?

- Ici Eywa veille sur nous.

L'eau était chaude. Il était impossible de nager sans toucher les corps visqueux. A chaque contact ils s'illuminaient un peu plus. Sylwanin plongea et alla au contact des tentacules. Elle m'invita à la suivre. Ces filaments venimeux déclenchait des frissons et ma peau s'échauffait et devenait très sensible. C'était très agréable.

- Waouh Sylwanin, il faudra revenir plus souvent ici !

- C'est un endroit sacré, il faut venir ici avec respect.

Après un moment on remonta sur la rive. Ma peau sensibilisée avait une réception décuplée aux caresses de Sylwanin. Sa voix plus douce qu'à l'habitude, sa démarche chaloupée, son corps plus cambrée, les mouvements de sa queue et son regard ne laissaient plus de doute.

- Ma belle, n'est ce pas trop tôt ?

Pour seule réponse elle m'invita à la suivre dans le bois qui bordait le lac. On arriva alors dans un sous bois entièrement rempli de saules sacrés, d'arbres aux voix. Malgré la lumière puissante qu'ils émettaient, les arbres alentours les masquaient du ciel. Des Selves volaient partout. Les mousses au sol formaient de grosses bosses molles comme des oreillers. Elle connecta sa natte à l'une des branches et je fis de même. Je vis alors des fantômes. Des gens étaient autour de nous et nous regardaient. Ils nous souriaient.

- Ainsi Eywa et nos grands ancêtres connaissent et approuvent nos intentions.

- Sylwanin, je ne sais pas si je te mérite. C'est pour la vie, c'est sérieux. Mon esprit Tawtute n'est pas pur. Le traité que je vous ai poussé à signer, je n'en suis pas fier.

- Au contraire contre ce papier nous avons maintenant accès aux villages Tawtutes. Mais c'est à moi de juger si tu es digne. Pour moi c'est oui. Et toi, veux tu de moi ?

- Tu es la première à m'avoir trouvé, la première que j'ai remarqué. Alors mille fois oui, je veux de toi.

- Alors nous voilà prêt.

Sur ce on s'enlaça. Notre peau excitée par le venin des méduses nous donnait l'impression d'une fusion corporelle. Sylwanin avait beau être vierge, elle savait s'y prendre.

Elle pris ma natte et je pris la sienne. Les filaments ondulaient, cherchant une cible.

- Il est temps de faire le lien.

Les filaments s'enlacèrent, glissant les uns sur les autres pour chercher leur jumeaux. Puis ils se tendirent et se scellèrent. Ca y est c'était fait.

En quelques instants nos esprits fusionnèrent. Je pouvais sentir mes lèvres sur sa peau, voir les flammes de mes yeux à travers ses yeux, sentir ma peau humide par son nez, entendre le bruit de mon cœur par ses oreilles. Son tempérament irriguait le mien et effaçait mes peurs, mes doutes, ma culpabilité. Etais ce mon bras qui bougeait ou le sien, je ne savais plus ou s'arrêtait mon corps. Dans le creux de nos reins, nos entrailles jusque là endormis se mirent à bouillir. L'accouplement proprement dit pouvait commencer. Il n'était guère différent de celui des humains, simplement infiniment plus intense. Il était aussi totalement partagé puisque je ressentais toutes les sensations de ma partenaire et inversement.

Pandora était un circuit de montagnes russes, avec des bas infernaux et des hauts paradisiaques. Là je devais être sur la plus haute et la plus tordue des courbes. La nuit fut longue, longue et délicieuse, délicieuse, délicieuse…

…et épuisante. Le lendemain je me suis réveillé alors que le soleil était déjà au zénith. Sylwanin était tout contre moi. Elle ouvrit les yeux :

« Yerik Txep'Menari, mon Tutean, je te voix. »

Notre retour au Kelutral était attendu et fut fêté comme il se devait. Sur notre corps de nouveaux photophores étaient apparus. Et désormais ma Tutee et moi étions liés jusqu'à la mort.