Chapitre IX, Une année au paradis
Résumé :
Une tranche de vie Na'vi paisible pour Eric, entre défis héroïques et douceurs. Mais la peur plane toujours.
a) Un matin bien tranquille :
J'ouvrais les yeux. J'étais dans mon hamac et je voyais la lumière du jour à travers les fentes du tronc du Kelutral, l'arbre maison.
Parmi les Na'vis le temps s'écoulait d'une façon difficilement mesurable. Il n'y avait pas de calendrier ni de jours festifs déterminés à l'avance. La notion du temps qu'il passe, je l'avais par l'intermédiaire de mes contacts avec les humains. Cela devait faire une année environ que le traité avait été signé et près de deux ans que j'avais été embarqué dans cette aventure.
Je regardais vers mes pieds. La chair de Toruk avait fait son œuvre et j'avais gagné plus de 10 cm et près de 50 Kg. Je pesais maintenant autour de 300 Kg et j'étais devenu le plus costaux du clan. Mon Ikran avait subit la même croissance et gagné un mètre d'envergure. C'était bien heureux, car mon surpoids aurait autrement réduit ses performances en vol. On était bien assorti.
Dans le hamac voisin dormait Sylwanin. Qu'elle était belle ma Tutee. Je la caressais doucement pour la réveiller. Elle était un peu fatigué. Son ventre était déjà bien arrondi et ses seins gonflés de lait. Eywa nous avait fait le cadeau d'un enfant quelques mois après notre premier accouplement.
Elle s'étira comme une panthère et me regarda en souriant. Je lui pris sa natte et fit le Tsahaylu, le lien, avec elle. Rien de tel qu'un petit lien matinal pour accorder les humeurs. Je pouvais aussi sentir l'enfant dans son ventre. Mais il était temps de se lever si on ne voulait pas prendre trop de retard.
Les hamacs étaient suspendu très en hauteur, dans le creux du tronc. On y accédait par des échelles et des passerelles en bois. En descendre demandait un minimum d'attention, la chute pouvant être rude en cas de faux pas.
On dormais totalement nu et nos affaires étaient pendu à un Chey, une sorte de penderie, situé non loin des hamacs. Nos poignards étaient eux pendus à porté de main. On mettait nos pagnes, nos parures et on prenait nos armes.
Ensuite on sortait du Kelutral avec le gros du clan pour aller à la rivière distante de 300 mètres. Je saluais les chasseurs qui assuraient la sécurité contre les prédateurs. Mon tour de garde venait un jour sur dix. De même il fallait assurer à tour de rôle la surveillance nocturne de l'arbre maison.
Je choisissais un partenaire pour la toilette. La tradition voulait qu'il y ait des rotations pour éviter de revoir toujours les mêmes personnes. Ce matin c'était un chasseur bien plus âgé que moi. Je lui manucurais les ongles, il me gommait les imperfections de l'épiderme à la pierre ponce et inversement. Ensuite on passait un temps énorme à la coiffure. Pendant que je me faisais coiffer, je mangeais des fruits qui avaient été cueillis la veille. Bien sûr on papotait aussi avec les voisins.
b) L'école
La journée d'hier on avait constaté un besoin important en cuir de Talioang, des sortes d'énormes vaches que les humains nommaient Métabètes. Il fallait sortir pour en abattre une. C'était toute une expédition. Une soixantaine de chasseur était mobilisé auquel s'ajoutait six enfants. C'était le tiers du clan ! Avec une telle armée aucun prédateur n'oserait attaquer. Mais la raison de ce déplacement en masse était aussi pour le spectacle que représentait ce type de chasse. Sylwanin restait au Kelutral en raison de sa grossesse alors que moi j'y participais. La plupart des chasseurs allait à dos de Pali ou à pied. Moi en temps qu'Ikran Makto, j'allais par la voie des airs ce qui me laissait du temps. J'ai donc décidé de passer par l'école.
L'école ou le « Centre Culturel d'Amitié Humano Na'vi » selon la terminologie officielle, avait été achevée il y a sept mois. Le bâtiment avait été construit au fond d'un gouffre bien protégé. Construite sur pilotis à l'échelle des Na'vis, cette grande cabane en bois abritait deux salles de cours ou de réunions, deux bureaux, un local technique, une cuisine, des WC et une salle blindée pressurisée. Un groupe électrogène silencieux fournissait l'électricité tandis qu'un captage d'eau alimentait la cuisine et les toilettes.
Aujourd'hui c'était un clan voisin qui occupait les lieux. Quelques chasseurs gardaient le site tandis qu'une vingtaine d'enfants et d'adultes suivait le cours. Un GraMaCar survolait le site de très haut mais c'était la seule présence humaine armée autorisée. Les cours étaient donnés par les avatars d'Angéla et de Pierrette ainsi que par Grace Ripley.
J'arrivai sous une averse, les pluies étaient fréquentes mais courtes sur Pandora. Je pénétrais dans les lieux, le cours venait de commencer. Je fus toutefois bien accueilli car chez les Na'vis, on accueille toujours bien un visiteur, même trempé. Angéla assurait le gros du cours magistral, Grace interagissait individuellement avec les élèves de tout age tandis que Pierrette s'occupait plus particulièrement des enfants. Je remarqua que l'un des chasseurs du cours était celui que j'avais méchamment rossé lors de la guerre d'il y a deux mois. Cela ne l'empêcha pas de me saluer avec respect.
Le gros de l'enseignement était d'abord un cours de langue anglaise. Il y avait aussi une initiation à la civilisation terrienne. Je me disais que l'humanité était dépeinte sous un jour un peu trop positif, enfin cela pouvait se comprendre.
La pédagogie était ludique et interactive. Il y avait des livres, des films, des jeux vidéos, des jouets. Tous ce qu'on leur montrait était bien mignon, toutefois ce qui frappait le plus les Na'vis c'était la présence fréquente de méchants dans les récits humains. Ainsi il y avait des humains mauvais qui ne pensaient qu'à embêter leur prochain. C'était inimaginable pour un Na'vi. Je leur disais toutefois :
- Et le Chevalier Démon.
Ils me répondaient :
- C'est un Démon !
Forcément !
Les jouets qui remportaient le plus de succès étaient les Playmobils. Toutes ces petites figurines et leurs accessoires représentaient assez bien ce que pouvait être l'univers des humains. Voir de grands chasseurs jouer comme des enfants, mais avec le plus grand sérieux, était assez cocasse.
Les Tawtutes avaient voulu faire des cadeaux, ces jouets et d'autres objets aux Na'vis. Avec le conseil discret de Grace, j'avais conseillé de refuser ces présents. Il n'aurait pas été souhaitable que les Na'vis tombent sous une dépendance matérielle. Car certains responsables humains auraient bien voulu salarier et employer les indigènes. Bien sûr c'était mieux que de l'esclavage mais à la longue cela pouvait conduire à la désagrégation de nos sociétés. Du moins ça avait été le sort de multiples peuples primitifs sur Terre.
Les élèves étaient très attentif et faisaient des progrès rapides. Grace et Angéla avaient étudié tout cela de manière très scientifique :
« Ils sont très doués. On a fait un test de QI spécial Na'vi. Ils sont très homogènes et la moyenne se situe autour de 180, avec une pointe à 190 ! C'est à dire bien au dessus de la moyenne humaine qui est de 100. Leur mémoire, particulièrement visuelle, est très précise. »
On m'avait testé ainsi que mon moi humain et effectivement mon QI de Na'vi était bien supérieur : 182 contre 107 ! Et je voyais bien que j'avais beaucoup plus de facilité à utiliser l'outil informatique de l'école qu'auparavant.
On parlait, on parlait, mais j'ai réalisé que j'allais être en retard pour la chasse. J'ai donc quitté l'école et je suis reparti sur mon Ikran.
c) La Grande Chasse
Chasser le Talioang, des colosses pesant jusqu'à 15 tonnes, n'était pas une chose facile. Ces animaux se déplaçaient en troupeau d'une vingtaine d'individus. Quand ils étaient agressés, ils faisaient face et se défendaient entre eux. Ils n'abandonnaient un congénère que quand celui ci était mort. Or avec les armes Na'vis tuer un Talioang était très difficile. Les poisons n'avaient qu'un effet limité et les flèches avaient beaucoup de mal à percer leur peau très épaisse. Le moyen le plus efficace était d'enfoncer une longue dague juste derrière le crane pour sectionner la moelle épinière. A cet endroit la peau comportait une faiblesse mais il fallait avoir le cran de monter sur le cou de l'animal.
Je me posa sur le rocher ou les chasseurs s'étaient réuni. Le chef du clan dirigeait la manœuvre. Un troupeau de Talioangs paissait en contrebas, le long d'une rivière peu profonde. Si il y avait une chose que craignait ces animaux, c'était le feu. Ainsi une cinquantaine de chasseur réuni en dix groupes, les rabatteurs, allait déverser dans la rivière une résine inflammable. En flottant sur l'eau comme du pétrole en feu, ces flammes allaient forcer le troupeau à descendre le cours de la rivière avant de le conduire à passer entre deux rochers. Ce passage étroit permettrait de diviser le groupe. Des chasseurs embusqués n'auraient plus qu'a sauter sur un animal pour le mettre à mort.
Le chef se tourna vers moi et me tendit la dague de chasse. Tuer un Talioang était difficile et c'était un honneur d'être choisi ! Je commençais à prendre confiance en moi et j'arrêtais de me lamenter sur les nouvelles épreuves. Ensuite on fit une prière à Eywa avant de partir prendre position.
Je pris place sur le rocher indiqué. Trois autres chasseurs préparaient aussi l'assaut au cas ou je louperais mon coup tandis que six autres assuraient la sécurité. Deux enfants nous assistaient, ils étaient là surtout pour compléter leur formation. Nous étions tous cachés et silencieux. Un seul animal devait être tué.
Des cris se firent soudain entendre, les rabatteurs commençaient leur travail. Comme prévu les bruits se rapprochaient et j'entendis bientôt les vibrations du galop de ces énormes bêtes.
Il fallait rester concentré, ne pas penser à autres choses et calculer le moindre geste. Sauter au mauvais moment, c'était prendre le risque de tomber au sol et de se faire piétiner. Je laissa passer les premiers animaux puis je choisi ma cible, l'avant dernier de la troupe. J'avais répété ces gestes déjà plusieurs fois. Je savais exactement quand agir.
D'un coup je bondissais de toutes mes forces, la dague à la main droite. Je tomba pile sur le cou du Talioang. Prenant la dague à deux mains et serrant fort mes jambes, je la planta derrière son crane. La bête n'eu même pas le temps de crier qu'elle s'effondra au sol. J'avais juste eu le temps de sauter pour éviter de finir écrasé.
On s'éclipsa alors tous dans la forêt, esquivant une éventuelle contre attaque du troupeau. Mais il préféra s'enfuir sans demander son reste.
« Yerik Txep'Menari, Eywa est avec toi. Tu nous as offert une belle victoire, me dit le chef »
Pour un premier essai, c'était un très beau coup et j'étais fière. Dommage que Sylwanin n'ait pas été là.
Commençais alors la seconde partie du travail, le dépeçage. Je m'étais habitué à ce genre de tache un peu salissante mais comme j'étais le héros du jour, j'en étais dispensé. J'avais même droit à la meilleure partie de l'animal. Je montais toutefois la garde car la carcasse risquait d'attirer du monde. Il fallu quatre heures à une cinquantaine de chasseurs pour débiter l'énorme corps. Les quartiers de viandes, la peau, certaines os et pas mal d'autres organes étaient chargés sur les Palis. Il était temps de rentrer. Je suivais à pied car il fallait surveiller le long convoi. On entendait des loups-vipères roder dans les sous bois. Un instant d'inattention et ils pouvaient enlever un enfant. On mit trois heures à rejoindre le Kelutral mais sans encombres.
La journée n'était pas finie, il fallait encore traiter tout ce volume de chair. La viande particulièrement devait être fumée immédiatement car autrement elle pourrissait vite dans l'ambiance chaude et humide du climat pandorien. Toutefois c'était les gens restés au Kelutral qui s'en occupaient, à chacun sa charge.
Il n'y avait pas ce soir de repas collectif. Je mangeais juste des plats qu'on nous avait préparée à l'avance.
d) Le repos du chasseur
Sylwanin était dispensée de toutes ces corvées. Après l'effort le réconfort, le temps d'un gros câlin était venu. Le Kelutral disposait dans ses parties supérieures de petites alcôves réservées à cet effet .En effet les hamacs étaient plutôt inadaptés à ce type d'exercices. Aller dans la forêt était très risqués car l'accouplement était si intense qu'il coupait du monde extérieur et faisait des amants des proies faciles. Seul le couvert des arbres aux voix était sûr mais ces lieux sacrés et rares ne devaient être utilisé qu'exceptionnellement.
Les alcôves étaient confortablement garnies d'éponges de mer. Mais elles n'avaient pas de portes et parfois on avait des spectateurs : des célibataires, des fiancés ou des couples. Mais la relation était tellement exclusive qu'on ne s'en apercevait généralement pas. Toutefois j'étais un peu choqué au début, Sylwanin m'expliqua que c'était normal. Ainsi les célibataires pouvaient faire leur apprentissage. D'ailleurs tout ce qui concernait les relations amoureuses étaient traités sans vulgarité ni tabous.
Mais la grossesse de Sylwanin étant déjà tellement avancée qu'un accouplement était impossible. Nos entrailles le refusaient purement et simplement. Il fallait se limiter à un gros Tsahaylu. De fait je n'aurais plus à attendre très longtemps car la naissance n'était plus qu'une question de jours.
La nuit était déjà bien avancé lorsque l'on s'est couché dans nos hamacs respectifs.
e) Visite à Hellgates
Le lendemain Sylwanin et moi prirent nos Ikrans pour une petite visite à Hellgates. On se posa en dehors de la base, nos montures se montrant peu amicales avec le personnel humain. Il restait deux kilomètres à faire en longeant la route.
On arriva devant la porte principale qui s'ouvrit sans délais. On salua les factionnaires du poste de gardes. Sylwanin s'était déridée vis à vis des Tawtutes. Bien qu'encore distante, elle essayait de faire des efforts. Cela nous voulait pas dire qu'elle avait changé d'avis et rêvait toujours d'en découdre. Je lui avais dit que Eywa nous avait donné un enfant pour qu'elle soit moins belliqueuse.
« Au contraire ce sera pour nous défendre avec plus de détermination. »
Sacrée Sylwanin ! Toutefois elle m'avait promis qu'elle ne ferait rien sans me prévenir ni sans l'assentiment du clan.
Ce jour là on avait rendez vous avec l'équipe scientifique. Grace Ripley, Angéla, Pierrette et mon jumeau humain, Eric Connor, nous attendaient sous un hangar largement ouvert un peu à l'écart des zones de circulation. La plupart des extérieurs de la base était par ailleurs désert de présence humaine.
Grace s'intéressait particulièrement à la grossesse de Sylwanin. On estimait en effet à 2000 le nombre de naissances par an chez les pandoriens. Ce chiffre correspondait sensiblement au nombre de morts. Ainsi la population des Na'vis, estimée à 200 000, ne croissait pas. Comme chaque clan comptait 200 membres, on avait deux morts et deux naissances par année terrestre et par clan environ. L'espérance de vie moyenne était donc de 100 ans. Il y avait peu de malformations. En fait le seul cas connu était celui du Na'vi albinos qu'était le Chevalier Démon.
On avait perçu immédiatement la conception de l'enfant. Dans le ventre de ma Tutee, une présence que l'on décelait parfaitement était apparue. Il s'était développé à un rythme proche de celui d'un humain, la grossesse durant neuf mois. Sur le corps fin d'une Na'vi, le ventre se dilatait d'une façon très visible.
Sylwanin a été très réticente à convaincre pour se laisser ausculter. Le seul examen qu'elle a acceptée, c'était l'échographie. Voir son enfant sur un écran était l'unique chose qui lui semblait digne d'intérêt. Le système que manipulait Grace fournissait une image détaillée et réaliste. Rapidement on a pu déterminer qu'il s'agissait d'une fille. Les scientifiques étaient surpris par les grandes similitudes Na'vi / Humain au niveau de l'anatomie générale et du système nerveux. Par contre dès que l'on pénétrait dans le domaine de la génétique ou de la physiologie, les différences étaient grandes.
Un groupe de chasseur Na'vi apparu entre des containers entreposés sur le sol bétonné. Ils faisaient leur ronde dans le domaine des humains pour bien marquer leur territoire et faire respecter le traité.
Soudain Pierrette les interpella et courue vers eux. Elle venait de reconnaître son « fiancé ». En effet elle avait décidé de tomber amoureuse d'un chasseur célibataire. A force d'insistance il avait fini par s'ouvrir à elle. Avec son groupe ils partaient parfois ensemble en forêt. Elle lui demandait assez souvent de l'emmener près d'un arbre aux voix. Son rêve était de devenir une vrai Na'vi en suivant le même cheminement que moi. Mais ce qu'elle demandait était contraire au traité, aucun Tawtute ou leur création ne devait se rendre dans un lieu sacré. Pierrette s'en moquait et elle avait même tenté de s'enfoncer seule dans la forêt. Son escapade fut vite repérée et stoppée par le contrôle.
Angéla fini par déclarer :
- Il y a au moins la moitié de la base qui voudrait être à ta place Eric… euh.. Yerik.
- Vous deux les avatars vous avez quelques avantages au moins répondis je.
- C'est peut être pire. Moi et Pierrette on est si proche, la tentation est si grande mais on reste bloqué de l'autre coté du rêve. Nous avons subit le même protocole d'imprégnation que toi mais on arrive pas à obtenir l'autonomie complète. Eywa a du intervenir.
Sylwanin déclara alors d'une façon totalement inattendue :
« Vous autres les Tawtutes vous êtes malheureux car vos dieux vous ont abandonnés. Vous êtes seuls et perdus, vos existences ternes sont sans buts et vos vies sont condamnées à l'oubli. Alors vous venez ici pour essayer de nous prendre notre bonheur. Si certains doivent nous rejoindre, ce sera à Eywa de décider. »
C'était le genre de déclarations qui jetait un froid. Pourtant c'était un peu vrai. Le Eric humain se manifesta alors :
- Il y a des bruits qui circulent à propos d'une visite importante dans les jours qui viennent.
- Le secret de l'existence de Pandora va t'il être enfin levé demandais je ? Cela fait des mois qu'on en parle. Tous ces secrets c'est malsain. Grace, comme tu vois souvent le général, tu sais peut être quelques choses ?
- A chaque fois que je lui demande, c'est toujours bientôt, bientôt... Certaines personnes sont là depuis 4 ans et en ont vraiment mare d'être cloîtré dans ces baraques exiguës qui sentent le moisi… Eux là bas, au moins ils s'en fichent…
Grace désignait ainsi un groupe de robots humanoïdes qui traversait le tarmac. Depuis deux mois ils arrivaient en masse et commençaient à remplacer le personnel de maintenance.
f) La guerre
Grace poursuivi :
« Au fait Yerik, hier à l'école, j'ai parlé à un copain à toi. Il m'a raconté comment tu lui avais bien bourré la gueule. »
Grace faisait allusion à la guerre qui s'était déroulé il y a deux mois. Un matin 80 chasseurs et 20 enfants d'un clan voisin se sont présentés devant notre Kelutral. Ils avaient des peintures sur le corps et une mine agressive. C'était la guerre !
La bataille allait se dérouler sur le terrain découvert qui bordait l'arbre maison. Notre clan désigna 16 champions tandis que les autres assureraient la sécurité contre les prédateurs extérieurs. Sans préparation particulière on me désigna comme champion sur l'insistance de Sylwanin. Si elle n'avait pas été enceinte, elle se serait battu pour être désignée à ma place. On me débarrassa de toutes mes parures. Je reçu des peintures sur le corps et de l'huile sur la peau. L'huile en plus de son coté esthétique diminuait les blessures en faisant glisser les coups.
Chaque armée défilait alors face à face à grand renfort de cris et de mimiques agressives. On roulait les mécaniques. J'étais le plus grand et le plus fort de la compétition grâce à la chair de Toruk.
Les combats se déroulaient les uns après les autres dans un face à face éliminatoire. Chaque affrontement était généralement bref mais particulièrement violent. Tous les coups étaient permis mais l'usage d'armes ou d'objets était interdit. Le but était d'obtenir soit la reddition de l'adversaire, soit de le bloquer au sol. Il y avait parfois des morts mais c'était très rare car nos corps étaient solides ou pouvaient se régénérer. On pouvait enfin se rendre à tous moments. Sylwanin m'avait bien formé à la lutte, donc je n'appréhendais pas trop ce moment. Mais il faut bien dire que je n'étais guère enthousiaste non plus.
Comme j'avais l'air vraiment costaux, mes adversaires choisirent pour le premier tour une Tutee, une femelle contre moi. Les femelles étaient plus légères, autour de 210 kg, mais réputées plus rapide que les mâles. Elle allait sûrement essayer de m'atteindre au visage pour me crever les yeux. Au signal elle se jeta sur moi, je para le coup en lui envoyant un énorme coup de poing dans le ventre qui l'étourdi et la fit voler dans le public. Avant qu'elle eu repris ses esprits je lui sauta dessus et la plaqua au sol de ma masse imposante. 1er tour passé pour moi en 15 secondes sans le moindre bobo.
Il y avait eu au 1er tour, 16 combats. Sur les 16 champions Omatikayas, 9 avaient été défait si bien que l'on allait se retrouver au second tour à 7 contre 9. En fait ce fut moi qui eu l'honneur de combattre trois adversaires successivement. Le premier, un mâle, avait eu un œil amoché lors du 1er tour. Par un habile croc en jambe, je le fis tomber au sol avant de le plaquer. Le deuxième, un mâle aussi, était plus costaux bien que un peu lent. Mais de toutes façons il ne faisait pas le poids contre moi et je commença à esquiver ses coups de poings avant de lui donner un gros coup sur la nuque qui le fit tomber au sol. Et hop placage ! Le troisième adversaire était une femelle. Celle ci me donna plus de fils à retordre. Très rapide, elle passa derrière moi avant de s'accrocher à mon cou pour m'étrangler. Je devais aussi penser à protéger mes yeux ce qui m'immobilisait un bras. Mais par un mouvement brusque et coordonné vers l'avant je la fis perdre prise et ce fut moi qui la bloqua au sol.
Le second tour avait réduit l'écart, on était maintenant à 4 contre 4 pour la 3ème manche. La plupart des champions commençait à être mal en point. Seul moi et un de mes concurrents étions un peu près encore frais. Pour faire durer le suspense on ne m'opposa pas à ce concurrent. J'eu a faire à un chasseur vraiment affaibli et je l'envoya au tapis en moins de deux.
Le quatrième tour ne confrontait plus que 2 Omatikayas face à 2 ennemis. Comme au 3ème tour, c'était une championne affaiblie qui me fit face. Plutôt que d'essayer de m'affronter, elle essaya de jouer au chat et la souris, avec moi dans le rôle du chat. Elle y arriva plutôt bien mais elle fini par se fatiguer et j'arriva à la maîtriser après dix minutes de course poursuite.
J'étais maintenant en final. Le combat du quatrième tour avait fini par m'affaiblir. Mon concurrent était un male qui devait faire autour de 270 Kg, c'était toujours 30 de moins que moi, mais il était relativement rapide. J'avais surtout observé qu'il feintait très bien et pouvait changer de type d'attaque sans prévenir. Ainsi il réussit à me mettre plusieurs coups dont un me fit sauter une dent. Là je me mis vraiment en rogne et je le bombarda de coups de poings. Mais il résista pendant près de 10 minutes avant qu'il ne s'écroule au sol, épuisé et en sang.
Voilà j'avais gagné la guerre, un Txep'Menari restait invincible.
Je fus le héros de la journée qui finie par une grande fête entre vainqueurs et vaincus. On gagna quelques peaux et autres objets mais surtout la gloire. Et puis on s'était bien amusé, les spectateurs au moins. Yeux crevés, bras cassés, dents sautées, peaux lacérées, toutes ces blessures allaient se régénérer dans un mois ou deux.
Au terme de mon récit, Angéla fit remarquer : « Ainsi donc le dopage n'est pas interdit chez les Na'vis. »
C'était dit sur le ton de la plaisanterie mais Sylwanin, dont je ne sais qui avait appris le sens de ce mot, le pris très mal. Elle sauta brusquement sur Angéla et d'un air très menaçant dit : « Il a mérité les yeux de feux, ce n'est pas un lâche. Je t'interdis de lui manquer de respect, démon ! »
Puis elle relâcha son étreinte. Et oui les Na'vis sont susceptibles sur ce genre de sujet, surtout ma Tutee. Le moment de partir était venu, c'était clair. Je salua rapidement tout le monde et on sorti de la base.
« Comment peux tu te laisser insulter ! C'était à toi de la corriger ! »
Ca non, Sylwanin n'était pas toujours sortable !
g) Une sacrée soirée
La soirée au Kelutral fut l'occasion d'une nouvelle fête. Il fallait célébrer la victoire de la chasse de la veille dont j'étais le héros. Récits épiques, cuisine élaborée, danses, costumes, musiques et substances euphorisantes, c'était bon d'être un héros. Mais parfois je regrettais l'anonymat que j'avais eu dans mon autre vie, qui me paraissait si lointaine désormais. Je me demandais même si toutes les choses que j'avais laissé sur Terre existaient vraiment.
A la fin des festivités, au milieu de la nuit Sylwanin m'entraîna sur la cime du Kelutral. On avait besoin d'un peu de paix et de solitude. Assis sur une grosse branche, je lui tenais la main tandis que l'on regardait le paysage en silence. Les chasseurs qui faisaient leur tour de garde nous croisèrent sans nous déranger.
« Crois tu que l'on vivra encore longtemps ? »
Cette déclaration de Sylwanin me surpris. On aurait dit que mes doutes avaient fini par l'atteindre.
« Ce n'est pas que j'ai peur de mourir, je crains surtout de te perdre, de perdre l'enfant que je porte, mon clan, mes montures et toutes ces choses… Je suis comme Eywa, je ne vois plus l'avenir depuis l'arrivée de Tawtutes… »
Je lui répondis ce que m'avais dit le Chevalier Démon : « Celui qui aime la vie, reste en vie ! »
Sur ces mots elle se serra contre moi et fit un petit Tsahaylu avant d'aller se coucher. Mais je perçu bientôt une chose anormale. Dans son ventre il y avait du mouvement. Très vite la conclusion s'imposa, l'enfant allait naître !
On descendit alors rapidement pour réveillez la Tsahik. Elle nous annonça qu'il serait de meilleur augure d'aller accoucher devant Eywa. Escortée par 6 chasseurs, elle nous emmena à dos de Palis vers les arbres aux voix les plus proches. Le voyage me sembla interminable mais on arriva finalement sans encombres.
Sylwanin se coucha au pied d'un saule sacré. Je m'assis à ses cotés et je fis le lien mental pour l'aider. J'assista ainsi à la naissance comme si j'étais à sa place. Les autres montaient la garde ou regardaient mais n'intervinrent en aucune façon. L'accouchement en lui même n'était pas douloureux mais plutôt fatiguant. Comme les machines humaines l'avaient montré, c'était bien une fille en parfaite santé et on la nomma Waynilei. La Tsahik la présenta à Eywa en liant sa natte à une branche du saule.
Qu'elle était belle ma Tutee, qu'elle était belle ma Ite. Comme tout était merveilleux, quel chemin parcouru en moins de deux ans. Profites, profites me disais je intérieurement, on ne sait jamais de quoi demain sera fait…
