Chapitre X, Toruk Makto

Résumé :

Tandis qu'un curieux complot se trame, Yerik découvre peu à peu son destin. Il rencontre un vieil ami qui lui fait un précieux mais encombrant présent. Il doit aussi recevoir un personnage aussi puissant que détestable.

a) Le colonel Oméga :

- Vous êtes prêt à déployer le Colonel Oméga à la date dite ?

- Il ne me manque plus que les codes que vous devez me fournir… Mais il va y avoir des victimes, des gens vont forcément résister…

- Toutes luttes entraînent des sacrifices. Mais si on ne fait rien c'est Pandora qui va être pillée. Vous savez très bien que l'Unobtainium va provoquer une l'orgie d'énergie. Si on en extrait 5%, la gravité baissera de 14% et les température de 5°C. De nombreuses espèces vivantes n'y résisteront pas. Et à 20% d'extraction, la vie deviendra impossible ici.

- Cela représente quand même des quantités d'énergies énormes…

- Le projet Alpha du Centaure va consommer plusieurs dizaines de tonnes d'Unobtainium. Bientôt on lancera des engins de ce type par centaines. Chaque terrien voudra aussi voyager dans l'espace. Des milliers de touristes viendront ici, multipliant les risques de contaminations biologiques et dénaturant la culture des indigènes. Sans compter les conflits entre humains que déclencheront le monopole sur Pandora. N'avons nous pas fait suffisamment de mal ici ?

- Sans doute…

b) La cigogne

Sylwanin était maintenant devenue mère. Elle s'occupait très bien de notre fille mais l'allaitement allant durer au moins 2 années terrestres, ses déplacements en dehors du Kelutral allaient être limités. Ultérieurement l'éducation serait prise en charge par le groupe.

En attendant je devais rester vigilant. Mon obsession était d'éviter tous dérapages entre humains et Na'vis. Je faisais donc des rondes régulières entre les différentes installations terriennes.

J'étais sur le tarmac de Hellgates à discuter avec Angéla et Grace lorsque les portes d'un des grands hangars s'ouvrirent. Lentement, très lentement, flottant au dessus du sol grâce à ses sustentateurs à l'Unobtainium, une énorme structure en sorti. Elle était composée d'une longue colonne vertébrale en treillage métallique ou étaient fixés plusieurs éléments cylindriques, sphériques, parallélépipédiques. C'était le vaisseau interstellaire dont on m'avait déjà parlé.

Après être sorti du hangar, l'engin déploya ses radiateurs qui formaient comme d'immenses ailes rectangulaires. Puis il s'éleva dans les cieux dans un silence absolu avant de disparaître. Angéla précisa :

« Ce n'est qu'un vol d'essai, le vaisseau sera de retour dans quelques jours. Il s'appelle Deap Space Ship One. Je le trouve plutôt moche et pour moi il mériterait le surnom de Mante Religieuse mais généralement on le surnomme la Cigogne, parce qu'il va loin… »

Sur ce mot mon sang se glaça. Je me souvins alors du rêve de mon Uniltaron. Le monde était en feu et je m'envolais vers une étoile avec une sorte de cigogne. J'avais horreur des prophéties, surtout quand elles avaient l'air de se réaliser ! Mais je n'en parla à personne. Je sais, c'était lâche, encore une fois, mais je me sentais impuissant et je ne voulais pas briser le rêve.

c) Un vieil ami

Après cette vision, j'ai eu l'envie de m'isoler. Je me suis posé avec mon Ikran sur un piton rocheux et j'ai regardé le paysage. Comme imaginer que cette vaste forêt aux arbres herculéens reposant sur de solides rochers pouvait être menacée de façon catastrophique. Je n'avais pas fait grands choses pour tenter de percer les secrets des projets humains, notamment du Bunker. Mais il fallait bien respecter le traité !

« Moi aussi j'ai fixé des années durant cette horizon à le recherche d'une réponse… »

Qui venait de me parler ! Je tournais la tête et je découvris à quelques mètres de moi le Chevalier Démon. Il était assis et regardait au loin paisiblement. Je réalisais que lui aussi avait du manger la chair de Toruk, ses pupilles rouges masquant partiellement les flammes dans ses yeux. Je savais que ce fauve pouvait changer d'attitude en quelques instants et je mis ma main sur mon poignard, prêt à dégainer.

- Tu es grand, tu es fort, la chair de Toruk à fait son œuvre. Tu as pris femme et tu as eu un enfant. Tu es gâté par Eywa.

- Euh… Je… J'ai parlé aux Tawtutes de ton cas. Il faudrait qu'ils puissent t'examiner pour pouvoir t'aider.

- Je serai bien content de les voir. Mais si on va dans leur base, je crains de devoir tuer tous les Na'vis qui s'y trouvent.

- Bien entendu, je vais les appeler pour qu'ils viennent ici.

Utilisant mon téléphone, je contacta le contrôle. Grace et Angéla étaient disponibles. Elles prirent le premier GraMaCar qu'elles trouvèrent et s'envolèrent vers moi. J'hésita un instant. Les humains me demandèrent si on ne pouvait pas en profiter pour liquider le Chevalier Démon. Après tout c'était la terreur des Na'vis. A lui seul il représentait 5% de la mortalité de la planète. Mais j'ai refusé, ça aurait été lâche. Et puis ça pouvait très bien échouer, il valait mieux le mettre de notre coté en lui faisant des promesses.

L'engin arriva au dessus du piton. Ses armes étaient braqués sur l'agresseur potentiel, les ordinateurs de bord pouvant réagir en un dixième de seconde en cas de gestes agressifs. Difficile de dire si il en avait conscience, il ne laissait rien paraître. Je lui ai dit de surtout ne rien tenter.

« Ais confiance, seuls les Na'vis sont mes proies. »

Angéla débarqua tandis que Grace restait dans la cabine, par prudence mais aussi parce que le roc était trop abrupte pour un corps humain.

Il se déroula alors une étrange consultation. L'avatar examinait le corps du Démon Blanc en suivant les instructions de Grace. Moi je me tenais à une courte distance sans intervenir.

Au départ Angéla n'en menait pas large. Le Na'vi albinos semblait apprécier que l'on s'occupe de lui. Il lorgnait sur le corps de son examinatrice et lui lâchait des sourires difficiles à interpréter. Il accepta piqûres et prélèvements divers sans sourciller. Progressivement, presque sans un mot, il se développa entre ses deux personnages une interaction étrange, ces deux démons semblant attirés l'un par l'autre.

- Voilà c'est terminé fit finalement Angéla. Il faudra un certain temps pour que l'on puisse savoir quoi faire. Finalement vous n'êtes pas si méchant que ça.

- Je sais qui sont mes amis.

L'avatar esquissa un sourire, puis rembarqua dans le GraMaCar. Les Tawtutes repartirent comme ils étaient venus, sans incidents. On était de nouveau seul. Le Démon Blanc déclara alors :

« Je n'ai jamais trouvé de cadavre aussi aimable. Eywa à bien tort de se méfier… Yerik, tu as tenu parole, tu aurais pu me faire tuer par tes maîtres. Maintenant il est temps de te récompenser… »

En un éclair il bondit et d'un coup de main m'arracha le téléphone des mains pour le projeter loin dans la forêt.

« Tu n'as plus besoin de ça désormais. Tu es le plus fort des Na'vis maintenant et une proie digne de moi. Défends ta vie ! »

Ca y était, le monstre venait de se réveiller ! Il me laissa le temps de réagir mais j'en profita pour sauter sur mon Ikran et tenter de m'échapper.

« Tu portes bien ton nom, Yerik ! Mais tu ne peux pas t'échapper éternellement. Un jour il faut affronter son destin. »

Toruk sorti alors brutalement de la canopée et le Chevalier Démon sauta pour le chevaucher. La poursuite commença alors. J'avais une petite avance et je comptais l'utiliser pour me diriger vers Hellgates et me mettre sous la protection de ses armes. Mais mon poursuivant tira une puissante flèche qui atteint Coco à l'aile gauche. Ma monture perdit alors progressivement de sa force et Toruk me rattrapa. Je n'avais pas d'autres choix que de plonger dans la forêt. Je laissa mon Ikran s'échapper dans une autre direction et je continua à pied.

Malgré son envergue gigantesque, l'énorme volatile parvenait à me suivre en zigzaguant d'un arbre à l'autre. Je jeta un œil en arrière, le Chevalier Démon n'était plus sur sa monture. Au détour d'un arbre il surgit et me fit face. Par un coup de pied bien placé m'envoya au sol.

« C'est la dernière fois que je te laisse te reprendre. La prochaine fois je te tue ! »

Le combat à mort commençait, je ne pouvais plus me défiler. On était de la même taille, sans doute de la même force, mon poignard valait le sien mais il avait des siècles d'expériences. Je devais parer ses coups de dague mais en même temps surveiller ses coups de pieds et de poings. Il était rapide et je réagissais juste assez vite. Se défendre c'était bien, mais il fallait aussi penser à attaquer pour gagner. Et j'avais bien du mal à imaginer une tactique. D'un coup de dague il frappa ma main gauche et me trancha plusieurs phalanges. La lutte prenait mauvaise tournure. Mais je ne pouvais pas mourir maintenant ! Je devais l'emporter !

J'eu alors l'idée de lui projeter dans les yeux le sang qui coulait de ma main. Il fut un moment déstabilisé et d'un coup sec je lui arracha sa dague et plusieurs doigts. Je pris alors le dessus et lui porta plusieurs coups sur les membres et dans le ventre. Blessé, il tomba sur le sol mais je cessa mes assauts.

- Bravo Yerik tu as gagné, tues moi maintenant !

Incroyable je l'avais vaincu et à la loyale en plus ! C'était comme avoir gagné la coupe du monde. J'avais gravi la dernière marche. Il me demandait de le tuer mais pour moi c'était comme abattre un vieux chêne.

- Et pourquoi devrais je te tuer ?

- Je suis défait, Toruk est à toi désormais. Je n'ai plus de raison d'être.

- Tu es un grand combattant et par les temps qui courent ça pourrait servir. Autant que ta mort soit utile.

- Je me sacrifierai sur ton ordre alors, Yerik Txep'Menari, Toruk'Makto.

- En attendant restes à ma porté mais caches toi. N'agresses aucun de mes frères et bien sûr aucun Tawtute.

Il me jura que oui et disparu dans la nature. Pouvais je lui faire confiance ? J'espérais ne pas avoir commis une erreur.

d) Toruk Makto

Toruk qui avait assisté au combat, se dirigera vers moi. Je ne savais pas trop quoi faire mais il s'inclina. Fais le lien idiot me dis je ! Je pu me lier à lui sans problèmes. Faire corps avec un animal si énorme était prodigieux. Son énergie remplissait mon corps et mon esprit. Son âme était pleine de batailles épiques contre toutes sortes d'animaux. Il avait goûté la chair de nombreux Na'vis et ma foi cela avait l'air bon.

D'un coup d'ailes il bondit au delà de la cime des arbres et je fis le tour de la planète. Un voyage non stop qui dura un peu plus de deux jours, seul avec lui. Contrairement aux Ikrans, il pouvait me porter sans faiblir. J'étais comme hypnotisé et fasciné par sa puissance. Les Na'vis que je croisais s'approchaient brièvement pour me saluer. Nul doute que la planète entière serait mise au courant rapidement : Toruk Makto était revenu, le Chevalier Démon avait été défait !

Effectivement lorsque je revins dans mon Kelutral, l'ambiance était fébrile. Sylwanin se jeta dans mes bras. Puis elle se tourna vers le clan qui s'était réuni autour de moi, à bonne distance de Toruk toutefois :

« Toruk Makto est revenu, l'heure de la revanche est arrivée ! »

Il pouvait être grisant d'être le héros et le chef. Toutefois je n'ai jamais vraiment recherché les honneurs. Avec eux, venaient les responsabilités et les ennuis qui allaient avec. J'aurais tellement voulu vivre ma petite vie de Na'vi tranquille. Mais voilà j'étais Toruk Makto, alors on attendait de moi que je fasse la guerre aux humains car c'était suggéré dans la tradition. Que mes frères pouvaient être naïfs ! C'était sans doute pour cela que Eywa m'avait choisi. Il fallait les détromper rapidement. Je pris donc la parole :

« J'ai défait le Chevalier Démon ! Et désormais je suis le Toruk Makto. Si Eywa m'a fait cet honneur c'est pour vous guider à travers les défis qui nous attendent. Je vous demanderai donc de strictement m'obéir. Et pour l'instant on ne change rien. »

Une certaine déception parcourue l'assistance. Ils attendaient un miracle que je ne pouvais pas leur donner. Toruk était puissant mais face à un robot de combat ce n'était rien d'autre qu'une cible facile. Il fallait rester lucide. (n'est ce pas Jake !)

Je me rendis immédiatement à Hellgates, où on s'était bien sûr inquiété de ma disparition. En fait peu après ma victoire contre lui, le Chevalier Démon avait utilisé mon téléphone pour appeler Angéla. Il avait du observer comment je m'en étais servi. Il était sérieusement blessé et avait demandé de l'aide. Ce furent les humains qui le sauvèrent d'une blessure mortelle au ventre et l'emmenèrent dans un endroit discret.

Bien entendu mon histoire de Toruk Makto les intéressèrent mais il y avait plus urgent. Dans deux jours arrivait le Vice Président Nicolas Gore avec des journalistes et d'autres VIP, dont Bill Jobs, le patron d'Applesoft et accessoirement de la RDA ! Il fallait organiser une tournée promotionnelle sur Pandora car les élections approchaient. Tous devaient être impeccable et évidemment aucune VIP ne devait finir dans la gueule d'une quelconque bestiole. Heureusement les journalistes étaient en fait des militaires et n'iraient pas mettre leur nez n'importe où. De plus toutes les peoples étaient déjà au courant de l'existence de Pandora, le but était surtout de faire de belles images avec les indigènes.

e) Le clown

On était le 15 mars 2016. J'avais réuni sur le tarmac de Hellgates une dizaine de Na'vis en tenue de parade. J'étais présent ainsi que le chef de mon clan, du clan voisin, Sylwanin et notre enfant. Tous parlaient anglais et étaient habitués à l'homme. Pour être mis à hauteur humaine, on avait posé devant nous un plancher surélevé de 90 cm. On avait refusé de rester assis pour des raisons d'amour propre.

Le GraMaShip arriva avec une heure de retard et se posa dans l'un des grands hangars. Musiques et petites démonstrations militaires précédèrent l'ouverture de la porte arrière du vaisseau spatial.

Le Vice Président et sa suite se dirigèrent d'abord vers le général Bush flanqués de ses officiers. Après quelques courtes palabres, ce dernier nous présenta alors :

« Oh, comme ils sont grands, comme ils sont bleus ! Ils ont fières allures ces gaillards ! »

On lui avait donné des fiches sur chacun de nous mais il se mélangea et me pris pour un autre. Je dissipa le mal entendu :

- A oui alors c'est vous le clone mais je ne vois pas d'antenne sur votre tête.

- M. le Vice Président, on faut parler d'avatar. Et l'antenne est interne mais elle est HS en ce qui me concerne.

- C'est l'histoire du transfert de cerveau ou quelques choses comme ça. Et là c'est votre poulette et votre minot.

Sylwanin portait l'enfant sur son ventre par l'intermédiaire d'un harnais. Le Vice Président Gore se mis alors à toucher la mère et le bébé sans beaucoup de précautions :

« C'est une fille ou un garçon ? En tous cas il a la peau douce, comme vous d'ailleurs… Madame vous pouvez monter votre bras, là… Voilà il faut cacher vos seins, c'est pas qu'ils soient moches, au contraire, mais chez nous il faut pas les montrer à la TV. Un petit sourire madame Silvanide… »

Ma Tutee se soumis péniblement à cette mascarade. Je savais très bien qu'elle supportait difficilement qu'un humain touche à elle et encore moins à son enfant. Et ce personnage était si impoli tout en empestant le déodorant ! Heureusement le bonhomme était pressé et rapidement il changea de sujet. Toutefois je n'échappa à un reproche :

« Comment peux tu le laissez nous traiter en enfants. Tu es Toruk Makto, tu es son égal. Nous ne sommes pas ses sujets. »

Elle n'avait pas compris le sens du traité. De fait nous étions bien les sujets des humains.

Pour nous, la suite du programme se passait à l'école. On avait une heure pour y aller et y préparer un spectacle que l'on voulait comme le clou de la visite. On avait réuni des enfants et des danseurs, en tous une centaine de Na'vis. Les Ikrans et mon Toruk étaient alignés au sommet des falaises qui entouraient le site de l'école. Angéla et Pierrette étaient aussi présentes.

Le GraMaCar des visiteurs se présenta avec un assez long retard. Un chef doit toujours se faire attendre ! Evidemment le Vice Président n'avait pas perdu de ses mauvaises manières :

« Ainsi donc vous conduisez ces dinosaures volants. C'est bien pratique mais quand il pleut on doit être mouillé. Le votre est le gros rouge, hein ? Ca doit consommer autant qu'une Ferrari ! »

Ensuite la visite d'une classe était prévue. Les assistants du VIP distribuèrent des petits drapeaux américains aux enfants.

« Ceux là ils sont à ma taille ! »

L'invité s'arrêta devant une enfant, un caméraman filmait toute la scène :

- Bonjour ma petite, comment tu t'appelles ? – la fillette devait être plus grande que lui.

- Je m'appelle Swahini.

- Et tu habites où ?

- Au Kelutral des Omatikayas.

- A oui dans un grand arbre creux comme Peter Pan. Quand j'étais gamin je rêvais de vivre dans une cabane dans les arbres. Et tu veux faire quoi quand tu seras plus grande ?

- Je serais chasseresse.

- Ah bien sûr, courir après des petits animaux, ça doit être rigolo ! Ca te plairai de venir sur la Terre ? Tu verras on a des maisons aussi grandes que vos arbres. Et il y a plein de choses amusantes. – Je m'étais rapproché du père de Swahini qui semblait inquiets de l'invitation du visiteur.

- Je ne sais pas. Il fait parfois très froid et puis il faut que ma famille soit d'accord.

- Ah, elle est bien mignonne ! Si tous nos écoliers étaient comme ça.

Ensuite eu lieu en extérieur un spectacle de danse. Les spectateurs étaient abrités sous une tente, les pluies étant fréquentes. Le Vice Président regardait d'un œil distrais, lâchant des remarques pas toujours judicieuses à ses conseillers. Il essayait d'être vaguement discret mais les oreilles Na'vis sont fines :

« Ils feraient un tabac à Broadway ! » « J'ai des relents d'hydrogène sulfuré dans mon masque, cette planète pue vraiment du cul ! » « Tiens cette petite bleue là je la mettrai bien dans mon lit ! » « Ca doit être pratique leur queue pour faire le ménage dans les coins. » « Ca me rappelle une visite dans une réserve indienne, enfin là bas ils étaient tous bourrés… » « Lorsqu'on va montrer ces schtroumfs à la TV, je vais prendre 30% dans les sondages d'un coup… » « Cette planète est un vrai jackpot… » « L'atmosphère est pleine de CO2 ici, pourtant ça n'a pas l'air de trouer la couche d'ozone de l'effet de serre… » « Heureusement qu'ils n'ont pas inventés les soucoupes volantes avant nous, sinon c'est nous qui devrions danser devant eux. » « Faudrait absolument enfouire rapidement toutes nos poubelles, sinon on va encore me traiter d'écolo faux cul… » « Les ligues de vertus vont nous faire chier parce que on voit trop leur nichons et leur derrière… » « Alors avec leur queue de cheval il paraît qu'ils peuvent lire les pensées de leur voisin. Heureusement qu'on a pas ça nous, on aurait du mal à faire de la politique… »

Pendant le spectacle, Bill Jobs m'approcha. Il me demanda si il était possible d'implanter des hôtels ! Mais pour millionnaires quand même, on allait pas envoyer des prolos sur Pandora ! Je lui répondis que ce n'était pas une décision que je pouvais prendre seul. Il me montra aussi son nouveau gadget électronique et pendant que je l'avais en main un photographe me tira le portrait. J'imaginais quelques semaines plus tard ma photo sur tous les murs de la Terre avec comme slogan : « Même sur Pandora je ne peux pas me passer de mon I-Shit ! ». Enfin il essaya de me faire signer un contrat épais comme un annuaire pour avoir les droits de publication sur mon histoire, etc… Je lui dis gentiment que ce n'était pas le moment et qu'il devrait plutôt voir le Eric Connor humain. Tel que je me connaissais, il allait sûrement se faire rouler, mais franchement ce n'était plus mon affaire.

Le Vice Président et sa suite repartirent avant la fin de journée pour visiter je ne sais quelle installation. Ils quittèrent la planète le lendemain.

Sa prestation eu un effet désastreux sur mes frères. Comment le futur chef suprême des humains pouvait être aussi vulgaire et méprisant ! Il avait traité les Na'vis comme des gosses ou d'obscures peuplades folkloriques. En réalité on n'était qu'une ligne, certes un peu grosse, sur son agenda, je connaissais les politiques. Pour ma part, il nous aurait jeté des cacahuètes que cela ne m'aurait pas surpris. Je revoyais alors les images d'indiens d'Amérique avachis au pied de baraques pourries et complètement défoncé à l'alcool. J'imaginais que l'on soit réduit à faire des danses folkloriques et à vendre des babioles devant des hordes de touristes... Et avec des autocollants Applesoft sur Toruk… Finalement c'était peut être ça la mission que m'avait confié Eywa…