Chapitre XI, La course à l'abîme

Résumé chapitre XI :

Yérik vit ses derniers instants de calme sur Pandora avant le déclenchement de terribles évènements.

a) Le calme avant la tempête :

Ce matin là j'étais avec Sylwanin et Waynilei pour une séance familiale dans un coin tranquille du Kelutral. Waynilei n'avait que 1 mois et elle tétait goulûment sa mère. Jusque vers l'âge correspondant à 7 années terrestres environ, les parents, la mère comme le père, pouvaient faire le lien mental avec leur enfant.

Cela présentait plusieurs avantages. D'abord on pouvait contrôler ce qui sur Terre obligeait à mettre des couches aux bébés. Mine de rien c'était un plus appréciable. Ensuite les parents pouvaient réguler l'équilibre psychique de leur enfants. Les Na'vis n'avaient pas de maladies mentales mais les jeunes avaient toujours des craintes face à un monde parfois difficile à comprendre et dangereux comme Pandora. Enfin on pouvait échanger des images mentales pour compléter l'apprentissage d'une façon qui s'avérait parfois bien plus efficace que des mots.

Alors que pensait Waynilei à cet âge ? Et bien elle se disait que le lait était très bon. Que sa mère était très douce et qu'elle avait peur de s'en éloigner. Elle aimait aussi bien ma présence, mais que j'étais un peu inconfortable, trop de muscles sans doute ! On pouvait aussi lui raconter des histoires mentales mais à cet âge ses réactions étaient encore assez basique et difficile à déchiffrer.

Dire que moi je n'avais jamais connu de tels rapports avec mes parents. Ceux de mon âme étaient des humains, donc avec un contact limité, d'autant qu'ils étaient assez distant. De ceux de mon corps, des Na'vis, je n'avais aucun souvenir.

b) La bavure :

Une vibration à ma ceinture me fit sortir de mes rêveries : mon téléphone sonnait et en mode urgence ! Aïe !

C'était le général Bush en personne qui m'appelait :

« Yerik on a un gros ennui à New Alcatraz ! Un UGV a abattu quatre Na'vis. On pense que c'est un bug informatique. Il faut que vous alliez vite là bas, la situation est tendue. »

Une bavure ! Il venait d'arriver ce que j'avais toujours craint. Mais c'était une machine qui avait merdée et pas un humain. Ca je m'y attendais moins.

Waynilei se mit à pleurer. C'était en fait la peur de sa mère qui l'avait effrayée :

- Yerik, c'est peut être un piège ?

- Possible mais si ils veulent me liquider ils savent ou me trouver de toutes façons. Je dois y aller !

- Fais attention, les Tawtutes sont vicieux.

Je donna mon téléphone à un chasseur qui allait faire le voyage sur Toruk. Il allait être escorté par quatre Ikran Makto dont moi sur mon Ikran Coco. Ainsi en cas d'attaque humaine, il était logique de penser que Toruk, signalé par mon téléphone, essuierai les premiers tirs et que j'aurais le temps de me dégager. Mes frères trouvaient cette tactique du bouclier humain, enfin Na'vi, pas très élégante mais comme on dit : « à la guerre comme à la guerre ».

Je donnais des instructions mentales à Toruk sur la marche à suivre. Il accepta de prendre sur son dos un autre que moi. Bien-entendu celui ci ne ferait pas le lien. Au cas ou je serais en difficulté, ma royale monture viendrait à mon secours.

Toutes ces précautions s'avérèrent inutiles et le voyage de 400 Km vers New Alcatraz si fit sans encombre. On arriva à la tombée de la nuit après avoir profité d'un beau couché de soleil.

Ce fut le commandant Chacon qui nous reçu. Il semblait sur la défensive et ses gardes armés étaient nerveux. Je laissa mes gardes du corps en retrait et je m'avança vers lui. L'affaire était la suivante : le matin cinq Ikran Makto s'approchaient pour se poser sur l'île. Un UGV de surveillance se mit à tirer à la mitrailleuse, sans raisons apparentes, sur quatre d'entre eux à moins de 200 mètres. Ces malheureux et leur monture ont tous été sérieusement touchés. A mon arrivée trois étaient déjà mort tandis qu'un autre agonisait, refusant tous soins de la part des humains. Quant au cinquième Na'vi, il s'était enfuit.

On se dirigea immédiatement vers le survivant. Il était allongé sur le sol et encore conscient. Autour de lui gisait les corps de deux de ses camarades. L'un d'eux n'avait plus de tête. Quel gâchis ! J'étais en colère mais je ne le montrais pas. Le blessé avait pris deux balles dans le tronc. Les blessures n'étaient pas belles et il était déjà très affaibli. Quant il nous a vu arriver, il accepta de se laisser soigner. Il nous demanda aussi ce qu'il était advenu de son Ikran. Les Na'vis ne mentant jamais, on du lui dire que celui ci était mort. Il en fut bien sûr meurtri.

Bien qu'on avait tous des connaissances médicales, le mieux aurait été d'avoir une Tsahik avec nous. Il allait falloir faire sans. Après lui avoir donné des drogues, l'opération commença à même le sol. J'étais de la partie avec mes chasseurs. Un humain n'aurait jamais survécu à une telle épreuve, ne serait ce qu'en raison des risques d'infections. Finalement après deux heures d'efforts on a fini par tout remettre en place. Mais le blessé était très faible et il faudrait attendre le lendemain pour savoir si il était tiré d'affaire ou non.

Ensuite on rendit un hommage aux morts, Na'vis et Ikran, avant de les enterrer. Suivant la coutume on coupa les nattes pour les rendre à leur clan. Puis je confia ces effets à deux de mes chasseurs pour qu'il aille les ramener et surtout désamorcer toutes contres attaques.

Il était temps maintenant de passer à la phase engueulade ! Comment ce robot avait il pu faire feu sans ordres ? Le commandant Chacon n'en savait rien, l'informatique c'était pas son truc. Et de fait, ni le général Bush, ni le service informatique n'avaient la moindre idée. Les programmes étaient conçus sur Terre et étant donné les lenteurs des communications, on n'aurait pas la réponse tout de suite. En attendant le robot coupable avait été désactivé. J'osa enfin la question qui fâche :

- Est il envisageable que la machine ait été téléguidée par un opérateur humain ?

- C'est impossible voyons ! Pour quelle raison quelqu'un aurait il fait une chose pareille me dit un gars du service informatique.

- Ce n'est pas ma question. Peut on téléguider ces machines oui ou non ?

- Oui on peut mais cela laisse des traces.

- Des traces informatiques je suppose. Des traces que l'on peut effacer.

- Ce système est très sécurisé. On ne peut pas le pirater comme ça.

Personne ne savait rien, personne n'avait d'explication, personne n'acceptait de se remettre en cause, une vrai administration à la con ! Pour la première fois j'ai vraiment eu envi de casser du Tawtute ! J'ai décidé de me retirer :

« Bon commandant, j'en ai eu assez pour aujourd'hui. Je vous laisse, on passe la nuit ici, sur la plage du lagon. On verra ça demain. Et faites gaffe à vos cerbères métalliques ! »

c) L'amour interdit :

Plutôt que de me venger sur mon téléphone, je suis parti courir dans les bois, filant quelques bourres pifes à d'innocentes plantes. Je me posais sans cesse la question : me mentent ils ou ne savent ils vraiment rien ? Ou alors voulait on me faire passer un message en langage mafieux : tiens toi à carreau ? Pourtant j'avais toujours été loyal !

Cette petite balade dans l'île m'a finalement détendu. Je revoyais les paysages et les sensations que j'avais découvert lors de mon arrivé sur Pandora. En deux ans à peine il s'était passé tellement de choses si exaltantes. J'avais finalement eu beaucoup de chances, j'étais le seul humain à avoir vécu cette expérience. J'étais maintenant Toruk Makto, grand, beau, fort, intelligent, respecté, lié à la plus belle des Na'vis et déjà père. Mais je sentais bien que je n'étais pas maître de mon destin, j'étais coincé entre Eywa et les humains. N'importe quoi à n'importe quel moment pouvait me tomber dessus, je le savais.

J'étais toujours plongé dans mes réflexions lorsqu'au détour d'un bosquet je surpris un couple enlacé. Je reconnu immédiatement le mâle à sa peau blanche, c'était le Chevalier Démon. Pour la femelle c'était moins évident mais finalement j'ai reconnu Angéla. Je savais qu'elle s'occupait de ce gaillard sur l'île un jour sur trois mais pas de si près. Ils n'avaient pas encore fait le lien alors ils finirent pas remarquer ma présence. Le Na'vi albinos me salua respectueusement et me dit qu'ils s'étaient accouplés il y a déjà une semaine. Mais comme ce n'était pas devant Eywa, ils n'auraient sans doute jamais d'enfants. Angéla était plus gênée :

- Euh… c'est une occasion unique d'améliorer nos connaissances sur la biologie des Na'vis…

- Je n'en doute pas. C'est ce qui s'appelle lier l'utile à l'agréable ! Mais je ne vous juge pas, ce n'est pas mon problème. Par contre je doute que mes frères apprécient cela alors soyez discret.

Et Vrrtep Makto n'oublies pas le serment que tu m'as fait.

- Mes blessures sont presque toutes effacées, je suis à ta disposition Toruk Makto.

Angéla s'interposa :

- Ne lui fais pas de mal, ce n'est pas de sa faute si il a commis toutes ces choses. Sa vie n'a été que solitude et rejet, il a le droit à une seconde chance.

- Angéla ton jugement est sous doute légèrement altéré. Pour l'instant je ne lui demanderai rien mais un jour il devra faire face à son destin, comme nous tous. En attendant profitez en.

d) Rébellion

Alors que je m'éloignais de ce bien curieux couple, j'entendis de nouveau Angéla m'interpeller. Apparemment il y avait un problème du coté de Hellgates.

« J'entends des tirs, des explosions, des cris. Ce n'est pas bien loin, les lumières de ma cellule vacille. Je… »

Son avatar s'effondra dans les bras du Chevalier Démon, complètement inanimé : la liaison avait été coupée !

Je pris mon téléphone et je demanda le central : plus rien ! Je tenta de joindre le commandant Chacon, qui n'était qu'à quelques kilomètres : rien aussi, tout était coupé ! Je jeta un œil vers le ciel, le GraMaCar de surveillance et de liaison était toujours là.

« Je n'aime pas ça du tout ! Chevalier Blanc, surveilles le corps d'Angéla et restes ici, je vais voir au camp de l'île. »

Je couru aussi vite que possible vers le camp en prenant au passage un de mes chasseurs. Les baraquement humains étaient tranquilles, la nuit étant déjà bien avancée. Le factionnaire dans se guérite grillagée roupillait. Je me risquais :

« Soldat debout ! »

Il sursauta et j'ai bien cru qu'il allait me tirer dessus mais se ravisa rapidement.

« Il y a un gros problème avec Hellgates ! »

Il essaya de joindre la base et là aussi son téléphone était bloqué. Il ne pouvait même pas contacter son chef qui se trouvait à 50 mètres.

On alla donc le chercher en tambourinant sur les parois du container qui lui servait de chambre. On réveilla par la même occasion toute la garnison.

Bien vite on fit un terrible constat : toutes les communications étaient coupées. Les robots, les serrures de l'armurerie et tous les autres systèmes sensibles n'obéissaient plus. C'était normal car ils demandaient tous une confirmation électronique de Hellgates avant d'obéir. Et comme toutes les communications étaient coupées…

Toutes les hypothèses étaient passées en revue : attaque chinoise, mutinerie et bien entendu assaut Na'vi :

« Mes frères n'auraient pas attaqués sans moi répondis je ! Et puis on aurait jamais pu couper toutes les communications. »

Le commandant était dépassé et ne savait pas quoi faire, alors je pris l'initiative :

« Il faut nous préparer à une attaque, forcez les portes de l'armurerie et transférez les armes, un maximum de matériel et des vivres dans des grottes bien à l'abri. »

Bonne idée apparemment puisque tout le monde s'exécuta. La garnison ne comptait qu'une quinzaine d'hommes et de femmes. C'était peu mais le contenu de l'armurerie était considérable. La serrure fut rapidement découpée au chalumeau puis on commença à évacuer toutes les caisses : grenades, plastique C4 à déclenchement à distance, fusils d'assauts, fusils à lunettes, mines et même missiles sol-air. Ensuite on déplaça des vivres et mêmes des meubles. Le tout fut installé dans plusieurs grottes voisines bien recouvertes par la végétation et protégées par des pics rocheux. A la fin du transfert j'envoya un de mes deux chasseurs restant vers Hellgates pour me faire un rapport. L'autre veillait le blessé tandis que j'espérais que ceux que j'avais envoyé en mission vers le clan des victimes allaient revenir rapidement.

Et puis on commença à attendre. On ne m'avait pas proposé d'armes humaines mais il était vrai que je n'en avais pas demandé. J'hésitais : je pouvais partir maintenant et aller voir ce qui se passait à Hellgates. Mais en poussant Toruk au maximum il me faudrait quand même presque 6 heures. Et en 6 heures il pouvait s'en passer des choses… C'était terrible car mon clan était aux premières loges. J'espérais que Sylwanin n'allait pas se lancer dans des initiatives malheureuses. Je soupçonnais que la bavure de ce matin avait sûrement eu pour objectif de m'envoyer loin de ces évènements.

Finalement mes deux envoyés revinrent au cours de la nuit. Suivant mon ordre, le clan des victimes avait décidé de ne pas se lancer dans une expédition punitive. Leur chef avait envoyé deux chasseurs pour veiller sur le survivant.

Le reste de la nuit je la passa à discuter avec les soldats. Il avait l'esprit plutôt étroit mais c'était finalement de braves types. La plupart s'ennuyaient à mourir ici et attendaient la quille. Certes Pandora c'était joli mais il fallait faire attention en permanence à tout un tas de bestioles et de plantes. Les bains de mer étaient interdits à cause des masques et d'une eau corrosive. Alors après avoir fait des patrouilles sans intérêts sur des chemins balisés, ils passaient des heures à entretenir le matériel et ensuite ils finissaient la journée dans un dôme gonflable qui servait de mess. Jeux vidéo, films, jeux de cartes et musculation, étaient les activités préférées. Mais ça manquait de femmes et d'alcool. Les Na'vis étaient pour eux des sauvages arrogants. Ceux qui passaient sur l'île leur jetaient des regards hautains sans dire un mot et sans tenter d'établir le moindre contact. Pourtant ils auraient bien voulu échanger des trucs pour avoir un souvenir à ramener chez eux. Un arc Na'vi sur une cheminée, ça aurait été classe. L'un d'eux envisageait quand même de rester ici pour monter des safaris pour des touristes. Les indigènes dans le futur, on allait leur filler des allocs pour qu'ils s'achètent des TV. Le problème principal c'était qu'ils risquaient de devenir champion du monde de baskets, de course à pied, de sauts en hauteur…

e) Ordre 56

Enfin le matin un GraMaCar arriva sur l'île. Il la survola à basse altitude et par ses hauts parleurs une voix inconnue dit :

« Ici le colonel Oméga, j'assume désormais le commandement. Le général Bush est mort. Une mutinerie a éclatée à la base Alpha. Elle a été mâtée mais les réseaux de communications restent coupés. Je demande l'exécution immédiate de l'ordre 56. Pour les Na'vis il n'y aucune modification à nos relations. Nous leur demandons juste de ne pas pénétrer dans l'enceinte de la base Alpha dans les jours qui viennent pour leur propre sécurité. L'avatar d'Angéla doit être aussi évacué. »

On m'expliqua que l'ordre 56 imposait l'évacuation totale du camp et la destruction de tout ce qui ne pouvait pas être emporté, les armes en premier lieu bien évidemment. Je me retourna vers le commandant Chacon :

- Vous connaissez ce colonel Oméga ? C'est peut être un piège ?

- Non je ne connais pas ce type. Mais c'est un de nos appareils, c'est certain.

Comme on en se manifestait pas, l'engin changea de discours :

« Je demande au commandant Chacon de se manifester immédiatement, sans quoi l'île sera bombardée suivant la procédure 14. »

- Il ne plaisante plus ! La procédure 14 c'est les gaz de combats pour éliminer les mutins humains me dit Chacon.

- Et bien je vois que tout à été prévu. Y a t'il un ordre pour éliminer les Na'vis ?

- Oui Yerik il y en a un. Mais je ne vois pas de raisons pour ne pas obtempérer.

- OK obéissez mais laissez nous une partie des armes et détruisez le reste. Vous avez ma parole que je les rendrai si je vois que tout revient à la normale.

Le commandant me regarda d'un air étonné : laisser un pareil arsenal à des sauvages c'était strictement interdit. Et bien entendu il savait que j'étais au courant.

- Je pense qu'on peut vous faire confiance mais je risque quand même la cour martiale !

- Et si vous vous jetez dans la gueule du loup, on risque quoi ? Je vous défendrais comme un frère si on vous cherche des noises.

Il accepta alors ma suggestion, je dois avouer que c'était assez inattendu, ma demande étant quand même très osée. Il envoya ses hommes se manifester. Lui seul restait avec moi et mes chasseurs dans les grottes. On évacua alors près du tiers des armes, explosifs et missiles en priorité. Puis le commandant mina les grottes et fit sauter le stock restant. Il restait à espérer que le GraMaCar n'avait pas repéré notre manœuvre malgré l'épaisseur des feuillages.

On enterra notre trophée en plusieurs endroits distincts tandis que les hommes faisaient sauter un à un véhicules, baraquements, antennes… Finalement ils embarquèrent dans le GraMaCar. C'est moi qui amena le corps inanimé de l'avatar d'Angéla. Le Chevalier Blanc était visiblement très affecté. J'essaya de le rassurer mais en fait je ne pouvais rien affirmer. J'en profita pour constater que la cabine de l'engin était vide, il n'y avait pas un seul membre d'équipage.

Je salua une dernière fois le commandant Chacon et le GraMaCar décolla. Une machine similaire surplombait toujours l'île, immobile. Elle se mit alors subitement en mouvement et quitta elle aussi la zone. Désormais il n'y avait plus de présence humaine à New Alcatraz tandis que mon téléphone restait toujours muet.

f) Retour à la maison

- Toruk Makto, c'est un grand jour, les Tawtutes commencent à reculer !

- J'ai bien peur qu'il faille plutôt s'inquiéter de ce qui se passe. Je sens un grand malheur arriver. Que les clans les plus proches de l'île viennent progressivement et surtout discrètement récupérer les armes Tawtutes. Ensuite vous les ramènerez près de mon Kelutral dans les caches convenues. Vous avez interdiction de les utiliser sans mon autorisation.

- Bien Toruk Makto.

Je laissa partir en avant mes chasseurs pour pouvoir retrouver le Chevalier Démon. Sans monture, il était coincé sur l'île. Je l'emmena sur Toruk jusqu'à la côte.

- Retrouves un Ikran et soit à ma disposition au rendez vous convenu.

- Je t'attendrai noble parmi les nobles. Et pour Angéla ?

- Je ne sais pas mais prépares toi à ne jamais la revoir.

Le soir venu j'étais de retour chez les Omatikayas. Des guetteurs surveillaient en permanence Hellgates et ils me firent un rapport détaillé de ce qu'ils avaient vu :

« Au tiers de la nuit, les machines à forme humaine ont lâchés leur outils et pris des armes. Puis elles ont pénétrés et attaqués les maisons des Tawtutes. Les machines guerrières sont restées totalement passives mais à partir d'un moment elles se sont aussi retournées contre eux. Peu après ils ont du se rendre et les combats ont cessés.

Quelques heures avant ton arrivée les Tawtutes, des centaines dont certains étaient blessés, sont montés dans un grand vaisseau noir qui a quitté notre monde. Depuis on ne voit plus aucun étranger vivant sur la base et ailleurs. Il n'y a plus que leur machines. »

Ainsi donc je venais d'assister au premier coup d'état robotique de l'Histoire. Mais qui se cachait derrière tout cela : un ordinateur ou un savant fou ? Les hommes peu sûr d'eux même avaient voulu confier leur travail à leurs machines. Quelqu'un ou quelque chose avait profité des faiblesses des surveillances internes, si loin de la Terre, pour prendre le pouvoir. La puissance de feu du Bunker était désormais entre des mains inconnues mais qui n'hésitaient pas à tuer pour arriver à ses fins. Le risque était évident : la Terre n'allait pas rester sans réagir, une guerre sans pitié pouvait éclater. Et Pandora serait peut être ravagée au passage. C'était le pire des scénarios envisageables.

Je passa la nuit suivante dans les bras de Sylwanin : profites, profites avant qu'il ne soit trop tard…

g) L'homme sans visage

Mais le lendemain il fallu bien que je reprenne les choses en main. J'étais Toruk Makto et c'était ma charge. Ma Tutee était partagée : à la foi les Tawtutes étaient affaibli mais ceux qui les avaient remplacés semblaient bien plus effrayants. Il fallait vraiment savoir à qui on avait à faire.

Alors j'ai pris une petite escorte et on est allé à pied devant la porte principale de Hellgates. Elle était fermée et les machines nous mirent en garde :

« L'accès à la base Alpha est suspendu le temps de remettre les choses en ordres. Veuillez vous présentez ultérieurement. »

En effet, dans la base des robots s'activaient à nettoyer et réparer les dégâts causés par les combats. Quelques cadavres humains traînaient encore. Je pris alors la parole :

« Colonel Oméga, qui que vous soyez, nous voulons rencontrer un interlocuteur qui nous donnera des explications. Mes frères ont peurs, ils ont le droit de savoir. Des bavures pourraient survenir si la situation n'est pas éclaircie. »

Après un court moment, le haut parleur annonça :

« Ici le colonel Oméga. Votre demande est légitime et nous vous envoyons un émissaire. »

Un robot humanoïde s'avança. Il était accompagné de l'avatar d'Angéla qui avait l'air mal à l'aise. La machine se mis à parler en Na'vi avec la voix du Colonel Oméga :

- Votre planète était menacée. Des humains bien attentionnés ont pris l'initiative de mettre sous leur contrôle l'ensemble des installations de Pandora. Nous avons réussi cette phase et tous les terriens ont été expulsés. Eric Connor et Grace Ripley ont aussi été renvoyés. L'avatar de Pierrette a été tuée, elle a donc aussi été reconduite. Seule Angéla Woss a été autorisée à rester en raison de ses capacités et de ses bons rapports avec vous. C'est la dernière humaine ici avec nous.

Nous interdirons l'accès à la planète jusqu'à nouvel ordre. Nous avons d'hors et déjà une puissance de feu considérable qui sera accrue sans cesse pour vous protéger. Les termes de l'accord avec les Na'vis ne sont pas changé et vous ne serez plus importuné. Vivez en paix comme vous l'avez toujours fait.

- Pourrais je savoir qui vous êtes exactement ?

- Yerik, pour des raisons de sécurité, cela nous est impossible.

- Colonel Oméga, vous prétendez nous défendre, mais avons nous une possibilité de contrôle sur vous et votre armement ?

- Non. Nous assurons nous même la défense. Vivez en paix de votre coté, nous nous occupons totalement du reste.

- Pourtant c'est notre avenir qui se joue ici. Il serait logique que nous ayons un contrôle dessus.

- Je regrette c'est tout à fait exclus. Vous n'avez pas les capacités suffisantes pour juger du problème dans sa globalité.

Il était clair que la discussion s'arrêtait là : vous êtes de braves petits sauvages, retourner jouer dans votre coin, on surveille la clôture. Je ne reconnaissais toujours pas cette voix mais elle me filait la chair de poule. En plus c'est tout mon univers humain qui venait de s'évanouir. Grace faisait du bon travail et Pierrette était si heureuse. Ils allaient tous me manquer, même mon pâle moi humain.

L'avatar d'Angéla fut autorisée à nous rejoindre et on reparti dans la forêt.

Alors que l'on était hors de vue de Hellgates, Angéla me pris la main et la sera fort. Elle me regarda ensuite intensément. Je savais qu'elle ne pouvait rien dire librement, ses moindres paroles étant surveillées. Il était temps de la récompenser. Je fis oui de la tête et on rentra au Kelutral.

h) Le cadeau

« Mes frères j'ai amené le démon Angéla ici. Vous la connaissez tous et l'appréciez. Elle mérite de rencontrer Eywa qui jugera si elle digne de nous rejoindre ou pas. J'ai parlé ! »

Tous furent surpris par ma décision. Ils étaient loin d'être d'accord mais j'imposa ma volonté sans discussions. C'est ça aussi le pouvoir de Toruk Makto.

La nuit venu on emmena Angéla au pied d'un arbre aux voix.

« Passe la nuit ici, Angéla. On reviendra demain. »

Elle était tellement émue, qu'elle avait du mal à retenir ses larmes. Je lui dis de se taire et je la quitta.

Avant de m'éloigner du bois, je lia ma natte à l'une des branches d'un saule :

« Eywa, entends moi. Donnes lui la vie comme pour moi. D'elle dépend peut être notre survie et elle le mérite. »