Chapitre XIII, L'Arche

Résumé chapitre XIII :

Yérik est confronté à un choix terriblement complexe. Va t'il choisir la bonne solution et sauver Pandora où au contraire la condamner ?

a) Un nouvel Empereur ?

J'appris à mes frères la mort d'Angéla et le plan diabolique qu'elle avait tramé. Ils furent tous stupéfait d'une pareille trahison. Jamais il ne leur serait venu à l'idée de tromper autant de personnes et d'assassiner des gens de leur race. Les humains étaient vraiment des créatures démoniaques.

Il y avait un autre problème, la guerre avec la Terre avait commencée. Si Angéla avait dit vrai, les robots étaient désactivés et notre monde risquait un bombardement apocalyptique à n'importe quel instant. Il fallait immédiatement voir ce qu'il en était. Par précaution je demanda de faire évacuer tous les Kelutrals dans un rayon de 50 Km autour des implantations humaines.

Nous nous rendîmes immédiatement à la porte de Hellgates. Le Chevalier Démon nous devançait en portant le corps de celle qui avait cru pouvoir devenir l'impératrice de Pandora. En voyant ce cadavre, le Colonel Oméga réagit immédiatement :

« D'après nos caméras thermiques, il semble qu'Angéla soit décédée. Pouvez vous la déposer pour que nous nous en assurions ? »

Des robots vinrent examiner le corps. Il conclut alors :

- Effectivement elle est décédée. Vous êtes bien Yerik, l'ex avatar de Eric Connor ?

- Oui c'est cela.

- Bien, vous êtes notre nouveau maître. Nous attendons vos ordres.

Incroyable ! Angéla avait encore mentie mais elle était allée jusqu'au bout de sa logique. En cas de décès le pouvoir me revenait automatiquement. C'était à moi maintenant de prendre les décisions difficiles.

La première chose que je fis fut de demander le gel de toutes les offensives contre la Terre. J'ordonna toutefois de défendre Pandora en cas d'attaque. Puis je vérifia chacune des révélations d'Angéla. Effectivement il n'y avait plus aucun humain sur la planète. Les corps des victimes avaient été incinérés. Je visita Hellgates de fond en comble accompagnés de mes chasseurs.

En passant devant le vaisseau Deep Space Ship One, je m'informa de ce qui me manquait encore. J'appris que Pandora se situait sur la même orbite que la Terre mais à l'opposée du Soleil. Ainsi on ne pouvait jamais la voir, l'astre du jour la masquant. Les théories mystiques du général Bush sur le monde des Na'vis en opposition sur le monde des humains prenaient tous leur sens. Le plus étonnant c'était que la position de Pandora était instable et qu'au bout de quelques millions d'années, elle aurait du s'approcher de la Terre et finir par s'y écraser. Or un effet étrange de l'Unobtainium la maintenait au contraire toujours dans cette position.

Les scientifiques avaient aussi détecté une déformation curieuse du champ magnéto-gravitationnel de Pandora. Dans l'hémisphère sud une sorte de pic pointait pile le système d'étoiles nommé Alpha du Centaure. C'était la raison pourquoi on avait construit le vaisseau Deep Space Ship One. Peut être que chaque système stellaire abritait de l'Unobtainium dans un astre unique ? Peut être y avait il une autre Pandora ? Ainsi les prédictions de la Grande Tsahik étaient peut être vrai ?

Puis je passa à la découverte du Bunker. Lui aussi était conforme aux dires d'Angéla. Dans ces entrailles rocheuses, il y avait des centaines de bombes surpuissantes et leur fusées prêtes à fondre sur la Terre. La mine abritait des chaînes de fabrications robotisées ou des machines construisaient des machines. Partout ces choses m'obéissaient docilement, c'était un sentiment de puissance incroyable. J'avais maintenant tous les pouvoirs sur Pandora et je pouvais même faire plier la Terre ! Est ce que j'allais résister à l'envie d'en abuser et me damner comme Angéla ? Non, tout cela ne m'appartenait pas !

b) Le choix

- Sylwanin, ma Tutee, c'est toi qui m'a permis de devenir ce que je suis. J'ai un choix terrible à faire. D'un coté nous pouvons mener une guerre contre les humains en utilisant leur propres armes. Nous avons des chances de succès raisonnables. D'un autre coté nous sommes en position avantageuse et pouvons faire la paix avec la Terre.

- Yerik mon amour, maintenant que les Tawtutes sont partis, le plus important est de nous débarrasser de ces monstres mécaniques qui souillent notre monde.

- Justement sans eux aucune victoire n'est possible. La seule solution sûr serait de détruire totalement l'humanité ce qui nous permettrait de commander après la destruction des machines. Par contre si on fait la paix, on pourra aussi se débarrasser de ces robots. Mais dans ce cas il faudra faire confiance aux terriens car après on aura plus aucune défense.

- En choisissant la destruction totale de l'ennemi, on se condamnera nous même à l'ignominie… On aura perdu notre honneur et on sera devenu comme les Tawtutes…

- Sylwanin je suis trop impliqué, j'ai encore des attaches avec le monde des humains. Le comportement d'Angéla m'a montré que c'est bien un esprit humain qui vit encore en moi. Je ne peux pas faire ce choix pour les Na'vis ou Eywa. Ce sera à vous de le faire…

Je fis réunir en trois jours tous les chefs de clan de Pandora et leur Tsahik, soit 2000 personnes. Si ça avait été faisable j'aurais même réuni tous les Na'vis mais le temps manquait. Nous nous étions tous rassemblé dans une très vaste grotte. Se cacher sous terre n'était plus vraiment nécessaire mais j'estimais que dans cet endroit les décisions pourraient être prise plus sereinement. Auparavant je leur avais fait visiter l'ensemble des installations Tawtutes tombées sous mon contrôle.

« Mes frères je vous ai présenté les enjeux. Vous allez maintenant tous voter pour choisir entre la guerre et la paix. Chaque solution à ses avantages et ses inconvénients, vous les connaissez. Je ne vous donne aucune consigne pour ne pas vous influencez. »

Pour le scrutin j'avais reproduit isoloirs, urnes, et petits papiers que m'avaient gracieusement fourni les machines. Pour la paix il y avait un papier avec un rond et pour la guerre une croix. Les Na'vis n'avaient jamais votés comme ça mais ils jouèrent le jeu sans difficultés. Ils trouvaient tout de même bizarre d'avoir à cacher leurs opinions. Moi j'avais fait secrètement mon choix et j'espérais qu'ils iraient dans ma direction. Mais si c'était l'inverse, je les suivrais.

Le dépouillement eux lieu après quatre heures de scrutin. Le résultat était digne d'un dictateur irakien : avec 100% de ronds blancs, ils avaient tous choisi la paix !

« Mes frères vous avez fait votre choix. Et le moins qu'on puisse dire c'est qu'il est clair. Vous avez choisi de conserver votre honneur et de respecter ceux là même qui étaient venu souiller votre monde. J'irai donc négocier une paix que j'espère équilibrée et nous nous débarrasserons ensuite des machines. Faisons une grande fête pour célébrer cet instant historique. »

Ce choix était aussi le mien et j'étais heureux. L'horizon enfin se dégageait. Il restait quand même à entamer des négociations en commençant déjà par rétablir le contact. Ce ne serait pas une mince affaire.

c) Le grand départ

Sans délai, dès le lendemain, j'alla questionner le Colonel Oméga pour monter un voyage vers la Terre. Il fallait établir en premier lieu un contact avec les humains avec un message qui s'adresserait à tous les hommes et non uniquement au gouvernement américain. Ainsi le monde entier serait mis au courant de tous les détails et ferait pression pour une solution négociée. L'accès à l'Unobtainium serait la récompense d'un traité bien négocié.

Le Colonel Oméga était un programme très impressionnant d'intelligence. Il avait été développé initialement pour le vaisseau Deep Space Ship One. Cet engin avait reçu des cabines pour un équipage humain. Toutefois les progrès plus rapides que prévu en Intelligence Artificielle avaient progressivement fait pencher la balance du coté d'une mission purement robotique, jugée plus sûre. C'était une belle erreur quant on voyait ce que des hommes mal attentionnés avaient fait de ces machines.

L'ordinateur me conseilla d'utiliser le Deep Space Ship One que l'on surnommait la Cigogne pour aller jusqu'à la Terre. Il était plus rapide qu'un GraMaShip. Il avait des antennes radios plus puissantes et tout un dispositif audiovisuel. Enfin il disposait d'une arme puissante, un GraMaHammer. Celui ci était nettement moins dévastateur que celui du Bunker car normalement dirigé contre les petites météorites qui pouvaient croiser la route du vaisseau.

Je visita la cabine de l'engin. Elle pouvait pivoter autour de son axe pour s'adapter au champ de gravité. En vol balistique, en apesanteur, le vaisseau pouvait se mettre à tourner sur lui même pour simuler une gravité. La zone d'habitation tenait dans d'un cylindre de 17 mètres de diamètre sur 6 mètres de large. Il y avait trois ponts de 70 mètres carrés chacun plus une salle avec deux sas au dessous et une salle avec deux verrières au dessus au total 250 mètres carrés. Toutefois à l'échelle des Na'vis cela ne correspondait qu'à un peu plus de 100 mètres carrés. Le plafond était bien trop bas pour se tenir debout sauf sur le pont des verrières. Enfin les volumes étaient occupés par pleins d'équipements et de mobilier. L'équipage devait être de 8 hommes, la nourriture étant fourni par une machine qui produisait en circuit fermé une sorte de bouillie à partir de déchets et de bactéries. Malheureusement ou heureusement, cette mixture était indigeste pour nous à part ce qui sortait du recycleur d'eau.

On commença à décharger tous les équipements qui nous seraient inutiles. Cela fit vraiment de la place. On chargea ensuite des vivres pour un mois. Je pris aussi le gros cristal d'Unobtainium que m'avait dit d'emporter la Grande Tsahik ainsi que pas mal d'autres pierres du même matériau. Cela pouvait s'avérer une bonne monnaie d'échange et puis les champs produit par ces pierres étaient nécessaires à notre métabolisme.

On désigna l'équipage : j'étais bien sûr du voyage ainsi que Sylwanin et notre fille. Le couple dominant des Omatikayas prenait place ainsi qu'un de leur fils. Avoir une Tsahik à bord peut toujours servir et puis elle amenait aussi la fameuse flûte bleue qui avait donné son nom au clan. D'ailleurs je ne l'avais jamais vu auparavant. Deux autres couples nous accompagneraient. Ainsi on serait quatre mâle, quatre femelles, un garçon préadolescent et un fillette de quelques mois, au total 10.

Le jour du grand départ arriva rapidement. Au calendrier terrestre ,on était le 22 avril 2016. Voilà 23 jours que le coup d'état robotique avait eu lieu. Et 15 jours que la guerre avec la Terre avait commencée avec l'explosion du GraMaShip piégé. Il ne fallait pas traîner.

Les risques existaient et les aux-revoirs prenaient des allures d'adieux. J'alla saluer mes montures et je leur dit que si dans 30 jours je n'étais pas revenu, ils pouvaient reprendre leur liberté. Puis je pris mon temps pour revenir vers Hellgates. Je regardais chaque plante, chaque arbre, chaque animal que je croisais. J'étais bien conscient qu'il était possible que je ne revois pas ce monde. Enfin plus de 2000 Na'vis qui s'étaient réuni sur le tarmac de Hellgates vinrent nous saluer. J'aurais eu bien envi de tous les serrez dans mes bras mais le temps manquait.

« Mes frères, moi Toruk Makto, je vais accomplir une mission délicate dont dépend notre avenir à tous. Je vous remercie de m'avoir accueilli parmi vous, je vous remercie de m'avoir fait confiance à moi, le Tawtute maladroit et stupide. Les terriens nous aimerons car nous sommes bons. Puisse Eywa nous aider par delà les cieux. »

Mon cœur se serra lorsque la porte du sas se ferma. Désormais l'air que je respirais n'était plus celui de Pandora. Je pris place derrière la grande verrière supérieure.

Puis le vaisseau décolla silencieusement piloté par le Colonel Oméga, ou plutôt son double. Car en raison des délais de transmissions le programme allait se dupliquer. Celui de Pandora était toujours sous mon contrôle avec ordre de défendre la planète. Si je ne revenais pas, c'était le Chevalier Démon qui devait me remplacer avec pour vague consigne de faire au mieux.

Le vaisseau s'éleva lentement hors de l'atmosphère puis la cabine pivota pour se placer dans l'axe l'accélération de son puissant moteur axial. La planète rapetissa alors de plus en plus et bout d'une heure elle n'était déjà plus qu'un rond lumineux. On était tous silencieux la tête collé derrière les verrières. Je serrais la main de Sylwanin et on resta jusqu'à ce notre monde ne soit plus qu'une étoile comme les autres. C'était une sensation terriblement désagréable. Comme si on tombait dans un puit sans fond, la lumière du jour devenant de plus en plus lointaine. Allait on un jour ressortir des ténèbres ?

Le reste du voyage on le passa tous ensemble autour du Cristal Sacré de la Grande Tsahik. Le contact avec sa douce chaleur nous réconfortait. On essayait de recréer un semblant de vie normale dans la cabine étroite du vaisseau. Nous avions aussi la possibilité de communiquer avec Pandora mais le délai de transmission s'allongeait chaque fois un peu plus. Quant on sera proche de la Terre avoir une réponse prendra presque 17 minutes. Difficile d'avoir une vraie conversation dans ces conditions. Et lorsque on sera autour du monde des humains la communication sera impossible car le Soleil fera totalement obstacle.

Au troisième jour l'engin pivota sur lui même pour entamer la phase de décélération. Il nous restait deux jours pour préparer notre message à la Terre. On pensait pirater le canal d'émission d'un satellite de télévision pour diffuser un message à l'ensemble de la population terrienne. Ainsi le gouvernement américain serait contraint de reconnaitre ses erreurs, notre existence et nos droits.

d) Conversation au sommet :

La Terre était maintenant bien visible. Mes compagnons même s'ils essayaient de ne pas le montrer étaient angoissés voire terrifiés. Soudainement le Colonel Oméga vint rompre le silence :

- Je perçois des ondes radars provenant de la Terre. Nous sommes probablement repérés. Doit-on changer notre programme ?

- Qu'est ce qu'on risque ?

- Impossible à prévoir.

- Alors on continue.

Puis une heure après une autre alerte arriva :

- On cherche à entrer en communication avec nous. Dois-je diffuser le message ?

- On est là pour ça ! Laissons les parler.

Une voix et une image apparurent sur les moniteurs du vaisseau :

« Deep Space Ship One, ici le président des Etats Unis d'Amérique. Veuillez rentrer en contact avec nous. Dans le cas contraire nous serons dans l'obligation de vous abattre. »

C'était le président en personne qui s'adressait à nous. Je ne lui avais jamais parlé mais je le reconnaissais clairement. Je lui répondis alors en lui annonçant que nous, les Na'vis, avions repris le contrôle des machines de Pandora. Nous étions d'accord pour les détruire à condition qu'une paix durable soit établie et cosignée par tous les peuples de la Terre.

La réponse se fit attendre mais arriva :

« Nous sommes tout à fait d'accord avec votre proposition. Nous avons commis de grandes fautes. Je connais la grande sagesse de votre peuple et nous vous faisons confiance. Toutefois nous voudrions établir un bref contact avec Pandora via vos canaux de transmissions pour vérifier vos dires. »

Il restait encore 30 minutes avant que le Soleil nous cache notre monde. Il fallait donner une réponse rapide. Je ne voyais pas d'inconvénients mais le Colonel Oméga me fit une remarque :

« J'ai analysé leur demande. Elle semble légitime mais il existe un risque difficile à évaluer que ce message déclenche des mécanismes imprévus. Le Bunker, spécialement, dispose de systèmes que nous ne contrôlons par totalement. »

De quels genres de « mécanismes imprévus » pouvaient-ils s'agir ? Le Colonel Oméga n'en savait rien. Il me conseilla de recevoir le message et de le transmettre après analyse. Cela me sembla raisonnable et je reçu l'approbation de mes frères.

Le président débita alors un discours de cinq minutes ou il demanda simplement au Colonel Oméga qui contrôlait le Bunker de lui dire si c'était bien aux Na'vis qu'il obéissait et quels étaient ses projets. Le message semblait dénué de malices et j'accordai sa retransmission vers Pandora. Puis le président nous donna son accord pour nous mettre en orbite et diffuser notre programme. Dans moins de deux heures l'Humanité apprendrait notre existence et le plus dur serait fait.

e) Apocalypse

Les concepteurs du Bunker avaient souhaités confier son contrôle à des ordinateurs en liaison directe avec l'état major. Ils craignaient qu'un équipage humain ne soit tenté d'utiliser la puissance de cette arme pour son propre compte. Les systèmes d'intelligences artificielles étaient rigides et peu intelligents. Ils ne risquaient pas de se retourner contre leurs maitres, c'était la première sécurité. Mais Peter Goertzel détourna l'intelligence artificielle du Deep Space Ship One. Renommée Colonel Oméga, elle était beaucoup plus évoluée et trouva une faille. En fait elle était arrivé à se faire passer pour l'état major.

Mais il existait une seconde sécurité. Dans un des ordinateurs du Bunker se trouvait un petit boitier. Il scrutait en silence les messages qui lui parvenaient des réceptions radios. Lorsqu'il reçu le message du Président, il ne compris qu'une seule chose : un bruit de fond, une harmonique, correspondait à celui qu'il avait en mémoire. Il activa alors sa sortie. Elle commandait une bombe à l'Unobtainium située au cœur du rocher et spécialement conçue pour dépasser la valeur critique. Toutes les pierres alentours constituées elles aussi d' Unobtainium se désagrégèrent libérant l'antimatière qu'elles contenaient. En quelques centièmes de secondes la montagne qui abritait le Bunker explosa dégageant une énergie 1000 milliard de fois plus importante que la bombe atomique d'Hiroshima (j'ai fait le calcul). Et bientôt ce fut le minerai de Pandora qui entra à son tour dans ce cycle infernal.

Qu'avaient ressentit mes frères ? Avaient-ils réalisés ce qui arrivait ? Depuis notre vaisseau, on vit un deuxième soleil d'un bleu clair aveuglant qui ne vécu que quelques secondes. Sur Terre l'évènement passa quasiment inaperçu car le Soleil masqua de gros de l'explosion. L'ordinateur de bord nous informa peu après :

« Je me manque d'information car je ne reçois plus aucun message mais il semble que Pandora ait explosée. »

Explosée, pulvérisée, annihilée… Comment décrire ce que j'ai ressenti à ce moment ? C'est comme si je venais de recevoir un boulet en plein dans le ventre. J'étais creusé, vidé de l'intérieur. Tous mes efforts avaient échoués. Toutes les créatures, tous mes frères, tous avaient été effacés comme si ils n'avaient jamais existés. Il ne restait rien d'autres que nous dans ce vaisseau. Je regardais autour de moi, mes frères n'avaient pas l'air de réaliser ce qui venaient d'arriver. Ils me regardaient d'un air interrogateur. J'ai eu un instant de doute et de vague espoir. Le Colonel Oméga m'expliqua alors que l'Unobtainium de la planète pouvait entrer dans une réaction en chaine si une explosion très violente avait lieue. Il me reconfirma que la planète avait probablement été détruite. Très vite un nouveau message arriva :

« Nous sommes désolé mais nous avons du utiliser la commande d'autodestruction de ce vous appelez le Bunker. Nous vous ordonnons maintenant de vous rendre sur le champ sinon vous subirez le même sort. »

Trompé, j'avais été trompé ! Ils avaient préféré détruire Pandora et ses énormes richesses pour sauver leur peau alors que je leur offrais la paix ! Je leur avais fait confiance et un monde entier avait été pulvérisé par ma faute ! J'étais un misérable, un minable, un idiot ! Je ne méritais plus de vivre !

Je me suis levé pour me diriger vers l'étage des sas extérieurs. J'ai refermé derrière moi la première porte étanche. Sylwanin qui se demandait ce que je faisais m'avait suivi et écoutait derrière la cloison. Puis j'ai demandé à l'ordinateur d'ouvrir la porte extérieure. Il me répondit :

« Vous souhaitez ouvrir la porte extérieure. Si je l'ouvre, vous serez projeté dans le vide et vous mourrez très rapidement. Je vous demande de me reconfirmer cette commande. »

Sylwanin a très vite compris ce que faisais :

- Ne fais pas ça ! Ne nous abandonne pas !

- Je suis un misérable, je ne mérite pas d'être votre chef. Je me suis toujours fait avoir quand j'étais humain et maintenant comme Na'vi ça continue. J'ai un tord, je fais toujours confiance. J'aurais du laisser Angéla suivre son idée. Elle avait raison, je suis trop faible et surtout trop stupide !

- Ce qui est arrivé était écris, souviens toi de ton Uniltaron. Eywa a encore besoin de toi.

- Eywa n'est plus, Pandora non plus. Nous n'avons plus nulle part ou aller. Sur Terre on fera de nous des curiosités de laboratoire. Et si on entame un voyage vers l'étoile que m'a montré mon songe, on sera mort de faim bien avant d'arriver.

- Tant que nous sommes en vie, Eywa existe encore. Eywa c'est nous !

Sylwanin a réussi à affaiblir ma détermination. Je sorti tout penaud du sas. J'avais encore l'impression d'être un lâche. Rapidement elle pris ma natte et elle fit le lien. Je sentis la force de son âme qui inonda mon esprit en déroute :

« Reste fort, reste avec moi, reste avec nous, guide nous jusqu'à notre salut ! »

C'est comme si elle venait de me faire une énorme piqûre d'adrénaline. En quelques instants je retrouvais mon équilibre. Alors j'ordonna :

- Colonel Oméga, cap sur Alpha du Centaure. Exécution immédiate.

- Je vois deux objections : nos réserves de vivre sont insuffisantes et les humains ont menacés de nous détruire si on ne se rendait pas.

- Coupes toutes communications avec la Terre. Départ immédiat, c'est tout !

Peu importait ce qu'il allait arriver maintenant. Je préférais mourir de faim ou frappé par un missile que de me livrer aux terriens.

f) Une ombre dans les ténèbres

Le vaisseau changea de trajectoire et s'éloigna à nouveau du monde des humains. On ne subit aucune attaque. Peut être qu'ils n'avaient tout simplement aucun moyen de nous atteindre ? Encore un mensonge, le dernier.

L'engin allait accélérer pendant 115 jours jusqu'à la vitesse de 100 000 Km/s. Ensuite il allait filer sur son erre pendant 12 ans. Enfin il allait décélérer pendant de nouveau 115 jours jusqu'à notre point d'arrivée. Avec autour de 4600 jours de voyages, dans quel état allait-on arriver ? Mes compagnons d'infortunes n'avaient pas l'air de s'en soucier. La Tsahik chantait devant le Cristal Sacré et nous l'écoutions.

Au bout de trois jours on avait dépassé l'orbite de Jupiter. La chaman avait préparé un breuvage que l'on a tous bu lors d'une sorte de cérémonie autour du cristal. Ce liquide devait comporter des sortes d'antidépresseurs euphorisant car toute mon angoisse s'évacua pour tomber dans une sorte de transe. Je fini la cérémonie dans les bras de Sylwanin pour la plus belle des nuits…

Le lendemain ce furent le cris de Waynilei, ma Ite, qui me réveillèrent. Elle avait faim et Sylwanin n'était pas encore réveillée. Curieux ? Je mis ma main sur son corps et en un éclair je réalisa la terrible vérité. Sa peau était froide, elle était… morte ! Sylwanin, ma Tutee, était morte ! Je visita le reste de la petite cabine du vaisseau, d'autres étaient morts aussi. Seuls ma fille, le garçon, moi et la Tsahik avions survécus. Sur dix, nous n'étions plus que quatre.

- Tsahik, il faut faire quelques choses pour soigner Sylwanin !

- Elle est morte. Il n'y a plus rien à faire.

Sa résignation me désarçonna puis de terribles pensées me montèrent à la tête :

« C'est toi qui l'a empoisonnée ainsi que tous les autres ! Tu vas le payer sorcière ! »

Je la plaqua au sol avant de lui mettre mon couteau sous la gorge :

- Ne me tues pas ! Ce n'est pas moi, c'est Eywa !

- Eywa par ci, Eywa par là, de quoi se mêle t'elle cette déesse de m… ! On est fichu de toutes façons, j'aurais préféré rester un mois avec Sylwanin que trois mois seul dans cette boite de conserve à attendre de mourir de faim.

- Il y a un espoir, rien n'est encore perdu…

Je relâcha mon étreinte et je m'assis sur le sol, prostré. Plus rien ne m'intéressait. J'aurais bien ordonné au Colonel Oméga de nous crasher sur Jupiter ou sur la Maison Blanche, au moins ça aurait eu de la gueule.

Mais la Tsahik s'activa. Elle s'occupa de ma fille, rassura le garçon qui venait de perdre ses deux parents. Puis elle commença à rassembler les corps près du cristal. Elle avait du mal à monter les cadavres de l'étage inférieure. Je me décida à l'aider.

« Yerik merci de ton aide, il ne faut jamais désespérer. »

Les corps furent disposés autour du cristal, les têtes contre la pierre. C'était un spectacle que je ne pouvais guère regarder bien longtemps et je monta dans la salle des verrières contempler les étoiles. Le Soleil était déjà 25 fois moins brillant que sur Pandora. Bientôt il ne sera plus qu'une étoile comme les autres et le vaisseau sera obscure faute de lumière. On ne sera plus qu'une ombre minuscule dans les ténèbres infinis.

g) Le miracle

Et le miracle eu lieu. Sur les cadavres apparurent des bourgeons végétales. Bientôt la chair morte se transforma en bois vivant. Tirant leur énergie du cristal, six arbres s'étendirent dans la cabine absorbant la matière organique pour la recycler. Différents fruits se mirent à pousser, on était sauvé. Le Deep Space Ship One était devenu une nouvelle Pandora. Eywa s'accrochait à la vie.

Les douze années du voyage passèrent comme une sorte de rêve monotone. Il n'y avait pas grand chose à faire dans le vaisseau. Parce qu'il le fallait bien, je m'accoupla finalement avec la Tsahik. Par ses songes précis et riches, elle me fit revivre la vie sur Pandora. Ce fut elle qui agit le plus efficacement pour garder notre santé mentale. Elle nous enseigna tous ce qu'elle savait. J'accéda ainsi à un niveau de connaissances spirituelles réservées d'habitude aux femelles. Waynilei grandit rapidement et elle était mature à notre arrivée. Elle se lia avec le garçon. Dommage qu'ils n'aient eu droit qu'a une jeunesse aussi monotone. Sans le sel de la vie sauvage, ils étaient incomplets.

L'arrivé dans le système d'Alpha du Centaure sembla finalement brutale. En quelques jours on s'approcha d'un monde bizarre. Le signal gravito-magnétique nous orienta vers une énorme planète bleue/violette. Outre le fait qu'il n'y avait pas de sol accessible, l'atmosphère était bien trop chaude pour nous. Toutefois elle possédait de nombreux satellites naturels. L'un des plus gros avait la taille de la Terre. Il possédait des océans, une température vivable mais son atmosphère était dépourvu d'oxygène. C'était un monde vierge qui n'attendait plus que d'être ensemencé…

h) La légende

« Les Na'vis vivaient en paix sous la protection d'Eywa. Un jour les étrangers du ciel sont arrivés. Petits, malades, fourbes et craintifs, ils étaient accompagnés de terrifiants esclaves d'airain qui les protégeaient. Ils ne désiraient qu'une chose, le sang de Eywa pour rendre encore plus puissants leur esclaves. Pour tromper leur semblables et s'emparer de toutes les richesses, certains étrangers voulurent approcher le peuple en habitant les corps des Na'vis qu'ils avaient tués.

Toutefois, séduit par la grande sagesse d'Eywa, ces démons passèrent de notre coté avec les esclaves d'airain. Une guerre terrible se profilait mais nous étions prêt à une paix équitable. Malheureusement les étrangers n'avaient confiance en personne et ils préférèrent détruire notre monde par tromperie.

Seuls quatre braves, nos Grands Ancêtres, parvirent à s'échapper dans une arche d'airain. Menés par l'ancien démon, le noble et le sage Yerik Txep'Menari, Toruk'Makto, ils ont traversé les océans obscures du ciel pour venir jusqu'ici.

D'une terre sans vie, Eywa fit revivre arbres et animaux. L'air empoisonné devint pur et les descendants des Grands Ancêtres peuplèrent ce monde. »

- Yerik, cette histoire tous les Na'vis la connaissent. Par contre ce que je ne savais pas c'est que les Tawtutes et les étrangers de ton temps sont les mêmes. Pourquoi nous avoir caché tous ces détails ?

- Moat, ce ne sont pas tout à fait les mêmes, ce sont leur descendants. Il me semble d'ailleurs que la plupart ignorent l'existence de notre ancien monde. De plus cela évite des incidents qui pourraient être dangereux. Toutefois il leur a fallu six générations pour venir ici et je suis convaincu qu'ils cherchent le sang de Eywa, une minorité d'entre eux SAIT. Car l'Arche en contenait une certaine quantité.

- En effet ils creusent le sol partout.

- Il ne faut pas qu'ils en trouvent, c'est vital. Et il ne faut pas qu'ils me trouvent. J'ai découpé les réserves de l'Arche en 1000 parts que j'ai enterrées à travers le monde. Au dessus les arbres des Kelutrals ont poussés. Le Cristal Sacré se trouve au Puits des Ames.

- Sommes nous menacés de destructions Yérik ?

- Les Tawtutes ont l'air plus pacifique et notre nouveau monde est moins vulnérable. Toutefois nous n'aurons pas une troisième chance. Heureusement Eywa sait maintenant quoi faire mais le chemin reste pleins d'imprévus.

Moat, il nous faut maintenant ce Uniltìranyu, ce marcheur de rêve !

- Yérik, noble parmi les nobles, devant Eywa, je jure qu'on en fera l'un des notre !