A/N : Avant de commencer ce chapitre, je tenais à remercier tout ceux (celles ? je suppose.) qui ont laissé une review au chapitre précédent. Par principe et pour éviter de me faire déborder comme ça m'est arrivé par le passé sur d'autres comptes, je ne répondrai qu'aux reviews contenant des questions mais je voulais vous assurer que je lis toutes les reviews (plusieurs fois) avec une grande attention et que chacune d'entre elle me motive un peu plus à écrire cette fiction. Donc un grand merci à tous ceux qui prennent le temps de commenter cette fiction. Merci également à ceux qui m'ont ajouté dans leur favoris ou qui suivent l'histoire. Sachez que grâce à vous tous je rédige le chapitre 4 en ce moment même.


Chapitre 2

Hermione se laissa tomber sur le banc de la table des Gryffondors sans douceur. Ginny lui lança un regard amusé depuis l'autre côté de la table. Ron, à droite de sa sœur, l'ignora. Alors que la cérémonie de la répartition commençait, elle se pencha et murmura :

"Hermione ? En retard ?"

"McGonagall m'a demandé de passer à son bureau après la cérémonie." Expliqua Hermione en regardant les premières années d'un air faussement concentrée. Non, elle ne prêterait aucune attention à Ron. Il pouvait bouder tant qu'il voulait, elle avait raison.

Elle avait eu raison de prévenir Molly des projets de son fils et de son souhait ne pas compléter son éducation pour suivre Harry. Bien évidemment, la matrone avait forcé ce dernier à revenir. Hermione avait eu beau arguer que contrairement à Harry, Ron n'était pas LE héros de la guerre, il ne comprenait pas. Pour lui, elle avait trahie sa confiance. Pour elle, il avait besoin de ces diplômes. Et si cette dispute lui avait coûté son couple et bien… Et bien qu'il en fût ainsi. Elle préférait Ron à l'école et célibataire que dans la nature sans projet réaliste et en couple. Elle avait eu aussi raison de défendre Malefoy. Bien sûr, lorsque les détails étaient parus dans la presse, cela avait été la goutte de trop pour Ron et c'était cela qui avait officialisé leur rupture mais elle avait eu raison. Harry, bien que surpris de la qualité de la défense d'Hermione, l'avait soutenue sur ce point. Même si il avait tenu à lui parler en privée après pour savoir comment le simple "dit que je suis contre" s'était transformé en véritable plaidoyer. Hermione n'avait rien répondu, pas vraiment sûre elle-même. La seule chose qu'elle savait c'est qu'elle ne voulait plus jamais être témoin d'injustice. Harry avait compris. Ron beaucoup moins.

Non, elle ne le regarderait pas bouder du coin de l'œil. Non, elle n'aurait pas un pincement au cœur en pensant à leur premier baiser. Non, elle n'aurait pas les larmes aux yeux en pensant aux mots affreux qu'il avait dit cette fin d'été. Elle serait comme d'habitude, Hermione Granger, la bonne élève. Cette année, la première sans guerre, elle en profiterait pour parfaire son éducation et pour trouver un projet professionnel. Elle ne s'occuperait pas de Ron Weasley. S'il voulait l'ignorer, qu'il fasse. Après tout, McGonnagal les avait prévenus par courrier, cette année, les dortoirs des septièmes années redoublants seraient en commun dans une tour à part. En raison de leur majorité, ils avaient plus de liberté que les autres élèves et seraient donc "isolés". Pour être franche, Hermione ne regrettait pas de quitter le chahut et la vie en communauté de la Tour Gryffondor. Ils n'étaient que cinq à être revenu pour leurs diplômes et auraient donc chacun une chambre. Une merveilleuse nouvelle pour Hermione.

La contrepartie de cela étant que, à cinq dans une pièce commune, il était très compliqué de s'ignorer. Elle ne pensait pas avoir de problème avec Susan Bones et Anthony Goldstein, un Poufsouffle. Ron et Malefoy en revanche… Sans s'en rendre compte, penser au Serpentard la fit regarder dans sa direction. Elle tomba pile dans ses yeux gris orageux. Etait-ce un hasard ? La regardait-il depuis tout ce temps ? Elle aurait plutôt parié sur la deuxième option. Ses yeux, moins hanté que lorsqu'elle l'avait vu en août, semblait toujours assombris et fatigués et surtout, pleins de questions sans réponse. Elle pouvait déjà deviner ses interrogations. Pourquoi l'avoir défendu ? Pourquoi l'avoir puni si peu ? Elle n'avait pas de réponses concluantes à lui apporter…

"A table !" s'exclama Ron qui n'arrivait jamais à rester de mauvaise humeur en face de tant de nourriture.

Ce ne fut que deux heures plus tard qu'Hermione, légèrement anxieuse, frappa à la porte du bureau de la nouvelle directrice. Que pouvait-elle lui vouloir ? Elle n'était plus préfet, elle n'avait pas un emploi du temps trop chargé… Non, elle ne voyait pas. Et c'était bien ça qui l'effrayait. Hermione avait horreur de ne pas savoir.

"Entrez !" appela la voix de Minerva à travers le bois.

La jeune fille s'exécuta.

"Professeur, je…"

Elle s'arrêta. Là, sur une chaise en face du bureau, était assis Drago Malefoy, les bras croisés et le dos droit contre sa chaise. Il arqua un sourcil dans sa direction avant de se retourner vers la directrice.

"Sérieusement ?" demanda-t-il.

"Sérieusement, Monsieur Malefoy." Confirma la directrice sous les yeux médusés d'Hermione. "Prenez un siège, Miss Granger."

Hermione lui sourit, d'une façon un peu crispée, et obéit. Elle croisa les chevilles et attendit en silence des explications.

"Vous devez vous demander pourquoi je vous ai fait venir ici, Miss Granger ?" La jeune fille hocha la tête, les yeux fixés droit devant elle et surtout pas sur le Serpentard à côté d'elle. "Vous connaissez les détails de la sanction de Monsieur Malefoy, je suppose ?" Encore une question rhétorique. Hermione acquiesça. "Donc, comme vous le savez, il est ici sous ma tutelle et en liberté conditionnelle. Je serai donc chargée d'évaluer son comportement cette année et de transmettre mes conclusions au ministère qui réévaluera son cas en Juillet. Néanmoins, afin de fournir une évaluation réaliste, j'ai besoin d'un tuteur pour Monsieur Malefoy, quelqu'un qui le verra de façon plus régulière. Quelqu'un de plus proche. Quelqu'un qui, une fois par mois, aura pour devoir de me rejoindre dans ce bureau pour me faire un compte rendu de son comportement au quotidien. Je ne peux pas mettre un élève plus jeune de peur qu'il ne manque d'objectivité et je ne peux pas choisir un professeur car ceux-ci n'auront pas plus d'avis que moi sur la question."

Oh non. Oh non, non, non ! Hermione ne comprenait que trop bien où elle voulait en venir !

"Il faut donc choisir un élève parmi les redoublants, n'est-ce-pas ?" demanda-t-elle en réfléchissant à voix haute. "Ron n'est pas objectif." Un rire contenu raisonna à côté d'elle, elle l'ignora. "Susan Bones est trop… douce." Tenta Hermione, diplomate. "Mais, mais, Anthony Goldstein serait un très bon candidat !" conclut-elle satisfaite. "Il sera dans notre dortoir, il a notre âge, il n'est pas influençable et… et surtout, c'est un garçon." Finit par admettre la jeune fille qui ne voulait surtout pas finir par être celle qu'à l'évidence Minerva voulait qu'elle soit. Cette dernière lui sourit gentiment.

"Oui, j'avais d'abord pensé à Monsieur Goldstein mais Monsieur Potter m'a envoyé une lettre," Oh, le traitre ! Elle savait bien qu'elle aurait dû se méfier de son sourire en coin d'au revoir ! " avec une idée toute autre. Il m'a fait part de votre implication dans la libération de Monsieur Malefoy." La directrice marqua une pause et Hermione lut dans son regard qu'elle savait qu'Harry n'était pas vraiment la raison de sa libération. Hermione avait profité de la notoriété de son ami pour réparer ce qu'elle estimait être une injustice. "De plus, vous êtes la candidate parfaite pour ce genre de mission. Vous avez toutes les raisons du monde de vous méfier de Monsieur Malefoy. Mais malgré vos divergences, vous avez su trouver en vous la force de voir les choses de façon neutre et de lui accorder une sanction juste. Je pense donc que vous êtes la plus apte à évaluer objectivement le comportement de ce dernier cette année."

Hermione garda le silence pour pouvoir réfléchir quelques instants. Même si elle aurait largement préféré se passer des complications qu'impliquaient un tel rôle auprès de Malefoy, elle devait reconnaître que Minerva marquait un point.

Lorsque la guerre s'était achevée et que la paix était revenue à peu près, elle s'était intéressée de près aux jugements des Mangemorts. En réalité, Harry, hospitalisé, lui avait demandé de fouiner pour lui, histoire de savoir si tous avait été jugé ou si certains étaient toujours dans la nature. C'était en se renseignant pour lui qu'elle avait eu vent du cas de la famille Malefoy. Lucius avait été condamné dans les premiers à l'emprisonnement à vie et c'était largement mérité. Narcissa, suite au traumatisme qu'avaient causé chez elle la guerre et l'emprisonnement de son mari et de son fils, était tombée dans une dépression proche de la folie qui lui avait valu une place à Sainte-Mangouste pour une durée indéterminée mais probablement longue. Enfin, elle avait su que Drago allait être jugé pour les mêmes crimes que les autres, alors qu'elle savait pertinemment qu'il n'en avait pas fait la moitié. Malgré ses préjugés et ses défauts, Malefoy n'était pas un tueur, pas un véritable Mangemort d'ailleurs. Elle en avait parlé directement à Harry et ce dernier lui avait demandé de glisser un mot pour lui lors de l'audience.

Seulement voilà, à la seconde où il lui avait demandé cela, elle avait commencé de réfléchir. Réfléchir vraiment sur le cas Malefoy. Au sortir de la guerre, elle lui en avait voulu terriblement, particulièrement pour être resté silencieux lors de sa séance de torture avec Bellatrix. Cependant, une fois les évènements passé, elle avait beaucoup réfléchi et avait fini par arriver à la conclusion que, si Malefoy n'était certes pas un exemple, il ne méritait pas non plus de pourrir en prison… D'où son plaidoyer bien plus développé que celui que lui avait demandé Harry.

"Vous n'êtes pas obligée de le faire, Miss Granger." Reprit Minerva devant le silence de son élève. "Compte tenu de tout ce que la nation vous doit, je ne vous imposerais rien de la sorte mais-"

"Je vais le faire." Coupa Hermione, sa décision enfin prise.

Certes, pour le moment, alors même que Malefoy la fixait, elle était incapable de croiser son regard mais elle le ferait. Pas parce qu'elle appréciait le garçon. Pas parce que Minerva le lui demandait. Mais parce que c'était ce qui était juste. Elle avait fait sortir le Serpentard de prison, à elle de s'assurer qu'il le méritait.

La directrice lui adressa un regard satisfait et soulagée. Malefoy… Elle ne voulait pas voir ce que Malefoy pouvait en penser.

"Merci, Miss Granger. Ce ne sera pas grand-chose, en réalité. Vous devrez juste venir me donner votre opinion une fois par mois."

La jeune fille acquiesça et après que la directrice lui ait donné l'autorisation, elle quitta le bureau sans un regard en arrière. Son nouveau dortoir était situé au deuxième étage, derrière le portrait de la jeune fille en robe bleue. Elle n'était donc qu'à quelques mètres de sa destination. Avec un peu de chance, elle pourrait arriver avant que les pas qui raisonnaient derrière elle ne la rattrapent. Elle accéléra, juste pour être sûre.

"Granger."

Non, elle n'avait rien entendu, rien du tout. Le portrait n'était plus qu'à quelques enjambées maintenant.

"Granger !"

Bon, d'accord, elle n'était pas immature à ce point. A regret, elle se stoppa et se tourna vers le Serpentard qui n'était plus qu'à quelques pas d'elle. Lorsqu'il l'eut rattrapé, il s'arrêta à son tour. Pendant ce qui lui parut une éternité, ils se dévisagèrent dans le couloir désert. Elle ne pouvait s'empêcher d'être fascinée par ses yeux. Pas par leur couleur ou par la profondeur de ces derniers, non, ça c'était réservé à Pansy. Non, ce qui la fascinait, c'était que malgré les efforts qu'il avait fait pour éviter les ennuis pendant la guerre, il en était le plus marqué. Même Harry, avec le temps, avait perdu ses cernes et son air hanté. Malefoy, lui, avait toujours le regard de quelqu'un qui risquait de mourir à tout instant. Le plus terrifiant étant qu'il n'avait pas l'air d'en avoir grand-chose à faire…

"Granger, je…" Il hésita. "Je voudrais que tu m'expliques."

Les sourcils de l'interpellée se levèrent. Rien que le fait qu'ils soient face à face sans s'insulter la déstabilisait.

"Que je t'explique quoi ?" demanda-t-elle, plus agressive qu'elle ne l'avait prévu. Elle voulait faire ce qui était juste, certes, mais Malefoy restait… et bien, Malefoy ! La maudite fouine qu'elle avait méprisée toute son enfance.

Etonnamment, il ne répondit pas à son ton avec une remarque agressive. Au contraire, il encaissa l'attaque comme si… comme si il pensait qu'il la méritait. Ce qui était tout à fait le cas ! Mais depuis quand Malefoy était-il de bonne foi ?

"Pourquoi tu m'as défendu ce jour-là ?" lâcha-t-il finalement en passant une main agitée dans ses mèches blondes. Il soupira. "Potter, je pouvais comprendre. Vaguement. J'avais refusé de l'identifier au manoir, ma mère l'a aidé lors de la bataille finale. Et puis, c'est Saint-Potter, il pardonne tout ! Et puis honnêtement, je lui ai peut-être fait des sales coups à l'école mais il me le rendait bien." Hermione le regarda faire les cents pas devant elle en agitant les bras, médusée. C'était comme si, maintenant qu'il avait commencé de parler, il fallait qu'il dise tout, d'un seul coup, sans vraiment respirer. Il se stoppa finalement et lui fit face, ses yeux gris fixés sur elle, les sourcils froncés par l'effort de compréhension. "Mais toi, toi je ne comprends pas. C'était quoi ce papier blanc ? Toute cette défense, c'est toi qui a trouvé ça ? Je… Pourquoi ? Je t'ai traitée de sang-de-bourbe, je t'ai transformée en tête-de-turc, je me suis moquée de toi, je t'ai insultée et je… ce jour-là…" Elle comprit avec horreur qu'il parlait de ce jour, au manoir. Elle ne voulait pas en parler. Pas y penser. Et surtout pas avec lui. Il continua néanmoins. "Je n'ai rien fait. Je n'ai rien dit. Je suis juste resté là, terrorisé, à prier pour que ça s'arrête d'une façon ou d'une-"

"Tais-toi."

Sa voix raisonna contre les pierres du château. Il se figea et même Hermione se surpris elle-même. Depuis quand avait-elle un ton aussi dur ? Néanmoins, elle n'avait pas pu s'en empêcher. Elle ne voulait pas parler de ça. Plus jamais. La marque sur son bras était suffisante… Elle ne voulait pas en parler car parler signifiait y penser. Et si elle pensait à ce jour-là, elle n'était pas sûre de pouvoir rester celle qui voulait, plus que tout, faire ce qui était juste. Elle ne voulait pas en parler mais elle savait que pour cela, il fallait lui apporter un minimum de réponse.

"Après…" commença-t-elle, ses yeux toujours plongés dans les siens. "Après tout ça, lorsque tout s'est fini, lorsque le choc est passé, nous avons beaucoup parlé avec l'Ordre. Notre rôle n'est toujours pas fini. Il ne s'agit pas simplement de gagner la guerre. Il faut tout faire pour empêcher que cela recommence. Et pour cela, il faut établir un monde juste. Des lois justes. Très honnêtement, si ça ne tenait qu'à moi, je te souhaiterai d'être dévoré par ta conscience jusqu'à la fin de ta vie." Il grimaça. "Mais la prison… Non, la prison est faite pour les meurtriers. Et bien que, moralement parlant, tu sois parmi le pire de ce qui se fait dans ce monde, tu n'es pas un meurtrier."

Elle était dure avec lui, elle le savait, elle n'avait pas menti au tribunal lorsqu'elle avait dit qu'il avait des circonstances atténuantes, mais sa nouvelle attitude qui consistait à encaisser en silence ses quatre vérités poussait Hermione à libérer toute la colère qu'elle avait accumulé à son égard au fil des années. Lorsqu'il ne répondit rien et qu'elle se rendit compte qu'il ne lâcherait pas le sol des yeux, elle reprit son chemin jusqu'au tableau.

"Bezoard." Annonça-t-elle à la jeune fille dans le cadre qui était censé la laisser passer.

Elle sentit ses muscles se contracter lorsque son nouveau colocataire la rejoignit en face du portrait. Qui ne s'ouvrit pas d'ailleurs.

"Bezoard !" insista Hermione. La jeune fille fronça les sourcils.

"Vous n'êtes pas mariés. Cette aile est réservée aux couples mariées ! J'ai prévenu Minerva que je n'aimais pas cela du tout, c'est inconvenant. Cinq personnes qui vivent sous le même toit ainsi, c'est…"

"Azaelle," intervint Drago d'une voix résigné. Hermione se souvint qu'il résidait là depuis sa libération. Avait-il eu le même problème tout l'été ? Allaient-ils avoir le même problème toute l'année ?

L'expression outrée de la jeune fille disparut pour laisser place à un large sourire.

"Bonjour, Drago."

"Laisse-nous passer. S'il-te-plait ?"

Hermione ne put que constater, sidérée, que la jeune fille obéissait. Malefoy venait-il de flirter avec un portrait ? Bah, après tout, décida-t-elle en se lançant dans l'ouverture, si ça marchait.

"Granger ?" appela le Serpentard derrière elle. La Gryffondor s'arrêta en plein mouvement mais ne se tourna pas. Cela dut lui suffire car il murmura, à peine assez fort pour qu'elle l'entende : "Merci."

Sans attendre de réponse, il entra dans la salle commune, une salle fournie comme les autres mais aux couleurs neutres, avant de disparaitre dans les escaliers qui devaient mener aux chambres. Hermione quant-à-elle, resta plantée au milieu de la salle déserte. Merci pour quoi exactement ? Pour l'avoir insulté ?


Ps : j'adore écrire des one-shot mais j'ai rarement l'inspiration, si vous avez des idées, n'hésitez pas.