A/N : Bonjour ! Tout d'abord, je voulais m'excuser du retard pour ce chapitre. Je vais essayer de publier une fois par semaine mais là, j'avais mes partiels de fin de semestre, d'où mon absence.
Ensuite, je n'ai eu que 3 reviews sur le deuxième chapitre contre 10 sur le premier ... Est-ce que c'était moins bien ? N'hésitez pas à me faire part de vos avis, bons ou mauvais. C'est avec les critiques que l'on écrit une bonne histoire. Néanmoins, je voulais quand même remercier Rine, Chupa98 et surtout Capryss pour ses reviews très détaillées. D'ailleurs, tu m'as posé la question à propos des OC, il y aura des semi-OC (c'est à dire que les noms existe dans HP mais qu'on ne les a quasiment pas vu et donc j'invente leur caractère) à Poudlard et des OC complet hors de Poudlard, soit après leurs études, soit à Pré-au-Lard. J'avoue ne pas savoir encore exactement où cette fic va s'arrêter mais je veux faire une fiction sur la ''mise en couple" hermione/drago qui se sera longue et compliqué mais aussi sur leur après.
Voilà, voilà, j'arrête de parler. Bonne lecture !
Chapitre 3
"Vous êtes fatiguant," maugréa Ginny, assise entre Ron et Hermione au petit-déjeuner.
Cela faisait une semaine que les cours avaient repris et que Ginny, désormais dans la même classe que son frère, assistait impuissante à leur guerre silencieuse. Hermione soupira. Elle comprenait la colère grandissante de la jeune fille. Elle était même d'accord avec elle. Cependant, elle ne savait pas quoi faire pour changer quoi que ce soit. Alors que Ron se renfrognait un peu plus et plongeait dans son petit déjeuner, Hermione fit comme si elle n'avait rien entendu et se leva.
"Vous avez potion ?" demanda-t-elle.
Ron hocha vaguement la tête et Ginny acquiesça.
"On se rejoint là-bas ?"
"Hermione," contra Ginny en arquant un sourcil, "on a encore vingt minute, on est large."
"Je préfère être en avance."
Et c'était la stricte vérité. Enfin, une partie de la vérité. Après toutes ces années à vivre la guerre et les drames, cette année, elle voulait vivre. Même Harry le lui avait dit. Pour une fois dans sa vie, elle avait le droit d'être égoïste et de ne se soucier que de ce qu'elle voulait. Honnêtement, elle ne voulait pas grand-chose, juste éviter les mélodrames, faire comme si ses cauchemars n'existaient pas et se concentrer sur ses cours. C'était la raison pour laquelle elle fuyait Ron comme la peste. Sa relation avec le jeune homme était trop complexe et s'il ne voulait rien faire pour que cela change, tant pis.
"Je viens avec toi." Finit par céder Ginny en foudroyant son frère du regard. Celui-ci les ignora.
Alors que les deux jeunes filles avançaient vers le cours de Slughorn, Hermione tentait de faire abstraction de la mauvaise humeur de Ron. Non, elle serait impassible et insouciante. Et ça aurait l'air naturel !
"Dis, Hermione, vous allez continuer comme ça longtemps avec Ron ?"
Vaste question…
"Je n'en sais rien. Ca dépend de lui, je suppose. Après tout, moi, je ne suis pas fâchée. Certes, on s'est séparé et il a été un peu cruel mais je le comprends, je suppose. Il était en colère et il n'a jamais compris mon besoin de faire les choses de façon juste. Vraiment, cette histoire avec le procès de Malefoy, j'ai l'impression de revenir au temps où je défendais les elfes et qu'il ne comprenait pas pourquoi. Je t'assure Ginny, pour moi, ce n'est ni plus ni moins que cela."
N'en déplaise à Ron. Elle n'avait pas succombé aux charmes du Serpentard ou oublier ce qu'il avait fait, ou ce qu'il n'avait pas fait, dans certains cas, contrairement à ce que disait son ancien petit-ami. Combien de fois devrait-elle l'expliquer ?!
"Je te comprends," répondit Ginny en poussant la porte qui menait aux cachots, "vraiment." Insista-t-elle devant la mine circonspecte d'Hermione. "Après tout, je sais tout particulièrement à quel point il pouvait être difficile de résister à Voldemort lorsqu'il avait décidé de vous faire faire quelque chose." Hermione regarda, inquiète, les yeux de son amie s'assombrirent. Elle espérait sincèrement qu'un jour, Ginny pourrait oublier cette mauvaise aventure… "Malefoy est un crétin doublé d'un lâche triplé d'un bigot mais pas un véritable Mangemort."
"Exactement !" s'exclama Hermione soulagée que quelqu'un, enfin, comprenne réellement ce qu'elle pensait. De plus, le Malefoy qu'elle avait vu cette semaine, toujours seul, même à la table des Serpentards, le dos courbé et le regard éteint, n'était plus vraiment celui d'avant la guerre…
Les deux jeunes filles avancèrent dans les cachots en silence après cela. En réalité, même si elles s'étaient rapprochées, elles n'étaient pas vraiment amies… Sans Harry, sans Ron, Hermione devait bien admettre que, au fond d'elle-même, elle se sentait seule depuis la rentrée. Elle supposait qu'il en allait de même pour Ginny à qui Harry manquait cruellement.
"Vous avez des chambres seules maintenant, Ron m'a dit ?"
Hermione fut reconnaissante du changement de sujet. Un sujet de discussion léger. Un sujet d'écolière. Exactement ce qu'elle recherchait cette année.
"Oui, c'est un peu étrange, de dormir seule. Et de croiser des gens d'autres maisons dans la salle commune."
"Vous passez beaucoup de temps là-bas ?"
"Pas vraiment. Ron est soit dans sa chambre soit hors de la tour, Susan passe beaucoup de temps à la bibliothèque avec Anthony, un peu comme moi. Et Malefoy," Elle s'arrêta et fixa l'entrée de la salle de potion. Ginny suivit son regard. Là, seul appuyé contre le mur et le nez dans un livre, le Serpentard attendait le début du cours. Au son de leur arrivée, il releva la tête.
"Bonjour," salua-t-il d'une voix neutre alors qu'elles s'installaient contre le mur en face de lui. Il replongea dans son livre.
Ginny tourna la tête vers Hermione, les yeux écarquillés. Hermione retint un rire. Apparemment, elle n'était pas la seule à ne pas savoir comment réagir face un Malefoy poli.
"Bonjour," répondit Hermione, hésitante.
Elle n'avait pas reparlé avec Malefoy depuis le soir de la rentrée. En réalité, malgré son rôle de tuteur, elle avait tout fait pour l'éviter. Après tout, elle supposait que l'observer de loin et vérifier qu'il ne torturait pas de première année suffisait. De toute façon, elle était convaincue que Malefoy ne ferait pas un pas de travers cette année. Il n'était pas bête à ce point…
Lorsque le silence entre les deux "factions" fut trop lourd pour elle et que sa curiosité naturelle prit le dessus, elle reprit : "Tu… Qu'est-ce-que tu lis ?"
"Baudelaire, les fleurs du mal."
"C'est un livre moldu !" ne put s'empêcher de s'exclamer Ginny, trop surprise pour penser à être poli.
Malefoy releva la tête et scruta les deux jeunes filles. Bizarrement, lorsqu'il répondit, il regarda Hermione, qui n'avait pourtant fait aucun commentaire.
"McGonnagall, en plus de me forcer à passer mes dimanches à aider aux réparations de l'aile ouest, m'a donné une liste de livre à lire. Tous moldus. Va savoir pourquoi." Ironisa-t-il.
Ginny ne répondit rien mais un simple regard apprit à Hermione que le simple concept d'une discussion normale avec Malefoy la laissait perplexe.
"Et… ça te plait ?" demanda Hermione, désormais vraiment curieuse. D'accord, il n'était pas censé lui servir de rat de laboratoire mais elle était vraiment désireuse de savoir ce qu'un sang-pur typique pensait de la poésie moldue. Le Serpentard, apparemment conscient qu'il ne lirait pas en paix, referma son livre et croisa les bras avant de hausser les épaules.
"C'est un peu cru, souvent provocateur voir même pervers mais c'est bien écrit. Même si la poésie n'est pas ma tasse de thé… Franchement, j'ai préféré le Seigneur des Anneaux."
"McGonagall t'a donné ça à lire ?" répliqua Hermione, incrédule. Elle comprenait qu'il ait à lire de la poésie, de la philosophie, des romans historiques mais… de la fantasy ?
Et avec cette question, le redouté sourire en coin Malefoyen refit son apparition. Hermione soupira. Il reprenait du poil de la bête. Hélas.
"Une espèce de créature diabolique qui veut asservir le monde, la tentation du pouvoir qui séduit tout le monde et noircit les âmes, un homme, enfin un hobbit, qui sauve le monde grâce à son plus fidèle ami, ça ne te rappelle rien ?"
D'accord, d'accord, elle pouvait voir le parallèle entre leur situation passée et le livre mais…
"Donc si je comprends bien, Harry est un hobbit ? Dumbledore est Gandalf, je suppose."
Ginny tournait la tête, allant de Drago à Hermione, sans comprendre un traitre mot de leur discussion.
"Hmm," acquiesça Malfoy, un sourire en coin toujours présent, "je suis un orque probablement."
"Et Ron et moi ?" tenta-t-elle, curieuse de savoir ce qu'il allait répondre.
"C'est évident, tu es Sam et il est Gollum." Répliqua le Serpentard, qui, malgré son changement d'attitude, ne pouvait supporter de laisser passer une occasion de casser du sucre sur le dos de Ron.
Hermione éclata d'un rire sincère qui provoqua la confusion de Ginny alors que le reste des élèves arrivaient petit à petit, Ron en tête. Si son air furieux était un indice, il allait finir par venir lui parler… Et elle n'était pas sûre vouloir savoir ce qu'il avait à dire… Slughorn arriva à son tour et ouvrit la porte de la salle, laissant les élèves entrer et s'installer. Hermione s'assit devant, à côté de Ginny et Ron s'installa derrière elle. Malefoy, lui, prit place au fond de la salle. Seul. Ginny se tourna vers son frère.
"Tu connais le Seigneur des Anneaux, toi ?"
Il ne répondit pas et Hermione ne se tourna pas pour voir sa réaction. Un signe de tête négatif, probablement.
"Bonjour tout le monde !" tonna la voix du professeur Slughorn lorsque tout le monde fut assis. "J'espère que ce début de nouvelle année se passe bien pour vous. Je ne peux que vous rappelez que les ASPICS sont au bout du chemin et qu'il est primordial pour vous de travailler régulièrement pour les réussir." Des soupirs chagrinés retentirent. "Même si je ne doute pas que certains n'auront aucun souci." Il fit un clin d'œil ostentatoire à Hermione qui se retint de lever les yeux au ciel. Slughorn ne changerait jamais. "Bien, sans autre préambule, commençons, voulez-vous ? Répartissez-vous en groupe de deux."
Ginny et Hermione échangèrent un regard, prête à se mettre ensemble lorsque le regard de Ginny dériva. Hermione suivit et se rendit compte que, en quelques secondes, tous les groupes étaient formés sauf… Ron et Malefoy… Les deux jeunes filles se dévisagèrent silencieusement. Il était impossible de les laisser tous les deux, à moins de vouloir déclencher une nouvelle guerre… Ginny soupira.
"Bien, je vais avec mon frère. Je te le laisse ? Malefoy, je veux dire." demanda-t-elle, un air presque coupable sur le visage.
Hermione, coupable elle aussi, réalisa qu'elle préférait à l'heure actuelle travailler avec Malefoy plutôt qu'avec Ron. Elle acquiesça donc et se leva. Cependant, une main autour de son poignet la stoppa. Ron, les sourcils froncés, la dévisageait d'un air étrange, presque inquiet. Hermione sentit son cœur se contracter malgré elle.
"Hermione, tu ne vas pas te mettre en groupe avec lui ? C'est … dangereux."
La jeune fille résista à l'envie de lever les yeux au ciel. Elle était à la fois touchée par l'inquiétude de Ron et exaspérée. Que croyait-il qu'il allait lui faire ? Et même, que croyait-il qu'il pouvait lui faire ? Elle avait combattu des dizaines de Mangemorts alors que pouvait bien lui faire Malefoy ? Sérieusement.
"Ron, sans parler du fait que Malefoy supporte les brimades en silence depuis une semaine, il est en liberté conditionnelle. Il ne va pas m'attaquer, surtout moi, vu que…"
Elle s'arrêta à temps. Personne ne savait qu'elle était celle chargée de rendre les rapports sur Malefoy. Elle n'en avait pas parlé jusque-là et ne le ferait pas maintenant. Etrangement, au vu des humiliations qu'il avait pu subir depuis son retour à Poudlard, elle ne voulait pas ajouter sa touche personnelle à cela.
"Vu que ?" demanda Ron d'un ton froid. Ginny, elle aussi, la regardait d'un air curieux.
"Tu veux prendre ma place ?" Il lâcha son poignet et grimaça. "C'est bien ce que je pensais." Marmonna-t-elle avant de ramasser ses affaires et de se diriger vers le fond.
Lorsqu'elle se laissa tomber sur la chaise à côté du Serpentard dans un silence de plomb, Slughorn eut un de ses rares moments de tact et ne commenta pas. A la place, il reprit le cours comme si de rien n'était.
"Par groupe de deux, je veux que vous inventiez une potion ! Non, monsieur Goldstein, je ne plaisante pas. Bien sûr, j'aiguillerai chaque groupe sur la marche à suivre…"
"Qu'est-ce-que tu fais là, Granger ?" murmura Drago, penché sur sa feuille mais la tête tournée vers la jeune fille. Elle resta concentrée sur les instructions.
"Excuse-moi, j'ai pris la place de ton ami imaginaire ?" mordit-elle avant même de pouvoir se retenir. Elle attendit la réponse acide typique de Malfoy. Qui ne vint jamais. Elle soupira. "Tu sais, tu peux me répondre quand je suis une peste. Je ne me vengerai pas sur mon rapport." Un grognement sceptique lui répondit. Elle posa sa plume et soupira avant de lui faire face. Il soutint son regard d'un air impassible, comme d'habitude. " Je suis sérieuse, Malefoy. Je… ce que j'ai dit, ce n'était pas correct. Etre en liberté conditionnelle ne veut pas dire que tu dois tout encaisser sans rien dire."
"Je n'encaisse que la vérité."
Elle le dévisagea longtemps sans rien dire, une oreille toujours tendue sur les instructions. Il avait toujours cet air hanté qu'il avait eu pendant la guerre. Elle le haïssait pour cela. Elle voulait oublier la guerre, se reconstruire. Elle n'y arriverait pas s'il continuait comme ça…
"Et quelle est la vérité, selon toi ?"
Il reprit sa prise de note et brisa le contact visuel, ses mèches blondes tombant devant son visage. Elle remarqua vaguement qu'il avait coupé ses cheveux depuis le tribunal et repris son apparence d'avant la prison. Une bonne chose, elle supposait.
"Mangemort," murmura-t-il, "Fils de Mangemort, traitre, lâche, abruti, les trucs dans ce genre… Et… toi, tout particulièrement, je pense que tu as le droit de dire ce que tu veux. Je le mérite."
Oh comme elle avait haït le Malefoy d'avant ! Oh comme elle avait pitié de celui-là… Bizarrement, il lui rappelait George. Un enfant qui n'en serait plus jamais un. Une enveloppe charnelle qui ne voyait plus la lumière, qui n'avait plus le goût de vivre. Sauf que… George, aussi brisé fut-il, avait sa famille avec lui, il avait Angelina. Malefoy lui n'avait plus personne. Sa famille était décimée, ses amies étaient soit décédés, soit hors du pays… Elle aurait pu le conforter, si ça avait été quelqu'un d'autre. Venant de lui, cela ne l'énerva que plus et elle n'avait pas encore la force en elle de le protéger.
"Tu es pitoyable." Lâcha-t-elle en soutenant son regard lorsqu'il le releva vers elle d'un coup sec, les yeux brillant de surprise et de colère mêlées, la première émotion depuis le début de l'année semblait-il. "D'accord, tu as fait des erreurs, d'accord ta vie n'est pas la meilleure en ce moment, je comprends. Mais tu es vivant, non ? Alors lève-toi et marche. Comme nous tous."
Que croyait-il ? Que c'était évident pour les Weasleys d'être ici alors qu'ils avaient perdu tant de gens qu'ils aimaient quelques mois auparavant ? Que c'était évident pour elle d'être assise à côté de lui ? Croyait-il qu'elle n'avait pas envie de pleurer en face de ses yeux gris qui lui rappelaient sa cicatrice au bras ? Ils étaient tous détruits. Ils essayaient tous de se relever. Lui, plus que les autres, se devait de faire un effort. Sans attendre de réponse de sa part, elle reprit ses notes, les mains tremblantes.
"Lève-toi et marche, hein ?" murmura-t-il si bas qu'elle comprit qu'il se parlait à lui-même.
Soudain, les élèves autour d'eux commencèrent de parler entre eux et Hermione comprit qu'il était temps de commencer les réflexions sur une nouvelle potion. Elle se concentra sur le cours et se tourna complètement vers le Serpentard.
"Si je me souviens bien, tu étais bon en potion. Une idée ?"
Il réfléchit pendant quelques minutes avant d'ouvrir la bouche, de la refermer, de la rouvrir.
"Malefoy, si ton idée c'est de créer une potion pour te transformer en poisson, pas besoin. Tu fais ça très bien tout seul."
Il referma la bouche et fronça les sourcils. Hermione retint un sourire. Elle allait finir par le faire réagir. Bien qu'elle ne sache pas pourquoi cela la réjouissait tant.
"Je pensais, peut-être quelque chose pour guérir les cicatrices ? Ça devrait être possible. Après tout, la recherche n'est pas très avancée dans ce domaine mais…"
"Mais ça serait faisable." Enchaina Hermione en tentant de faire comme si elle n'avait pas compris quelle cicatrice lui avait donné l'idée. " Peut-être qu'il faudrait plus partir sur un dérivé du polynectar ?"
"Pourquoi pas plutôt sur l'essence de Dictame ?"
"Trop compliqué. Le produit est trop volatile. Non, les cicatrices n'ont pas besoin d'être soigné vraiment, juste d'être remplacé par de la peau. Le polynectar transforme le corps."
Le regard de Malefoy s'illumina. Un regard qu'elle connaissait bien. C'était le sien lorsqu'elle tenait une idée brillante.
"Il faudrait baser la potion sur le sissymbre, c'est la base de la mutation du corps. Et je pense quand même qu'un peu d'essence de dictame pour la régénération sera nécessaire."
"Avec une corne de bicorne pour stabiliser les composants." Ajouta Hermione qui était déjà en train d'écrire un brouillon alors que Drago ouvrait son livre de potion à la recherche d'idée sur la procédure.
"Le sissymbre est compliqué à diluer. La potion sera longue à préparer."
"Hmmm," confirma Hermione, " et il faudra ajouter l'essence de ditanny en dernier."
"Oh, oh !" interompit Slughorn, penché sur leur brouillon, "un projet ambitieux à ce que je vois. Et sans surprise de votre part, c'est plutôt bien pensé. Si je peux me permettre une petite idée, une queue de lézard pour la régénération de la peau serait un plus." Hermione nota alors qu'elle pouvait entendre les pages du livre de Malfoy tourner.
"Deux ?" proposa ce dernier.
"Excellent, Monsieur Malefoy ! Par contre, je vous conseille de travailler hors des cours pour commencer au plus tôt la dilution du sissymbre si vous voulez finir avant la fin du semestre."
Hermione releva la tête et croisa les yeux gris du Serpentard. Ils hochèrent la tête à l'unisson. Après tout, ils étaient dans le même dortoir et n'avaient plus de couvre-feu, ce qui facilitait grandement les choses.
"D'ailleurs, les enfants, tant que je vous tiens, je pensais organiser une petite fête de rentrée dans la semaine prochaine, je serai ravi de vous avoir avec moi ce soir-là."
La jeune Gryffondor retint un roulement d'yeux. Slughorn… Elle vit dans les yeux de Malefoy qu'il était aussi enthousiaste qu'elle. L'indifférence avait laissé place à une sorte d'horreur mêlée de terreur. Elle retint un rire.
"Bien sûr, Professeur." Répondirent-ils en cœur et à contrecœur.
"Parfait ! Continuez, continuez, je ne voudrais pas interrompre un projet aussi prometteur."
Minuit vingt. Hermione ouvrit les yeux, résignée et fixa le plafond de pierre. Elle avait su qu'aller se coucher à 21 heures un vendredi était une mauvaise idée. Cependant, lorsqu'elle était entrée dans la salle commune et qu'elle l'avait trouvé déserte, elle s'était dit qu'il valait mieux dormir. Au début, elle avait trouvé l'idée d'une chambre seule géniale, maintenant qu'elle avait eu le temps d'expérimenter la vie à cinq, elle regrettait un peu la chaleur de la tour Gryffondor. Sans couvre-feu obligatoire, personne n'était jamais dans la salle commune. Passablement déprimée, elle était allée se coucher. Seulement voilà, un cauchemar l'avait réveillée et maintenant, elle n'avait plus sommeil.
Elle resta immobile pendant quelques minutes à contrôler sa respiration dans le noir dans l'espoir de se rendormir. Lorsqu'elle comprit que ce serait impossible, elle rejeta les couvertures d'un geste sec et glissa ses pieds dans ses chaussons avant d'attacher ses cheveux à la va vite. Elle attrapa sa robe de chambre, la serra autour de sa taille et partit en quête du seul remède qu'elle connaissait contre l'insomnie: le chocolat chaud. Le plus discrètement possible, elle ouvrit sa porte de chambre et entreprit la descente des escaliers en pierre jusqu'à la salle commune. Lorsqu'elle arriva en bas des escaliers, elle s'apprêtait à avancer vers la sortie pour rejoindre les cuisines quand un détail la stoppa net.
D'où elle était, elle ne pouvait voir que le dos du canapé brun qui faisait face à la cheminée mais elle était néanmoins sûre que des mèches blondes dépassait de l'accoudoir en tissu. Que faisait-il ici ? Curieuse, elle se rapprocha sur la pointe des pieds et se pencha. Malefoy était allongé sur le canapé, toujours en uniforme et apparemment bien endormi. Et probablement saoul, si la bouteille de whisky pur feu vide qui trainait par terre était un indice. Sa cravate verte et son pull avaient disparu et les premiers boutons de sa chemise étaient ouverts. Une de ses mains était posée sur son estomac, par-dessus sa chemise, tandis que l'autre pendait au bord du canapé, les doigts frôlant le sol de pierre.
Pourquoi dormait-il ici ? Il allait prendre froid ! Hermione se sermonna mentalement. Voilà qu'elle devenait comme Molly Weasley. Qui s'en souciait si Malefoy prenait froid ? Après tout ce qu'il avait fait… Non, elle ne devait pas penser comme ça. Ca n'avait pas de sens et ce n'était pas elle. Si elle se mettait à se réjouir de la maladie des autres, elle ne valait pas mieux que lui. Que l'ancien lui… La jeune fille soupira, exaspérée par son propre esprit incapable de s'arrêter de fonctionner et tentée de s'arracher les cheveux.
"Granger, tu me fais peur."
L'interpellée fit un bon en arrière, une main sur le cœur. Maudit… furet ! A contrecœur, elle se rapprocha.
"Tu ne dors pas ?"
La tête de Malefoy disparut de l'accoudoir pour réapparaitre au-dessus du canapé, une main pendante contre le dos de celui-ci. Il tourna son regard vers elle et arqua un sourcil amusé.
"Je dormAIS." Corrigea-t-il, pas aussi contrarié qu'elle ne l'aurait cru.
"Tu as le sommeil léger," se contenta de constater Hermione, pas encore habituée aux discussions civiles avec le Serpentard.
"Pas toi ?"
Elle ne répondit pas. Il avait raison. Ils avaient tous le sommeil léger désormais. Au moindre bruit, ils étaient réveillés, baguette en main. Face au silence, Malefoy eut le tact, surprenant, de changer de sujet.
"Que fais-tu là, à cette heure ?"
Elle aurait pu répondre que ce n'était pas ses affaires, qu'il était bien là lui aussi ou ne pas lui répondre du tout mais… Au fil des jours, ils avaient entrepris une sorte de pacte de non-agression qu'elle ne voulut pas briser.
"Un cauchemar," expliqua-t-elle. "Je vais me chercher un chocolat chaud."
Il ne demanda pas quel cauchemar et elle lui en fut reconnaissante.
"Pourquoi ne pas appeler un elfe ? Ils peuvent te le servir ici, tu sais ?"
"Les elfes ne sont pas des esclaves ! J'ai deux jambes et contrairement à certains, je m'en sers !"
C'était plus fort qu'elle, pensa-t-elle alors qu'elle avançait à grandes enjambées vers la sortie. Elle ne tenait pas cinq minutes sans l'agresser, injustement certains diraient. Elle se consola en se disant que sur ce sujet, Ron aurait eu droit à la même réponse cinglante. Contrairement à Ron néanmoins, Malefoy se leva du canapé et soupira.
"Je viens avec toi," annonça-t-il dans son dos avant de la suivre. "Merlin sait que j'ai besoin de m'hydrater."
Ca, Hermione ne pouvait qu'acquiescer. Il puait l'alcool. Elle se laissa donc accompagner en silence, perplexe. Les couloirs de Poudlard la nuit n'était rien de moins que terrifiant. Des ombres de tableaux qui vous fixaient du haut de leur mur de pierre, les courants d'air, les ténèbres et surtout, surtout, le silence… Rien ne bougeait dans les couloirs la nuit et la seule chose qu'elle entendait était le claquement de leur pas sur la pierre froide. La jeune fille resserra sa robe de chambre autour d'elle. Elle n'avait jamais arpenté seule les couloirs à cette heure. Elle était donc plutôt soulagée de la présence du Serpentard mais des questions demeuraient. Pourquoi choisissait-il de lui tenir compagnie ? Car elle n'était pas naïve, il avait d'autre solution pour s'hydrater bien plus simple. Pire encore, pourquoi le laissait-elle venir ? Et enfin, depuis quand n'était-elle plus aussi mal-à-l'aise en sa présence ? Certes, elle n'avait objectivement rien à craindre de lui mais il n'était néanmoins pas un ami. Pourtant… Elle était bien forcée d'admettre que, depuis la rentrée, elle prenait plus de plaisir à discuter avec lui qu'avec… Non, en fait, le problème était certainement là. Elle n'avait jamais eu beaucoup d'amis et, de tous ceux qu'elle avait, seuls Ron et Ginny étaient encore là. Elle n'avait jamais eu beaucoup de liens avec Ginny et Ron ne lui parlait quasiment plus. C'était certainement pour cela qu'elle se rapprochait, involontairement, de Malefoy. Ils étaient tous les deux irrémédiablement seuls.
Ils descendirent les escaliers jusqu'au rez-de-chaussée dans un silence gêné. Finalement, alors qu'elle atteignait la dernière marche, Hermione n'y tint plus.
"Pourquoi est-ce-que tu dormais sur le canapé ?" demanda-t-elle de but en blanc, les yeux fixés droit devant elle et le son de sa voix, pourtant faible, raisonnant dans le hall d'entrée.
Malefoy arrêta d'avancer et elle s'arrêta à son tour jusqu'à ce qu'il reprenne la marche sans lui avoir répondu. Ce ne fut que lorsqu'ils atteignirent le tableau de la coupelle de fruit et qu'elle fut persuadée qu'elle n'aurait aucune réponse qu'il décida de prendre la parole. Il fixait le tableau sans vraiment le voir et le regarda, fascinée par les ombres qui dansaient dans ses yeux gris.
"Madame Pomfresh refuse de me donner plus de potions de sommeil sans rêve. Elle a peur que je développe une accoutumance."
Hermione grimaça dans la pénombre. Alors pour remplacer la potion, il buvait ? Ce n'était pas étonnant qu'il ait toujours les traits tirés et les yeux cernés. S'il continuait comme ça, il allait y laisser plus que sa santé… Cependant, elle garda le silence et il ouvrit le tableau. Ce n'était pas à elle de lui faire la leçon. Et elle avait comme l'impression que toute remarque de sa part serait mal accueillie.
