Chapitre 4

Drago ne se comprenait plus lui-même. Pourquoi diable avait-il eu ce besoin d'accompagner Granger pour sa balade nocturne ? Certes, il y avait une part de lui qui l'avait fait juste par esprit de contradiction. Il avait soif et elle l'avait provoqué en annonçant sur ses grands chevaux qu'elle n'était pas une assistée, elle. Mais… Mais était-il vraiment seul à ce point ?

Alors qu'ils s'asseyaient autour d'un table et que les quelques elfes encore debout, tout sourire, leur servaient un chocolat chaud accompagné de quelques gâteaux, la réponse était évidente. Oui. Oui, il était seul à ce point, au point de préférer la compagnie de Granger à la solitude. De plus, s'il était honnête, elle n'était pas vraiment la sang-de-bourbe que son père lui avait appris à haïr. Elle était une véritable miss-je-sais-tout doublée d'un rat de bibliothèque, ça c'était vrai. Mais elle était aussi la seule dans tout ce château qui ne le regardait pas de haut. Alors qu'elle était l'une des rares qui, selon lui, en aurait eu le droit. Certes, elle ne ratait jamais une occasion de le remettre en place, mais c'était Granger, elle était ainsi avec tout le monde.

Depuis la rentrée, il avait véritablement pris sur lui pour ne pas exploser sous les moqueries et les regards méprisants des élèves. Pour qui se prenaient-ils, ceux qui avaient fui l'Angleterre pendant la guerre et n'étaient revenus qu'avec la paix, pour le juger ? Ils étaient aussi lâches que lui. Et pourtant, ils le jugeaient bel et bien. C'était frustrant de voir cela. Surtout lorsqu'il s'était rendu compte que Granger, celle qui avait le plus le droit de le haïr, ne le faisait pas. Même les Weasley restaient relativement neutres. Certes, ils le dévisageaient avec colère la plupart du temps mais, tout l'un dans l'autre, leur comportement était resté le même que celui d'avant la guerre.

Drago retint un soupir lassé en se penchant sur sa tasse de chocolat. Il était libre, c'était l'essentiel.

"Tu ne devrais pas boire autant." Murmura Granger, les deux mains autour de sa tasse et les yeux fixés sur la table.

Il sursauta presque de l'entendre parler après si longtemps. Il ne comprit d'abord pas à quoi elle faisait allusion. Avant de se rappeler qu'elle l'avait trouvé presque dans le coma sur le canapé. Il la dévisagea en silence et retint un rire lorsqu'il se rendit compte qu'elle ne lèverait pas les yeux vers lui. Elle avait un drôle de comportement, alternant entre timidité et remarques cinglantes. Il la comprenait pourtant. Les discussions normales étaient une nouveauté pour eux. Il leur faudrait du temps pour s'adapter. Du temps et des efforts. Drago n'en revenait toujours pas d'ailleurs, qu'elle soit prête à faire ces efforts-là… Et il lui en était plus reconnaissant qu'il ne l'admettrait jamais. C'était probablement pour cela qu'à chaque fois qu'elle lui faisait une remarque qui lui aurait valu une réponse assassine avant, il encaissait calmement.

"Je ne peux pas dormir, sinon." Admit-il à regret avant de boire une gorgée de chocolat brulant et trop sucré.

Il n'aimait pas se confier. Pourtant, là encore, avec elle, il le faisait. Parce qu'il le lui devait. Il continua de la fixer sans ciller, car il savait qu'à un moment donné, elle craquerait et relèverait la tête vers lui. Il avait besoin de voir ses yeux parce que sans ça, il n'arrivait pas à comprendre ce qui passait dans son esprit. Pas qu'il comprenne grand-chose de toute façon mais…

"Il existe des herbes," finit-elle par répondre, le regard enfin levé vers lui, les flammes des bougies en lévitation autour d'eux créant des ombres étranges sur son visage. "Des herbes médicinales qui aident à dormir et à calmer l'anxiété. L'avantage étant qu'elles ne provoquent pas d'addiction."

Il fronça les sourcils.

"Pomfrey ne m'a pas parlé de ça."

"C'est de la médecine moldue." Admit Granger, les yeux désormais fixé dans les siens, comme si elle essayait de lire sa réaction à la nouvelle.

Il laissa échapper un rire qui provoqua chez elle un froncement de sourcil. Il comprenait ses doutes, mais elle n'avait plus de raisons de s'inquiéter. Pendant la guerre, il avait vu les idéaux que son père lui avait inculqué poussé à l'extrême par la folie de Voldemort. Il avait vu des moldus mourir après des semaines de tortures. Il avait vu… Non, il avait vu tant de choses si horribles que cela l'avait convaincu que ces idées-là ne pouvaient pas être les bonnes. Pas lorsque le leader des Sangs-Purs, qui prônait la pureté du sang, était un sang-mêlé. Pas lorsque celui qui l'avait vaincu était lui aussi un sang-mêlé. Pas lorsque la sorcière la plus brillante de leur génération et la seule qui lui offrait une chance de rédemption était une née-moldue…

"Malefoy ?" appela-t-elle alors que le doute perçait dans sa voix claire.

"Je ne suis plus… comme ça." Avoua-t-il après une nouvelle gorgée de chocolat. Après avoir étudié les moldus, contraint et forcé par Minerva, il avait toujours peur d'eux. Mais pas pour les mêmes raisons. La bombe atomique comme moyen d'assurer la paix… Ils étaient sérieux ? "Comment s'appellent tes herbes ?"

Il vit son visage se détendre alors qu'elle lui souriait, apparemment ravie. Drago se demanda vaguement si elle était toujours aussi naïve avec tout le monde. Ce qui expliquerait pourquoi Weasley arrivait à lui mener la vie infernale…

"Oh, c'est un mélange de plusieurs plantes, la valériane et le pavot de Californie majoritairement, qu'il faut faire infuser et boire comme un thé avant d'aller dormir. Je… j'en ai plusieurs sachets avec moi." Ah, donc il n'y avait pas que lui qui souffrait d'insomnie... Pas surprenant. "Je pourrai t'en donner un, si tu veux essayer."

Devant son air ravi, il ne put s'empêcher de lui sourire, un véritable sourire, un de ceux qui n'avait pas étiré ses lèvres depuis longtemps. Il retint un nouveau rire devant son air perplexe et fut tenté de répliquer que oui, lui aussi savait sourire normalement. Il choisit d'être plus diplomate et de ne rien dire cependant.

"Je veux bien, merci."

Alors qu'ils finissaient leur chocolat en silence, un silence confortable pour une fois, l'ouverture du tableau laissa entrer un autre visiteur nocturne. Drago manqua de s'étouffer lorsqu'il reconnut l'imposant estomac du professeur Slughorn. Il tenta de regagner son souffle, sous les yeux amusés de Granger, alors que le Maitre des Potions, un bonnet de nuit sur la tête, demandait quelques sucreries et un verre de lait aux elfes. Oh, la Gryffondor pouvait rire! Il savait qu'elle ne voyait pas venir la catastrophe. C'était bien ce qu'il pensait. Trop naïve.

"Ooh !" s'exclama Slughorn tout sourire. "Miss Granger ! Et Monsieur Malfoy." Ce dernier savait pertinemment pourquoi le professeur lui accordait de l'attention, il pouvait le lire dans ses yeux. Granger allait probablement bientôt le comprendre. "Que faites-vous ici à une heure pareille, hmm? Vous n'êtes pas couchés ?"

Sans gêne, il s'assit autour de la même table qu'eux. Drago dut prendre sur lui pour ne pas lâcher un grognement mécontent.

"Nous…" commença Granger et le Serpentard pouvait voir la boulette arriver. Nous prenions un chocolat chaud, Granger, pria-t-il dans sa tête, dis-lui la vérité. Juste la vérité, ça suffit. On a plus de couvre-feu maintenant, on a le droit d'être là. Allez… "Nous discutions de notre potion, professeur."

Cette fois-ci, le grognement dépité raisonna dans la pièce et Drago se passa une main agressive dans les cheveux sous les yeux surpris des deux autres insomniaques. Pourquoi ?! Mais pourquoi ne pouvait-elle pas, pour une fois, réfléchir comme une Serpentard ?! Sans surprise, Drago assista impuissant à la montée d'une lueur complice dans les yeux de Slughorn.

"Ah ? C'est la nouvelle excuse des élèves de nos jours ?" demanda-t-il en riant. "Oh, il est vrai que c'était bien la même chose de mon temps."

Drago fut tenté de se frapper la tête contre la table. Son seul réconfort fut d'être témoin de l'effondrement du sourire de Granger qui laissa la place à des joues rouges tomates et une expression d'horreur totale.

"Non, professeur, ce n'est pas…"

"Oh, ne vous inquiétez pas, je ne le dirai à personne." L'interrompit-il tout en se levant. Il attrapa le panier que lui tendait un elfe et leur fit un clin d'œil. "Ce sera notre petit secret."

"Mais ! Mais." Tenta Granger alors que Slughorn disparaissait déjà dans l'entrebâillement.

"Ne veillez pas trop tard !" lança-t-il avant de sortir. "Et pas de folie dans les murs de l'école!"

Lorsque la vieille commère disparut enfin, Drago attrapa un biscuit sec et mordit dedans, un sourcil arqué en direction de Granger. Cette dernière se laissa tomber contre la table, front sur le bois et les mains dans le nid qui lui servait de cheveux.

"C'est une catastrophe." Marmonna-t-elle alors que Drago continuait de manger. Il avait su ce qui allait se passer à la seconde où elle s'était assise à côté de lui en potion. Depuis, il s'était résigné. En grande partie parce que, de toute façon, on ne pouvait pas penser pire de lui.

"Bah, ça lui passera." Tenta-t-il de raisonner la jeune fille. Elle se releva d'un bond et le fusilla du regard.

"Oui, ça lui passera lorsqu'il l'aura dit à tout le monde !" Elle se laissa tomber à nouveau sur sa chaise, la tête dans les mains. "Ron va m'en faire toute une histoire…"

Drago fronça les sourcils. Voilà bien un sujet qui l'avait rendu bizarrement curieux depuis la rentrée. Granger était censé être en couple avec la belette, enfin c'était ce qu'il avait pensé, révulsé à l'idée de devoir supporter les tourtereaux dans sa salle commune, jusqu'à ce qu'il remarque qu'elle ne lui avait quasiment pas parlé depuis son arrivée. Il se retint de poser des questions et ce sujet et garda le silence.

"Tout le monde va en faire tout une histoire…" continua-t-elle de gémir d'une voix suraigüe.

Drago soupira et se leva.

"Ne t'inquiètes pas. Je ferai en sorte que personne ne puisse croire que la princesse Gryffondor sort avec le vilain Mangemort."

Sur ce, il commença de quitter la pièce, les sourcils froncés. Il ne se comprenait plus lui-même. Il comprenait parfaitement qu'elle ne veuille pas de scandale qui salirait sa réputation mais, malgré cela, et malgré lui-même, il était contrarié.

"Non, ce n'est pas ce que je…"

Le portrait se referma avant qu'il ne puisse entendre la suite.


Lorsqu'Hermione se réveilla le lendemain matin, elle se tourna et se retourna dans son lit avant de finalement réussir à trouver la force de se lever. Elle ne voulait absolument pas affronter la journée à venir. Elle ne doutait pas que Slughorn allait raconter sa petite histoire inventée à tout le corps enseignant dès aujourd'hui et c'était précisément pour cela qu'elle ne voulait pas descendre jusqu'à la Grande Salle. Elle refusait d'être témoin impuissante de l'imbécilité du Maitre des Potions ! C'est pour cette raison qu'elle prit tout son temps dans la salle de bain, prit encore plus de temps à peigner ses cheveux et à choisir ses vêtements, pour au final avoir la même apparence que d'habitude. Néanmoins, elle atteignit son but. Elle ne fut prête que bien après l'heure du petit-déjeuner. Tant pis, elle mangerait mieux à midi.

Cependant, malgré la petite satisfaction que lui avait fourni le fait d'avoir trouvé une excuse pour sauter le petit-déjeuner, sa joie ne dura pas longtemps. Jusqu'à ce qu'elle atteigne le bas des marches et pose un pied dans la salle commune, en réalité. Là, elle trouva Ron, les joues rouges et les bras croisés, et Ginny, à ses côtés, qui dévisageait Hermione avec curiosité. Les deux Weasleys l'attendaient de pieds ferme semblait-il.

"Ginny ?" demanda Hermione, curieuse avant tout de savoir ce qu'elle faisait dans le dortoir des redoublants. Habituellement, Ron ou Hermione allaient dans la salle commune des Gryffondors plutôt que l'inverse. L'interpellée s'avança lorsque son frère la poussa légèrement en avant par le bras. La benjamine se dégagea sans douceur et fusilla son frère du regard avant de soupirer et de se tourner vers Hermione. Ron gardait sa mine renfrogné. Plus renfrogné que d'habitude, constata Hermione. Quelque chose n'allait pas. Après un énième soupir, Ginny se lança.

"Ron m'a dit de te dire que Fay lui a dit que Jimmy lui a dit que Nigel lui a dit que-"

"Très mature, Ronald." Coupa Hermione, acide, avant de passer devant la fratrie pour se laisser tomber dans l'un des canapés autour de la cheminée. Sur l'autre, Anthony Goldstein, en pleine lecture, leva un regard amusé vers elle. Avant qu'elle ne puisse demander quoique ce soit, il replongea dans son livre. Malheureusement, après un débat houleux murmuré entre les deux Weasley, Ginny revint à l'assaut.

"Bon, on ne sait pas exactement qui mais il y a une rumeur qui court depuis ce matin."

Hermione se figea. Slughorn n'avait pas osé… pas aux élèves, si ? Ginny, toujours très direct, merci Merlin, expliqua rapidement.

"Il se dit qu'un préfet vous a vu, toi et…" Elle lança un regard aux alentours, "Malefoy. Hier soir, pendant sa ronde. Et que vous étiez… hum, très proche, disons."

Hermione resta immobile, bouche bée. Elle savait que le téléphone arabe était monnaie courante à Poudlard mais tout de même ! Ils étaient allés à la cuisine, en marchant côte à côte, et pas si rapprochés que ça.

"Proche à quel point ?" demanda la jeune fille, méfiante et craignant la réponse. Elle vit du coin de l'œil le sourire moqueur d'Anthony. Il ne perdait rien pour attendre.

Ginny s'assit à côté d'elle tandis que Ron s'asseyait sur le dernier fauteuil de libre, en face d'elle, toujours silencieux. Il était évident dans leur attitude que Ginny n'en croyait rien. Ron… Ron était égal à lui-même.

"Ca dépend de la personne à qui tu le demande." Avoua Ginny dans une grimace. Hermione soupira, laissa tomber sa tête dans ses mains et ferma les yeux, prête à tout entendre.

"La pire ?"

Le silence lui répondit.

"Ginny," supplia-t-elle. Elle ne pouvait rien faire si elle n'avait aucune idée de ce qu'il se disait. Ce fut finalement Anthony, ses yeux bleus brillant d'amusement sous ses mèches brunes qui lui répondit.

"Certains racontent que le préfet vous a vu dans un coin sombre en train de vous embrasser et avec quelques vêtements en moins."

Hermione releva la tête d'un coup brusque, probablement le teint pâle et des frissons courant le long de son échine. Quoi ?! Mais comment … ?! Le Poufsouffle éclata de rire.

"Ne t'inquiètes pas Hermione, tout ceux qui ont autre chose qu'un petit pois à la place du cerveau savent bien que ce n'est qu'une rumeur."

Ce qui voulait dire qu'une bonne partie du château y croyait encore… Forcément, une relation scandaleuse entre eux deux était le genre d'histoire typique qu'adorer les commères… Hermione laissa à nouveau sa tête disparaître dans ses mains dans un gémissement pitoyable.

"Où est Malefoy ?" finit-elle par demander à personne en particulier, bien qu'Anthony soit le seul qui ait une chance de le savoir.

"C'est tout ce que tu as à dire ?" coupa la voix glaciale de Ron. Hermione releva la tête, doucement, histoire de lui laisser une chance de changer de ton avant qu'elle ne réponde. Anthony prétexta des devoirs pour disparaître. La jeune fille l'entendit à peine, trop concentrée qu'elle était sur Ron. Elle lui laissait cinq secondes. Cinq.

"Ron !" intervint Ginny, exaspérée.

"Quoi ?!" répliqua ce dernier sans honte. " Tu dois admettre qu'il y a de quoi se poser des questions. D'abord, elle le sauve de prison alors qu'il méritait largement d'y rester. Ensuite, elle lui parle comme si de rien n'était dans les couloirs. Elle forme une équipe avec lui en potion. Elle nous assure qu'il ne lui fera rien sans vouloir préciser pourquoi. Et maintenant ça. Sans explication, c'est louche !"

Ginny allait répondre lorsqu'Hermione se leva et croisa les bras. Lorsqu'elle parla, sa voix tressaillait d'une colère blanche.

"Si je ne m'explique pas, Ronald, c'est parce que je suis, j'étais" se corrigea-t-elle avec une amertume non-dissimulée, "persuadée que ce n'était pas nécessaire. Comme l'a dit Anthony, ceux qui me connaissent savent tout de suite que ce n'est pas vrai. Je ne ferai jamais ce genre de chose. Avec n'importe qui, d'ailleurs !" Tous ses amis savait qu'elle était une fervente défenseure du principe de la vie privée qui reste privée ! Si elle devait embrasser Malefoy - et déjà rien que cela, c'était de la science-fiction - elle ne ferait certainement pas au beau milieu d'un couloir !

"Ca, je suis témoin." Maugréa son ami qu'elle ne reconnaissait plus juste assez fort pour qu'elle l'entende.

Le mufle. Elle s'était attendue à ce que Ron avec sa colère actuelle et sa jalousie chronique lui pose des questions. Elle n'aurait pas en revanche pensé qu'il l'accuserait de but en blanc. Sans compter cette dernière petite attaque, souvenir de ses nombreux refus d'aller plus loin avec lui, plus basse qu'elle ne l'en aurait cru capable.

Sans un mot de plus, trop choquée et trop blessée par sa méchanceté gratuite, Hermione fit volte-face et monta les marches qui menaient au dortoir quatre à quatre. Elle croisa Malefoy qui sortait de sa chambre, une main dans ses mèches décoiffés, le regard hagard et toujours en robe de chambre, qui la regarda passer.

"Grang-"

Elle n'entendit pas la suite, le son couvert par le claquement furieux de sa porte de chambre. Sans réfléchir, l'esprit embrumé par le chagrin et les yeux brillants de larmes, elle se jeta sur son lit et plongea sa tête dans les oreillers rouges. Elle serra les dents, serra les poings, dans l'espoir de contenir ses pleurs. Comment osait-il ? Comment osait-il lui faire ce genre de remarques ?! Elle lui avait expliqué qu'elle avait besoin de temps, d'avoir confiance en la personne avec qui elle le ferait et en elle-même avant de pouvoir "sauter le pas". Il était son ami, il était celui qui avait décidé de rompre leur relation amoureuse naissante. Il n'avait pas le droit de la traiter comme ça.

Elle resta ainsi, immobile, tous les muscles de son corps douloureusement contractés, pendant ce qui lui sembla être des heures. Même lorsque des coups frappés doucement contre sa porte retentirent, elle ne bougea pas.

"Hermione ?" appela Ron, sa voix atténuée par le bois.

Elle reconnut néanmoins ce ton et elle savait ce qui allait venir après. Elle serra les dents un peu plus fort pour retenir un gémissement pitoyable.

"Hermione, ouvre-moi."

Il pouvait toujours courir ! Elle était certes malheureuse, blessée et elle se sentait si seule qu'elle tuerait pour avoir des bras chauds autour d'elle en ce moment mais… Mais pas les siens. Pas maintenant. Il l'avait trop fait souffrir en quelques phrases, trop peu de temps auparavant, pour qu'elle puisse trouver du réconfort en sa personne. Honnêtement, elle avait plus envie de le frapper qu'autre chose. Elle adopta donc un comportement bien connu des femmes blessés et furieuses dans le monde : le silence.

"Hermione, je suis désolé. J'étais furieux et surtout, j'étais jaloux, je ne pensais pas un mot de tout ça. Je… Je t'aime. Tu le sais, ça, hein ?"

Va te faire voir ! Avait-elle envie du lui crier. Comment osait-il lui dire cela ? Après tout le mal qu'il lui avait fait ces dernières semaines ? Elle avait réussi à faire abstraction de son comportement depuis la libération de Malefoy, du fait qu'elle s'était faite plaquer – quand même ! – pour se mettre à sa place, lui laisser du temps, de l'espace pour bouder comme il le faisait d'habitude, et qu'ensuite, ils puissent se réconcilier. Pourtant, ce matin, il avait dépassé la limite. Elle ne pouvait pas le pardonner, pas tout de suite, pas lorsque ses mots d'amour lui donner envie de laisser échapper un rire amer. Elle savait que ses excuses n'étaient que le résultat d'une intervention de Ginny. Elles n'avaient donc aucune valeur à ses yeux.

Finalement, après plusieurs minutes de silence, elle entendit sa tête heurter le bois, légèrement avant d'entendre ses pas se rétracter. Bon débarras ! Oui, bon débarras… Mais alors, pourquoi avait-elle si mal au cœur ? Pourquoi souhaitait-elle, irrationnellement, qu'il reste plus longtemps, des heures s'il le fallait, jusqu'à ce qu'elle cède ? Quelques secondes auparavant, elle avait voulu qu'il disparaisse de devant sa porte, alors pourquoi, lorsqu'il le faisait, se sentait-elle si déçue ?

Elle resta ainsi, immobile, pendant ce qui lui sembla une petite éternité, des larmes brûlantes imbibant son oreiller et un gémissement douloureux coincé au fond de sa gorge.

Un nouveau coup raisonna contre sa porte.

Elle releva la tête d'un coup sec et sans réfléchir, courut pour aller ouvrir.


A/N : J'espère que ce chapitre vous a plu. J'ai bien conscience que dans l'ensemble, on voit beaucoup Ron. Et pas sous son meilleur jour. Je ne suis pas une fan du personnage mais je fais de mon mieux pour le garder dans son personnage et ces passages sont nécessaires pour que Hermione puisse, de façon réaliste, passer de Ron à Drago, disons.

Badword : Tout d'abord, merci pour ta review pleine de compliments, ça me touche toujours beaucoup de savoir que les lecteurs apprécient l'histoire mais aussi le style d'écriture. Ensuite, pour te répondre, les réponses aux reviews se font soit par message privé soit, et bien, comme ici, sur le chapitre suivant. (Je ne réponds jamais en MP, je préfère le faire sur les A/N). N'hésite pas si tu as des questions, je réponds toujours avec plaisir.

Merci aussi à MissHely pour sa review pleine de gentillesse !

A la prochain !

N'hésitez pas si vous avez des questions ou des remarques, je suis toujours ravie de parler, grande bavarde que je suis !

PS : J'ai écrit une one-shot sur la jeunesse de Narcissa, si ça vous intéresse.