Bonjour ! Je voudrais vous remercier de votre soutien tout d'abord, que ce soit à travers vos critiques ou le fait que vous suiviez ma fanfic, ça ne fait que me motiver (qu'est ce qu'un auteur sans public ?)

Bref, au milieu des death fics, j'espère que vous aimerez la suite des Aventures de Bob car croyez moi, je ne vais pas le lâcher de si tôt (je vais même prendre un malin plaisir à le torturer !).

Bref, ENJOY !

Bob fixait une mouche au plafond. Son vol irrégulier le tenait encore éveillé, forçant ses paupières à rester ouvertes. Il se prélassait dans son lit douillet un drap mis en travers. L'aménagement de la chambre bien que frugale était confortable. Deux lits étaient disposés de chaque côté de la pièce, faisant face à deux fenêtres étroites. Chacun des colocataires disposait d'une ample armoire qui n'était généralement que stockage car la garde-robe des mages était bien évidemment monotone. Il possédait aussi de larges bureaux où étaient étalés parchemins et grimoires sur lesquels des notes s'apparentant plus à des gribouillages qu'à une pensée claire et intelligible était inscrite.

La chaleur se fit moite en cette soirée d'été alors que la chambre était inondée d'une douce lumière ocre. Il appréciait ces moments crépusculaires où les rayons du soleil semblaient pénétrer la matière en elle-même, mettant en feu les particules qui la composaient. On entendait au loin les cumulonimbus crépiter funestement, annonçant l'orage pour la soirée. La perspective d'une symphonie tonitruante rythmée par une pluie diluvienne et un tonnerre dont l'écho se répercuterait dans les couloirs de l'Académie l'enchantait particulièrement. Etant enfant, il appréciait ces orages d'été, tapis sur des coussins auprès de la fenêtre. Il sentait le monde bruler autour de lui. L'air paraissait se calciner en d'épaisses volutes humides et étouffantes. Puis le tonnerre grondait, tel un pas de géant sur le monde. En quelques minutes, le paysage autrefois flamboyant sous le crépuscule retombait en cendres noires et se cristallisait en montagnes de suie.

Vint alors les éclairs qui fendaient les cieux. Il ne les aimait guère ceux-là. Trop de lumière. Ils venaient contredire les ombres délirantes qui se bousculaient au carreau. Alors qu'il pensait apercevoir miraculeusement son père au détour d'une allée, ceux-ci prenaient un malin plaisir à révéler les débris d'étal qui formaient ce semblant de silhouette.

Ses yeux roulèrent dans leurs orbites pour suivre les tonneaux aériens du petit insecte et il dut se cabrer pour garder trace de sa trajectoire. Demain soir se profilait son examen final. La victoire finale sur cette Académie d'octogénaires lui semblait déjà acquise à cette heure-ci. Il tenta d'imaginer la scène. Un jury blasé de recevoir le nouveau prétendant Pyromage devant eux qui lui dicterai une vague consigne. Le Professeur Fahnëk à leurs côtés qui arborerait un sourire qu'on ne saurait s'il désire montrer la fierté envers son élève ou qu'il s'attend au résultat catastrophique qu'il a connu ses dernières années. Et lui, sûr de ses gestes, récitant son incantation du bout des lèvres, agitant les bras autour de sa tête. Des étincelles jailliraient de ses doigts puis alors que sa voix se ferait gargantuesque, sa Psyché se muerait en serpents de feu. Devant les yeux ébahis de son audience, jurys et apprentis compris, des anneaux de feu commenceraient leur orbite, l'air chaud ferait claquer sa robe à ses pieds.

Puis comble de l'ébahissement, ce serait une vague d'applaudissement qui viendrait faire souffler un vent de victoire sur ses flammes qui se consumeraient doucement en volutes cendrées. Le Professeur Fahnëk serait bouche bée tandis que plusieurs professeurs se lèveraient pour l'acclamer. L'Archimage, même s'il se garderait de montrer tout favoritisme, laisserait un sourire lui échapper. On lui remettrait son Grimoire, flambant neuf, d'un cuir rouge luisant et serti d'une tranche en rubis. Et il paraderait sous la grande voute de l'Auditorium sous les vivas du public, s'autoriserait un tour d'honneur, ferait chavirer les cœurs de ces demoiselles et…

Le fil irréel des pensées du jeune apprenti s'arrêta soudain. Son cœur manqua un battement et il avala brusquement une violente bouffée d'air cramoisi. Malgré ses fantasmes imaginaires et très agréables, une donnée lui manquait. Quelle suite donnerait-il à tout cela ? Il se rendit compte que de toutes les éventualités, il n'en avait jamais rêvé. Il pourrait rester à l'Académie. Faire revivre de ses cendres le département de la Pyromagie. Prendre un jour possession du bureau de Fahnëk. Le voir rentrer et lui annoncer d'un ton ironique que ses services ne sont plus demandés et que ses affaires ont déjà été transportées dans sa future demeure. Possiblement le cimetière de l'académie, cela réduirait les frais logistiques.

Mais Bob reconsidéra cette possibilité. Cela voulait aussi dire devoir accueillir des élèves ignares, des nobles embourgeoisés dont la seule préoccupation serait la prétention à un statut social plus élevé que leurs congénères. Cela voudrait aussi dire respecter et faire respecter les directives de l'Académie qui aurait un droit de regard inaliénable sur ses travaux. Cela voulait dire vieillir dans ses murs. Et y mourir.

Il regarda à ses côtés. Son colocataire n'était pas revenu et ne reviendrait pas avant quelques heures, trop occupé à plancher sur quelques gestes elfiques pour l'Examen du lendemain. Le demi-diable attrapa le bord de son lit et se hissa en dessous de ses lattes. Il y glissa sa main et récupéra un petit disque de marbre noir. Sur une face, un sceau complexe y était gravé. Plusieurs cercles concentriques y cohabitaient avec des runes et symboles antiques. Il posa son index sur un des symboles qui rougeoya doucement. Il activa plusieurs symboles dans un ordre déterminé puis apposa sa paume dessus. Il sentit alors un souffle volcanique se dégager de la pierre. Une chaleur mystique s'en échappa et s'épandit autour de ses membres.

Ce sceau lui avait été offert par sa mère lors de son arrivée à l'Académie. Il avait été laissé par son père quand il avait disparu du jour au lendemain. Intentionnellement ou non, cela restait un mystère même si ce genre de manipulation paternelle était courant. Il l'utilisait lui-même à l'époque lorsque des membres de l'Inquisition passaient un peu trop près de leur demeure familiale.

Activé, il permettait de créer une bulle de Rétention de la Psyché. Cela restait très utile pour passer aisément sous les radars et camoufler sa présence pour son diable de père. Bob quant à lui n'en avait pas besoin constamment, sa nature de demi-diable lui offrait la possibilité de puiser aisément dans sa magie humaine. Mais cette longue période d'abstinence magique à laquelle Fahnëk le forçait le menait à un état de manque. Il lui fallait ouvrir une valve pour relâcher cette tension qui s'accumulait dans ses membres.

La magie du feu était de toute, une des plus instables et imprévisibles. Elle pouvait couver durant de longs mois comme une braise au creux des hanches. Puis, un léger zéphyr pouvait venir l'attiser. Ses flammèches se propageaient alors le long de la colonne vertébrale, léchaient sa moelle osseuse délicieusement. Elles continuaient calmement leur ascension et se propageaient à travers les omoplates. Elles rampaient outrageusement sous ses maigres muscles et s'insinuaient sous ses phalanges. La démangeaison était divine pour lui mais en même temps dérangeante.

Il s'assura que le sceau avait bien fini d'étendre la Bulle en frôlant le sceau. Il était complètement froid, presque gelé. Il se mit en tailleur sur ses couvertures, les paumes posées sur les genoux vers le ciel. Il expira doucement par la bouche. Le souffle était essentiel pour contrôler ce feu intérieur. Les lignes de ses mains se creusèrent alors que la Psyché affluait en son sein. Pour un sort aussi simple, il n'avait guère besoin d'incantation mais il devait impérativement se concentrer sur la forme qu'il allait lui donner.

Des fins traits de fumée sortirent de ses ongles accompagnés ici et là d'étincelles qui fusaient autour de lui. Il nota que celles-ci disparaissaient au-delà d'une certaine circonférence dont il était l'épicentre. La bulle fonctionnait particulièrement bien ce soir. Celle-ci empêcherait sa Psyché de s'étaler ainsi sur les murs, alertant qu'un étudiant faisait usage de sa magie en dehors de zones autorisées. De plus, la Pyromagie était aisément reconnaissable de toute, Fahnëk se ferait un plaisir de renvoyer son unique étudiant pour être dispensé d'examen.

Un début de flamme commença à prendre aux creux de ses paumes. Ce n'était guère qu'une flammèche de briquet mais ses premières tentatives lui avaient apprises que se diriger instinctivement dès le départ vers le barbecue ne ferait qu'attiser l'Autre. Il n'aurait aucune envie à prendre contrôle d'une ridicule flamme comme celle-ci. Si les premières années avaient été tumultueuses à cause de son hôte démoniaque, celui-ci avait rapidement compris que sa survie dépendait de son silence. Il avait bien tenté une ou deux fois de prendre le dessus sur sa conscience, surtout lors des siestes hivernales que l'apprenti s'autorisait lors des cours d'éthique des Mages en amphithéâtre. Cependant, la seule vision d'un Garde aux détours d'une porte, rameuté par les ondes maléfiques dégagées par l'Autre, suffisait généralement à le refroidir et à l'enfouir profondément. Son démon avait beau être sanguinaire, il était aussi intelligent et sa survie restait une variable non négociable. Les beaux jours, celui-ci l'autorisait même à jouer avec son imaginable Psyché, bien sûr sous protection du sceau.

Alors qu'il laissait une nouvelle expiration couler sur son menton serti d'une légère barbe de trois jours, les flammes prirent un peu plus d'ampleur à ses devants. Toujours sous contrôle, elles semblaient néanmoins désormais bouillir. Des excroissances langoureuses jaillissaient des deux foyers, léchant dangereusement les coins de la bulle. Celles-ci s'y écrasaient lamentablement sans possibilité de franchir la limite.

Bob ferma les yeux et calma son souffle de nouveau. Celui-ci se fit presque absent de sa gorge. L'instabilité de deux flammes s'apaisa. Celles-ci se stabilisèrent en deux colonnes lisses et rougeoyantes. D'une précision mécanique, Bob reprit une inspiration profonde. Il sentit alors les flammes qui lui léchaient les doigts se retirer progressivement dans les airs. La base des colonnes se rétracta doucement, contractant le volume des deux flammes jusqu'à ce qu'elles forment deux sphères. Quand Bob rouvrit les paupières, deux petits soleils luminescents orbitaient l'un autour de l'autre. Dans une valse incandescente, il diffusait une lumière paisible qui se fracassait contre les parois de sceau tel une écume pourpre sur des falaises invisibles. De petites cendres voletaient sur leur passage, emportées par leur attraction dans un magnifique ballet centrifuge.

Il ne se réprima de sourire. Le feu n'était considéré uniquement comme un instrument de destruction dans ce bas monde, à juste titre il fallait le dire. La grande majorité des jouets de sa jeunesse pourrait en témoigner. Mais sa nature de demi-diable lui avait soufflé un bien étrange paradigme au fil des années. Le feu n'était pas que désespoir, avidité et envie. Il était aussi source de vie et harmonie. Sans lui, le concept même de lumière et d'ombre ne faisant guère sens puisque les deux émanaient du foyer chaleureux de l'âtre. La vie ne serait guère existante, règne animal et végétal compris.

Alors qu'il contemplait ce spectacle stellaire de chambre, son esprit revint à son orientation future. Vu le degré de rareté des Pyromages ces temps-ci, ils n'étaient pas exclu qu'il puisse intégrer n'importe quelle cour dans les environs. Les ducs et barons n'hésiteraient pas à l'entretenir tant qu'il resterait à leurs côtés. Un laboratoire personnel, trois repas luxueux par jour et sûrement quelques assistantes dont il pourrait jouir pour une aide hum hum…personnelle. Les deux soleils dansants semblèrent se parer de couleurs plus flamboyantes qu'à l'habituée et à rayonner aux rythmes de son cœur. L'esprit du demi-diable redescendit rapidement dans sa chambre et il calma leur intensité. La séance oscillait dangereusement vers une sorte d'expérience de masturbation magique et il doutait fortement des capacités du sceau à contenir un hypothétique orgasme.

A quoi bon se mettre à la solde du premier roitelet qui souhaiterait voir sa présence apporter un quelconque prestige à sa cour ? Quelle différence y aurait-il entre lui et un animal de compagnie qui le distrairait les soirs de pluie ? Les nobles sont tels des enfants gâtés, ils envient ardemment ce qu'ils n'ont point mais ne sont guère enclins à subir les coûts de ce qu'ils possèdent. Les premiers seraient certes agréables mais le maître du territoire se fera rapidement un plaisir de lui couper progressivement ses fonds si ceux-ci venaient à excéder le plaisir de sa présence à table. Il finirait comme un vieux cafard increvable que personne n'oserait sortir de la maison car faisant désormais partie du paysage.

Et s'il choisissait de se porter vers la politique ? Les mages étaient monnaies courantes au sein de la Guilde des Intendants. Ses membres prenaient la charge de la gestion paisible de certaines régions, notamment rurales car désertées par la noblesse. Néanmoins, ceux-ci avaient accès à des points stratégiques du Cratère que ce soit des routes commerciales ou des accès privilégiés à certaines ressources rares. Ils inspiraient le respect, avaient accès à des responsabilités qui les mettaient sur un pied d'égalité avec les Eglises et les nobles. Il avait entendu quelques rumeurs sur des contestations du pouvoir qu'ils avaient acquis ces dernières années alors que leur guilde avait été fondée au départ surtout comme une aide administrative pour occuper le territoire.

Bob se rendit compte que c'était peut-être là une voie de sortie rêvée pour lui. Il n'aurait guère de mal à intégrer les Intendants. Il se mettrait hors de portée des Eglises et en sûreté dans un premier temps dans une petite bourgade agricole. Son érudition ainsi que sa maîtrise d'une magie aujourd'hui rare ne seront que deux atouts le propulsant durant son ascension. Il aurait accès à des artefacts que même l'Académie ne pourrait se procurer au fur-et-à-mesure de ses promotions. Aucun de ses congénères ne se permettrait de lui rendre des comptes sur ses travaux magiques, par peur que ce dernier lui rende la pareille. Il pousserait les arcanes de la Pyromagie jusqu'à ses limites, s'affranchissant des règles ennuyeuses qui bridaient l'Académie. Qu'importe l'hérésie pourvu que la connaissance y soit.

Ce proverbe improvisé ne manqua pas de le faire sourire mais il est vrai que la politique lui offrait d'un côté la possibilité de se consacrer à l'étude de la magie tout en lui fournissant des revenus suffisants pour financer ses recherches et une marge de manœuvre suffisante pour trépasser quelques interdits idiots. Son habileté à monologuer et à discourir aisément ne deviendra que plus utile dans un tel cas.

Un petit ricanement franchit le gosier du jeune demi-diable. Son ambition nouvelle se faisait euphorisante alors qu'il laissait sa Psyché se détendre autour de lui. Telle une avalanche, le ricanement emporta progressivement sa constance. Ses côtes se soulevèrent aux rythmes de ses hoquets de rire. Il laissa alors échapper de ses cordes vocales un rire gras et satisfait qui emplit la chambre, la bulle de rétention ne se préoccupant que de la Psyché.

Soudain, un éclair déchira le ciel et recouvrit d'un bref flash l'intégralité de la pièce. Bob sursauta et perdit sa concentration. Il sentit alors les deux Soleils échapper à son contrôle. Son sang ne fit qu'un tour alors que les deux globes lumineux se fissuraient, répandant une chaleur bien plus incommodante que d'habitude. Ses mains se précipitèrent sur le sceau devant lui. Il l'attrapa et d'un geste précis mais néanmoins terrifié, son pouce fit le tour du plus grand cercle concentrique. Il sentit alors la bulle se refermer autour des deux sphères incandescentes tandis que lui sortait de son aire d'influence.

Alors, le tonnerre se mit à gronder, aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur de la chambre. Les soleils implosèrent et des torrents de flamme emplirent la bulle de rétention immédiatement, créant ce qui pourrait ressembler à une minuscule supernova. Un arc-en-ciel de flammes semblait se déployer à l'intérieur sous les yeux ébahis de l'apprenti dévoilant milles teintes de feu de pourpres. Les flammes léchaient avidement les parois de globe de cristal dans lequel elles étaient enfermées, se démenant pour trouver quelques combustibles pour survivre. Bob ne pouvait les laisser s'échapper. Il projeta ses mains, agrippa et tenta de comprimer la bulle de toutes ses forces.

Il sentit la force des flammes redoubler. Bob n'avait point le choix. Il devait investir sa Psyché pour les contenir et les calmer. La bulle de rétention n'était point un champ protecteur, il pouvait parfaitement infuser directement sa magie à travers les parois, au risque néanmoins qu'il laisse une partie fuiter. Il ne préféra point penser aux conséquences tout de suite, mais il savait à quel point son avenir serait mis en danger par la découverte de ses expériences dans le dortoir. Cependant, plus il infusait de Psyché dans ses flammes, plus ils les sentaient se démener, comme animées par une volonté propre.

Tout son corps était en alerte, il sentait la sueur perler sur son front, son cœur marteler sa cage thoracique à en dessouder une côté. Il sentait ses deux bras sur le point de se disloquer au niveau des épaules alors qu'il tempêtait pour garder sous contrôle toute cette énergie. Il rendit alors le pari encore plus risqué. Il ferma les yeux et puisa dans ses réserves secrètes. L'Autre n'aurait guère le temps de se réveiller de toute façon, pensa-t'il.

Il se concentra et défit doucement le verrou qu'il lui avait imposé. Il sentit la Psyché démoniaque envahir ses membres, le menant au bord de l'extase. Il la dirigea vers ses mains qui se couvrirent alors de fines écailles pourpres. Bob plongea ses mains dans la fournaise sans ménagement. La chaleur s'en dégageant était insurmontable mais son ascendance demi-diable libérée, la peau de ses mains s'était ignifugée.

Il se lança alors dans une manœuvre périlleuse mais qui pouvait s'avérer payante : consumer le feu par le feu. Bob finit par relâcher cette énergie malsain mais au combien aphrodisiaque pour ses sens. Au lieu de diffuser de la Psyché pure, il allait directement la consumer. Il sentit les flammes se débattre ardemment, tenter de mordre cette carapace infernale qui volait leurs moyens de subsistances. Mais le demi-diable n'en démordit pas et accentua la pression alors que ses propres pupilles commencèrent à se fendre à la verticale.

L'issue du combat entre le géniteur et son œuvre se régla en un instant. D'un râle occulté par un nouveau coup de tonnerre, Bob relâcha toute l'énergie démoniaque empruntée, consumant toute Psyché à l'intérieur. Il retira au même moment ses mains de la sphère. Les écailles tombèrent d'elles-mêmes, décapées de sa peau par les parois de la bulle. Sa vue se troubla et sa conscience sembla tomber momentanément dans le flou.

Quant aux flammes, elles finirent par mourir doucement alors que le tonnerre lui-même se calmait au-dehors. La Bulle resta intacte et sembla alors se dissoudre, laissant le vide reprendre ses droits.

Bob quant à lui était cramponné au cadre de son lit, reprenant ses esprits. Pendant quelques instants, il s'était juré qu'il allait faire sauter le dortoir avec ses manipulations. Il se trouvait dans un état de confusion avancé alors que plusieurs sentiments se disputaient dans sa tête, entre ébahissement profond et inquiétude mortelle. Il tendit l'oreille. Seulement la pluie et l'orage dominaient le paysage sonore. Pas de courses de bottes dans les couloirs. Il resta ainsi tremblant pendant quelques minutes, craignant l'ouverture soudaine de sa porte et le sifflement de guillotine d'une hache sur sa nuque. Mais rien ne vint.

Après une dizaine de minutes, il commença à se détendre et à reprendre son souffle. Il était presque traumatisé parce qu'il venait de se passer et en même temps empli d'une fierté sans pareille après la manipulation qu'il venait de réaliser. Jamais il n'avait entendu parler d'un tel sortilège durant ses recherches. Une telle puissance de feu s'était bien sûr déjà vue mais jamais portée par si peu de Psyché et encore moins par un apprenti Pyromage, enfin en tout cas, qui soit encore vivant pour en témoigner.

Il se laissa retomber sur son matelas, exténué et ankylosé de toute part. Il sentit alors une vive chaleur sur ses jambes. Il poussa un petit cri alors qu'il sentait que quelque chose brûlait ses guiboles et se rétracta en boule sur son oreiller.

Quand il plissa les yeux pour voir le fautif, il vit le sceau fumant sur le lit. Le glyphe qui y trônait luisait faiblement alors qu'il devait être inactif en ce moment ! Quand il tendit la main, il n'eut même pas besoin de le toucher pour se rendre compte à quel point il était brûlant. Le sceau était saturé de Psyché qu'il avait dû absorber incessamment. Il était dangereux désormais de l'infuser avec encore plus de magie et il semblait impératif de relâcher la Psyché contenue s'il souhaitait l'utiliser. Heureusement, ce mécanisme avait été rajouté par son père et ce n'était pas la première fois qu'il devait faire la vidange. Sauf que d'ordinaire, il la faisait tous les trois mois après une bonne vingtaine d'utilisation.

Il porta son attention vers la fenêtre. Dehors, il faisait nuit noire avec cet orage. Il devrait se mouillé un tantinet pour rejoindre le tout à l'égout de l'Académie mais personne ne traînera dans les parages à cette heure-ci. Les Gardes devaient même patrouiller dans une autre aile en ce moment, il serait donc tranquille pour effectuer cette vidange.

Il attrapa le mouchoir ignifugé que son père lui avait enchanté durant l'épisode connu sous le nom de l'Eternuement Lance-Flamme dans sa demeure et empaqueta solidement le sceau à l'intérieur. L'avantage des robes de mages est qu'elle ne mette pas dix ans à mettre et il partit prestement à l'extérieur alors que la foudre tombait de plus belle.

L'apprenti Pyromage dévalait les escaliers quatre à quatre. Même en pleine nuit l'on arrivait à distinguer les joints des briques qui composaient l'édifice intérieur. Les éclairs épars étaient d'une grande aide de plus lorsqu'ils éclairaient les corridors de leur lumière brusque. La salle des bains se trouvait au rez-de-chaussée pour des raisons logistiques évidentes. Il y avait trouvé une sortie dérobée qui donnait sur quelques tunnels où étaient évacuées les eaux usées. Elle devait surtout être utilisée pour la maintenance.

Malgré la chaleur que dégageait le sceau, Bob ne sentait absolument rien dans sa foulée discrète, le mouchoir ignifugé était suffisamment solide pour contenir les flammes d'un foyer de cheminée. Alors qu'il arrivait bientôt aux étages inférieurs, Bob ralentit sa course. Si les étudiants des étages dormaient à poings fermés ou étaient en train de réviser à la bibliothèque cette veille d'examen, il n'en était pas de même pour les plus jeunes arrivants qui se complaisaient à enfreindre le cessez-le-feu qui leur était imposé. Heureusement, l'épaisse moquette ainsi que l'orage couvrait le bruit de ses pas et malgré sa robe, il était presque sur un plan sonore invisible.

Il aurait très bien pu continuer sa course et se passer de telles précautions mais son souffle venait à manquer. L'expérience fut plus éprouvante que prévue et il avait du mal à récupérer. Quelque chose semblait lui gratter l'arrière de la cervelle, comme s'il avait oublié quelque chose de très important.

Il arriva au premier étage quand soudain il s'arrêta. Il se trouvait au niveau des Jardins Aquatiques. Dehors, la pluie tambourinait gracieusement les plantes mais le sol était étrangement sec. C'était une des particularités de ces jardins, toutes les plantes avaient été enchantées pour consommer plus d'eau que d'habitude. L'eau parcourait la plante, du tronc jusqu'aux racines et étaient filtrées de toutes ses impuretés et parasites. Grâces à d'habiles sortilèges, les plantes pouvaient garder l'eau emmagasinée en leur sein puis l'acheminait quand elle était demandée jusqu'au sanitaire à l'étage inférieur à travers le réseau de racines.

Mais au-delà des curiosités biologiques du Jardin, l'attention du demi-diable fut attirée par une ombre anormalement mobile au sein de ces végétaux bien que secoués allègrement par des rafales de vent. Un éclair retentit de nouveau dans le ciel. L'ombre se transforma en éclat. Un éclat froid qui se reflétait sur une dentition carnassière. La silhouette se précisa, menue et lente. Elle ne possédait aucun vêtement si ce n'est que sa peau semblait étrangement craquelée. Et son regard se tourna vers lui. Un regard en fusion. Deux yeux pourpres perçant la nuit, il était affublé de deux cornes recourbées. Il sourit, dévoilant deux rangées de crocs acérés et Bob se demanda s'il n'avait pas oublié de refermer la porte de l'Autre.