Trois heures de vol, je n'arrêtais de pas de penser à ce que j'étais occupée de faire. Il était évident que je ne voulais pas aller à Jacksonville mais retourner à Forks me faisait mal aussi. Je revoyais son visage, ses traits, je sentais son odeur quelques fois en me concentrant sur les souvenirs qu'il m'avait laissés. Il me manquait et j'en souffrais.

- Ma chérie, enfin tu es là.

Je me jetai dans les bras de ma mère. Elle m'avait manqué.

- tu es toute pâle. Tu vas bien ?

- oui maman, tu sais comment c'est à Forks

- jamais un rayon de soleil.

- Ouais

- Allez viens, on rentre, Phil nous attend.

- Il va bien ?

- Mieux que bien, tu le connais. Toujours en forme

- C'est ce qu'il me fallait, des gens heureux, bien dans leur peau et surtout qui ne connaissaient pas ma vie, tout recommencer, depuis le début.

- ton père m'a un peu raconté Bella, mais je voudrais que ce soit toi qui m'en parle.

Nous étions dans la voiture et ma mère n'était pas comme mon père, impossible de faire 30 minutes dans parler.

- je me suis séparée de … mon petit ami.

Elle me regarda et fronça les sourcils. Je ne pouvais pas dire son nom, je ne pouvais pas parler de lui comme ça, pas avec ma mère.

- ton père m'a dit … enfin … que c'était lui qui … qui

- oui c'est lui qui m'a quittée, il trouvait ça mieux, il a dû quitter la ville avec sa famille.

- Tu peux me parler Bella tu sais.

-C'est trop tôt maman.

- Bien, quand tu te sentiras prête.

- C'est ça.

Pour la première fois, ma mère se tut durant 20 minutes. Je regardais par la fenêtre, il y avait du soleil et une chaleur incroyable. Là, j'étais sûre qu'il ne viendrait pas dans cette ville, vu les rayons du soleil, impossible pour eux de sortir.

- comment va Phil ? demandais-je une fois arrivées.

- Tu me l'as déjà posée cette question Bella, il va bien.

- Oh !

Je ne savais même plus ce que je disais ou non. En tout cas, leur maison était incroyable, pas très grande mais les briques rouge ressortaient bien et le jardin était très beau. Des fleurs poussaient dans tous les coins, les buissons étaient bien taillés.

- comment tu trouves la maison ?

- parfaite, vraiment parfaite.

Elle me sourit et me pris par l'épaule.

- je suis contente que tu sois ici Bella, comme avant.

- Ouais comme avant, me dis-je

Phil était comme à son habitude, très gentil. Ma mère me fit visiter la maison et me montra ma chambre, elle ne ressemblait en rien à la chambre de chez Charlie. Plutôt grande, double lit, un bureau et encore mes anciennes affaires dans un ou deux cartons, posés dans un coin.

Il me manquait.

Après quatre jours, j'en pouvais déjà plus, être avec ma mère était super mais c'était la ville, la chambre, la maison et surtout se soleil de plomb qui me foutait à bout chaque soir.

Il me manquait.

- maman ?

- oui chérie

Elle leva les yeux de son journal et me sourit. Comment je pouvais lui dire que je détestais ma vie ? Cette ville ? Et ce foutu soleil ?

- je vais me promener.

- Fait attention.

- Mais oui

Pas besoin de veste, je pris mon sac et partis faire un tour, dans cette ville ou il ne pleuvait pratiquement jamais.

Dix minutes … vingt minutes plus tard, je trouvai une cabine téléphonique. Je regardai dans mon sac. J'avais quelques pièces, je composai le numéro de mon père.

- Chef Swan ?

- Papa ?

- Bella ? ça va ma grande ?

En entendant sa voix, je commençai à pleurer, il me manquait aussi. J'étais perdue.

- Bella ? pourquoi tu pleure, tu es où ma chérie ? ça va ?

- Je veux revenir papa, je n'aime pas ici. Il fait trop chaud.

Il se mit à rire et me dit d'une voix plutôt tremblante.

- reviens, dis-moi quand et je passerai te prendre à l'aéroport.

- Dans trois jours papa.

- Appelle-moi pour me dire l'heure et je serai là.

- Merci papa

- Qu'est ce que tu fais de beau sinon ? ta mère est au courant ?

- Non, je n'ose pas lui dire. Je sais pas quoi faire papa.

Jamais je n'avais pensé que mon père allait me manquer. En tout cas pas à ce point là. Ou peut être était-ce la ville qui me manquait, le collège, leur place à la cafétéria, la place vide au cours de biologie. Il ne pouvait pas me dire « c'est comme si je n'avais jamais existé » tout me prouvait qu'il était parti mais qu'il avait été là un jour. Mes cauchemars me le rappelaient chaque nuit.

- Bella ?

- Oui je suis là

- Parle-en avec ta mère ma grande et rappelle-moi.

- D'accord.

- Il te faut un peu de temps, ça ne fait que quatre jours que tu es partie.

- Je sais.

Il me parla encore pendant 10 minutes, je n'avais plus de pièce après ça. Je lui promis de le rappeler et il me promit que quoi que je déciderais, il serait de mon coté.

Je marchai encore quelques minutes et restai là, en plein milieu du trottoir. J'entrai dans une librairie, j'achetai un ou deux livres, le garçon à la caisse me fit un sourire, je n'avais même pas la force de lui sourire.

- merci

- bonne journée

- à vous aussi.

Il me manquait.

En rentrant, j'envoyai un mail à Alice, je ne savais pas si elle les lisait mais ça me faisait du bien de lui écrire, elle seule pouvait me comprendre. Je lui parlai de mon envie de partir voir ma mère puis de mon envie de revoir mon père. Je lui dis à quel point il me manquait et à quel point il m'avait fait du mal.

Je me disais aussi que si elle n'ouvrait pas sa boite mail, elle pouvait toujours me voir dans ses visions. Des fois, je pensais fort à elle et à ce que je lui dirais si je la revoyais, on sait jamais, peut être qu'elle me voit, peut être qu'elle avait des flashs lorsque je faisais ça. Je l'espérais de tout mon cœur.

*

- mais enfin, pourquoi ? tu n'es là que depuis quatre jours.

- Forks me manque maman. Papa me manque. Je pensais que ça irait mieux mais c'est tout l'inverse.

Elle me regardait comme une petite fille à qui on ne donnait pas son gâteau d'anniversaire.

- je suis désolé maman.

- Je le vois bien que tu n'es pas bien ici, mais j'aurais cru qu'avec le temps, tu finirais par t'y habituer.

- J'ai trop de souvenirs là bas. Je me sens seule ici, j'ai des amis aussi.

- Je comprends.

Ma mère n'était pas très forte pour les longs discours. Je l'aimais aussi pour ça. Elle ne me disait jamais non.

- appelle ton père, il sera ravi.

- D'accord.

Je pris mon portable, j'avais à nouveau de quoi lui téléphoner sans que sa couper. Je montais dans ma chambre, composa le numéro de mon père tout en pianotant sur mon clavier.

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New York … ville ou tout est permis … trouver l'amour … changer de vie …

FIN

Et un tas d'autres mots comme ça. Mon père ne décrochait pas, il devait travailler encore. Sans vraiment m'en rendre compte, je commençais à chercher des informations sur la ville. Trois heures de route, 50$. Je me laissais rêver à prendre le train, partir loin, loin de lui, loin de Forks et reprendre une vie normale. Sans attache.

Bip bip bip

- Allo ?

- Bella ?

- Oui papa c'est moi.

- Désolé, je suis au travaille. Je n'ai pas beaucoup de temps.

- Des images défilèrent sur mon écran. « Changer de vie »

- Bella ?

- Je vais partir papa

- Tu seras là quand ? qu'a dit ta mère ?

- Elle est d'accord. Papa ?

- Oui

- Je ne reviens pas à Forks.

- Quoi ? pourquoi ça ? tu vas aller où ?

- Je t'aime papa. Je te le dirais une fois que je le saurais, je t'appelle dans deux jours. Si ça ne va pas, je reviens à Forks, je te le promets. À bientôt.

- Bella attend … Bella ? Bella ?

Je raccrochai et préparai mon sac. J'avais bien l'intention d'aller à Forks, de toute façon ma mère allait m'accompagner mais de là, j'allais prendre le train pour New York. J'avais assez d'argent pour vivre un mois sans chercher de logement. Si je m'y mettais directement, j'allais m'en sortir.

Mon portable vibrait dans ma poche … « papa ». Je ne décrochais pas.

- alors ? qu'a dit ton père ?

- il est d'accord.

- Bien, tu pars quand ?

- Demain matin.

- D'accord. Tu es sûre ?

- Oui maman.

Je ne savais pas ce que je faisais, je faisais tout cela sur un coup de tête. Venir chez ma mère … quitter mon père … aller à New York … j'avais besoin de changer d'air.

Il me manquait.

*

- Tu es sûre que ton père est là ?

- Oui maman. Ne t'en fais pas pour moi.

- Fais attention à toi.

Elle me donna une enveloppe.

- c'est quoi ça ?

- c'est pour toi.

- Maman.

- Prend ça. S'il te plait.

Avait-elle compris ? Non je ne pense pas. Je fourrai l'argent dans mon sac, embrassai ma mère une dernière fois et partis.

L'avion était interminable, j'avais une trouille bleue de voir mon père à l'aéroport. Je fus soulagée de voir que ce n'était pas le cas. Je trouvais un taxi, miracle. Un taxi à Forks … aussi rare que le soleil. 30 minutes plus tard, j'étais à la gare.

- Un ticket, pour New York. Dis-je au caissier.

- 55$ ma grande.

- Merci

Le train n'était que dans 20 minutes. Je pris un paquet de chips et une bouteille d'eau et patientais. Je regardai une dernière fois les lieux, je n'allais plus y revenir avant longtemps … mais ça, je ne le savais pas encore.