Lundi 24 juin 2013, Chicago. 10h35, domicile d'Emilia Delgado.
- En quoi puis-je vous aider, inspecteurs ? Demanda Emilia en leur déposant une tasse de café sur la petite table basse.
- Nous aimerions avoir quelques précisions concernant le meurtre d'Andrew, lui indiqua Scotty.
- Jack a été arrêté, il me semble.
- Oui, mais il y a un truc qui ne colle pas avec Samantha. Ils s'échangeaient une correspondance, et…
- Jack serait innocent ? Fit Emilia stupéfaite.
- Non, mais il a peut-être eu un complice…
- Et Sam, ne supportant plus, de…
- Nous n'avons jamais dit qu'il s'agissait de Samantha, remarqua Anthony.
- Alors pourquoi vouloir me parler d'elle ?
- Vous la connaissiez… Vous… Commença Scotty.
- On s'est fâchée…
- Non, Emilia, ne faites pas ça, lui conseilla Anthony. Nous savons que vous étiez restée en contact pour votre fils.
- Je parlais beaucoup plus souvent à Steve… Demandez-le-lui.
- Vous n'avez jamais voulu venger celui que vous aimiez ? Fit Anthony. Même si vous vous assurez du contraire, Andrew était…
- Il n'y avait plus rien entre lui et moi… Il éprouvait des sentiments pour Sam !
- Croyez-moi, fit Scotty doucement, les sentiments très forts qu'on a éprouvés pour une personne, ne disparaissent jamais totalement ! On peut essayer de se convaincre du contraire, on peut tout faire pour les oublier, mais il y aura toujours quelque chose qui vous les rappelleront. Regardez, Steve et Samantha…
- Et même si vous avez confié votre fils à Steve et Samantha, il s'agit de votre fils ! Fit Anthony. Une mère ne coupe pas tout contact avec son enfant sans essayer un jour ou l'autre de le reprendre.
- Ecoutez, je suis obligée de… Je commence mon service dans une heure, et…
- Nous avons le rapport des médecins qui suivent votre fils, Emilia, conclut Scotty. Au cas où cela vous intéresse, nous les tenons à votre disposition au central de police.
Scotty et Anthony quittèrent donc le domicile d'Emilia qui s'efforça de paraître naturelle. Mais, en effet, l'instinct maternel était plus fort que tout. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas eu de nouvelles de Michael, et elle commençait à s'inquiéter.
Dans la voiture, Anthony conduisait. Il jetait de temps à autres des petits regards à son voisin, qui à la longue, s'en aperçut.
- Vous croyez qu'elle va venir ? Demanda Anthony.
- Nous lui avons dit que nous avions des nouvelles de son fils… Ne vous inquiétez pas, elle viendra.
- Vous savez, Scotty, cette affaire nous préoccupe beaucoup.
- Quelle affaire ?
- Oliver Daniels… Mais Lilly est particulièrement troublée…
Scotty se rappela l'affaire George Marks, et en fit part à Anthony.
- Oui, c'est vrai, on peut y retrouver certaines ressemblances, mais… J'ai l'impression qu'elle prend trop l'affaire Daniels à cœur, comme si elle ne vivait que pour cette enquête.
- Que voulez-vous dire ? Demanda Scotty timidement.
- Je pense que vous le savez !
- Et comment…
- Ne me dites pas que votre présence ici n'est due que pour l'enquête, inspecteur.
- Et pourtant…
- Elle ne fera jamais le premier pas. Je ne la connais pas aussi bien que vous, mais, j'en ai plus appris sur elle pendant cette enquête que depuis son arrivée à Chicago.
- Et je vous répète que je ne suis pas là pour la…
- C'est quand même insensé qu'Emilia ait pu commettre ce meurtre, fit Anthony pour changer de conversation.
- Il nous faut ses aveux, Anthony, pour le moment, elle est innocente.
Le portable d'Anthony sonna, il demanda à Scotty de décrocher. Ce dernier répondit donc à Cathy.
- On ne retourne pas au central, fit-il.
- On va où ?
- Sur les lieux d'un meurtre. Sur les quais.
- Non… Une autre ?
Le silence de Scotty lui donna la réponse. Avant de brancher le gyrophare, il frappa des mains sur le volant.
- Ce type est…
- Calmez-vous Anthony… Lui conseilla Scotty.
Ils arrivèrent dix minutes plus tard. Scotty sortit de la voiture, mais se ravisa. Ce n'était pas sa juridiction, donc il devait laisser Anthony parler. Ce dernier lui fit signe et en tendant sa plaque à un jeune policier, il l'informa que l'inspecteur Valens l'accompagnait. Lilly prenait en notes les constatations du légiste. Ils s'approchèrent.
- Les analyses nous le confirmeront sans doute, commença le Dr Sheperd, mais cette jeune femme a été violée.
- Toujours pas de traces de l'ADN du tueur ? Demanda Anthony.
- Non, aucune.
- C'est une gamine ! S'exclama Lilly. Lindsay Chambers, étudiante en 1ère année de droit, elle vient tout juste d'avoir 20 ans. Ce type…
- Attends, Lilly, commença Scotty en enfilant une paire de gants, Cette fille est brune, alors pourquoi un cheveu blond sur son pull ?
- Oui en effet ! S'exclama Anthony. Daniels vient de commettre sa 1ère erreur.
- Quel est son mode opératoire ? S'enquit le latino.
- Il les drague sans doute dans un bar, leur offre un verre et…
- Retrouve-t'on la drogue du violeur, ou un de ses dérivés, dans le sang des victimes ?
- Oui, fit Lilly. On l'a fait Scott. On a déjà mis les stups sur le coup, mais apparemment, il passe d'intermédiaires en intermédiaires…
- Et puis le mal est déjà fait, inspecteur Valens, fit Anthony, il ne faut que quelques milligrammes pour endormir les victimes. Sachant qu'il est recherché, il a dû s'en procurer beaucoup pour ne pas avoir à se réapprovisionner.
- Et vous vous souvenez de ce site internet qui disait comment en fabriquer ! Intervint l'agent Stills. Même si ce site a été interdit, le mal est fait, oui.
Lilly le présenta à Scotty et Anthony. L'agent Stills travaillait au FBI et collaborait sur l'affaire avec la criminelle de Chicago.
- Inspecteur Rush, je sais que mon directeur vous a demandé de prendre de la distance avec cette affaire, mais je vous remercie de votre aide.
- Agent Stills, malgré tout le respect que je vous dois, vous n'êtes là que pour arrêter Daniels. Il y a eu un nouveau meurtre…
- Pourquoi le FBI ? S'enquit Scotty.
- Daniels est un fugitif, inspecteur, mais vous n'êtes pas en mesure de donner vos suppositions sur cette affaire, vu que vous n'êtes pas…
- Ce n'est pas ma juridiction, oui merci de me le rappeler, répondit Scotty avec lassitude.
- Il est avec moi, intervint Anthony, Philadelphie et Chicago travaillent conjointement sur une autre affaire, et nous étions près de la scène de crime.
Stills dévisageait Lilly. Agé de 45 ans à peu près, aussi blond qu'elle, et les yeux verts, il avait une silhouette élancée. Celle-ci ne lui prêtait aucune attention, bien trop préoccupée par la jeune fille étendue sur le sol. Ce qui eut pour effet d'amuser le latino, il avait remarqué l'attitude de l'agent du FBI, et l'indifférence de la jeune femme, et il reconnaissait son professionnalisme. Sur une scène de crime, rien ne comptait à part les suppositions des personnes concernées. Stills lança un petit regard à Scotty, puis s'agenouilla. Il souleva la petite couverture qui avait été posée sur la victime et l'examina.
- L'inspecteur Valens a trouvé un cheveu, signala Lilly. Daniels…
- Il a pu être dérangé, oui c'est une supposition à ne pas négliger, répondit Stills. Surtout quand on sait avec quelle minutie il met en scène ses meurtres.
- Mise en scène ? Interrogea Scotty.
- Toutes les victimes étaient rhabillées, et coiffées, fit Anthony. As-tu encore besoin de mon aide, Lilly, poursuivit-il, Le boss nous a demandé un rapport sur notre visite à Emilia…
- Non, ça devrait aller Anthony, l'agent Stills est là, lui répondit-elle. Merci d'être venus en tout cas.
Anthony se dirigea vers la voiture, tandis que Scotty et Lilly se dévisageaient. La jeune femme avait l'air marqué par cette affaire, et le latino s'en apercevait et ne savait pas ce qu'il devait faire. Elle esquissa un petit sourire, que Scotty comprit. Il s'éloigna à son tour.
