A/N : Bon, je n'avais pas du tout prévu de poster deux chapitres à la suite, mais comme j'ai repris l'écriture du chapitre au moment où j'ai posté le chapitre 16 sur le site, eh bien... Bah je l'ai déjà terminé et donc le voilà ^-^ . Bonne lecture !


- 17 -

MEDITATION


Ca fait deux jours que j'arrive pas à dormir. J'ai beau être fatiguée, bailler toutes les minutes... Je n'arrive pas à trouver le sommeil. Pas après ce qu'il s'est passé. Je suis assise sur le lit sur le lit, couverture jusqu'au bassin, un gilet chaud sur moi, et les manches trop longues pour moi qui me réchauffent... Je n'imagine même pas la tête que je dois avoir. Je n'ai pas dit un seul mot depuis que nous sommes rentrés. Ou presque. Evie m'apporte un chocolat chaud dans un bol, qu'elle me tend.

- Merci.

Elle s'asseoit sur le lit, à côté de moi. Je tiens la tasse de mes deux mains, concentrant mon regard vers le liquide. Je n'arrive pas à retirer l'image du cadavre de mon frère gisant sur le sol. Qui aurait pu prédire qu'une telle chose allait se produire ? Qui aurait pu prédire que j'allais... tuer... mon père ? Moi qui n'ai jamais eu le courage de tuer qui que ce soit, là je l'ai carrément massacré, j'ai... J'ai agi comme un monstre. Tant de choses me parcourent l'esprit depuis que tout ça est arrivé. Et si Jacob ne m'avait pas arrêté, que ce serait-il passé ? Il m'a interdit de me laisser voir le visage de mon père lorsque je me suis calmée. Il a juste dit que je l'avais défiguré, mais ne m'avait donné aucun détail... Il m'a dit que je n'avais pas besoin de savoir. Nous avons porté le cadavre de mon frère jusqu'au sergent Abberline, pour qu'il s'en occupe. Je ne sais pas encore ce que nous allons faire du cadavre de Drew, mais savoir qu'il n'est plus là, ça me... Des larmes tombent dans le chocolat. Je me remets à trembler. Evie pose sa main sur mon dos et me caresse gentiment. Je sers mes genoux vers ma poitrine, ne retenant pas mes larmes. Je ne peux plus jouer aux fortes maintenant. J'ai l'impression... J'ai l'impression qu'on m'a arraché quelque chose. J'ai perdu quelque chose, quelque chose qui m'était cher, et je sais que je ne me relèverai pas de sitôt. Je continue à pleurer. Mes pleurs résonnent dans toute la maison, j'imagine, puisque j'entends des pas se diriger vers le lit. Ce devait être Jacob. Je ne l'ai même pas remercié de m'avoir arrêté. Je suis fatiguée. J'ai envie de crier. Je ne sais même pas ce qui m'attriste le plus : le fait d'avoir perdu mon frère, qu'il soit mort par ma faute, que j'ai tué mon frère... ou que je comprend enfin que je ne suis qu'une pauvre idiote, faible, et qui n'est capable de protéger personne ? Ou peut-être que c'est le tout ? C'est juste... dur à digérer.

Evie me prend le verre des mains, le pose sur la table de nuit à côté, et m'invite à m'allonger.

- Dors, Eden. T'en as besoin. Jacob et moi restons là.

Et sans plus attendre, je ferme mes yeux. En priant pour que le sommeil me vienne en aide. J'ai besoin d'oublier. Juste... pour quelques instants.


[ Narrateur omniscient ]

Lorsqu'ils remarquèrent que leur amie s'était assoupie, les jumeaux se regardèrent, d'un air inquiet. Evie prit la couverture et la monta jusqu'au cou d'Eden. Puis elle se leva et quitta la chambre, suivie de près par son frère. Elle veilla à refermer doucement la porte puis elle rejoigna son frère dans la cuisine, où elle s'assit sur une chaise, tandis que lui restait debout près de l'évier.

- Tu crois qu'elle va s'en remettre ?, demanda la jumelle Frye.

Les bras croisés, Jacob regardait par la fenêtre.

- J'en sais rien. J'avoue que même moi, j'ai du mal à croire à ce qui s'est passé.

Evie soupira. Que ce soit elle ou Jacob, ils étaient tous les deux sous le choc, et aucun des deux n'avait envie de blaguer ou rire. Le temps n'était pas à ça. Leur amie venait d'être secouée, et ils se devaient d'être là pour elle.

- Elle a bondit sur son père, reprit Jacob. Je ne sais même pas si elle avait conscience de ce qu'elle faisait. Elle se contentait de- D'enfoncer son couteau dans le corps d'Arthur, des dizaines de fois.

Evie se gratta les cheveux avant de poser ses bras sur la table en regardant Jacob.

- Pourquoi tu ne lui dis pas ce qu'elle veut savoir ?

- La seule chose qu'elle veut savoir, c'est à quoi ressemblait son père lorsqu'elle a tué. La seule raison pour laquelle je refuse de lui dire, c'est parce que je n'ai pas envie qu'elle ait peur de se regarder dans un miroir.

Ce dernier commentaire fit réagir Evie.

- C'était... si grave que ça ?

Il prit une inspiration.

- J'aurai préféré ne pas avoir vu son corps, en toute franchise.

Sans ne rien dire de plus, il quitta la pièce et retourna dans la chambre, laissant sa soeur dans ses pensées. Il referma la porte derrière lui, et s'assit près d'elle, sur le lit. Il la regardait, sans rien faire. Il ne faisait que la contempler. Elle pleurait même dans son sommeil. Il sécha ses larmes et caressa sa joue. Personne n'avait le droit de vivre ce qu'elle vivait. Que pouvaient-ils faire, lui et sa soeur pour l'aider ? La connaissant, elle allait leur demander de la laisser seule, qu'elle ne voulait plus impliquer qui que ce soit là-dedans. Mais se battre seule contre ces monstres, c'était du suicide, pas plus ni moins. Pour une fois, il pouvait se conduire comme un adulte. Pour elle, il le pouvait. Il le devait.

- Sois forte, Eden. Sois forte.


Une semaine s'est écoulée depuis. Je me remets, petit à petit. Les jumeaux m'ont interdit d'aller sur le terrain, de sortir de l'hôtel. Et je pense que c'est mieux comme ça. Qui sait ce dont je serais capable de faire ? Je devais me calmer, et penser à nos prochaines actions. Mon père est mort, ce qui fait déjà un ennemi en moins. Il ne me reste plus que ma mère, mais... Il est hors de question que j'agisse comme je l'ai fait. Je soupire. Je me lève et me dirige vers le balcon. Je m'accoude sur le rebord et regarde le ciel. Ou peut-être que si. Peut-être que c'est ça, la solution. Agir comme eux. Comme les Templiers. Les battre à leur propre jeu.

- Yo, Eden !, me fait Jacob derrière moi.

- Oh, salut.

Il pose son haut-de-forme sur le lit et s'asseoit sur le lit derrière moi.

- J'ai pensé à enterrer mon frère. Après ce qu'il a fait... c'est la moindre des choses que je puisse faire. Lui faire un enterrement digne de ce nom.

Jacob me regarde puis acquiesce.

- T'as raison, oui.

- Tu sais... Tout ce qui s'est passé la dernière fois, ça m'a fait réfléchir...

Je me retourne et regarde Jacob. Je sais qu'il ne sera pas d'accord avec moi.

- Je n'ai pas pris cette stupide guerre sérieusement. Je... Je pensais que mes parents n'étaient pas sérieux lorsqu'ils disaient qu'ils voulaient me tuer. Mais... Tu sais, Drew était l'homme le plus courageux et le plus fort que je connaissais et il a... Il a été tué si facilement...

Je regarde le sol. Ou peut-être qu'il s'était préparé à mourir. Sinon, pourquoi se serait-il éclipsé en pleine fête ? Et qu'en était-il d'Allen ? Ah...

- Les Templiers ont quelque chose que nous n'avons pas, Jacob.

- Qui est... ?

- La cruauté.

- Donc tu suggères que nous devrions agir comme les monstres qu'ils sont si je comprends bien, c'est ça ? Eden, je ne sais pas si tu réalises ce que t'es en train de dire. Nous autres Assassins nous nous sommes battus pour notre liberté, et nous nous battons depuis des siècles pour supprimer ces- ces barbares et toi, tout ce que tu suggères, c'est de devenir nous-mêmes des barbares ?!

Je soupire. Qu'est-ce que je suis en train de penser, de dire... ? Tout ça m'est monté à la tête...

- Ah, voilà que maintenant je me mets à réfléchir comme mes parents...

Je marche vers le lit, ou est Jacob, et m'asseois dessus, en croisant mes doigts entre eux et regardant le sol.

- J'ai peur, Jacob. J'ai vraiment peur. Je me sentais en sécurité jusqu'à maintenant, mais là...

J'essaie de me rassurer, en me disant que je ne suis pas seule, mais je sais qu'à un moment où un autre, je devrais m'éloigner d'eux. Clara et Drew sont morts par ma faute, et il est hors de question que quelqu'un d'autre ne rejoigne la liste. J'essaie de rire, mais celui-ci n'est pas convaincant. Jacob se place devant moi et s'accroupit pour prendre mes mains. Il lève son regard vers le mien.

- Evie et moi, on est là. T'as pas à t'inquiéter.

- C'est exactement ce qu'Evie m'a dit et pourtant mon frère est mort, Jacob !, lui rétorquai-je, furieusement.

J'ai haussé le ton. Je ne voulais pas... Je soupire.

- Pardonne-moi, je... Désolée.

Je détourne le regard. Silence. Je ne me reconnais plus ces derniers temps. Sans prévenir, Jacob me prit dans ses bras. Je n'ai même pas réagi. J'avais besoin de lui, mais... Je ne voulais pas qu'il parte, lui aussi. Tout comme Evie. Et si jamais ils mourraient par ma faute ? Vais-je pouvoir me le pardonner ? J'ai vraiment peur d'être seule ! Je m'aggripe à son menteau et cale mon visage vers sa nuque. Même si je sens ses bras enveloppant mon corps... je ne suis pas rassurée. Bien au contraire. Je suis encore plus terrifiée.


Je dois prendre une décision. Et je crois que je l'ai prise. Je dois partir. Je ne veux plus que quelqu'un ne meure par ma faute. Si je reste avec les jumeaux, ils finiront pas souffrir, je le sais. Et s'il y a un bien une chose que je ne veux pas, c'est ça. Evie et Jacob ont le droit d'être heureux, et ils sauront m'oublier, après toutes les peines que je leur ai infligées. Je dois m'en aller. Je pense... que je m'y suis déjà préparée involontairement. Depuis quelques jours, je ne fais que penser à ce que je devrais faire : rester avec eux, m'attendre à ce que l'un de nous ne meure et vaincre ma mère ? Ou les quitter, faire en sorte qu'ils m'oublient et poursuivre cette quête seule ? Peu importe si je meure, je m'en fiche maintenant. J'étais prête. Je crois que Jacob est dans la cuisine. Autant faire mes adieux maintenant. Je me lève du lit, ouvre la porte de la chambre et regarde une dernière fois la pièce. Le coeur un peu plus léger que je ne l'aurai pensé, je ferme la porte et me dirige vers Jacob, qui était dos à moi, en train de rêvasser. Ah. S'il ne dort pas affalé sur la table, il rêve. Comment lui faire mes adieux ? Dois-je le lui dire ? Non. Ce n'est pas la meilleure chose à... Oh! Je sais. Je m'approche lentement derrière lui et pose mes mains sur ses épaules. Il lève son visage. Il va... vraiment me manquer. J'aurai des regrets en partant, beaucoup même, mais je reste persuadée que c'est la meilleure chose à faire. Pour eux. Après, on se fiche de ce que je pense. Le plus important pour moi, c'est de les savoir en vie, et en bonne santé. Après tout ce qu'ils ont fait pour moi, c'est le principal. Je ne pourrai jamais les remercier assez. Sans rien dire de plus, sans même sourire, je viens poser mes lèvres sur les siennes. Il met du temps à comprendre ce qu'il se passe, mais il finit par me retourner mon baiser. Nous restons ainsi quelques dizaines de secondes. Je ne veux pas le lâcher, ni même m'en aller... Je glisse mes mains sur son torse et joigne mes mains entre elles. Après environ une ou deux minutes – ou même plus, je ne sais pas – j'éloigne mes lèvres des siennes. Il me regarde d'un air ahuri.

- Uh, c'était en quel honneur ?, me demande-t-il.

Je me force à sourire. Ca fait mal. Très mal.

- Bah quoi, j'ai même pas le droit d'embrasser mon petit ami ?

Ca va, il ne se rend compte de rien, c'est le principal. Je pense que c'est le meilleur souvenir que je puisse lui laisser. Merci pour tout, Jacob. Merci. Il se met à rire.

- Je, uh... Je vais aller demander à truc à Evie, du coup je sors, lui mentis-je.

Il va... vraiment me manquer. Vraiment. Désolée de devoir te mentir de la sorte, Jacob. Désolée. Je quitte la cuisine et hésitant, j'ouvre la porte de l'appartement. Je ne sais pas encore ce que je vais faire... mais je dois mettre un terme à tout ça. Quitte à y laisser ma propre vie.


Je vous vois déjà venir : "ça se passe trop rapidement !" ... Et vous avez totalement raison. Vous pouvez me haïr, me maudire, bref tout ce que vous voulez, mais je ne changerai rien, l'un de mes principaux défauts d'écriture, c'est effectivement le fait que j'ai tendance à trop accélérer les choses, et vous m'en voyez désolée. J'espère que vous apprécierez toujours autant ! Je vais faire une petite pause là, d'au moins cinq jours, car je crois que j'ai assez tramé pour la semaine haha.