Tous les personnages appartiennent à Stephenie Meyer, sauf ceux qui sont sortis de mon imagination.
******************
Merci énormément ! Merci beaucoup pour toutes vos reviews !!!!!!!!!!!
Pour les anonymes :
Lily :Je vais agiter un petit drapeau blanc, merci pour ta review et j'espère que ce chapitre t'apaisera quelque peu… A bientôt et merci encore !
Moon Fashion : Merci beaucoup pour ta review ! J'espère que la suite te plaira tout autant !
Bonne lecture !!!!
*****************
Chapitre 16 : Appel à l'aide
Edward referma la porte du bureau du Docteur Brauner tout en poussant un soupir de soulagement. Il rejoignit ses parents qui patientaient dans la salle d'attente du médecin. Dès qu'il y entra, sa mère se leva et le prit dans ses bras. Elle déposa un baiser sur sa joue. Son père posa une main rassurante sur son épaule. Alors qu'il allait leur demander de partir, le Docteur Brauner entra dans la salle d'attente. Edward n'avait pas besoin de se retourner pour savoir qu'elle avait toujours un air ennuyé sur le visage. Le jeune homme aurait aimé entraîner ses parents loin d'ici, mais le Docteur Brauner ne semblait pas disposée à le laisser faire. En un geste, elle les invita à entrer dans son bureau, il les suivit en traînant des pieds. Elle leur fit signe de s'asseoir, lui, il se contenta de rester debout dans un coin de la pièce.
« -Que se passe-t-il, Emma ? Interrogea Carlisle.
-Rien, il ne se passe rien.
-Que veux-tu dire ? Questionna Esmé.
Le médecin soupira avant de porter un regard désolé sur lui, elle se tourna ensuite vers ses parents tout en ôtant ses lunettes.
-C'est la quatrième séance que j'ai avec Edward et il ne se passe rien. Nous restons enfermés ici pendant une heure, j'essaie de lui parler, mais cela ne sert à rien, il reste silencieux. Edward n'a rien dit depuis que nous avons débuté cette thérapie. J'ai essayé de lui expliquer que tout ceci était pour son bien, mais il ne semble pas le comprendre. Je me suis dit que peut-être nous pourrions discuter tous ensemble pour essayer de débloquer la situation ?
-Edward, l'appela doucement son père, viens t'asseoir, s'il-te-plaît.
Le jeune homme consentit à prendre place dans le siège qui se trouvait entre ses parents.
-Mon chéri, Emma ne veut que ton bien, elle souhaite seulement t'aider, assura sa mère en posant une main sur la sienne. En gardant le silence comme tu le fais, tu t'empêches de progresser, de tourner la page. Je t'en prie, mon chéri, laisse Emma t'aider.
Edward se sentait mal. Il n'aimait pas faire de la peine aux gens qui l'entouraient et surtout à sa mère. Il gigota sur son fauteuil, gêné et nerveux.
-Bien, je pense que ce sera tout pour aujourd'hui, déclara Carlisle à la stupeur des deux femmes, nous allons rentrer à Forks, merci pour ton aide Emma. Je te passerai un coup de fil pour prendre un nouveau rendez-vous. »
Edward ne put pas ignorer le regard contrarié du Docteur Brauner. Elle voulut protester, mais le regard ferme de son père la fit taire. Carlisle se dirigea vers la porte du bureau et leur fit signe de sortir. Une fois qu'ils furent hors du bâtiment, son père proposa une promenade dans un des parcs de Port Angeles. Leurs pas les portèrent par hasard à proximité du Conservatoire. Ils décidèrent d'y entrer, Edward ne put que s'en réjouir. Quelques minutes plus tard, ses parents s'asseyaient pendant qu'il s'installait derrière un piano. Il ignora combien de temps il resta là à jouer, mais tous ses soucis paraissaient disparaître, il se sentait apaisé. Il oubliait tout, il ne pensait plus à ce qui lui était arrivé, ses ennuis lui paraissaient dérisoires, la douleur qu'il ressentait en pensant à Bella s'estompait, les menaces de Jacob s'envolaient…
Il ne cessa de jouer que lorsqu'une main légère se posa sur son épaule. Carlisle l'observait en souriant, son père s'installa à ses côtés sur le banc. Edward remarqua à cet instant qu'Esmé sortait de la salle en compagnie de son professeur, Caroline Rovetta. Doucement ses doigts détendus quittèrent les touches d'ivoire pour se poser sur son jeans et se crisper. Il ne pourrait pas échapper à une conversation avec son père.
« -Je ne vais pas te faire la morale, ni t'obliger à continuer à voir Emma, annonça son père à sa grande surprise, cela ne veut pas dire que tu ne vas pas suivre une thérapie, corrigea aussitôt ce dernier en voyant son air réjoui, tu as besoin d'aide Edward. Maintenant, je veux que tu me dises ce qui pourrait t'aider ?
-Je ne sais pas.
-Pourquoi ne veux-tu pas te confier à Emma ? Est-ce trop difficile ?
-Non, je…
-Oui ? L'encouragea son père.
-Je ne … Je n'ai pas confiance en elle, révéla-t-il. Je sais que c'est votre amie à maman et à toi, mais…
-Stop, tu n'as pas à te justifier, assura Carlisle, pour qu'une thérapie marche, il faut que tu te sentes à l'aise avec le thérapeute. Nous allons chercher quelqu'un d'autre. Bien, maintenant, que dirais-tu de rejoindre ta mère ?
-Oui. »
Ils sortirent de la salle et retrouvèrent Esmé. Ils saluèrent son professeur de musique et repartirent vers leur voiture. Edward fut étonné quand il vit qu'ils ne prenaient pas la direction de Forks. Alors qu'il allait les questionner, Carlisle se gara devant un grand complexe éclairé par des lumières vives. Il remarqua alors la présence de sa famille, des Swan et de Jacob…
Edward inspira profondément avant de descendre du véhicule. Une fois qu'ils furent tous regroupés, ils entrèrent dans le bâtiment. Edward ouvrait la marche avec Rosalie et Alice pendues à ses bras. Ses sœurs lui expliquaient qu'ils allaient passer la soirée ici et jouer au bowling. Alors qu'ils attendaient leur tour pour changer de chaussures, il tourna la tête et croisa le regard de Bella. La jeune fille lui sourit et il ne put s'empêcher de lui sourire en retour avant que Jacob ne se rapproche de sa petite amie tout en lui lançant un regard assassin. Edward s'empressa de baisser la tête pour fixer le bout de ses chaussures, pourtant, il sentait toujours le regard noir de Jacob sur sa nuque. Quand vint leur tour, il s'empara de ses chaussures et s'installa dans un coin pour les enfiler. Du coin de l'œil, il vit Bella venir vers lui, mais elle fut stoppée dans son élan par Jacob. Une fois chaussé, il suivit les autres sur la piste. Le jeune homme resta un peu en retrait du groupe pendant qu'ils étaient en train de composer deux équipes.
« -Tu vas bien ?
Edward sursauta en entendant la voix de Bella. Il se tourna vers elle et il ne put s'empêcher de lui sourire, cela faisait presqu'une semaine qu'il n'avait pas eu l'occasion de lui parler, depuis que Jacob était venu la chercher à la villa…
-Ca va, merci, et toi ?
-Ca va. Je sais que ce n'est ni le lieu, ni le moment, mais je voulais m'excuser, je n'ai pas eu le temps de venir te parler. Les examens approchent, on a beaucoup de travail et puis je dois m'occuper de Charlie et…
-De Jacob, termina-t-il pour elle avec un petit sourire triste.
-Oui, souffla-t-elle sur le même ton, n'empêche que j'aurais dû trouver un moment pour venir te parler. Ecoute, je suis désolée pour mon comportement à la Push.
-Je…
-Non, laisse-moi terminer, s'il-te-plaît, je m'excuse pour mon comportement plus que déplorable, mais je ne suis nullement désolée de t'avoir embrassé, même si ce n'était pas le moment le plus approprié. Je n'ai pas réfléchi à ta situation et je m'en excuse.
-Ce n'est pas grave, Bella, assura le jeune homme.
-Si, je t'ai mis mal à l'aise et…
-Ne t'en fais pas, c'est oublié.
-Edward, je suis vraiment dés…
-Arrête, la coupa-t-il avec un sourire crispé, il n'y a pas de quoi en faire toute une histoire, il s'agissait d'un moment d'égarement et puis n'oublie pas que tu es avec Jacob maintenant. Oublie le reste.
-Décidément, je n'arrête pas de te blesser, réalisa Bella avec effroi.
-Non, je…
-Bella ! Appela Jacob en fronçant les sourcils. Tu viens ?
-J'arrive, répondit la jeune fille en se tournant vers lui, Edward, je voudrais que tu saches que…
-Bella !
-Quoi, Jacob ?!
-On vous attend pour jouer ! Déclara ce dernier en les rejoignant et en posant une main sur la taille de la jeune fille.
-Edward, il faudra qu'on reparle de tout ça, d'accord ? Lui demanda-t-elle alors que Jacob l'entraînait au loin.
-Oui.
Bella lui fit un sourire. Edward soupira avant de rejoindre les autres qui avaient décidé que ce serait les filles contre les garçons. Comme les filles n'étaient pas assez nombreuses, Jacob avait décidé de jouer avec elles. Le jeune indien s'empressa d'aller s'installer à côté de Bella et de passer un bras possessif autour des épaules de cette dernière en le défiant du regard.
-Edward ? »
Le jeune homme sursauta en entendant son prénom, son père l'observait d'un œil légèrement perplexe, apparemment, ce n'était pas la première fois qu'il l'appelait. Edward se leva et le rejoignit en bout de piste. Son père lui expliqua les rudiments du jeu, mais il ne l'écouta que d'une oreille distraite, il était trop occupé à regarder la main de Jacob qui caressait l'épaule de Bella. Il se tourna vers la piste quand Emmett poussa un cri de joie, leur père avait réussi à faire tomber toutes les quilles. Carlisle revint s'asseoir sur la banquette aux côtés de ses frères et de Charlie, l'entraînant avec lui. Edward et Bella étaient les derniers joueurs inscrits. Lorsqu'il se leva d'un pas indécis pour jouer, Emmett le suivit et l'abreuva de conseils, le stressant au plus haut point. Il joua et sa boule termina sa course dans la gouttière deux fois de suite.
« -Hey, Cullen ! L'apostropha Jacob. Le but du jeu c'est de faire tomber les quilles !
-C'est la première fois qu'il joue ! Lui rappela Bella.
-Comme quoi l'intelligence fait pas tout, railla le Quileute.
-Black, tu ferais mieux de la fermer, grogna Emmett avant de se tourner vers lui, Edward, il y va de notre honneur de gagner cette partie, donc la prochaine fois, essaie au moins d'en faire tomber une ou deux !
-Laisse-le tranquille, gronda Jasper. »
Edward s'installa entre le blond et leur père, tous deux s'employèrent à le rassurer. Bien trop tôt à son goût, ce fut à son tour de jouer. Emmett ne cessait de le suivre comme une ombre, lui rappelant à quel point il était important qu'il y arrive ! Tout en inspirant profondément, il tenta de se concentrer, mais une nouvelle fois ce fut un échec. Sous le regard sévère de Bella et de ses sœurs, Jacob retint difficilement un rire moqueur alors qu'Emmett semblait sur le point de s'étouffer pour s'empêcher de lui faire des remarques. Penaud, il retourna s'asseoir.
Son père et Charlie essayèrent de lui donner des conseils, mais il ne les écoutait pas. Il pouvait sentir plusieurs regards peser sur lui, le regard noir de Jacob, le regard exaspéré d'Emmett bien qu'il tentait de le dissimuler, les regards désolés des autres membres de sa famille, de Bella et de Charlie. Cependant, ce qui le mettait de plus en plus mal à l'aise c'était les regards du groupe de filles qui étaient assises non loin d'eux, elles ne cessaient de le fixer en gloussant accentuant son mal être.
La partie était sur le point de se terminer et il n'avait toujours pas réussi à faire tomber une quille. Son anxiété ne cessait de s'accroitre, il gardait ses mains dans ses poches pour dissimuler leurs tremblements. Pour la dernière fois, il l'espérait de tout cœur, c'était à lui de jouer. Les scores des deux équipes étaient très proches et selon Emmett il devait absolument réussir ! Jasper finit par se lever pour demander à leur aîné d'aller s'asseoir et de le laisser tranquille. Le blond vint vers lui et d'un ton apaisant, il lui demanda de prendre son temps et d'oublier tout ce qui l'entourait. Le regard confiant de son frère le calma quelque peu. Il se concentra et pour une fois la boule ne roula pas dans la gouttière, il réussit à faire tomber quatre quilles. Jasper lui fit passer une seconde boule et retourna s'asseoir. Il s'apprêtait à lancer quand il entendit une remarque murmurée par Jacob, la boule roula dans la gouttière sous les cris désespérés d'Emmett.
« -Ca suffit, Emmett, gronda Carlisle d'un ton exaspéré, ce n'est qu'un jeu ! Nous sommes là pour nous détendre et tout ce que tu fais c'est stresser ton frère !
-Mais…
-Ton père a raison, appuya Charlie, si tu avais laissé ton frère jouer tranquillement, nous n'aurions pas perdu.
Edward ne supportait plus de les entendre se disputer. Il se leva, suffoquant face à la foule qui avait envahi les lieux.
-Où vas-tu, mon chéri ? L'interrogea Esmé en le retenant par la main.
-Je vais aux toilettes, maman, je reviens.
-Tu ne veux pas que les garçons t'accompagnent ? Proposa-t-elle.
-Je peux y aller seul.
-Je l'accompagne ! Coupa Jacob en l'entraînant.
Edward ne put que le suivre à regret. Ils marchèrent côte à côte jusqu'aux toilettes.
-Alors, t'es même pas foutu d'aller pisser tous seul ? Se moqua le jeune indien.
-Je peux savoir ce que je t'ai fait ? S'écria soudain Edward. Pourquoi tu me parles ainsi ? Pourquoi n'arrêtes-tu pas de t'en prendre à moi ?!
-Puisque tu es si intelligent que ça, tu devrais le savoir !
Le jeune Quileute observa les alentours et voyant qu'ils étaient seuls, il l'empoigna par le col de son pull. Edward sentit aussitôt la peur tordre son ventre, le regard que lui lançait Jacob le pétrifiait.
-Ecoute-moi bien, Cullen, je …
-Qu'est-ce que tu fous ?! S'écria Emmett en se jetant sur l'indien pour lui faire lâcher prise. Je peux savoir ce qui te prend d'agresser mon frère ?!
-On faisait que discuter, tenta Jacob.
-Et tu empoignes les gens de cette manière quand tu discutes avec eux ? Remarqua Jasper d'un ton acide. »
Ses deux frères fixaient le Quileute d'un œil noir. Edward aurait dû tenter de désamorcer le conflit, de calmer les choses, mais il n'en pouvait plus. Il avait l'impression d'étouffer. Sans écouter les cris d'Emmett qui lui demandaient de rester, il sortit du bowling. L'air frais et une fine pluie s'abattirent sur lui. Il inspira plusieurs fois, heureux de sentir disparaitre cette boule qui pesait sur son estomac. Ses mains encore tremblantes saisirent son téléphone portable pour composer un numéro qu'il connaissait par cœur, cela ne pouvait plus durer ainsi, il n'en pouvait plus… A la première sonnerie, il décrocha.
« -Allo.
-J'ai besoin d'aide. »
Il ne dit que ces quelques mots et raccrocha. Il savait que ce serait amplement suffisant pour son interlocuteur. Doucement, il se laissa glisser le long du mur pour s'accroupir. Il enfouit sa tête entre ses bras, son corps se balançant légèrement d'avant en arrière. Edward avait l'impression qu'un combat se déroulait dans son être, dans sa tête. Il ne supportait plus toutes les émotions qui le traversaient, il pouvait passer de la joie à une colère contenue sans oublier la peur en l'espace de quelques secondes et ses nerfs ne le supportaient plus. Il tressaillit lorsqu'il sentit que l'on posait un vêtement chaud sur ses épaules. Quelqu'un s'installa à ses côtés et posa simplement une main sur son épaule. Il n'avait pas besoin de parler pour savoir qu'il s'agissait de Jasper, il trouvait toujours la présence silencieuse de son frère apaisante.
Bella se gara devant la villa des Cullen. Elle sortit d'un pas énervé de sa camionnette. Elle s'était encore fait avoir ! Après la soirée au bowling, elle avait été furieuse après Jacob, comment avait-il pu se comporter de cette manière avec Edward ?! Sans un mot, ils étaient rentrés à la maison des Swan. Charlie sentant qu'une dispute n'allait pas tarder à éclater était allé se coucher. Bella avait alors laissé parler sa colère et quelques minutes plus tard, elle mettait le jeune Quileute à la porte.
Ce matin, elle s'était réveillée après avoir fermé l'œil que pendant quelques heures. D'un pas décidé, elle était allée à la Push souhaitant mettre un terme à sa relation avec Jacob. Seulement, elle ne s'était pas attendue à ce que ce dernier se répande en excuses. Il lui expliqua avoir perdu les pédales car il pensait qu'il y avait quelque chose entre Edward et elle. Bella avait aussitôt culpabilisée, ce que disait Jake n'était pas totalement faux. Jacob l'avait supplié de lui pardonner, il affirma même que la prochaine fois qu'il verrait Edward, il s'excuserait. La jeune fille se laissa attendrir par ses promesses et son regard larmoyant, elle lui promit de réfléchir. Elle devait lui donner une réponse ce soir. Elle n'avait pas repoussé Jacob quand il avait déposé un tendre baiser sur ses lèvres. Ce dernier lui avait timidement sourit. Il avait réussi à l'émouvoir, sauf que maintenant qu'elle était devant la villa des Cullen, elle avait l'impression de s'être fait avoir. Jacob allait-il vraiment changer ?
Tout en soupirant, elle frappa à la porte de la villa. Elle n'avait personne à qui se confier, elle savait que si elle disait cela à ses deux amies, elles s'empresseraient de lui dire de laisser tomber Jake. Et puis, elle devait aussi parler avec Edward, mettre les choses au clair avec lui. Oui, une fois qu'elle aurait parlé au jeune homme et même s'il l'envoyait balader, elle quitterait Jacob. Edward ouvrit la porte d'entrée et la salua. Elle fut éblouie par son sourire, il s'effaça pour la laisser entrer. Son cœur battait toujours la chamade quand elle était en sa présence, des papillons volaient dans son ventre et elle ne pouvait s'empêcher de sourire. Elle ne se souvenait pas avoir ressenti de tels sentiments pour Jacob, pas même au début de leur relation. Le cœur léger, elle suivit le jeune homme dans le salon, sa décision était prise.
« -Salut, Bella, dit Alice, tu vas bien ?
-Oui et vous ? Demanda-t-elle en observant tous les Cullen.
Ces derniers lui répondirent avant de se taire en entendant une voiture se garer devant la villa.
-On attend de la visite ? Questionna Rose.
Bella qui observait discrètement Edward le vit se tendre quelque peu, alors qu'il allait se précipiter pour ouvrir, Carlisle fut plus rapide.
-Aaron ? S'étonna le médecin. Quelle agréable surprise, tout va bien ?
-Oui, tout va bien, le rassura l'agent du FBI en entrant dans le salon, bonjour tout le monde.
-Il y a un problème ? Questionna Esmé d'un ton angoissé après que tout le monde ait salué le nouvel arrivant.
-Non, aucun, assura-t-il dans un sourire, j'ai quelques jours de congés et je me suis dit que comme Edward n'avait intégré ni le lycée, ni le Conservatoire à plein temps, nous pourrions passer un peu de temps ensemble ? Cela te dirait-il de venir passer quelques jours à Seattle ?
-Oui, accepta Edward en essuyant ses mains moites sur son jeans.
-Tu peux aller préparer un sac ?
Bella vit qu'Esmé s'apprêtait à protester, mais Carlisle posa une main sur le bras de son épouse pour lui intimer le silence. Edward disparut rapidement à l'étage pour préparer ses affaires. L'agent du FBI attendit quelques secondes avant de se tourner vers eux.
-Il m'a appelé, leur confia Aaron, il m'a demandé de l'aider. J'ai pris quelques jours de congés pour rester avec lui.
-D'accord, veillez bien sur lui, demanda Carlisle.
-Mais, non ! S'exclama Esmé. Je ne veux pas…
-Il va revenir ! Coupa le médecin en plongeant son regard dans celui de son épouse. Edward a besoin de partir quelques jours ! Sa thérapie avec Emma est un échec, il refuse toute aide, cependant, il a demandé à Aaron de l'aider, alors, pour son bien, nous allons le laisser partir et…
Carlisle ne put terminer sa phrase, ses enfants allaient se joindre à son épouse pour protester, mais Edward revint au salon à cet instant, son sac à la main. Bella, comme les autres, comprit que son sac devait être prêt depuis un petit moment.
-Je vous le ramène bientôt, promit Aaron. »
A cet instant, Bella eut du mal à retenir ses larmes, elle ne voulait pas qu'il parte, elle souhaitait qu'il reste à ses côtés, qu'il accepte leur aide. Elle devait lui parler, lui dire qu'il était important pour elle. Cependant, comme les autres, elle ne dit rien respectant ainsi le choix du jeune homme. A tour de rôle, ils l'embrassèrent avant qu'il ne quitte la maison. Esmé ne put retenir ses larmes quand la porte se referma, Carlisle l'enlaça. Bella sentit sa vue se brouiller, il était parti et elle n'avait même pas eu le temps de lui parler. La main douce d'Alice se posa sur son épaule, malgré son regard triste, le petit lutin sourit tout en lui assurant que tout irait bien.
******************
Edward serra les poings et mordit sa lèvre inférieure pour ne pas laisser échapper ses sanglots. C'était lui qui avait voulu cette situation, il était le seul et l'unique responsable de la tristesse qui envahissait son être. Sans qu'il ne s'en rende compte, le véhicule tout terrain ralentit pour finir par se garer sur le bas côté.
« -Veux-tu que je fasse demi-tour ? Lui proposa Aaron.
N'étant guère sûr de sa voix, il se contenta de lui faire un signe de la tête. L'agent serra brièvement sa main en un geste rassurant avant de reprendre la route.
-Tout va bien se passer, Edward, tu sais que tu ne risques rien avec moi, n'est-ce pas ? Et que dès que tu le demanderas je te ramènerai ?
-Oui, articula doucement le jeune homme.
-Bien, lui sourit Aaron. La route est longue, tu devrais en profiter pour te reposer. »
Edward acquiesça silencieusement avant de se perdre dans la contemplation du paysage. Son corps se détendit au fur et à mesure que sa raison lui criait qu'il avait pris la bonne décision. Lentement, ses yeux se fermèrent. Il s'endormit.
Le jeune homme ne se réveilla que quand Aaron le secoua doucement. Ils étaient garés dans l'allée d'une petite maison pleine de charme. Il sortit du véhicule et suivit l'agent à l'intérieur. Celui-ci lui fit faire le tour du propriétaire tout en lui expliquant que Lynda travaillait. Avant de le laisser s'installer dans la chambre d'amis, Aaron lui demanda d'enfiler une tenue de sport et de le rejoindre à la cuisine quand il serait prêt. Lorsqu'il le rejoignit, l'homme avait lui aussi mis une tenue décontractée et leur avait préparé des sandwichs.
La nuit commençait à tomber sur Seattle quand ils se garèrent devant un immense gymnase. Ils y entrèrent. Aaron salua plusieurs personnes tout en l'entraînant à sa suite. Edward ne tarda pas à comprendre qu'il était entouré d'agents fédéraux qui s'entraînaient. Quelques minutes plus tard, il était assis près d'un immense tapis de sol. Aaron lui fit signe d'observer pendant qu'il se plaçait sur ce dernier avec un de ses collègues. Ils lui montrèrent différents gestes simples de combat. Puis à sa grande surprise, il se retrouva à la place du collègue d'Aaron. Ce dernier l'invita à reproduire les gestes qu'il venait d'observer. Peu à peu, Edward se laissa envahir par le challenge que lui avait lancé son protecteur : le faire chuter. Il ignora combien de temps cela lui prit, mais c'est à bout de souffle qu'ils tombèrent tout deux sur le tatami.
Les collègues d'Aaron rirent un peu de le voir à terre et à bout de souffle, mais un seul regard noir de l'agent les fit tous disperser. Edward ne put retenir un sourire. Tous ces hommes respectaient énormément Aaron, mais ce n'était pas un respect gouverné par la peur comme il l'avait vu dans le regard des fidèles de la secte. Non, ces agents appréciaient sincèrement leur supérieur. Aaron se releva et l'aida à en faire autant. Après avoir pris une douche et s'être changés, il le laissa libre de choisir le menu du soir. Alors qu'ils allaient chercher leur repas, il en profita pour appeler ses parents et leur dire que tout allait bien.
C'est ainsi qu'ils se retrouvèrent dans le salon, avachis dans le canapé en train de plus ou moins suivre un film qu'ils avaient loué. Ils parlaient de tout et de rien, Edward se sentait bien, il était à l'aise. Il savait qu'il pouvait laisser tomber son masque et qu'il n'avait pas à surveiller chacun de ses propos puisque Aaron savait tout. Il se redressa quelque peu en entendant la porte d'entrée s'ouvrir. Lynda arriva dans le salon, le sourire de la jeune femme se fana lorsqu'elle vit les emballages qui trônaient sur la table basse, ses poings se posèrent sur ses hanches et elle fusilla son époux du regard. Ce dernier se contenta de lui offrir un sourire charmeur. Edward se leva aussitôt et commença à ranger.
« -Non, Edward, laisse, dit-elle en lui faisant reposer les sacs pour le prendre dans ses bras, tu vas bien ?
-Oui, ça va.
Elle lui sourit avant de se tourner vers son époux qui mordait dans un hamburger.
-Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi ? Soupira-t-elle en le fixant d'un air désolé. J'avais préparé un repas équilibré, il suffisait que tu le fasses réchauffer !
-Il n'avait jamais mangé Mac Do !
-C'est moi qui ai demandé, ajouta Edward.
-Oh, j'imagine que tu n'as pas eu besoin de le supplier ! Lâcha la jeune femme en observant son époux.
-Tu veux des frites ? Proposa ce dernier en lui tendant un sachet.
Lynda s'en empara et s'installa entre eux sur le canapé. Alors que la jeune femme observait l'écran pour voir ce qu'ils regardaient, Aaron lui fit un clin d'œil complice avant de tendre un gobelet à son épouse.
-Tiens, je t'ai pris ton soda préféré, dit-il doucement.
-Merci. »
Aaron lui lança un regard entendu et Edward ne put que sourire en voyant que la colère de la jeune femme avait déjà disparu. Il rit quand il vit la mine faussement offusquée d'Aaron quand son épouse mordit dans son hamburger. La fin de la soirée passa rapidement et ils allèrent se coucher. Edward pouvait sentir tous ses muscles se détendre une fois qu'il fut allongé, Aaron l'avait épuisé avec son entraînement. Il ferma les yeux et s'endormit aussitôt.
Edward fut réveillé le lendemain par Aaron, l'homme le secouait gentiment tout en lui faisant remarquer qu'il était 10 heures passé. Il se redressa, surpris d'avoir dormi aussi longtemps et surtout d'une seule traite. Il alla se doucher avant de rejoindre Aaron à la cuisine, ce dernier ne le quitta pas des yeux jusqu'à ce qu'il ait terminé son petit-déjeuner. La journée étant ensoleillée, Aaron l'entraîna pour une ballade dans le parc voisin. Ils s'arrêtèrent un instant pour regarder une partie de basket, Aaron lui expliquait les règles du jeu quand il lui fit part de sa surprise de voir des joueurs de tout âge. Son ami lui expliqua que n'importe qui pouvait jouer, ces gens ne faisaient que s'amuser. Ils s'approchèrent du terrain et s'assirent dans les gradins. Edward se tendit dès qu'il sentit peser sur lui les regards d'un groupe de jeunes filles. Cela n'échappa pas à Aaron qui s'empressa de le dérider et surtout de dédramatiser la situation à ses yeux.
« -Tu peux être flatté ou exaspéré par l'attention qu'elles te portent, mais il est hors de question que cela te fasse peur.
-C'est pourtant le cas, maugréa-t-il en continuant de fixer ses chaussures.
-Tu es un jeune homme séduisant, il est grand temps que tu te mettes ça dans la tête, où que tu ailles, quelles que soient les années, tu attireras toujours les regards, alors, autant t'y habituer ! Tu ne vas pas passer ta vie à trembler sous le regard des autres, non ?
-Non.
-Bien, alors, relève la tête !
Edward obéit, Aaron lui sourit pour l'encourager avant de reporter son attention sur la partie.
-Elles ne voient que ce que tu veux bien montrer, un jeune homme séduisant, un peu timide, mais diablement attirant. Ce qui t'est arrivé n'est pas écrit sur ton front, personne ne le saura, sauf si tu juges bon de le dire, déclara Aaron sans quitter la partie des yeux. Tu es fort et courageux, Edward, n'en doute jamais. Ne baisse plus jamais les yeux, ne laisse plus jamais quiconque de dicter ta conduite, compris ?
-Oui.
-Bien, il faut que tu ais confiance en toi car beaucoup de personnes comptent sur toi, des personnes qui t'aiment.
-Hey, vous deux ! Les interpella un homme d'une quarantaine d'années. Vous voulez jouer ?
-Avec plaisir, accepta Aaron en l'entraînant, par contre, mon petit frère n'a jamais joué alors soyez sympa avec lui.
-Viens avec moi, décida un grand black de son âge qui passa un bras autour de ses épaules, je vais tout t'apprendre et dans quelques minutes tu feras mordre la poussière à ton grand frère. »
Aaron lui fit un clin d'œil tout en prenant place dans l'équipe adverse. Edward était toujours stressé lorsqu'il se trouvait avec des gens qu'il ne connaissait pas, cependant, sans s'en rendre compte, il se plongea dans la partie et partagea les rires de ses coéquipiers d'un jour. Une heure plus tard, ils quittaient le terrain après avoir promis de revenir. Ils déjeunèrent avant de se rendre à nouveau à la salle de sport où ils s'étaient entraînés la veille. Aaron lui donna la même consigne : le faire chuter, sauf que cette fois l'agent du FBI se défendait. Lentement, la donne changea, Aaron devint plus agressif et le fit tomber plusieurs fois sans ménagement, puis, il lui tendait la main pour l'aider se relever. Edward écoutait ses conseils, apprenait à porter des coups et à les parer. Tout le long de son instruction, Aaron ne cessait de lui répéter que c'était un sport, une façon de canaliser son énergie, de se protéger aussi, mais qu'en aucun cas, il ne devait s'en servir pour attaquer quelqu'un. Le jeune homme acquiesça, il avait compris. Sa colère, ses doutes semblaient s'apaiser. Il se sentait bien et pour une fois, il n'avait plus peur. Alors qu'ils sortaient du vestiaire, Edward se promit que ce soir il lui parlerait.
Une nouvelle fois, ils se retrouvèrent dans le salon devant un film en train de manger une pizza, il buvait un soda pendant qu'Aaron sirotait une bière. Bien plus tard que la veille, la porte d'entrée s'ouvrit. Il voulut se lever, mais Aaron lui fit signe de rester assis. Lynda entra et observa d'un air désolé les cartons de pizzas. Sans dire un mot, elle se laissa tomber dans un fauteuil.
« -Tu rentres bien tard, mon amour, lâcha Aaron.
-Que veux-tu ? Soupira-t-elle. Mon boss s'est octroyé quelques jours de congés et du coup je dois assurer son boulot en plus du mien !
-Quel égoïste ! Je lui dirais deux mots quand je le verrai ! Plaisanta son mari.
-Votre journée c'est bien passée ?
-Oui, on a joué au basket et on est allé à la salle, répondit Edward.
-J'en ai entendu parler, il parait qu'un jeunot à mis plusieurs fois à terre le chef de mon unité à terre, dit Lynda en se penchant vers les boîtes à pizza. En tout cas, je vois que le sport vous a ouvert l'appétit. Edward, promets-moi de ne pas dire à ta mère que tu t'es nourri d'une manière aussi déplorable.
-Il avait besoin de se remplumer, riposta Aaron.
-Et c'est pour ça que tu lui fais manger tous ces trucs ?!
Edward observa Aaron qui se leva pour venir se poster derrière son épouse, il posa ses mains sur ses épaules et les massa.
-Ton horrible patron t'a acheté un pot de glace au chocolat et il y a 5 minutes quand son indic lui a dit que tu n'allais pas tarder à arriver, il t'a fait couler un bain, annonça Aaron.
-C'est vrai ?
-Oui, j'ai même allumé des bougies et mit de la musique.
-Bonne nuit les garçons !
La seconde suivante, Lynda déposait un baiser sur leurs joues avant de se précipiter dans la cuisine chercher sa glace et de grimper à l'étage.
-Tu avais tout prévu ? Sourit Edward.
-Je connais ses points faibles, avoua-t-il.
Le jeune homme fronça les sourcils quand Aaron reprit sa place dans le canapé, son corps était tendu et son visage était devenu plus dur. L'homme attrapa deux bières qu'il décapsula avant de lui en tendre une qu'il hésita à prendre.
-Je n'ai jamais bu d'alcool et je n'ai pas l'âge légal.
-L'agent du FBI que je suis t'autorise à la goûter si tu en as envie.
Edward prit la bouteille qu'il lui tendait, lentement, il porta le goulot à ses lèvres. Le goût amer le fit grimacer, mais il ne trouva pas ça désagréable. Soudain, le jeune homme comprit. C'était l'heure de parler, de tout dire. Son estomac se noua quelque peu, mais il fit son possible pour contrôler ses sentiments. Il ferma les yeux, réunissant ses pensées pour commencer, mais il n'y parvenait pas, quelque chose l'en empêchait. Soudain, la voix rauque d'Aaron le fit sursauter.
-Mes parents sont des gens issus d'un milieu favorisé, ils ont toujours eu plus d'argent que nécessaire, mais ce n'était jamais suffisant. Mon père est un avocat des plus réputés, surtout car il défend les pires crapules, et ma mère… Ma mère est heureuse quand elle a à porté de main sa bouteille de Gin et l'un de ses amants. Pas la famille idéale comme tu peux l'imaginer… Après ma naissance, ma mère a décrété qu'elle avait accompli son travail étant donné qu'elle avait eu un héritier mâle. Elle ne s'est jamais intéressée à moi, j'ai passé plus de temps avec mes nourrices, gouvernantes, précepteurs qu'avec mes parents… Mon père ne venait me voir que pour s'assurer que j'étais bien le meilleur dans toutes les activités que je pratiquais. Je… Je devais avoir 11 ans quand tout a dérapé… C'était l'anniversaire de mon père, il y avait eu une grande réception où on m'avait promené tel un objet jusqu'à ce que mes parents m'autorisent à aller me coucher. Il faisait nuit quand… quand je me suis réveillé en sursaut, j'avais le sentiment d'être épié. J'ai allumé ma lampe de chevet et je le vis… Mon père était debout face à mon lit, ses vêtements semblaient avoir été remis à la hâte, il tenait une bouteille de champagne à la main. Il a porté la bouteille à ses lèvres sans me quitter du regard… Il m'a dit… Il m'a dit qu'il était venu chercher son cadeau d'anniversaire…
Edward ne pouvait empêcher son corps de trembler. Aaron s'en rendit compte et bien que l'homme ne semblait pas être dans un meilleur état que le sien, il attrapa un plaid dans lequel il l'enroula. Le regard de l'agent se perdit ensuite sur l'écran de télévision où le film continuait de défiler. Il poursuivit son histoire d'une voix tremblante.
-Cette nuit là, il m'obligea à lui faire une fellation. Ses visites nocturnes devinrent de plus en plus régulières, jusqu'au jour où il alla plus loin. Il m'a violé. J'avais 12 ans… J'ai supporté ce calvaire car je savais que j'allais partir, mon grand-père paternel tenait à ce que j'aille étudier en Suisse. Les moments que je passais au pensionnat me permettaient de me reconstruire, l'approche des grandes vacances et de mon retour aux Etats-Unis me faisaient trembler. A chaque vacances, il recommençait.
-Tu n'as jamais rien dit ? Osa demander Edward face au soudain mutisme de l'homme.
-Une fois… Une fois, il m'avait fait tellement mal que j'avais du mal à marcher le lendemain, mon grand-père paternel s'en est rendu compte. Je sais qu'il a eu une discussion houleuse avec mon père, ma mère avait tout entendu. Grand-père est sorti du bureau de mon père, il m'a lancé un regard désolé avant de partir.
-Mais ta mère ?
-Ma mère est venue me voir et j'ai cherché un peu de réconfort auprès d'elle après le départ de grand-père. Elle m'a dit que comme toutes les putains de mon père, j'aurais mieux fait de me taire. J'avais 15 ans et ce jour là elle m'a plus blessé que mon père en 4 ans. Je suis reparti détruit en Suisse… J'ai appris à porter un masque, j'étais solitaire, froid, dur, je faisais tout pour éloigner les gens. Puis, j'ai dû rentrer… Nous nous sommes installés à Washington… J'allais fêter mes 17 ans… Mon père continuait son petit manège avec moi… Il devenait de plus en plus violent… Et malgré ma carrure, mon âge, je n'ai jamais osé me rebeller, je subissais, priant pour que tout se termine rapidement… J'ai plusieurs fois souhaité mourir, mais je n'ai jamais eu le courage de mettre fin à mes jours… Et heureusement, je ne l'ai pas fait…
Pour la première fois depuis le début de ses confidences, le visage d'Aaron se dérida, un fin sourire se dessina sur ses lèvres.
-Il y avait une nouvelle dans ma classe, souffla-t-il perdu dans ses souvenirs.
-Lynda ? Devina Edward.
-Oui, contrairement aux autres, elle est venue vers moi, j'ai eu beau l'envoyer balader, être désagréable, elle revenait toujours. Je me suis alors muré dans le silence espérant ainsi la faire fuir, s'était mal la connaître. Elle prenait un livre et lisait en restant assise à mes côtés. Sans que je ne le comprenne, sa présence me devint rapidement indispensable, elle était ma bouffée d'oxygène. Peu à peu, je me suis ouvert, je lui parlais de tout, sauf de ce qui me faisait souffrir. Elle a été la première à me faire décrocher un vrai sourire… Un jour… Un jour, je lui ai demandé pourquoi elle restait avec moi… Elle m'a répondu que les sentiments ne se commandaient pas et qu'elle était tombée amoureuse de moi au premier regard. Je l'ai rejeté. Je l'ai repoussé. Pendant des jours, je l'ai fui, refusant ses appels, la fuyant quand elle venait vers moi… Puis, j'ai finalement accepté de la laisser revenir dans ma vie, je ne supportais plus de ne pas la voir, mais je refusais de lui dire ce qui me blessait autant. Je crois que j'ai mis deux mois à accepter ses lèvres sur les miennes sans avoir un mouvement de recul. Sans le savoir, elle pansait mes plaies… Et puis, mon père est revenu de voyage, il savait pour Lynda, ses hommes m'espionnaient sans que je ne le sache… Cette nuit-là a été horrible, non pas parce qu'il me blessait, ça j'en avais pris l'habitude, mais parce qu'il a menacé Lynda… Quand il en a eu terminé avec moi, je me suis enfui de la maison. J'étais déboussolé, je ne savais pas où aller et je voulais que tout ceci s'arrête. Mes errances m'ont conduit jusqu'à un pont, je suis resté un long moment à observer l'eau qui coulait sous mes pieds, cherchant le courage pour mettre un terme à tout ceci. Cependant, je ne pouvais pas partir sans lui dire au revoir, sans lui demander pardon. J'ai pris mon portable pour l'appeler et j'ai vu qu'elle avait tenté de me joindre une vingtaine de fois. Je me suis imaginé qu'elle devait être furieuse que je n'ai pas répondu, je n'ai pas pris la peine d'écouter les messages qu'elle avait laissé. J'ai enjambé la rambarde et j'ai sauté. J'ai été étourdi par le choc et l'eau glaciale. Je me suis dit que je devais être victime d'hallucinations quand j'ai entendu sa voix. Lynda ne cessait de crier mon nom… J'ai alors senti poigne ferme m'entourer et me tirer hors de l'eau… Je me suis réveillé plusieurs heures plus tard à l'hôpital. Lynda dormait sur un fauteuil et un homme que je ne connaissais pas me fixait avec inquiétude. C'était son père. Lynda était tellement angoissée que je ne réponde pas au téléphone et par un mauvais pressentiment qu'elle l'a supplié de me localiser avec mon portable. Ils m'ont sauvé la vie. Monsieur Mayer s'est installé sur le rebord de mon lit et j'ai vu dans son regard qu'il savait, j'ignorais comment, mais il savait tout. J'ai voulu fuir, mais il ne m'en laissa pas le choix. Je suis resté quatre jours à l'hôpital sous sa garde et celle de ses collègues. Mon père a bien entendu fait pression, menacé toutes les personnes qu'il fallait, mais Monsieur Mayer a toujours tenu bon. Au contact de Lynda et de son père, je me suis affirmé, j'ai grandi, j'ai osé tenir tête à mon bourreau le menaçant de porter plainte… Il m'a renié… Depuis ce jour, j'ai vécu avec Lynda et Monsieur Mayer, ils m'ont aidé à m'en sortir…
-Et ton père ?
-Aux dernières nouvelles, il habite New York. Je garde toujours un œil sur lui pour veiller à ce qu'il ne s'en prenne à personne… Edward, j'aurais aimé pouvoir couper tout contact, le voir pourrir en prison pour être sûr qu'il ne ferait plus jamais de mal, mais ce n'était pas possible… Cependant, toi, tu peux réussir là où j'ai échoué. Empêche ce gourou, ce monstre de s'en prendre à d'autres.
-Je… Ce n'est pas le gourou…
-Comment ça je pensais que…
-C'est l'un d'entre eux, avoua Edward d'une voix basse, ils sont trois, ils se disent frères, mais je ne pense pas que ce soit vraiment le cas… Je ne connais pas leurs vraiment noms, seulement ceux qu'ils portaient dans la secte…
-Ce n'est pas grave, assura Aaron, quels sont-ils ?
Edward ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Il tenta une nouvelle fois de parler, mais un froid étrange engourdissait son corps alors qu'un mal de tête lancinant lui brouillait les idées.
-Peux-tu me les décrire ? Interrogea son protecteur.
-Je… Ils sont… Il…
-Edward ? »
Le jeune homme ne répondit pas à la voix inquiète d'Aaron, tout son corps tremblait, sa tête était terriblement douloureuse et aucun son ne semblait vouloir sortir de sa bouche. Les images devinrent floues, il se sentit glisser. Aaron stoppa sa chute. Il entendit la voix de l'agent résonner à ses oreilles alors qu'il sombrait dans l'inconscience…
