Chapitre 1 : Survival
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Sans décolérer, Norah s'était enfoncée dans la forêt. Pourtant, plus les minutes passaient et plus elle se calmait pour admirer le paysage. Les bruits des animaux lui étaient inconnus, tout comme certaines plantes devant lesquelles elle ne put s'empêcher de s'émerveiller. Parfois, elle croisait un genre de lucioles qui voletaient joyeusement. En chemin, Norah croisa même un arbre gigantesque qui suintait une sève dorée. Tout lui paraissait merveilleux. Même les touffes herbe semblaient plus vertes que celles de son monde. En un mot, la forêt d'Eldarya était colorée, lumineuse. L'image de l'herbier que Norah tenait quand elle était enfant lui revînt à l'esprit et la jeune fille songea alors que si elle l'avait eu avec elle à Eldarya, il aurait probablement doublé de volume. Peut-être aurait-elle l'occasion d'en refaire un ? Elle le garderait en souvenir. Avec un sourire nostalgique, Norah secoua la tête : c'était bien beau de s'imaginer ramener un herbier d'Eldarya. Elle s'arrêta quelques secondes et s'accroupit devant un buisson blanc aux fleurs bleutées. Encore fallait-il en partir, de ce pays. Tandis qu'elle caressait les feuille immaculées et luisantes, Dodo lui, fixait de ses grands yeux verts un papillon irisé. D'un coup de patte malhabile, il tenta de toucher l'insecte : le corko voyait en lui le compagnon de jeu idéal. Le papillon l'esquiva. Dodo retenta sa chance plusieurs fois mais à chaque fois, il lui échappait. Sans vraiment s'en rendre compte, il s'éloigna de sa maîtresse. Mais Dodo s'en fichait : il retrouverait forcément Norah (elle dégageait une odeur à la fois particulière et forte : quelque chose qui ressemblait à du souffre, comme si la jeune fille sortait tout droit d'un lieu où l'air n'était pas pur). Et puis, elle n'allait tout de même pas lui reprocher de s'amuser alors que c'était bien la première fois qu'il sortait de son œuf et qu'il n'était jamais sorti de la cité d'Eel auparavant. Les yeux tournés vers le ciel et exalté par sa toute nouvelle liberté, Dodo ne regarda pas où le menait le papillon. Il ne vit pas le rebord du fossé qui s'ouvrait face à lui. Et ce qu'il devait arriver arriva : il tomba en poussant un hurlement de peur.
Alertée par ce cri, Norah se détourna de la flore locale et scruta le paysage à la recherche de son familier. Elle jura lorsqu'elle constata qu'il n'était plus là. En courant, Norah se dirigea vers la source du cri. Au fond du fossé, Dodo tentait de remonter sans grand succès. Il était trop petit, ses muscles pas assez forts et ses griffes n'étaient pas encore assez développées. Régulièrement, il poussait de petits cris pour appeler Norah : avec sa taille d'humaine, le fossé lui arrivait probablement à la poitrine et elle n'aurait aucun mal à le sortir de là. Pour le plus grand soulagement du corko, elle le retrouva rapidement. En le voyant, elle soupira.
« Si tu ne t'étais pas éloigné, tu ne serais pas tombé... Bon, ne bouge pas, j'arrive. »
Si le familier avait pu parler, il lui aurait répondu que ce n'était pas comme s'il risquait de bouger dans ce fossé. Penaud, Dodo s'écarta et laissa Norah sauter dans le fossé. A l'avenir, il faudra le surveiller, songea la jeune fille en prenant son familier dans ses bras. Il était sorti de son œuf depuis à peine quelques heures et elle ne tenait pas à ce qu'il se perde. Elle posa Dodo sur le bord du fossé puis, d'une poussée de bras, Norah reproduisit les gestes qu'elle avait eu au temps du brevet de sport, lorsqu'elle montait sur la poutre. Autant le dire, avec une robe, des bottines et des années sans faire de gymnastique, ce n'était pas aussi évident qu'au collège, où tout cela était bien frais dans sa mémoire et où, surtout, elle portait un jogging et des baskets. Difficilement, Norah se hissa aux cotés de son familier. Elle se redressa puis grimaça : elle avait désormais de la terre plein les mains et les genoux. Du dos de la main, Norah en enleva le plus gros. « Je nettoierais le reste quand je trouverais une étang ou une rivière », pensa-t-elle.
Aux cotés de son familier, Norah reprit sa route. Tout en gardant un œil sur Dodo, la jeune fille continuait à s'émerveiller : vraiment, les forêts d'Eldarya valaient mille fois plus le coup d'œil que celles de son monde. Le duo arriva dans une clairière. Aussitôt, le regard de Norah fut attiré par le cercle de champignons qui s'y trouvaient. Elle regarda Dodo. Celui-ci, sans comprendre ce qui pouvait bien passer par la tête de sa maîtresse, lui rendit son regard.
« Tu sais... Ils ont dit que je pourrais pas réutiliser un de ces cercles pour rentrer chez moi... Mais eh, ça coûte rien d'essayer. Donc bah si ça marche, adieu Dodo ! »
Le corko hocha la tête.
Les yeux brillants d'espoir, Norah s'avança au centre du cercle et... Rien.
« …, déclara avec éloquence la jeune fille. »
Elle se dandina sur place. Toujours rien. Elle se mit à taper du pied, les joues rougissant progressivement de colère. Nicht. Norah sautilla sur place en jetant des regards noirs au cercle. Nada. Elle finit par écraser rageusement chacun des malheureux champignons en grognant avec grâce et élégance. Mais toujours aucune luciole pour apparaître et daigner la renvoyer chez elle.
« Saleté de champignons, pesta-t-elle. »
Dodo lui, tentait de réprimer ce qui ressemblait à un rire : la scène à laquelle il venait d'assister était à la fois pathétique et ridicule. Norah le fusilla du regard avant d'affirmer qu'il n'y avait vraiment rien de drôle dans cette histoire.
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Alajéa et Ykhar avaient été envoyés chercher des plantes médicinales pour l'infirmerie. Exactement comme la dernière fois qu'on leur avait demandé de s'acquitter d'une telle tâche, elles avaient oublié la liste de ce qu'elles devaient ramener et elles se laissaient distraire par les familiers sauvages qu'elles croisaient. Jusque-là, rien d'anormal. Puis alors que les deux jeunes femmes bavardaient, la terre s'était subitement mise à trembler. Le ciel s'était assombri sans raison apparente.
« Qu'est-ce qu'il se passe ?! Qu'est-ce qu'il se passe ?! Alajéa, tu sais ce qu'il se passe ?! C'est pas bon ! C'est vraiment pas bon, on va avoir des problèmes, se mit à paniquer Ykhar. »
Son amie était sur le point de lui répondre lorsqu'un vortex de lumière s'ouvrit non loin d'elles. La terre cessa de trembler. Les deux jeunes femmes fixèrent longuement le vortex, sans savoir comment réagir. Elles se regardèrent. Puis s'approchèrent de quelques pas. Quoi que soit ce vortex, il n'avait pas l'air de causer du tort à la forêt environnante. Légèrement hésitante, Alajéa ramassa un caillou et le lança de toutes ses forces dans la lumière. Sans rien provoquer de plus qu'un petit « plop », la pierre si fit proprement et simplement aspirer.
« Il va falloir qu'on parle de ça à Miiko, souffla Ykhar qui se maintenait à distance respectable du vortex.
- Oui, et vite... Rentrons au QG. Tant pis pour les plantes, je pense que ce truc est plus important, déclara Alajéa en tournant les talons. »
Au moment même où elle esquissait un mouvement pour s'éloigner, un bruit de tonnerre résonna dans les environs. Alajéa se retourna brusquement. Ykhar elle, qui n'avait pas quitté le vortex des yeux, avait ouvert la bouche la bouche de stupéfaction et ses yeux étaient agrandis par l'incrédulité. Sans qu'elles ne puissent réagir, une tornade parlante passa à toute vitesse devant les deux femmes. Le vortex se referma et le ciel reprit une couleur normale. Un mélange indescriptible d'incrédulité, d'ahurissement et de choc avait figé Alajéa et Ykhar, les transformant en simples spectatrices de l'étrange scène qui se déroulait devant elles.
« HELI ! RALENTIIIIIIIS !
- TAÏAUT ! Plus vite le Coffre ! PLUS VITE ! »
Alajéa et Ykhar se regardèrent. Toutes deux étaient trop choquées pour réagir. Autour d'elles, le décor était totalement revenu à la normale. Ykhar ouvrit la bouche pour parler mais aucun son ne franchit ses lèvres : toujours aussi stupéfaite, elle ne trouvait pas les mots pour décrire ce qu'elle avait vu ou ce qu'elle ressentait. Alajéa, elle, se trouva un peu plus inspirée puisque après avoir prit une grande inspiration, elle s'exclama :
« Est-ce qu'on viens de voir jaillir d'un vortex des gens qui chevauchaient un coffre ?! »
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Dans le but d'enlever la terre qui tâchait sa robe et ses genoux, Norah s'était mise en quête d'un ruisseau ou de n'importe quoi d'autre où coulait de l'eau. Mais plus les minutes passaient et moins la jeune fille ne reconnaissait son environnement. La forêt s'était même subitement assombrie. Pourtant, il faisait encore jour. C'était simplement les feuillages des arbres qui s'étaient fait plus épais, en conséquence de quoi, les rayons du soleil avaient beaucoup de mal à atteindre le sol. Norah frissonna : jusque-là, la forêt d'Eldarya avait été lumineuse, belle, accueillante. Elle devenait tout à coup peu rassurante. Pour se donner du courage, la jeune fille attrapa Dodo et le garda dans ses bras. Autour d'elle, la forêt s'était soudainement fait silencieuse. A peine une minute plus tard, Norah se mettait à chantonner doucement les paroles d'une chanson qu'elle avait souvent entendu à la radio ces derniers temps. Nerveusement, elle jetait des regards aux alentours. Au moindre craquement de branche, Norah se mit à sursauter. Un léger vent frais venait lui caresser les cheveux ? Elle se retournait brusquement. Soudain, elle se figea. Norah regarda autour d'elle. La jeune fille avait cru entendre... De mois en moins rassurée, son regard balaya la zone. Mais elle ne voyait rien. Juste des arbres et des buissons. Dans ses bras, Dodo ne semblait pas non plus très vaillant. Il tremblotait même.
« … Tu sais... Je... J'commence à me dire... Que peut-être, je me suis mise en colère pour rien, bafouilla Norah à Dodo en reculant de quelques pas. Peut-être que je devrais rentrer fissa au QG pour... Tu sais... Faire je sais pas quelle tâche ils ont pour moi... Même supporter Ezarel, ça me dérangerais pas là... »
La tête cachée dans le cou de sa maîtresse, Dodo approuvait les paroles de Norah. Soudain, la jeune fille sursauta. Des grognements. Cette fois, c'était sur, elle avait entendu des grognements. L'idée de retourner à Eel lui paraissait de plus en plus séduisante. Et tant pis pour sa fierté, elle supporterait les commentaires des chefs de garde s'il le fallait. Norah s'apprêtait à rebrousser chemin lorsqu'elle réalisa quelque chose : elle n'avait pas la moindre idée de la direction qu'elle devait prendre pour retourner au QG. La jeune fille se sentit très idiote. Cette sensation augmenta encore plus lorsqu'une créature sorti des buissons. Cette bête aussi noire que la nuit ressemblait à un loup. Une aura vaporeuse et ténébreuse s'échappait d'elle. Et ses trois yeux violacés luisaient dans l'obscurité de sa peau.
Norah l'ignorait à ce moment-là, mais elle se trouvait face à un black dog. Mais elle s'en moquait : la seule chose que Norah voyait, c'était un loup géant à l'air méchant, féroce et franchement affamé. Lors du test d'entrée de la Garde, lorsque Kéro lui avait demandé sa réaction en cas d'une telle rencontre et la jeune fille avait répondu qu'elle fuirait. A ce moment-là, elle ignorait la justesse de sa réponse par rapport à sa réaction : après avoir lâché un hurlement de peur strident, Norah couru très dignement dans la direction opposée au black dog. Alors qu'elle contournait une série d'arbres, passait au-travers de buissons et manquait de se prendre les pieds dans des racines traîtres, la jeune fille eut une pensée pour son ancien prof de sport. « Dans la vie, l'un des trucs les plus utiles que vous pourrez apprendre, c'est courir. Vaut mieux faire partie des lâches qui fuient mais vivront plutôt que des héros qui crèvent lamentablement parce qu'ils ont trop d'honneur », avait-il déclaré comme si la vie ressemblait à un film d'heroic-fantasy. La jeune fille n'aurait jamais cru devoir un jour donner raison à son ancien professeur.
Norah posa Dodo sur ses épaules en lui demandant de bien s'accrocher, puis, la jeune fille bondit en avant et s'accrocha à la branche d'un arbre. Difficilement, elle se hissa à cheval dessus (« Comme au brevet de sport ! C'est comme à la poutre », tentait de se motiver Norah en poussant sur ses bras) puis grimpa à une branche un peu plus haute et suffisamment solide pour les soutenir, elle et son familier. Cela ne l'empêcha pas de passer ses bras autour du tronc de l'arbre et de s'y cramponner, comme si cela pouvait prévenir une possible chute. Puis, elle jeta un regard en bas.
Norah sentit les larmes lui monter aux yeux. Ses joues rougirent et ce n'était qu'à grands renforts de reniflements qu'elle empêchait son nez de couler. Elle n'en pouvait plus. Mais alors vraiment plus de ce monde. En moins d'une journée, elle s'était retrouvée à Eldarya, on l'avait enfermé dans une cellule, on lui avait annoncé qu'ils ne savaient pas comment la renvoyer chez elle, des types l'insultaient alors qu'elle était nouvelle dans le coin et maintenant, ça : tranquillement assis sur le sol couvert de feuilles mortes, le blackdog attendait qu'elle descende pour faire d'elle son prochain repas.
« … Mamaaaan ! »
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Spookie le blackdog avait faim. Mais alors vraiment très faim. Cela faisait deux jours qu'il n'avait rien attrapé : ces derniers temps, toutes les bestioles qu'il prenait en chasse trouvaient le moyen de se cacher dans des endroits qui lui était impossible d'accès. S'il n'avait pas été carnivore, Spookie se serait probablement attaqué à ces champignons qu'il avait croisé un quart d'heure plus tôt. Sauf qu'il était justement carnivore. Mais plus il y pensait et plus Spookie se disait que c'était peut-être le bon moment pour devenir végétarien. Après tout, les plantes ne manquaient pas. Et elles ne cherchaient pas à fuir lorsqu'on venait les manger. Ce n'était pas comme si elles pouvaient après tout. Du point de vue de Spookie, c'était un vrai gain de temps et d'énergie que de ne pas avoir à chasser toute la journée. L'autre alternative qui s'offrait à lui, c'était de faire le beau devant une de ses créatures qui n'avaient des poils que sur la tête et qui se tenaient sur deux pattes. Mais Spookie était beaucoup trop fier pour devenir un... Un familier... Pour Spookie, il n'y avait rien de plus dégradant que cette condition. Le seul avantage à être un familier, c'était la garantie d'être nourri tous les jours. Mais même pour un délicieux steak de pimpel ou de crylasm, Spookie ne se sentait pas capable de jouer à « va chercher la baballe » avec un de ses grands imbéciles à deux pattes.
Devenir végétarien petit à petit apparaissait donc comme une alternative séduisante. « Et puis, c'est en refusant d'évoluer que des espèces disparaissent », pensait Spookie. Puis, il avait vu cette femelle à deux pattes avec un corko dans les bras. Elle était clairement perdue. Et surtout, elle empestait la peur. Aussitôt, les instincts de chasseur de Spookie s'étaient réveillés. Toutes ses considérations pour un futur menu végétarien s'étaient envolées, remplacées par une seule pensées : « VIANDE ».
« Mamaaaaan... ! »
Et foi de Spookie, il aurait sa viande. Même si pour cela, il devait camper pendant des heures devant cet arbre : la femelle à deux pattes avait escaladé l'arbre le plus proche et s'était perchée sur une branche plus ou moins solide. Sur son épaule, son bébé corko n'en menait pas large. Spookie se lécha les babines. Son futur repas ne pourrait pas rester éternellement dans cet arbre. Et Spookie était déterminé à attendre qu'il descende : un black dog affamé pouvait se montrer très patient lorsqu'il s'agissait de se remplir la panse après deux jours de jeûne.
« Au s'cours ! A l'aide, quelqu'un, n'importe qui ! Même toi Ezarel, même si je peux toujours pas te blairer ! Je veux ma mamaaaaaan ! »
Spookie serait patient. Et tant pis si les cris stridents, les larmes et les écœurants reniflements lui portaient sur les nerfs. Son futur repas était dans cet arbre. Alors Spookie attendrait. Parce qu'il avait faim. Rien n'aurait su le détourner de cette tâche sacrée qu'était le remplissage de son estomac. Rien, sauf l'arrivée d'un terrible prédateur : un coffre.
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Anecdote inutile : A la base, Spookie devait juste être un black dog anonyme. Actuellement, j'envisage de le faire revenir de temps en temps dans la fiction.
Anecdote inutile (bis) : Par ailleurs, le nom de Spookie vient de « spook » qui signifie « fantôme » (ou « effrayer » selon le contexte) en anglais.
Voilà voilà. Cette fois, j'ai vraiment fini de poster ce que j'avais à poster. ^^ Je posterais la suite sur fanfiction dans peu de temps, vu que la fiction est commencée depuis un moment. En tout cas, j'espère que vous avez aimé.
(N'empêche, c'est terrible de voir à quel point un chapitre qui a l'air relativement long sur les Contes d'Eel a l'air super court sur ...)
Bref, à la prochaine!
