Chapitre 2 – Beauty and Chesty

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« Vous êtes sûres de ce que vous affirmez ?

- Puisqu'on te le dit ! On a tout vu ! Un vortex s'est ouvert en pleine forêt et des gens en sont sortis ! »

Miiko sentait le mal de tête pointer le bout de son nez. Tout d'abord, un intrus se glissait dans le QG. Ensuite, une humaine apparaissait dans la salle du cristal. Et maintenant, ça. Un vortex s'ouvrait en forêt. Miiko lâcha un gros soupir tandis qu'elle se remémorait le récit d'Alajéa et Ykhar. Selon les deux jeunes femmes, elles n'avaient pas pu arrêter les gens sortis du vortex car ils étaient passés à toute vitesse devant elles... En chevauchant un coffre à pattes. C'était dans ce genre de situation que Miiko se demandait pour quelle raison elle était devenue la chef de la Garde Étincelante. Après tout, ce poste était la promesse de nombreuses migraines et de confrontations à des situations étranges... Alors pourquoi... ? Ah oui. Ça y est. Miiko se rappelait de la manière dont elle avait accédé à ce années auparavant, le précédent chef de la Garde Étincelante avait été assassiné. Ça avait été la panique et les chefs des gardes absynte, obsidienne et ombre de l'époque avaient eu beaucoup trop de choses à gérer d'un coup pour ne serait-ce que songer à reprendre ce poste. Il avait fallut qu'une personne se désigne pour prendre les rennes. Et Miiko, parce qu'elle avait de l'autorité, qu'elle était dans la garde Étincelante et que quelqu'un devait bien le faire, s'était occupée de tout depuis ce temps-là.

« Il faut retrouver ces gens. On ne peut pas les laisser se balader librement, comme ça, sans savoir qui ils sont, comment ils ont fait pour surgir d'un vortex et pourquoi sont-ils là. Ykhar, va chercher Valkyon, s'il te plais. Explique lui la situation et dis lui qu'il part immédiatement pour retrouver ces gens. Alajéa, tu partiras avec lui, décida Miiko après quelques secondes de réflexion. »

Les deux jeunes femmes acquiescèrent avant de quitter précipitamment la salle du cristal. A nouveau, Miiko lâcha un long soupir. L'affaire du vortex était réglée pour l'instant. Il restait à voir ce qu'ils allaient faire de l'humaine qui était apparue : elle faisait partie de la garde de l'ombre, mais ce n'était justement qu'une humaine... Miiko était prête à parier que Norah ne saurait pas quoi faire de ses dix doigts si elle se retrouvait en présence d'équipement d'infiltration ou d'assassinat. Il allait falloir la former. L'image fugace de l'ancienne chef de la garde obsidienne, celle qui avait précédé Valkyon, traversa l'esprit de Miiko. Il était bien dommage que cette femme ai disparu de la circulation : même s'il s'agissait d'une obsidienne, la kitsune lui aurait volontiers confié la formation de Norah. Tant pis. Pour son entraînement, la jeune humaine se débrouillerait avec Nevra. Mais la véritable priorité de Miiko, c'était cet intrus. Qui était-il ? Pourquoi était-il entré ? Qui l'envoyait ? Tant de questions sans réponse. Et Miiko détestait ne pas savoir quoi répondre à une question : la dernière fois qu'ils avaient manqué de réponses et que des intrus s'étaient introduit dans le QG, le cristal avait été brisé.

A grands pas, elle se dirigea vers ses quartiers : elle avait besoin de renseignements. Et pour cela, elle devait envoyer une lettre. Rapidement. Ce fut penchée sur son bureau et rédigeant une missive que Kero retrouva Miiko.

« Euh... Miiko ?

- Pitié, ne me dis pas que nous avons un autre problème, répondit du tac-au-tac la kitsune sans même lever les yeux de sa lettre.

- C'est que... A propos de Norah... »

Miiko retînt un gémissement de désespoir. Si cela impliquait l'humaine, alors cela voulait dire qu'elle avaitforcément fait une bêtise.

« Quoi, encore elle ? Qu'est-ce qu'elle a fait ?

- Eh bien... Tu sais, Merry a encore perdu son familier : il a dû s'échapper pour chercher à manger ou aller dormir au calme, loin de l'agitation de Merry. Alors, je voulais demander à Norah qu'elle l'aide pour qu'elle ait quelque chose à faire. Je l'ai cherché dans tout le QG, je t'assure mais elle est introuvable. Même au refuge ou au marché, je ne la trouve pas ! »

Cette fois, Miiko se détourna de sa lettre. Plusieurs fois, elle cligna des yeux, essayant de comprendre ce que Kero venait de lui annoncer. Puis, l'information atteignit le cerveau. Norah avait disparu. Bien. Parfait. Ils n'étaient pas du tout censés la garder en sécurité avec eux, après tout. Aussitôt, Miiko délaissa sa lettre et quitta sa chaise. A tous les coups, cette petite idiote avait trouvé le moyen de sortir de la ville et avec les monstres qui se faisaient de plus en plus présents dans la région, Norah s'était sans doute attirée des ennuis.

« Oh c'est pas vrai, s'énerva Miiko en filant dans les couloirs, Kero sur les talons. Jamon ! Jamon ! Viens vite, on doit retrouver Norah ! »

Si l'humaine revenait en un seul morceau, Miiko se promettait de lui passer le plus grand savon de tous les temps.

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Ailleurs, dans un coin de la forêt d'Eldarya, un étrange petit groupe de trois personnes discutaient. Ou plutôt, deux d'entre elles discutaient. La troisième était occupée à noter tout ce qu'elle voyait dans un petit carnet.

« On est perdu, déclara Cumin. »

Avec sa longue barbe blanche, son bonnet rouge, les petits souliers jaunes et sa taille ridicule, Cumin avait tout du nain de jardin. Et à dire vrai, ce n'était pas qu'il avait « tout » du nain de jardin. C'était qu'il en était littéralement un. En effet, si on l'observait de plus près, on remarquait qu'il était en terre cuite. Mais attention. Il n'était pas un nain de jardin ordinaire, non. Cumin était un nain de jardin maléfique.
On devinait aisément cet état de fait à cause de ses yeux rouges, de son long nez crochu et de ses dents pointues.

« D'un autre coté, on aurait peut-être pu se repérer et trouver une route vers une ville... Si vous n'aviez pas poussé le Coffre à courir aussi vite. Maintenant, non seulement nous avons loupé une occasion de rencontrer des autochtones qui auraient pu nous guider, commença d'une voix docte l'interlocuteur de Cumin.

- Ou nous passer à la broche, le coupa Cumin en levant les yeux au ciel.

- Mais en plus, le Coffre nous a désarçonné lorsqu'il est entré en collision avec un rocher et là ou nous sommes tous les trois tombés, lui, il a continué à avancer comme si rien ne s'était passé, continua-t-il en ignorant l'intervention de Cumin. Maintenant, on a perdu nos affaires en plus de notre chemin.

- Oh la ferme Ali, grogna le nain de jardin. Il reviendra, le Coffre. Il revient toujours parce que sa propriétaire est avec nous. »

Le dénommé Ali était un jeune homme d'environ vingt quatre ans. Il était tout en longueur et en maigreur, ce qui lui donnait l'aspect d'une brindille sur le point de se casser en deux. Ali n'avait pas un très beau visage et la seule chose qui le mettait un tant soi peu en valeur, c'était sa peau basanée et ses cheveux noirs. Les longues robes noires décorées d'un blason jaune représentant un blaireau qu'il portait lui donnait des faux airs d'érudits, tandis que ses yeux d'obsidienne brillaient de l'intelligence et de la ruse nécessaires à l'art subtil de la fuite.

Ali jeta un regard en direction de la troisième membre de leur groupe, Héli, qui admirait la végétation luxuriante de la forêt. Régulièrement, elle prenait des notes dans le carnet qui lui servait de journal intime. Ali se détourna d'elle et s'éloigna de Cumin. Le nain de jardin avait raison, le Coffre reviendrait. Un regard vers le ciel lui apprit que le soleil n'allait pas tardé à se coucher.

« Je pense qu'on devrait partir à la recherche d'un abri, fit savoir Ali à ses deux comparses. »

Ceux-ci l'ignorèrent royalement et il fallut qu'Ali ne sorte un bout de bois, qui était en vérité une baguette magique, pour leur lancer des sorts pour qu'ils daignent avoir une réaction.

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Il les fixait. Il n'avait pas d'yeux, mais il les fixait quand même. Dodo n'avait pas la moindre idée de quelle était cette sorcellerie qui lui donnait la sensation qu'un coffre les observait. Au pied de l'arbre, le blackdog scrutait le nouvel arrivant. Norah, elle, commençait à se calmer pour se concentrer sur le coffre, même si elle continuait de renifler bruyamment. Dodo et le blackdog s'échangèrent un regard. Tous deux étaient sceptiques. Ils se demandaient d'où pouvait bien sortir ce coffre qui se déplaçait sur un millier de petites pattes. A nouveau, ils reportèrent leur attention sur L'Autre. Il était gros et de bois. Rien de plus banal pour un coffre. C'était ses pattes et son air patibulaire qui le rendaient spécial. Ce qui était étrange, c'était que, justement, comment un coffre pouvait-il avoir l'air patibulaire ? Après tout, il n'avait pas de visage pour exprimer cet état de fait.

Dodo vit le poil du blackdog se hérisser et ses oreilles se plaquer sur l'arrière de son crâne. Sa queue fouettait l'air. De ses griffes, il lacérait le sol. Son grognement se fit menaçant. Quelques secondes plus tard, il détalait en couinant de peur et de douleur. Tout s'était passé tellement vite que Dodo n'était pas sur de ce qu'il avait vu. Toutes griffes dehors, le blackdog s'était jeté sur le coffre qui avait évité l'attaque d'un bond gracieux. Puis, à peine avait-il regagné le sol que son couvercle avait claqué, menaçant. Des dents aussi acérées que des rasoirs et une langue rouge écarlate... Tel était l'intérieur du coffre lorsqu'il manqua de se refermer sur la queue du blackdog. Seuls quelques poils du prédateur ne réchappèrent pas à l'attaque du bagage. Étrangement, cela sembla suffisant pour faire fuir le blackdog. « Quelle doudouille, celui-là », pensa Dodo après que le loup soit parti en gémissant. Puis, le coffre, tel un char d'assaut impossible à arrêter, était parti à la poursuite du blackdog. Depuis son perchoir, Dodo pouvait voir qu'il ne faisait aucun détour pour éviter les arbres et les rochers. Non.

C'était eux qui allaient devoir apprendre à s'écarter pour laisser passer le Coffre.

« … Ils... Ils sont partis ? »

Dodo reporta son attention sur Norah. Celle-ci avait les yeux et les joues rougies à cause des pleurs. Un peu de morve coulait de son nez. D'un revers de manche, elle s'essuya. Intérieurement, le corko grimaça de dégoût : plus jamais il ne toucherait à cette manche.

« Dis... Ça arrive souvent à Eldarya que des coffres attaquent des loups à trois yeux ? »

A l'expression de sa maîtresse, Dodo comprenait qu'elle était complètement ahurie par la scène à laquelle elle venait d'assister. Ce qui, à vrai dire, était assez compréhensible. S'il avait pu hausser des épaules ou parler pour dire à Norah que, non, ce n'était pas courant, le corko l'aurait fait. Il n'était pas sorti depuis longtemps de son œuf, mais une chose était sûre pour Dodo : les coffres, ça restait en place et ça ne courrait pas dans tous les sens. Mais il y avait toujours une exception qui confirmait la règle non ?
Norah secoua la tête, comme pour chasser cette pensée de son esprit. Hésitante, elle regarda le sol, loin en-dessous d'elle. Dodo l'entendit déglutir bruyamment.

« … Bon... On va peut-être descendre mais... Comment dire... Comment je fais ? »

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Norah avait mal. Et froid. Et faim. Son portable était inutile. Son ordinateur lui manquait. Un monstre l'avait poursuivi, elle avait échappé à la prison mais pas à l'arrivée dans un nouveau monde. Plus elle y pensait et plus Norah trouvait que c'était à la fois la journée la plus remplie et la plus pourrie de toute sa vie. En gémissant de douleur, la jeune fille se leva et jeta un regard furieux à l'arbre. C'était à cause de lui qu'elle était tombée en descendant de son perchoir. Norah en était convaincue. Puis, se rendant compte de ses pensées, elle secoua la tête.

« J'accuse un arbre de me faire tomber... La folie me guette. »

A coté d'elle, Dodo riait de toutes ses forces. La chute de sa maîtresse et le cri de banshee qu'elle avait poussé avaient été comme le saut dans les champignons : pathétique et ridicule. En le voyant faire, Norah le fusilla du regard. L'œil colérique et l'air menaçant, elle déclara qu'il n'y avait rien de drôle. Sa tentative d'intimidation fut quelque peu gâchée par son sursaut et le cri qu'elle poussa lorsque le Coffre revînt et lui rentra dans les jambes. A nouveau, Dodo repartit dans un grand éclat de rire.

« … Tu... Tu vas pas nous manger hein, demanda Norah au Coffre lorsque les battements de son cœur se furent calmer. »

Si le Coffre avait pu hocher la tête, il l'aurait fait. Sauf qu'il n'avait pas de tête, ce qui rendait donc cette action impossible. Mais quelque chose chez lui, dans son attitude, fit penser à Norah que non, il ne leur ferait rien à elle et Dodo. Tant mieux au fond : qui savait ce qu'était capable de faire un coffre qui s'attaquait à un loup à trois yeux ? Hésitante, Norah tendit la main vers lui et tapota son couvercle, un sourire crispé au lèvres : il ne leur ferait rien, mais elle trouvait tout de même effrayant.

« Bon bah... On va te laisser hein... A une prochaine ! Et merci de nous avoir sauvé la vie ! »

A toute vitesse, Norah ramassa Dodo et tourna les talons dans l'espoir de partir le plus loin possible de ce coffre. Mais celui-ci ne l'entendait pas de cette oreille puisqu'il se planta devant la jeune fille. Norah fit mine de changer de direction mais il la suivit. A nouveau, elle tenta de revenir sur ses pas. Mais rien n'y faisait, à chaque fois, le Coffre se retrouvait sur son chemin. Ce petit manège dura quelques minutes, jusqu'à-ce que Norah perde patience.

« Mais qu'est-ce que tu veux à la fin ?! »

Calmement, le Coffre passa derrière Norah et de son flanc droit, frôla l'arrière de ses genoux pour l'inciter à s'asseoir sur lui. Dodo et elle s'échangèrent un regard hésitant. D'un coté, il était évident que ce meuble à pattes était dangereux : nul doute que lors des prochaines nuits, l'image de ses dents feraient l'objet des cauchemars du loup noir. D'un autre coté, un coffre qui faisait fuir aussi facilement une telle créature ne pouvait qu'être un allié et un protecteur efficace. Et puis, il n'avait pas l'air particulièrement agressif à l'égard de Norah...

« Ok, t'as gagné, soupira-t-elle alors qu'elle passait une jambe par-dessus le Coffre pour s'installer à cheval sur lui. »

Au moment où le Coffre démarra une folle course qui traversait (dans tous les sens du terme) les bois et les rochers, Norah et Dodo comprirent qu'ils auraient mieux fait de continuer à marcher. Mais c'était trop tard pour reculer, à présent. Ils ne pouvaient plus que hurler de peur et craindre pour leur vie à chaque fois que le Coffre fonçait droit devant un arbre.

« Au s'coooooours ! »

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Dans le ciel, le soleil commençait à se coucher. Adossé à un arbre, Ali observait le ciel rosir. Non loin de là, Cumin et la troisième membre de leur groupe entassaient des branches à l'intérieur de la grotte qui leur servirait d'abri pour la nuit. Mais plus important, le Coffre n'était pas encore revenu. En conséquence de quoi ils n'avaient toujours pas de nourriture, ni de sacs de couchage. A ce rythme, ils étaient bons pour manger des insectes et dormir à même le sol. Cette simple perspective fit grimacer Ali. Quant à ses deux compagnons, ils n'en pensaient pas moins.

« Eh, du gland ! Viens allumer le feu, lui cria Cumin. »

A nouveau, Ali grimaça : il avait horreur de l'exaspérante voix nasillarde de Cumin, en particulier lorsque le nain de jardin l'utilisait pour l'insulter. Sans bouger de sa place, le sorcier dégaina sa baguette et l'agita en direction du tas de bois en murmurant un « incendio ». Des étincelles ardentes jaillirent et enflammèrent les branches.

« Au moins, on aura pas froid cette nuit, positiva leur troisième compagne. »

Ce fut à cet instant précis que des hurlements stridents et les bruits tonitruants d'une cavalcade effrénée ainsi que d'arbres et de rochers broyés résonnèrent. N'importe qui d'autre se serait demandé ce qui était en train de se passer. Mais pas Ali et le reste de son petit groupe, non. Eux, ils étaient habitués. Ce genre de bruits leur était aussi familier que le serait le chant des violons pour un chef d'orchestre.

« Le Coffre revient pile au bon moment, s'exclama Héli en tapant joyeusement dans ses mains. Et visiblement, il nous ramène du monde avec lui ! »

Comme à l'accoutumée, Héli affichait un sourire niais éblouissant. Depuis le temps, Ali pensait qu'il aurait dû s'habituer à la bonne humeur constante de la jeune femme. Mais non, il n'y arrivait pas. Soudain, d'entre les buissons, le Coffre jaillit dans un bruit de tonnerre. Cramponnés à son couvercle et hurlant comme des banshees, se tenait un drôle de lézard vert et une adolescente aux longs cheveux cendrés, à la peau blanche et aux yeux couleur opale. Et comme le ferait un petit chien (psychopathe, le petit chien), le Coffre s'ébroua pour se débarrasser du poids de ses deux passagers avant d'aller se frotter aux jambes d'Héli pour réclamer des caresses.

Une vague de compassion submergea Ali : la fille aux cheveux cendrés et son lézard avaient chevauché le Coffre pour la première fois de leur existence. Ils avaient forcément souffert et craint pour leurs vies : chevaucher le Coffre, c'était comme de faire du rodéo, les traversées de murs et de tout obstacles sur le chemin en plus. Ali le savait car il avait lui-même ressentit ces sentiments lorsqu'on l'avait obligé à monter sur le couvercle de cette créature infernale. Pour cette raison, il fut bien le seul à aller aider la jeune fille à se lever et à lui demander si elle se sentait bien malgré la chute.

« Je... O-Oui, bafouilla-t-elle en s'éloignant prudemment du Coffre.

- Mademoiselle ? »

La jeune fille aux cheveux cendrés sursauta et se tourna vers son interlocuteur. Cette fois, ce n'était pas Ali qui avait parlé. Mais Héli. Intérieurement, le sorcier soupira. Et voilà, c'est reparti, songea-t-il. C'était toujours pareil avec Héli. Il fallait toujours que sa voix mélodieuse hypnotise les gens qu'ils rencontraient. A son approche, tous se retournaient. Elle rayonnait d'une beauté angélique et éthérée, le genre qui n'avait nul besoin des artifices du maquillage pour rayonner. Ses boucles d'or aussi douces que de la soie reflétait la lumière du soleil et lui conférait des airs d'ange. Parfois, telle une mannequin d'une pub l'Oréal, il arrivait à Héli de se lancer dans des mouvements de cheveux spectaculaire dans l'unique but de mettre sa chevelure en valeur. Son visage lui, semblait être taillé dans le même marbre que celui des statues grecques. Avec ses formes généreuses, elle aurait parfaitement pu être une bimbo vulgaire et allumeuse, mais elle n'en jouait pas et restait de ce fait un modèle de pureté. Ses lèvres roses et pleines étaient à elles-seules une invitation au baiser. Une aura d'extrême pureté se dégageait d'elle. Pourtant, en totale opposition avec celle-ci, ses yeux, à la couleur d'un couché de soleil sur un mer d'émeraude, reflétaient une immense tristesse ainsi qu'une profonde solitude. A la vue d'un tel regard, n'importe qui aurait souhaité s'approcher de cette jeune fille, qui avait tout de la perfection incarnée, et de devenir son ami et de lui rendre le sourire.

« Vous vous sentez bien, j'espère ? »

La jeune fille entrouvrit la bouche, soufflée par l'intervention de la propriétaire du Coffre. Rencontrer Héli faisait toujours cet effet là, la première fois.

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Spookie considérait qu'il avait eu une chance incroyable de semer le Coffre. Il n'aurait pas su dire comment il avait fait mais au moins, il avait réussi. Et ça, c'était le principal. Le blackdog lâcha un long râle de douleur tandis qu'il léchait sa queue meurtrie. Pour eux, il n'y avait rien de plus douloureux que l'arrachage des poils à cette endroit précis. Pour un deux pattes mâle, cela revenait à se faire mordre cette chose entre leurs « jambes » dont ils étaient si fiers. La queue des blackdogs était extrêmement sensible.

Puis, tandis que la douleur refluait, une pensée traversa l'esprit de Spookie. Le début de la fin était proche, songea-t-il. Le Grand Destructeur Coffresque Démoniaque de la Mort de Civilisations était apparu. La prophétie allait se réaliser. En effet, chez les blackdogs, une légende se transmettait de génération en génération, faisant trembler de peur les louveteaux. On disait que dans un jour lointain, un coffre maléfique jaillirait du néant profond et sèmerait dans son sillage mort et désolation. Jusqu'ici, Spookie avait toujours pensé que ce n'était qu'une histoire à dormir debout. Puis, il L'avait vu. Cette rencontre avait été à la fois la plus belle peur de sa vie et une révélation. Désormais, le blackdog était bien décidé à rentrer chez lui puis à se vouer au culte du Grand Destructeur Coffresque Démoniaque de la Mort de Civilisations comme tous ses confrères, afin que celui-ci les épargne lorsque le jour du Jugement Dernier viendrait. Il s'y vouerait corps et âme !

Oui, c'était un excellent programme, songea Spookie. Son estomac grogna bruyamment. Mais même si cet emploi du temps était parfait, cela ne changeait rien au fait qu'il avait toujours faim. Et qu'avec sa rencontre avec le Grand Destructeur Coffresque Démoniaque de la Mort de Civilisations, son repas était resté dans l'arbre. S'il l'avait pu, Spookie se serait probablement arraché les cheveux. Soudain, un bruit dans les fourrés à sa droite attira son attention. Méfiant, le blackdog s'approcha et tomba nez-à-nez avec un crysalm endormi. Le bruit était en fait les ronflements du familier. Au cou du crysalm, Spookie remarqua que quelqu'un y avait noué un collier avec une plaque qui déclarait « Appartient à Merry du Refuge d'Eel, si vous le retrouvez, veuillez le lui rapporter ».

A cette vue, le blackdog haussa le sourcil qu'il n'avait pas tandis qu'une grimace qui pouvait être assimilé à un sourire dévoila ses grandes dents. La chance lui souriait enfin. Et tant pis pour ce "Merry" pas fichu de garder son familier avec lui! Car Spookie avait faim.

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Anecdote inutile : Le prénom « Ali » vient de ma toute première partie dans Pokémon Rouge Feu. En effet, j'avais nommé mon héroïne ainsi. D'ailleurs, Ali aurait dû être une fille dans cette fiction mais comme je trouvais que ça manquait d'homme dans l'équipe des bras cassés, j'ai changé d'avis.

Anecdote inutile (bis) : Le titre du chapitre est une référence à la Belle et la Bête mais aussi à Fable 2 et 3 dans lesquels le héros du jeu doit affronter « Chesty » (« Coffrounet » en VF), un coffre psychopathe, pendant des quêtes secondaires.

Anecdote inutile (3) : La description d'Héli était chiante à écrire. Pourquoi ? Parce que je ne sais pas si j'en ai assez fait, sachant que c'est une Mary Sue.