Chapitre 5 – Le Camping à la Blanquette

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« Valkyon et moi, on marchait depuis un moment lorsqu'on les a rencontrés. On allait vers le sud et eux, vers le nord. Et comme on marchait sur la même route, c'était obligé qu'on les croise. Ils étaient franchement bizarres ! Comme on te l'a dit avec Ykhar, il y avait leur coffre à pattes. Mais pas seulement ! Il y avait un type en noir qui nous menaçait avec un bout de bois, une grande perche trop, trop belle et une saleté de gnome vicieux. Et je t'assure Miiko, c'était vraiment un gnome vicieux ! La première chose qu'il m'a demandé quand il m'a vu, c'était si je voulais « m'asseoir sur son gros chapeau pointu » ! J'étais tellement choquée que sur le moment, j'ai pas réagis. Ensuite, Valkyon a remarqué cette humaine là... Tu sais, Norah. Que vient faire Norah dans cette histoire me diras-tu ? Bah en fait, va savoir comment, les cinglés au coffre l'ont trouvé et embarqué avec eux. Valkyon lui a demandé si elle allait bien, elle a dit que oui, il lui a dit qu'elle devait rentrer à Eel et que ce qu'elle avait fait n'était pas raisonnable, elle lui a répondu... Elle ne lui a rien répondu. La grande perche trop belle, qui s'appelle apparemment Héli, ne lui en a pas laissé le temps : Héli lui a demandé qui on était, Norah, elle, elle a dit que Valkyon était un des chefs de garde d'Eel dont elle lui avait déjà parlé et qu'elle ne voulait pas retourner à Eel. Jusque là, cette Héli, elle m'avait parut plutôt gentille... Mais d'un coup, son visage s'est fermé et elle nous a regardé d'un air trop menaçant. Puis, d'un coup, comme ça, sans prévenir, elle a crié « lâchez le Coffre ». J'ai eu la plus belle peur de ma vie. On a essayé de se défendre, je te jure, mais ce coffre a carrément bouffé l'épée de Valkyon ! Et ma magie ne lui faisait pas grand chose... Alors, on a décidé de fuir. Mais même là, on a eu du mal à le semer : il passait au travers des arbres et des rochers comme si c'était de l'air ! »

Un silence s'installa dans la pièce. Après avoir entendu le récit d'un tel fiasco, Miiko essaya tant bien de ne pas aller se fracasser le crâne contre le bois de son bureau. « Positivons », se dit alors la kitsune, « Norah n'est pas perdue et a trouvé le moyen d'avoir pour allié un coffre tueur... Qu'est-ce qu'elle risque avec un garde du corps pareil ». Puis, la partie pessimiste de Miiko lui signalait que techniquement, tout pouvait arriver à Norah en présence d'un tel coffre : et si celui-ci décidait soudainement que l'humaine ferait un repas tout à fait correct ? Aussitôt, la kitsune secoua la tête pour chasser ces pensées : « penser POSITIF », se répétait-elle inlassablement.

« Et Valkyon ? Pourquoi n'est-il pas avec toi, finit par demander Miiko en fronçant les sourcils : il était étrange que ce soit Alajéa et non le chef de garde qui vienne lui faire son rapport. »

Alajéa sembla soudainement très embarrassée. Elle se mordillait l'intérieur de la joue tout et se dandinait sur place, l'air de ne pas savoir sur quel pied danser.

« Qu'est-il arrivé à Valkyon, insista Miiko.

- Pour semer le coffre et que j'arrive à revenir, on a dû se séparer... La dernière fois que j'ai vu Valkyon, il venait de grimper dans un arbre et se la jouait à la Tarzan pour échapper au coffre démoniaque. »

Parfois, Miiko pensait qu'Ykhar devrait s'abstenir de faire circuler des romans humains. Ça éviterait les comparaisons bizarres entre Valkyon et un homme élevé par des singes. L'image du chef de garde en Tarzan fit tout de même son chemin dans l'esprit de Miiko. Un fou rire hystérique la prit et son poing frappa son bureau, comme si elle venait d'entendre une blague hilarante. De son coté, Alajéa fixait sa supérieure avec l'air inquiet de celle qui se demande s'il faut appeler le gentil monsieur en blanc pour s'occuper de la dite-supérieure.

Puis, le fou rire de la kitsune se stoppa brusquement, au moment où Miiko se cogna la tête contre le bureau.

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Avec une attention parfaite, le petit groupe écouta la symphonie des arbres et rochers fracassés par le Coffre qui résonnait dans le lointain. Au bout de quelques instants, Norah prit la parole.

« Ce n'était pas un peu... Extrême ?

- Pas du tout, déclara Héli en hochant la tête comme un grand sage ayant tout comprit à la vie.

- Bon. Et maintenant que les deux abrutis sont partis, demanda Cumin en scrutant le paysage aux alentours. »

Les différents membres du petit groupe s'échangèrent des regards. Personne ne savait où aller. Pourtant, c'était une question très importante... Mais elle n'avait pas vraiment de réponse : ils venaient d'arriver dans cet univers et le seul lieu où ils auraient pu aller, c'était Eel. Mais au moment où Héli avait lâché le Coffre, la décision de la jeune femme était très claire et inébranlable : ils n'iraient pas à Eel. Ce fut finalement Ali qui proposa la solution habituelle à cette question lorsqu'ils arrivaient dans un autre monde :

« On a qu'à suivre le sens du vent.

- Ouais, faisons ça.

- Ça nous changera pas de d'habitude. »

Alors qu'ils se remettaient en marche sans le Coffre, Norah arriva à la hauteur d'Héli.

« Mais... Et le Coffre ? On ne l'attend pas ? »

La gothique hocha négativement la tête. Selon elle, le Coffre avait la capacité innée de toujours la retrouver. Et s'il arrivait à retrouver Héli, alors il retrouverait forcément le reste du groupe. Décidant de ne pas chercher à savoir comment le Coffre pouvait bien s'y prendre pour les rejoindre (peut-être les cherchait-il à l'odeur ? Non... Il n'avait pas nez pour sentir quoi que ce soit... En cherchant les traces de leur passage ? Mais il n'avait pas d'yeux pour ça!), Norah lui posa une autre question qui la turlupinait.

« Vous suivez souvent le « sens du vent » ?

- Tout le temps ! Je te jure quand on vient d'arriver dans un nouveau monde, on passe notre temps à suivre le vent.

- Et si vous vous retrouvez dans un endroit où il n'y a pas de vent ?

- On y va au hasard. »

Norah se stoppa dans sa marche, les deux sourcils haussés : mais suivre le sens du vent, à la base, c'était déjà y aller au hasard, non ? Où était la différence ? Lorsque Ali lui dit d'accélérer le pas, la partie rationnelle de son cerveau décida d'arrêter de chercher à comprendre la logique de ce groupe. Elle n'en était plus à ça de près, après tout.

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Pendant que d'autres suivaient le vent, Miiko constatait que son crowmero revenait enfin d'Alanathème avec la réponse d'Amelia Draconis. Elle lu la missive une fois. Cligna des yeux avec incompréhension. La relu encore une fois pour être sûre d'avoir bien lu. Un tic nerveux secoua son sourcil gauche. Un rictus faussement joyeux étira ses lèvres. Elle avait bien lu. Ses joues qui rougissaient de seconde en seconde indiquaient la colère montant à l'intérieur de la kitsune. N'importe qui l'ayant vu ainsi se serait attendu à voir de la fumée sortir de ses oreilles. Prudemment, comme s'il craignait de faire exploser une bombe atomique, Jamon posa une main apaisante sur l'épaule de Miiko. Aussitôt, la kitsune se redressa en hurlant de rage, son regard enflammé, tandis que de véritables flammes bleues jaillissaient de son sceptre, la lettre chiffonnée dans dans sa main. De nombreux gardiens pensaient que Miiko était la réincarnation de toutes les féroces déesses que les humains avaient inventé.

Surpris, Jamon se recula précipitamment, pour ne pas dire qu'il se jeta presque sous le bureau pour échapper aux flammes de sa supérieure.

« Je-la-HAIS ! »

Cette phrase résumait sa relation avec Amelia.

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Ce soir-là, Valkyon rentra à Eel, épuisé, mais en un seul morceau. Miiko comptait renvoyer une autre équipe de gardiens à la recherche de Norah et de ses étranges compagnons : il était hors de question de laisser perdue dans la nature une petite humaine, même si celle-ci avait un coffre psychopathe pour garde du corps. Pendant ce temps-là, le petit groupe installait leur camp pour la nuit. Norah ne le savait pas encore mais la scène à laquelle elle assistait allait devenir habituelle : Cumin préparait le repas, Ali sécurisait la zone et Héli s'occupait des sacs de couchages ainsi que d'aller chercher du bois pour le feu. Le Coffre lui, restait avec Cumin : il transportait un certain nombre de denrées alimentaires. Voyant qu'Ali et le nain de jardin n'avaient pas vraiment besoin d'aide, Norah et Dodo allèrent avec Héli.

« Au fait, tu ne m'as pas dis comment tu es arrivée ici, lui demanda Héli pour faire la conversation.

- Eh bien... Je suis passée par un cercle de sorcière. Tu sais, un cercle formé par des champignons, précisa Norah lorsque Héli lui jeta un regard interrogateur. Je m'en suis approchée puis des lucioles sont apparues. Il y a eu un grand flash et l'instant d'après, j'étais à Eldarya.

- Je vois.

- Et toi ? Comment tu as eu ton bracelet bizarre ?

- Le transporteur ? On me l'a donné, répondit évasivement Héli. »

Sentant que la gothique ne s'étendrait pas plus sur le sujet, la jeune fille lui posa une autre question.

« Je t'ai souvent vu t'asseoir sur le Coffre pour écrire dans un carnet... Pourquoi ?

- Quand j'étais petite, mon grand frère m'a offert un journal intime en disant que c'était bien une activité de fille, d'écrire dans un journal. J'ai commencé à ce moment là et depuis, je n'ai jamais arrêté. Et je ne me vois pas arrêter : regarde la vie que j'ai ! J'ai plein de choses à raconter, s'exclama Héli avec un grand sourire lumineux. Avec tout ce qui est arrivé depuis le début de mon voyage, j'aurais de quoi écrire un roman ! Toute une série même !

- Tu as dû en voir, des choses.

- Tu n'as pas idée ! L'un des mondes que j'ai préféré visité, c'était Bionis. Là-bas, il y avait des marais qui étaient surnommés « marais enchantés ». Sur le moment, quand je les ai vu, je n'ai pas compris pourquoi : je n'y voyais que de la boue, des ruines, de la brume et des arbres morts. Je pensais les quitter rapidement mais des marchands ambulants qui avaient établi un camp là-bas m'ont dit de rester jusqu'à la nuit pour comprendre le surnom. Je suis restée et c'était l'une des plus belles choses que j'ai jamais vu ! Les arbres brillaient, la brume avait l'air de luire... C'était magnifique. Le Mont Valak aussi, c'était pas mal. Il y faisait très froid, il y avait plein de neige et des grands cristaux s'y élevaient. La nuit, ces cristaux brillaient. L'autre région de ce monde que j'ai adoré, c'était la mer d'Eryth. J'ai rarement vu d'eau plus bleue et pure. Il y avait plein de plantes colorées et de petites plages de sable. Avec Ali, Cumin et le Coffre, on a passé nos journées à nous baigner quand on y était. Et puis est venue la nuit. Aah, la nuit près de la mer d'Eryth... Je me souviendrais toujours de cette fois où il y a eu une pluie d'étoiles filantes. »

Un sourire nostalgique prit place sur les lèvres d'Héli tandis qu'elle se rappelait tous ces paysages enchanteurs. Près d'elle, Norah ne put s'empêcher de sourire : la bonne humeur de la gothique était contagieuse. Une pointe d'envie la titilla. La jeune fille aurait voulu voir toutes ces choses, elle aussi.

« J'ai vu des tas de belles choses, mais il y en a d'autres qui l'étaient moins, s'assombrit soudain Héli.

- Comme ?

- Par exemple, avant qu'on ne rencontre Ali et Cumin, le Coffre et moi, nous nous sommes retrouvés dans une ville nommée Dunwall. Une épidémie de peste décimait la population... Il y avait des rats, des corps emballés dans des sacs partout et des gardes les jetaient dans la mer pour s'en débarrasser ou les brûlaient. Une fois, j'ai croisé ce qu'ils appelaient des « geignards ». C'était des malades, tellement atteint par la maladie, qu'ils avaient étaient devenus agressifs et avaient perdus la raison... C'était affreux. »

Le silence s'installa. Dodo songea que ce récit avait jeté un froid.

« Je... J'imagine que tout ne peut pas être parfait partout...

- Oui, je sais. Mais ça m'a fait de la peine de voir tous ces pauvres gens chercher à manger ou pleurer un membre de leur famille atteint de la peste... »

A nouveau, le silence s'installa. Norah s'approcha d'Héli et posa une main réconfortante sur son épaule, avant de se figer de stupeur. La gothique lui offrit un pâle sourire puis s'éloigna pour rejoindre Ali, Cumin et le Coffre. Norah elle, frissonnait. Pas de peur, comme elle l'avait fait face au blackdog, mais de froid. Les yeux écarquillés, elle baissa les yeux vers la main qui avait touché l'épaule d'Héli. Le regard de la jeune fille se tourna vers la gothique. A nouveau, elle observa sa main et cligna des yeux sans savoir si elle avait rêvé ou non. Lorsque Norah avait touché Héli, le froid s'était insinué en elle. La sensation d'être prise dans un étau de glace lui avait noué les entrailles l'espace de quelques secondes. Puis, tout était redevenu normal.

« A taaaable, s'écria Cumin, tirant Norah de ses pensées. »

Dodo et elle sursautèrent avant de rejoindre le petit groupe. Le bois amassé fut jeté dans le feu allumé par Ali, pendant que Cumin servait tout le monde. Le ventre de Norah grogna lorsqu'elle aperçut le contenu de son bol : du riz, un peu de carotte, d'herbes aromatiques et de la viande, le tout recouvert d'une délicieuse sauce onctueuse à souhait. L'odeur n'avait rien à envier à la vue du plat. Près d'elle, Dodo grignotait ses œufs sucrés. Tandis qu'elle goûtait à son repas et que les conversations reprenaient, elle oublia totalement la sensation de froid dévorant qui l'avait saisi lorsqu'elle avait touché Héli.

Ce fut un moment relativement calme et pour un peu, Norah se serait presque cru dans son monde, à faire du camping avec une bande de potes un peu fous. Ainsi, ce soir-là, elle en apprit un peu plus sur Cumin, qui se fit une joie de lui raconter son histoire.

« Au départ, j'étais un tas d'argile tranquille qui n'avait pas demandé à devenir un nain de jardin. J'étais bien moi, au chaud dans la terre. Mais bon, je suis devenu un nain de jardin, alors ça prouve que je suis passé par la case four à mille degrés. Et c'est là que cet abruti de Brian est arrivé ! Il nous a acheté ! Moi et mes quarante-neuf frères ! Ce mec était complètement timbré, c'est moi qui vous le dit. Il passait ses journées à dire qu'on était ses seuls amis et qu'il n'y avait que nous qui le comprenions... C'te bonne blague ! A l'époque, on pouvait pas lui dire qu'on le détestait : on était pas encore animé.

- Cette époque bénie où il ne parlait pas, murmura Ali à l'oreille de Norah ce qui fit pouffer la jeune fille.

- J't'ai entendu, du gland, s'écria le nain avant de lui lancer sa louche à la tête. Mais bon, Brian aura été utile : c'est grâce à lui qu'on a pu devenir vivants. Grâce à lui et à l'idiote qui sert de reine à mon pays natal, ricana-t-il en reprenant son récit.

- Qu'est ce que cette reine vient faire dans cette histoire, demanda Norah en haussant un sourcil.

- En fait à l'époque, la Hilda, elle n'était pas encore reine. C'était juste une princesse qui essayait de rassembler des partisans pour jarreter son frère du trône. Un brave type, d'ailleurs, ce Logan. J'aimais bien lorsqu'il faisait exécuter des travailleurs venus se plaindre des taxes. Toujours est-il que pour gagner des partisans, cette chère Hilda s'amusait à rendre service à un peu n'importe qui. Dont Brian. Il lui a demandé de lui ramener la gargouille qui lui servirait à nous donner la vie... Ce qu'elle a accepté. »

A nouveau, Ali se pencha à l'oreille de Norah pour lui murmurer un « malheureusement ». La seule et unique raison pour laquelle Cumin ne lui lança pas d'autre ustensile de cuisiné était qu'il n'en avait pas sous la main. Tant pis, songea le nain, il frapperait Ali avec une poêle plus tard.

« Alors au début, on a été sympas avec Brian, le temps que cette crétine d'Hilda s'éloigne. Puis, la vraie vie a commencé ! On s'est tous dispersés en Albion et nous avons enfin pu dire à tous ces crétins peuplant le pays ce qu'on pensait d'eux ! Mais bon, bien sur, ce sombre idiot de Brian était pas content qu'on se soit fait la malle, alors il a envoyé Hilda nous chercher. Presque tous mes frères sont retournés chez Brian. Et à l'heure qu'il est, cette idiote d'Hilda doit encore être en train de me chercher. Sérieusement, l'insulter, c'est super, mais l'imaginer rager parce que je suis l'un des derniers nains de jardin animés et qu'elle ne me trouve pas, c'est juste carrément jouissif. Et savoir qu'elle ne risque pas de me retrouver, ça l'est encore plus, ajouta le nain avant de rire à gorge déployée.

- En un mot, tu as rejoins la troupe juste pour emmerder Hilda, résuma Norah.

- Exactement. Tu comprend vite, t'es peut-être pas si cruche que ça en fait. »

Le reste de la soirée se passa de la même manière. Ali et Cumin s'envoyaient des piques, Norah essayait d'en savoir plus sur eux, Dodo écoutait simplement, Héli souriait en les observant avant de retourner à l'écriture de son journal et le Coffre était tout simplement lui-même. Puis vînt le moment de dormir. Tous se glissèrent dans leurs sacs de couchage, sauf Cumin, qui alla directement s'allonger à l'intérieur du Coffre. Épuisée, Norah ne tarda à s'endormir, Dodo blotti dans les bras. Ce fut un rêve très perturbant qui la tira très tôt de son sommeil. L'esprit encore embrumé de sommeil, elle tentait tant bien que mal d'assimiler l'image mentale d'Ezarel dansant le flamenco avec une rose dans la bouche. C'était le clin d'œil charmeur que lui avait adressé l'elfe danseur qui avait fait sursauté Norah, la poussant à se réveiller brusquement. Certains, lorsqu'ils se retrouvaient dans des situations aussi invraisemblables qu'elle, avaient les visions cauchemardesques de ce que leur réservait l'avenir ou une quelconque prophétie les destinant à devenir l'élu sauveur du monde. D'autres faisaient des songes tout à fait normaux et illogiques, incluant parfois un individu honni en pleine démonstration de flamenco.

Fatiguée, Norah secoua la tête avant de scruter les alentours. Cumin et Ali dormaient encore. Et au bruit de ses ronflements, le Coffre devait être tout aussi endormi. Seule Héli manquait à l'appel. Surprise par cet état de fait, Norah lutta contre le sommeil et s'extirpa de son sac de couchage.

« Héli ? Héli, tu es où, appela-t-elle en s'éloignant du camp. »

Mais personne ne lui répondait. Elle s'éloigna encore un peu avant de reprendre ses appels. Cette fois-ci, Norah cru discerner quelque chose. La jeune fille se stoppa et écouta plus attentivement. Elle cligna des yeux, surprise. Ce n'était pas la voix d'Héli qu'elle avait entendu, mais quelqu'un d'autre. Quelqu'un d'autre l'appelait. L'un des chefs de garde, peut-être ? Ou un des gardiens d'Eel ? Non, décida Norah lorsqu'elle entendit encore son nom. Il n'y avait personne aux alentours. Mais on l'appelait quand même. La voix désincarnée qui l'appelait résonnait directement dans son crâne, sans prendre la peine de passer par ses oreilles. Les appels se furent plus forts, plus insistants. Si au départ, Norah les ignorait (c'était peut-être quelque chose de dangereux), elle en fut bientôt incapable. Au bout de quelques instants, la jeune fille se retrouvait même à chercher d'où provenait cet appel. Elle ne contrôlait plus son corps. Ses jambes bougeaient toutes seules pour l'emmener près d'un cours d'eau. Là, elle s'arrêta. L'appel était plus fort que jamais et provenait de sous ses pieds. Tremblant légèrement, Norah se laissa tomber au sol. Ses mains agirent toutes seules, grattant et creusant la terre. Les appels se faisaient plus forts, plus encourageants encore, la poussant à creuser plus. Puis, soudain, tout s'arrêta. Les appels se stoppèrent et Norah reprit le contrôle de son corps. Là, dans la terre, des briques d'or décorées de runes luisaient doucement sous les rayons du soleil matinal.

« Norah ? Qu'est-ce que tu fais ici ? »

Elle sursauta presque en reconnaissant la voix d'Héli et se retourna pour tomber sur une belle rousse flamboyante aux yeux verts comme des émeraudes et aux formes généreuses mises en valeur par des vêtements excessivement courts.

« Je... Je te cherchais. Je me demandais où tu étais passée.

- C'est simple, miss. Vu qu'il y a une rivière ici, j'ai profité que ces messieurs dorment encore pour me laver. J'ai confiance en Ali mais je suis sûre que Cumin ne se priverait pas pour venir joueur au voyeur s'il le pouvait.

- Ah je vois. »

Le regard d'Héli tomba sur les mains pleines de terre de Norah avant d'observer le trou creusé. Bien sur, la rousse vit les briques d'or. Elle fronça les sourcils.

« Qu'est-ce que c'est ?

- Je ne sais pas... J'ai eu l'impression qu'on m'appelait et que l'appel venait de sous la terre, à cet endroit. J'ai creusé et... Je suis tombée sur ça.

- Bizarre.

- Peut-être que c'est un truc magique ? Après tout, je suis bien arrivée par ici par magie alors, je me dis que ça doit être possible... »

Héli en répondit pas tout de suite, se contentant de scruter les briques d'or visibles.

« C'est possible. Il faudra demander à Ali. C'est lui le spécialiste de la magie. On lui demandera quand il sera réveillé. »

Les deux filles hochèrent la tête, toutes deux d'accord. Ce ne fut que lorsque Norah eu nettoyé ses mains dans l'eau de la rivière qu'elles rejoignirent leur camp.

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Anecdote inutile : L'idée d'Ezarel dansant le flamenco avec une rose dans la bouche dans le rêve de Norah est inspiré de la première partie d'Adventure Time à laquelle j'ai participé. En effet, dans l'une des étapes du jeu (j'avais d'ailleurs perdue la partie à ce stade du jeu), il était question d'un duo de danseurs de flamenco et les autres joueuses ont imaginé Ezarel à la place de l'un des deux danseurs. :D

Anecdote inutile (bis) : Quand il raconte sa vie, Cumin évoque un four à mille degrés. En effet, parce qu'il est en argile, il a été cuit deux fois à cette température : une fois qu'une sculpture d'argile est façonnée, il faut la laisser sécher pendant plusieurs jours avant de la faire cuire une première fois dans un des fameux fours à mille degrés. Une fois qu'il a cuit et refroidit, il faut le peindre. Ou plutôt l'émailler (oui, car la peinture utilisée en poterie s'appelle en fait de « l'émaille »). Et pour que l'émaille prenne son aspect brillant et lisse, il faut le refaire cuire une fois à mille degrés. Après ça, il n'y a plus qu'à attendre que ça refroidisse et la sculpture est prête. Bref, tout ça pour dire que j'ai fais de la poterie quand j'étais gamine.

Les deux mondes qu'Héli raconte avoir visité sont ceux de Xenoblade Chronicles et de Dishonnored.