Titre : Ténèbres

Auteur : Iliria

Rating : M

Résumé du chapitre précédant : Après s'être disputée avec ses parents, Selena Jingles décide de prendre un appartement en ville... Justement Draco aussi !

Enfin l'avant-dernier chapitre ! Le dernier est corrigé, il arrivera bientôt ! Merci pour votre patience et merci à ma Yebbeka qui me corrige toujours aussi bien ! Bonne lecture...


Chapitre 3 : Incendie

POV Draco

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les Ténèbres aiment le feu. Non pas pour sa lumière et sa chaleur, bien entendu, mais elles apprécient dans les flammes leur aspect définitif. Quelque chose qui a été brûlé est détruit et il est impossible de réparer les dégâts causés par un incendie. Pour un sorcier, me direz-vous, ce n'est pas impossible ! Évidemment, la magie permet de réparer ou de recréer les objets perdus mais ce ne sera jamais exactement la même chose et il restera toujours quelque chose d'un incendie, ne serait-ce qu'une sinistre odeur de brûlé ou un horrible souvenir.

Le Seigneur des Ténèbres utilisait peu le feu, ce qui était une erreur d'après moi. Il disposait pourtant d'une arme redoutable : le feudeymon, l'incendie qu'aucune magie ne peut arrêter. Mais la Mage Noir préférait vaincre par la terreur et l'Avada Kedavra plutôt que par la destruction totale. Cependant, il est certain que si un feudeymon était utilisé de nos jours, on l'attribuerait immédiatement à un ancien Mangemort, ne serait-ce que parce que Vincent Crabbe en a déclenché un dans la Salle sur Demande de Poudlard, ce qui prouve bien que le Seigneur des Ténèbres apprenait ce redoutable sortilège même à ces apprentis. Mais un feu normal, qui s'en soucierait ? Personne ne voudrait voir là un acte criminel, ne serait-ce que par peur d'y apercevoir le retour d'un Mage Noir. On balaiera les cendres et on se hâtera d'oublier l'incident.

De longues flammes rouges et oranges léchaient la grande maison. On n'entendait aucun autre bruit que celui du bois gémissant, craquant et cédant enfin. Pourtant, il y avait deux personnes dans cette maison. Deux personnes très chères au cœur de ma Selena.

Cela fait cinq mois que nous habitons ensemble, Selena et moi. Ses appréhensions ont disparu avec le temps. Je crois même pouvoir dire qu'elle est heureuse. Ce n'est pas ce que j'attends d'elle, bien entendu, mais c'est un début vu que je suis au centre de ce bonheur. Elle adore cet appartement et met beaucoup de temps et d'énergie à l'arranger, à cuisiner ou juste à s'y prélasser. Cela m'arrange bien car je partage tous ces moments avec elle. Au contraire de ses amis qu'elle délaisse. Elle ne leur a toujours pas dit qu'elle vivait avec moi et refuse donc de leur montrer le lieu où elle vit désormais. Vexés, ses amis la boudent et le plus drôle c'est que ça n'a pas l'air de la perturber beaucoup.

Mais aujourd'hui va être un jour très spécial pour elle, et donc pour moi aussi. Il restera gravé dans sa mémoire probablement comme le jour où tout a basculé. Tant mieux, c'est exactement ce que je veux. Commence ta descente aux enfers, ma petite Selena, je t'y attends.

Aujourd'hui, ou plutôt cette nuit, des lointains voisins moldus des parents de Selena ont entendu du bruit pendant leur sommeil. Ils se sont levés, encore endormis et pressés de se recoucher, et ont regardé par leur fenêtre. Au début, ils n'ont rien vu. Tout simplement parce qu'il n'y avait rien à voir. La maison de M. et Mme Jingles n'étaient plus qu'un tas de cendres. Affolés, les voisins se sont précipités dehors puis sont rentrés tout aussi vite pour appeler les pompiers. Ces derniers sont arrivés et ont constaté... que l'incendie avait détruit de fond en comble la maison des Jingles. La nouvelle n'est parvenue qu'au matin dans le monde sorcier. Des enquêteurs sorciers se sont précipités sur les lieux pour faire finalement le même constat que les pompiers moldus. Il n'y avait plus rien.

« Mais c'est impossible ! M. et Mme Jingles avaient bien un système de protection contre les incendies ! » a-t-on protesté.

« Ils en avaient bien un. Mais qui ne fonctionnait qu'avec les feux magiques car ils pensaient être en mesure de régler les incendies normaux eux-même, on suppose. » A répondu l'équipe d'enquêteurs sorciers.

« Alors ils sont morts d'un simple accident ? » s'est-on écrié.

« Hélas oui. Apparemment, Mme ou M. Jingles s'est préparé un thé puis l'a oublié sur le feu. Ils sont montés se coucher. Le feu a atteint un torchon qu'on avait posé non loin et c'est de là que tout est parti. »

« Ils ne se sont pas réveillés ? »

« Il est probable qu'ils soient morts dans leur sommeil, étouffés par le gaz carbonique. »

« Vous êtes sûr que c'est vraiment accidentel ? »

« Aussi sûr qu'on peut l'être. » a déclaré le chef de la brigade d'enquête.

Et ça s'est arrêté là. Les journalistes, déçus de n'avoir rien de plus croustillant à se mettre sous la dent, s'en sont allés et ont casé la nouvelle en dixième page, dans un petit encadré en bas à droite. De toute façon, la famille Jingles était restée totalement neutre lors de la venue de Voldemort, terrés chez eux, ils n'en ont plus bougé. Pourquoi un ancien Mangemort s'en prendrait-il à eux ? Et puis tout le monde sait bien que tous les Mangemorts ont tous été capturé. C'est juste un bête accident.

Et Selena dans tout ça ? Effondrée, effrayée, choquée, perdue, ... D'abord, elle n'a pas voulu le croire, il a fallu qu'elle se rende sur les lieux pour le constater par elle-même. Ensuite, elle a bien dû confirmer que ses parents ne possédaient pas d'alarme magique ou moldue contre les incendies normaux. Enfin, elle est rentrée à l'appartement et s'est enfermée dans sa chambre.

C'est alors que j'ai décidé d'entrer en scène. J'ai frappé doucement à sa porte. Elle n'a pas répondu mais je suis entré quand même. Elle était assise sur le lit, les yeux grands ouverts, hébétée. Je me suis assis à côté d'elle. Un long moment de silence s'est écoulé puis elle a murmuré avec difficulté.

« Ce n'est pas vrai, hein Draco ? »

J'ai passé un bras autour de mes épaules et ai répondu :

« Je suis désolé. » C'était une formule de convenance. Pour elle, cela signifiait que, oui, ses parents étaient bien morts. Pour moi, on pourrait croire que je regrettais vaguement mon acte si cruel. Et bien non, je ne regrettais rien de tout. Bien au contraire, je me délectais de sa souffrance. Si vous aviez pu voir son visage en cet instant ! Décomposé, anéanti et pourtant magnifique, sublime. Une pure merveille que seuls mes yeux pouvaient contempler. Deux vies perdues valaient bien ce visage. J'aurai tué mille fois plus pour admirer encore cette statue de grâce et de douleur.

Je restais longtemps ainsi, à la bercer. Puis je me levai doucement pour lui préparer une tasse de thé. Ses doigts s'accrochant désespérément à moi me ravirent au plus au haut point mais je me devais de jouer encore un peu la comédie avec elle, de jouer les personnes normales très attristées qui veulent la voir s'en sortir. Bientôt, bientôt ma Selena...

Aussitôt qu'ils apprirent la terrible nouvelle, ses amis la bombardèrent de lettres pour savoir comment elle allait (question stupide !) et surtout où elle était pour qu'ils puissent venir la voir. Je cachais les lettres le premier jour. Elle ne dormit pas, moi non plus. Je passais toute la nuit dans sa chambre, à la tenir dans mes bras. Le lendemain, je lui rendis les lettres en faisant croire qu'elles venaient d'arriver. Elle me demanda de répondre pour elle. Je renvoyais juste l'adresse de l'appartement.

Quelques minutes plus tard, on sonna. J'allai ouvrir, me délectant à l'avance de la surprise que j'allais créer. Je ne fus pas déçu. Devant les visages de ceux qu'elle appelait ses amis, j'apparus et il me sembla qu'ils tombaient de haut ! Tous pensaient : « Mais qu'est-ce qu'il fait ici ? » mais ils ne firent aucune remarque. Sans un mot, je me poussai pour les laisser entrer puis indiquai du doigt la chambre de Selena. Ils y entrèrent sans cesser de me regarder. Ils restèrent une heure puis sortirent, promettant de revenir. On aurait dit qu'ils allaient étouffer. Pour les humains normaux, l'atmosphère de cette chambre devait être irrespirable. Pour moi, elle était une vraie bouffée d'oxygène.

Dans ce monde d'hypocrisie, Selena était maintenant l'honnêteté incarnée, elle ne cherchait pas à masquer sa souffrance, la laissait déborder et la dévorer, en tout cas avec moi. Je sentis que ses amis lui avaient fait un peu de bien, aussi je revins aussitôt qu'ils furent sortis dans sa chambre pour rattraper sa douleur avant qu'elle ne s'échappe. Ce ne fut pas bien difficile, elle était encore trop vive. Je sentis que Selena avait été hypocrite avec ses amis, qu'elle leur avait dit que tout allait bien. Parler de choses et d'autres avaient fait reculé la douleur mais pas bien loin. Quand j'entrai dans la pièce, elle revint aussi sec.

Avec moi, elle n'avait pas besoin de mentir ou de se cacher, elle pouvait se laisser absorber par les ténèbres. Sans doute sentait-elle confusément que j'étais en ce moment la personne la plus proche d'elle car j'étais moi aussi dans ces ténèbres si douces. Une nouvelle nuit passa et ses amis revinrent. Mais ils s'étaient un peu mieux préparés et je vis dans leurs regards qu'ils me détestaient parce que j'avais pris leur place près de Selena. Place qu'ils revendiquaient mais ne souhaitaient en rien occuper tant la douleur de Selena leur faisait horreur. Elle aussi était un peu plus lucide lorsqu'elle leur parla. A un moment, j'entrai pour demander si quelqu'un voulait du thé ou quelque chose d'autre. Les regards, un instant plus tôt compatissants et mielleux, devinrent haineux et la jeune femme que je plongeais doucement dans les ténèbres le sentit bien. Elle en fut très contrariée et ne le cacha pas. Ses amis ne comprirent pas pourquoi elle était si énervée et partirent encore plus tôt. Ils dirent qu'ils ne pouvaient pas venir le lendemain car ils allaient à un mariage. « D'ailleurs tu devrais venir toi aussi, ça te ferait du bien ! » Lancèrent-ils. Elle ne répondit même pas.

Quand ils furent partis, elle me demanda comment on devait faire pour le travail. Je lui répondis que ses parents lui avaient laissé toute leur fortune. Elle n'avait pas besoin de travailler. Ni maintenant ni jamais même si elle le souhaitait.

« Et toi ? » Je souris à cette question.

« Je vais devoir y retourner lundi, je pense. » répondis-je d'un ton qui laissait bien entendre que ce n'était pas avec plaisir que j'irai.

« Tu ne peux pas prendre des congés un peu ? »

« Si tu veux, je vais prendre la semaine. Mais après... je ne pourrai pas faire ça éternellement. »

« On verra ça plus tard. »

Après avoir prévenu la librairie, qui était tellement en bazar depuis la disparition de M. Jingles que je ne suis même pas sûr que la personne à qui j'ai parlé ait compris un traitre mot de ce que je venais de dire, je réussis à faire venir Selena dans la cuisine pour qu'elle mange un vrai repas. Il ne fallait tout de même pas qu'elle meure de faim. Puis nous nous recouchâmes sur son lit. Je commençai alors la véritable attaque. Je lui parlai, avec douceur et tendresse, des ténèbres. Je lui expliquai en quoi elles étaient si agréables, si reposantes. Elle ne répondait pas mais je sentais qu'elle était réceptive à mes paroles. La douleur dans laquelle elle était plongée était si violente qu'elle aurait choisi n'importe quoi pour y échapper. Et moi j'avais la plus simple et la plus belle des solutions.

Elle finit par s'endormir dans mes bras. Je restais un long moment à la contempler avant de m'endormir aussi.


Voilà ! La fin d'ici une semaine, moins si je craque avant ^^ merci pour les reviews que je reçois ça fait toujours chaud au cœur !

A bientôt !

Iliria