A l'approche de la nuit


Disclaimer: Je malmène encore ces pauvres personnages, mais ils ne m'appartiennent pas, étant l'entière propriété de J.K. Rowling.

Pairing: Hermione Granger / Severus Snape, mais je m'autorise quelques dérives ^^

Rating : T, mais au vu des idées qui éclosent déjà dans mon esprit tordu, cela à te fortes chances de passer au M !

Note de l'auteur : Merci à tous pour vos reviews !! Je suis heureuse que ce prologue ait appâté certains d'entre vous, malgré le…flou qui l'entoure XD Si tout va comme prévu, vous devriez comprendre le pourquoi du comment au fil des chapitres…mais je ne promet rien hein :p Ce premier chapitre devrait pouvoir éclaircir un petit peu les choses ^^ J'espère qu'il vous plaira !

Gros poutous à Sandra pour sa correction et ses encouragements ! Toutes erreurs restantes sont miennes :))

Oh, un dernier mot: Les différences majeurs entre ma version du tome 6 (et par conséquences du 7 aussi) par rapport aux originaux deviennent claires dans ce chapitre, mais mes diverses explications devraient suffire...normalement XD


RaR :

Justabook : Oui je sais, quand on n'a pas (comme moi XD) le reste de l'histoire en tête, ce prologue est du grand n'importe quoi XD Mais patience, tu comprendras…un jour :D (dans le sens où, connaissant mon passé de grosse larve qui poste lentement, qui sait quand je terminerais cette fic lol). Un gros merci pour ta review, enjoy ce chapitre ! :D

Sandra : RE-merci miiiiiiss !! Encore une fois, je suis heureuse que tu ai apprécié le prologue ^^ A nouveau merci aussi pour la correction, cela va de soit XD La suite est en rédaction, mais je ne sais pas quand je l'aurais fini, vu que je vais avoir un weekend chargé ! Mais sois-en sûre, tu seras la première à la lire XD (avec encore plus de questions à te poser HAHA XD) Poutous !!

Alatariel Melawen : Voilou le premier chapitre, en espérant qu'il t'éclaire un peu ! :D Merci beaucoup pour ta review, j'espère que tu resteras intriguée après ce chapitre ^^ biz biz !

Jones17 : Ahhhh, notre petit Sevy, je n'ai jamais douté du fait qu'il était tout sauf le personnage froid qui nous a été présenté dans les livres ^^ La fin du tome 7 en ai la preuve ! :D Un gros merciii pour ta review !

Elenwe varda : Un haussement de sourcil intrigué est encore mieux XD Légèrement plus positif, d'une certaine façon :p Je ne m'en fais pas trop, ce prologue a pour seul but d'appâter les lecteurs héhé XD Merci pour ta review !

Mlle Sunny : Awwww, merci beaucoup ! Ta review m'a fait trèèès plaisir ^^ (il faudrait que je pense à reposter cette fic sur HPF d'ailleurs… XD) Les compliments sont toujours plaisant à recevoir, et je suis très contente de voir que certains 'anciens' lecteurs suivront la suite ! :D Gros poutous ^^

Eileen19 : Aaaaahhh XD Voilà une review à la hauteur de ce prologue lol (dans le sens où, comme je m'y attendais, tu n'as pas compris ce que je racontais, ce qui était mon intention héhé XD). Je comprends ta perplexité et tes doutes, mais les réponses arrivent, et les identités des personnages vont devenir claires…enfin, j'espère mdr ^^ Bref ! Un gros merci pour avoir pris le temps de reviewer, malgré ton incrédulité XD Biz !

Kritari : Aaaaah ma tite Céline !! Tu ne cesseras jamais de me faire rougir comme une tomate, hein ? Je crois qu'il n'y a que toi qui soit parvenue à voir la scène 'comme sur un écran', au vu des autres reviews, mais je vois ce que tu veux dire mdr Et tes mots sont plus qu'appréciés, comme tu le sais ;) Tout le plaisir est pour moi, et effectivement, écrire sur Severus est particulièrement agréable (en gros : je prends mon pieds, MOUHAHAHA !) D'ailleurs, miss cachotière j'écris-une-fic-et-je-le-dit-même-pas !! J'ai été sur ton profil, et j'ai bien l'intention de te lire, malgré tes mystères ! XD Faudrait aussi que je réponde à ton mp, non ? mdr suis un cas désespérééééééé O_O Dernier mot : Effectivement, Sevy aime beaucoup les rousses XD Grrrrrros poutous, et merci pour tout :)


Chapitre Un : Un retour inattendu


La fillette n'avait même pas eu quatre ans, il en était sûr.

Il n'était vraiment pas ce qu'on pouvait appeler un expert en ce qui concernait les enfants, mais les trop nombreuses situations similaires dans lesquelles il s'était trouvé au fil des années lui avaient fourni une connaissance un peu trop juste quand il s'agissait de leurs âges.

Tout dépendait de leurs réactions face à eux…face à lui.

Plus ils étaient âgés, plus ils réagissaient vivement, dirigés par une peur innommable, parfois même par une once de courage qui s'éteignait toujours bien vite. Les bambins et nourrissons étaient plus 'faciles', dans le sens où ils ne pouvaient pas supplier, encore moins sangloter les noms de leur parents. Ils ne pouvaient même pas tenter de se protéger.

Cette nuit, la fillette avait été entre deux âges. Beaucoup trop jeune pour comprendre ce qu'il se passait, mais assez âgée pour pouvoir le fixer d'un regard empli d'effroi, son lapin en peluche fermement coincé entre ses petits bras, les larmes coulant silencieusement sur ses joues pâles. Elle avait de toute évidence été réveillée par le son en provenance des pièces voisines, sans aucun doute par les cris de sa mère, avec qui Macnair avait passé plus de temps que nécessaire.

A une certaine époque –qui remontait à seulement trois mois plus tôt quand il pensait- il avait été capable d'empêcher ce genre de torture totalement inutile, rappelant le reste du groupe à l'ordre, de façon à ce que leur…tâche soit réglée le plus rapidement et 'proprement' possible. Mais depuis les évènements de juin, il n'avait plus la même place dans le cercle des 'préférés' du Seigneur des Ténèbres, qui ne cessait de lui rappeler, de toutes les façons possibles. Le reste des Mangemorts ne sentaient plus aucune obligation à lui obéir, par exemple.

Ou encore le fait que la tâche de finir les enfants lui revenait presque systématiquement. Quand certaines personnes telles que Greyback aurait été plus que heureux de le faire à sa place. Mais cela n'aurait eu aucun intérêt aux yeux de leur Maître, qui savait pertinemment que, bien qu'apparaissant comme insensible quelque soit la mission qui lui soit attribué, Severus Snape évitait de se retrouver à devoir tuer un enfant lorsqu'il le pouvait.

Il savait qu'ils mourraient quoi qu'il en soit, qu'il y en aurait toujours trop qui ne pourraient pas être sauvés. Mais que cela ne soit pas de sa main lui permettait de garder une minuscule lueur d'espoir concernant le salut éventuel de son âme.

Salut qu'il n'obtiendrait pas cette nuit-là, de toute évidence…


***


L'eau presque brûlante qui s'écoulait sans répit du robinet commençait à faire rougir la peau toujours trop pâle de ses mains.

Il savait qu'il leur faudrait près d'une heure avant de perdre cette teinte chaude et si étrangère à son organisme.

Mais ce n'était rien de nouveau, après tout. Ce lavage de main rituel prenait place après chaque nuit où il devait…accomplir son devoir d'espion. Rituel qui avait débuté plus de quinze ans auparavant, et qu'il avait toujours gardé secret –comme à peu près tout ce qui faisait sa vie. Cela aurait paru bien trop 'moldu' aux yeux de ses compères.

Car tout sorcier qui se respecte utilisait un simple coup de baguette pour effacer les traces de sang qui parcourait ses mains.

Mais Severus Snape n'avait jamais été un sorcier comme les autres. Pas vraiment.

Il était pourtant forcé de reconnaître que du sang, du vrai sang, visqueux et chaud entre ses doigts, il n'en faisait jamais couler. Du moins pas depuis ses quelques erreurs de jeunesses, lorsqu'il était débutant, trop coléreux et assoiffé de vengeance. Les Mangemorts utilisaient des méthodes de tortures et de tueries bien plus subtiles que les boucheries du monde.

Faible consolation.

Il n'était pourtant pas difficile de comprendre la symbolique qui motivait son geste, lorsqu'il entrait dans la salle de bain au milieu de la nuit.

Une simple tentative futile et idiote pour tenter de faire disparaître le sang invisible des victimes qu'il avait tué de ses mains, par un rapide mouvement de baguette, ou quelques gouttes de potions mortelles. Cela avait été la baguette, cette nuit.

Mais aussi futile et idiot que cela puisse paraître, il ne pouvait plus s'en passer, même s'il ne faisait que se répugner encore davantage lorsqu'il le faisait.

Car c'était seulement dans le silence de cette pièce, où qu'elle puisse se trouver, qu'il s'autorisait à se dégoûter totalement, et à souhaiter que tout cela s'arrête.

C'était encore ce qu'il avait pensé cette nuit-là, comme toutes ces autres nuits, alors que ses doigts blafards enserraient avec force chaque côté du lavabo, le menton sur son torse, pour ne pas croiser son reflet dans le miroir. Le soupir qui s'était extirpé de ses poumons en disait plus sur ce qu'il ressentait que n'importe quels mots ne le pourraient jamais.

« Aaaah, la culpabilité… » avait soupiré à son tour ledit miroir, ce qui lui avait finalement fait relever la tête pour se lancer à lui-même un regard glacial et coléreux.

Il avait toujours répugné les miroirs parlant, mais celui de Square Grimmauld était particulièrement détestable.

Il avait en effet la vive impression qu'avant de mourir, Black avait fait en sorte que l'objet enchanté possède sa voix. Ce qui rendait ses remarques telles que 'Encore trois de moins, hein ?', 'Un petit coup de blues, Sevy ?' ou 'On a des envies de meurtres, HAHA !' difficilement supportables.

Mais s'il avait souvent du mal à retenir son envie de fracasser le miroir au sol, celui ci lui permettait au moins de se sortir de cette spirale de pensées plus sombres les unes que les autres, et de commencer son rituel.

De l'eau brûlante, et une quantité de savon à l'odeur si parfumée qu'elle lui donnait presque la nausée. Il allait de soit qu'il éprouvait une certaine hâte à retrouver ses appartements du château, étant donné que Dumbledore l'avait en quelques sortes forcé à passer la majorité de l'été au quartier général de l'Ordre (pour sa propre protection, avait-il expliqué, comme si cela pouvait rendre les choses plus faciles).

Il n'y avait pas de miroir dans sa salle de bain, pas de savon écœurant non plus, seulement les potions qu'il avait crée spécialement à cet effet. Et surtout, surtout, plus d'obligation à parfois se retrouver à croiser l'un de ces exécrables gamins qui traînaient trop souvent dans les couloirs. Au milieu de la nuit.

« J'avais envie de pisser, c'est encore permis, non ? » Attitude pédante et supérieure. Potter.

« Gnian gnian mldf djk… » Marmonnements indéchiffrables affublés d'un air se voulant haineux. Weasley.

« Excusez-moi, professeur. » Des yeux baissés dans une pitoyable tentative de respect, un léger rougissement sur une mine beaucoup trop sérieuse. Granger.

Merlin soit loué, le jour 'béni' de la rentré scolaire était enfin arrivé. Dans vingt-quatre petites heures, il aurait retrouvé la froideur réconfortante de sa salle de bain.

Mais intérieurement, il espérait avec force que dans vingt-quatre petites heures, il n'aurait pas de raison nouvelle d'accomplir son rituel.


***


Lorsque Hermione ouvrit les yeux, ceux-ci ne rencontrèrent que la pénombre de la pièce.

Elle poussa un lourd soupir, mélange d'exaspération et de frustration, avant de changer de position, enfouissant son visage dans l'oreiller, avec le fol espoir qu'elle parviendrait à se rendormir dans la minute. Mais elle savait pertinemment que c'était perdu d'avance.

Elle n'avait même pas besoin de jeter un coup d'œil à sa montre pour déterminer l'heure qu'il était. Depuis près de cinq semaines à présent, elle se réveillait toutes les nuits à 3h25 précises.

Harry serait là dans moins de cinq minutes.

Comme toujours, il entrerait d'un pas feutré, murmurant un rapide 'Assurdiato' pour masquer le grincement de la porte –et tout autres sons à venir.

Hermione éprouvait une affection certaine et profonde pour le jeune homme, mais tout de même, se faire réveiller de cette façon toutes les nuits, pour ça… Elle commençait à saturer.

Mais peut-être allait-il être raisonnable, cette fois. Après tout, ils reprenaient le train pour Poudlard dans moins de huit heures, il savait qu'ils avaient tous besoin d'une bonne nuit de sommeil avant de-

Le grincement de la porte se fit entendre, une fois, deux fois, suivit du léger bruit de ses pas. Hermione s'enfouit aussi discrètement que possible sous ses couvertures, essayant de faire oublier sa présence, tout en retenant un gémissement de désespoir.

Le son suivant fut celui des ressorts du lit couinant leur protestation face à ce poids supplémentaire, rapidement suivit par le gloussement étouffé de Ginny.

« Rrrrr Harry… » minauda t-elle.

Okay. Visiblement, ils avaient une nouvelle fois complètement fait abstraction du fait qu'il y avait autre humain dans le lit voisin, qui commençait à dangereusement frôler la crise de nerfs après plus d'un mois de ce manège.

Le bruit de ventouse qui s'éleva ensuite fut le signal de départ immédiat pour Hermione. Elle plongea la main sous l'oreiller pour attraper sa baguette, bondit hors du lit et disparut dans un 'POP' qui fut étouffé par un tout autre son.

Elle atterrit de façon un peu bancale dans le couloir inférieur, qui était tout aussi sombre, et dû plaquer une main contre le mur pour garder son équilibre.

Elle poussa son énième soupir de l'été, s'adossant au mur en question. Elle avait la folle envie de se mettre à rire de façon démente, ou de tout simplement transplaner à nouveau dans la chambre, pour leur faire comprendre ce qu'elle pensait de leur petit manège. 'C'est le seul créneau horaire où maman dort comme une souche,' avait argumenté Ginny à plusieurs reprises au cours de l'été. 'Même son amour démesuré pour Harry ne suffirait pas à lui faire tenir le choc si elle apprenait qu'on…'

Le problème était qu'elle était à présent confrontée à cette question qui lui torturait l'esprit toutes les nuits, ou presque (car oui, aussi étonnant que celui puisse paraître, à de rares occasions, Ginny et elle avaient été les seules occupantes de la chambre.)

Que devait-elle faire à présent, en entendant qu'ils aient fini de faire…ce qu'ils avaient à faire ?

'Je ne comprends pas pourquoi tu ne vas pas tout simplement dormir avec Ron, dans le lit de 'Harry' lui avait répliqué Ginny, lors d'une de leurs confrontations à ce sujet.

Ce qui aurait été une excellente idée, si cela n'avait pas été totalement hors de question, après ce qu'il s'était passé cette nuit-là, en juillet.

Car si durant la journée, Hermione parvenait à être aux côtés de Ron en agissant le plus normalement possible, c'était simplement parce qu'étant entourée, il était beaucoup plus facile de masquer leur gène et leur maladresse.

Se retrouver dans le lit voisin, sachant pertinemment qu'il était réveillé et qu'il avait plus que conscience de sa présence, cela la rendrait beaucoup trop inconfortable.

Elle savait qu'elle n'avait pas d'autre choix que de se rendre discrètement dans la cuisine. Elle n'aurait alors plus qu'à attendre, et attendre (Harry ressortait toujours entre 4h et 4h15), jouant distraitement avec sa baguette, tout en ce demandant ce que l'année à venir allait leur réserver, au vu de ce qui les attendaient (car apparemment à cet instant, il semblerait que le sujet des Horcruxes la préoccupait plus elle que Harry). Et bien évidement, elle avait encore une fois oublié de transplaner en apportant avec elle son livre de sortilège niveau 7, par exemple. Elle avait bien entendu terminé l'ouvrage plusieurs semaines auparavant, mais deux ou trois relectures ne faisaient jamais de mal, selon elle.

Après un dernier soupir bien mérité, les yeux fermés pour accentuer le caractère dramatique de la scène, elle se décolla du mur et amorça un demi-tour pour prendre la direction des escaliers.

C'était sans compter sur le fait que quelqu'un se trouvait sur son chemin immédiat, personne, qu'elle n'eut pas d'autre choix que de percuter, ce qui lui arracha une exclamation à la fois surprise et apeurée.

La lumière s'éleva immédiatement de la baguette de l'intrus, l'entourant d'un halot fantomatique.

« Miss Granger, » susurra t-il de ce ton doucereux qu'il affectionnait tant. « La myopie se serait-elle ajoutée à la longue liste de tares qui s'accumulent déjà sur votre code génétique ? »

Hermione ne put rien faire d'autre que de bégayer à cet instant, les six années passées lui ayant appris à ne ressentir rien d'autre que de l'effroi à l'idée d'être surprise, au milieu de la nuit, à vagabonder dans les couloirs du château, par le professeur Snape.

« Monsieur… Je suis désolée… Je… J'étais… »

Il la fit taire d'un geste impatient de la main, ce qui souleva au passage une étrange odeur parfumée : « Je ne pourrais pas me préoccuper moins des raisons qui vous pousse à roder dans les couloirs à cette heure si matinale. Il serait cependant préférable qu'à l'avenir, je n'ai pas à subir les conséquences de votre côté empoté. Je ne serais certainement pas aussi clément au château. Est-ce assez clair pour vous ? »

« Oui monsieur, veuillez m'excuser… » murmura t-elle les yeux baissés, ne pouvant empêcher une rougissement à fois honteux et légèrement irrité de naître sur ses joues.

Il lui offrit un dernier reniflement dédaigneux avant de s'éclipser dans un bruissement de cape. Elle ne put s'empêcher de relever les yeux pour le voir s'évanouir à nouveau dans la nuit, son esprit se remettant rapidement à travailler à toute vitesse, concentré sur le sujet 'Severus Snape'.

Il était tellement…troublant. Elle ne trouvait vraiment pas d'autre mot pour le décrire.

A une époque, elle avait été sincèrement terrorisée par le vicieux maitre de potions, qui semblait prendre un plaisir particulier à la ridiculiser elle, ainsi que Harry et Neville. Mais cette peur avait depuis longtemps disparue, et l'effroi qu'elle avait brièvement ressenti seulement deux minutes auparavant était simplement dû au fait qu'elle avait été confrontée à une présence inattendue et à première vue inconnue au milieu de la nuit.

Non Hermione n'avait plus peur du professeur Snape, mais le respect qu'elle ressentait en son égard était tel que ce sentiment se rapprochait plus ou moins de la peur. Après tout, elle se retrouvait toujours à bégayer de façon incontrôlable lorsqu'elle se retrouvait face à lui sans s'y être attendue, à l'exception de sa salle de cours ; mais dans ces cas là, elle ne faisait que réciter des définitions apprises par cœur, la majorité du temps. Le fait était que plus le temps passait, plus elle avait conscience du mystère total qui entourait le professeur Snape. Ce sentiment n'avait pu qu'être accentué après les évènements de juin, qui lui avaient été contés à la fois par Harry, mais également par Dumbledore, qui avait tenu une réunion générale peu de temps après, Harry, Ron et Hermione ayant été autorisée à y assister.

Car près de trois mois auparavant, alors que Dumbledore avait été extrêmement affaibli après avoir tenté de récupérer un des Horcruxes de Voldemort, les Mangemorts avaient attaqué Poudlard, et Draco Malfoy était presque parvenue à tuer le Directeur. Aux dires de Harry cependant, il semblait évident que Draco ne l'aurait pas fait, même s'il n'avait pas été stoppé par Snape, et c'était bien pour cette raison que lui et sa famille étaient à présent cachés avec soin par l'Ordre du Phoenix, bien qu'étant plus prisonniers qu'autres choses, il fallait le reconnaître.

Snape était donc arrivé au sommet de la Tour d'Astronomie alors que Draco essayait de rassembler son courage pour lancer le sortilège impardonnable sur le corps avachi de Dumbledore, qui était clairement au bord de l'évanouissement. Sans un instant d'hésitation, Snape avait désarmé puis stupéfixé Draco ; dans un moment de soulagement total, Dumbledore avait libéré Harry, qui s'était empressé de se débarrasser de sa cape et de pointer sa baguette sur le maitre de potions. Il avait été toujours incapable de lui faire confiance, surtout après la discussion qu'il avait eu avec le professeur Trelawney quelques heures plus tôt. Snape ne s'était pas laissé impressionner le moins du monde par la colère de Harry, et à la grande surprise de ce dernier, il lui avait demandé de le stupéfixer à son tour, alors que le son des autres Mangemorts montant les escaliers à toutes vitesses se faisait entendre.

« Quoi ?! » N'avait pu s'empêcher de crier Harry, totalement pris au dépourvu par cette demande.

« Utilisez votre cerveau, Potter ! » avait sifflé Snape avec colère. « Stupéfixer moi dès que les Mangemorts arrivent. »

Harry avait lui-même avoué à Hermione qu'il n'avait pas du tout réalisé sur le moment que ce geste permettrait d'assurer le maintient de la couverture de Snape, qui aurait autrement été clairement démasqué par les Mangemorts, ainsi que Voldemort.

Mais même dans l'incompréhension totale, Harry avait été plus que heureux de s'exécuter lorsque le moment fut venu et que la porte s'ouvrit avec force pour révéler quatre autres Mangemorts. Après tout, Harry avait rêvé de lancer ce genre de sort à Snape depuis son entrée à Poudlard.

L'Ordre du Phoenix l'avait bien entendu emporté, bien que la majorité des Mangemorts aient réussi à s'échapper. Mais le principal était que Dumbledore avait pu être sauvé, encore une fois par Snape, qui avait été rapidement réveillé une fois le danger immédiat passé, et s'était empressé de concocté un antidote à la potion que Dumbledore avait ingurgité.

A la grande exaspération de Hermione, Harry n'arrivait toujours pas à faire confiance à Severus Snape pour autant, alors qu'il avait prouvé devant ses yeux qu'il était totalement loyal à Dumbledore. Malheureusement, la haine qui régnait entre les deux hommes était trop puissante, remontant à une génération précédente, après tout. Et le fait que Hermione ait plus tard découvert que le 'Prince au Sang-mêlé' était Snape lui-même n'avait rien fait pour arranger les choses. Non, le cas Snape/Harry était bel et bien un cas désespéré.

Mais de son côté, Hermione était irrésistiblement intriguée, comme elle était intriguée par tous les mystères qui croisaient son chemin, en particulier les plus complexes.

Et quelque part, elle ne doutait absolument pas du fait que Severus Snape était le plus grand mystère qu'elle ait jamais rencontré.


***


« Je vous préviens, personne ne sort de cette maison avant d'avoir retrouvé ma sacoche ! »

Pour la troisième fois d'affilé, la voix coléreuse et légèrement suraiguë de Harry résonna entre les murs du Square Grimmauld, faisant frissonner tous ses occupants.

Ils étaient tous sensés se trouver sur le Quai 9 ¾ dans moins d'une heure, mais Harry n'arrivait pas à mettre la main sur la sacoche que Hagrid lui avait offert, et il arpentait toutes les pièces, fouillant le moindre recoin, telle une tornade dévastatrice

Cela lui apprendra à passer ses soirées à inventer de nouveaux jeux sexuels... pensa Hermione, souriant à pleine dents en son for intérieur.

Elle comprenait pourtant parfaitement l'attachement du jeune homme concernant cet objet, ou surtout ce qui s'y trouvait enfermé. Une mèche de cheveux de sa défunte mère, qui lui avait été offerte par les membres de l'Ordre du Phoenix pour son dix-septième anniversaire. Ils avaient dû faire des pieds et des mains pour l'obtenir, et il chérissait et protégeait ce présent avec passion.

Enfin, pas de façon constante, de toute évidence.

« Je l'ai trouvé ! » s'écria enfin Ginny, alors que tous commençaient sérieusement à grincer des dents en regardant leurs montres. Elle ne leur dévoila pas l'endroit où s'était trouvé l'objet, et Hermione en particulier lui en était reconnaissante.

Le départ de Londres se fit sans (nouvelles) encombres. Molly pleura de tout son soûl à l'idée que le Trio démarraient leur dernière année à Poudlard, et que l'an prochain, tous ses enfants pourraient 'voler de leurs propres ailes'. Après une autre dose de larmes, dirigé cette fois vers son inquiétude concernant les épreuves qui les attendaient sans aucun doute (comme tous les ans), elle les laissa partir, et bientôt, ils furent en route vers le château.

Comme les deux années précédentes, Hermione et Ron durent se rendre au wagon des préfets, laissant Harry et Ginny tous seuls pour quelques heures, ce qui ne semblait pas les déranger le moins du monde.

Comme à chaque fois qu'elle se retrouvait seule avec Ron depuis le mois dernier, Hermione sentit un terrible rougissement envahir ses joues, et savait même sans le regarder que les oreilles de Ron étaient devenues écarlates. Mais ayant été nommée préfète en chef – avec Ernie Macmillan- elle fut avec joie distraite par son devoir, ayant pour tâche d'expliquer (en détail) aux nouveaux préfets ce qui étaient attendu d'eux.

Après une longue ronde des wagons, où elle fut interpelée par Luna et Neville, et eu également l'occasion de voir l'étrange image qu'affichait les Serpentard de septième année sans Draco Malfoy et ses airs pompeux, elle retrouva Ron dans le couloir qui menait au compartiment où Ginny et Harry se trouvaient –rideaux tirés. Elle frappa durement contre la vitre pour leur faire savoir qu'ils allaient bientôt rentrer, puis, se forçant à enfouir son embarras au plus profond d'elle-même, elle dit à Ron :

« Je crois qu'il va falloir trouver un moyen de les décoller l'un de l'autre pour une petite demi-heure. Maintenant que ta mère n'est plus là pour nous empêcher de 'comploter' trop longtemps, on devrait vraiment parler de… tu sais quoi. »

« Qu'est-ce que tu veux dire ?? » demanda immédiatement Ron, ses oreilles plus rouges que jamais, et Hermione comprit rapidement qu'il pensait à autre chose, ce qui bien sûr, n'arrangea pas sa propre gène.

« Je ne parle pas de ça, Ron ! » s'exclama t-elle, d'un air presque indigné. Ils avaient, après tout, promis de ne jamais, jamais plus en parler. « Je parle des Horcruxes… » chuchota t-elle, avant de frapper à nouveau la vitre trois fois avec la paume de sa main.

« C'est bon, vous pouvez entrez ! » leur parvient la voix légèrement amusée de Ginny, et Hermione fit glisser la porte sans attendre, mettant fin à l'étrange scène qui venait de se produire.

A son grand soulagement, ils étaient tous deux habillés, mais Ginny était confortablement blotti contre un Harry qui affichait un sourire un peu trop niais. Pourtant, lorsqu'elle vit l'expression sombre sur le visage d'Hermione, Ginny se renfrogna légèrement, sans pour autant reprendre une position assise.

« Dégage, Ginny, on doit parler affaire. » lança alors Ron à sa sœur, avant que Hermione n'ait eu le temps de lui demander, avec un peu plus de tact.

Bien sûr, l'expression de la rouquine s'assombrit encore davantage face à la remarque de Ron, mais à la grande surprise de Hermione, elle ne protesta pas. Elle échangea un regard rempli de signification avec Harry, déposa un baiser sur son front, avant de se lever pour sortir.

Mais avant de se glisser hors du compartiment, elle souffla à Hermione. « Tu peux venir deux secondes ? »

Hermione fronça les sourcils, étonnée, mais suivit Ginny hors de la pièce, qui s'empressa de refermer la porte et de s'éloigner un peu pour ne pas être entendu par les garçons.

Les deux jeunes filles restèrent quelques instants à se fixer, semblant attendre que l'autre prenne la parole, mais aux yeux de Hermione, c'était Ginny qui avait voulu lui parler en premier lieu. Mais comme toujours, sa curiosité fut plus forte que tout.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » finit-elle par demander, croisant les bras devant sa poitrine.

« Ce qu'il y a, c'est que je ne veux pas que tu écrases Harry sous une tonne de culpabilité dès que tu retourneras dans le compartiment. » répliqua t-elle immédiatement, prenant une pose similaire.

« Pardon ? » Hermione était sincèrement interloquée. Elle ne s'était vraiment pas attendue à cela. « Qu'est-ce qui te fais croire que je vais… »

« Oh, Hermione, tu sais très bien ce que je veux dire. » La coupa t-elle. « J'ai vu ton regard, comme je l'ai vu tout au long de l'été, accompagné de tes soupirs exaspérés et de tes complaintes concernant nos 'activités', à Harry et moi. »

Se fut au tour d'Hermione de se renfrogner totalement. Elle avait eu tous les droits de se plaindre, non ? C'était elle qui avait dû allée s'exiler dans la froideur de la cuisine toutes les nuits, non ? Et c'était elle qui s'était le plus inquiétée concernant la tâche qui les attendait, c'était elle qui avait tenté d'en savoir plus sur les-

Mais apparemment, Ginny devina parfaitement ce qui lui passait par la tête, car elle reprit avant même de lui avoir laissé le temps de répondre quoi que ce soit : « Harry n'a pas oublié ce qu'il doit faire, Hermione. »

Hermione fut à nouveau incapable de répondre, mais cette fois, c'était sous le coup de la surprise, dû à la fois au ton soudainement plus doux tout en étant plus tendu de Ginny, mais également au fait que Ginny faisait allusion à quelque chose qui été sensé être secret.

« Ne t'inquiète pas, je n'ai aucune idée de ce qu'il doit faire exactement, » ajouta Ginny, continuant son monologue. « Mais ce n'est pas pour autant que je ne réalise pas ce qu'il se passe, ou ce qu'il va se passer. Est-ce que tu as vu l'état dans lequel il était après la bataille qui a eu lieu suite à sa fuite de Privet Drive ? Suite à la mort de Maugrey ? »

Hermione rougit à nouveau, se sentant à présent gênée, voir presque coupable. Pour être tout à fait honnête, elle avait été tellement accaparé par ses propres…soucis à cette époque qu'elle avait à peine remarqué Harry, encore moins son état psychologique. Tout ce dont elle se souvenait, c'était du comportement qu'il avait adopté après ça, après le mariage de Bill et Fleur.

Un comportement d'adolescent normal de dix-sept ans, à bien y réfléchir.

La réalisation devait être évidente sur le visage de Hermione, car les traits de Ginny s'adoucirent encore davantage.

« Il voulait partir, » dit-elle doucement. « Il ne voulait plus risquer la vie de qui que soit. Il ne m'a jamais avoué ce qu'il avait à faire, mais je ne suis pas stupide, je sais que cela à un rapport avec Tu-Sais-Qui, et que ce n'est certainement pas le genre de responsabilité qu'un garçon de dix-sept ans ayant déjà subi le genre de tragédies que Harry a subit, devrait avoir à porter. J'ai réussi à le convaincre de rester, et également à agir comme un ado de son âge, l'espace d'un simple petit mois. »

A nouveau, le silence s'installa. Hermione ne savait pas quoi répondre, ce qui était extrêmement rare, mais Ginny semblait satisfaite.

« Donc, encore une fois, je te demande simplement de ne pas l'écraser sous une tonne de culpabilité pour t'avoir empêché de bien dormir pendant quelques semaines. »

Ginny ponctua sa phrase d'un sourire, qui montrait qu'il n'y avait aucune animosité entre elles, avant de s'éclipser, non pas sans lui avoir lancé d'un ton sans appel « Je reviens dans une demi-heure ! »


***


Le reste du voyage dans le Poudlard Express se déroula tranquillement, et sans aucune mention des Horcruxes, Hermione ayant été quelque peu refroidie par le discours de Ginny. Après tout, elle pouvait laisser les garçons profiter de leurs dernières heures de vacances. Elle pourrait recommencer à les harceler à son gré dès le lendemain.

Le dernier évènement intéressant de cette première journée de septembre fût sans aucun doute ce qui se déroula durant le banquet, après que les quelques premières années présentes (le plus petit nombre à arriver à Poudlard depuis qu'elle y était entrée, réalisa Hermione avec un pincement au cœur) aient été réparties. Ce qu'il se passa n'avait rien d'extraordinaire en soit, mais était assez inhabituel pour que la plupart des élèves –à l'exception des nouveaux, qui vivaient leurs dernières heures d'innocence et d'ignorance- se mettent à chuchoter entre eux avec avidité.

Hermione avait immédiatement remarqué la femme qui se trouvait au bout de la table des professeurs. Ne l'ayant jamais vu auparavant, elle conclu sans émoi qu'il s'agissait de leur nouveau professeur de Potions, partant du principe que Snape assurerait toujours les cours de Défense Contre les Forces du Mal.

Elle se dit qu'elle avait sûrement été jolie, dans le passé. A présent, une vilaine cicatrice violacée parcourait sa joue gauche dans un trait tremblotant. Cela ne la choqua guère ; après tout, lorsque l'on avait eu Alastor Maugrey comme professeur, ce n'était pas ce genre de petite marque qui pouvait vous perturber. Mais Hermione ne s'attarda pas sur cette pensée, la mort de ce dernier était encore trop récente pour qu'elle se permette à plaisanter –ne serait-ce qu'intérieurement- à ce sujet.

Les cheveux du nouveau professeur étaient châtain foncé, et étaient relevés en chignon, ce qui lui donnait un air sévère, sans toutefois atteindre le charisme du professeur McGonagall. Elle discutait poliment avec le professeur Chourave, et le léger sourire qui étirait ses lèvres adoucissait ses traits. Mais ne faisait pas disparaître la cicatrice.

Albus Dumbledore, dont l'âge était véritablement plus que frappant depuis ce qui lui était arrivé en juin, bien qu'il ait de toute évidence repris des forces, se contenta de clamer quelques mots avant que la nourriture n'apparaisse sur les tables, laissant à chacun le plaisir de satisfaire son estomac.

Il ne se releva qu'au désert pour faire son habituel discours de bienvenue. Une formalité qui, bien que ponctué de ses régulières remarques concernant Voldemort, la guerre qui faisait rage à l'extérieure et ses suspicions concernant la prise selon lui imminente du Ministère de la Magie, aurait dû pouvoir se passer d'une description précise. Mais l'annonce des changements dans le corps enseignant provoqua une étrange réaction.

« J'aimerais également vous informé du fait que le professeur Severus Snape reprendra cette année l'enseignement des potions, le professeur Slughorn étant retourné à sa retraite. Nous souhaitons donc la bienvenue à notre nouveau professeur de Défense contre les Forces du Mal, qui a eu le courage de se proposer pour reprendre cette lourde tâche : Miss Deborah Perfild. »

Si quelques grognements de désespoirs se firent entendre lorsque les élèves apprirent que les potions seraient à nouveaux enseignées par Snape, ce fut la seconde annonce qui troubla la salle. Les applaudissements polis qui auraient dû se faire entendre à cet instant ne virent jamais le jour –si ce n'est pour les quelques premières années qui étaient vraiment ignorant- car il se produit un évènement étrange et perturbant.

A l'annonce du nom du nouveau professeur, Severus Snape –qui n'avait pas réagit en ce qui concernait son nouveau changement de position- émit un son étranglé, suivit d'une toux caractéristique, comme s'il venait d'avaler sa tarte à la meulasse de travers.

Un vent d'étonnement souffla sur la Grande Salle, les élèves se regardant avec choc.

Snape ne pouvait pas avaler se nourriture de travers, et pire, tousser.

Seuls les êtres normaux et humains, qui devaient respirer pour survivre, toussaient lorsque leurs voies respiratoires se trouvaient obstruées.

Or, tous savaient que Snape n'était pas humain. Ils ne savaient pas exactement ce qu'il était –à part vicieux- mais aucune once d'humanité n'avait jamais immergé de son personnage froid et austère.

Jusqu'à aujourd'hui. De quoi traumatiser toute une génération de jeunes sorciers.

Rare furent ceux qui furent témoins du rapide regard que le maitre de potions lança ensuite en direction de Deborah Perfild, avant que ses yeux, à nouveau vides et inexpressifs, ne retombent sur son assiette, son visage ne trahissant aucune trace d'un trouble quelconque.

Hermione, dont la curiosité aiguisée s'accordait parfaitement avec sa manie de toujours porter une grande importance au plus minuscules détails, nota ce regard, fronça légèrement les sourcils, mais ne fit aucun commentaire. Un mystère de plus, sans doute.

Cet incident, d'une durée de trois secondes et demie, prit fin lorsque le Directeur commença à applaudir bruyamment –frappant son avant bras pour épargner sa main morte, rapidement suivit par les applaudissements des autres professeurs, ainsi que ceux timides des élèves.

Harry et Ron passèrent le reste de la soirée à déplorer le fait que Snape ne se soit pas bel et bien étouffé avec sa tarte.


***


Lorsque quelqu'un frappa à la porte de ses appartements, Severus n'en fut pas surpris. Il déplora cependant le fait qu'il pouvait dire adieu à sa soirée de 'relative' tranquillité, sachant pertinemment que l'entretien qu'il s'apprêtait à avoir allait compliquer sa vie.

Après tout, aucune discussion avec une personne supposée morte depuis près de vingt ans n'était anodine.

Deborah se tenait derrière la porte, un sourire mesquin déjà accroché aux lèvres.

« Debbie, » dit-il en guise d'accueil, d'une voix dénuée d'émotions.

« Severus, » répondit-elle de la même façon, et sans même attendre l'invitation, elle s'avança pour rentrer, l'obligeant à se décaler.

Il l'observa se mettre à ses aises sans gène, ses lèvres se pinçant pour ne devenir qu'un fin trait blanchâtre, alors qu'elle lançait sa cape avec désinvolture sur l'un de ses fauteuils. Il referma la porte avec un claquement sec, comme pour lui faire prendre conscience du fait qu'elle était tout de même chez lui.

Elle se contenta de finalement s'asseoir dans un fauteuil, souriant toujours d'une façon qu'il n'appréciait vraiment pas.

« Je te croyais morte, » finit-il par dire, sans s'émouvoir plus que de mesure.

Elle haussa les épaules : « Je t'avoue que moi aussi, je me suis crue morte un bon moment. » Elle savait qu'il fixait sa cicatrice.

Il se dirigea vers le placard qui faisait face à la cheminée, et commença à en sortir deux verres et une bouteille.

« Où étais-tu ? » Il ne prit même pas la peine de la regarder, se contentant de déverser la boisson, ayant déjà deviné la réponse au son de son accent.

« Aux Etats-Unis. » Elle attrapa le verre qu'il avait fait léviter dans sa direction, alors qu'il prenait place en face d'elle.

Elle leva son verre, comme pour trinquer : « Au passé, qui nous poursuit, encore et toujours. »

Il s'abstint de l'imiter, continuant de l'observer d'un œil froid alors qu'elle buvait.

« Tes cheveux ont changé de couleur. » C'était à nouveau une remarque plate.

« Ton sens de l'observation m'a toujours impressionné, Severus, » se moqua t-elle, avant de lui lancer un regard lourd de sens. « Je sais que tu me préférais en rousse. Tu as toujours eu un faible évident pour cette couleur. »

Ses doigts se resserrent avec force autour du verre, et une émotion sombre brilla enfin dans son regard.

« Pourquoi es-tu là, Debbie ? » lui demanda t-il d'une voix basse, qui n'était pourtant pas dépourvue d'une mise en garde. « Tu avais sans aucun doute de bonnes raisons de resté cachée toutes ses années. Pourquoi réapparaître maintenant ? »

« Je suppose que tu ne me croirais pas si je te disais que c'était mon envie d'enseigner qui m'a poussé à venir, n'est-ce pas ? » Il détestait tellement son sourire. Voyant qu'il ne répondrait rien à cette remarque, elle continua : « D'ailleurs, si tu avais pris la peine de venir à la réunion qu'a tenue Dumbledore avec tous les professeurs hier soir, cela t'aurais sûrement évité de te donner en spectacle au dîner. Je crois que tu as traumatisé tes élèves pour plusieurs années. »

Il tenta de desserrer son étreinte sur le verre, car il avait le pressentiment que celui-ci ne tarderait pas à se briser entre ses doigts s'il continuait : « J'avais des choses plus importantes à faire que d'assister à une pitoyable réunion de prérentrée. Dumbledore est au courant. »

« Tu parles de ton petit travail d'espionnage chez le Seigneur des Ténèbres ? » Son sourire se faisait mauvais.

« Que fais tu là, Debbie ? » répéta t-il, ignorant l'étrangeté de sa remarque, l'impatience et une colère sourde perçant à présent nettement dans sa voix.

Elle sirota tranquillement son verre, avant de répondre : « Te souviens-tu de ce que nous avons fait, durant notre cinquième année ? »

Il plissa les yeux de façon sceptique. Elle était venue encombrer sa vie seulement pour se remémorer leurs souvenirs d'adolescent ?

« J'ai souvenir que nous avons fait de nombreuses choses, cette années là, et les années d'après. »

Elle fit un geste vague de la main, comme pour éloigner ses insinuations qui lui semblaient superflues : « Je ne parle pas de ça. Je parle du Serment, Severus. »

Pour la deuxième fois de la soirée, une surprise inattendue l'envahit, et il sentit son souffle se bloquer brièvement dans sa gorge. Son étonnement dû transparaître d'une quelconque façon sur son visage, car le sourire de Debbie s'élargie encore davantage.

« Où veux-tu en venir. Et ne tourne pas autour du pot, tu as déjà atteins les limites de ma patience. » Son ton laissait clairement sous-entendre qu'il n'était plus du tout d'humeur à jouer.

« Tu ne t'es jamais demandé pourquoi tu étais toujours en vie, Severus ? »

Si un regard pouvait tuer, elle n'aurait plus été qu'un cadavre dans son fauteuil. Il s'abstint de répondre que depuis une vingtaine d'année, c'était une question qui lui traversait l'esprit de temps en temps. Quelque part, il savait qu'il était déjà mort à plusieurs reprises, depuis que…

Mais jamais elle n'entendrait ces mots sortir de sa bouche. Jamais personne ne lui ferait avouer.

« Que veux-tu dire ? » Son ton était à nouveau doucereux, celui qui effrayait tant les élèves de l'école. Mais la femme qu'il avait en face de lui n'était pas prête à se laisser impressionner aussi facilement.

« Ne joue pas les ingénus avec moi, tu sais très bien ce que je veux dire. » Même si elle souriait toujours étrangement, ses yeux –qui étaient, eux, tels qu'il se souvenait, d'un bleu terne et glacé- s'étaient assombris. « Tu connais les conséquences du Serment Inviolable aussi bien que moi, si tu ne tiens pas parole. Ce qui est ton cas, Severus. Tu as échoué, et pourtant, tu es toujours ici. Ca ne t'a jamais interloqué ? »

« Je te croyais morte, » répondit-il immédiatement, mais toujours avec calme, calme qu'il était pourtant loin de ressentir à cet instant. Il avait l'impression de sentir l'étau se resserrer autour de lui, même s'il ignorait encore dans quel piège elle était en train de l'entraîner. « Lorsqu'une des deux personnes ayant établi le Serment décède, le contrat est- »

« Oui oui, le contrat est rompu, » le coupa t-elle. C'était à présent à son tour de s'impatienter, de toute évidence. « Mais tu peux constater par toi-même que je suis toujours vie. Et toi aussi.

Un froncement de sourcil incrédule craquela son masque impassible. Il était bien obligé de reconnaître que quelque chose n'allait pas dans cette histoire.

Cela faisait des années qu'il n'avait plus pensé au Serment, et à tout ce que cela avait impliqué à l'époque. C'était encore une partie de son passé qu'il avait cru pouvoir enterrer et oublier.

En vain, de toute évidence.

« Je suppose que tu ne serais pas ici, si tu n'avais pas la réponse à se problème. » Finit-il par répondre, la bouche étrangement sèche, malgré l'alcool qu'il venait de faire couler dans sa gorge.

« Effectivement. » Elle se décolla du fond de son fauteuil pour s'avancer légèrement vers lui, comme pour être sûr qu'il allait entendre chaque mot qu'elle s'apprêtait à prononcer. « J'avais oublié cette histoire depuis longtemps, lorsque ton nom m'est parvenu aux oreilles, cet été. Tout est revenu, Severus. Tout. Et je me suis demandée pourquoi tu n'étais pas mort il y a vingt ans, comme cela aurait dû être le cas, au vus de ton échec. »

Le mot 'échec' envoya une pointe d'acide dans son estomac. Ses doigts étaient à présent agrippés à l'accoudoir du fauteuil, leurs jointures devenant plus blanches à chaque seconde qui passait. Pourtant, il resta silencieux, la laissant finir ce qu'elle avait à dire.

« Alors, j'ai fait quelques recherches. Plusieurs, même. Tu te souviens sûrement du délai qu'il t'était accordé pour remplir tes… 'obligations', je suppose. »

« Tout ce dont je peux me souvenir dans l'immédiat, c'est d'une histoire d'alignement de planètes. Je te rappelle que cette nuit-là, je n'étais pas exactement dans le meilleur des états. »

Elle ignora la deuxième partie de sa remarque : « Effectivement, c'était un alignement. Et en faisant mes recherches, j'ai découvert qu'il y avait eu comme qui dirait… une petite erreur de calcul. »

Un frisson qui n'avait absolument rien d'agréable lui parcourut l'échine.

« En d'autres termes… » Sa voix n'était plus qu'un murmure.

Elle se pencha encore davantage en avant, son regard d'un bleu glacial fermement ancré dans le noir jais du sien, avant de lui susurré, comme elle l'avait fait cette nuit-là :

« En d'autres termes, si tu ne remplis pas les clauses du contrat dans les mois qui viennent, Severus, en mai, tu seras mort. »


N/A : Oui, bon, je n'ai jamais dit que vous auriez toutes les réponses à la fin de ce chapitre, hein… ou que cela ne soulèverait pas plus de questions XD

Enfin, j'espère que vous avez tout de même apprécié ! Comme toujours, les reviews sont plus que bienvenues, étant l'une des meilleures motivations pour une auteur de fanfic XD

Gros poutous à tous, la suite en fin de semaine prochaine normalement !