A l'approche de la nuit


Disclaimer: Je malmène encore ces pauvres personnages, mais ils ne m'appartiennent pas, étant l'entière propriété de J.K. Rowling.

Pairing: Hermione Granger / Severus Snape, mais je m'autorise quelques dérives ^^

Rating : T, mais au vu des idées qui remplissent mon esprit tordu, cela à te fortes chances de passer au M !

Note de l'auteur : Hello les gens ! Désolé pour l'attente un peu prolongée, mais j'ai passé dix jours exilée sur un bateau, loin de toute technologie, dur d'avancer dans ces cas là ^^ Enfin, le principal c'est que ce chapitre soit là (et pour changer, légèrement long) XD

Bien sûr, un GIGANTESQUE merci pour vos reviews, il n'y a vraiment rien de mieux pour me motiver ! :D Je remercie également Sandra, la meilleure des béta ^^


RaR :

Sandra: Haha, je savais que Debbie perdrait de son charme quand elle apparaitrait enfin comme une psychopathe XD Mais en toute sincérité, j'adore l'écrire *fait son rire machiavélique* Pour la phrase que tu as cité…hum, c'est une de mes tentatives d'humour XD Ca arrive régulièrement, et ça ne fait pas rire tout le monde mdr Donc je suis contente que tu fasses parties du petit lot lool. Alors pour ce qui est de Ron et Hermione, je sais exactement ce qu'il s'est passé, mais j'hésite encore à écrire la scène en entier, ou juste l'avoir racontée par un des persos…seul le temps nous le diras XD L'attente concernant le Serment est presque terminé, promis !! :D Gros poutous, et merci pour tous :))

Eileen19 : Tu as tout bien compris ^^ Ron avec Dumbledore, et Hermione avec Snape XD Pour ce qui est de Deborah, son rôle dans l'histoire est vraiment capital et décisif…de quelle façon, tu verras au fil des chapitres :p Mais c'est clair qu'elle a un intérêt certain pour Severus, qui est loin d'être sain XD

Un gros merci pour ta review, à bientôt !

Mariel90 : Merci beaucoup !! Ta review m'a fait très plaisir, je suis heureuse que tu apprécies ma fic :D

Maude : Tout d'abord, merci beaucoup pour tes deux reviews ! :D Et vraiment, de rien pour t'avoir répondu, répondre aux reviews est un petit plaisir, j'adore ça, cela permet de créer une certaine 'relation' avec le lecteur/reviewer :)
Pour ce qui est de mon arrêt de traduction, hum, je ne me souviens plus du nom des traducteurs dans l'immédiat (oui, j'ai omis toute cette histoire pour éviter de déprimer trop longtemps XD) mais si tu vas sur ma note que j'ai posté sur cette histoire, je pense l'avoir précisé…apparemment c'est des gens qui vont publier la trad dans un magazine, et qui ont 'l'exclusivité officielle' même si ça me rend perplexe lol. M'enfin XD

En ce qui concerne le souvenir, j'avoue qu'il vient un peu de nulle part, mais insérer des bouts de passé un peu n'importe quand est une habitude que j'ai prise durant l'écriture d'une autre fic. Sinon, je suis vraiment contente que tu aimes ma… lenteur LOL ! Je veux vraiment être crédible, et à ce stade de l'histoire, même si ça avance, je ne les imagine vraiment pas se sauter dessus lol…pas encore en tout cas XD

Tout ça pour dire (woah t'as vu la taille de cette réponse XD), MERCI !! Tes commentaires m'ont fait extrêmement plaisir :)


Chapitre Quatre : Hésitation


Le temps, à Poudlard, possédait une magie qui ne pouvait s'apprendre. Même si Harry avait le sentiment qu'il aurait pu donner un cours détaillé à ce sujet, ayant expérimenté ses distorsions plus souvent que la majorité des gens.

Hermione aurait également été capable de réciter dans une seule prise d'oxygène les différentes lois temporelles, ainsi que tout ce qui concernait les Retourneur de Temps, et tout autre objet du même genre. Mais qu'ils le veulent ou non, le temps était une chose insaisissable, qui passait inlassablement, sans attendre une quelconque permission.

C'est pourquoi les premiers jours de cours finissent toujours par se transformer en routine imperturbable de leçons et de devoirs, d'heures passées à la bibliothèque, de dissertations et de contrôles surprises. Les derniers jours d'été passent et s'évanouissent, faisant place aux couleurs de l'automne, et bientôt, le mois d'octobre pointe presque le bout de son nez.

Lorsqu'ils étaient sortis du bureau de Dumbledore, trois semaines auparavant, le Trio avait imaginé une toute autre version de ce mois de septembre. Si Hermione était sincèrement ravie d'avoir été laissée tranquille, libre de travailler sans répit tout en planifiant leurs révisions pour les ASPIC à venir, les garçons étaient devenus intenables. Harry, qui avait pourtant été au bord de la dépression cet été, aux dires de Ginny, était à présent en manque d'action. Dumbledore avait semblé si proche de mettre la main sur le médaillon, mais il ne leur avait pas donné une seule bonne nouvelle à ce sujet depuis leur entrevue. Ron avait déjà eu deux leçons d'Occlumancie avec le Directeur, mais tout ce qu'il avait pu obtenir à ce sujet étaient de vagues 'C'est en progression, à l'opposé de votre travail, Ronald. Restez concentré, voulez-vous'. De façon peu surprenante, Ron n'était pas vraiment plus doué que Harry l'avait été en cinquième année, même si Dumbledore lui assurait qu'il s'améliorerait au fil du temps.

Hermione, de son côté… et bien, elle n'avait pas eu une seule leçon d'Occlumancie. Elle avait bien entendu lu tout ce qu'elle avait pu dénicher à ce sujet, et n'avait cessé de harceler ses deux amis pour qu'ils partagent leurs impressions et quelques 'conseils', de façon à ce qu'elle puisse commencer à se préparer et même s'entraîner.

Mais le professeur Snape n'avait pas fait une seule allusion à ce sujet. C'était pourquoi Hermione devenait extrêmement nerveuse avant chaque cours de Potions –un double cours le jeudi ET un double cours le vendredi. Nervosité qui ne s'atténuait nullement durant les cours en questions. Car si Ron avait été assez sage pour abandonner les Potions après le départ de Slughorn, Harry avait insisté pour rester, surtout parce qu'il savait que cela lui était nécessaire pour entreprendre une carrière d'Auror. Mais n'ayant plus l'aide du 'Prince', il avait par conséquent retrouvé son niveau pour le moins médiocre. Hermione tentait tant bien que mal de l'aider à comprendre les notions extrêmement compliquées et avancées qu'ils étudiaient. Elle adorait la complexité de ces cours, mais les demandes ininterrompues de Harry, ainsi que les remarques cinglantes de Snape à ce sujet, étaient éreintantes.

Il n'était pas difficile de comprendre pourquoi elle n'avait pas osé interroger le Maître de Potions en ce qui concernait l'Occlumancie. Hermione était beaucoup de chose, mais masochiste n'était pas l'une d'entre elle.

En vérité, Severus était loin d'avoir oublié le fait qu'il était sensé donner des 'leçons privées' à Hermione Granger. Il avait simplement passé la grande majorité du mois à éviter ce qui semblait être la totalité du château. Même s'il ne s'agissait que de Dumbledore, Debbie, et Granger. Cette dernière n'étant pas véritablement un problème en soit. Il n'était confronté à la Gryffondor que durant ses cours de Potions, et durant ces quelques heures, elle était bien trop occupée à venir au secours de Potter tout en se concentrant sur ses propres préparations pour oser lui dire quoi que ce soit.

Mais éviter Dumbledore et Deborah Perfild était une autre histoire. En d'autres termes, il passait plus de temps que jamais enfermé dans ses appartements, ses repas étant expédiés en quelques minutes. Il avait également croisé le chemin de Granger à deux reprises au cours de ses rondes nocturnes. Au lieu de l'accoster et d'essayer –en vain- de la traumatiser, comme il l'aurait normalement fait, il avait à chaque fois tourné les talons, s'empressant de changer de direction et de s'éloigner le plus rapidement possible.

Il était clairement en train de perdre la raison.

Il tentait de toutes ses forces d'ignorer les différents problèmes qui parsemaient sa vie, mais cela ne faisait que les rendre plus virulents, le rendant lui de plus en plus hargneux, plongé dans un déni total, cela allait de soit.

C'est pourquoi il fut tout sauf ravi lorsque qu'un message de Dumbledore virevolta hors de sa cheminée, ce jeudi soir de fin septembre. Son humeur s'assombrit à chaque mot qu'il lisait.

'Severus, vous êtes prié d'informer Hermione Granger que vous lui donnerez sa première leçon d'Occlumancie demain soir, après dîné. Je n'accepterais aucune excuse. Si j'apprends que vous vous êtes à nouveau désisté, je me verrais dans l'obligation de lui donner moi-même ces leçons, ce qui vous obligerait donc à prendre le relais en ce qui concerne l'apprentissage de Ronald Weasley. Vous êtes prévenu.'

La mâchoire serrée par la colère, il lança le bout de parchemin dans l'antre flamboyant. Il observa le feu dévorer le message en l'espace d'un battement de paupière, sachant pertinemment que la signification des mots n'en restait pas moins réelle.

Et il se demanda avec amertume à quel moment de son existence exactement il avait perdu le pouvoir de contrôler sa vie.


***


Hermione aurait dû savoir que sa journée allait être mouvementée, rien qu'à la façon dont elle fut réveillée, ce matin là, alors qu'elle commençait à peine à sortir de son rêve.

Des piaillements perçants et insupportables lui déchirèrent les oreilles. Rapidement suivit des grognements mécontents de ses camarades de dortoir. Elle ouvrit les yeux pour découvrir Coq voletant joyeusement au-dessus de sa tête, tandis que les griffes de Pattenrond s'enfonçaient durement dans son estomac, ce dernier observant l'oiseau avec intérêt. Lavande, le visage enfoui dans son oreiller, lui fit comprendre qu'elle ferait mieux de se dépêcher 'de faire taire ce satané piaf' rapidement. Ejectant son chat hors du lit sans ménagement, Hermione se redressa et attrapa le hibou hyperactif, avant de déplier le parchemin qu'il transportait.

« Descends maintenant. » avait gribouillé Ron en grosses lettres, surlignant le mot 'maintenant' trois fois.

Elle enfila une robe de chambre à la va-vite et sortit pieds nus de la chambre, seulement pour découvrir sur le palier que l'escalier avait disparu, remplacé par un toboggan. Ce phénomène ne s'était produit que deux fois –à sa connaissance- au cours des six années précédentes. La dernière fois, Harry et Ron avaient tenté de monter, causant l'activation du sort, et au vu du message qu'elle avait reçu, elle avait le pressentiment qu'ils étaient encore une fois responsables.

Et effectivement, lorsqu'elle eu finit de glisser jusqu'à la salle commune, Ron l'attendait, l'air grave et agacé. Plusieurs questions lui virent immédiatement à l'esprit, 'Pourquoi as-tu essayé de monter ?' 'Tu sais que Lavande a décidé de rôtir Coq en guise de petit-déjeuner ?' ou encore 'Depuis quand tu te lèves avant 7h30 ?' Mais une seule sortit immédiatement de sa bouche alors qu'elle se relevait.

« Où est Harry ? »

Le teint déjà pâle de Ron perdit encore de sa couleur, avant qu'il ne réponde : « Il est parti il y a vingt minutes avec Dumbledore. Il a trouvé le médaillon, Hermione. Il est au Ministère de la Magie, en possession d'Ombrage. »

***

Il fallut moins d'un quart d'heure à Ron pour lui raconter ce qu'il s'était passé en ce début de matinée. Le reste de la journée –à part les cinq minutes que Hermione utilisa pour s'habiller et paraître un minimum présentable- fut passé à discuter et décortiquer ce qu'ils savaient, en long, en large et en travers.

En résumé, Dumbledore était venu réveiller Harry en personne, avant même que le soleil ne soit levé, avant de l'entraîner dans un placard à balais à proximité pour conserver un minimum de discrétion. Il lui avait raconté comment il avait retrouvé Mundungus Fletcher, et que ce dernier lui avait avoué avoir donné le médaillon à Dolores Ombrage. Dumbledore ne voulait pas perdre une minute de plus, car il avait en effet entendu des rumeurs en provenance du Ministère concernant Ombrage, qui semblait être encore moins humaine qu'ordinairement ; il craignait fortement que cette dernière ne soit possédée par Lord Voldemort, même si Hermione pensait intérieurement qu'il aurait fallu qu'elle ait elle-même une âme pour cela en premier lieu.

Ron savait tout ceci, car Harry le lui avait chuchoté à toute vitesse et avec avidité alors qu'il s'habillait. Il n'avait aucune idée du plan de Dumbledore, mais il savait qu'il devait partir le plus rapidement possible.

Bien évidemment, Ron et Hermione passèrent la majorité du temps à déplorer le fait qu'ils n'avaient pas été autorisés à se joindre à eux. Depuis le temps qu'ils entendaient parler des Horcruxes, ils avaient espéré pouvoir aider plus activement ; au lieu de cela, ils se retrouvaient dans le noir total.

Ils étaient si captivés par leur débat qu'aucun d'entre eux ne réalisa que pour la première fois en l'espace de deux mois, ils échangeaient plus de deux mots l'un avec l'autre sans virer rouge tomate, rendu muet par la gêne. Harry aurait été bien entendu ravi d'assister à ce phénomène, s'il n'avait pas été occupé à chasser un Horcruxe. Sans eux.

Son double cours de Potions avant le dîner fut le premier moment de la journée où Hermione se retrouva seule, n'ayant que ses pensées pour lui tenir compagnie. Et elle réalisa rapidement que c'était loin d'être à son avantage.

Harry et Dumbledore étaient partis depuis près de dix heures à présent, et ils n'avaient reçu aucunes nouvelles d'eux. Bien sûr, elle savait qu'ils ne sauraient rien tant que leur ami ne serait pas de retour au château, mais cette certitude ne faisait rien pour calmer son inquiétude.

Oui, Harry était un jeune sorcier hors du commun, plus courageux que la grande majorité des gens, et il avait survécu à bien pire. Et il était accompagné de Dumbledore. Mais elle ne parvenait pas à se mentir à elle-même. Dumbledore n'était plus que l'ombre du formidable sorcier qu'il avait un jour été, de toute évidence de plus en plus affaibli par la malédiction qui lui avait été lancée –oui, elle n'était pas stupide, elle se doutait que sa main morte résultait d'un sortilège particulièrement vicieux. Un sortilège qui lui serait sans aucun doute fatal. Elle n'avait pas exprimé ses inquiétudes à ce sujet avec les garçons, mais elle ne se faisait pas d'illusion.

Qu'arriverait-il si Ombrage était véritablement possédée par Voldemort ? Existait-il une connexion entre les différents morceaux d'âmes du Mage Noir ? Dumbledore ne leur avait jamais rien dit à ce sujet.

Et qu'arriverait-il si Voldemort apparaissait au Ministère avec ses Mangemorts, bien décidé à tuer Harry ? Et qu'arriverait-il si, comme avec le journal de Jedusor, un deuxième Voldemort sortait du médaillon ??!

Et puis, qu'arriverait-il si elle ajoutait une racine de Mandragore à sa potion, au lieu d'y verser quelques gouttes d'extrais de Hortensia, comme elle aurait dû le faire ?

La réponse était simple, et explosive, au sens littéral du terme.

Si la Mandragore ne faisait que frôler le liquide en ébullition, à ce stade de la préparation, son chaudron imploserait, et les milliers de petits morceaux qu' avaient un jour été son corps iraient décorer les murs des cachots…ainsi qu'une dizaine d'autres élèves.

Mais ses bouts de racines n'atteignirent jamais sa potion, son poignet étant soudainement saisi durement et éloigné du chaudron ; le reste de son corps suivant le mouvement, son tabouret gratta bruyamment le sol en pierre, alors qu'elle était tirée en arrière.

Durant la fraction de secondes qu'il lui fallu pour prendre conscience de ce qu'il se passait –et de ce qui avait failli se passer, son regard choqué se posa d'abord sur son poignet définitivement douloureux, réalisant qu'une autre main l'avait agrippé, de long doigts pâles enserrant toujours son bras avec force. Relevant ensuite la tête, ses yeux écarquillés rencontrèrent un regard furieux et flamboyant, qui était loin de lui être étranger. Cela lui remit définitivement les idées en place et les pieds sur terre.

Elle avait été sur le point de tuer la moitié des gens présent autour d'elle –elle incluse- et cela aurait été le cas si son professeur ne l'avait pas empêché de commettre cette erreur digne d'une première année.

Elle sentit le rouge envahir immédiatement ses joues et l'ensemble de son visage, avant même qu'il n'ait ouvert la bouche et commencé à déverser son venin.

« Auriez-vous des tendances suicidaires, Miss Granger ? » demanda t-il de ce ton faussement calme et doucereux que tous les élèves redoutaient plus ou moins secrètement. Il n'avait toujours pas lâché son poignet.

« Non… » répondit-elle d'une voix tremblante.

« Une envie soudaine de commettre une dizaine de meurtres, alors ? » Ses doigts s'enfoncèrent encore davantage dans la chair douloureuse de son bras, obligeant sa main à s'ouvrir, et les bouts de Mandragore tombèrent finalement au sol, plop plop plop.

« N-Non » répéta t-elle, incapable de penser à une réponse plus appropriée.

« Car, au cas où vous ne l'auriez toujours pas réalisé, vous avez failli mettre fin aux existences de la majorité des personnes présentes dans cette classe. Bien que cela ne m'aurait pas particulièrement dérangé en temps normal, ma vie aurait également été tragiquement écourtée, chose que je n'aurais pas appréciée. »

Sur ses mots, il la relâcha enfin, et elle serra son bras douloureux contre sa poitrine, les yeux humides. Mais il ne bougea pas, son regard plus furieux que jamais.

« Je…je suis désolée, professeur. J'étais… j'étais distraite et je… »

« Epargnez-moi vos insupportables bégaiements, Miss Granger. Considérant la situation actuelle, dire que vous étiez 'distraite' serait un pléonasme. J'attends des mes élèves de niveau ASPIC une concentration totale, qui est obligatoire, si ce n'est vitale, pour la réussite des préparations demandées, ainsi que la sécurité des élèves et du corps enseignant. Cinquante points en moins pour Gryffondor, Miss Granger, et vous resterez à la fin du cours pour connaître l'heure et la nature de votre retenue de ce soir.

« Oui, monsieur… » murmura t-elle, les yeux baissés.

***

Elle passa le reste du cours au bord des larmes, mais concentra ses efforts à ne pas le laisser paraître…et surtout à ne plus faire aucune erreur concernant la préparation de sa potion, sachant pertinemment que Snape avait son regard rivé sur elle. Elle ne manqua pas non plus de noter les regards furtifs et anxieux que lui lançaient les autres élèves.

Elle savait ce qu'ils pensaient. Si elle menaçait déjà de craquer et de faire exploser son chaudron –et la moitié de la classe- après à peine un mois de cours, comment le reste des septièmes années parviendraient-ils à survivre les mois à venir ? Sa réputation de Miss-Parfaite/Je-Sais-Tout venait d'en prendre un coup. Pensée qui ne fit rien pour arranger son désir ardent d'éclater en sanglots.

Elle se détestait vraiment pour être aussi émotionnelle –sachant très bien que si elle craquait devant Snape, ce ne serait qu'à son avantage à lui, et ne ferait que renforcer son impression qu'elle n'était qu'une gamine pleurnicharde qui se cachait derrière ses bouquins et ses définitions apprises par cœur.
Mais elle n'y pouvait rien, elle avait toujours eu la larme facile, malgré son aberration totale pour sa propre tendance à se transformer en fontaine dès qu'un excès d'émotions la frappait. Et après tout, elle avait toutes les raisons d'être à fleur de peau à cet instant.

Pour tout ce qu'elle savait, son meilleur ami était en danger de mort certaine, elle avait failli tuer ses camarades, et s'était ridiculisée en beauté. Et puis, son poignet droit était parcouru d'une douleur lancinante dès qu'elle utilisait sa main, ce qui n'était pas particulièrement pratique pour une droitière. Mais le pire était à venir, elle en avait bien conscience. Une retenue avec Snape.

Ce n'était vraiment pas son jour.

A la fin du cours, elle attendit patiemment –et légèrement tremblante- que tous les élèves quittent la salle de classe, tentant d'ignorer leurs regards emplis de pitié. Finalement, lorsqu'elle se retrouva seule avec son professeur, elle prit une profonde inspiration, avant de se diriger vers le fond de la salle, où Snape se trouvait, rangeant les échantillons qu'il venait de récolter. Un simple coup de baguette lancé depuis son bureau aurait suffit à accomplir cette tâche, mais Hermione avait la nette impression qu'il le faisait manuellement pour que son attention reste fixée sur autre chose qu'elle, de façon à ce qu'elle réalise bien à quel point elle était un problème particulièrement dérangeant à cet instant.

Elle s'abstient d'ouvrir la bouche et de témoigner sa présence d'une quelconque façon, serrant fermement son livre de potions contre sa poitrine, comme si cela lui offrirait une certaine protection. Il finit par prendre la parole, continuant de manier les fioles une par une, les observant à la lumière avec attention, avant de les poser sur l'étagère, avec une lenteur insupportable.

« Vous vous rendrez à mon bureau à 18h précise. » dit-il sans lui lancer un seul regard. « Votre idiotie mériterait une retenue à la hauteur de votre bêtise, mais il semblerait que le sort vous soit clément à un certain degré, aujourd'hui. Le Directeur a demandé à ce que vous ayez votre première leçon d'Occlumancie ce soir. Partant du principe que cette tâche sera aussi plaisante pour vous qu'elle le sera pour moi, la punition sera peut-être suffisante. »

Puis, il se tourna vers elle, et fixa son regard glacial dans le sien, avant de reprendre : « Mais soyez sûre d'une chose, Miss Granger. Si vous vous présentez à ce cours avec le même degré de concentration dont vous venez de faire preuve, soyez certaine qu'il n'y aura pas de prochaine fois, qu'importe ce que dira Dumbledore. Suis-je assez clair ? »

Hermione, qui n'avait pu soutenir son regard que quelques secondes avant d'être obligée de baisser à nouveau les yeux (de plus en plus humides), murmura encore une fois : « Oui, monsieur. », avant de s'empresser de sortir de la salle.

Les larmes chaudes commencèrent à rouler sur ses joues rougies dès l'instant où la porte se referma derrière elle, et elle les essuya d'une main furieuse, son cœur battant la chamade. Elle se sentait soudainement terriblement nauséeuse, l'idée de rejoindre Ron dans la Grande Salle pour manger n'ayant jamais semblé aussi peu attirante. Elle ne pouvait penser qu'à une seule chose : Elle avait faillit faire exploser les cachots moins d'une heure plus tôt.

Comment était-elle sensée parvenir à protéger ses souvenirs et pensées les plus secrètes contre le regard perçant du Maître de Potions ?


***


D'un geste presque automatique, Severus plaça le bout de sa baguette contre sa tempe, concentrant ses pensées sur un souvenir bien précis, et dans l'instant qui suivait, il ajoutait une fine trainée argentée à la substance tournoyante de la Pensine. Il répéta cette action une fois, deux fois, trois fois, son esprit s'arrêtant un peu trop aisément sur les souvenirs qu'il ne tenait pas particulièrement à partager.

Tout en se concentrant sur sa tâche, il s'interrogea encore une fois sur l'étrange nature de la Pensine. Beaucoup de sorciers désiraient ardemment en posséder une, car ils croyaient naïvement qu'ils pouvaient se débarrasser de ces souvenirs qui étaient parfois trop gênant…ou douloureux. La vérité était tout autre. Placer un souvenir dans la Pensine ne l'effaçait en aucun cas de votre mémoire. Il existait toujours dans votre esprit, mais sa consistance était beaucoup plus floue, dure à saisir, comme un rêve dont on se souviendrait presque au réveil. La version entière et intégrale du souvenir était placée dans la Pensine, libre à son propriétaire de s'y replonger totalement, pour en revivre le moindre détail.

Mais il en restait toujours une trace indélébile dans votre mémoire, telle une empreinte digitale, trace qu'aucune autre personne ne pouvait déceler, en utilisant la Legilimancie en particulier ; c'était un des aspects particulièrement favorable de la Pensine. Surtout lorsque vous vous retrouviez obligé de donner des leçons d'Occlumancie dans quelques minutes.

Severus doutait fortement que Granger soit capable d'une quelconque intrusion dans son esprit, surtout pas durant leur première leçon, et dans son état de concentration actuel. Mais il ne voulait prendre aucun risque ; après tout, Potter était parvenu à entrer dans son esprit sans qu'il ne s'y attende, et malgré son irritation presque permanente en ce qui concernait la jeune Gryffondor, il ne pouvait nier le fait qu'elle avait toutes les capacités nécessaires pour devenir une excellente Legilimens et Occlumens. Même s'il ne lui dirait jamais une telle chose, bien entendue…surtout pas aujourd'hui.

Son irritation augmenta d'elle-même alors qu'il se rappelait l'incident qui avait pris place durant son dernier cours de la journée. Frissonnant presque à l'idée de ce qui aurait pu se passer s'il n'avait pas été là pour l'arrêter.

Ce n'était un mystère pour personne que les potions qu'il faisait faire à ses 7ème année pouvaient être extrêmement dangereuses, et potentiellement létale, si mal réalisées. Mais s'il se permettait de tels risques, c'était parce qu'il n'autorisait que les élèves ayant obtenu 'Optimal' à leur BUSE à continuer ses cours, et ce n'était pas pour rien ! A l'exception de Potter, bien sûr, qui avait atterri une nouvelle fois dans sa salle de classe seulement par pur pistonnage. Et pour une fois que ce cornichon dégénéré avait été absent, ce cours aurait dû se dérouler sans aucun problème particulier. Il ne s'était certainement pas attendu à ce que le problème vienne d'Hermione Granger, qui avait l'agaçante manie d'être particulièrement douée en Potions. La plupart du temps, en tout cas.

Dès le début du cours, il avait rapidement remarqué qu'elle ne portait pas la même attention à son travail qu'elle le faisait habituellement. Elle avait semblé distraite, et particulièrement inquiète, son expression creusée et pâle. Potter étant absent, ainsi que Dumbledore –qui avait bien entendu gardé les raisons secrètes- il ne fallait pas être un géni pour comprendre qu'ils étaient sans aucun doute partis jouer les héros. Et que la groupie de Potter n'en savait pas plus que lui à ce sujet.
Il avait donc été particulièrement vigilant, gardant son regard majoritairement fixé sur elle, notant la façon dont elle exécutait ses gestes, qui, malgré sa distraction évidente, conservaient une aisance naturelle.

Jusqu'à ce qu'elle commence à découper ses racines de Mandragore. Ingrédient qui ne devait être ajouté qu'à la fin de la préparation, et non pas au milieu…et qui à ce stade aurait réduit Granger en bouillit.

Il avait été furieux contre elle bien entendu. Mais à un certain niveau, il se retrouva également furieux contre lui-même. Car au milieu de son envie de meurtre et d'exaspération, et sous l'épaisse couche de déni qui l'habitait encore, il avait brièvement pensé : 'Si elle avait implosé, mes chances de mourir en mai auraient été encore plus élevées.' Une pensée qu'il avait immédiatement enfouie dans un coin de son esprit ; mais le mal était fait.

Il ne pouvait pas ignorer le fait qu'elle faisait parti de ses… 'seules options', bien qu'il ait encore une vérification à faire, malgré son obstination à repousser ce moment le plus longtemps possible. Penser à une élève de cette façon, malgré l'irritation presque constante qu'elle provoquait en lui, cela lui donnait l'impression d'être un pervers en train de faire ses courses pour de la chair fraîche.

Au même moment, les souvenirs qu'il avait déposé dans la Pensine cessèrent de tournoyer assez longtemps pour qu'un fragment de son passé devienne plus clair que le reste à la surface. Il pouvait voir la jeune fille rousse, et ses yeux d'un bleu glacial, alors qu'elle murmurait : « Promets-tu de prendre la virginité d'une née mol- » Mais l'image disparut aussi rapidement qu'elle était apparue, ayant éloigné sa baguette du liquide argenté.

Trois coups légers venaient d'être frappés à la porte.

***

Hermione n'avait jamais cru qu'elle éprouverait un jour une telle aberration à se trouver devant la porte du bureau de Snape. Elle se demanda brièvement si tout élève ayant un jour reçu une retenue avec le Maître de Potions ressentait la même appréhension lorsque le moment fatidique arrivait.

Bien qu'elle doutât fortement du fait que tout autre élève qu'elle –à l'exception de Harry- ait été sur le point d'avoir leur esprit fouillé par l'homme en question.

Mais elle savait qu'il était inutile d'attendre plus longtemps ; si elle arrivait en retard, cela ne ferait qu'aggraver la situation. Elle prit cependant trente secondes de plus pour tenter de vider son esprit de toutes émotions, les yeux fermés, comme elle s'était entraînée à le faire tous les soirs avant de s'endormir. Il y avait certains souvenirs pour le moins récents qu'elle ne voulait absolument pas partager, avec qui que ce soit, et elle savait que de ce fait, c'était ces images qui risquaient de se présenter à lui en premier lieu. Mais comme tout ce qu'elle entreprenait dans la grande majorité des cas, elle obtenait des résultats satisfaisants ; elle espérait sincèrement que ses préparations seraient efficaces.

Prenant une dernière, lente et profonde respiration, elle frappa trois fois à sa porte.

***

Lorsqu'Hermione Granger pénétra dans son bureau, il avait pris place devant le meuble du même nom, les bras croisés, cachant temporairement la Pensine aux yeux de cette dernière. Non pas qu'elle ait la moindre chance de se plonger un jour dans ses souvenirs, comme Potter avait un jour osé le faire.

Il avait pris soin d'afficher son air le plus sévère et ténébreux, lui prouvant bien à quel point cette leçon ne serait pas une partie de plaisir autant pour elle que pour lui, et il vit son teint déjà pâle perdre encore davantage de sa couleur, à sa grande satisfaction.

« Bonsoir, professeur, » dit-elle doucement, clairement mal-à-l'aise, mais parvenant à garder sa voix stable.

Pour toute réponse, il décida de ne pas y aller par quatre chemins :

« Soyons honnête, miss Granger. Nous savons tous deux que vous avez lu tous les volumes disponibles à la bibliothèque sur les arts de l'Occlumancie et de la Legilimancie, et que vous avez sans aucun doute harcelé Mr Potter et Weasley à ce sujet, vainement, je n'en doute pas. Je ne perdrais pas mon temps à vous expliquer de quoi il retourne, où le but de ces leçons, avec l'espoir que le Directeur aura été plus précis dans ses raisons qu'il ne l'a été avec moi. Sortez votre baguette. »

Silencieuse et pâle, Hermione sortie sa baguette de sa poche, avant de la tendre devant elle, d'une main tremblante.

« Je vais tenter de pénétrer votre esprit, et votre travail ait de m'en bloquer l'accès. » précisa t-il pourtant, inutilement, d'un ton clairement ennuyé, comme s'il avait vraiment mieux à faire (ce qui était le cas). Puis, sans lui laisser une seconde de plus pour se préparer, il bloqua son regard dans le sien : « Legilimens ! »

Sans aucune surprise, il fut instantanément happé dans son esprit, une sensation qui ne lui était plus étrangère après toutes ces années d'expérience, même si elle était différente d'une personne à l'autre. Dans le cas présent, il nota immédiatement une différence majeure par rapport à ce qu'il s'était passé durant tous ses cours avec Potter. Elle opposait une résistance. Il pouvait parfaitement sentir tous ses souvenirs à porté de son propre esprit, n'attendant qu'une légère pression pour s'ouvrir totalement à lui, mais il y avait une force contraire qui tentait de le tenir éloigner, c'était immanquable. Cela concernait un souvenir en particulier, et il sentait que cela avait un rapport quelconque avec Weasley.

Connaissant son personnage, beaucoup aurait pensé qu'il ne perdrait pas une telle occasion en or de dénicher les secrets les plus intimes de Miss-Je-Sais-Tout/Sainte-Ni-Touche, mais la vérité était tout autre. Tant qu'à se retrouver obligé d'enseigner l'Occlumancie à Granger, autant le faire bien, et vite. Si elle parvenait à masquer presque totalement ce souvenir lors de sa première tentative, briser ses minces défenses maintenant serait totalement inutile ; il savait qu'elle n'aurait aucune chance contre son pouvoir. Non, la meilleure tactique pour obtenir des résultats étaient d'attaquer ailleurs, dans les recoins qu'elle avait laissé totalement ouverts à sa 'vue', et revenir à son secret régulièrement à chaque leçon, l'obligeant à renforcer ses barrières, qu'elle pourrait ensuite placer sur l'ensemble de ses souvenirs.

Il plongea donc dans une masse de souvenirs à première vue indistincts, certains fragments beaucoup plus nets que les autres. Comme il l'avait un jour expliqué inutilement à Potter, les pensées n'étaient pas un livre ouvert, ce qui était également le cas des souvenirs. Etre dans la tête de quelqu'un ne ressemblait en rien à un plongeon dans une Pensine. Dans une Pensine, vous étiez un spectateur extérieur, libre de vous déplacer où bon vous semblait. Lorsque vous pénétriez directement dans un souvenir, dans le cas de la Legilimancie, vous viviez la scène du point de vue de votre victime, voyant ce qu'elle avait vu, et ressentant ce qu'elle avait ressenti. Du moins, de façon un peu flou et détachée, n'étant jamais totalement happé par ces émotions étrangères.

Comme il s'y était attendu, ce fut les scènes gênantes et émotionnellement chargés qui déferlèrent d'abord. La première scène qu'il vit nettement était si récente et familière qu'une désagréable sensation de déjà-vu l'envahi, alors qu'il pouvait voir sa propre expression furieuse, aussi clairement que s'il s'était trouvé devant un miroir. La gêne et l'humiliation suintaient de Granger, alors qu'il resserrait sa poigne sur son poignet, accentuant la douleur. Il ne se sentait en aucun cas coupable de l'avoir agrippé au point de lui faire mal, mais revivre un de ses propres souvenirs d'un point de vue différent n'était jamais quelque chose d'agréable, il préféra donc s'en éloigner rapidement.

Les scènes passaient, les unes après les autres, dans un amas flou d'émotions négatives, mélange d'embarras, de frustration, de douleur, et parfois même de peur.

Elle était dans une cours d'école moldue, en haut d'un toboggan, et une autre enfant du même âge tentait de la pousser pour glisser avant elle. Il sentit son pic de colère, éprouvant un ressentiment certain pour cette autre élève, malgré leur jeune âge respectif ; dans l'instant qui suivait, c'était elle qui avait poussé son 'ennemie', cette dernière tombant tête la première sur le toboggan, qu'elle descendit brutalement, avant de s'écrasée au sol. Suivit d'un appel très mécontent de l'autre côté de la cours, une enseignante s'approchant à toute vitesse, alors que la colère se transformait instantanément en culpabilité.

Elle était dans un lieu familier, les couloirs de Poudlard, prostrée dans un coin sombre, alors que son corps tremblait sous l'effet de la détresse qu'elle ressentait. Elle voulait rentrer chez elle. Elle avait cru pouvoir se mêler aux autres, elle avait cru que son travail et ses connaissances suffiraient à la faire se fondre dans la foule, mais elle avait eu tord. Elle avait eu tord, elle était seule, totalement seule, elle ne voulait plus jamais revoir Lavande et Parvati et leurs regards dédaigneux. Elle voulait rentrer, elle voulait retrouver son propre lit, et les bras réconfortants de sa mère. Elle n'était pas faite pour être une sorcière, elle le savait, il y avait eu une erreur. Elle voulait rentrer chez elle.

L'air froid qui envahissait les lieux rendait le bout de ses doigts douloureux, et obligeait l'ensemble de son corps à frissonner inlassablement ; il fallait dire que le justaucorps qu'elle portait, ainsi que son collant, n'était pas des plus adapté à la température actuelle, mais cela faisait parti du jeu. La nervosité croissante qu'elle ressentait n'aidait pas non plus à calmer ses tremblements, alors qu'elle attendait, en position, que la musique démarre. Lorsque les premières notes fusèrent l'air, elle bougea enfin. Et dès qu'elle commença à glisser, elle sentit ses nerfs se détendre légèrement, l'excitation prenant le dessus. Elle prit de la vitesse, ses patins se mouvant silencieusement sur la glace au rythme de la musique. Son double saut approchait à grand pas à présent, figure fatidique si elle voulait la première place. Elle attendit le moment exact, avant de s'élancer dans les airs. Geste qu'elle avait réussi à la perfection ce matin même à l'entraînement. Et qu'elle rata lamentablement, retombant durement sur la surface glacée, sentant quelque chose se briser au niveau de sa cheville. Mais la douleur ne fut pas la raison immédiate de ses pleurs. La déception, mêlée à l'humiliation, enserra son cœur et son estomac, réalisant qu'elle venait d'échouer.

Elle pleurait, de cette façon saccadée et traînante, signe qu'elle venait de passer un très long moment à sangloter, et que sa réserve de larmes et de forces approchait l'épuisement. Elle marchait d'un pas chancelant, le sol recouvert d'épines, de branches et de diverses plantes continuant de craqueler sous ses chaussures. La lumière du jour diminuait, elle en avait bien conscience, la nuit approchait à très grand pas, et cette simple idée provoqua la monté d'un nouveau sanglot dans sa gorge douloureuse. Elle savait qu'elle allait mourir ici, perdue au milieu des bois. Elle n'aurait jamais dû s'éloigner de ses parents, elle le savait, elle le savait plus que tout. Elle n'avait que sept ans, elle était trop jeune pour mourir, dévorer par une bête sauvage, et pourtant cela serait le cas, parce qu'elle avait désobéi. Elle allait mourir, et plus jamais elle ne reverrait ses parents.

Juste au moment où elle sembla sur le point de s'effondrer au sol, prête à se rouler en boule et laisser la nuit l'englober et l'avaler, elle l'entendit, au travers des arbres. La voix de papa. Criant son nom, de plus en plus près d'elle. Elle hurla à son tour, commençant à courir, n'en croyant pas ses oreilles. Et finalement, elle le vit, au loin, et elle courut, elle courut de toutes les forces qu'il lui restait, recommençant à sangloter, de soulagement cette fois. Et puis, il n'y eut plus de peur, plus d'angoisse et de désespoir, seulement les bras de papa autour d'elle, la serrant tellement fort que c'en était presque douloureux. Mais elle s'en fichait, se nichant dans la chaleur de ses bras, sentant bientôt les mains de maman sur elle. Se sentant à nouveau en sécurité, chez elle.

Appuyée contre le chambranle de la porte, elle observait sa mère s'habiller, enfilant un t-shirt qui, bien que large, moulait à la perfection l'arrondie proéminant de son ventre. Elle vit sa mère se délecter du reflet que lui offrait le miroir, un sourire rêveur et heureux étirant ses lèvres et éclairant son visage. Ignorant que de ce fait, sa fille derrière elle se laissait envahir par une vague d'aversion total contre le bébé qui grossissait dans le ventre de sa mère, et qui allait bientôt lui voler une partie de l'amour que ses parents lui avaient exclusivement réservé pendant plus de huit ans. Elle ne voulait pas de ce bébé, elle souhaitait de toutes ses forces que ses parents n'aient jamais réussi à avoir un autre enfant. Elle aurait tout fait pour annuler cette situation, tout fait pour…

Mais le souvenir s'évanouie de lui-même, alors que Severus pouvait sentir la concentration forcenée de Granger se diriger contre lui, pour la première fois depuis qu'il avait commencé à fouiller dans son esprit. Ses efforts étaient maigres, bien trop maigres, mais il décida de relâcher son emprise.

Immédiatement, elle tomba à genoux, ses mains plaquées au sol devant elle pour s'empêcher de s'écrouler totalement. Il la regarda prendre de profondes respirations tremblantes et saccadées, tentant de retrouver une certaine contenance, alors qu'il se tenait au dessus d'elle, totalement impassible. Il lui laissa quelques secondes de plus pour se remettre les idées en place –dans le sens littéral du terme- avant de bannir toute clémence de son esprit.

« Relevez-vous. » lui dit-il d'un ton froid et sans appel. Ce qu'elle finit par faire, tentant d'effacer rapidement les traces humides qui avaient coulé sur ses joues durant l'expérience. Elle était terriblement pâle et tremblante, et n'osait pas soutenir son regard. « Votre résistance était pour le moins médiocre, miss Granger, vous allez devoir faire plus d'effort si vous voulez parvenir à des résultats concrets. »

« Personne n'avait jamais violé mon esprit de cette façon auparavant, monsieur, pardonnez mon manque d'expérience. » répondit-elle d'un ton clairement insolant, malgré son état secoué, faible tentative pour masquer son trouble. Les Gryffondors et leur fierté à toutes épreuves.

Au lieu de lui retirer dix points, comme il en avait bien l'envie, il décida qu'une petite récidive était nécessaire.

« Il y a une première fois à tout, miss Granger, » répliqua t-il de son ton le plus sarcastique, alors qu'elle tentait vainement de lui lancer un regard qui se voulait noir. « Essayez de vous concentrer davantage, où je vais rapidement finir par regretter mes leçons avec Potter. Legilimens ! »

A nouveau ce même tourbillon de pensées et d'émotions, de flashs d'images et de sensations, alors qu'il pouvait clairement sentir sa tentative désespérée pour protéger son passé. Il vit défiler de nouveaux moments de son enfance totalement anodins et ennuyeux, et il décida de corser un peu les choses. Elle avait définitivement été très réticente à l'idée qu'il porte son attention sur le dernier souvenir qu'il avait pénétré, quelques minutes plus tôt. Il décida donc de se concentrer de ce côté-là, invoquant les images de sa mère clairement proche du terme de sa grossesse, et la réaction fut immédiate. Il pouvait la sentir, tentant de construire un mur solide entre lui et ses souvenirs ; mais pour quelqu'un de son niveau, sa protection n'était rien de plus qu'un voile de fumée, qu'il écrasait un peu plus à chaque tentative, l'affaiblissant à chaque fois. Dû fait de la connexion immédiate qu'il avait avec son esprit, il pouvait sentir son angoisse, mais il bloqua cette émotion intruse avec une facilité presque innée, continuant de pousser. Sa résistance céda encore une fois très rapidement, lui dévoilant un nouveau flash du passé.

Elle était assise sur une chaise, dans une chambre d'hôpital, recroquevillée sur elle-même, observant sa mère sangloter de façon déchirante contre l'épaule de son père, qui s'était assis sur le lit pour pouvoir la serrer dans ses bras. Personne ne lui avait vraiment expliqué ce qu'il s'était passé, mais elle n'était pas stupide, elle était très loin d'être stupide. Elle savait ce que 'mort-née' voulait dire. Elle savait également que les rêves colorés de ses parents venaient d'exploser comme des bulles de savons, ne laissant derrière eux qu'un désert de désespoir. Elle savait que ses vœux venaient d'être exaucés, mais jamais, jamais, jamais elle n'avait souhaité qu'une telle douleur soit infligée à sa mère, jamais elle n'avait voulu qu'elle soit ainsi déchirée, incapable de faire quoi que ce soit d'autre à part sangloter et…

La barrière réapparu brutalement, plus consistante cette fois, et à nouveau, il décida de la laisser en paix…pour un temps.

Elle ne tomba pas au sol, comme la première fois, mais se plia en deux, comme transpercer par une douleur soudaine et lancinante, un son qui ressemblait immanquablement à un sanglot étouffé lui échappant.

« Arrêtez… » parvint-elle à articuler d'une voix enrouée, toujours à moitié plié, les yeux douloureusement clos.

Il demeura silencieux et immobile, froidement insensible aux réactions de la jeune fille. Oui, ce qui était arrivée était triste, bouhou, mais ce n'était malheureusement pas la seule tragédie qui avait frappé le monde, et il avait vu et fait bien pire au cours de sa vie pour être affecté d'une quelconque façon par ses souvenirs. Elle était une élève brillante, il ne l'avait jamais démenti –à lui-même – mais elle était vraiment beaucoup trop émotive et sensible. Si elle voulait survivre à cette guerre et au reste de sa vie, il allait falloir qu'elle s'endurcisse, et rapidement. La laisser s'apitoyer sur son sort et sur des douleurs passées serait inutile et ridicule.

« Redressez-vous » lui ordonna t-il sévèrement, et reniflant lamentablement, elle finit par lui obéir.

« S'il vous plait… » le supplia t-elle presque. « Je pense que vous en avez assez vu. »

« Croyez-moi, miss Granger, j'ai mieux à faire que de ressasser les souvenirs de votre enfance avec vous, mais que voulez-vous, la vie est injuste et cruelle. Levez votre baguette. »

Avec une réticence plus flagrante que jamais, elle se mit en position, ses joues toujours brillantes de larmes. Il leva sa baguette et-

Quelqu'un frappa à la porte, avant d'entrer, sans attendre sa permission.

Debbie.

Severus abaissa calmement sa baguette, tandis que Granger tentait tant bien que mal d'essuyer rapidement ses joues, n'osant regarder aucun de ses professeurs, mais semblant réellement soulagée par son arrivée. Debbie, de son côté, ne semblait pas surprise le moins du monde en voyant qu'il n'était pas seul dans son bureau, mais leva un sourcil inquisiteur dans sa direction, à la vue de l'état émotionnel dans lequel l'élève se trouvait.

Avant qu'il n'est pu dire un mot, elle avait parlé : « Désolée de vous interrompre, Severus, mais Miss Granger est demandée au bureau du Directeur. »

Instantanément, Granger releva la tête et planta son regard écarquillé dans celui de Debbie. « Il est rentré ?! »

Debbie lui offrit un sourire chaleureux et rassurant : « Oui, Mr Potter et Weasley étaient déjà en sa compagnie lorsqu'il m'a demandé de venir vous chercher. »

Toute la tension qui avait habité le corps de Granger jusqu'à présent sembla disparaître, alors qu'un soupir de pur soulagement s'échappait d'elle. Elle murmura un « Merci » avant de se glisser hors de la pièce, sans même un regard pour son Maître de Potion, qui était tout sauf ravi de ce retournement de situation.

Ils se fixèrent tous deux sans ciller pendant un long moment, attendant de voir qui craquerait le premier. Le sourire doux de Debbie avait disparu dès l'instant où Granger était sortie, remplacé par une expression beaucoup plus mystérieuse. Severus, qui comme toujours n'était pas affecté le moins du monde par les différentes ondes qu'elle envoyait autour d'elle, n'avait pas été dupe lorsqu'elle avait rassuré la jeune fille en l'espace de quelques secondes. De toute évidence, cette dernière n'était pas immunisée.

« Je vois que tu as enfin décidé de faire avancer les choses, » finit-elle par lui dire, d'un ton approbateur.

Il serra sa baguette avec un peu plus de force, ressentant la familière envie de lui lancer un sort qui la ferait disparaître à jamais. « Je ne vois pas ce que tu veux dire, » répondit-il, bien qu'il voyait exactement ce qu'elle voulait dire. « Le Directeur m'a demandé de donner des leçons individuelles de Potions Avancées à Miss Granger pour favoriser son entrée en Medicomagie, l'an prochain. »

Debbie fit une dubitative : « Hum, je vois. Donc, selon toi, les cours de Potions Avancées ne requièrent ni chaudron, ni ingrédients, mais au contraire, nécessitent de se tenir en position de combat, sans oublier de faire pleurer son apprenti ? »

Si un regard pouvait tuer…

Soit, l'excuse n'était pas des mieux trouvée. Il aurait dû se douter que si cela avait fonctionné sur Malfoy deux ans plus tôt lorsqu'il avait interrompu une de ses leçons avec Potter, Debbie ne serait pas aussi facilement persuadée. La persuasion était après tout quelque chose qu'elle connaissait plutôt bien.

Mais il choisit de ne pas se laisser intimider. Cela ne la regardait en aucune façon, ce qu'il faisait ou non avec Granger dans son bureau.

« Tu as transmis ton message à Granger, tu n'as aucune raison de rester ici, » lui dit-il d'un ton glacial avant de se détourner et de porter son attention sur la Pensine, commençant à récupérer ses souvenirs et à les replacer à l'intérieur de son propre crâne.

Mais comme il l'avait redouté, elle ne sortit pas. Il la sentit s'approcher de lui plus qu'il ne l'entendit, sentit ses mains se poser sur ses épaules. Il se raidit instantanément à ce contact, mais continua ses gestes comme si de rien était, tentant de l'ignorer.

« Il va falloir que tu te fasses une raison, Severus » lui dit-elle alors, sa bouche bien trop près de son oreille. « Si tu veux rester en vie, tu vas devoir remplir les clauses du Serment. Et nous savons tous les deux que tu n'as aucune envie de mourir. Sinon, tu ne prendrais pas autant de risque à assurer ta place de chaque côté de la balance. Hermione Granger est un choix parfait. A ce que j'ai pu constater durant mes cours, elle est extrêmement intelligente, et loin d'être désagréable à regarder… De plus, les 'leçons de Potions Avancées' que tu dois lui donner sont une occasion rêvé pour la séduire. »

Il avait cessé tout mouvement, sa baguette reposant mollement contre le bord de la Pensine, alors que son contenu recommençait à ralentir sa course.

« Fait la dernière vérification nécessaire, Severus. » lui souffla t-elle dans un murmure presque imperceptible. « Vérifie qu'elle est encore pure… »

Pour la seconde fois de la soirée, la Pensine s'arrêta sur ce souvenir en particulier, sur cet évènement qui allait contrôler les prochains mois de sa vie. A nouveau, le visage de Debbie apparue à la surface, jeune et inaltéré par les années passées.

« Promets-tu de prendre la virginité d'une née moldue ? » murmura t-elle, sa voix sortant à la fois de sa Pensine et des lèvres qui frôlaient son oreille, créant un étrange écho.

« Oui… » avait été sa réponse.


***


N/A : Promis, la "chasse à la Hermione" commencera vraiment après le prochain chapitre (oui, je me frustre toute seule, à respecter mon plan XD). Prochain chapitre qui d'ailleurs devrait être définitivement moins long, étant plus une transition qu'autre chose, finissant de poser les bases ^^

Sinon, en écrivant ce chapitre et en particulier le passage où Hermione est larmoyante, j'ai pensé au dernier tome ; est-ce que j'ai été la seule à vouloir donner quelques baffes à Hermione (malgré mon amour pour elle) après qu'elle ait éclaté en sanglots pour la 304ème fois dans le tome 7 ? Voila, petite dédicace pour la Hermione larmoyante de JK Rowling XD

Dernier mot : Fans de Severus, allez voir HP6 ! J'en bave encore *inonde son clavier*

Reviews ? :D