A l'approche de la nuit


Disclaimer: Je malmène encore ces pauvres personnages, mais ils ne m'appartiennent pas, étant l'entière propriété de J.K. Rowling.

Pairing: Hermione Granger / Severus Snape, mais je m'autorise quelques dérives ^^

Rating : T, mais au vu des idées qui remplissent mon esprit tordu, cela à te fortes chances de passer au M !

Note de l'auteur : Bonjour bonjour ^^ Voilà enfin la suite ! J'espère qu'elle vous plaira, il n'y a pratiquement que du Hermione/Snape dans ce looong chapitre :p

Comme toujours, merci merci, MERCIIIIIIIIIII pour toutes vos reviews !! You're the best *câline ses lecteurs*

Merci beaucoup à Sandra pour son dur travail de bêta, she's the best too !!


RAR:

Poussinette : Un énorme merci pour ta review 3 Je suis vraiment heureuse que mon 'exploration' d'autres relations t'ai plu ; de toute évidence, j'adore écrire les scènes Hermione/Severus , mais j'adore (pratiquement) tous les personnages dans Harry Potter, donc c'est un plaisir de me pencher sur les autres ^^ J'adhère pour l'absence de Debbie…elle va les laisser tranquille pendant quelques chapitres, qu'ils puissent avancer un peu XD Merci encore !!

Khalie : Merci pour ta review ! Tu auras la réponse à ta question dans ce chapitre ;p

Eileen19 : Je comprends ta hâte, ne t'en fais pas, je l'ai ressenti aussi en écrivant XD Promis, ça vient :D Severus est en effet très têtu, mais il va finir par se débrouiller :p Pour ce qui est du premier partenaire d'Hermione, je ne l'ai pas dit avec des mots claires, mais je finirai par le faire, peut-être avec des détails XD Merci, comme toujours :D

Justabook : Merci beaucoup pour ta review :D Je suis vraiment heureuse que tu trouves leurs réactions vraisemblables, c'est mon objectif :D

Sophie : Awww merci beaucoup ! C'est clair qu'ils ont du chemin à faire, niveau communication, mais ils vont y arriver, fait moi confiance XD Je suis également ravi que tu aimes mon ptit passage avec Harry. J'adore vraiment ce personnage, et je n'ai jamais vraiment eu l'occasion de l'écrire auparavant, donc je profite :D

Sandra : Merci pour tout *gros câlin* Je suis fière d'avoir réussi à faire remonter Harry dans ton estime mdr Il est pas SI mal que ça…il a juste pas le charisme et l'excellence de notre Sevy préféré XDDD Le paaauvre mdr


Chapitre Dix : Illusions

« Tu es sûre ? »

Hermione releva les yeux de son livre de métamorphoses, pour aller fixer un regard décisif sur Harry. « Oui, » répondit-elle simplement.

Il la regarda pendant encore quelques secondes, avant de hocher la tête, l'air grave. « Okay. Bien sûr que tu peux prendre ma cape. Et vraiment, tu sais, on peut- »

« Harry, » la coupa t-elle doucement. « Je sais que tu veux m'accompagner. Toi aussi, » se dépêcha t-elle d'ajouter en regardant Ron, dont l'expression était tout aussi sombre que celle de son ami. « Mais c'est vraiment quelque chose que…que je dois faire toute seule. Vous aurez le droit de me pomponner autant que vous voulez après, mais…je dois le faire par moi-même. »

A nouveau, Harry hocha la tête, semblant parfaitement comprendre ce qu'elle voulait dire. Ron, cependant, malgré la gravité qu'il affichait, ne semblait pas entièrement convaincu. « Je ne suis toujours pas sûr d'aimer l'idée de te savoir seule hors du château, après… »

Mais il ne termina pas sa phrase, ses oreilles prenant une légère teinte rougeâtre. Ils n'avaient pas réellement parlé de ce qu'il était arrivé à Hermione quelques jours plus tôt à Prés-au-Lard. Hermione savait qu'elle aurait dû se sentir irritée par son insistance, à l'idée qu'il pensait qu'elle ne pouvait plus se déplacer seule sans risquer de se faire attaquer. Mais elle savait que les intentions de Ron étaient honnêtes, et qu'il se faisait simplement du souci pour elle.

« Je ne peux pas vous empêcher de vous sentir inquiet, » leur dit-elle, les regardant à tour de rôle, « mais n'oubliez pas que ce qui m'est arrivé samedi était surtout dû au fait que je ne m'y attendais pas du tout. Vous pouvez être certain que je serais extrêmement prudente, et sur mes gardes. »

« Quand veux-tu agir ? » lui demanda immédiatement Harry, empêchant Ron de protester encore une fois.

« Le plus tôt sera le mieux, » répondit-elle, sa plume gribouillant la marge de son parchemin sans qu'elle ne s'en rendre compte, le regard dans le vide, alors qu'elle réfléchissait à ce qu'elle allait faire. « Je pense partir cette nuit. Avec ta carte et ta cape, je ne devrais avoir aucune difficulté à sortir du château. »

Ron fit une moue dubitative, ne semblant toujours pas convaincu : « Les passages secrets sont toujours surveillés, et les protections autour du château sont imbattables. Tu es sûre que tu ne veux pas attendre le week-end, et trouver une excuse pour te rendre à Londres ? »

Hermione secoua la tête. « Je ne veux pas attendre encore cinq jours. Et puis, Dumbledore ne serait pas dupe du tout. Dès qu'il apprendra que j'ai quitté le château pour me rendre à Londres, il comprendra immédiatement que j'ai décidé de m'occuper de mes parents sans son aide. Et je ne suis pas sûre qu'il apprécie. Non, je vais utiliser le passage qui se trouve derrière la statue de la Sorcière Borgne. Il est toujours inconnu, n'est-ce pas ? »

« Au dernières nouvelles, oui, » répondit Harry. « Mais tu risques d'avoir un problème en arrivant dans la cave de Honeydukes au milieu de la nuit. »

« Pas nécessairement, » contra t-elle, ayant passé et repassé son plan un nombre incalculables de fois dans sa tête ces deux derniers jours. « Dès que j'aurais quitté le domaine du château, je pourrais transplaner. Je n'aurais même pas à quitter la cave. »

« Tu comptes transplaner chez tes parents au beau milieu de la nuit ? » lui demanda Ron, qui tentait désespérément de trouver un argument qui pourrait la faire changer d'avis. Comme si c'était possible. « Tu ne penses pas qu'ils se feraient un peu trop de soucis ? »

Hermione haussa doucement les épaules, reportant son regard sur son livre, sans vraiment le voir. « Je transplanerai directement dans ma chambre. Avec un peu d'espoir, je pourrais dormir un peu. Certes, ils seront surpris en me voyant au réveil mais… au vu de ce que j'ai à faire, je ne pense pas que cela ait une réelle importance… »

Le silence retomba, lourd de sens. Hermione n'avait pas besoin de relever la tête pour savoir que ses meilleurs amis la fixaient. Elle pouvait sentir leurs regards sur elle ; celui inquiet mais décisif de Harry, tandis que celui de Ron devait être légèrement désespéré. Elle savait aussi que leurs regards se croisaient régulièrement, ayant une conversation silencieuse. Et il n'était pas difficile de comprendre ce qu'ils pensaient.

Peut-être pensaient-ils qu'elle réagissait un peu excessivement après ce qu'il lui était arrivé. Oh, elle avait conscience de son changement total de comportement depuis cet après-midi là. Mais le fait était que même si sa gravité soudaine avait troublé les garçons, cela avait été progressif.

Cela faisait des mois qu'elle se torturait l'esprit à propos de la Guerre, de ses conséquences, et de tout ce que cela impliquait, la concernant. Elle avait réussi à garder une attitude positive, à garder 'la tête froide', l'élément 'posé' de leur Trio. Inconsciemment, elle avait su que si elle changeait brutalement d'attitude et montrait le moindre signe d'angoisse prononcée, les garçons se laisseraient également aller à la panique. Il avait été si facile de s'enfermer dans cette bulle familière qu'étaient les études, les harcelant à propos de leurs devoirs et de leurs révisions pour leurs ASPICS, prenant soin de parler des Horcruxes de temps à autres…

Mais ce qu'elle avait vécu samedi avait fini de faire disparaître le fin voile de protection qu'elle possédait encore. A présent, toutes ces émotions qu'elle avait tenté de garder enfouis éclataient au grand jour.

Elle était terrifiée.

Non seulement pour elle, mais pour ses meilleurs amis ; pour les parents de Ron, comme pour ceux de Lavande. Pour Harry, qui avait tant de responsabilités à porter, alors qu'il n'avait que dix-sept ans. Elle avait peur pour ses parents. Elle les avait informé de la situation, oui, mais elle avait pris soin d'omettre le plus important. Comme tous les gens qui mourraient autour de Harry, et par conséquent autour d'elle. Elle ne leur avait pas dit que les Mangemorts avaient pénétré le château, malgré ses protections, malgré Dumbledore, et que ce dernier avait failli mourir… et qu'il était de toute évidence mourant.

Elle ne leur avait pas dit que lorsque Voldemort prendrait le Ministère d'assaut, gagnant un contrôle presque total sur leur monde, elle serait en danger de mort à chaque seconde qui passait. Elle était une Sang de Bourbe, après tout, elle savait très bien ce qui l'attendait. En plus d'être la meilleure amie de Harry Potter.

Ses parents ne pouvaient pas rester chez eux, pas dans un lieu qui se trouvait à seulement une dizaine de kilomètres de Londres.

Cette nuit, elle quitterait Poudlard en secret, et irait passer quelques heures avec eux. Harry et Ron raconteraient qu'elle était malade et qu'elle ne pouvait pas sortir de son lit. Elle avait déjà mis ses camarades de dortoir dans la confidence, leur disant simplement qu'elle allait s'absenter pour la journée, et qu'elles n'auraient qu'à prétendre qu'elle était au lit, mais qu'elle n'avait pas besoin de voir l'infirmière.

Elle avait besoin de ces quelques heures. Pour tout leur expliquer. Pour les mettre en garde. Pour leur dire qu'elle les aimait.

Puis, elle leur faire oublier qu'elle avait existé.


***


Cachée sous la cape d'invisibilité, Hermione avançait silencieusement dans les couloirs du château.

C'était loin d'être la première fois qu'elle se retrouvait à parcourir ces lieux au milieu de la nuit, mais elle n'était pas habituée à le faire de façon aussi…secrète. Ironiquement. Habituellement, cela faisait soit parti de son devoir de Préfète-en-Chef, soit elle était accompagnée de ses amis.

Pas cette nuit.

Il était plus de trois heures du matin, et personne à part elle n'était hors de son lit, à en croire la Carte des Maraudeurs. Pour une raison qui lui était inconnue –ou du moins c'était ce qu'elle se disait- elle avait minutieusement parcouru le parchemin à la recherche du minuscule point qui indiquerait la présence de 'Severus Snape' dans les cachots. Mais elle n'avait rien trouvé. Elle avait bien sûr sondé le reste de la carte, tentant de le dénicher dans un couloir, en train de patrouiller, malgré l'heure tardive.

Rien à faire, il demeurait introuvable. Il était hors du château, de toute évidence.

Hermione s'était alors souvenue du bref échange qu'il avait eu avec Dumbledore. « Severus, je suppose que vous me ferez le rapport de votre réunion à ce sujet ? » Bien entendu, Snape devait avoir d'autres raisons pour sortir du domaine, mais profondément, elle savait pertinemment qu'il avait été 'appelé' par Voldemort.

Et que son 'cas' serait discuté. Cette pensée n'avait fait que renforcer sa décision, malgré le malaise qui s'était diffusé en elle.

Elle pressa donc le pas, n'ayant pas particulièrement envie de tomber sur lui à cette heure tardive, ce qui l'obligerait à lui expliquer ce qu'elle faisait. Le fait qu'elle soit cachée sous une cape d'invisibilité et qu'elle possédait la Carte des Maraudeurs devraient bien sûr lui éviter une telle rencontre, mais on était jamais trop prudent.

Arrivée à destination, elle murmura le mot de passe. Comme prévu, la statue bougea pour dévoiler l'entrée du passage secret, qui semblait plus sombre que jamais. Son regard se perdit dans le gouffre ténébreux qui s'étendait devant elle, et un frisson de peur lui traversa le dos. Et cela n'avait rien à voir avec son angoisse d'être repérée. Elle savait que c'était ridicule, qu'elle n'avait plus peur du noir depuis plus de dix ans, mais elle était persuadée que personne n'apprécierait l'idée de s'engouffrer dans ce genre de tunnel sous-terrain au milieu de la nuit…

Mais elle n'allait pas abandonner à cause d'angoisses soudaines et enfantines.

Alors, prenant une profonde inspiration, elle se glissa dans l'ouverture, avant de la refermer derrière elle. Immédiatement, elle retira la cape et augmenta légèrement le rayon de son lumos, avant de déposer le vêtement au sol ; elle la récupérerait en rentrant. Puis, elle se mit en chemin.

Elle n'avait jamais utilisé ce passage secret auparavant ; Harry avait été le seul à l'utiliser, durant leur troisième année. Tout ce qu'elle savait pour le moment, c'était qu'il était définitivement plus large que celui qui menait à la Cabane Hurlante, qui était si exiguë par endroit qu'elle avait dû se recroqueviller sur elle-même. Elle avançait d'un pas régulier, lent, mais calme.

Jusqu'à ce qu'elle se fige soudainement sur place.

Elle avait entendu un bruit, quelque part au loin. Comme un grattement.

Instantanément, sa peur augmenta considérablement, et elle sentit ses mains devenir moites, alors que son cœur s'accélérait dans sa poitrine. Elle attendit, la respiration courte. Peut-être cela avait été le fruit de son imagination.

Mais le bruit reprit. C'était immanquable. Quelqu'un, ou plutôt quelque chose, était en train de venir dans direction. Beaucoup trop loin pour qu'ils puissent se 'voir' mutuellement, mais à chaque seconde qui passait, cet écart se rétrécissait.

Son instinct lui disait –pour ne pas dire hurlait, de faire demi-tour sans attendre et de courir se cacher sous ses couvertures. Mais elle n'était pas une Gryffondor pour rien, et elle fit rapidement taire la voix paniquée qui gémissait dans sa tête. Elle dut également se retenir de lancer 'Il y a quelqu'un ?', ce qui aurait été particulièrement stupide.

A la place, elle diminua progressivement la lumière de son lumos, jusqu'à ce que sa baguette s'éteigne presque totalement, et elle se plaqua contre la paroi du tunnel. Qui sait, peut-être que la 'chose' qui s'avançait vers elle ferait demi-tour, ou bien passerait devant-elle sans la remarquer.

Elle ne perdait rien à espérer, non ?

Après un temps qui sembla interminable, elle s'autorisa enfin à respirer librement, ne réalisant qu'à cet instant qu'elle avait retenu sa respiration. Remplissant et vidant ses poumons de façon un peu trop bruyante, elle ferma les yeux, ressentant presque l'envie de se mettre à rire, pour avoir été aussi paranoïaque. Un rat, il avait du s'agir d'un simple-

Lorsque quelque chose agrippa son bras, elle ne rit pas du tout. A la place, elle émit un hurlement pour le moins strident.

L'espace d'une horrible seconde, elle crut sincèrement qu'elle allait s'écrouler raide morte, persuadée que son cœur venait de s'arrêter dans sa poitrine. Mais l'adrénaline déferla immédiatement dans ses veines, et son cœur se mit à battre la chamade, son instinct prenant le dessus. Car elle avait été agrippée par le bras gauche. Elle tenait toujours sa baguette dans son autre main.

« REPULSO !!! » Hurla t-elle.

Il y eu un grand 'WOOM !' alors que la… 'chose' était expulsée loin d'elle, suivit d'un 'BOOM !' lorsqu'elle percuta la paroi opposée, suivit finalement par un grognement de douleur.

Oh. Humain. OH, HUMAIN !!

Elle se mit immédiatement en position de combat, son esprit angoissé la persuadant qu'il s'agissait de Macnair, qui avait décidé de finir ce qu'il avait commencé. Mais cette fois-ci, elle était prête. Elle ne se laisserait pas faire.

« S'introduire à Poudlard au milieu de la nuit par un passage secret n'était vraiment pas intelligent. » Lança t-elle avec défi sans réfléchir plus longuement, plus pour faire bonne figure que par pure audace.

Car intérieurement, cela allait de soit qu'elle était toujours morte de peur.

Et en toute sincérité, cela ne s'arrangea pas lorsque son agresseur répondit.

« Essayer de sortir de Poudlard au milieu de la nuit par un passage secret et agresser son professeur ne l'était pas non plus, Miss Granger. »

Oh. Oh.

OH.

***

Il. Allait. La. Tuer.

Salazar Serpentard lui en était témoin, il allait mettre fin à ses jours dans ce tunnel sombre, cacherait le corps, et personne ne découvrirait jamais ce qu'il s'était passé.

Elle avait finalement rallumé sa baguette, et son visage affichait une telle expression d'effroi que cela en aurait été presque comique, s'il n'avait pas été aussi furieux. Sa fierté étant méchamment froissée, il se redressa, empêchant difficilement une grimace de douleur de déformer ses traits alors qu'il utilisait des muscles encore bien trop douloureux. Il avait eu son lot de tortures ce soir, il n'avait vraiment pas eu besoin de cette petite séance supplémentaire, alors qu'il se croyait sorti d'affaire pour le reste de la nuit.

« P-P-Professeur, » bégaya t-elle, clairement prise de panique à présent. « Je-je-je suis vraiment désolée je-je »

« Assez ! » pesta t-il, et elle se tut immédiatement, ses yeux toujours écarquillés par la peur, la panique, l'horreur de ce qu'elle avait fait.

La bosse qui grossissait douloureusement à l'arrière de son crâne lui fit imaginer le plaisir sadique qu'il ressentirait à la traîner directement jusqu'au bureau du Directeur, lui indiquant bien que cette fois, aucune clémence ne lui serait faite.

Mais il se força à rester silencieux quelques secondes supplémentaires, avant de pousser un lourd soupir exaspéré, la fixant de son regard le plus atterré.

« Miss. Granger. » Commença t-il, prenant soin de laisser entendre son degré d'irritation dans ces deux mots. « Pouvez-vous m'expliquer ce que vous faites dans un tunnel menant à Prés-au-Lard, à cette heure de la nuit ? »

Un autre instant de silence passa, avant qu'elle ne se décide à répondre, d'une voix encore un peu tremblante. « A vrai dire…non, je ne peux pas monsieur. »

Il la fixa.

Venait-elle réellement de lui dire qu'elle ne pouvait pas expliquer son nouvel excès de stupidité ?

« Mauvaise réponse, miss. » Susurra t-il. N'importe qui d'autre, et le pauvre élève serrait tomber à genoux à cet instant, sanglotant et le suppliant de ne pas l'utiliser comme cobaye pour ses nouvelles potions.

Mais pas elle, oh non.

« Je sais, » répondit-elle immédiatement, baissant les yeux…mais n'ajoutant rien.

Le laissant une fois encore complètement incapable de trouver quoi répondre à…ça. Du moins, pendant une seconde ou deux.

« Je suppose qu'il va donc falloir demander au Directeur de vous extirper les mots de la bouche ? » demanda t-il de son ton le plus mielleux.

L'effet fut immédiat, comme il l'avait escompté. Elle redressa vivement la tête, posant un regard à nouveau paniqué sur lui. « Non, s'il vous plait ! »

Il plissa les yeux, prenant son air le plus sceptique. « Vous venez de m'expulser pour le moins durement contre une paroi, miss, alors que vous êtes sensée être dans votre lit. Je pense que la décision ne vous appartient pas à l'heure actuelle. »

Il n'avait vraiment, vraiment pas besoin de ça, à cet instant. Comme il s'y était attendu, le Seigneur des Ténèbres n'avait pas été ravi du tout par la prise d'initiative de Macnair, et avait décidé que Severus était tout aussi coupable que son collègue.

C'était tellement typique, considérant ce qu'était devenu sa vie ces dernières semaines, qu'il tombe sur elle cette nuit là, à cet endroit, et de cette façon. Typique.

Face à sa remarque, elle baissa à nouveau les yeux, pleine de honte. « Je suis désolée, » répéta t-elle. « Je…si j'avais su que c'était vous, je n'aurais jamais lancé ce sort, cela va de soit. »

Il se retrouva à nouveau à la fixer, incapable de croire ce qu'elle venait de dire. Et ce fut comme la goutte d'eau qui fit déborder le chaudron, son esprit et son corps exténué craquant sans qu'il ne puisse rien faire pour s'en empêcher.

Un léger rire lui échappa. Un rire totalement nerveux et presque silencieux, mais cela n'en était pas moins un rire.

Elle redressa la tête, lentement, l'observant avec des yeux écarquillés, par la surprise cette fois-ci –pour ne pas dire le choc. A en juger par son expression, on aurait dit qu'il venait de la traiter de tous les noms les plus vulgaires qui puissent exister.

« Quoi, miss Granger ? » lui demanda t-il avec sarcasme. « Pensiez-vous vraiment que le rire était une chose totalement inexistante chez moi, contraire à ma personne ? »

« Sincèrement ? » lui répondit-elle, sourcils levés. « J'avoue que j'ai toujours considéré ces deux notions comme étant complètement incompatibles, oui. »

C'était plus fort que lui. Il ne savait pas si c'était simplement la situation, ou son expression –sûrement un combiné des deux. Il pinça les lèvres, autant qu'il le pouvait, mais fini par craquer à nouveau.

« Désolé de vous infliger un tel traumatisme, » dit-il entre deux gloussements silencieux. « Mais il semblerait que je sois réellement un être humain finalement, malgré les rumeurs. »

Mais son rire un peu fou se stoppa soudainement lorsque les spasmes –qui n'étaient pourtant pas violents- parcourant son abdomen réveillèrent une douleur lancinante dans les muscles de son ventre. Le rire fit immédiatement place à un nouveau grognement, alors qu'il plaquait une main sur son côté douloureux, fermant les yeux.

« Monsieur ?! » s'exclama bien entendu sa satanée élève dans la seconde qui suivait. « Est-ce que vous- »

« Silence, Granger. » La coupa t-il sèchement, sans prendre la peine de rouvrir les yeux.

Elle lui obéit dans l'immédiat, mais il pouvait toujours sentir la force de son regard sur lui, le brûlant comme une flamme placé un peu trop près de sa peau. Lorsque la crampe s'estompa enfin, il respira à nouveau, et rouvrit les yeux.

Elle affichait à présent une mine exagérément coupable.

« Ne soyez pas si dramatique, » la réprimanda t-il avec un regard noir. « Vous n'êtres pas aussi puissante que vous le pensez, ce n'est pas le résultat de votre bêtise. »

« J'en ai bien conscience, » répondit-elle doucement, son expression demeurant pourtant beaucoup trop triste à son goût.

De façon très surprenante, il ne sut que dire, réalisant qu'elle avait parfaitement compris ce qui avait causé ses diverses douleurs, et qu'elle s'en sentait tout aussi responsable. Il décida qu'il était inutile de prétendre comme si de rien n'était. Mieux valait mettre les choses au clair dans l'immédiat.

« Même si votre nom n'était pas venu dans la 'conversation', le résultat aurait été le même, » finit-il par dire, fixant un point au dessus de sa tête, ne souhaitant pas soutenir son regard à cet instant. « Arrêtez de vous culpabiliser inutilement. »

La culpabilité était un tel poison.

Le silence se prolongea entre eux. Et bien qu'il soit inconfortable à de nombreux niveaux, il n'était pas aussi tendu et insupportable que ceux qu'ils avaient partagé à d'autres occasions.

« Je vais chez mes parents, » finit-elle par dire, les yeux baissés sur ses chaussures. Il resta silencieux, jusqu'à ce qu'elle continu. « J'ai décidé que si le professeur Dumbledore ne voulait pas –ou ne pouvait pas- les mettre à l'abris, j'allais devoir le faire moi-même. »

Il ne fit aucune remarque à la suite de sa confession. Il ne lui demanda pas pourquoi elle prenait une telle initiative, ou pourquoi elle le faisait au milieu de la nuit, en secret. Il n'avait pas besoin de lui poser ces questions parce qu'il connaissait déjà les réponses. Elle le faisait parce qu'elle aimait ses parents, et que Dumbledore l'empêcherait sans doute de quitter le château s'il apprenait ce qu'elle avait en tête. Le vieil homme lui expliquerait que c'était pour sa propre sécurité, et ses mots seraient sincères, dans un sens.

Mais Dumbledore, malgré ses beaux discours sur l'amour, pouvait causer bien des blessures avec ses décisions, qui touchaient tellement de vies autour de lui.

Il finit donc par fermer à nouveau brièvement les yeux, avant de soupirer, ne lui cachant pas à quel point il était lassé par la situation. « Avez-vous la moindre idée de la situation dans laquelle vous me placez, miss ? » lui demanda t-il finalement.

Et bien qu'il n'attende pas réellement de réponse de sa part, elle lui en offrit une. Quelle surprise.

« Non, pas vraiment… »

Il posa un regard sur elle qui, espérait t-il, apparaissait comme étant froid et sévère ; il doutait que cela soit vraiment efficace, cependant. Il était sincèrement exténué. « De toute évidence, je ne peux pas vous laisser quitter le château de cette façon, maintenant que je vous ai surpris et que je connais vos intentions. »

Il vit son teint déjà laiteux pâlir encore davantage, alors que la fatalité s'installait sur son visage. Elle était persuadée qu'il allait la renvoyer dans son dortoir à présent…dans le meilleur des cas.

Mais ce qu'elle ne savait pas, c'était que l'esprit fatigué de Severus fonctionnait toujours pour le moins efficacement. Et qu'il avait réalisé que cette situation pouvait s'avérer être à son avantage, sur le long terme.

En parvenant à gagner sa confiance, par exemple.

« Je me vois donc dans l'obligation de vous accompagner. »

***

Hermione s'était rarement sentie aussi inconfortable. Même ces cours de potions qui semblaient si lointain ne l'avaient pas gêné de cette façon, malgré l'attitude étrange de Snape.

A présent, ils marchaient dans le tunnel, lui en tête, dans un silence total. Et malgré l'étrangeté de ce qu'il s'était passé quelques minutes plus tôt, lorsque la tension les entourant s'était atténuée, ce silence était redevenu extrêmement pesant. Mais c'était très subjectif, bien entendu.

Lorsqu'il lui avait annoncé qu'il allait l'accompagner chez ses parents, elle avait –faiblement- tenté de l'en dissuader. Elle n'avait absolument aucune envie d'assister à une confrontation entre lui et ses parents, en plus du reste. Mais égal à lui-même, il avait fait preuve d'une fermeture d'esprit totale, refusant d'écouter ce qu'elle avait à dire, et répondant avec sarcasme –quoi que se montrant moins sadique qu'habituellement. Elle avait donc fini par s'avouer vaincue, et lui avait emboîté le pas lorsqu'il s'était remis en marche vers la cave d'Honeydukes.

Une question lui traversa soudainement l'esprit, et elle la posa sans prendre le temps de réfléchir à ce qu'elle faisait.

« Pourquoi avez-vous utilisé ce passage secret ? »

A son grand étonnement, il lui répondit presque immédiatement, d'un ton dénué de toute émotion : « Pour la même raison que vous. Je n'ai pas besoin de sortir du château, et je peux transplaner sans que personne ne me voit. »

Ne sachant pas quoi ajouter après cette réponse, elle redevint silencieuse, essayant de ne pas trop angoisser à l'idée de ce qui allait suivre. Finalement, ils atteignirent la fin du tunnel, duquel ils s'extirpèrent, pénétrant dans une salle remplie de cartons de friandises.

Alors qu'elle lançait un regard naturellement curieux autour d'elle, elle sentit les doigts de Snape se poser sur son bras, ce qui la fit sursauter violemment. Elle tourna la tête vers lui et il leva les yeux au ciel, exaspéré.

« A moins que vous n'ayez une meilleure idée, il semblerait que vous allez devoir mener la route cette fois. Croyez-moi, cela ne me réjouis pas particulièrement. »

« Pardon ? » demanda t-elle, la présence de sa main sur son bras la perturbant toujours un peu trop, tout comme sa proximité soudaine.

« Le transplanage, miss Granger, » précisa t-il avec impatience. « Vous savez où nous allons, alors que je l'ignore totalement. Vous allez donc nous y emmener. »

« Je…je n'ai jamais fait de double transplanage, » répondit-elle d'une petite voix, sentant le doute qu'elle ressentait toujours au moment de faire quelque chose pour la première fois prendre possession d'elle.

« Comme je vous l'ai déjà dit un jour, il y a une première fois à tout. Et éviter de me désartibuler, j'ai des cours à donner toute la journée demain. »

Il savait trouver les mots pour la mettre en confiance, vraiment.

Respirant profondément, elle ferma les yeux, se concentrant sur sa destination. Puis, dans un moment d'inspiration, sa main libre alla se poser sur celle de Snape, avant de tourner sur elle-même. Dans l'instant qui suivait, elle se retrouvait compressée dans les ténèbres, son professeur à ses côtés.

Ils arrivèrent chez elle une fraction de seconde plus tard. A sa grande surprise, Snape ne glissa pas immédiatement sa main hors de la sienne, comme elle avait pensé qu'il le ferait. Sentant le rouge lui monter aux joues, elle retira expressément sa main, s'éloignant aussi un peu, de façon à ce que ses doigts glissent de son bras.

Osant un regard dans sa direction, elle réalisa qu'il affichait son habituel masque impassible ; elle remarqua surtout que son regard était occupé à parcourir la pièce. Son rougissement s'intensifia de façon dramatique, lorsqu'elle comprit qu'elle les avait fait atterrir dans sa chambre à coucher.

Une chambre à coucher dans laquelle elle ne passait que quelques semaines par an, depuis ses onze ans. Cela voulait dire que la décoration n'avait que très peu changé depuis cette époque. Les posters de ses chanteurs préférés étaient toujours accrochés aux murs, tout comme ceux des dessins animés qu'elle avait adoré à huit ans. Sans parler du gros cœur rouge en papier accroché au dessus de son lit, que lui avait offert son 'petit ami' à la fin de la CM2. Elle ne l'avait jamais revu depuis lors, bien sûr, mais n'avait jamais voulu retirer ce cadeau durant les vacances, car cela la faisait toujours sourire et lui rappelait son enfance.

A cet instant, cela la faisait surtout mourir de honte.

« Intéressante décoration, » dit-il enfin, d'un ton bien trop sérieux pour être crédible. Elle se doutait qu'intérieurement, il devait être plié en deux. Elle savait qu'il pouvait réellement rire, à présent.

« Je n'utilise presque plus cette chambre, » se vit-elle dans l'obligation de lui expliquer, d'une voix légèrement vexée. Il se contenta de lever un sourcil dans sa direction, n'en ayant apparemment rien à faire.

Ils restèrent immobiles et silencieux pendant une autre longue minute, évitant de se regarder –du moins Hermione évitait de le regarder- avant qu'il ne soupire et ne se tourne vers elle.

« Avez-vous l'intention d'allé parler à vos parents avant la fin de la semaine ? »

Hermione jeta un coup d'œil rapide à sa montre : « Il n'est que quatre heure du matin, je ne veux pas les réveiller. Ils se lèvent dans deux heures de toute façon, pour aller- »

« Ne me dites que vous aviez l'intention de me faire attendre deux heures dans votre chambre, » la coupa t-il d'un ton acerbe et sidéré.

Elle se mordit la lèvre, se forçant tout de même à soutenir son regard. « Hum…c'est-à-dire…Ce n'était pas prévu que vous veniez, à l'origine…j'avais l'intention de dormir un peu, pour être honnête… »

« Et bien, malheureusement pour nous deux, je fais parti du voyage à présent, et je peux vous affirmer que je ne passerais pas deux heures enfermé dans votre chambre sans rien faire de concret. »

Hermione se sentit rougir à nouveau, avec encore plus de force qu'auparavant en entendant ces mots, et elle détourna expressément les yeux. Elle se demanda s'il réalisait à quel point sa remarque pouvait sembler étrange et…ambiguë.

Elle se donna une violente gifle mentale, refusant de laisser son esprit dériver de cette façon, dans une direction que la rendait un peu trop mal à l'aise, pour de nombreuses raisons.

« Je ne réveillerai pas mes parents, » finit-elle par dire, d'un ton catégorique.

« Si vous ne le faites pas, je m'en chargerais personnellement. »

« Vous n'oseriez pas ! »

« Ne testez pas mes limites, miss. »

Alors qu'elle s'apprêtait à répliquer avec irritation -Merlin, cet homme avait le don de la rendre folle !- la porte de sa chambre s'ouvrit à la volé, dévoilant…

Son père, en pyjama, tenant lever devant lui un de ses clubs de golf.

Lorsqu'il la vit, son expression qui s'était voulue menaçante fut instantanément remplacée par une surprise totale ; il en lâcha presque son arme improvisée.

« Hermione ?! » demanda t-il, comme pour vérifier qu'il ne dormait plus.

« Salut, papa, » dit-elle 'une voix faussement enjouée. « Bien dormi ? »

Malheureusement, les yeux de son père venaient de tomber sur Snape, et son expression redevint extrêmement menaçante. « Hermione. Tu peux m'expliquer ce que tu faisais dans ta chambre avec cet homme ? »

Avant qu'elle n'ait pu réfléchir à ce qu'elle allait pouvoir répondre, sa mère était apparue aux côtés de son mari, les cheveux complètement en bataille, l'air à moitié endormi. « Qu'est-ce que tu…Hermione ! »

Son exclamation avait été joyeuse, jusqu'à ce qu'elle remarque à son tour la présence de Snape ; ce dernier avait d'ailleurs prit son air le plus austère, ce qui était très loin de l'aider. Hermione était cependant persuadé qu'intérieurement, il se tordait à nouveau de rire, face à ses problèmes.

« Ce n'est vraiment pas ce que vous pensez, » s'exclama t-elle en levant les mains devant elle. « C'est un de mes professeurs à Poudlard. »

Si l'expression de sa mère se détendit légèrement pour devenir incrédule, les yeux de son père, eux, ne firent que se plisser encore davantage, osant soutenir sans frémir le regard pourtant glacial de Snape. Ce qui était très courageux de son père, il fallait le reconnaître.

« Et vous êtes ? » lui demanda t-il, avec une froideur similaire.

« Severus Snape, Maître de Potions, » répondit ce dernier sans un instant d'hésitation. « A qui ai-je l'honneur ? »

« Christopher Granger. Le père de la jeune fille d'à peine dix-huit ans qui se trouve à vos côtés. »

« Papa ! » la réprimanda immédiatement Hermione, plus pivoine que jamais. « Arrête. Il m'a accompagné comme…euh, garde du corps. »

Non seulement ses parents la regardèrent avec des yeux écarquillés par la surprise et l'incompréhension, mais elle vit également du coin de l'œil que Snape avait tourné son regard vers elle ; elle n'imaginait que trop bien ce qu'elle y lirait si elle osait lever les yeux vers lui. Elle préféra s'abstenir.

« Garde du… » commença sa mère, avant de secouer la tête et de s'avancer dans la chambre. « Hermione, es-tu en danger ?? »

Hermione ouvrit la bouche pour lui répondre, s'apprêtant à lui donner la réponse automatique qui suivait toujours ce genre de questions – 'Non, voyons, pas du tout.' Mais elle la referma, incapable de mentir. Au vu de ce qu'elle allait devoir leur dire, mieux valait être totalement honnête.

« A vrai dire…oui. Et vous aussi. »

***

Une demi-heure plus tard, ils étaient tous les quatre installés dans le salon. Enfin, 'installés' était un bien grand mot.

Hermione était assise au bord de son fauteuil, tendue comme un piquet, alors que ses parents étaient pelotonnés sur le canapé en face d'elle, l'air grave et quelque peu horrifié. Severus, quant à lui, était resté à l'écart, appuyé contre le chambranle de la porte, silencieux.

Elle venait de leur expliquer ce, qu'apparemment, elle avait omis de leur dire ces trois dernières années ; tout depuis le retour du Seigneur des Ténèbres. Elle parla de Cédric Diggory, de son escapade au Ministère de la Magie l'année suivante, de ses blessures et de la mort de Black, et même de la prophétie concernant Potter –sans entrer dans les détails. Elle leur avoua que des Mangemorts avaient pénétré Poudlard l'été dernier, et que Dumbledore avait failli mourir.

Jane et Christopher Granger étaient de toute évidence pétrifiés par les aveux de leur fille unique ; leurs mains étaient entrelacées, avec force. Beaucoup aurait pu penser que ce genre de situation aurait dû plaire à Severus, lui aurait donné une envie de sourire ; il était connu pour son sadisme, après tout. En vérité, c'était très loin d'être le cas.

Il n'était bien entendu pas touché émotionnellement par ce qui se déroulait devant ses yeux, mais il n'éprouvait aucun plaisir à assister à cette scène. Voir la dure réalité s'ancrer dans les yeux de ces deux moldus, ainsi que de l'inquiétude accrue pour leur fille, n'était pas particulièrement réjouissant.

Le teint de Hermione avait perdu toute sa couleur rosée –gagnée durant leur arrivée spectaculaire. Au fur et à mesure qu'elle avançait dans ses aveux, elle devenait de plus en plus pâle, et il était presque certains de voir ses mains trembler, de là où il se trouvait. Tout ceci lui demandait de toute évidence beaucoup de volonté et de courage ; elle s'en sortait plutôt bien. Il était étonné qu'elle n'ait pas encore commencé à pleurer. Ce n'était pas la première fois qu'elle le surprenait à ce niveau.

Elle n'avait pas versé une seule larme après son agression. Du moins pas devant ses yeux.

« Pourquoi est-ce que tu nous dis tout ça ? » demanda finalement Christopher Granger, d'une voix bien trop faible et légèrement tremblante. « Je veux dire… je comprends pourquoi tu nous dis tout ça. Pour être honnête, nous avons toujours pensé que tu ne nous disais pas tout concernant votre Guerre. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi tu as décidé de tout nous raconter aujourd'hui. »

Hermione se mordit la lèvre, baissant les yeux, et Severus savait presque avec certitude quel sujet elle s'apprêtait à aborder.

« Vous vous souvenez les Mangemorts que j'ai mentionné ? » demanda t-elle, relevant les yeux vers ses parents, qui hochèrent lentement la tête, s'attendant au pire. « Ils…ils n'agissent pas que sous les ordres de leur Maître. Parfois…parfois ils aiment se…divertir à leur manière et beaucoup… beaucoup n'aiment pas les moldus… Encore moins les sorciers ou sorcières qui sont issus de familles moldues. »

Il vit une sorte de compréhension douloureuse apparaître dans leurs yeux et sur leurs visages. Apparemment, selon ses dires, elle leur avait parlé de cette 'différence' de descendance auparavant, mais elle n'avait jamais dû leur expliquer à quel point cette différence était accentuée. A quel point elle était écœurante.

« Et samedi dernier… J'étais à Prés-au-Lard, sans les garçons, qui avaient un entraînement de Quidditch, et… » sa voix se brisa légèrement, et elle ferma brièvement les yeux, prenant une profonde inspiration. « Un d'entre eux m'a agressé. » Voyant la réaction extrêmement vive de ses parents, sa mère déjà à moitié levée du canapé, Hermione s'empressa de préciser : « Non, non, je vais bien ! Il y a eu plus de peur que de mal, au final. Vous pouvez remercier le professeur Snape pour ça, d'ailleurs. S'il n'était pas arrivé à temps pour s'occuper du Mangemort… »

Leurs têtes se tournèrent presque instantanément dans sa direction, un moment de 'gloire' dont il se serait bien passé. Au moins, il n'y avait plus aucune trace de mépris dans les yeux du père de Hermione, qui le regardait à présent avec un respect nettement accentué ; les yeux de sa mère étaient remplis de gratitude.

Ne sachant pas quoi dire ou quoi faire, et ne souhaitant absolument pas provoquer une quelconque crise de larme –Jane Granger en semblait bien proche- il se contenta donc de hocher la tête, un peu sèchement peut-être, n'étant pas habitué à être regardé de cette façon. Il n'y avait habituellement pas de gratitude sur les visages autour de lui.

Ils reportèrent finalement leur attention sur leur fille, à son grand soulagement.

« Ce n'est pas tout, » reprit t-elle à contrecœur. « Il a… il a menacé de s'en prendre à vous. »

Alors que l'annonce de son agression les avait pratiquement poussés à se jeter sur elle, leur réaction cette fois-ci fut pratiquement inexistante. Ils continuèrent de la fixer, figés, peut-être simplement un peu plus horrifiés. Ils ne réalisaient sûrement pas la gravité de ses paroles. Mais Severus, lui, ne le réalisait que trop bien. Il avait assisté beaucoup trop souvent à ce genre… 'd'activités' ; il savait ce que Macnair aimait faire à ses victimes, de quelle façon, et en combien de temps.

En beaucoup trop de temps, malheureusement.

« Qu'est-ce que ça veut dire ? » demanda finalement sa mère d'une voix tendue, tout aussi pâle que sa fille.

Hermione prit une inspiration tremblante. « Cela veut dire que du jour au lendemain, il peut débarquer ici et décider de… » Elle fût incapable de terminer sa phrase, et Severus était persuadé qu'elle était en train de se rappeler les paroles de Macnair mots pour mots ; même sans les connaître, il se doutait de leur contenu, et il pouvait comprendre pourquoi elle ne souhaitait pas rentrer dans les détails avec eux. C'était pour leur protection, plus que pour la sienne.

Le silence s'installa. A nouveau ce silence, lourd et presque palpable. Les Grangers ne parvenaient même plus à se regarder à présent, comme si la gravité de la situation semblait enfin leur apparaître dans sa totalité. Il pouvait presque voir la culpabilité grandir exponentiellement en Hermione. Son visage était si ouvert et expressif qu'il n'avait pas besoin d'être dans sa tête pour deviner ce qu'elle pensait.

Que tout ceci était de sa faute. Que ses parents n'osaient plus la regarder, parce qu'ils savaient que si elle n'avait pas été une sorcière, rien de tout ceci serait arrivé. Qu'ils n'auraient jamais eu à entendre leur propre fille leur annoncer qu'un fou sanguinaire risquait de venir leur rendre visite, bien décidé à mettre fin à leurs vies. Par pur plaisir. Simplement pour débarrasser le monde de deux moldus.

Et le pire était qu'elle ne devait pas être loin de la vérité. Cela avait dû traverser l'esprit de ses parents, même l'espace d'une seconde. Ils étaient humains, et dans le doute et la peur, les humains cherchaient toujours une raison, un coupable, tout en imaginant comment les choses auraient puent être différentes. Comment leur en vouloir d'être humains ?

Sans vraiment comprendre ce qui le poussait, il décida de prendre la parole. Il supportait peu de rester ainsi, sans rien dire, témoin d'une scène dont il était totalement intrus.

« Votre fille a décidé qu'il était temps d'assurer votre protection. »

Au son de sa voix, trois paires d'yeux se tournèrent vers lui, et il évita soigneusement de croiser le regard de la jeune fille ; il n'avait étrangement aucune envie de voir son regard plein de remerciements, qu'il était bien loin de mériter.

Jane ouvrit la bouche, puis la referma, incapable de trouver quoi dire, complètement dépassée par la situation.

« Cela veut dire qu'elle va vous envoyer dans un endroit sûr, où les adeptes du Seigneur des Ténèbres ne pourront pas vous retrouver. »

A sa grande surprise, Hermione se leva, semblant plus dépitée que jamais. Cependant, elle s'efforça à afficher un air résolu. Un air qui n'était peut-être pas si forcé que cela, au final. Il était clair qu'il avait sous-estimé sa détermination.

Elle s'avança pour aller se placer devant ses parents, qui la fixaient toujours avec des yeux apeurés, mais également curieux ; tout comme Severus, ils ne comprenaient pas pourquoi elle avait bougé. Finalement, elle s'agenouilla devant eux, et tendit ses deux mains.

Le signe était clair ; elle voulait qu'ils lui donnent une de leurs mains. Après une infime seconde d'hésitation, ils s'exécutèrent. Au vu de leurs expressions, ils semblaient penser qu'elle allait pratiquer une quelconque forme de magie ; de son côté, Severus savait que c'était peu probable, qu'elle n'avait sans doute pas l'intention de transplaner.

Non, ce geste avait une toute autre signification.

Elle serra leurs mains dans les siennes, et finalement, son regard s'emplit de larmes.

« Je suis désolée… » murmura t-elle d'une voix brisée. « Je vais devoir… je veux être sûre que vous serez à l'abri, je vais… il va falloir que je lance un… il faut que je… »

Immédiatement, sans un instant d'hésitation cette fois, sa mère glissa sa main libre sur la joue pâle de sa fille, et lui offrit un sourire qui n'avait rien de forcé, un sourire totalement sincère. « Tu te culpabilises toujours trop, Mimi… » lui dit-elle d'une voix douce, et une larme glissa sur la joue de Hermione.

« Est-ce que… est-ce que vous pourrez me pardonnez ? » demanda t-elle d'une voix beaucoup trop faible et anxieuse, une voix qui n'aurait pu être plus différente de celle qu'il avait si souvent entendu dans sa salle de classe.

Severus aurait souhaité ne pas se trouver ici, à cet instant, assistant à cette scène d'adieu, alors qu'il n'y avait vraiment pas sa place. Il se sentait comme un voyeur, à regarder cette famille partager ce qui leurs semblaient être leur dernier moment. Car même si elle ne leur avait pas expliqué en détail ce qu'elle s'apprêtait à faire, son comportement semblait assez révélateur. Ils savaient. Ou le sentait.

« Toujours, Hermione… » Tout comme sa mère, la voix de son père était douce et rassurante. Il la prit dans ses bras, ouvrant l'autre pour accueillir sa femme, et ensemble, ils s'enlacèrent fermement, comme s'il n'y aurait plus de lendemain pour eux.

Ce qui était le cas, d'une certaine façon.

Après un temps indéterminé, et après quelques mots murmurés entre eux que Severus ne pouvait –et ne voulait- pas entendre, Hermione finit par se détacher d'eux. Elle se releva sur des jambes tremblantes, essuyant ses joues humides de larmes. Elle s'éloigna suffisamment d'eux, puis sortit sa baguette.

Ses parents restèrent assis sur le canapé. Le regard qu'ils posaient à présent sur leur fille était empli d'amour et de fierté.

Alors, Hermione leva sa baguette, et commença à lancer les sorts qui effaceraient toute trace de son existence de l'esprit de ses parents.


***


Comme c'était souvent le cas après un évènement particulièrement traumatique, surtout émotionnellement, Hermione passa les jours qui suivirent plongée dans ses livres et ses leçons.

Les garçons avaient rapidement cessé de lui demander si elle allait bien, car elle finissait toujours par répondre de façon un peu trop sèche et irritée, et c'était un côté de sa personnalité qu'aucun d'eux trois n'aimait voir. Ils comprenaient son chagrin, et savaient qu'elle finirait par s'ouvrir à nouveau à eux. Il allait simplement lui falloir un peu plus longtemps qu'une semaine pour se remettre de cette nuit avec ses parents.

Après avoir effacé leur mémoire, pour mieux leur implanter une vie totalement différente –une vie dans laquelle elle n'avait jamais existé- elle les avait motivé à préparer deux grosses valises. Il était temps pour eux d'aller vivre en Australie. Le reste avait été plutôt simple… les faire acheter leurs billets d'avion, qu'ils prendraient le lendemain, les faire partir de la maison... Ils étaient d'humeur excellente et confiante, et elle savait qu'ils ne risquaient plus rien.

Elle savait aussi qu'elle avait fait le bon choix en les envoyant loin d'elle de cette façon. Mais cela ne l'empêchait pas de sentir orpheline, quelque part. Ils étaient vivants et en bonne santé, mais ils ignoraient tout d'elle. Et dans ces conditions, il était difficile d'imaginer qu'ils étaient simplement en vacances en Australie.

Elle devait reconnaître qu'elle était reconnaissante du fait que Snape l'ait accompagné cette nuit-là. Même s'il était resté majoritairement silencieux tout du long, le simple fait de voir sa silhouette dans la pièce lui avait permis de ne pas se laisser aller à ses émotions, de ne pas craquer ; certaines personnes dans ce monde sacrifiaient beaucoup plus que leur parents pour l'espace de quelques mois. Mais elle n'arrivait pas à oublier les changements dans l'attitude de ses parents, après ses sorts. Ils avaient eu la même apparence, mais leurs personnalités avaient complètement changées. Ils n'avaient même plus les mêmes regards.

Tous les jours, elle combattait son désir de les appeler. De trouver un moyen de les contacter, de savoir s'ils allaient bien. Elle voulait simplement entendre leurs voix, s'assurer qu'ils avaient fait bon voyage, qu'ils aimaient l'Australie…

Mais elle ne pouvait pas. Car jamais elle ne se contenterait d'un seul contact, et de fil en aiguille, elle se retrouverait bientôt à prendre elle-même l'avion pour l'Australie.

Elle parvenait à garder un comportement plutôt normal, en dépit de son humeur morose ; à l'exception de ses meilleurs amis, personne ne semblait avoir remarqué sa démotivation soudaine. Egale à elle-même, elle demeurait l'élève studieuse, toujours sûre d'elle durant les cours. Mais elle ne pouvait plus cacher ses angoisses à ses amis, en particulier à Harry –Ron avait toujours été un peu plus lent à ce niveau là. Ils la laissaient gérer ses émotions sans intervenir, cependant, comme elle le désirait. Elle irait mieux. Elle continuerait à répondre à toutes les questions qui lui étaient posées, rédigeraient ses devoirs à la perfection, corrigerait ceux de ses amis, et survivrait aux prochaines leçons d'Occlumancie.

Si elles continuaient dans la même lignée que les semaines précédentes, elle ne se faisait pas trop de soucis.

Vendredi dernier, tout comme la fois précédente, Snape s'était montré exceptionnellement…indulgent. Ne cherchant pas à lui faire revivre quoi que ce soit en particulier, se concentrant surtout sur sa barrière mentale. Paradoxalement, au vu de ses émotions, sa protection s'était encore renforcée depuis la dernière fois. Elle devait cependant admettre que cela avait été étrange, de se trouver tête à tête avec lui, après ce qu'il avait pu voir chez ses parents.

Elle ne comprenait pas pourquoi il avait tenu à l'accompagner, même si son excuse avait semblé valable sur le moment. Mais ce n'était pas comme si elle allait lui poser la question. Elle s'apprêtait à recevoir sa deuxième leçon depuis leur 'escapade' hors du château, et tout ce qu'elle espérait, c'était qu'il ne déciderait pas de redevenir sadique et vicieux.

Elle avait abandonné les garçons à la bibliothèque pour aller déposer son sac dans son dortoir et se préparer avant de rejoindre les cachots. Alors qu'elle redescendait dans la salle commune, elle remarqua immédiatement Neville, assis à une table devant un tas de feuille, ayant l'air plus nauséeux que jamais.

« Est-ce que ça va, Neville ? » lui demanda t-elle en rejoignant sa table, se demandant s'il était arrivé quelque chose à sa grand-mère.

Il leva des yeux paniqués vers elle. « Non, » répondit-il d'une voix désespérée. « Je vais totalement échouer mes ASPICS de sortilèges, je ne comprends absolument rien à ce que Flitwitch nous a expliquer ce matin, je n'ai pas eu un seul 'A' de toute l'année, et il m'a dit que si je n'arrivais à faire mieux au prochain examen, il allait devoir me donner des cours particulier. Je ne peux vraiment pas me permettre des cours particuliers !! Tu as vu tout le travail qu'on a ?? »

Un coup d'œil à sa montre lui apprit qu'il lui restait une bonne vingtaine de minutes avant le début de sa leçon, et la tirade paniquée du jeune homme finit de la persuader. Elle prit place à ses côtés et commença à lui réexpliquer –en usant de termes plus simples- le nouveau sortilège qu'ils avaient commencé à étudier cette semaine.

Au départ, elle avait simplement voulu lui donner quelques grandes lignes claires, mais rassuré par sa présence et ses explications, il avait commencé à lui poser des questions ; elle y avait répondu, avec cette ferveur caractéristique qui était tellement plus agréable que les douleurs sourdes qui la tiraillaient trop souvent. Elle se plongea tellement dans cette séance de soutien improvisée qu'elle ne réalisa pas combien de temps avait passé, avant qu'elle ne sente un courant d'air suspect au-dessus de sa tête.

Elle releva les yeux pour les poser sur une chouette brune, qui décrivait des cercles au-dessus d'elle, un parchemin accroché à l'une de ses pattes. La présence de l'oiseau dans leur salle commune n'était pas particulièrement inhabituelle ; la majorité du courrier arrivait le matin, mais il était courant d'entendre une chouette ou un hibou gratter à l'une des fenêtres de la tour. Il y avait toujours une âme généreuse pour laisser le volatile entrer, et une autre pour le faire ressortir.

Dans le cas présent, cependant, cela était étrange. Qui pouvait écrire à Hermione, maintenant que ses parents ne pouvaient plus le faire ?

Alors qu'elle tendait le bras pour que la chouette vienne s'y poser, elle jeta un coup d'œil à sa montre.

« Oh, merde ! » cria t-elle en se levant d'un bond de sa chaise, ce qui n'était pas la plus brillantes des idées. L'oiseau, toujours accroché à son bras, enfonça durement ses serres dans sa chaire lorsqu'elle bougea si vivement. « Snape va me tuer ! » Elle était sensée être dans son bureau dans moins de cinq minutes !

Elle arracha presque le parchemin de la patte de la chouette, qui décolla vivement, non pas sans lui avoir assené une bonne gifle avec l'une de ses ailes, avant qu'elle ne se précipite vers la sortie, sous le regard perplexe de Neville.

Elle descendit les sept étages à une telle vitesse qu'elle se retrouva avec un vertige désagréable en atteignant le Hall d'entrée ; elle se força à rester immobile quelques instants pour laisser le temps à son cerveau de reprendre sa place habituelle sous son crâne, tout en reprenant son souffle, sous les regards curieux de certains élèves.

Elle réalisa alors qu'elle tenait toujours le parchemin non lu dans sa main, parchemin qu'elle avait négligemment écrasé entre ses doigts durant sa descente folle. Alors qu'elle se mettait en pilote automatique pour descendre aux cachots, elle décida de l'ouvrir, plus curieuse qu'inquiète à cet instant.

Le parchemin ne se déroulant pas immédiatement, elle réalisa alors qu'il était scellé. En l'approchant plus près de son visage, elle réalisa qu'il s'agissait du sceau du Ministère de la Magie.

Elle s'arrêta net, au milieu du couloir sombre, froid et humide, sentant son cœur s'accélérer brutalement et désagréablement dans sa poitrine.

Le Ministère de la Magie envoyait rarement des lettres aux élèves de Poudlard, sauf s'ils utilisaient la magie hors de l'école avant d'être majeur. Les raisons pour recevoir une lettre scellée étaient encore plus rares. Et il n'y avait qu'un moyen d'ouvrir le parchemin.

D'une main tremblante, elle sortit sa baguette de sa poche, et en plaça le bout sur le sceau, avant de murmurer « Hermione Granger, » confirmant son identité. Comme elle s'y attendait, le sceau disparut, et le parchemin se déroula entre ses doigts.

« Miss Hermione Granger,

Nous avons le regret de vous informer du décès de vos parents, Christopher et Jane Granger, tous deux décédés dans la nuit du 4 novembre 1997 dans un accident d'avion (transport aérien moldu) en direction de Sydney, Australie. Nous tenons à vous offrir nos excuses concernant le retard de cette missive.

En effet, le Ministère de la Magie s'engage à prévenir les élèves de descendance moldue dans le cas d'un décès. Le bureau a été informé dans la nuit du 3 novembre de l'accident de vos parents, Christopher et Jane Granger, mais la confirmation à été difficile à obtenir. Après une enquête, il semblerait que Christopher et Jane Granger, ainsi que leurs papiers, aient été sous l'emprise de plusieurs sortilèges de modifications avancés, tout ceci avant leur départ. Ce sont pour ces raisons qu'une identification immédiate n'a pas été possible.

Si vous désirez en savoir plus à ce sujet, notre bureau s'engage à vous offrir les informations nécessaires. Notez également que le Ministère de la Magie ne prend aucune responsabilité dans le décès de vos parents, ni dans l'altération de leurs personnalités. Toute conséquence administrative à suivre devra être discutée et traitée avec des représentants moldus.

Nous vous offrons, miss, nos condoléances les plus sincères.

Anthony Heartess,

Bureau de l'Après »

Pendant un long moment, Hermione ne bougea pas, figée sur place.

Les yeux rivés sur le parchemin, elle était incapable de faire le moindre geste, encore moins de penser convenablement. La lettre résonnait dans sa tête, en un écho interminable. Mais cela n'avait aucun sens. Aucun sens.

Ses parents étaient en Australie. Elle les avait envoyés en Australie. Elle les avait envoyés en Australie pour les protéger. Pour faire en sorte que rien de mal ne leur arrive.

Ils ne pouvaient pas être morts. Encore moins dans un stupide accident d'avion.

C'était idiot. Complètement idiot. Ils étaient en Australie. Elle avait une leçon d'Occlumancie.

Elle devait rejoindre le bureau de Snape, de toute façon. Ses parents étaient en Australie.

Le parchemin pendant toujours entre ses doigts, elle se remit en marche.

***

Elle était en retard.

Appuyé contre son bureau, les bras croisés, Snape fixait la porte d'un œil mauvais.

Il était 19h10. Dix-neuf heure DIX. Elle, ordinairement si ponctuelle, avait dix minutes de retard. Ses doigts tapotaient son autre avant bras, impatiemment, attendant le moment où elle entrerait enfin, qu'il puisse lui dire ce qu'il pensait de ce genre de comportement. Peut-être ne se montrerait-il pas aussi 'gentil' ce soir et qu'il lui en ferait véritablement voir de toutes les couleurs.

Cette gamine avait le pouvoir de le rendre fou, il n'en doutait pas une seule seconde.

Rien n'avait vraiment changé depuis qu'il l'avait accompagné chez ses parents, dix jours plus tôt. Les choses n'avaient pas régressées non plus, ce qui en soit n'était pas si mal, connaissant ses premières tentatives.

Malgré les airs qu'elle voulait se donner, il savait qu'elle était profondément préoccupée, et il n'avait pas besoin d'être un géni pour savoir ce qui la tracassait d'une telle façon. En sincèrement, il s'en fichait. Totalement. Les années passées au service du Mage Noir le plus sadique et machiavélique qui ait jamais existé avait fait de lui un être sans cœur, finalement.

Tout ce qu'il savait, c'était que les choses recommençaient à stagner à l'heure actuelle, ce qui l'agaçait au plus haut point.

Tout comme son retard. Si elle n'entrait pas dans la pièce dans les deux minutes qui suivaient, il irait lui-même la chercher et la traînerait dans son bureau par les cheveux.

Comme si elle avait entendu sa menace, cependant, elle entra dans la pièce moins d'une minute plus tard. Elle ne frappa pas, non. Elle entra. Refermant la porte derrière elle, calmement, avant de se tourner vers lui, impassible.

« Et bien et bien, miss Granger, auriez-vous oublié de regarder votre montre ? » demanda t-il, sarcastique.

Au lieu de rougir, elle se contenta de cligner des yeux, avant de répondre : « Désolée, professeur. »

Il s'apprêtait à lui lancer une nouvelle remarque, lorsqu'il réalisa que quelque chose n'était pas normal. Quelque chose n'était définitivement pas normale. Elle n'avait pas rougi ou montrer un quelconque signe de gêne, non, en vérité, elle ne montrait aucun signe du tout.

Son regard était vacant et distant, ne le voyant pas vraiment, son visage était inexpressif, son teint pâle. C'était comme si elle était…en état de choc.

La détaillant avec plus d'attention à présent, il remarqua alors le parchemin qu'elle tenait dans sa main gauche. Il glissa ensuite son regard vers le sien, plissant légèrement les yeux. Il lui demanda presque ce qu'elle avait –par pure curiosité bien entendu- mais il préféra s'abstenir, et resta silencieux.

Elle aussi, d'ailleurs. Silencieuse et immobile, à l'exception des clignements lents et réguliers de ses yeux.

« En position, » finit-il tout simplement par dire, levant sa baguette, et elle fit de même. A en juger par son attitude et son regard vacant, il était certain de ne trouver aucune barrière à l'arriver. Il découvrirait alors ce qui l'avait mis dans cet état. « Legilimens ! »

Moins d'une seconde plus tard, cependant, il fut forcé de reconnaître qu'il s'était trompé. Car elle opposa une résistance, la plus efficace depuis le début de leurs leçons. Il fut dans l'impossibilité totale de traverser son mur mental, ce qui provoqua une douleur diffuse dans son propre crâne, et il se retira expressément.

Elle n'avait toujours pas bougé. A présent, elle commençait à avoir un air presque inquiétant, à le fixer ainsi sans rien dire, tout en étant capable de le bloquer aussi efficacement. Il savait qu'il pourrait briser ses défenses sans trop de difficulté s'il le voulait vraiment, là n'était pas la question. La question était 'Qu'est-ce qui lui prenait ?'

« En position, » répéta t-il, plus durement, tentant de la faire réagir. Elle s'exécuta à nouveau, sans le moindre mot, ou le moindre signe d'émotion.

Alors qu'il levait sa baguette, prêt à frapper, un crépitement en provenance du feu derrière lui attira son attention. Il se retourna et l'observa, juste à temps pour voir un morceau de parchemin s'en échapper. Il s'avança rapidement et attrapa le papier avant qu'il ne tombe au sol. Comme il s'en était douté, le mot était de Dumbledore.

Ce à quoi il ne s'était pas attendu, cependant, était le contenu du message. Court, mais décisif.

« Severus, veuillez à ce que Hermione reste dans votre bureau jusqu'à ce que je puisse descendre la chercher. Le Ministère de la Magie vient de me contacter et de m'apprendre la mort de ses parents. Un hibou a dû lui être envoyé, mais elle l'a peut-être manqué en se rendant à votre leçon. Ne la laissez pas sortir. A. Dumbledore. »

Severus demeura quelques secondes immobile, assimilant ce qu'il venait de lire, avant de glisser à nouveau son regard vers la jeune fille.

Elle n'avait toujours pas bougé, mais son regard s'était abaissé, retombant sur le sol, toujours aussi vide et vitreux. Quant à lui, ses yeux tombèrent à nouveau sur le parchemin qu'elle tenait d'une main molle.

Apparemment, elle avait bien reçu son hibou.

Les raisons de son comportement étaient à présent évidentes. Elle était bel et bien en état de choc.

Au lieu de jeter le mot au feu, comme il le faisait habituellement, il le glissa dans sa poche, avant de s'avancer à nouveau vers Hermione. Cette dernière ne releva pas les yeux.

« Vos parents sont morts. » Il prononça ses mots de son ton le plus glacial et inexpressif.

Elle leva finalement les yeux pour fixer son regard dans le sien. Mais cela était loin d'être la réaction qu'il avait cherché à provoquer. Il venait de lui rappeler froidement et sans aucune émotion que ses parents étaient morts, et elle demeurait toujours aussi immobile, tel un bloc de béton.

Où était donc passée cette boule d'émotions qui pleurait à la moindre contrariété ? Où était la jeune fille à la voix brisée, qui avait supplié ses défunts parents de lui pardonner, à genoux devant eux ?

« Ils sont morts sans même savoir que vous existiez. »

Une légère coloration apparue au niveau de ses joues, mais ce n'était vraiment pas suffisant. Elle était dans un état de choc profond, et il ne savait que trop bien qu'il serait inutile de la laisser dans cet état plus longtemps. La douleur finirait par surgir, avalant tout sur son passage, et rien ne pourrait l'en empêcher. Plus vite elle reprendrait pied avec la dure réalité, plus vite elle pourrait débuter son deuil.

Et de toute évidence, ces joutes verbales n'étaient d'aucune utilité. Aux grands mots les grands remèdes, une fois encore.

Alors, sans même la prévenir, il attaqua. De plein fouet. « Legilimens ! »

Il fut happé, violemment, mais une fois encore, il fut stoppé immédiatement par une barrière mentale extrêmement épaisse, qui semblait presque impénétrable ; il devait reconnaître que dans d'autre circonstance, il aurait presque été impressionné. Mais à cet instant, tout ce qu'il pensait, avec un certain degré d'irritation, était que c'était pathétique, qu'il faille qu'elle soit tellement détachée pour parvenir à se protéger aussi efficacement contre ses attaques.

Mais que Merlin lui en soit témoin, elle ne lui résisterait pas éternellement.

Il sortit de sa tête, constatant immédiatement qu'elle était nettement plus tendue. Ses joues avaient rougis, ses yeux étaient plus vivants, et une expression proche de l'agacement commençait à se dessiner sur ses traits.

« Malgré toutes vos précautions, ils ont trouvé la mort, » continua t-il d'un ton qui était à présent presque accusateur, et puis sans attendre : « Legilimens ! »

« Repulso ! » cria t-elle en retour, pointant furieusement sa baguette vers lui, et l'onde magique le frappa durement, l'envoyant contre son bureau.

« Vous ne pourrez pas ignorer la réalité éternellement. Vos parents sont morts. » Cette fois-ci, il lança le sort de façon informulée, mais elle se protégea de la même façon, bloquant son attaque avant même qu'elle ne l'atteigne.

L'agitation déclenchée par leur duel improvisé, ainsi que par ses remarques, avaient clairement commencé à la sortir de sa torpeur ; son expression était de plus en plus contractée, sa respiration rapide et bruyante. Il s'avança vers elle d'un pas décisif, décidé à la sortir de son déni une bonne fois pour toute. Mais elle le vit venir.

D'un coup de baguette, elle tenta de l'expulser à nouveau loin d'elle, mais il était préparé cette fois-ci, et la contra sans aucun problème. Elle tenta et tenta encore, sa baguette fouettant l'air, jusqu'à ce qu'il soit si proche qu'elle ne puisse plus lever le bras devant elle.

Sans un instant d'hésitation, il attrapa son visage entre ses doigts libres, comme il l'avait déjà fait à deux reprises dans le passé, et plongea durement dans son esprit. Cette fois, il y mit toute sa détermination et toute sa puissance ; sans surprise, sa barrière se brisa totalement, et il ressentit presque sa douleur lorsque cela se produisit.

Des pensées et des émotions extrêmement puissantes déferlèrent violement en lui, et il dû concentrer ses efforts pour ne pas les autoriser à l'affecter lui, partant à la recherche d'un souvenir en particulier, qu'il savait assez puissant pour la ramener totalement à la dure réalité.

Il fallait bien que quelqu'un s'en charge. Il était, après tout, un ange noir. Un ange de la mort.

Il trouva ce qu'il cherchait sans aucune difficulté, et la scène s'ouvrit à lui, comme elle l'avait fait la première fois, avec une précision et une netteté impressionnante.

Elle pleurait, de cette façon saccadée et traînante, signe qu'elle venait de passer un très long moment à sangloter, et que sa réserve de larmes et de forces approchait l'épuisement. Elle marchait d'un pas chancelant, le sol recouvert d'épines, de branches et de diverses plantes continuant de craqueler sous ses chaussures. La lumière du jour diminuait, elle en avait bien conscience, la nuit approchait à très grand pas, et cette simple idée provoqua la monté d'un nouveau sanglot dans sa gorge douloureuse. Elle savait qu'elle allait mourir ici, perdue au milieu des bois, sans personne pour l'entendre pleurer. Elle n'aurait jamais dû s'éloigner de ses parents, elle le savait, elle le savait plus que tout. Elle n'avait que sept ans, elle était trop jeune pour mourir, dévorée par une bête sauvage, et pourtant cela serait le cas, parce qu'elle avait désobéi. Elle allait mourir, et plus jamais elle ne reverrait ses parents.

Elle allait mourir sans eux.

Juste au moment où elle sembla sur le point de s'effondrer au sol, prête à se rouler en boule et laisser la nuit l'englober et l'avaler, elle l'entendit, au travers des arbres. La voix de papa. Criant son nom, de plus en plus près d'elle. Elle hurla à son tour, commençant à courir, n'en croyant pas ses oreilles. Et finalement, elle le vit, au loin, et elle courut, elle courut de toutes les forces qu'il lui restait, recommençant à sangloter, de soulagement cette fois. Et puis, il n'y eu plus de peur, plus d'angoisse et de désespoir, seulement les bras de papa autour d'elle, la serrant tellement fort que c'en était presque douloureux. Mais elle s'en fichait. Elle était en sécurité, dans la chaleur de son étreinte, le visage pressé contre son pull, alors qu'elle sanglotait si fort que tout petit corps tremblait. Et il la serait contre lui, si fort, si fort. Et puis maman était là aussi, appelant son nom, pleurant elle aussi, et elle sentait ses mains sur ses joues, dans ses cheveux, ses baisers sur son visage humide, et elle pouvait sentir son odeur, l'odeur du réconfort et de l'amour inconditionnel que maman lui portait et lui porterait toujours.

Ils l'avaient retrouvé. Comme ils la retrouveraient toujours.

Et puis, plus rien.

Le son d'un sanglot déchira l'air, alors que Severus reprenait pied avec la réalité. Ils n'étaient plus dans les bois, mais au milieu de son bureau, et Hermione n'avait plus sept ans, puisant un réconfort bien mérité dans les bras de ses parents.

Car ses parents étaient morts.

Elle avait agrippé ses bras de ses deux mains, et il pouvait sentir ses doigts s'enfoncer dans sa chair, presque douloureusement, alors que son corps se mettait à trembler de façon incontrôlable. Ses yeux paniqués et remplis de larmes ne parvenaient pas à s'arrêter sur quoi que ce soit en particulier. Ils glissèrent sur le torse qui trouvait en face d'elle, sur son visage, leurs yeux se rencontrant brièvement, mais assez longtemps pour qu'il sache qu'elle était définitivement de retour. Son regard se posa finalement sur le parchemin qu'elle tenait toujours dans sa main gauche, pressé contre la manche de Severus.

Il vit ses yeux s'écarquiller, s'écarquiller d'horreur et de désespoir, avant qu'un nouveau sanglot ne s'échappe hors d'elle, et ce son était si viscéral et elle était si proche, qu'il le sentit résonner à l'intérieur de son être.

Il la sentit perdre pied, la sentit sombrer, secouée de spasmes incontrôlables, entraînée vers le sol, et il tomba avec elle, l'agrippant tout comme elle l'agrippait. Et puis son visage se retrouva pressé contre lui, contre son torse, et malgré l'épaisseur de ses vêtements, il lui semblait qu'il pouvait sentir chacune de ses larmes pénétrer sa peau, dans un sillon brûlant et douloureux.

Il la laissa faire. Sans un mot, sans un geste, il la laissa faire.

Il la laissa pleurer contre lui.


***


N/A : Alors euh, pas besoin de me dire que tuer les parents de Hermione, c'est cliché, je saaaaais XD Par contre, j'ai évité d'utiliser le 'HA ! Mes parents ont été tués par des Mangemorts !', vous aurez remarqué, j'ai tenté de faire plus subtile… *se sent toujours coupable d'avoir tué ses parents* Oui, mourir dans un accident d'avion, tu parles d'une grosse coïncidence, mais bon, j'avais besoin de cet évènement peu joyeux pour la suite.

Quelques points concernant ce chapitre : Leur rencontre dans le passage secret ; je me doute que dans les livres Severus 1) ne connaît pas ce passage 2) ne l'utiliserait sûrement pas pour sortir en 'mission'. Mais que voulez vous, quand j'ai écrit ce passage, il y a deux mois, Hermione était vraiment sensée aller chez ses parents toute seule, et puis POUF, elle s'est retrouvé nez à nez avec Sevy.

En parlant de Sevy et de tunnel…le fait qu'il se mette à rire, je suis encore moi-même partagée XD Parfois que trouve ça idiot et étrange, parfois je trouve ça meugnoon et plausible. A vous de voir, tout ce que je sais, c'est que j'adore imaginer la tête de Hermione XDDDD

Hermione, tu n'existes pas, mais désolée d'avoir tué tes parents ! Promis, je me suis bien plombée le moral, et pendant plusieurs chapitres -__-'

Prochain chapitre (les deux prochains) : Pas très très gai comme vous pouvez vous en doutez… Hermione est en deuil, et doit aller du côté moldu pour l'enterrement de ses parents. Devra t-elle y aller toute seule ? Je ne pense pas non :D

Allez, je sais que vous mourrez d'envie de me laisser une review :D