Disclaimer: Jasper et Alice (et Edward) appartiennent évidemment à Stephenie Meyer. Le Professeur Wendorf existe réellement, sinon les autres sont de mon invention comme vous vous en serez doutés.
A/N: Bon, huit jours pour un chapitre, ça peut paraître long, mais vraiment pas eu le temps de m'y mettre cette semaine. Voici donc le fameux dîner, inspiré de mes expériences personnelles. Sur ce bonne lecture à vous et n'oubliez pas de me faire part de vos impressions, que j'adore toujours autant! ^^
Chapitre 37 – Dîner d'affaires
APOV
C'était la panique totale. Le jour du dîner était arrivé à une vitesse folle, et malgré les conseils forts avisés de mon frère, je n'étais pas certaine d'assurer. Jasper comptait sur moi je le savais, je ne pouvais donc pas échouer. A défaut d'être prête, ma tenue elle l'était. J'avais donc comme convenu opté pour une jolie petite robe noire moulante qui me mettait en valeur, et j'étais à présent devant le miroir à essayer de dompter mes cheveux rebelles à coup de gel. Un trait de crayon, du mascara, et le tour était joué. J'étais assez fière de mon apparence. Elégante, sexy, mais pas trop, juste ce qu'il fallait. J'avais passé des heures dans mon dressing avant de trouver la robe parfaite, essayant puis jetant mes différentes tenues, ayant renoncé à demander son avis à Jasper qui n'y comprenait rien. J'avais rapidement trouvé le costume qu'il lui faudrait porter, son charme naturel faisant le reste. C'était vraiment injuste la facilité avec laquelle il pouvait être séduisant…
Je sortis enfin de la salle de bain, prête à affronter une soirée qui s'annonçait épique. Jasper était assis dans le canapé, relisant je ne savais quel article d'histoire ennuyeux. Il était à tomber. Ce costume lui seyait merveilleusement bien, et il avait attaché ses cheveux en une très courte queue de cheval, qui dégageait son beau visage. Il leva les yeux vers moi lorsque je le rejoignis et resta bouche bée.
« Alice, tu es… »
« Dis-moi que ça va, sinon je ne sais pas ce que je vais faire… »
« Tu es éblouissante. »
Je soupirai de soulagement, avant de venir m'asseoir à ses côtés. Il prit ma main dans les siennes et y déposa un baiser. Bon, à défaut de faire des étincelles ce soir, je savais que j'étais présentable. Il sortit ensuite démarrer la voiture pendant que je prenais mon sac et une veste. Durant tout le trajet, je restai silencieuse, une vraie boule de nerfs. Jasper posa une main apaisante sur ma jambe, devinant le trouble qui m'habitait. Bien qu'il fût agréable, ce doux contact ne suffit pas à me calmer, mais réussit au moins à me faire sourire.
Jasper gara finalement la voiture sur le parking du restaurant. En bon gentleman il vint m'ouvrir la portière et m'offrit son bras pour marcher jusqu'à l'intérieur. Juste avant d'entrer, je pris une grande respiration. La partie commençait maintenant. Un regard autour de moi me permit d'évaluer à quelle catégorie de gens j'aurais à faire. Et à en juger des tenues chics et particulièrement onéreuses que portaient la majorité des clients, nul doute que j'allais devoir assurer. Comme si je n'avais pas déjà assez de pression comme ça ! Un coup d'œil à Jasper m'informa que je n'étais pas la seule à être nerveuse. Alors comme ça, lui aussi éprouvait des sentiments comme la peur ou l'anxiété ? Difficile à croire quand on voyait à quel point il était toujours si sérieux à son travail…
Après avoir annoncé son nom à l'hôtesse d'accueil – qui d'ailleurs sourit un tantinet trop longtemps à mon homme, nous fûmes emmenés vers une grande table ronde un peu en retrait pour plus de tranquillité. La personne que nous allions voir devait franchement être importante pour que nous ayons ce genre de traitement de faveur dans un restaurant aussi réputé. Un couple de personnes était déjà installé, et Jasper sembla légèrement rassuré.
« Alice, voici mon supérieur, Richard Peterson. Je travaille avec lui depuis plusieurs années à présent. Mr Peterson, voici ma fiancée Alice Brandon. »
« Enchanté Melle Brandon. Jasper a bon goût en matière de femme à ce que je vois. Mannequin c'est bien cela ? »
Je hochai timidement la tête, toujours embarrassée par l'étiquette de mannequin. C'était pourtant ce que j'étais devenue… Mais comparée à quelqu'un comme Rosalie, ou certaines autres filles avec qui je travaillais, il semblait tellement irréaliste qu'on me considère comme telle ! Mais bon, c'était vrai, j'étais mannequin, ou en tout cas le contrat qui me liait au studio se référait à moi sous ce titre…
Il me tendit une main plus que chaleureuse, et je dus faire montre de toute ma maîtrise de moi pour ne pas faire une remarque désobligeante sur le fait qu'il louchait allègrement sur mon décolleté. Mais j'avais bien vu que Jasper l'avait remarqué aussi, puisque la seconde d'après il posait une main assurée sur ma taille, encourageant ledit Richard à nous présenter son épouse qui n'avait pas pipé mot jusque là. Si lui était dans sa cinquantaine bien sonnée, sa femme ne devait pas être beaucoup plus âgée que moi. Je lui donnais maximum trente ans. Elle était plutôt jolie, mais on voyait que sa beauté n'était pas vraiment naturelle. C'était évident par la taille un peu trop développée de sa poitrine, sans parler de ses lèvres à la Angelina Jolie qui n'allaient selon moi qu'à Angelina Jolie…
Mais elle semblait être une personne agréable, et elle m'offrit un sourire posé quand je la saluai. Jasper m'invita à m'asseoir à côté d'elle, et il prit le siège adjacent. Déjà un serveur s'approchait de notre table, un tabouret à la main. Il prononça un « s'il vous plaît » qui me prit un peu au dépourvu. Pourquoi voulait-il que je prenne un tabouret ? J'étais petite certes, mais un tabouret ? Sérieusement ? Je me mordis nerveusement la lèvre, essayant de me remémoré la moindre allusion à ce genre de chose dans le discours d'Edward. Et puis, alors que je remarquai que ma voisine portait des Jimmy Choo absolument fabuleux, j'aperçus le même petit tabouret à son côté, sur lequel trônait un sac Chanel du plus bel effet. On fournissait un tabouret juste pour les sacs à main ?! Impressionnant, vraiment !
Tandis qu'il demanda si le Professeur que nous devions rencontrer serait bientôt là, j'entrepris de faire la conversation avec ma voisine de table, histoire de détendre un peu l'atmosphère. Parce que bon, ils étaient bien gentils à parler de squelettes de dinosaures ou dieu savait quoi d'autre, mais je n'étais pas du milieu moi !
« Lorsque Jasper part dans des explications d'ordre archéologiques, je décroche complètement et vous ? »
« Oh, j'ai l'habitude. De toute façon Richard ne me parle pas beaucoup de son travail, lorsqu'il me parle tout court… »
« Vraiment ? Mais vous êtes sa femme non ? »
« Oui, enfin quand ça l'arrange. Vous verrez avec le temps… »
« Non, je veux dire, Jasper et moi c'est du sérieux vous comprenez, on s'aime vraiment ! »
« Bien sûr oui. Enfin pour l'instant. Attendez qu'il décroche ce poste, vous verrez la différence… »
J'allais répliquer quelque chose et puis je me retins. Déjà parce que je ne voulais pas provoquer d'esclandre au bout de cinq minutes, et aussi parce qu'un autre couple s'approchait de notre table. Ils étaient très différents du chef de Jasper et de sa femme. Déjà ils étaient bien plus âgés. Au moins soixante dix ans ! Il donnait le bras à sa femme, exactement comme mon compagnon le faisait avec moi. Un gentleman, pas comme ce Richard apparemment. Tous deux habillés très élégamment, ils ne paraissaient pourtant pas pompeux, et il respirait une certaine sérénité de leur couple. A première vue, ils représentaient exactement ce que j'imaginais pour Jasper et moi lorsque nous serions vieux. Tout comme cet homme, Jasper serait toujours aussi séduisant même avec quelques rides sur son visage buriné par les années, et conserverait cette allure athlétique. Et moi, je me voyais bien en lady très riche mais pas imbue d'elle-même. Jouer les divas non merci ! Encore que, est-ce que demander à ma maquilleuse de me donner un verre d'eau revenait à jouer les divas ? Il fallait absolument que je demande à Rose…
A leur vue, tout le monde se leva aussitôt, à la limite des courbettes à la japonaise. Décidément, cet homme devait être sacrément important… Je me levai donc moi aussi, prenant garde de ne pas accrocher mon talon dans la nappe de la table qui était extrêmement longue. N'avaient-ils donc jamais pensé qu'une femme pourrait malencontreusement tout faire basculer ?! Vraiment, aucun tact !
Les présentations furent faites brièvement, et tout le monde se rassit. Le professeur Wendorf – pauvre monsieur d'avoir à porter un nom pareil – me parut être une personne charmante, et me fit très bonne impression contrairement à Richard qui continuait de loucher sur moi sans la moindre gêne… Vraiment, j'étais embarrassée pour sa femme. D'ailleurs Helena, l'épouse du professeur, avait elle aussi remarqué le petit manège de ce malotru, et m'adressait un regard compatissant.
« Alors mon enfant, Mr Whitlock et vous êtes fiancés à ce que j'ai compris ? »
« Oui, c'est tout récent vous savez… Mais je suis tellement heureuse ! Jasper est l'homme de ma vie ! »
« C'est bien, je vous souhaite d'être heureuse avec lui comme je l'ai été avec mon mari pendant toutes ces années. Mais pardonnez mon indiscrétion, comment une jeune femme travaillant dans le mannequinat rencontre-t-elle un archéologue ? »
J'étais un peu embarrassée. Devais-je dire à cette gentille dame la vérité ? Les gens de sa génération ne comprenaient généralement pas trop ces histoires de rupture par email, de jeunes filles sortant avec des mauvais garçons etc. Mais en même temps, j'avais l'impression que si je lui mentais, elle le saurait. Exactement comme lorsque j'essayais de cacher quelque chose à Esmée quand j'étais petite. Elle savait toujours la vérité… Et puis, d'un autre côté, et si c'était un piège ? Si elle savait déjà comment nous nous étions rencontrés par son mari ? Ca pouvait être un test pour voir si j'étais une compagne fiable pour Jasper, afin qu'il soit en mesure de se concentrer uniquement sur la tâche importante qui lui serait confiée… J'étais assez confuse… Mais elle attendait ma réponse, et chaque seconde de silence amenuisait mes chances de laisser Jasper faire bonne impression…
« Et bien en fait… C'est un peu compliqué. »
« Nous avons tout notre temps ma chère, et je serais ravie de vous écouter ! D'après ce que j'ai compris, vous n'êtes pas d'ici, j'en déduis donc que votre compagnon et vous vous êtes rencontrés lors d'un de ses voyages ? »
« En quelque sorte… Oh et flute, autant vous dire les choses, tant pis si vous désapprouvez ! »
« Je vous demande pardon ? »
« Voilà, en fait je voyais ce garçon, James depuis cinq ans, mais il ne m'apportait rien de bon. Lorsque j'ai compris qu'il me trompait, alors j'ai vu rouge, et j'ai voulu rompre. Mais comme à l'époque je n'étais pas assez forte pour faire ça comme il faut, j'ai voulu lui envoyer un email pour lui annoncer que je le quittais. »
« Un email ? »
« Oui, vous savez, ces messages électroniques que l'on peut s'envoyer par internet. C'est très pratique, ça permet de communiquer avec des gens n'importe où dans le monde… »
« Oui mon enfant, je sais ce qu'est un email, ou l'internet. Je voulais dire vous avez rompu avec votre petit ami par email ? »
Ca m'apprendrait à ouvrir ma grande bouche. Non sérieusement, je venais de me ridiculiser, et de confirmer les rumeurs disant que les mannequins n'avaient généralement rien dans la cervelle… Comment j'allais pouvoir rattraper ça ? Déjà qu'elle n'avait pas l'air ravie d'apprendre que j'avais quitté mon ex par email, qu'allait-elle penser de notre histoire avec Jasper ?! Un coup d'œil en sa direction m'indiqua qu'il était totalement focalisé sur sa conversation avec le mari de mon interlocutrice, et qu'il n'avait donc pas entendu ce que j'avais dit. Ouf. La dernière chose dont j'avais besoin, c'était bien qu'il soit fâché contre moi en rentrant à la maison ce soir…
« Oui, je sais, c'était lâche, mais c'était la seule solution. Les autres fois où j'avais essayé de le quitter, il avait su y faire et je finissais toujours par céder. Bref, j'ai écrit cet email, et je l'ai envoyé. Sauf que ce n'est pas James qui l'a reçu, mais Jasper. J'avais fait une faute de frappe voyez-vous, et mon message est arrivé dans la mauvaise boîte. »
« Je vois… »
« Jasper a voulu me prévenir que je m'étais trompé, et de fil en aiguille on a commencé à échanger des emails, jusqu'à ce qu'on essaie de se parler par téléphone, puis qu'on décide de se rencontrer pour de bon. Et ça a été le coup de foudre. Jasper est un homme formidable vous savez ! Il n'est pas seulement incroyablement séduisant, il est aussi intelligent, très attentionné, et gentil, et bon cuisinier, et accessoirement, c'est un amant fabuleux ! »
« Hum… »
Oups, je m'étais un peu emballée là… Peut-être aurais-je pu épargner à mon audience ce genre de détail… Surtout à une dame assez âgée pour être ma grand-mère. A son époque, il devait être inconcevable qu'une jeune femme ait des relations intimes avec un homme avant le mariage… L'enfer… Mais en même temps je n'avais fait que dire la vérité, Jasper était un amant extraordinaire… Bon, trouver un moyen de rediriger la conversation sur un sujet plus neutre, vite !
« Et vous Madame Wendorf ? Comment avez-vous connu votre mari ? »
« Oh, très simplement… Il revenait d'un voyage en Somalie, et s'était arrêté dans le café de mes parents pour y faire une halte avant de rentrer chez lui. Il se trouvait que ce jour là, c'était moi qui jouait les serveuses… »
« Oh, c'est tellement romantique !!! Vous êtes tombés amoureuse de lui instantanément ? »
« Oui, on peut dire ça. Il est revenu au café tous les jours pendant un mois afin de me voir, et commandait toujours la même chose. Et un jour, il a eu le cran de me demander un rendez-vous. Mes parents n'étaient pas ravis, mais ils m'ont laissée faire. Nous avons fini par nous marier il y a presque 40 ans, avons eu de merveilleux enfants, et je ne regrette pas une seule seconde d'avoir dit oui ! »
J'étais réellement admirative. C'était le genre d'histoire qu'on pouvait voir à longueur de temps dans les films. La serveuse, le jeune premier, les parents qui désapprouvaient, c'en était presque cliché. Et pourtant je ne pouvais m'empêcher de l'envier, parce que les choses auraient été tellement plus faciles entre Jasper et moi si nous nous étions rencontrés de la sorte… J'enviais également la force de leur amour qui perdurait après toutes ces années. Nous aimerions-nous toujours autant dans quarante ans ? Je le souhaitais de tout cœur, essayant de m'imaginer la scène dans ma tête…
Mes rêveries furent interrompues par le serveur qui amenait le plat. Je pris une seconde de réflexion. Edward m'avait fait un rapport détaillé sur les bonnes manières à table. Il y avait tellement de couverts !!! Commencer par l'extérieur avait-il dit. Bien, mais là, on me servait du poisson, et je ne voyais aucun couteau pour le couper… Je doutais qu'il me faille manger avec les doigts… Et je ne voulais pas demander à Jasper, parce qu'il semblait passionné par sa conversation et totalement étranger à mes déboires. D'ailleurs je lui en voulais un peu, parce que depuis que nous étions arrivés, il ne m'avait pas adressé un mot, et c'était à peine si je le reconnaissais. Lui qui était toujours si doux et attentionné, je le trouvais sérieux et limite coincé, et totalement ennuyeux parce que je ne comprenais pas un traître mot de ce qu'il racontait. Nous évoluions réellement dans deux mondes complètement différents…
Je regardais toujours mes innombrables couverts avec consternation, quand ma voisine de table me donna un petit coup de coude discret. D'un geste rapide et indétectable, elle m'indiqua la sorte de cuillère/couteau pour le poisson, et je la remerciai d'un sourire. Surement avait-elle dû passer par les mêmes galères que moi afin d'arriver à ce niveau. Mais je ne l'enviais pas particulièrement. Son mari était directeur certes, mais elle n'avait vraiment pas l'air heureuse. Si Jasper obtenait le poste qu'il convoitait, se transformerait-il en Richard Peterson avec le temps ? Et deviendrais-je aussi artificielle et malheureuse que sa femme ? Non, c'était impossible, parce que j'aimais Jasper, avec ou sans promotion, et qu'il m'aimait aussi, et pas seulement parce que j'étais un joli accessoire qu'on affichait dans les soirées…
« Tout va bien mon ange ? »
Je sursautais presque en entendant les quelques mots murmurés par Jasper. Sa main avait pressé la mienne avec douceur sous la table, et la surprise manqua de justesse de faire tomber ma fourchette de mon autre main. Je croisai alors son regard azur plein de tendresse, et compris qu'il regrettait de m'avoir ignorée jusque là. Mais j'avais promis que cette soirée serait la sienne, donc je ne dirais rien. Je lui répondis d'un sourire que je voulus convaincant, et il retourna à sa conversation d'adulte. Je levai ensuite les yeux vers mes convives féminines, et remarquai qu'Helena avait surpris notre court échange. Embarrassée, mes joues s'empourprèrent.
« Ne soyez pas gênée ma chère, il n'y avait rien d'inconvenant… »
« C'est que je ne suis pas habituée à toutes ces choses… »
« J'avais cru le comprendre en effet, mais respirez donc un instant, vous vous en tirez très bien jusqu'ici. Du moins, jusqu'à ce que vous ne croisiez vos couverts dans votre assiette… »
Je rougis de nouveau. Edward me l'avait pourtant dit !!! Quand on a terminé de manger, il faut poser ses couverts ensemble et verticalement sur son assiette… Ahhhh j'étais vraiment un cas désespéré !! J'avais pourtant relu toutes ces règles avant de partir ! Heureusement on ne semblait pas m'en tenir rigueur autour de la table. Au lieu de cela, les conversations reprirent de bon train, et je me détendis petit à petit. Bien qu'un peu sévère, cette Madame Wendorf était quelqu'un de bien, et d'agréable. Elle semblait incroyablement cultivée pour une fille de gérant de café, ce qui me fit réfléchir quant à ma propre culture personnelle. Certes j'avais fait des études en linguistique, mais avais-je jamais mis à profit ces connaissances ? Si Jasper venait à obtenir cette promotion, il y aurait certainement d'autres soirées comme celle-ci, et je ne voulais vraiment pas ressembler à l'épouse de Richard, totalement effacée et inexistante. Je ferais donc l'effort d'essayer de comprendre Jasper à l'avenir.
Mais pas ce soir. Parce qu'il avait besoin que je lui assure mon soutien, pas que je le harcèle de question chaque fois qu'il prononçait un mot dont le sens m'échappait. Et pour faire court, cela arrivait environ toutes les deux phrases, parfois trois si j'étais chanceuse… Je comprenais mieux comment Edward pouvait être devenu si respecté dans le milieu médical. En sortant des termes bien compliqués dans ses conversations, il avait gagné l'admiration de tous dans la famille, et seul mon père était capable de rivaliser avec lui.
Le reste du repas se déroula sans encombre, outre le passage où le serveur renversa une partie de la carafe d'eau sur ma voisine qui explosa de colère, quittant la table brusquement pour aller limiter les dégâts. Ce n'était que de l'eau, pas du vin, elle n'aurait pas dû faire un esclandre pareil. Bon, certes, elle portait une robe de créateur, et je n'étais pas certaine que j'aurais réussi à garder mon calme si j'avais été à sa place… Ce petit évènement sembla beaucoup amuser ces messieurs, et même Jasper se fendit d'un sourire contrit. Aucun autre incident ne vint troubler le reste de la soirée, et finalement il fut temps de rentrer à la maison. J'étais soulagée, et surtout épuisée d'avoir dû me tenir droite, de bien me comporter, et de faire attention à chacun des mots que je prononçais.
Je saluai rapidement les hommes avec qui je n'avais finalement échangé que peu de paroles, mais pris plus de temps avec Helena qui me gratifia d'une poignée de main réellement chaleureuse. Elle me souhaita bonne chance dans l'organisation de mon mariage avec Jasper, et je promis de lui envoyer une invitation. Nous récupérâmes nos manteaux à la réception, et rejoignîmes les voitures. Jusqu'à ce que nous ayons démarré, Jasper ne pipa pas mot. J'étais assez anxieuse, et attendait avec angoisse son verdict sur la soirée. Avais-je été à la hauteur de ses espérances ? Pensait-il avoir réussi à convaincre son professeur qu'il était celui qu'il fallait pour la position ? Mais rien, pendant plusieurs minutes. Il resta étonnamment silencieux, se concentrant sur la route. Je n'osai prononcer la moindre parole. Et s'il était fâché ? Et si nous finissions par nous disputer ? Cela entraînerait-il la rupture de nos fiançailles ? Non non, je ne devais pas penser de la sorte. C'était ridicule, et beaucoup trop exagéré. Inconsciemment, je jouai avec la bague qui brillait toujours à mon doigt.
Quand enfin j'aperçus notre maison, je respirai de nouveau. Au moins nous serions chez nous, et j'aurais la possibilité de prendre une douche, de retirer cette couche de gel de mes cheveux, et de sauter dans une tenue bien plus confortable. S'il voulait discuter, au moins je serai suffisamment à mon aise pour le faire ! Il parqua la voiture dans l'allée, et arrêta le moteur. Je l'entendis soupirer bruyamment.
« Jazz ? »
« Dieu merci cette soirée est terminée, je suis épuisé… »
« Je ne sais pas ce que les autres en ont pensé, mais je t'ai trouvé très convaincant et motivé. »
« J'espère que le Professeur Wendorf aura partagé ton enthousiasme mon cœur, parce que ce dîner m'a vidé. Faire attention à la moindre de mes paroles, ne citer que des sources pertinentes, rappeler les grandes lignes de ma thèse, sans parler d'effacer les quelques remarques embarrassantes de Richard, ça m'a achevé. »
« Quoi qu'il en soit, moi je t'aime, comme tu es ! »
Il me sourit alors, croisant mon regard pour la première fois depuis que nous avions quitté le restaurant. Sa main vint se poser sur ma joue, et il murmura un merci quasi inaudible suivi des mots que je préférais par-dessus tout. « Je t'aime »… Bientôt ses lèvres vinrent frôler les miennes. Je pouvais sentir son haleine légèrement emprunte d'alcool, mais je savais qu'il n'était pas ivre. Je répondis à son baiser sans hésiter, et les choses s'intensifièrent quelque peu. Pour quelqu'un de vidé, je le trouvais rudement en forme moi… Non que je m'en plaigne. Mais je me rappelai que nous étions toujours dans la voiture, que je portais une robe très serrée qui m'empêchait de bouger comme je l'aurai voulu, et que j'avais passé l'âge de m'envoyer en l'air à l'arrière d'une voiture…
« Jazz, continuons cette 'conversation' à l'intérieur… »
« Hmmm… »
Ses mains se faisaient baladeuses, signe qu'il n'avait pas vraiment l'intention d'arrêter. Je dus donc faire preuve d'un self control exemplaire, et repoussai ses avances, sortant rapidement de la voiture. Je cherchai alors mes clefs dans mon pourtant très petit sac, mais Jasper m'avait devancé et ouvrit la serrure avant moi. A peine la porte refermée derrière nous, déjà ses bras s'enroulèrent autour de moi, et ses lèvres reprirent leur place contre les miennes. Je ne résistai pas longtemps cette fois-ci, oubliant mes désirs de douche, de pyjama et de démaquillant. Je risquais certes de le regretter demain matin, mais bon, là tout de suite, j'avais d'autres préoccupations bien plus importantes ...
Et voilà! Alors vous en avez pensé quoi? Véridique, on donne vraiment des tabourets pour les sacs à main dans les grands restaurants. Moi ça m'a choqué la première fois que ça m'est arrivé (ça et la note lol, mais c'était pour la compagnie ^^)!
Merci pour votre fidélité et vos adorables reviews, je vous souhaite un excellent week-end de Pâques, et à très vite!
