Note : J'ai adoré l'écrire, celui-là. M'enfin, par là, j'ai adoré écrire tous les chapitres de cette chose (qui est toujours pas finie malgré les 50 000 mots atteints, au fait, il serait temps que j'attaque la suite en parallèle de la réécriture peut-être), parce que mes chers amis ont beau m'entendre cracher sur mon propre boulot non-stop, je m'éclate comme une dingue sur cette histoire. C'est que j'y tiens, air de rien. Sinon, ouais, joyeuses fêtes les gars ! C'est assez anodin que je poste le 25, en fait, c'est surtout parce que j'ai oublié de le faire avant et que j'aurais pas le temps après. Enfin, la suite arrive la semaine prochaine, je sais pas trop quand mais après le nouvel an, c'est sur. Profitez bien de vos vacances, en attendant. Pensez à jeter un œil au petit avertissement en dessous avant de commencer à lire.

Réponses aux guests :
Kam : Ah mais ah ça me touche à mort ce que tu dis là. Vraiment, je suis super ravie. Puisse cette suite te plaire tout autant!

Soundtrack de la joie : Winter Song - Sara Bareilles & Ingrid Michaelson ; What if this storm ends? - Snow Patrol ; The Scientist - Coldplay ; I need my girl - The National

WARNING : Malgré le fait que Espoir Blues parte sur un univers alternatif, pas mal d'éléments se passant dans les films/comics. Tout ça se passe autrement que dans un monde de super-héros bien entendu, mais vu que j'ai mis la fanfic dans le fandom Avengers et non Spiderman, mieux vaut prévenir : ce chapitre reprend un élément important de The Amazing Spiderman 2. Si vous l'avez pas vu et que vous voulez rien en savoir, foncez, sérieux. Il est bien. En attendant, si le spoil vous dérange pas, libre à vous. Moi j'ai accompli ma mission, et je peux maintenant m'en aller la conscience légère.


Chapitre 3

« Come back and haut me »


Le soir tombe.

Les bottes de Natasha claquent sur les trottoirs de New York. En marchant, elle sort un paquet de chewing-gums à la cannelle de sa poche et se met à en mâcher un.

L'automne est là et l'hiver arrive ; lorsqu'elle sort le nez de son écharpe, elle voit déjà de la buée se former quand elle respire. L'hiver arrive. Natasha en a presque peur, et c'est loin d'être à cause du froid ; c'est le souvenir d'y avoir perdu son sourire, il y a longtemps de ça. Pour le reste, elle a pris l'habitude des nuages et de la neige depuis sa naissance. Ces dernières années, elle a même réussi à se faire à la ville, et Moscou ne lui manque plus.

Lorsqu'elle arrive devant le bâtiment de la police, Natasha sort une main de la moche de sa veste en cuir pour appuyer sur la sonnette. A l'interphone, on lui demande qui elle est, alors elle dit : Romanov. Et la porte s'ouvre. Elle monte les escaliers en courant à moitié. Nat connait les couloirs par cœur à force de passer ici. Les agents la saluent parfois, lui adressent un sourire, peut-être par simple politesse, par courtoisie. Cela dit, à cette heure de la journée, la plupart des flics ont fini leur travail ici. Personne ne lui souhaite le bonsoir aujourd'hui.

Nat retire ses écouteurs en marchant, puis elle rentre dans une pièce, sans frapper.

Steve, assis à son bureau, relève la tête, surpris par le bruit de la porte qui s'ouvre. L'océan dans ses yeux est terni par les heures de sommeil trop peu nombreuses et le travail supplémentaire. Natasha trouve ça à la fois dommage et tristement beau que sa gueule d'ange soit à ce point marquée par la vie. Elle, elle ne porte pas aussi bien la tragédie.

–Natasha ? Qu'est-ce que tu fais là ?

Elle s'avance et s'installe sur la table.

–Je te sors des enfers, dit-elle. J'ai loué Pacific Rim et Fight Club. L'un comme l'autre, c'est criminel de ne pas les avoir vus.

–J'ai du boulot, Nat.

–Il est vingt-et-une heures. Tu t'obliges à bosser tout seul et peu importe à quel point c'est important, je vais pas te laisser te bousiller comme ça. Tu remballes, on rentre, on commande une pizza et on s'installe sur le canapé.

–Clint n'est pas là ?

Quelque chose se passe dans sa cage thoracique quand le prénom est prononce. Natasha feint l'indifférence comme elle le fait si bien depuis plus de dix ans.

–Mon appartement, c'est pas chez lui, dit-elle, un brin sèche.

Puis elle ajoute :

–On peut aller chez toi, sinon.

Steve ne dit rien, mais il a un petit rire fatigué. Un sourire en coin se dessine sur le joli visage de Natasha.

–Allez, Captain Rogers, fait elle. Je promets d'être sage. Tu pourras même te lever pour te mettre à travailler à cinq heures du matin, si ça te chante.

Steve a l'air de se résigner. Il craque, pose ses deux mains sur le bureau et se lève, laissant un petit air satisfait sur le visage de la jeune femme alors qu'elle forme une bulle avec son chewing-gum.

Dehors, Natasha se frotte les mains pour les réchauffer. Elle et son ami marchent d'un pas plutôt tranquille jusqu'à la station de métro la plus proche. Ils parlent un peu puis parfois, laissent du silence entre eux. Ils se connaissent suffisamment pour se le permettre sans que ce soit gênant. Natasha aime sa compagnie, que ce soit pour garder le silence, parler des heures, boire un café ou regarder des films. Elle a plus besoin de ces moments avec Steve qu'elle ne voudrait l'admettre. Sans lui faire oublier tout ce qui crie trop fort au fond d'elle, tout cela lui parait parfois moins grand. Elle a moins peur de tout casser.

Et par tout, on entend : casser son amitié avec lui. Mais aussi : le casser, lui.

Peut-être que c'est la nature même de la relation qui est moins effrayante pour elle. C'est ce qu'elle essaie de se dire, mais en réalité, et elle se traite de tout les noms quand elle y pense, elle a probablement moins peur de faire du mal à Steve parce qu'il est déjà brisé.

Elle sait qu'il pourrait résister aux chocs. La vie a été plus sympa avec Clint ; elle n'a aucune idée de s'il est fort, parce que jusque là, il lui a toujours semblé tellement inconscient qu'elle se demande comment il a survécu aux choses du monde, comment est-ce qu'il ne s'est pas encore fait écraser par sa propre voiture. Il est rêveur et puis tellement insouciant elle se rappellera toute sa vie de leur rencontre, d'à quel point elle s'était dit qu'il avait l'air d'un adorable imbécile heureux. C'est sans doute un peu pour ça, aussi, qu'elle l'aime autant. Parce que parfois, juste parfois, il arrive à lui faire oublier pendant une fraction de seconde à quel point la vie est dure et son cœur dans le coma arrive à faire entendre quelques battements. Et elle sort la tête de l'eau, elle arrive, enfin, à prendre une inspiration, à prendre de l'air dans ses poumons. Natasha aime Clint, elle aime être avec lui et c'est exactement pour cette raison qu'elle le refuse quand elle se rappelle, ça lui fait comme un poignard dans le ventre. Et Natasha se noie à nouveau.

Lorsqu'ils arrivent au Nerd, ils saluent Darcy qui ne les entend pas, son casque vissé sur son crâne. Ils montent les marches, elles devant lui, et au deuxième étage, Steve sort les clés.

Natasha enlève ses chaussures, son écharpe et sa veste en cuir. Elle attache ses longs cheveux en une queue de cheval haute puis croise les bras pour se réchauffer dans son sweat gris, l'un de ceux qu'elle pote souvent en sortant de répétition. Sans gêne aucune, elle plonge la main dans la poche du blouson que Steve vient d'accrocher au porte-manteau pour en sortir son portable, et elle compose le numéro de la pizzeria.

–Je vais allumer le chauffage, fait Steve.

Steve est plutôt ordonné de façon générale, et son appartement est assez propre et rangé ; pas un jean sale ne jonche le sol, pas un emballage ne traîne nulle part, et même ses lectures en cours sont soigneusement posées sur la table basse du salon ou la table de chevet au pied de son lit. Mais le désordre apocalyptique qui envahit le grand bureau dans sa chambre a sauté aux yeux de Nat la première fois qu'elle y est rentrée. Un ordinateur portable est ouvert sur la table, constamment tapissée de milliers de papiers, et elle y a souvent vu traîner trois, quatre tasses de café vides et une assiette à moitié entamée. En face, on voit à peine le mur : il y a des photos, des post-its, des mots, des coupures de presse, le tout relié par des flèches en scotch de couleur rouge.

Natasha n'a pas cherché à en savoir plus, la première fois. Elle a même subtilement nié ce qu'elle avait vu, essayé de ne pas regarder les visages sur les photos et les gros titres des coupures de journaux. C'était l'histoire de Steve comme elle avait la sienne, et bien qu'elle aurait facilement pu fouiller, elle avait déjà à ce moment là un certain respect pour Steve et il n'était pas question de foutre ça en l'air.

Quoi qu'on puisse en dire, Natasha Romanoff a des principes.

Steve a fini par lui en parler de lui-même ; au final, ils sont peut-être devenus proches grâce à ça. Tous deux savent que l'autre a des secrets mais aucun ne cherche à insister. Ils s'entendent comme deux anciens soldats qui passent le temps en attendant sans trop d'espoir le jour où ils oublieront les horreurs de la guerre. Natasha se rappelle avec précision du soir, il y a trois ans et des poussières de cela, où ils ont commencé à parler d'autre chose que des films qu'ils regardaient, des graves problèmes mondiaux et de ce qu'ils pensaient d'à peu près tout à part d'eux-mêmes. Il était une heure avancée du soir, ou du matin, et Steve s'était endormi sur le canapé. Le film était fini mais Nat n'avait ni sommeil ni envie de bouger de là où ils étaient, alors elle avait attrapé un bouquin au hasard devant elle, sur la table basse ; elle se rappelle d'ailleurs avoir tant apprécié ce qu'elle avait lu que le lendemain, elle avait rejoint son appartement avec le livre en main. Elle était au milieu du premier chapitre quand elle avait entendu, de façon à peine audible mais répété suffisamment de fois pour qu'elle comprenne :

« Bucky ».

Et dix secondes plus tard, Steve avait les paupières ouvertes et des larmes sur ses joues. Le jour d'après, Natasha a su ce qu'il y avait derrière l'éclat brisé du bleu des yeux de Steve Rogers. Il lui avait semblé juste qu'à son tour, il sache ce qui s'était passé pour elle, et étrangement, ça ne la dérangeait pas outre mesure d'en parler. Échange de bons procédés.


Flash claque la porte de sa voiture. De l'autre côté, Mary Jane se lève de la banquette arrière où elle s'était installée. Tous deux posent leur regard sur la façade de l'immeuble pendant que Peter sort un carton du coffre.

–Vache, mec, fait Flash. Tu te fais pas chier. Ça a l'air génial.

Peter n'en dit rien il a l'air à la limite du blasé, mais ouais, lui aussi, il trouve ça génial.

–Tu as vraiment de la chance de tomber sur un endroit pareil pour si peu cher, dit Mary Jane en prenant une autre boite.

Le portable de Peter vibre dans sa poche. Il a reçu un SMS.

« Darcy : Deuxième étage, première porte à droite en montant les escaliers. Viens quand tu veux, dois te présenter à tout le monde. Y a des bières et du manger, ça va être cool :) »

Il commence à faire sombre.

Peter, MJ et Flash font plusieurs aller-retours, de bas en haut et de haut en bas, pour déposer les affaires de Peter dans le salon.

Peter se sent mal de leur avoir à peine parlé pendant des mois, d'avoir ignoré leurs appels, leurs messages, de ne les recontacter que maintenant qu'il a besoin d'eux. Il peut toujours dire que c'est dommage, que depuis qu'il a arrêté les études ils ne se voient plus, et qu'il faudrait passer du temps ensemble, un de ces jours, mais il ne l'a jamais fait et il ne le fera pas. Il n'a pas cessé de leur parler pour le plaisir. Il était juste mieux sans eux, parce qu'il était mieux, sans personne.

–Bon, fait Flash. On va y aller, je pense. Hésite pas à m'appeler si t'as encore besoin d'aide, hein.

Flash s'éclipse dans le couloir. Mary Jane, elle, lui dit qu'elle le rejoint elle reste près de Peter et elle semble chercher ses mots.

–Je sais que... Tu n'as jamais voulu en parler, et tout ça. Mais je n'ai pas eu l'occasion de te le dire, alors... Si tu as besoin de quoi que ce soit, je suis là.

Le nom de Gwen n'est pas prononcé. Ça le dégoûte qu'elle soit devenue un tabou, mais il ne peut pas en vouloir à MJ ni à qui que ce soit alors que lui-même s'est plongé dans un mutisme complet à son sujet depuis que c'est arrivé.

–Merci, MJ, il dit. Peut-être un jour.

Il ment.

–Pour le moment, ça va.

Ils le savent tous les deux, qu'il ment. Le monde autour de lui s'est habitué à entendre des mots sonner faux dans la bouche de Peter Parker sans jamais y croire. Lui, il aimerait.

Mary lui sourit. Elle lui fait une bise sur la joue puis s'en va, emportant derrière elle son parfum de fleurs et un optimisme que Peter aurait aimé garder en otage, au moins une partie. Il ferme la porte.

D'un coup, il se rappelle du message de Darcy, et lui répond.

« C'est bon si je monte maintenant ? »

Il observe la montagne de cartons devant lui. Vu la hauteur, il opterait plutôt pour une colline, une butte, un caillou. Il n'y a là-dedans que quelques fringues, son matériel informatique, des bouquins et ses jeux-vidéos. Il pense au carton tout en dessous, celui qu'il n'ouvrira plus jamais.

Là où c'est horrible, c'est que c'est tout ce qui reste d'elle.

Reste avec moi. Reste avec moi, reste avec moi, reste avec moi.

Il se laisse glisser, dos contre la porte. Il croise les mains devant son visage, il sent sa respiration qui s'accélère, son cœur qui se serre, la nausée qui arrive, les larmes qui montent.

Arrête de pleurer. Arrête de pleurer.

Il pense qu'il ravale tout, mais il finit par essuyer une larme du revers de sa manche. Il inspire, rejette sa tête en arrière. Peter se cogne la tête contre la porte, et si il oubliait ce qui était en train de le détruire, il pourrait presque rire de sa bêtise. Il se frotte les yeux, tente de réguler son souffle. Ça lui prend quelques secondes, quelques minutes. Il arrive à se calmer, mais les pierres dans son cœur sont toujours là. Peter se rend compte, encore une fois, que non, ça ne passe pas.

Ça ne passe pas.

L'iPhone vibre par terre.

« Quand tu veux ma poule. »


On entend à travers les murs une chanson de Patti Smith résonner un peu trop fort. Natasha soupire. Puis le portable de Steve émet le son caractéristique d'un message reçu. Sans le lire, elle le lui passe.

Là, c'est Steve qui soupire, mais il sourit un peu en même temps. Il lui montre l'écran :

« Soirée chez Tony. Dois vous présenter le nouveaux, vous êtes obligés de venir. »

–Elle habite juste en face, elle pourrait venir frapper, fait Steve. Sales jeunes.

–C'est Darcy, dit Natasha.

Elle aurait préféré une soirée avec li et juste lui, ce soir. Quelque chose de calme. Peut-être, plus tard, lui parler, laisser sortir sa colère et puis son chagrin et puis sa peur. Mais tant pis. Elle se dit que c'est bien aussi. Après tout, une fête lui permettra peut-être de s'oublier un peu. Tant pis.


Peter est assis par terre avec les autres. Darcy a l'air toute excitée. Elle fredonne la reprise de Smells Like Teen Spirit par dessus la voix de la chanteuse. Des mèches qui se sont échappées de sa coiffure déjà désordonnée bougent au rythme des mouvements de sa tête. L'homme qui s'appelle Bruce est assis à côté d'eux, ainsi que Clint. Au milieu de leur petit cercles de trois personnes, il y a trois boites de pizza empilées et dessus, une assiette de brownies.

Quand Peter a demandé pourquoi c'était dans l'appartement de Bruce et Tony, qui fait des cocktails dans la cuisine, qu'ils étaient, Darcy lui a expliqué que c'était parce que Stark possédait la meilleure sono dans son appartement et tous les alcools chers, qu'il était un connard pété de thunes et elle une vicelarde profiteuse.

–Je viens d'envoyer un message à Steve, dit-elle avec enthousiasme. Et avant que tu demandes, Clint, ta dulcinée ne répond pas.

–J'allais rien demander, fait Clint.

Il fait semblant de s'en foutre et c'est raté.

Bruce, lui, est en train de rouler un joint. Il l'allume entre ses dents, puis le tend à Peter avec un air bienveillant qui sied bien à son visage, mais moins au fait de proposer de la drogue à quelqu'un.

–C'est très irresponsable de ma part, fait-il. Je devrais pas t'inciter, parce que c'est mal, tout ça. Si Steve me voyait faire, il me regarderait probablement d'un air dédaigneux pendant le reste de la soirée. M'enfin, une fois de temps en temps, ça peut pas faire de mal.

–Dixit le fumeur de weed en masse, dit Clint.

Tout à l'heure, Darcy lui a soufflé qu'il ne fallait jamais énerver Bruce, parce qu'il lui arrive de perdre le contrôle, de devenir dangereux. Peter a du mal à croire qu'un homme aussi posé et amical que lui puisse faire du mal à qui que ce soit. Elle lui a dit, aussi, que l'herbe l'aidait à se maintenir calme, et qu'il en consommait à usage purement médicinal, à la base. Ce qui n'empêche personne d'en profiter un peu. D'où le fait que Peter se retrouve avec un pétard entre les lèvres, et ça tombe bien, parce qu'il a justement besoin de ça. Il tire deux grands coups puis le tend à Bruce, mais Clint l'attrape au vol, et il montre du doigt les gâteaux.

–Il y en a aussi là dedans, dit-il en tirant sur le joint.

Le côté autodestructeur de Peter l'oblige à en prendre un. C'est absolument déraisonnable mais il se console en se disant que ça ne peut aucunement foutre en l'air un quelconque chemin qu'il aurait accompli parce que jusque ici, il n'en a fait aucun.

Darcy fait presque un bond en se levant quand on sonne à la porte. Peter voit entrer un grand blond, plutôt musclé, et la fille rousse de ce matin, Natasha. Peter se lève.

–Steven Rogers, lui dit le grand blond en lui tendant une main. Steve.

–Peter, lui répond-il.

Puis il croise les yeux verts de Natasha. Elle a une boite de pizza sous le bras et un téléphone dans son autre main, alors elle ne serre pas la sienne, se contentant de se présenter avec un sourire poli.

–Natasha, dit-elle.

Steve fait une légère grimace. Plus fort, pour que sa voix passe par-dessus la musique, il dit :

–Darcy, sérieusement, que tu laisses tout le monde fumer, ça va, ça passe, mais ouvrez les fenêtres, par pitié. J'ai l'impression d'être stone juste en respirant.

Natasha sourit en coin. Puis elle regarde à nouveau Peter et ajoute :

–Désolée de t'avoir réveillé ce matin.

–Oh, ça fait rien, vraiment. Je dormais pas, de toute façon.

Elle n'a pas l'air convaincue, mais finalement, elle lui indique d'un geste de la tête de la suivre et elle va s'asseoir près des autres. Elle pose sa pizza à côté de la pile de boites. Peter se met entre elle et Darcy. Il remarque qu'elle et Clint évitent soigneusement les regards l'un de l'autre. Heureusement pour lui, ce dernier a trouvé une excellente excuse pour s'éloigner vu que Tony, depuis la cuisine, crie qu'il n'a pas assez de mains pour porter les verres. Il part donc en renfort, accompagné de Bruce, et lorsqu'ils reviennent tous les trois, ils déposent près de chacun une coupe au contenu légèrement ambré. Tony, lui reste debout. Il lève son verre.

–A Peter, dit-il. Que je ne connais pas encore mais qui a l'immense courage de s'intégrer à cette bande de malades.

Peter sourit. Il boit cul sec.

Après, tout est flou. Les seules choses dont il arrive à recoller les morceaux passent rapidement et dans le désordre dans sa tête : il rit à une histoire stupide que Clint raconte à propos de ses voisins, il se met à dire des choses sans queue ni tête, à son tour, il se déplace sans vraiment se rendre compte de ses mouvements. Il reprend aussi un gâteau, dans la peur de redescendre sur terre, et il n'a aucune idée de combien d'heures s'écoulent parce que tout, tout passe très vite.

Et maintenant, maintenant, tout est flou.

Sa vue se brouille. Il revient un an en arrière et il n'y a rien qu'il ne puisse y faire, rien pour empêcher les images de défiler devant ses yeux. Rien. Il revoit son visage endormi, et le sang qui tache ses cheveux blonds. Hey. Hey, Gwen. Gwen. Le Peter du passé ne réalise pas encore qu'il ne verra plus jamais ses yeux. Gwen ? Gwen, respire. Gwen. GWEN. Sa nuque est encore chaude entre ses doigts, alors il y a un espoir, un infime espoir pour qu'elle recommence à respirer, pour que son cœur se remette à battre. Si c'est un miracle qui l'a amenée sur terre, alors il peut s'en produire un autre pour la sauver. Gwen, tu peux pas mourir, Gwen. Tu étais la vie, tu étais ma vie. Tu peux pas, non, me laisse pas, reste avec moi, reste avec moi, RESTE AVEC MOI.

Les cils de Peter sont humides. Il pense qu'il est allongé par terre, quelque part, et que Darcy essaie de le ramener à la réalité.

–Il va pas bien, dit-elle, et la panique rend sa voix tremblante. Steve ! Steve, aide-moi, il va pas bien.

Après, il ne l'entend plus.

Il n'entend plus rien si ce n'est ses propres cris de désespoir, coincés des mois auparavant.

Gwen lui sourit, derrière ses paupières closes, et pendant un instant, Peter y croit presque. Peut-être qu'il pourrait la toucher du bout des doigts, juste en tendant le bras. Sentir la douceur de sa peau, de ses cheveux. Gwen Stacy ne devait pas mourir, elle ne pouvait pas partir. La mort s'était permise de briser les règles, alors pourquoi pas lui ? Pourquoi est-ce qu'il ne pourrait pas lui rendre la vie ?

Je t'en supplie, Gwen. Me laisse pas, pars pas. Tu peux pas partir.

Il a froid. Il tremble.

Il doit vraiment pleurer, maintenant, parce que Darcy l'a pris dans ses bras. Et elle lui chuchote que tout va bien. Il sent quelque chose qu'on étend sur lui c'est Natasha qui a été chercher une couverture. On lui tend une tasse fumante, on lui dit que ça fera du bien. Il boit lentement, mais il s'y force, pendant que Darcy lui caresse les cheveux, que Natasha lui masse les épaules et que Steve s'installe à côté d'eux. Il n'est qu'à moitié conscient, la situation lui semble être celle de quelqu'un d'autre. Il entend Steve marmonner qu'ils sont des irresponsables, qu'ils n'auraient pas du le laisser prendre de ces saloperies, et Darcy dire que c'est de sa faute, et qu'il ne va pas bien.

Il ne va pas bien, définitivement pas bien. Peter le sait depuis longtemps, mais il ne sait pas combien de mois encore il lui faudra pour l'accepter.

Il lui semble attendre des heures avant de réussir à s'endormir. Gwen danse toujours, dans ses yeux. Et lorsqu'il rêve, il la voit marcher devant lui. Elle lui tourne le dos. Derrière elle volent ses cheveux blonds et son manteau bleu ciel qu'elle porte toujours quand il rêve d'elle, parce qu'elle portait celui-là pour la dernière fois. Peu à peu, elle s'éloigne. Peter a des mots, des cris, qui restent coincés dans sa gorge. Il n'arrive pas à dire quoi que ce soit pour la retenir.

Lorsqu'il arrive à entrouvrir les yeux, ils brûlent au contact de l'air. Il réussit très difficilement à bouger un bras, puis l'autre, pour se redresser contre le mur en face de lui. La totalité de son corps lui fait un mal de chien.

Gwen Stacy a disparu en même temps que les restes de fumée bleutée.

–Toi, tu bouges pas.

Ses oreilles étant bouchées, il lui est difficile de reconnaître la voix, mais il pense savoir de qui il s'agit. Quelqu'un arrive vers lui avec des choses en main, et les dépose à côté du matelas. Il se frotte les yeux, les mouvements au ralenti, et le flou qui couvrait ses pupilles laisse apparaître Darcy. Peter essaie de reprendre contenance, de redevenir conscient de ce qui se passe autour de lui. Il cherche ses lunettes des mains c'est Darcy qui les ramasse et les lui tend. Elle porte un pull en laine, à grosses rayures noires et blanches.

Il est dans son appartement, et la couverture qu'il a sur lui ne lui appartient pas. Par terre, il y a une assiette avec deux œufs au plats, des toasts au miel et une tasse de thé fumant.

–Je m'en veux.

C'est Darcy qui a parlé.

Cela dit, Peter ressent un peu la même chose.

–On avait aucune idée de- On pensait pas à mal. C'était pour rire un peu, et on aurait fait plus attention si on avait pu se douter de ta réaction. On avait aucune idée de ce que tu pouvais endurer. C'est irresponsable de notre part, et on aurait pas du.

–Je suis désolé.

C'est sous forme de grognements, à peine audibles, que sortent les mots. Peter n'arrive pas à faire mieux mais au moins, il arrive à parler. Ses rêves auraient pu lui enlever la parole.

–Tais-toi, abruti, fait Darcy. C'est moi qui suis désolée.

Au fur et à mesure qu'il a reprend conscience, Peter s'en veut un peu plus. Bravo, Parker, t'as encore tout fait péter. T'as une fois de plus réussi à rendre les choses glauques et sordides, comme toi. Il a envie de se cacher dans un trou, honteux de ce qu'on a vu de lui, honteux de ce qu'il est. Il tousse une fois, mais ça ne suffit pas pour cracher les larmes coincées dans sa gorge. Bravo. Il a déménagé pour changer de vie, pour laisser l'ancienne derrière. Il a déménagé pour se sentir mieux, et il a tout foutu en l'air. Bravo, t'as encore merdé.

–A quel point tu te caches, exactement ? Dit Darcy en lui tendant la tasse.

Il se brûle les doigts en l'attrapant mais ce n'est pas une mauvaise chose le contact le fait sortir de sa torpeur, le fait se sentir un tout petit peu vivant.

–Je sais pas, répond-t-il.

Et c'est vrai, il ne sait pas.

Il tente un sourire, et Darcy le regarde avec les yeux de quelqu'un dont on a brisé les illusions.

–Pourquoi tu souris tout le temps, Peter ? T'as le droit d'être mal, putain, t'as le droit d'être humain. T'as le droit de pleurer sans avoir à bouffer un space cake pour craquer. T'as le droit de parler de ce qui va pas, de te laisser aller. Tu pourras pas aller mieux, si tu... Pourquoi tu souris alors que tu vas mal ?

Ses illusions se basaient sur ce gamin qui est rentré dans son café avec son air paumé, et ses cheveux trempés, à qui la vie n'avait pas encore eu le temps d'infliger ses blessures et dont les yeux n'avaient pas cessé de briller, dont les sourires n'étaient pas couverts de cendres. Elle a vu le sel dans ses yeux, les lignes sur ses poignets, la noirceur de son cœur. Peter est désolé, réellement désolé. Il aurait voulu qu'elle continue qu'elle continue à croire tout ça plus longtemps, pour ne pas abîmer son optimisme.

Pour une fois, pour se faire pardonner, pour une fois il décide de dire la vérité.

–C'est plus facile de sourire que d'être heureux. *

Aller mieux demande beaucoup trop du courage qu'il n'a pas. C'est plus facile, faire semblant d'être fort alors qu'on est faible.

–Fais-moi une promesse.

Peter l'écoute. Il tente de tremper ses lèvres dans le thé à la menthe mais c'est encore beaucoup trop chaud pour lui.

–Ne fais plus jamais ça. S'il-te-plaît. Il faut pas que tu te mettes dans des états pareils. Fais attention à toi.

Et parce que c'était le but de son changement et de tout, et qu'il espère réellement y arriver, Peter dit :

–D'accord.

Darcy, assise à côté de ses jambes, a les bras croisés sur ses genoux, contre elle. Il a l'impression que si elle ne le regarde pas, c'est pour éviter de pleurer. Elle cherche quoi dire, elle cherche ses mots.

–Je peux te poser une question ? Dit-elle finalement.

–Vas-y, dit-il. Je ferais de mon mieux.

Et honnêtement, Peter n'est pas réellement sur d'avoir envie de répondre. Mais Darcy, après l'avoir vu comme ça, après avoir vu le vrai lui, Darcy qui s'inquiète, qui a l'air tellement paniquée, Darcy qui prend lui a sans doute le droit de savoir quelque chose. Elle a le droit aux réponses à ses questions, et tant pis si Peter doit tenter l'impossible qui est pour lui d'en parler.

–Qui est Gwen ?

Gwen.

C'était la plus belle fille du monde. Ce n'était pas une beauté ordinaire, mais elle avait cette façon de dissiper le blizzard lorsqu'elle souriait, de faire briller le ciel avec ses yeux. Elle avait une voix douce et un rire à détrôner les plus belles chansons d'amour. Quand elle parlait,e lel avait l'air d'en savoir plus sur la vie, sur le monde et sur l'humanité que la terre entière. Elle avait l'air d'avoir tout compris, tout avant les autres, et pas d'une manière agaçante elle n'était pas parfaite et si elle avait souvent le mot juste, il lui arrivait de ne pas savoir réagir une situation et on ne lui en voulait jamais pour ça. Quand elle était là, c'était tout ce qui comptait. Elle arrivait à rendre le monde plus beau juste en étant là, elle le rendait plus fort en existant.

Elle était mon monde, elle était ma vie, elle était-

–Elle est morte.

Et c'est tout ce que Peter réussit à dire. Darcy l'a déjà pris dans ses bras.

–Oh, Peter.

Elle caresse ses cheveux et son dos et ça lui fait mal parce que tous ses muscles sont endoloris, mais il lui rend son étreinte.

–Promets-moi de pas te faire de mal.

Parce que que s'il promet deux fois, Darcy y croira peut-être plus.

Peut-être que lui aussi.

Peut-être.

Il sent les cicatrices le long de son bras qui recommencent à piquer.

–Je te le promets.


* "C'est tellement plus facile de sourire que d'être heureux" est une phrase qui vient de la chanson Blizzard, de Fauve. Ouais encore eux, ouais.

Sinon c'est pas tellement le bonheur dans ce chapitre mais j'espère que vous êtes toujours là. A bientôt.