Note : Y'a du nouveau : le groupe est créé ! J'ai déjà ajouté quelques gens, du coup hésitez pas à demander d'y entrer ; ça s'appelle Welcome to the Nerd, nerd (oui oui comme le premier chapitre), ce qui va peut-être changer parce que je trouve ça un peu long et tout, je vous tiens au courant. Du coup, ce qu'il s'y passe : les updates des fanfictions qui arrivent directement dessus, et sinon on verra de ce dont on pourra discuter, ça va être cool.
C'est le plus long chapitre écrit pour le moment ; je fais pas d'autres commentaires, je vous souhaite une bonne lecture, et hésitez pas à laisser votre avis.
Soundtrack : Mad World - Gary Jules ; Peer Pressure - Jon Brion ; Rock n'Roll Suicide - David Bowie ; Rise - John Dreamer
Chapitre 7
« Tout est aléatoire »
–Steve ?
Il se retourne en entendant son nom ; c'est la voix de Natasha. Elle est là, debout, dans le couloir blanc. Clint, derrière lui, a les mains enfoncées dans les poches de son manteau et la tête à moitié cachée derrière son écharpe grise, mais il a clairement l'air inquiet, comme Natasha. Elle, elle a les joues rendues un peu roses par le froid et des questions dans ses yeux verts.
C'est la panique dans l'hôpital ; en plus d'eux, une équipe entière de flics est présente. Le cas de Bucky Barnes était un cas désespéré. Quand quelqu'un a disparu depuis cinq ans, l'espoir aide à continuer à chercher mais n'est pas suffisant pour trouver quoi que ce soit quand tout indique que c'est impossible, qu'il faudrait un miracle. Steve n'arrive toujours pas à calmer le vacarme derrière ses côtes, parce qu'il est arrivé, le miracle.
Natasha le prend dans ses bras.
–Comment tu te sens ?
Clint pose une main sur son épaule. Il ne dit rien, mais c'est beaucoup, déjà, venant de lui.
–Infiniment heureux. Et mort de peur.
Il a envie de crier de joie et de vomir d'angoisse.
–Au fond de moi, continue-t-il, j'envisageais la possibilité que peut-être, il soit... mort, et... j'espérais à peine le revoir un jour, et je suis tellement soulagé mais... il est tellement mal. Il était couvert de sang et il ne se souvient plus de rien, il...
Natasha s'éloigne un peu, le laisse souffler. Steve respire un peu. Elle a toujours une main posée sur son avant-bras.
–Il a dit quelque chose ?
–Un mot.
Elle attend une réponse, mais avant que Steve ne puisse dire quoi que ce soit, l'infirmière sort de la chambre devant laquelle il sont. Elle s'approche de Steve, et de sa petite taille, elle doit relever la tête pour lui parler.
–Vous pouvez rentrer.
Parce que Steve est flic aussi. Officiellement, il est censé poser les questions.
L'infirmière semble vouloir dire quelque chose mais elle hésite.
–Il est... instable, dit-elle finalement. Il a frappé beaucoup d'employés en soins intensifs, et il s'est réveillé d'anesthésie pour essayer d'étrangler quelqu'un. Il s'est calmé, maintenant, mais vous devriez faire attention.
Le teint de Steve est blanc, blafard. Il n'a pas dormi de la nuit.
–On t'attend là, dit Clint. Courage, d'accord ?
La vérité c'est que Steve en a réellement besoin. Pas qu'il ait manqué d'en faire preuve ces dernières années, il peut au moins s'accorder ça ; il a tenu le coup jusqu'ici sans se jeter sous un train et c'est déjà pas si mal. Mais il a cherché Buck pendant tellement longtemps qu'une partie de lui avait abandonné. Et c'est dur, parce qu'il se sent tellement reconnaissant, Bucky est là, dans cette chambre, il a été retrouvé, il est réapparu, il est vivant, mais putain, rien de tout ça n'aurait du se passer. Rien du tout. Et Bucky aurait encore toute sa mémoire, son corps en état de marche, ses yeux brilleraient encore.
–Steve.
La première et seule chose qu'il a pu prononcer à Hell's Kitchen résonne à nouveau dans la chambre.
Bucky est assis sur le lit aux draps bleu clair trop délavés. Il a les bras couverts de bandages, jusqu'en dessous de sa blouse d'hôpital. Son dos est couvert de plaies qu'on ne voit pas. Une perfusion rentre au creux de son coude, parce qu'il a besoin de nutriments malgré le plateau repas qu'il a vidé et qui repose encore sur ses genoux. Il a du noir autour d'un œil et plusieurs sparadraps sur le visage, et même s'il fait beaucoup moins peur à voir que la veille, Steve a des larmes coincées dans sa gorge.
–Salut Bucky.
C'est tout ce qu'il arrive à sortir. Il regarde ses yeux perdus et il aimerait dire plus, tellement plus et Bucky, bordel, j'avais tellement peur, si tu savais, j'ai cherché en vain pendant des années, et ça n'avait pas de sens, mais c'est rien, tellement rien à côté de ce que tu as du vivre, toi. Je ne connais rien de ce qui pourrait s'approcher d'une infime parcelle de l'enfer que tu as du vivre, c'est rien, tout ça n'est rien à côté de tes cinq dernières années, à toi. Mais je suis tellement heureux et terrifié que tu sois là. Je sais pas où t'étais, je sais pas comment tu t'en es sorti, mais tu es là et c'est comme si je respirais à nouveau. Je sais même pas situ te rappelles de quelque chose de plus à propos de moi que mon nom et je sais pas si je suis prêt à l'entendre mais je ferais de mon mieux. Tout ne va pas bien mais tout va mieux, tu vas vivre et Bucky, putain Bucky, ton absence m'a tué et je suis désolé.
Il le regarde toujours avec ses grands yeux à moitié fermés. Il y a quelque chose de brisé sur son visage, des fissures qui se sont creusées jour après jour. Mes ses yeux, ses yeux bleus, ils sont les mêmes qu'il y a des années. Ils sont juste un peu moins brillants mais ils ont gardé cette chose un peu mystique derrière ses cils trop longs. C'est douloureux à regarder, en quelque sorte. Steve va s'asseoir sur le tabouret à côté du lit. Il a envie de toucher la main posé sur les draps, de prendre ses doigts entre les siens, de le prendre dans ses bras et de l'étreindre fort, fort, mais il a peur que ce soit douloureux pour lui aussi.
–Tu vas mieux ?
Bucky n'est pas dans son état normal et il a sans doute besoin d'un peu de temps avant d'avaler quoi que ce soit qu'un Steve désespéré ait à lui dire.
–Je me souviens de toi.
Et oh.
–C'est flou, dit Bucky. Je veux dire, je...
Sa voix est faible et brisée. C'est peut-être la première fois qu'il a une vraie conversation avec quelqu'un depuis très longtemps. Sa voix, ses mots ont oublié comment on fait.
–Il me manque beaucoup de choses. J'ai quelques souvenirs dans le désordre, et je... c'est comme si c'était pas à moi, tu vois ? C'est comme si on m'avait mis des images dans la tête sans que j'arrive à savoir d'où elles viennent, et je... j'arrive pas...
–Bucky. C'est rien. Tu... Prends ton temps, d'accord ?
Mais Bucky continue. Il a probablement mille fois plus de courage que Steve pour avoir la force de parler, maintenant. Il en a toujours eu ; Steve peut rajouter ça à la liste des choses qui n'ont pas changé. La liste, elle a lieu d'être à titre de repères, mais seulement ça. Peu importe sa longueur et ce qu'il y a dedans, peu importe ce qui ne s'y trouve pas et à quel point Bucky a pu devenir une autre personne à cause de Dieu sait quels traitements, quels connards, Steve s'adaptera, il fera de son mieux. De toute façon, ça restera toujours lui et c'est à peu près tout ce qu'il lui faut.
Et il continue, Bucky.
–A un moment je me rappelais plus de rien, dit-il. Et puis j'ai commencé à voir et à entendre des choses et... et ça m'a terrifié parce qu'il m'a fallu du temps pour comprendre que ça appartenait à ma vie alors que je pensais que j'en avais pas. Je savais pas qui j'étais, je connaissais même pas mon nom et... C'était comme voir la vie de quelqu'un d'autre. J'ai toujours cette impression, que j'ai rien vécu de tout ça, mais... Au moins je m'en souviens, et je sais pas, peut-être que ça reviendra mais...
Bucky prend sa tête entre ses mains, ses cheveux noirs entre ses doigts. Comme la nuit dernière. Et il tremble.
Steve aussi. Il a tremblé, toute la nuit.
–Je suis plus rien, je suis vraiment plus rien. Je suis complètement paumé et je suis personne, et...
C'est pas grave, Steve abandonne ; il le prend dans ses bras, avec les précautions suffisantes pour ne pas trop serrer, pour éviter les endroits où la chair a été tailladée ou brûlée ou merde, qu'est-ce qu'il lui ont fait, et c'est difficile parce qu'il est blessé de partout, partout. Pour compenser, il pose une main sur sa tête en espérant de tout son corps que Bucky ne va pas flipper.
Ils respirent. Les pulsations reprennent.
Il se peut aussi que des larmes coulent.
Bucky l'étreint aussi, trop fort. Ça fait mal dans cette position. Ses doigts agrippent le dos de sa chemise, il sent la chaleur à travers le tissu. Steve a des crampes, il est sale d'une nuit à vagabonder dans les mêmes vêtements mais ce n'est pas grave. Rien de tout ça n'est grave. Une vieille légende dit que Steve et Bucky pourraient survivre à la fin du monde s'ils sont ensemble.
Il lui laissera du temps, avant les questions. Il lui laissera tout le temps qu'il faut, tout le temps du monde. Il est là. Ce n'est pas grave, rien de tout ça n'est grave. Il est là.
On est le matin, et il fait froid dehors mais chaud dans l'hôpital. Le soleil passe un peu à travers les rideaux. Il les éclaire, les baigne de rayures de lumières. Steve se plaît à croire que ça a toujours été comme ça, qu'il n'a jamais disparu.
Ils respirent.
Le toit de l'immeuble est presque jaune dans la lumière crépusculaire d'un hiver encore doux. On ne croirait pas à un début de mois de décembre, mais la saison est trahie par son froid mordant, qui lui, est bien présent. Peter porte son manteau kaki au dessus de son sweat et a a ses mitaines aux mains, et même Wade a troqué ses vieux t-shirts et sa veste en cuir contre quelque chose d'un peu plus chaud. La neige n'est pas encore là, mais l'hiver, si.
Ils mordent dans des hamburgers chauds, tous juste achetés, leurs jambes pendant dans le vide.
–T'as entendu pour Steve, fait Wade.
–Ouais, répond Peter. Ils sont encore à l'hôpital, maintenant, non ? Enfin, son pote a été retrouvé en morceaux, je pense que ça s'impose.
–En morceaux, mais vivant. C'était inespéré, de le retrouver vivant, après cinq ans.
Wade regarde la ville, Peter regarde Wade.
–Cinq ans ?
–Dingue, hein ?
Dingue, ouais.
–Je savais même pas que Steve avait perdu quelqu'un, au début.
Steve cache ses cicatrices, comme Peter cache les siennes sous les manches de ses pulls. Tout le monde a des plaies ouvertes, à vif, des douleurs à s'en réveiller la nuit. Tout le monde hurle silencieusement, pour ne pas réveiller les autres, lave ses larmes, rince le sang. Tout le monde a ses secrets et ses histoires. Peter n'est pas le seul, il le sait. Il regarde le soir qui tombe doucement sur New York, il sent le vent glacial contre ses joues.
Il y a des milliers de personnes dans la ville, tous ceux qui resserrent leurs bandages, qui encaissent les coups. On y survit probablement. Wade a pu survivre a un incendie, ou a une agression ou à quoi que ce soit d'autre, il ne sait pas, alors peut-être que Peter survivra à sa vie.
–Tu connais la librairie The Breakfast Club ?
Wade change toujours de sujet, et ce n'est même pas pour essayer quoi que ce soit. C'est comme si son esprit passait d'un univers à un autre sans voyage intermédiaire. Il téléporte des phrases là où elles n'ont pas lieu d'être. C'est étrange, mais ses absurdités ont un effet presque apaisant sur Peter. Ses conneries le calment, peut-être un peu par magie.
–Non ? Répond-t-il.
–Prend le temps d'y déplacer tes petites fesses, un jour. J'y travaille.
–Sérieusement ?
–Juste le lundi, le mercredi et le jeudi. Mais bon, j'y travaille.
C'est drôle parce que peu importe sa fascination pour Wade, sa curiosité malsaine à son égard, Peter n'a jamais pris la peine de lui demander quoi que ce soit sur sa vie. Peut-être a-t-il d'une part envie d'en savoir plus sur lui et de l'autre aussi un peu peur de le connaître. La plupart du temps, ils parlent de choses totalement aléatoires, des autres, de choses sans importances, de tout, de rien, mais pas d'eux.
–Quoi ? Fait Wade devant son silence amusé. Tu m'imaginais en strip-teaser ? Je sais que mon corps d'éphèbe me le permettrait, mais je préfère le garder pour un usage plus personnel, si tu vois ce que je veux dire.
–Mais ta gueule, fait Peter en lui poussant doucement l'épaule, un sourire dans les yeux.
Ils sont incorrigibles.
–En vrai, je sais pas, je te voyais avec un boulot plus aventureux, plus rock n'roll, dit Peter. Du genre, je sais pas, caissier, ou serveur au McDo, un truc dingue.
Et Wade rit.
La vérité, c'est qu'on pourrait plus facilement le prendre pour un dealer de drogue, un tueur à gages, un leader de groupe punk, ou les trois à la fois.
–Mais je suis serveur, chéri, je crois bien que c'est ça le mieux. Mon intrépidité n'a pas de limites, pour qui m'as-tu pris ?
–T'as combien de boulots exactement, superman ?
–Trois. Libraire, serveur, vendeur. Je change de temps en temps, quand j'en trouve de nouveaux. C'est pas si pourri que ça, même si y a plus passionnant, je t'avoue. Tu fais quoi, toi ?
–Des photos.
Enfant, Peter avait l'habitude de capturer tous les moments qui lui passaient sous les yeux. C'était sa façon d'apprendre du monde. Ça doit faire un moment, maintenant, qu'il pose rarement les mains sur son appareil photo pour autre chose que des clichés qu'il rend au Daily Bugle. Encore moins depuis qu'il s'est fait virer de son travail. Il ne le dit pas, ça. Il ment encore, et il en a un peu honte.
–Wow, la classe, Petey. Tu vis de ton art, et tout.
–Bah, c'est juste pour un journal. C'est pas comme si j'exposais, ou quoi que ce soit.
C'est bizarre qu'ils ne se soient jamais posé des questions si normales. L'habitude leur est venue de parler de tout, sauf d'eux-mêmes. Ils en ont même oublié de s'échanger des formalités.
–Tu devrais, fait Wade.
–T'as jamais vu mes photos.
–Je sais qu'elles sont géniales.
Peter a fini son hamburger. Il s'essuie les doigts avec la serviette, précautionneusement et bien que l'acte soit délicat lorsqu'on porte des mitaines, jusqu'à ce qu'ils soient entièrement propres. Il ouvre son sac, en sort l'étui de son appareil photo.
–On va voir ça, dit-il.
Et il photographie la ville. Les rayons du soleil filtrent entre les nuages mauves et orangés comme une pluie de lumière. Elle se reflète sur les flaques d'eau des toits des immeubles et en bas, aussi, sur les routes humides, sur les capots des voitures, sur les cheveux des filles. C'est con qu'il n'en prenne plus autant, des photos ; ça lui manque d'immortaliser, d'écrire son histoire avec des images. La vue est magnifique, presque surnaturelle.
Puis Peter profite d'un moment ou Wade, décrochant ses yeux de lui, fouille dans la poche de son manteau pour en sortir un paquet de cigarettes. Il braque son objectif sur lui. Il fait ça discrètement, et Wade ne le remarque que lorsqu'il a sa clope en bouche, son briquet en main.
–Ça ressemble à du harcèlement, un peu, fait Wade.
–T'adores ça, mon salaud.
–Plutôt, j'avoue. Je me sens privilégié, c'est cool. Je peux voir?
–Nan.
Peter n'a pas développé de photos depuis un an. Les quelques unes qu'il a prises depuis son arrivée au Nerd sont toujours à l'abri, dans sa carte mémoire. Il se dit qu'il devrait le faire, au moins pour celle qu'il vient de prendre. Parce que dessus, le charme cru et sale de Wade lui crève les yeux et qu'il a envie de s'en souvenir. C'est stupide, mais c'est comme s'il le connaissait un peu mieux grâce à ce cliché. C'est lui, dessus, c'est tout le mystère qui fait que Wade est Wade, qui fascine Peter sans qu'il en ait encore trouvé la raison.
–Tu m'as jamais montré tes photos, dit Wade, faussement grognon. Je me sens terriblement vexé.
–Y'a pas grand chose à voir, trésor. Je m'y suis remis il y a peu.
Wade tire sur sa cigarette. Peter lui vole comme si c'était une vieille habitude, qu'ils étaient les meilleurs amis du monde depuis leur petite enfance.
–Tu fais trop grand pour ton âge, dit Wade sans préavis.
–Ah ouais ?
–Ouais. T'as l'air d'avoir vécu beaucoup trop. Et pourtant, ça n'a rien de physique, ta belle gueule de minet fait son effet, je t'assure. Mais t'as le visage d'un gamin et les yeux d'un martyr.
La fumée rencontre l'air froid.
–Qu'est-ce que tu caches ?
Au moins, ils sont deux à se poser la question.
–Tu penses comme ça parce que tu me connais pas si bien que ça, dit Peter. Je fais semblant. J'ai l'air adulte mais je suis qu'un gosse. C'est terrifiant.
–Justement, répond Wade en se penchant dangereusement pour attraper une des bières, derrière eux. J'ai plutôt envie de te connaître.
La canette s'ouvre dans un psh. Wade récupère la cigarette d'entre les lèvres de Peter, alors il décide de s'en allumer une même si ça reste beaucoup plus drôle de les partager.
–Je pense qu'on peut en savoir beaucoup sur quelqu'un en connaissant sa playlist, dit-il.
–T'es sur que t'es prêt pour cette conversation ?
Peter sourit, et à défaut de reprendre sa cigarette, pique sa bière à Wade et en prend une gorgée avant de lui tendre. Il allume sa clope en écoutant Wade parler.
–The Doors. Nirvana. The Rolling Stones. Led Zeppelin. Des accords de guitare qui sonnent comme un foyer et des voix qui font office de voyage. Radiohead, j'adore Radiohead. Quand j'étais gamin, j'achetais un CD dès que j'avais un peu d'argent, ce qui était pas si souvent, en fait. J'en avais même mis de côté pour m'acheter un tourne-disque, mais il a disparu après que j'aie invité mes deux copains de l'époque pour leur montrer. J'étais sur que c'était ce petit con de Preston. J'avais envie de lui casser la gueule mais à la place, j'ai foutu le feu à son perfecto et j'ai jeté son skate dedans, parce que je suis un mec gentil.
–Certainement, rit Peter. Tes états de conscience sont si touchants. Un vrai petit ange.
–Et toi ?
–Hm ?
–Toi ? C'est quoi, ta came ?
–Oh. Tout ce que je trouve beau.
Le bruit de la pluie contre ma vitre. La mort du soleil derrière les buildings. Toi.
Toi.
–C'est difficile de donner des critères. J'ai du mal à saisir mes propres goûts musicaux, parfois. Je passe du classic rock à l'éléctro dégueulasse en faisant un tournant par la rue du rock triste et une halte à la station des artistes obscurs connus par à peine deux clampins sur Internet. J'aime bien les musiques de films, aussi. Ça fait l'effet de vivre dans un film, ça fait se sentir comme un super-héros.
–Ce qui dans ton cas devrait pas être trop difficile, trésor. T'es déjà un super-héros.
Un super-héros un peu merdique, avec un passé tragique mais pas de pouvoirs. C'est un peu triste. Peter sourit.
–J'vais demander à Darcy d'écrire une fanfiction sur toi. T'auras une double-vie et des pouvoirs. Et t'as même déjà un logo au dos de ton sweat, Spiderman.
–C'est un peu pourri d'être un homme-araignée, non ?
–Mais non, justement. Tout le monde te craindrait. Y'a un nombre ridicule de personnes qui ont peur des araignées. C'est un truc figé dans l'inconscient collectif alors que c'est pas plus menacant qu'une mouche et que personne a peur des mouches.
–Et si moi, j'avais peur des mouches ?
–T'es une araignée, tu t'en fous, tu les bouffes, les mouches.
–C'est dégueulasse.
La fumée de leur cigarettes se mélange aux derniers rayons du soleil, dansant devant leurs yeux. Elles prennent les couleurs du ciel : orange, violet, rose, bleu. C'est un coucher de soleil comme un en voit dans les films et pourtant les yeux de Peter sont sur Wade. Il est dix-sept heures, et c'est l'hiver. Il fait froid. Pourtant, au fond de sa cage thoracique, le cœur de Peter bat. C'est assez de chaleur pour ignorer les picotements du vent sur sa peau.
–Wade ?
–Oui, trésor ?
Peter lui attrape le menton sans plus de préavis, et il souffle la fumée entre ses lèvres.
C'est un jeu, entre eux.
C'est Bucky qui brise le silence. Il dit :
–Tu veux que je te dise ce qu'il s'est passé.
Steve n'a quitté l'hôpital que pour se laver et se nourrir. Encore que, pour ce deuxième besoin, il lui semble avoir mangé plus de sandwiches apportés par Natasha que de repas complets. Son corps entier lui fait mal de dormir sur des sièges inconfortables, ses yeux lui brûlent, sa tête lui tourne. Il n'a même pas envie d'un lit, il n'a pas envie de rentrer chez lui. Il a la peur panique que Bucky disparaisse à nouveau si il s'en va, si il ferme les yeux. Il profite des moments où on le laisse entrer dans sa chambre pour lui parler de tout ce dont il a envie – qui Bucky était, avant, ce qu'il faisait, ce qu'il aimait et détestait – et parfois, il s'endort à son chevet. Quatre jours qu'il est là, et Bucky ne parle toujours pas beaucoup, mais quand c'est le cas il dit souvent ne pas avoir de mots pour décrire quoi que ce soit et parfois, il pleure un peu, aussi.
–Oui, dit finalement Steve après des secondes ou une éternité. Je... Ouais, évidemment que je veux savoir. Je veux être en mesure de coincer ceux qui ont fait ça. C'est pas seulement pour mon travail, c'est aussi et... c'est surtout pour que toi, tu te sentes en sécurité.
Il fait une pause.
–Mais je veux pas que tu fasses quoi que ce soit si tu préfères attendre.
Mais quand tu me le diras, j'arrêterais de vivre jusqu'à ce que je les trouve. Je chercherais, jour et nuit, je n'arrêterais rien avant d'avoir trouvé ces connards. Et quand je les aurais trouvés, je les frapperais jusqu'à ce qu'ils regrettent leur naissance, je ne m'arrêterais que lorsqu'ils auront compris au plus profond de leurs os le prix de ce qu'ils ont fait, et je ne dormirais que lorsqu'ils croupiront en prison avec leur sang dans la bouche et les marques de mes poings sur le visage.
–Ça va. C'est bon, je crois.
–Prends ton temps.
Les poings serrés de Bucky tremblent sous les bandages. Il inspire.
–Je me rappelle pas de ce qui s'est passé au début. Je sais pas... comment je suis arrivé là. Mes souvenirs s'arrêtent dans cette cave mais j'avais aucune idée de ce que j'y faisais. J'ai des images qui me reviennent en tête. Je sais qu'on me frappait, et d'autres choses, et je sais que je recevais des électrochocs. Il y avait un type, en particulier, qui venait souvent. La plupart du temps. Parfois, on passait des jours sans eau ni nourriture jusqu'à ce qu'il revienne pour...
Steve prend la main de Bucky dans la sienne en espérant que ça va les calmer tous les deux parce qu'il tremble tout autant que lui. Ils l'ont bourré d'électrochocs. Ils lui ont volé sa vie, son sang, sa chair et ses souvenirs.
–Ils étaient plusieurs, parfois, reprend Bucky. Deux hommes pour me maintenir pendant que l'autre, lui, il faisait ce qu'il faisait avec toutes sortes d'armes et... j'ai aucune idée de pourquoi ils faisaient ça, je sais même pas si ils m'en voulaient, si j'ai fait quelque chose.
Il y a un nœud dans sa gorge.
–Est-ce que j'étais quelqu'un de mal ? Demande-t-il, la voix tremblante.
–Non, s'empresse de répondre Steve. Non. Tu ne méritais pas ça. Personne ne mérite ça.
Sauf eux ; eux. Eux, ils vont payer.
–Est-ce que tu te rappelles de leurs noms ?
Bucky réfléchit.
–Non.
Il fait une pause puis il dit.
–Mais il répétaient souvent... je sais pas ce que ça peut vouloir dire ni ce que c'est mais j'ai souvent entendu le mot Hydra.
Et le souffle de Steve se coupe, s'arrête. Il oublie de respirer pendant quelques secondes. Il se reprend, dit à Bucky qu'il va les trouver. Il fait de son mieux pour avoir l'air calme, pour ne pas laisser la panique prendre possession de ses traits. Il reste là jusqu'à ce que son ami s'endorme, sa main dans la sienne, tentant silencieusement de faire passer un semblant de calme dans les tempêtes de leurs esprits.
Lorsqu'il sort, il appelle Natasha.
–Allô ? Fait la voix au bout du fil.
–Bucky a parlé.
–T'as une piste ?
Il prend une grande inspiration.
–Hydra.
Au bout du fil, Natasha perd sa voix et son cœur du même coup.
Son téléphone tombe par terre.
Boom.
