Note: Je pourrais vous expliquer en détail le pourquoi du comment j'ai pas posté pendant quoi, presque trois mois, mazette; mais en vrai, je serais plus à l'aise en vous disant simplement que c'est la faute au travail, à la vie, et à un trop grand nombre de projets qui m'ont un peu éloigné de cette histoire. J'y tiens trop pour l'abandonner, vous en faites pas. J'ai relu ce que j'ai fait et j'ai l'impression que ma façon d'écrire change beaucoup en pas longtemps; d'un côté c'est une bonne chose, c'est que j'évolue et tout ça, de l'autre j'espère que ça fait pas trop déséquilibré.

Age of Ultron est sorti entre temps, du coup, putain, et je m'en remets pas. Ce qui m'a pas mal désorientée dans ce que je pensais écrire pour la suite parce que du coup j'ai eu des trucs qui se sont annulés et puis des nouvelles idées, mais ça va, je pense savoir vers où je me dirige. J'ai un petit OS post-AOU prévu, aussi, pour ceux que ça intéresse. Avec les Maximoff dedans. Et Hawkeye. Un truc mignon. Et j'ai une grosse idée, toujours avec les Maximoff, je les aime bordel de merde aidez moi.

Et je poste deux jours avant mes examens, nique la police. J'espère que les vôtres se passent bien/se sont bien passés si vous en avez, et que tout le monde se porte bien.

Soundtrack super éclectique: Kiss Me - Ed Sheeran ; Like Real People Do - Hozier ; Cookie Thumper - Die Antwoord


Chapitre 9

« I Fink U Freeky (And I Like U A Lot) » (1)


Clint ne connaît pas encore Natasha. Il se considère comme un type plutôt normal, il bosse au McDo en espérant pouvoir vivre des photos qu'il fait. Il a une voiture mais ne se déplace qu'en métro, parce qu'il a les mains trop gelées pour prendre le volant quand il fait froid, et que le véhicule devient un four à pizza en été. Il arpente la ville, reflex à la main, à la recherche presque désespérée de personnages, de scènes, d'ambiances à poser dans ses clichés. Il mitraille les vieux sous leurs ponts, les jeunes sur leurs skateboards. Les gens normaux, les marginaux. C'est comme s'il avait un monde entier dans ses dossiers. Il lui invente une histoire, il donne des vies aux étrangers sur les photos. Artistes fauchés, riches héritiers, espions et contrebandiers.

Il rencontre Natasha pour la première fois sur l'une de ces photos. Il ne sait pas qu'elle s'appelle Natasha, et elle n'est même pas le sujet principal. Elle est assise sur un banc, derrière la jeune japonaise du premier plan. Elle a les cheveux roux, la peau délicate, un livre sur ses genoux mais ses yeux verts regardent au loin. Et Clint arrête de se considérer comme un type normal quand il se prend d'amour pour une photo. Bien sur que ce n'est pas – encore – de l'amour à proprement parler, mais Clint ne s'emmerde pas à se demander ce que c'est parce que ça ne le lâche pas pendant des mois où il s'en veut de ne pas l'avoir vue sur place même s'il sait très bien qu'il n'aurait probablement pas su quoi lui dire. Il maudit New York d'être une ville aussi grande. Cette photo aurait dû être prise dans un patelin paumé où il aurait eu des chances de la recroiser.

Pourtant il revoit Natasha, et si grande que ce soit cette foutue ville, ça doit bien être à cause de ça. Il est dans ce métro à ce moment-là, et le choc lui fait lâcher son gobelet Starbucks. Le contenu se répand par terre, ce qui est dommage, parce qu'il a à peine assez d'argent pour payer son loyer et que ce latte lui a coûté cinq foutus dollars. Natasha est sur le quai d'en face, en robe d'été blanche, légère. Elle regarde les passants de son regard agrandi depuis son immense affiche. On lit : « SHIELD printemps-été 2008 ». Et quand il rentre chez lui, ordinateur portable en mains, il peut mettre un nom sur son visage.

Natasha Romanoff.

Clint est quelqu'un de plutôt doué dans ce qu'il fait. S'il avait voulu, il aurait très bien pu se présenter dans une agence de pub et gagner dix fois plus que son salaire actuel, mais c'est pas son truc et il s'est toujours dit que de toute façon, s'il finit à la rue, il pourra toujours dormir sur le canapé de Tony et manger à ses frais parce que ce fils de pute a tellement d'argent que ça devrait être illégal. Pourtant, quatre mois plus tard, deux emplois différents et quelques photos dans une pochette plus tard, Clint se retrouve dans les couloirs de SHIELD. Il photographie des gamines de vingt ans d'ici et d'ailleurs. Veronika blonde, Marie-Louise brune, Ashley noire.

Natasha rousse.

Elle, elle arrive plus tard qu'il n'aurait pu l'espérer. Et puis on lui dit : hé, Barton. On dit : Barton, viens ici, on a besoin de toi pour une série de photos et bon à la base c'était le boulot de Wesley mais ce bouffon est en congé maternité, mais va falloir que t'assures parce que cette fille, c'est notre égérie, tu comprends, c'est elle qui fait que les filles du monde entier s'arrachent nos fringues parce qu'elles veulent lui ressembler, faut que tu fasses un bon boulot Barton, hein, mais on sait que tu peux le faire, allez, je te fais confiance.

Il rentre dans le studio. En face, un fond blanc, éclairé par des spots. Il n'y a personne, alors Clint attend cinq minutes en inspectant la pièce, pas sur d'être dans la bonne. Puis la porte par laquelle il est rentré s'ouvre, et elle est là. Ses cheveux sont lissés, ses lèvres bordeaux, ses cils noirs. Elle dit :

–Excusez le retard. Mes cheveux étaient un désastre, ça a pris du temps.

C'est drôle parce qu'il est difficile d'imaginer en quoi cette fille peut être, de quelque façon que ce soit, un désastre, et pourtant, elle a quelque chose à provoquer des fins du mondes dans le timbre de sa voix, dans son accent – russe ? – mal dissimulé.

–Pas de problème, dit Clint, un peu trop tard.

Ils commencent. Natasha se change plusieurs fois pour revenir en robes, manteaux et bottes différentes. Clint n'a jamais eu aucun intérêt pour la mode s'il doit être tout à fait honnête, à peu près tout ce qu'il a mis dans sa lettre de motivation est un énorme baratin parce qu'il voulait juste revoir la fille aux cheveux roux et au regard dans le vague.

Natasha lui fait comme une balle dans le cœur à chaque nouvelle apparition sur le fond blanc.

–Vous faites quelque chose ce soir ?

La phrase est sortie toute seule, sans que Clint n'ait pu y faire quoi que ce soit. Ils ont fini et Natasha s'est changée, une dernière fois, pour un jean noir et un sweatshirt vert bouteille.

–Ce soir, je suis un peu fatiguée, dit-elle en attachant ses cheveux.

Elle sourit.

–En revanche, je suis pas contre demain.

Elle sort un ticket de métro de sa veste et un stylo de son sac, puis griffonne quelque chose dessus – ce qui doit être sacrément difficile, parce qu'elle se sert de son genou comme appui et que loin des spots, il fait aussi sombre que dans une cave.

–C'est le meilleur endroit que je connaisse, dit-elle en lui tendant. J'habite au dessus. Je descendrais vers 20h.

Elle lui fait la bise.

–A demain.

C'est l'histoire d'un gars qui a voulu rencontrer une image.

Il y a la première soirée, où Clint fait connaissance avec elle, dans l'ambiance particulière du Nerd Coffee – sous les lueurs orangées, Natasha a les cheveux plus roux et des petits soleils dans les yeux. Et puis il y a toutes les autres. Et Clint commence à passer plus de temps au Nerd que chez lui, à dormir chez Natasha toutes les nuits et à zoner en pyjama à l'étage du café dès que la situation se tend.

–Clint ?

On est cinq ans plus tard et Clint ouvre les yeux.

–Clint. Bouge.

Sa joue est écrasée contre un canapé trop peu adapté à la sieste, ses jambes couvertes par un plaid qui se casse la gueule par terre. Ses cils sont collés et il peut presque sentir les cernes creusées sous ses yeux. Il nage dans la sensation désagréable qu'on ressent après avoir dormi dans ses vêtements de la journée, celle du jean sale et du t-shirt qui colle partout. Clint tousse.

–Oh putain, il est vivant. Tu commençais à me faire peur, mec.

On tire sur le plaid et Clint tombe par terre.

–PUTAIN ! Grogne-t-il.

–Qu'est-ce que tu fous là?

Il y a une bouteille de vin vide par terre et la télé est allumée. Qu'est-ce que tu fous là ?

–Tu m'as filé tes clés, marmonne Clint.

Tony lève les mains au ciel, implorant les forces supérieures de l'univers.

–Pour les situations d'urgence, Clint, bordel ! Tu sais très bien que tu peux venir quand tu veux mais je sais pas, imagine que Bruce fasse une crise pour quelque raison que ce soit et qu'il te trouve là, Clint, tu serais peut-être à l'hôpital et lui aussi parce qu'il se contrôle pas quand il devient l'autre et–

–Tony...

Sa voix est encore endormie.

–Quoi ?

–C'est une situation d'urgence.

Qu'est-ce que je fous là ?

–Natasha a disparu.


Sous le ciel bleu-gris de six heures du matin, au bord de Battery Park, Natasha observe d'un regard vague les mouvements de l'eau grise. Elle aimerait devenir grise, elle aussi. Disparaître entre les routes, les immeubles et les gens. Et quelque part, elle a presque réussi. Trois jours, ce n'est pas si mal pour un début.

Et ce n'est pas juste, parce que Steve a besoin d'elle, parce qu'elle n'a pas prévenu Clint, parce que Darcy doit se faire un sang d'encre. Natasha n'a pas l'habitude d'agir en pensant aux autres, parce qu'il fut un temps où elle n'avait plus personne. Natasha vit a un appartement à New York mais loge dans un hôtel depuis deux nuits en y dormant à peine, parce que ses vieux démons lui rendent visite et qu'il serait inopportun de ne pas les accueillir. Son portable est éteint et elle ne s'est servi de son ordinateur portable que pour mettre un fond de musique à ses heures de lecture dans la chambre impersonnelle de l'hôtel, pour penser à tout, tout sauf sa vie. La situation est provisoire et elle sait qu'elle n'y restera pas très longtemps avant de rentrer, parce qu'il faut qu'elle les affronte. Mais là, maintenant, Natasha n'existe plus.

–Natasha ?

Elle enlève les mèches de cheveux emmêlées par le vent de ses yeux, et quand elle se retourne, Maria Hill est devant elle en pantalon de jogging, débardeur et Nike, les cheveux attachés en un chignon beaucoup plus négligé qu'à son habitude et le souffle court.

–Bonjour, Maria.

La jeune femme enlève les écouteurs de ses oreilles, et de là où elle est, Natasha peut entendre les chuchotis d'une musique trop forte s'en échapper.

–Je t'ai jamais vue par ici, dit Maria.

–C'est pas une heure où je sors, en principe.

Maria s'avance pour arriver à la hauteur de Natasha Elle pose ses mains sur la barrière pour respirer un peu d'air frais – aussi frais qu'il est possible de l'être à New York.

Natasha ne la connaît que peu, principalement parce que c'est une collègue de Steve et qu'il lui est arrivé de la croiser, que ce soit dans les couloirs du commissariat, ou même quelques fois dans l'appartement de son ami. Elle est un jour rentrée sans frapper, parce que la porte était entrouverte, qu'elle se faisait du souci et que sa curiosité l'y a poussé, et Maria couvrait les épaules d'un Steve endormi sur sa table à manger d'un pull. Hill est ensuite partie, veste sur le dos, en disant à Natasha qu'il était fatigué et qu'elle lui faisait confiance pour s'occuper de lui parce qu'elle avait du boulot. Cela étant, Nat a plutôt tendance à la considérer comme une bonne personne, même si elles n'ont jamais vraiment eu l'occasion d'échanger une véritable discussion, au delà des formules de politesses et des paroles brèves.

–Steve te cherche, dit Hill.

Elle soupire. C'était prévisible.

–Il n'est pas le seul, si tu veux mon avis, rajoute-t-elle.

Le regard de Maria est, comme le sien, perdu au loin. Natasha peut le voir dans le coin de son oeil sans même l'y tourner.

–Je sais, soupire-t-elle.

–Contente de voir que t'es saine et sauve, du coup. Je veux pas me mêler de ce qui me regarde pas, dit Maria. Et tu dois avoir tes raisons. Alors je vais pas faire ton job à ta place. Préviens-les si t'en as envie. Mais si jamais t'as besoin de parler, dit Maria, y a des cafés à tous les coins de rues et mon appart' à vingt minutes à pieds.

Derrière elles résonnent les aboiements d'un petit chien et d'un autre, plus grand, qui s'aboient dessus le temps que leurs maîtres se croisent.

–Ça va te paraître assez lâche mais honnêtement, ça m'arrangerait que tu préviennes Steve, fait la rousse.

Elle aurait peut-être du envoyer un message à qui que ce soit, pour dire qu'elle allait bien, qu'elle reviendrait, mais dans l'instant, sa panique l'a empêchée d'y penser, et quelque chose d'inconnu la retient depuis. Natasha redevient la gamine terrifiée et honteuse qu'elle était il y a un peu moins de dix ans maintenant. Merde, que le temps passe vite. Que les choses changent, et ne changent pas. Qu'est ce qui te fait peur, Natasha ?

–Pas de problème, dit Maria.

Puis l'atmosphère redevient calme et silencieuse, et à l'exception des pas de quelques passants et du bruit de l'eau qui claque dans l'air, on n'entend plus rien d'autre que le soupir d'une matinée à peine entamée.

Maria sort son iPhone de sa poche. Elle débranche les écouteurs. Natasha dit :

–Je crache pas sur un café.


–Qu'est-ce que c'est que ces conneries ?

Clint soupire, un long et lourd soupir rempli d'alcool et de fatigue. Il masse sa tête, douloureuse – à cause de la gueule de bois ou de la chute du canapé, difficile de savoir.

–On l'a pas vue depuis avant-hier, dit-il avec le peu de force dont il est capable. Steve culpabilise parce que son départ concorde assez exactement avec le moment où il a évoqué quelque chose en rapport avec son passé et qu'après ça, elle a plus répondu au téléphone et que–

–De quoi ?

–Quoi, de quoi ?

–Le truc de son passé, c'était quoi ?

–Mais qu'est-ce que j'en sais, moi, Tony, elle a jamais voulu me parler de ça et tu le sais très bien !

Clint fait craquer les os de sa nuque et de son dos, fait mine de se lever avant de se résigner, préférant rester au sol. Il sent la mort.

–Enfin bref, poursuit-il. Si c'est comme a dit Steve, connaissant Nat, elle s'est probablement tirée de son propre gré pour quelques jours, le temps de réfléchir, et elle veut parler à personne. C'est son genre. J'ai ses clés à elle aussi, mais je... voulais pas rester là tout seul, je crois, alors j'ai dormi chez Darcy mais elle est partie pour une Comic Con hier soir, alors...

Tony passe derrière Clint et une fois affalé sur le canapé, il retire sa cravate déjà bien défaite. Dieu sait où Tony Stark était ce soir.

–Et moi qui pensait que ma vie était dingue, soupire-il. Sérieux, les gars, vous êtes les seules personnes que je connaisse à faire pire. D'abord le petit copain de Steve revient d'entre chez les morts après quoi, des années, et puis c'est Natasha qui décide de se la jouer fugitive, maintenant...

–Je te le fais pas dire, fait Clint. J'ai beau me douter qu'elle va bien, je sais pas où elle est et tout ça commence sérieusement à me faire flipper.

Il y a une émission de télé-achat pourrie à la télé, alors Tony attrape la télécommande et zappe machinalement jusqu'à abandonner, laissant une comédie pour ados en fond sonore. Une jeune fille y reçoit un burrito sur sa chemise alors qu'elle est en train de faire le plein. (2)

–J'ai l'impression d'être dans un film, dit Tony. Dès que je rentre dans cet immeuble, la vie devient un putain de film. C'est incroyable.

C'est le moment que choisit Bruce pour sortir de sa chambre. La porte grince et il passe devant Clint et Tony, ne bougeant pas d'un cil par habitude plus que par crainte, parce que par sécurité, il vaut mieux ne pas lui parler s'il n'est pas encore totalement réveillé. Bruce atteint la cuisine, et il se passe encore un moment de silence entre les deux autres avant qu'il revienne faire le chemin inverse, un bol de céréales à la main. Lorsque la porte se referme, Clint dit :

–J'vais boire un peu.

–Mec. T'as descendu une bouteille entière. Il est pas question que tu boives, dès le matin, en plus. Deviens pas comme moi, bon sang.

–De l'eau, ducon, je vais boire de l'eau !

Parait que c'est qu'une légende et que ça fait pas vraiment passer les maux de têtes, l'envie de gerber et tout ce qui va avec, mais en attendant, Clint a quand même vachement soif. De la cuisine, il se remplit un verre et lance à Tony :

–Au fait, t'étais où, toi, hier ?

Il boit tout, cul sec. Son téléphone vibre dans la poche de son jean.

–Comme d'habitude, chéri. A la conquête de la nuit.

–Tu sais, l'une des plus grandes questions de ma vie est de savoir comment tu survis à ta propre existence.

–Je suis un être immortel. C'est comme ça, t'y peux rien.

Clint sort son téléphone. Un nouveau message.

–PUTAIN !

–Clint, calme-toi, bordel, il est six heures du mat' et j'ai pas envie de déranger Bruce–

Puis Clint débarque dans le salon et lui colle l'écran de son portable sous le nez. Il est marqué : « Steve : Natasha va bien. Elle est chez Maria et elle revient bientôt. »

Tony cligne des yeux, éloigne son visage du téléphone et puis se rapproche à nouveau. Il dit :

–Qu'est-ce qu'elle fout chez Maria Hill ?


Et puis aux alentours de dix heures, on frappe à la porte de l'appartement de Tony. C'est Bruce qui va ouvrir parce qu'aussi étonnant que ça puisse paraître et malgré tous les médicaments qu'il se prend dans les dents, c'est lui le plus réveillé dans la pièce. Tony et Clint sont affalés sur le canapé et en sont à leur troisième teen movie de la matinée. Ils dorment à moitié.

Thor apparaît dans l'encadrement de la porte. Il a les doigts qui dégoulinent d'une substance bleue.

–Salut, fait Thor avec un grand sourire embarrassé.

–Salut, Thor.

Derrière, on entend la voix endormie de Tony Stark marmonner :

–C'qui ?

–C'est Thor, dit Bruce en se retournant.

–Oh, salut, Thor.

Clint grogne. Bruce, lui, ramène son attention sur le grand blond et hausse un sourcil interrogateur. Thor dit :

–J'ai frappé à la porte avec mon pied pour pas en foutre partout.

Il dit :

–C'est l'anniversaire de Darcy. Elle est pas là de la journée, à cause de la convention, alors on voulait lui faire une fête surprise. On a essayé de faire un gâteau Tardis.

Le bleu sur ses doigts prend soudain tous son sens.

–Oh.

Derrière, deux abrutis tombent du canapé, et Tony arrive en courant, manquant de se casser la gueule deux fois sur le chemin – et en cinq mètres à peine, c'est plutôt triste – pour apparaître devant Thor, les yeux mi-clos et les cheveux en pétard.

–C'est l'anniversaire de Darcy ?

–Ouais.

Clint arrive plus lentement. Il dit :

–Bon, on y va, alors ?

Bruce dit :

–Ouais.


La vérité c'est que Loki savait dès le début, pour Darcy. En bon meilleur ami qu'il est, tu sais. Mais Loki est un peu un petit con et il ne l'a dit qu'au dernier moment, parce que démerdez-vous tous seuls, c'est pas ma faute si vous êtes pas capables de retenir une date.

Toujours est-il que Darcy étant absente et le Nerd exceptionnellement fermé, ils se sont tous dits, dans leurs grands esprits malades, que c'est bon, ils avaient le temps.

Alors ils étaient tous en train de courir partout. Tony avec un téléphone collé à son oreille qui parlait très très vite, ouais désolé mec je te préviens un peu tard mais on savait pas trop et elle a rien prévu et on voulait lui faire une surprise tu vois allez viens y'aura de l'alcool gratuit et un gâteau qui est bleu en plus. Peter avec de la farine dans les cheveux – comment diable était-elle arrivée là – et Wade qui plantait les bougies et qui ne s'arrêtait jamais, jamais de parler. Steve qui lui disait de la fermer parce qu'il essayait d'appeler Natasha qui ne répondait pas, alors il envoyait des sms à Maria. Bruce qui déplaçait les tables dans la pièce d'à côté, qui en portait deux à la fois, et personne ne sait d'où lui sort toute cette force mais personne ne lui a jamais demandé. Loki qui composait une playlist très éclectique, avec des chansons du genre boom boom et puis aussi Hotel California, et Thor qui essayait d'accrocher la boule à facettes au plafond parce que c'est le plus grand et que c'est à lui que revient toujours cette tâche, c'est comme ça, c'est la loi. Et puis Clint qui servait pas à grand chose, mais il a la gueule de bois, alors on lui en veut pas.

Les gens, ils sont arrivés, après. Il est possible de rameuter une vingtaine de personnes dans un petit café de New York trois heures avant que la soirée ne commence quand c'est pour Darcy Lewis, parce que toute la ville s'est probablement éprise d'elle de quelque façon que ce soit, de toute façon.

Darcy, elle est rentrée dans le Nerd vers 20h. Elle a vu tout le monde qui s'est soudain arrêté de bouger dans tous les sens et qui lui a hurlé des bon anniversaires très emmêlés et pas du tout chorégraphiés. Merde, hein, on savait pas quand tu revenais. Et elle a lâché ses sacs, Darcy. Sa demi douzaine de sacs en papier remplis de goodies, de mangas et de comics. Elle a lâché ses sacs et elle a dit :

–Putain de putain.

Et à partir de ce moment là, les choses sont peut-être un peu parties en vrille. Il y a eu Darcy qui a fait des câlins à tout le monde, et puis Loki qui a lancé la musique et Tony qui a servi à boire. Du coup tout le monde a un coup de nez, maintenant, du coup personne ne saurait vraiment expliquer quand ni comment le Nerd s'est transformé en une toute petite boîte de nuit. Pas que qui que ce soit s'en plaigne.

Bon, les voisins, oui, mais je les emmerde, c'est mon anniversaire hein merde.

Ils dansent sous un son assourdissant, les corps collés à cause du manque d'espace. Tout le monde à une cigarette ou une bière ou les deux à la main. Il fait étouffant à l'intérieur, et l'air est devenu compact à cause de la fumée.

Et tout va bien.

Il est vingt-trois heures quarante, et il y a soudain un cri plus fort que la musique – et c'est franchement un putain de miracle – et tout le monde regarde vers Darcy, qui regarde la porte. Il y a Steve qui revient de l'hôpital et surtout, surtout Natasha. Elle a des cernes et l'air malade, elle se tient comme si elle portait le monde sur son dos et un sourire qui essaie désespérément de ne pas paraître fatigué. Darcy lui saute dessus.

–Bon anniversaire, fait Natasha. J'ai pas encore eu le temps de t'acheter un cadeau.

Darcy, elle dit :

–C'est pas grave. Toi, ça suffit.

De la foule, il y a Clint qui surgit, l'air ébahi mais les yeux mi-clos – c'est que l'air est vraiment putain de lourd, dans cette pièce – et il regarde Natasha. Elle lui sourit. Ça veut dire : je suis désolée. Darcy retourne danser parce que Tony l'appelle en hurlant, Steve accepte le verre que lui tend Thor et Natasha, elle dépose un baiser sur la joue de Clint. Il dit :

–Pas grave.

Et tout va bien.

Il est minuit deux, et Peter a son front collé contre l'épaule de Wade qui a ses mains sur ses hanches, lui. Son corps ne le tient plus mais c'est le miracle des soirées de te faire danser jusqu'à ce que mort s'en suive. Le son rentre dans sa tête et il n'entend plus, il n'entend plus rien, il sent. Les pulsations qui résonnent au fond de ses jambes, de ses bras, de ses os. Et puis il y a le souffle de Wade contre son oreille et sa peau brûlée contre la sienne, et puis les quelques verres qu'il a bu et la fumée dans l'air qui lui font tourner la tête.

Tout va bien.

Il se redresse pour tirer sur sa cigarette. Il se déhanche au rythme de la musique. Wade garde ses mains sur lui. Peter crache la fumée dans sa bouche. Ils sont tellement proches que leurs lèvres se touchent un peu. Wade remonte ses mains et il sent ses doigts contre sa peau brûlante. Peter ouvre les yeux – il n'avait pas réalisé qu'ils étaient clos – et le regard de Wade est noir, noir, noir. Ils sont tellement proches, et Peter est en feu.

C'est un jeu.

–Jusqu'où on va, hein ? Chuchote Wade contre sa bouche.

Et il presse ses mains contre sa taille, sous son t-shirt. Ils n'ont jamais été jusque là, et c'est drôle, parce que ça ne le dérange pas. Il n'a qu'à se répéter que c'est un jeu. Et tant pis, si il n'y arrive plus demain. Demain est ailleurs et maintenant, il dit :

–Je sais pas.

Il enroule ses mains autour de la nuque de Wade après avoir repris une bouffée de tabac. Il dit :

–Les toilettes, ça me semble être une bonne destination pour le moment.

Bordel, il ne se rend même pas compte de ses mots.

Tout va bien.

Il est minuit treize, et Wade le pousse contre les éviers. Peter a l'esprit embrumé même si pas tant d'alcool que ça dans le sang. Ses mains se tiennent où elles peuvent et quand Wade l'embrasse, sa tête lui fait mal et son ventre se tend. Il enroule ses jambes autour de la taille de l'autre en lui agrippant la nuque.

–Cabine, souffle Wade.

Peter le suit, parce qu'il en redemande. Peut-être bien qu'il est un peu foutu.

Ils ferment la porte derrière eux et la seconde d'après, Peter est contre la paroi, et Wade à genoux. Le jeune homme ne retient même pas le soupir d'excitation lorsqu'il sent qu'on défait le bouton de son jean. Wade lève les yeux vers lui. Ils ressemblent à la nuit.

–Je m'occupe de tout, dit Wade.

Et la tête de Peter cogne le mur. Il se peut qu'il l'ait rejetée en arrière un peu trop brusquement, parce qu'il sait s'y prendre avec sa bouche, ce con.

–Putain...

Ses doigts s'enfoncent dans les cheveux de Wade, du côté où il y en a. Il le sent grogner. Wade s'applique à lui arracher des gémissements, des mots incohérents, à lui faire perdre la tête comme si c'était pas déjà fait et Peter est déjà très loin. Il essaie de penser, il se répète inlassablement que c'est un jeu, c'est un jeu, rien d'autre qu'un putain de jeu et il ne faut pas que ça s'arrête. Il jouit dans un murmure saccadé. Son souffle est irrégulier. Trop rapide. Les battements de son cœur n'arrivent pas à se calmer.

Les morceaux de son esprit se remettent ensemble.

Putain.

Il prend sa tête entre ses mains. La frénésie s'envole et il ne faut pas, il essaie de la rattraper du bout des doigts. Il ne faut pas qu'il se mette à penser parce qu'il ne va pas tenir, il faut qu'il profite encore un peu, que ce moment dure, qu'il ne s'arrête jamais. Et les voix dans sa tête, elles disent : Sale traître, sale petite merde. Il faut qu'il s'y accroche et qu'il arrête, il faut qu'il oublie et il ne faut surtout, surtout pas qu'il pleure. Elles disent : t'es misérable, pitoyable, méprisable.

Gwen se fraie un chemin dans son esprit et lui dit que c'est pas grave. C'est ce qu'elle aurait dit, sûrement. C'est pas grave.

Peter laisse couler une larme sur sa joue. Aucun signe avant coureur. Il n'y a pas de sanglots, de toute façon, il n'y a rien, alors il ne pleure pas.

–Petey ?

Gwen lui aurait probablement dit de se bouger, d'arrêter de chialer et de vivre, d'ailleurs. Mais pourtant, quelque part, Peter ne peut empêcher la pensée d'un « désolé » se former.

–Ça va, dit Peter.

Wade embrasse sa joue sans poser de questions. C'est drôle de ne pas l'entendre parler, pour une fois.

Tout va bien.


(1) I Fink U Freeky est une chanson du groupe Die Antwoord, avec lequel je me suis fait exploser la tête pour l'écriture de la dernière partie du chapitre d'ailleurs. En vrai, je pensais même pas que j'aimais ce genre de musique mais c'est du très bon. Et puis regardez Chappie, tiens, parce que les chanteurs jouent leur propre rôle dedans et que c'est énorme, et puis parce que c'est un très bon film.

(2) Tinette m'a rappelé que j'avais glissé une référence à cet endroit, donc j'edit, merci à toi: Tony zappe donc sur le film Pitch Perfect, ou dans une scène, le personnage d'Amy reçoit un burrito sur son chemisier avant une performance.