Note: Mon week-end va être merdique et j'aurais le temps de rien faire, alors je profite de ma liberté. Passez une bonne soirée.
Soundtrack: Probablement juste Skinny Love de Bon Iver, ça va bien avec l'ambiance et puis il est tard et je suis pas très inspirée, désolée.
Chapitre 11
« It's too cold outside (for angels to fly) »
Tony regarde les étoiles du ciel – où peut-être que ce sont les lumières de la ville. Y a plus moyen de savoir.
Ce soir, comme tous les autres soirs, Tony Stark ne supporte pas de rester chez lui. Chose plus rare, il n'a pas envie de sortir non plus. C'est pour cette raison qu'il est là, comme un con, allongé sur son balcon, entre l'immeuble et le vrai monde – aussi vrai qu'il peut sembler à ses yeux, parce que sa vision est en permanence brouillée par les vapeurs d'alcool et la poudre sous son nez. Ça fait longtemps qu'il a arrêté de se demander comment il en était arrivé là, Tony. Il a arrêté de compter les jours et puis les mois ; Tony n'a jamais été foutu de retenir une date, de toute façon. Il a arrêté de se demander pourquoi. Comme s'il ne le savait pas.
Et la nuit n'est pas si moche. Le seul problème, c'est qu'il arrive à peine à se soûler, et c'est dommage.
Tony boit au goulot de sa bouteille de whisky ; il y en a un peu qui se renverse à côté de ses lèvres. C'est dégueulasse.
Et puis il y a un bruit qui vient du balcon d'au-dessus. La baie vitré qu'on fait glisser, le son du mécanisme qui claque. L'individu s'installe et quelques secondes plus tard, une paire de jambes – jean noir et oxfords – se balance dans le vide, au dessus de la tête de Tony.
–Loki ?
Un soupire exaspéré lui répond.
–Loki.
Tony entend aussi le bruit d'un briquet et puis un autre soupir, mais cette fois, il ne lui est pas adressé, ou peut-être que si, finalement. Il récupère une cigarette dans le paquet à côté de lui.
–Je trouve plus mon briquet, Loki. Tu veux bien me passer le tien ?
C'est faux. Le briquet est dans le paquet, à côté de lui.
–Lokilokiloki-
L'objet tombe en plein sur son front, avec une force démesurée. Tony le ramasse. Sa tête lui fait un peu mal à l'endroit où elle a été heurtée, mais au moins, elle lui tourne un peu, maintenant.
–Merci, dit-il.
–T'as intérêt à me le rendre.
Tony allume sa clope. L'orange de la lumière au bout ressort joliment dans le ciel bleu foncé.
–Qu'est-ce que tu fais là ? Fait Tony.
–Je t'en pose, des questions ? Rétorque l'autre, sèchement.
–J'aimerais bien.
–Très bien, alors je vais le faire : pourquoi tu me fous pas la paix ?
–Et toi, pourquoi tu me détestes ?
Silence. Enfin, voitures qui passent, rires adolescents, boum boum de boîte de nuit. Mais silence.
–Je te déteste pas, soupire Loki.
–Alors pourquoi tu me parles jamais ?
Loki crache la fumée. Tony aussi. Il est toujours allongé sur son balcon avec un peu de whisky au creux du cou et des taches sur son t-shirt. Il a balancé un de ses bras en travers des barreaux du balcon. Tony a froid aux joues et Loki ne répond pas. Peut-être parce qu'au fond de lui, Tony est tout à fait conscient de la réponse.
–Bah, continue Tony, c'est cool que tu sois là. On se sent un peu moins seul.
Mais ça c'est des conneries parce que ça fait des années qu'il ne se rappelle plus d'autre chose que de la solitude.
Quelque chose de froid se pose sur sa main. Tony tourne la tête.
–Eh, il neige.
–Je te parle, là.
–Hein ?
–Tu dis que je te parle jamais. Là, je te parle.
Il sourit.
–C'est déjà ça.
Mardi, trois heures trente du matin. Et le chat miaule déjà derrière la fenêtre.
Les paupières de Steve s'ouvrent d'abord lentement, puis elles se crispent lorsqu'il tente de se lever ; sa nuque est douloureuse et c'est comme si un six tonnes lui avait roulé dessus.
Steve ouvre la fenêtre. Black Widow/Nuggets/Oscar, qui geint inlassablement depuis cinq minutes, se jette sur le sol et se frotte contre ses jambes.
–C'est ça, fais-moi du gringue, marmonne Steve.
Il se baisse pour ramasser l'animal et le porte sur son épaule ; les moustaches d'Oscar chatouillent sa nuque et son nez lui démange. Il fut un temps ou Steve insistait chaque jour de la sainte semaine pour que sa mère lui offre un chiot – un bébé labrador ou un berger allemand, quelque chose du genre – mais il ne l'a jamais eu, parce qu'il était asthmatique. Il l'est toujours, il n'a toujours pas de chien mais il a Oscar.
Il pose le chat sur le plan de travail pour sortir un paquet de croquettes à moitié vide du placard.
–Un peu de patience, que diable, fait Steve alors que le chat se précipite déjà sur la boîte pendant que Steve en remplit une petite assiette – il faudra qu'il pense à acheter une gamelle, un de ces jours.
Oscar dévore son repas, ronronnant un peu plus fort par moments.
Tout est calme. La nuit est noire dehors et Steve n'a même pas allumé la lumière ; le fait qu'il ne se soit pas encore cassé la gueule relève du miracle, ou alors c'est qu'il a trop fait le tour de son appartement dans le noir et ça en dit long sur ces dernières années, vraiment. Tout est calme parce que Steve est à peine réveillé ; il faut qu'il profite de ces moments où le brouillard dans sa tête l'empêche de trop penser, il faut qu'il s'imprègne de cette torpeur si tranquille.
Et puis Steve revient à la réalité, parce qu'un cri fend l'atmosphère d'un coup de griffe.
Il se retourne de façon si précipitée qu'Oscar s'enfuit, surpris par la main de son presque maître se crispant sur sa nuque. Puis Steve court. De façon presque violente. Il se dirige vers la chambre de Bucky et ça y est, c'est de nouveau le vrai monde, la vraie vie. Il allume la lumière dans la pièce mais l'ampoule est presque morte.
Bucky convulse dans le coin de la chambre. Il a ses doigts enfoncés dans ses cheveux, plaqués contre ses yeux. Ses bras tremblent, comme tout son corps recroquevillé sur le matelas. Steve est pétrifié. Il dit :
–Bucky.
Et Bucky retire ses mains. Ses yeux bleus, douloureusement bleus sont écarquillés et c'est comme s'il ne le reconnaissait pas. Il halète, et l'idée horrifiante qu'il puisse mourir, là, maintenant, traverse l'esprit de Steve.
Bucky dit quelque chose mais impossible d'entendre quoi, parce qu'il n'a plus la force, il n'a plus la voix. Ses lèvres bougent mais ce ne sont que des soupirs terrifiés qui essaient de dire quelque chose. Ne me fais pas de mal, je t'en supplie, ne me fais pas de mal.
C'est probablement une idée de merde, mais Steve s'approche de Bucky parce qu'il est impossible qu'il reste debout à rien faire ; ses doigts l'effleurent et Bucky ferme les yeux très fort, il lève un bras pour se protéger.
C'est probablement une idée de merde, mais Steve prend Bucky dans ses bras.
Et il se débat, évidemment. Il crie à nouveau et il est fort probable que Steve reçoive des coups un peu partout, sur la tête et dans les côtes et vraiment, partout où Bucky peut le toucher. Steve ne sent rien, de toute façon. Rien du tout à part son cœur compressé dans sa cage thoracique et peut-être que lui aussi, il pourrait mourir, là, maintenant.
–C'est moi, Buck, chuchote-t-il. C'est Steve.
Il l'étreint à peine parce que Bucky est couvert de bandages avec des blessures encore trop récentes en dessous, mais il fait de son mieux. Steve caresse sa tête avec toute la douceur dont il est capable.
Il y a un sanglot dans la gorge de Bucky.
–Ça va aller. C'est juste moi. Je suis avec toi.
Et il le sera tout le reste de cette foutue vie.
Les coups s'arrêtent doucement et alors que le calme s'installe, une main vient agripper le devant du t-shirt de Steve. Son épaule est un peu trempée, aussi.
–Aide-moi.
Et à une époque, c'était Bucky qui le prenait dans ses bras, quand lui, il était petit et triste mais loin d'être aussi détruit que ça. A ce moment là, il avait développé la certitude qu'il lui serait impossible de vivre sans lui et de toute façon, James Buchanan Barnes était rentré dans sa vie quand ils avaient huit ans et il n'envisageait pas qu'il puisse en sortir d'une quelque façon que ce soit. C'était ça le pire : il a disparu, Bucky, mais il n'a arrêté d'y penser à aucun moment. Et maintenant, c'est presque pire. Putain, comment il a fait, putain qu'il s'étonne de ne pas s'être laisser tomber du haut de l'immeuble. Il crèverait probablement si on lui enlevait à nouveau.
–Je suis là, dit-il.
–Steve...
Les doigts de Bucky serrent le tissu si fort que s'il tirait un peu, il arriverait à le déchirer.
–C'est moi.
La tempe de Steve commence à être un peu douloureuse, maintenant. Et sa tête qui lui tourne.
–C'est moi, c'est juste moi. C'était un cauchemar.
C'était un cauchemar qui a duré cinq ans. C'était tout ce temps où je t'ai laissé à moitié mort dans ton sang et dans ta sueur, et j'ai pas pu te sauver, j'ai été incapable de te trouver, j'aurais jamais du te laisser filer. J'aurais du te dire de rester à la maison ce soir là et tout aurait été différent, mais je savais pas, Buck, je savais pas. C'était tout ce temps où j'ai été faible, tellement faible, et je me suis presque laissé mourir, tu sais. J'aurais du faire plus, j'aurais du te faire tellement plus. J'aurais du fouiller chaque recoin du monde, chaque ville, chaque pièce. Bucky, je suis tellement, tellement désolé.
–C'était un cauchemar.
L'angoisse au fond du ventre de Steve grogne ; ce n'est pas comme si elle s'était tue un jour, de toute façon.
Il faut plusieurs minutes à Bucky pour retrouver son calme et pendant ce temps, la tête de Steve lui fait un mal de chien. Il est possible que la peau bleuisse, à cet endroit. Et puis sur ses côtes, et sur ses bras. C'est pas grave, de toute façon ; il prendra tous les coups qu'il faut et il les rendra à Hydra au centuple.
–Tu peux rester ?
La voix de Bucky est cassée et il est tout blanc. Blafard.
–Bien sur, fait Steve.
Il soupire, mais de soulagement. Bucky tremple toujours un peu. Il porte le poids de cinq années dans ses yeux.
–Je vais te chercher un verre d'eau, dit-il. J'arrive, d'accord ?
Buck hoche la tête.
C'est lourd, cinq ans.
Steve quitte la chambre. Oscar grignote comme il peut les croquettes qui se sont répandues par terre ; Steve a du laisser tomber la boîte par terre, dans la panique. Comme il n'a pas la force de le gronder, il lui caresse la tête puis il pousse Oscar et ramasse ce qu'il reste par terre. Et puis il remplit un verre d'eau.
Ca fait une semaine que Bucky est sorti de l'hôpital et il avance un peu ; il se rappelle de choses parfois, pleure souvent. Steve, lui, il fait de son mieux. Il lui raconte des vieilles histoires qu'ils ont vécu tous les deux. Les mêmes qu'il s'est raconté à lui même comme un mantra pendant des années, une litanie de souvenirs et de mots dissimulés sous l'oreiller et puis de sourires volés.
Steve avance dans le noir du salon pour rejoindre sa chambre. Et à travers la fenêtre, la nuit noire est mouchetée des premiers flocons de cet hiver.
–Loki ?
La bouteille à côté de Tony est vide. Sa cigarette, au bout de ses doigts, est éteinte, parce que les flocons de neige se sont écrasé dessus. Et puis quelle idée de rester dehors par un temps pareil, aussi.
–Quoi ?
–Pourquoi t'es resté un an en Islande ?
Il est bourré, et bien bourré, maintenant. Il a chaud à la gorge, le regard vague et un peu envie de vomir, aussi, mais Tony Stark a un peu plus de résistance que ça alors il s'abstiendra. Loki, lui, il soupire. Ca fait une heure au moins qu'il est là, et qu'il soupire. Sauf que maintenant, son souffle est un peu plus saccadé parce que merde, il fait vraiment froid.
–Pourquoi tu fais tout ça, Tony ?
–De quoi ?
–Je passe mon temps à t'envoyer chier et t'es toujours... comme ça avec moi.
Comme ça, parce qu'y a pas vraiment de mots appropriés pour le décrire, lui.
–C'est que j'ai envie de te connaître un peu mieux, tu sais, parce qu'au final je sais pas grand-chose de toi et c'est dommage, mais en même temps c'est ça qui est bien, que tu soies un peu secret.
Ses mots s'enchaînent, se collent les uns aux autres et se mélangent ; il a trop de whisky dans le sang pour faire des phrases si longues.
–Tu pensais quoi ?
–Que tu voulais me baiser dans un coin et puis me jeter par la fenêtre.
Parce que c'est ce que tu fais toujours.
–Loki, si tu parles de-
–Tu sais très bien de quoi je parle. Et je veux pas que ça se reproduise.
–C'est pour ça que tu passes ton temps à m'éviter ?
De la fumée s'échappe d'entre les barreaux du balcon d'au-dessus ; une non-réponse qui parle d'elle-même.
–Tu penses que je suis sympa avec toi depuis tout ce temps parce qu'on a couché ensemble une fois et que ton cul me manque ?
–Tony, bon sang-
–C'était bien, hein, te méprends pas, t'es même un super bon coup mais honnêtement je suis plutôt du genre à tout foutre en l'air quand je suis dans une relation avec quelqu'un alors j'évite, puis toi je t'apprécie plutôt je t'ai dit et j'aimerais bien qu'on soit potes, des fois.
Quelle ironie, quand même ; deux ans que Loki l'évite comme la peste et il n'y a que maintenant, raide mort sur son balcon, que Tony se décide à lui en parler. C'est quand même très con, à y repenser, il faudra qu'il fasse plus attention la prochaine fois.
Il se ment un peu, mais c'est rien.
–C'était en Norvège.
Tony ouvre les yeux. C'est rien.
–C'était en Norvège qu'on était, dit Loki. Pas en Islande.
Il l'entend sourire au moins un peu, et le sol est blanc, en dessous d'eux.
Le matelas de Peter est un peu trop petit pour deux ; ça tombe bien parce que leurs corps sont enchevêtrés, leurs membres emmêlés, et que tout ça fait qu'ils ne prennent pas tant de place.
Il est bientôt cinq heures du matin et aucun des deux n'a ne serait-ce qu'essayé de dormir. Peter n'y arrive pas, de toute façon, qu'il soit seul ou accompagné, mais Wade est à lui seul une façon plus divertissante de passer la nuit. Ils passent le temps, ils parlent de tout et de rien, ils regardent des nanars des années quatre-vingt, commandent des pizzas, boivent un peu pour finir par s'embrasser comme des tarés et se fondre l'un dans l'autre jusqu'à s'oublier. Et puis Wade rentre chez lui, de temps en temps, sans que Peter ait besoin de lui dire quoi que ce soit à propos d'avoir besoin d'être seul.
A côté d'eux, l'iPod de Peter chante une mélodie triste en français ; l'ambiance n'est pourtant pas aux pleurs, et ils semblent tous deux vivre un de leurs bons jours. Il n'y a pas un jour, cependant, que Wade n'ait jamais montré comme étant pour lui mauvais. Parce que Wade parle, il parle beaucoup, et c'est peut-être ça ou peut-être ce qu'il dégage en général, va savoir.
–T'as remarqué, c'est toujours les gens tristes qui font les meilleurs œuvres. Rimbaud a pondu ses meilleurs poèmes pendant sa saison en enfer, c'est quand même dingue. Tu m'étonnes que les gens aient pas envie d'être heureux. Faut choisir entre ça et être artiste, faut croire, les deux, ça existe pas.
Sa voix est encore plus grave à cause des cigarettes et de la nuit.
–Tu dis des conneries, fait Peter. Y'a plein d'artistes qui sont pas malheureux à en crever.
C'est con parce que ça fait une demi-heure que les chansons tristes se suivent et c'est à croire que Peter le fait exprès. La musique s'infiltre sous ses paupières fermées à travers les cils humides.
–Les plus belles chansons sont les plus tristes, fait Wade. Même celles qui ont l'air enjouées. T'as déjà écouté les paroles de We are the champions de près, putain, sérieux ?
Les yeux de Peter s'ouvrent d'un coup, parce que le matelas bouge brusquement et avec force. Wade, qui s'est redressé soudainement, s'exclame :
–Oh, merde, regarde, il neige !
Peter se relève aussi, mais plus doucement. Ça fait une heure au moins et Peter l'avait remarqué, cependant il n'a pas cette capacité, lui, à s'émerveiller devant n'importe quoi. Il aimerait. Wade ouvre la fenêtre et passe un bras dehors.
La chanson qui passe maintenant est encore plus crève-cœur, si c'est possible.
–Mec, t'es malade, ferme la fenêtre ! S'exclame Peter, soudain parcouru d'un frisson.
Wade est en sweat mais c'est surtout pour se cacher, si on demande son avis à Peter. Wade a des brûlures partout sur le corps et si il a pu les sentir avec ses doigts, il ne les a jamais vues parce que Wade s'est soigneusement appliqué à garder ses fringues à chaque fois qu'ils l'ont fait.
Toujours est-il que Peter, lui, est en caleçon ; c'est qu'il faisait plutôt bon avant que le vent ne s'engouffre dans la chambre. Peter se laisse tomber sur ses fesses et à nouveau assis, il attrape la couverture à côté de lui pour la passer par-dessus ses épaules.
Wade enjambe la fenêtre pour s'asseoir sur le rebord extérieur. Peter, il retient son souffle. Puis il dit :
–Mais qu'est-ce que tu fous, putain ?
Il l'a dit tellement fort que c'était presque un cri.
–T'inquiète pas, trésor, fait Wade. Je sais voler.
Il n'y a comme d'habitude pas grand sens dans ce qu'il dit, sauf que maintenant c'est terrifiant parce que Wade vacille dangereusement vers l'avant. Le coeur de Peter bat fort dans sa cage thoracique, s'écrase contre ses côtes. Bon Iver chante l'amour à sa tristesse, il chante la tristesse à son amour.
–Dis pas de conneries, chéri.
Le ton est rendu aussi désinvolte que possible parce qu'il faut tout cacher. Peter hésite parfois à repeindre le sol avec sa cervelle mais Wade serait capable de le faire juste pour rire.
–Je l'ai déjà fait, tu sais. J'peux te montrer ?
–Je te crois, Wade. Je te crois, pas besoin.
Les mots de Darcy font écho dans sa tête et si l'autre fois, il n'avait eu aucun de mal à avoir confiance en ce qu'elle lui avait dit, il a aujourd'hui un regard tout autre et bien direct sur la situation merdique dans laquelle il se trouve et putain, il n'est pas assez résistant pour toutes ces conneries.
–Chéri, faut que tu viennes voir, je te jure.
Peter s'approche de lui. Il ne sait pas s'il tremble à cause de la panique ou de la température.
La nuit envahit les immeubles d'en face ; on ne les voit plus. Le coton de la neige qui tombe fait comme une peinture irréelle, Peter la prendrait sans doute en photo dans d'autres circonstances.
Wade, de dos, ressemble à la fois au plus grand des danger et à la chose la plus précieuse du monde. Peter a déjà perdu trop de choses incluant un oncle qui était l'équivalent d'un père et puis Gwen, il a perdu son meilleur ami et il ne veut même pas repenser à Harry. Il s'est perdu, lui. Wade écarte les bras et il se penche encore un peu plus. Son cœur fatigué souffle à l'oreille que ça y est, c'est foutu, il va le perdre lui aussi et il ne faut pas qu'il lui file entre les doigts parce qu'alors Peter pourrait tout aussi bien s'achever, cette fois, se laisser sombrer une dernière fois dans ce cauchemar avec une boîte de pilules ou une lame de rasoir. Dans un élan de courage pas possible, Peter enroule ses bras tremblants autour de la taille de Wade.
–T'es d'humeur romantique, mon chou ?
Puis Peter le tire en arrière aussi fort qu'il peut. Il tombe sur son dos, se cogne la tête parce que ce matelas est trop petit, putain, et il a tout le poids de son ami-amant-rayer-la-mention-inutile qui l'écrase.
Et Wade rit.
–Okay, j'ai rien dit. C'était le truc le moins romantique du monde. T'es un sale goujat.
Peter rit aussi et même si c'est terriblement nerveux, le poids dans ses poumons semble un peu plus léger.
Wade se débrouille pour se retrouver sur le dos, à ses côtés, et ils sont comme des cons allongés en travers du matelas. Wade a toujours sa cigarette presque finis au bout des doigts ; il tire quelques dernières taffes dessus. Le cœur de Peter bat encore, il bat trop fort. Il embrasse Wade sans trop savoir pourquoi.
Comme ils sont tous les deux sur le dos et que c'est une position salement inconfortable, Wade rompt le baiser, s'éloigne un instant pendant lequel le souffle de Peter se coupe, parce qu'il pense que cette fois il va se jeter par la fenêtre, mais il ne balance que son mégot. Et puis Wade se place entre ses jambes, il se colle à lui et c'est tout de suite mieux. Peter passe ses bras autour de sa nuque et l'attire vers lui ; ce n'est pas comme s'il s'en était lassé où quoi que ce soit. Ils se mordent les lèvres et leurs langues ont le goût du tabac. Wade descend un peu, embrasse sa jugulaire.
–T'en as jamais assez, hein, Petey ?
–Dit l'homme qui a sa bouche sur mon cou et ses mains sous mon t-shirt.
–Oh, mais je ne fais rien d'indécent, vraiment.
Sur ces belles paroles, il lui mord le cou puis sourit contre sa peau. Et ses mains, sous le tissu, remontent le long de ses côtes. Leurs lèvres se retrouvent alors qu'il se perd dans les caresses de Wade, alors que leurs jambes s'emmêlent dans un bordel sans nom. Peter se risque à descendre ses mains, lui aussi. Ses doigts frôlent le chemin qui se trace tout seul de la nuque à la taille, puis de la taille aux hanches. Il soulève le pan de tissu épais du pull, doucement, sans rien brusquer, mais l'une des mains de Wade quitte son corps pour soudainement attraper son poignet.
–Laisse-toi faire, chuchote Peter contre ses lèvres. Faut pas que t'aies peur.
Wade ne le lâche pas, pas tout de suite.
–Wade, rien de ce que tu puisses cacher là-dessous ne pourrait m'ôter l'envie que tu me prennes tout de suite où n'importe quel autre moment.
Si c'est ce que tu veux entendre, c'est ce que je veux te dire.
–Aie confiance.
Alors Wade se laisse faire et Peter soulève le vêtement, doucement. Les brûlures couvrent la quasi totalité de son torse, tout son bras gauche et juste la partie inférieure de son bras droit. Ce n'est ni qu'il soit beau, ni qu'il soit lait, encore une fois, mais qu'il soit lui qui va foutre Peter en l'air un de ces jours si ce n'est déjà fait. Il embrasse chacune des cicatrices, il pose ses lèvres partout où il peut. Wade soupire son nom ou peut-être autre chose mais ça n'a aucune importance. Leurs yeux se croisent et les yeux de Peter récitent toutes les prières qu'ils connaissent pour que son regard ne le trahisse pas.
–T'es incroyable, fait Wade.
Wade parle, parce que c'est ce qu'il sait faire. Et sa voix grave qui grise Peter, sa voix qui lui fend le cœur en deux. Il glisse ses deux mains dans les poches arrières du jean sombre, et il trouve tout de suite ce qu'il cherchait, mais ça ne l'empêche pas de jouer un peu, d'agripper les fesses de Wade pour lui arracher un ou deux soupirs. Lorsqu'il sort ses mains des poches, il tient une capote dans la gauche, du bout des doigts. Il la pose à côté d'eux, parce que pour le moment, avoir Wade à poil serait déjà pas mal. Peter dépose un baiser entre son épaule et son cou, et Wade se tend parce que ses doigts glissent sous son pantalon et Peter lui chuchote de bouger un peu, parce que c'est laborieux. Wade finit par sourire et oh, Wade, putain, arrête de faire ça, il fait glisser le caleçon de Peter sur ses cuisses.
–Faudrait pas qu'il y ait inégalité.
–Ce serait scandaleux, en effet.
Ils sont nus tous les deux, et Peter se retrouve à nouveau plaqué contre le matelas, sa tête toujours contre le plancher. Wade a une jambe entre les siennes et une main sur son sexe pendant que l'autre attrape la bouteille de lubrifiant sur la table de nuit. Peter gémit, soupire, aucune idée. Leurs paupières sont closes et ils s'embrassent à nouveau sans pour autant que Peter ne cesse de rechercher un peu plus de contact, juste comme ça, juste assez pour que ah. Wade glisse un doigt humide entre ses fesses, et Peter grogne mais il en veut plus ; il enfonce ses foigts dans la peau de Wade parce qu'il peut, maintenant. Il se passe quelques minutes avant que Peter n'attrape le préservatif à l'aveuglette. Il mord la mâchoire de Wade, et à l'oreille, il chuchote, tout bas :
–Baise-moi.
Baise-moi jusqu'à ce que je crève, fais moi l'amour jusqu'au matin, fais ce que tu peux mais prends-moi et casse-moi en deux.
Et puis Wade est en lui et il lui souffle, sur le même ton :
–T'auras plus rien d'autre en tête que mon nom.
Il roule des hanches ; Peter se mord les lèvres. Il sera bientôt réduit à des soupirs et des cris, plus rien d'autres. Il est cinq heures du matin et les gens sains dorment, mais c'est pas comme s'ils en avaient quelque chose à faire.
La neige passe à travers la fenêtre. Il fait froid. Demain, ils auront la crève.
