● Note : Salut la famille. Ça fait une éternité. Désolé, tout d'abord, pour le temps que j'ai mis à poster ce chapitre ; mes excuses étant qu'il était délicat à écrire de par son contenu, d'une part, et de l'autre que j'ai eu une bonne vieille baisse de motivation vis-à-vis de cette histoire. Je lâche rien, promis. L'écriture du prochain chapitre est déjà en cours et j'essaie de garder un bon rythme, donc je vous ferais pas attendre mille ans, cette fois. En attendant, voilà le chapitre 12. Des bisous.
● Playlist : Easy - Son Lux ; Experience - Ludovico Enaudi ; Truce - twenty one pilots
Chapitre 12
« (don't) leave me alone »
On est lundi matin et il fait moche. Natasha est à Battery Park en chaussures de running et pantalon de survêtement un peu trop grand. Le fait qu'il soit à Clint n'est pas exclu.
On est lundi matin et si Natasha tombe sur Maria Hill, ce n'est pas vraiment un hasard. Maria, elle, elle est pareille que l'autre jour. C'est impressionnant parce qu'elle a toujours l'air propre et ordonnée, même après avoir couru. Natasha, elle, ne ressemble à rien. Elle a les cheveux sales, mais elle les a attachés pour que ça ne se voit pas, le teint gris d'une personne qui n'a pas assez dormi et les yeux gonflés.
–Salut, fait Maria.
–Salut.
Elle prend quelques gorgées précipitées dans sa bouteille d'eau, puis la tend à Nat.
–Oh, non merci. J'ai pas encore couru, en fait.
Je sais même pas ce que je fais là.
–Une autre fugue ? Demande Maria.
–Non, non. J'ai dormi chez moi. J'avais juste envie de sortir.
On est lundi matin et en général, ce jour-là, personne n'a envie de sortir.
–Ok, fait Maria.
Elle enlève ses écouteurs, les enroule autour de son iPod qu'elle met dans sa poche.
–J'ai pas fait tous mes kilomètres, dit-elle. Si tu veux.
Natasha sourit.
On est lundi matin et Wade travaille tôt.
Wade est – entre autres – libraire chez Barnes & Noble. C'est plutôt étonnant, venant de lui ; à vrai dire, Peter l'aurait plutôt vu travailler dans une librairie geek underground dans un coin de la ville que personne ne connait, du genre de celles que Darcy aurait pu ouvrir si elle n'avait pas décidé de faire de son rez-de-chaussée un café à la place.
Ca fait quelques semaines que ça dure, maintenant, leur petit manège. Peter n'est jamais venu le voir au travail – à aucun des trois. Peut-être que ça aurait fait trop officiel. Mais il est là, maintenant, et Wade, qui ne l'a toujours pas vu, est en train de ranger des bouquins au rayon best-sellers.
–Hey, dit-il en enroulant ses bras autour de sa taille.
Wade sursaute.
–Cette crise cardiaque que j'ai failli faire, dit-il en riant. Qu'est-ce que tu fais là ?
Il se retourne pour l'embrasser.
–Je passais dans le coin, dit Peter.
–Dis tout de suite que tu crevais d'envie de me voir.
Peter sourit contre le coin de sa bouche. Wade va retourner chez lui pendant quelques jours, histoire de payer des factures, de nourrir le chat de la voisine et de laver quelques fringues. Il est parti tôt ce matin, alors que Peter dormait, et comptait rentrer directement après le travail.
–Tu m'as pas dit au revoir ce matin.
La vérité c'est que je veux retarder le moment où je me retrouverais tout seul entre les murs de mon appartement, avec le carton de Gwen dans un coin et mes fantômes dans la gorge.
–Oh, désolé, princesse, fait Wade.
–J'vais pas t'embêter longtemps. Je fais que passer.
–Tu peux rester un peu, si tu veux.
–Bah, je vais pas te déranger. Ton boss risque de pas trop aimer, et puis j'ai pas grand chose de particulier à faire ici pour le moment.
–Si ça tenait qu'à moi, je t'aurais emmené manger quelque chose mais ouais, je pense pas que le patron soit de cet avis. Je pense qu'il m'aime pas trop, de base.
–Pourquoi, t'es pas sage?
–Je me sens offusqué que tu puisses penser ça de ma ça, en réalité.
Peter rit.
–Tu reviens lundi soir, alors? Dit-il.
C'est plus vraiment la peine d'essayer d'avoir l'air détaché ou de faire comme s'il n'était pas du tout accro, parce qu'il est grillé, de toute façon.
–Ouais, fait Wade. T'arriveras à supporter l'absence de ma fabuleuse personne jusque là?
Ca va être dur. Ca va être dur d'être tout seul avec lui-même et de devoir endurer le silence, d'être vide et d'avoir froid, de ne pas pouvoir penser à autre chose, d'avoir la migraine quand il ferme les yeux. Pourquoi diable Peter n'est-il pas capable de se gérer tout seul, comme un grand, bordel ?
–Ouais, dit-il en souriant.
On est lundi matin – enfin, il est quatorze heures mais quand même, c'est le matin – et Tony Stark est un déchet.
Il se peut que Tony croie un peu au destin, quand ça l'arrange. La plupart du temps, il se fout gentiment de la gueule de tous ceux qu'il entend parler de karma et des choses qui sont supposément écrites dans l'histoire et le futur, mais parfois, la vie lui donne de quoi avoir des suppositions.
Le destin l'amène à croiser Pepper et Loki dans la même journée, dans le même supermarché. Pepper étant l'une de ses meilleures amies, la situation n'est pas trop difficile à gérer parce qu'elle l'a déjà vu dans des situations plus moches que ça ; il faut préciser, aussi, que Tony Stark s'est réveillé à quatorze heures à cause d'une soirée dont il ne se rappelle même pas le début et que quelqu'un a cru drôle de dessiner un énorme chibre sur son front et qu'il est impossible de le faire partir totalement, même après deux douches et une tentative foireuse d'enlever le marqueur au liquide vaisselle.
Pepper a vu pire, donc, ce qui veut dire beaucoup. Malgré tout, elle pousse un énorme soupir lorsqu'elle voit arriver Tony.
–Ne dis rien, dit-elle. Je parie que tu te rappelles même pas qui t'a fait ça ni même dans quelles circonstances.
–Bonjour à toi, chérie, fait faiblement Tony. T'es pas au travail?
–J'ai pris congé. J'ai attrapé un rhume.
Sauf que Pepper est fraîche, comme d'habitude. Là où n'importe qui se contenterait de larver toute la journée en pyjama en se faisant un marathon Six Feet Under, Pepper fait les courses en tenue décontractée-mais-soignée-quand-même – jean denim, manteau de la dernière collection de Zadig & Voltaire, écharpe aux tons violets assortie à la couleur de ses converse et maquillage naturel mais chic. Tony, avec sa bite dessinée sur le front et sa tache de bière sur son t-shirt, se demande parfois vraiment à quel moment ils se sont trouvé quelque chose en commun.
–Et toi? Demande-t-elle à Tony. Tu faillis à ton devoir, grand patron?
–J'ai téléphoné à Happy. Il a râlé mais il s'occupe de tout pour aujourd'hui. Moi aussi, j'ai attrapé un rhume.
–T'as attrapé une bouteille de whisky et de la coke, ouais. Le vrai mystère, c'est de savoir comment tu tiens le coup le reste du temps.
–C'est parce que je suis un super-héros.
–Tes pouvoirs laissent un peu à désirer, quand même.
D'un côté, c'est pas plus mal qu'il ne se rappelle pas de ce qu'il fait en soirée parce que Tony se détesterait encore plus, après, et il ne sait pas si il est vraiment prêt pour ça. Il n'a même pas envie de réfléchir à ce qu'il a fait hier ; il a le vague souvenir d'être arrivé chez la nana qui organisait la soirée et de lui avoir acheté de la poudre après l'avoir pelotée sur son canapé hors de prix et ça suffit, vraiment. Sa tête lui fait un mal de chien. Pas besoin de plus, vraiment.
Tony suit Pepper dans le rayon frais ; elle remplit son caddie de concombres, de broccolis et de tout un tas de trucs sains que Tony a oublié de cuisiner. Il prend de la salade iceberg et des tomates, pour la forme, ainsi que des steaks de tofu pour Bruce – histoire de se faire pardonner pour avoir dormi dans le canapé jusqu'en début d'après-midi.
Plus loin, il y a Loki qui achète des yaourts. Et Tony, après avoir retenu un cri qui aurait sans doute été plutôt disgracieux et pas vraiment viril, se cache derrière Pepper.
–Qu'est-ce que tu fous, Tony? Soupire cette dernière.
–Bouge pas, grogne-t-il.
–T'es gentil mais on se les gèle dans ce rayon et j'ai encore des choses à faire. Comme tenter de régler les problèmes de ton entreprise pendant que tu dors chez toi.
–T'as dit que t'avais pris congé.
–Ca m'empêche pas de travailler.
–Si tu veux mais pour le moment, bouge pas.
Pepper est grande mais pas suffisamment, aussi Loki finit par apercevoir Tony. Il lui lance un regard plein de mépris et de soupirs.
–Merde, râle Tony en se pinçant l'arête du nez, baissant les yeux.
–Quoi? T'as repéré ton coup d'hier soir et t'es parti de chez lui ou elle sans rien dire ?
Tony ne répond pas.
–Tony! S'exclame-t-elle. Sérieusement?
–C'est pas ça! Proteste le concerné. Il habite dans mon immeuble. On a couché ensemble une fois, il y a au moins deux ou trois ans, je sais plus, mais c'était rien. Et puis il a commencé à me haïr, je crois, avant de partir en Finlande – ou au Danemark, enfin, par-là. Ah ben, tu connais Thor? C'est son frère, ils ont de la famille en scandinavie et ils sont restés là-bas plus longtemps que prévu et bref, ils sont revenus sauf que l'autre jour j'ai parlé avec lui, là, Loki, et je sais pas trop ce que j'ai raconté mais il me snobe encore plus qu'avant. Je voulais pas lui donner une raison de plus de me trouver misérable.
–Mon dieu, soupire Pepper, entre le rire et l'incrédulité. C'est encore pire que ce que je pensais.
–Te fous pas de ma gueule!
Ils quittent le rayon frais et lorsqu'il passent à côté des yaourts, Loki n'y est plus.
–Tony? Dit Pepper en mettant un paquet de flocons d'avoine bio dans son caddie.
–Oui?
–Tu es misérable.
–Je sais, Pep'.
L'eau frappe ses épaules nues, transperce son dos.
Les battements de son coeur font trop mal, et la vie est de nouveau trop lourde à porter. Comment t'as fait pour oublier ? La vie a été sympa avec toi ces temps-ci, gaillard, mais la réalité est là ; t'es tout seul.
Merde, il y était presque. Il a presque réussi à accepter de vivre. Il a oublié, l'espace de quelques temps, parce que Darcy est adorable, qu'ils passent une petite heure, le matin, à parler des derniers épisodes de Doctor Who autour d'un latte. Parce que quand tout le monde est là, dans le café, le monde semble être rempli de couleurs et de musique et de sourires. Parce que sur le toit de l'immeuble, l'air est pur, la nuit vivante et Wade le regarde, et Peter ne pense plus. Wade parle tout le temps, Wade joue avec ses cheveux et avec sa peau, Wade le fout en l'air et il en redemande.
Comment t'as fait pour oublier ?
Dans le carton, il y a le t-shirt qu'elle avait l'habitude de porter quand elle dormait chez lui. La discographie complète des Smiths qu'elle lui a offert pour Noël, et lui, il n'a pas réécouté ce groupe depuis mille ans. Des petits mots qu'ils avaient échangés en classe. Les photos d'eux – grimaces, baisers, souvenirs. Les photos d'elle – son visage endormi ou illuminé par son sourire et ses yeux bleus.
Tes yeux, Gwen, putain, tes yeux.
C'était pas censé rester dans un carton. On a vécu plus qu'un carton.
Peter avait oublié, presque oublié. Il a réussi à penser à autre chose pendant un instant, et il avait pas le droit. T'avais pas le droit, Peter. T'as pas le droit de l'oublier.
Peter, il était déjà comme ça avant de la rencontrer, Gwen. Il était entre la vie et la mort, un peu, il se demandait ce qu'il foutait là et il regardait parfois les rails des trains avec un peu trop d'insistance. C'était pas trop dur parce que vivre avec un manque, c'est plus facile quand on ne sait pas ce qui est absent. C'est plus facile, aussi, quand on ne connait pas d'autre façon de faire. Et puis Gwen était là, et il était persuadé qu'il n'y avait pas plus heureux que lui sur Terre. Il ne savait pas comment elle avait fait ça mais elle l'avait fait et puis elle est morte.
Et toi tu veux pas mourir parce que t'étais transi d'amour, tu veux mourir parce que c'est ce que t'as toujours voulu faire jusqu'à ce qu'elle arrive.
Et il essaie de stopper les hallucinations, et il tape ses poings contre le carrelage. L'eau lui fait plus mal que le cutter qu'il serre trop fort entre ses doigts. Il y a un film à l'envers derrière ses paupières et Peter ferme les yeux fort, fort, pour l'arrêter, mais il y a des images dans le désordre et des bruits décousus et terrifiants.
Je t'aime tu me fais me sentir en sécurité j'ai confiance en toi je sais plus si tu mens je sais plus ce que tu penses c'est mieux qu'on arrête on peut essayer de redevenir amis je t'aime beaucoup je te promets que je te dirais toujours la vérité je te promets d'être intègre et de faire des choses bien et je serais une belle personne je te suivrais partout où t'iras.
Ses vêtements sont trempés. Ses yeux, aussi. La voix de Gwen lui souffle à l'orreil de la laisser s'en aller et derrière ses paupières, il peut presque la voir, presque la toucher. Il voit ses cheveux blonds et ses yeux bleus et sa robe mauve.
–Tu sais quand je disais que j'allais te suivre pour le restant de ma vie... J'ai essayé.
Il a essayé deux fois, peut-être trois.
–Je sais, dit la voix de Gwen. Je suis désolée.
Et tout ça c'est dans sa tête.
–C'est moi qui suis désolé.
Comment t'as fait pour oublier ?
Il avait pas le droit, il avait pas le droit de faire des trucs avec Wade et d'oublier qu'il aimait Gwen parce qu'elle est morte et c'est pas juste, comment elle va faire pour exister ? Derrière ses paupières, il voit tout ce qui faisait que Gwen était Gwen et c'est une tragédie parce que tout ça n'est plus là.
L'eau coule dans la douche, s'écrase sur le sol. Les morceaux de son esprits se battent et se tapent dessus ; dans sa tête, Peter entend la voix de Gwen qui lui dit d'arrêter. Arrête de pleurer. Arrête de te faire du mal. Lâche ça, relève-toi, arrête de vouloir mourir et vis un peu. Arrête de respirer, noie-toi, crève-toi, tranche-toi la peau et tranche tout ce que tu peux, tranche-toi le coeur, laisse-toi aller, laisse-toi mourir, ferme les yeux et sois heureux.
L'eau qui s'en va dans la douche emporte du rouge avec elle ; sur la porcelaine, elle ressemble à une peinture ratée.
Peter ouvre les yeux avec une difficulté presque insurmontable. Il y a du brouillard dans ses yeux. Sa cage thoracique se soulève péniblement. Il réussit malgré tout à vaguement voir devant lui ; un plafond blanc, à priori. Lorsqu'il tourne la tête, il voit Darcy. Darcy qui a sa tête cachée dans ses bras croisés sur son lit. Autour, tout est blanc et il y a des bandages sur ses poignets, blancs aussi.
Il s'est encore raté, alors. C'est à croire qu'il n'est même pas capable de ça, ou qu'il ne sait pas ce qu'il veut. C'est pas facile. Sa vie s'agrippe à celle des autres pour y trouver un sens et la mort refuse qu'il la rejoigne.
–Hey, Darcy.
Darcy relève la tête. Ses longs cheveux ondulés partent dans tous les sens. Lorsqu'elle chasse les mèches de son visage, son regard a quelque chose d'inquiétant et de terriblement triste. Et avant que Peter n'ait pu se rendre compte de grand chose, il se retrouve avec une joue contre l'oreiller ; l'autre est douloureuse.
–Calme-toi, fait la voix de Wade de l'autre côté du lit.
–C'était mérité, marmonne Peter.
–NE REFAIS PLUS JAMAIS CA ! Crie Darcy.
C'était définitivement mérité, parce qu'il y a des larmes dans la voix de Darcy et qu'il doit y avoir une loi, quelque part dans l'univers, qui interdit de faire pleurer cette personne.
–T'as pas la moindre idée d'à quel point tu m'as fait peur, bordel. J'ai cru que t'étais mort et je te jure que la prochaine fois je t'achève moi-même avec mec mains, putain. Tu m'as fait tellement peur.
Elle prend Peter dans ses bras comme c'est possible, parce qu'il est toujours allongé dans le lit ; il se relève comme il peut pour lui rendre son étreinte mais sa tête lui fait mal dès qu'il essaie de la bouger, alors il abandonne. Darcy sort immédiatement de la chambre dès qu'elle le lâche, parce qu'elle pleure et que c'est contre ses principes. Peter se sent horrible de l'avoir fait pleurer, elle, Darcy l'invincible, la super-héroïne. Wade fait le tour du lit parce qu'il doit avoir deviné qu'il a du mal à bouger. Peter, il se sont honteux. Il n'arrive pas à le regarder dans les yeux. C'est difficile de savoir si il regrette d'être mort ou d'avoir essayé. Wade prend place là où était Darcy quelques secondes auparavant, sur un siège à côté du lit.
–Qu'est-ce qui t'arrive, Peter ?
Son ton et grave et c'est terrifiant de voir Wade aussi sérieux.
Son coeur est serré et sa respiration difficile.
Il m'arrive que j'ai failli oublier Gwen parce qu'il se passe un truc avec toi et j'ai peur que si je t'aime trop, je l'aimerais plus assez, j'ai peur de l'oublier et de l'effacer et je veux pas, je veux pas, je veux pas–
Peter s'enfonce et il le sait ; c'est peut-être ça, le pire. Et c'est difficile à gérer quand Wade est devant lui et que quand il est là, il n'a plus tellement envie de disparaître, il arrive à s'imaginer gérer sa vie si il l'a, lui, pour y aider. Mais qu'est-ce qu'il fera quand il sera toujours ? Merde, il faut qu'il se reprenne.
–Il s'est passé quelque chose, il y a un peu plus d'un an, dit Peter. Je n'en ai jamais parlé à personne.
Sa voix est faible, sa gorge nouée, et c'est presque un avoeu mais pas encore tout à fait.
–Je ne t'oblige pas, tu sais, dit Wade.
Ses main est proche de la sienne mais il n'ose pas la toucher.
Peter, il inspire. Expire. Doucement. Il entend à nouveau la voix de Gwen dans sa tête qui lui dit qu'il faut qu'il la laisse partir. Peter n'a jamais réussi à en parler parce qu'il s'est persuadé que si il gardait le souvenir pour lui, il garderait Gwen aussi ; et bien sur qu'il sait depuis le début que ce n'est pas une bonne chose et que c'est un coup à se foutre en l'air, mais qu'est-ce que tu veux, il s'est mis en tête que c'est tout ce qu'il mérite.
–Il y a quelques années, j'ai rencontré une fille qui s'appelait Gwen Stacy.
Il ne regarde pas Wade parce que ça va devenir insoutenable et qu'il va en chialer.
Gwen Stacy est apparue au lycée. Enfin, elle était là avant, mais Peter avait seize ans lorsqu'ils se sont parlé pour la première fois. Il a trouvé ses yeux beaux, immenses, et sa voix douce. Il savait qu'il l'aimait bien, déjà.
–On s'est mis ensemble après quelques temps, continue Peter. C'était plutôt sérieux. J'avais pas imaginé que ça le serait autant, parce que je l'aimais beaucoup mais les relations au lycée, ça dure pas toujours. Et puis ça m'était jamais arrivé, alors forcément, je pensais que ça allait foirer.
Et ses yeux étaient grands et bleus comme son manteau. Elle était un peu irréelle, à ses yeux ; probablement parce que Peter ne se rendait que trop bien compte de la chance qu'il avait et que ça lui semblait impossible, comme situation. Elle était belle ; tellement belle dans sa façon de dire les mots, dans sa façon de marcher, de rire et de parler. Elle était lumineuse. Elle était. Elle était, et c'était suffisant. Peter savait qu'il allait tomber amoureux avant même que ça arrive.
–Pour finir, elle est devenue tellement importante que là où je pensais que ça se finirait trop vite, j'avais l'impression que ça durerait à peu près touours. On se sentait forts et rien de mal ne pouvait nous arriver.
Sauf que tout peut arriver.
Et tout allait bien, même de mieux en mieux. Ils sont sortis diplômés du lycée, et Peter a pris un appartement avec son ami d'enfance, Harry. Gwen, elle, vivait avec MJ et Flash ; ils ne voulaient pas pourrir leur relation en s'installant ensemble trop tôt ; ils étaient trop jeunes pour ça. Ils sortaient parfois tous les deux, parfois tous les cinq, avec les autres, quand ils n'attendaient pas d'assister à un cours. Ils riaient autour d'une bière et dans le métro, Gwen lui déposait parfois un baiser sur la joue ou quelques mots au creux de l'oreille ; de ces choses stupides que les gens amoureux font.
Et puis Harry n'allait pas très bien, parait.
–Elle est morte.
Il a déjà dit ça à tout le monde ; à tante May, aux parents de Gwen, à Darcy, à ceux qui savaient déjà et à ceux qui ne savaient pas.
Ca fait toujours aussi mal.
Wade, pour une fois, est silencieux. Il a réussi à poser ses doigts sur les siens. Peter s'en rend compte et il s'aggripe à sa main comme si sa vie en dépendait ; il est à peu près sûr de sombrer s'il la lâche. Il n'a jamais raconté à personne comment Gwen est morte.
–Mon meilleur ami, Harry, a tenté de la–
Et sa voix tremble.
–Il avait de réels problèmes et il était instable mais ça allait la plupart du temps, il voyait quelqu'un et il me disait que tout allait mieux et moi je le croyais. Il était jaloux de ce que j'avais avec Gwen, je crois qu'il me voulait pour lui tout seul et – Gwen était restée tard pour travailler à la bibliothèque et moi, j'avais un cours du soir, et elle m'avait dit de la rejoindre dans la rue en face du campus et quand je suis arrivé, il avait un flingue et – il était tard, il pensait que personne saurait que c'était lui mais j'étais là et Gwen m'a vue et –
Et.
–Elle a couru vers moi.
Bam.
–La voiture l'a heurtée de plein fouet –
Gwen est morte sur le coup. Même pas le temps pour un dernier soupir. Même pas ça.
Peter se rappelle avoir crié son nom et quelque chose d'autre, peut-être, mais ça, il ne s'en souvient plus. Il l'a tenue dans ses bras pendant quelques minutes en continuant de lui demander si elle allait bien, en pensant qu'elle allait se réveiller. Elle avait ses grands yeux désespérément fermés et il y avait du sang partout et elle était morte, c'était évident mais trop difficile à envisager.
Reste avec moi, reste avec moi, resteavecmoiresteavecmoiresteavecm–
Le sang était rouge dans ses cheveux et coulait sur le bitume. Il y en avait sur son manteau bleu. Et son visage, il s'est endormi pour toujours. Et Peter répétait inlassablement à Gwen de ne pas partir, de ne pas la laisser, il lui disait qu'elle ne pouvait pas mourir, qu'elle devait rester et le corps inerte dans ses bras ne lui répondait pas.
Elle était morte et elle avait tout emmené, tout son monde.
–Je lui avais dit que je la suivrais où qu'elle aille.
Wade serre sa main.
Et Peter se lève difficilement, lui faisant signe de le prendre dans ses bras. Wade le fait. Peter pleure contre la veste militaire de Wade en s'y aggripant comme il peut.
–J'ai pas pu empêcher sa mort et j'arrête pas de me dire que j'aurais du arriver plus tôt, et puis j'aurais du savoir pour Harry, être plus attentif et elle serait en vie –
–Hey, souffle doucement Wade dans ses cheveux. Hey. C'est pas ta faute.
Il le serre un peu trop fort mais ça va, c'est bien ; au moins, Peter le sent. Ca lui fait une raison de s'empêcher de partir.
Et tes yeux, Gwen, tes yeux qui s'ouvraient plus et ton souffle qui sortait pas, ton corps inanimé, ton visage éteint, ta tête ouverte, ton sang qui s'achappe et ta vie qui part.
–Je lui avais dit que je la suivrais, dit-elle.
Il pleure.
–J'ai voulu–
Wade lui caresse la tête et lui embrasse le front. Peter n'a pas d'hallucinations, cette fois, au moins.
–Calme-toi, dit Wade. C'est pas ta faute. T'es là et tu dois vivre le temps qu'il faudra. Ca va aller. Calme-toi.
–Ca fait un an et je réalise toujours, chaque matin, qu'elle reviendra pas. Elle est morte et j'arrive pas à l'accepter même si il faut, elle est morte et je peux rien contre ça – personne peut rien contre ça –
–Personne peut rien contre ça.
La présence de Wade réussit à l'apaiser, en quelque sorte, même si Peter continue de pleurer pendant au moins un quart d'heure. Et Wade reste là, Wade ne bouge pas.
