Note: "Je vous ferais pas attendre mille ans, cette fois" - moi, novembre 2015.

Hm. Certes.

J'avais pas réalisé, en vrai. Désolée pour ça. J'espère que ça vaut le coup, même si j'suis pas trop convaincue, honnêtement. Merci pour les reviews, vous êtes géniaux.

Musique: Polarize - twenty one pilots ; Fix You - Coldplay ; Otherside - Red Hot Chili Peppers


Chapitre 13

« Fix you »


–Tu fumes?

Peter n'a jamais vu Natasha avec une clope au bec. Elle n'a pas fini son assiette. Sur la terrasse du restaurant, il fait froid. C'était peut-être une idée nulle de se mettre dehors, mais au moins, il n'y a personne.

–Presque pas, dit-elle en expirant la fumée. C'est pas vraiment un bon plan, quand on danse, mais ça m'arrive d'en avoir besoin, alors.

C'est compréhensible, parce qu'il s'en passe, de la merde.

Peter, il a toujours son bandage au poignet gauche. Il sort aussi son paquet de cigarettes de sa veste.

–La vie est bizarre, en ce moment, dit Nat.

Puis elle rajoute:

–Merdique, un peu.

Peter rigole, s'étouffant au passage avec la fumée de la clope qu'il vient d'allumer.

Tout est un peu merdique parce que Peter a essayé de se suicider, parce que Bucky ne se remettra jamais de ce qui lui est arrivé et Natasha se fait bouffer par son passé. C'est à peu près ce dont ils sont en train de parler et Peter en sait très peu, pour le moment ; il sait qu'il se sont passées des choses moches à tous les deux et que c'est un peu lié.

Peut-être que c'est pour ça qu'elle a besoin d'une clope, Natasha. Pour parler.

–Ils s'appellent Hydra, dit-elle. Il y a dix ans, j'ai quitté la Russie pour m'installer ici avec mon fiancé. Et puis il a disparu quelques mois après, et les seules informations que j'ai pu avoir sur lui se trouvaient dans une enveloppe cachetée. Les informations en question étant qu'il était mort, parce qu'ils l'avaient tué.

Wow.

–Et puis ils ont capturé Bucky, il y a cinq ans. Je sais pourquoi ils ont fait ça ni pourquoi ils ont préféré le garder à moitié vivant et de le torturer plutôt que l'achever.

Natasha soupire.

–D'après Steve, personne a jamais su clairement ce que faisait le père de Bucky. Sa mère, peut-être, mais elle a jamais rien dit et elle est morte dans un accident de voiture y a deux ans, donc on peut pas l'interroger.

–Tu crois que son père faisait partie d'Hydra et qu'il a fait des trucs dans leur dos?

–Ca, ou il était dans une autre organisation qui était contre eux. Bucky était un garçon qui n'avait pas trop de problèmes, du genre à faire deux trois conneries en soirée, comme tous les jeunes, mais il est jamais allé jusqu'à s'embarquer dans des histoires aussi sordides. Il s'est pas fait capturer parce qu'il avait fait quoi que ce soit directement.

–On n'a vraiment aucune trace de Hydra? Des membres capturés, d'autres victimes rescapées?

–Aucune. Ca fait des années que les flics les traquent. Quand Alexi est mort, j'ai même pas cherché à en savoir plus sur eux, parce que j'avais trop peur de me confronter à ce qui se passait, mais plus tard, j'ai appris le peu de chose qu'on en sait par Steve. Parce qu'il est flic, et tout.

–Et Bucky?

–Quoi?

–Je veux dire, je sais qu'il a perdu la mémoire, qu'il se rappelle de rien avant, mais il pourrait avoir quelque chose qu'il a vu quand il y était. Genre un nom, ou un visage.

–Pas vraiment. Il a fait des descriptions aussi détaillées que possible du visage des gens qu'il a vus. Pour les noms, ce sont des codes. Rien de concret pour le moment.

Natasha pique une tomate dans sa salade, sa cigarette toujours entre les doigts. Un serveur passe entre les tables pour déposer les toasts que Peter a commandé, demandant si tout va bien, et c'est drôle parce que non, ça va pas. Lorsqu'il est parti, Natasha dit:

–Enfin voilà, je t'en parle parce que si jamais t'as la moindre information, le moindre indice ou le moindre soupçon, ça peut aider. J'ai pas terriblement envie qu'il arrive encore des horreurs à d'autres gens.

Elle fait une pause.

–Et puis je te cache pas que ça me ferait plaisir de leur fumer la gueule.

Peter sourit, vaguement.

–En attendant, rajoute Natasha, essaie d'aller bien. D'accord? Occupe-toi de toi.

–Je vais essayer, dit-il.

Promis.


De temps en temps, on peut apercevoir Bucky au Nerd.

Il se refuse encore à sortir seul – et par seul, on entend sans Steve, parce qu'il est la seule personne en qui il semble avoir une confiance totale même s'il panique encore souvent en sa présence. Ceci dit, il lui arrive de descendre de l'appartement, lorsque Steve est au travail, et de se faire une petite place dans le coin lecture du café. Darcy lui offre des chocolats chauds, peu importe il insiste pour payer. Elle fait au passage une remarque sur le bouquin qu'il est en train de lire, ou lui en conseille un autre de l'étagère. Bucky les emporte dans l'appartement de Steve et les ramène au bout de deux, trois jours, parfois un seul si sa lecture est intense.

–Très bon choix, fait Darcy en apportant sa boisson à Bucky.

Dans sa main se trouve De Bons Présages de Terry Pratchett et Neil Gaiman (1). Darcy, elle dépose son chocolat sur la table basse en face de lui. Il la remercie d'un mouvement de tête.

–Ca t'embête si je m'assieds deux minutes?

Bucky fait non – de la tête, à nouveau.

–Il est que onze heures du mat' et j'ai déjà envie de faire une pause, fait Darcy. Ca commence bien. Kate va encore faire la gueule. Par principe, hein, juste par principe, parce qu'en soi y a personne, là. A part toi et le jeune hipster dans le coin, là-bas. J'en profite avant que la fournée de midi arrive.

–Tu gères tout toute seule, fait Bucky. A part pour le service, je veux dire. Je sais pas comment tu fais.

–C'est pas si énorme, tu sais.

–Bah, je suis déjà même pas capable d'avoir un job, en ce moment, alors bon.

–Toi, mon chou, t'as juste à prendre soin de toi, en ce moment. Je sais que ça doit être un truc qu'on te dit sans arrêt que ça doit t'emmerder, parce que t'es pas un gosse ni une petite chose fragile et qu'on a pas à te traiter comme l'un ou l'autre. Je sais.

Darcy prend une gorgée dans le chocolat chaud de Bucky, puis le repose devant lui.

–Mais ça viendra, continue-t-elle. Je sais que ça te semble sans issue et que tu te dis que tu seras plus jamais fonctionnel, mais c'est pas vrai. Je peux pas te dire que tout va disparaître et que t'auras plus aucun souvenir de tout ce qui t'empêche de vivre maintenant, mais t'apprendras à vivre avec. Et là, tu pourras commencer à faire tout ce que t'arrives pas à faire.

Bucky l'écoute finir, silencieusement. Il boit son chocolat. Après une pause, Darcy dit:

–Désolé, c'était plus deep que prévu. Il est peut-être un peu trop tôt le matin pour parler de ce genre de trucs.

–Il est onze heures.

Bucky sourit.

–Merci, dit Bucky. Merci de m'héberger, aussi. Je sais que tu veux pas que Steve te donne plus d'argent que pour lui même, mais ça fait quand même une personne en plus qui consomme, et je veux que tu saches que je te paierais dès que je pourrais.

Darcy sourit aussi.

–Ok, dit-elle.

Elle se lève et fait craquer son dos.

–T'en fais pas trop pour Steve, dit-elle. Je sais qu'on a vite fait de se dire qu'on est un fardeau et tout.

Ouais, vite fait.

–Il t'a cherché pendant des années. Maintenant qu'il t'a retrouvé, je pense pas qu'il veuille jamais te lâcher. Et si il fait tout ce qu'il peut pour que t'ailles bien, je pense vraiment pas que ça l'emmerde. Il t'aime beaucoup, tu sais.

Et Bucky se demande comment Darcy fait pour savoir quoi dire aux gens. Il se demande comment elle fait pour porter sur ses épaules le poids de tous ces bras cassés qui vivent dans son immeuble. Il se demande si elle a elle-même vécu l'enfer ou quelque chose d'autre, quelque chose de pire. Il ne la connaît que peu ; il se demande si beaucoup la connaissent vraiment.

–D'accord, dit-il. Je vais essayer.


Peter sort de la salle de bain après dix minutes de douche trop chaude. Ses cheveux sont trempés, il a à peine fait un effort pour les sécher. Il porte un pantalon de survêtement et un pull à manche longues. Wade l'attend sur le canapé, la Nintendo DS dans les mains, pendant que sur l'écran de l'ordinateur, les personnages de Teen Wolf s'engueulent pour une histoire que Peter n'a pas suivie.

–Qu'est-ce que j'ai loupé? Demande-t-il en s'allongeant sur le canapé, la tête sur les cuisses de Wade.

–Scott veut aller à un rendez-vous avec le love interest mais Stiles lui dit que ça tombe la nuit de pleine lune du coup Scott est pas content et Scott s'énerve parce que Scott est un peu con.

–Superbe.

Wade met la console en veille et la pose sur l'accoudoir du canapé. Il passe une main dans les cheveux de Peter, qui ferme les yeux, parce que le contact lui fait du bien. C'est bien, d'être avec Wade. C'est bizarre qu'il arrive à être calme, avec lui, parce que Wade est quelqu'un de plutôt fatiguant dans l'ensemble, quand même.

–Ben oui, connard, maintenant t'es dans la merde, dit Wade. Tu pourras pas dire qu'on t'avait pas prévenu.

–Qu'est-ce qui se passe? Demande Peter, qui n'écoute que d'une oreille distraîte.

–Il est allé fricoter avec Allison mais du coup il se sent tout bizarre parce que c'est un putain de loup-garou et que ça fonctionne comme ça, je suppose?

–Je le pardonne. J'suis pas sur que je croirais quiconque qui me dirait "t'es un loup-garou lol".

–Même si la nuit d'avant tu t'es fait mordre par une bestione, que la cicatrice a disparu en quelques heures et que t'as soudainement des sens anormalement affutés et une force carrément pas humaine?

–Ouais bon j'avoue, il est con.

Wade laisse glisser sa main contre sa joue, et Peter y dépose un baiser.

–Ca va? Demande Wade.

Peter ouvre les yeux. Wade le regarde avec quelque chose dans ses yeux qu'il n'arrive pas à cerner.

–Ouais, dit Peter.

–Sur?

–Wade. Ca va. Je vais pas être tenté de faire quoi que ce soit à chaque fois que je rentre dans une douche.

Pas à chaque fois, peut-être, mais ça va arriver. Et à ce moment là, Peter devra faire de son mieux pour s'accrocher et pas craquer. Les plaies, sous les bandages, le démangent des fois. Il se dit qu'il retirerait bien les bandes blanches, qu'il rouvrirait bien les coupures en s'étant assuré que personne viendrait le sauver, cette fois. Mais ce serait pas juste pour Wade, de partir sans rien dire, et ce serait pas juste pour Darcy ; il lui a promis.

–Ok, fait Wade. Je voulais juste être sûr. Désolé, je veux pas te lourder avec ça.

Peter se redresse et se retourne, changeant de position pour se retrouver assis, tourné vers Wade. Puis il s'approche plus près pour enfouir sa tête dans son cou.

–T'excuses pas, dit Peter. T'as pas de raison de t'excuser.

Ils n'ont pas reparlé de ce qui s'est passé, après l'hôpital. Ca fait trois jours que Peter est sorti et personne n'ose lui poser de question quand les bandages dépassent de son pull. C'est tant mieux, parce que tout l'immeuble est au courant de ce qu'il a fait, de ce qu'il a failli faire, et c'est déjà suffisant.

Wade l'embrasse. Peter l'accepte.

Lorsqu'ils se séparent et qu'il ouvre à nouveau les yeux, Peter se rend compte qu'il commence à faire un peu noir, parce qu'il voit de moins en moins les tratis de son visage. Fin janvier, le soir tombe toujours assez tôt.

Et puis Peter est soudain pris d'un désir dingue, et il embrasse Wade, encore, avec toute la force dont il est capable. Ca fait trois jours que Peter est sorti et ça fait trois jours qu'ils n'ont rien fait de ce genre. C'est pas que Peter n'ait envie qe de ça avec Wade, et à vrai dire, c'est un peu ça qui lui fait peur. Ce serait tellement plus facile, si c'était juste un pote avec qui il baisait de temps en temps. Peut-être que c'est ce qu'il est pour Wade ; ce n'est pas comme si ils avaient mis de vrai mot sur leur relation. A ce stade, Peter ne se pose même pas la question, il n'en a pas envie, et peut-être même qu'il a abandonné l'idée d'essayer de contrer ce qui lui fait tant flipper.

–Wow, wow, wow, chéri, fait Wade. Je savais pas que t'étais dans le trip Netflix and Chill.

Du coin de l'oeil, Peter peut apercevoir le personnage principal de Teen Wolf se transforme en loup-garou au maquillage tout à fait dégueulasse (2). Peter pouffe de rire contre la mâchoire de Wade.

Netflix and Chill? Sérieusement, Wade?

–C'est pas ce que les jeunes disent, de nos jours?

Peter rit encore et l'embrasse à nouveau. Il se redresse pour passer une jambe de l'autre côté du corps de Wade. Il glisse une main dans son cou, l'autre sur ses côtes, il lui mord la lèvre et soupire dans sa bouche.

–Hey, fait Wade. Hey, doucement.

Peter se détache de lui, mais pas trop, et le regarde d'un air perplexe.

–Ca va pas? Demande-t-il.

–Moi ça va très bien, fait Wade. J'ai juste pas envie que tu te sentes obligé parce qu'on a rien fait ces derniers jours si toi, ça va pas.

Il y a quelque chose qui se tord à l'intérieur de la cage thoracique de Peter sans trop qu'il sache si c'est parce que ça fait mal de se faire rappeler à l'ordre, d'entendre dire qu'on est cassé, ou parce que le monde fait attention à comment il se porte et que ça lui brise le coeur.

–Ca va, dit Peter en espérant que son ton ne soit pas trop cassant. J'en ai vraiment envie, ok?

Wade sourit doucement et embrasse son front.

–D'accord, fait Wade.

Peter ferme les yeux.

–Tant mieux, quelque part, parce que j'ai une trique pas croyable, là.

Il éclate de rire dans son cou, à nouveau, puis se redresse pour l'embrasser. Il appuie son bassin contre l'érection de Wade.

–On va arranger ça, alors.

Et puis tout est un peu flou parce que ça se passe très vite et de façon un peu désordonnée ; ils ne prennent même pas le temps d'enlever leurs fringues – à part le pantalon de Peter, peut-être, et puis on entend une fermeture éclair qu'on défait, des rires, des soupirs. Peter manque de tomber du canapé deux fois, et quand Wade lui dit « je te tiens », il se dit qu'il en chialerait presque, parce que c'est vrai. Wade le tient, maintenant et dans la vie, dans ses bras et debout. Et peut-être que Peter arrivera à avancer. Peut-être que Peter arrivera à vivre.


–J'ai une bonne nouvelle, dit Darcy à Clint par dessus le comptoir.

–La sortie de Pacific Rim 2 est confirmée?

–Nan, ça, pas encore. J'y travaille. Mais c'est presque aussi bien.

Darcy dépose une bière devant Clint. Il lui tend un billet de cinq dollars.

–Tu vois l'appartement libre au deuxième étage? Ca fait un moment qu'y a personne dedans. C'est le plus grand, alors je m'attendais à ce que ce soit celui qui soit pris le plus vite, mais au final, la plupart des gens préfèrent vivre seuls, ou à deux à la limite, comme Bruce et Tony, mais personne voulait de trois chambres.

Elle lui rend la monnaie.

–Ben du coup, continue-t-elle, j'ai deux étudiants qui m'ont appelée. J'étais surprise, parce qu'on est assez loin d'une quelconque université, ici, donc en général les gosses cherchent dans d'autres quartiers. Le truc c'est que comme je te disais, ils sont que deux, pas trois ; en soi, j'en ai pas grand chose à faire parce que deux loyers au lieu de trois feront déjà plus de bien à mon compte en banque que pas du tout, du coup je leur ai dit que je voulais bien les prendre, qu'ils paieraient que pour eux deux mais que j'allais quand même laisser une annonce pour trouver un troisième locataire. Ils avaient l'air ok avec l'idée d'avoir un coloc', à priori, et puis à vrai dire je pense qu'ils étaient juste contents d'avoir trouvé un endroit pas cher. La fille avait un accent assez prononcé, donc si ça se trouve ils sont étrangers, et tu sais à quel point c'est la merde pour trouver un logement.

–J'imagine, fait Clint en buvant sa bière. C'est cool, en tout cas. Que l'appartement soit pris et tout. Je suis content pour toit.

–Attends, c'est pas fini. Maintenant, tu dois me demander pourquoi je te raconte tout ça, à toi.

–Quoi?

–Vas-y, demande-moi.

–Pourquoi tu me racontes tout ça, à moi?

–Parce que tu passes ta vie chez Nat, que t'habites à l'autre bout de la ville et que je me dis que ça pourrait être bon pour toi de t'installer ici, vraiment. Et je dis pas ça parce que tu passes beaucoup de temps ici sans payer de frais – en vrai, tu passes tellement de temps sur ce bar que t'es probablement ma plus grosse source de revenus, ce qui est un peut riste entre nous. Je dis ça pour toi.

–Je pense pas que ça plaise à Nat, tu sais. Je veux dire, c'est pas très clair entre nous, en ce moment. Et j'ai pas envie que si il se passe quelque chose, elle ait à m'avoir dans les pattes tout le temps.

–En soi, habiter dans le même immeuble, c'est pas du tout la même chose qu'habiter dans le même appart'. Je vois quasiment jamais Loki, t'sais.

–Loki est un putain d'ermite.

–Oui, bon. Ce que je veux dire, c'est que je pense qu'il vaut mieux que vous ayiez la possibilité de vous voir quand vous voulez sans que toi ou elle ayiez à passer mille ans dans les transports, et p'têt que passer moins de cinq nuits d'affilée ensemble vous éviterait de vous engueuler, je sais pas.

–T'es vraiment en train de me proposer un appart' pour améliorer ma situation conjugale?

–Non, Clint. Je suis en train de te proposer un appart' parce qu'il me manque un locataire.

Darcy sourit. Clint, lui, en est à la moitié de sa bière.

–Réfléchis-y, ok? Parles-en avec Natasha, aussi. Les deux gamins viennent visiter dans trois jours, si tu veux voir leurs têtes avant de décider quoi que ce soit.

–T'as l'air persuadée que je vais dire oui.

Tony arrive dans le Nerd. Darcy s'apprête à lui servir un scotch avant même qu'il ne demande.

–J'sais pas, dit Darcy. Réfléchis-y, je te dis. On verra bien.


Peter s'endort sur Wade au bout du sixième épisode de la série.

Plus tard, il se rappellera lui avoir demandé de rester.

Wade a dit : « je reste ». Il a dit : « t'en fais pas, je reste avec toi. Je te lâche pas. T'en fais pas. »


Cette nuit, Bucky s'est réveillé deux fois.

Sans que ça ait vraiment été convenu verbalement, Steve a fini par s'endormir à côté de lui toutes les nuits. Ils sont un peu serrés, dans son lit une place, mais au moins, c'est plus facile d'atteindre Bucky quand il doit le prendre dans ses bras pour le rassurer.

Maintenant, il est onze heures du matin et Steve et Bucky sont dans Central Park tous les deux. Peu importe le jour de la semaine et le moment de l'année, il y a toujours du monde à Central Park. A quelques mètres d'eux, il y a une famille de touristes français qui se baladent. Bucky a un sursaut lorsque le père crie à son fils d'arrêter de courir partout, parce qu'il crie. Il attrape la main de Steve ; Steve la serre sans trop réfléchir. C'est devenu une habitude, un peu, et si l'un comme l'autre est au courant de ce que ça représente aux yeux du monde et même aux leurs, ça n'a plus vraiment d'importance, la plupart du temps. Puis Bucky se rend compte de son geste et s'excuse, range sa main dans sa poche et regarde devant lui.

–Dis, fait Bucky après un moment.

–Mh?

–Je pense pas t'avoir demandé quelle relation on avait. Je veux dire, j'ai des souvenirs qui reviennent, depuis le début, et– je veux dire, je me rappelle de trucs qu'on a fait. Je me rappelle qu'on se connaissait déjà quand on était mômes, et tout. Je me rappelle de choses mais genre – pas tout.

Bucky s'énerve contre lui même, parfois, parce qu'il n'arrive pas à se rappeler de certains évènements basiques, dans sa vie personnelle ou dans le monde, qui ont eu lieu avant son accident. On a beau lui dire que c'est pas grave, c'est pas sa faute et puis ça va revenir, il faut qu'il se laisse le temps, ça le rend dingue parce qu'il n'arrive toujours pas à fonctionner comme un être humain normal.

–On était meilleurs amis, dit Steve.

Puis il rajoute :

–En ce qui me concerne, on l'est toujours.

Bucky le regarde. Ses yeux sont bleus et paumés. Il a un petit sourire fatigué.

–Ok, dit-il.

Ils se remettent à marcher et puis Bucky dit :

–C'est pas Peter, là-bas?

Steve, par automatisme, s'apprête à lui répondre que sans doute pas, sauf que c'est vraiment Peter. Lorsqu'il les voit, il leur fait signe.

–Eh ben le monde est petit, dit-il en s'approchant d'eux.

–Qu'est-ce qui t'amène? Fait Steve.

Peter désigne son appareil photo.

–Je me suis levé tôt. Wade se réveille à midi, minimum, quand il bosse pas, et je voulais pas risquer de le réveiller en faisant du bruit, du coup je suis sorti et je me suis dit que j'allais être productif.

–Cool.

–Vous?

–On se balade.

–Cool.

Ils se mettent à marcher, pendant tous les trois ; la belle bande de bras cassés qu'ils sont. Bucky demande à Peter si il pourra voir ses photos, un jour ; Peter lui dit qu'il peut même lui montrer quand ils seront rentrés, si il veut. Il leur raconte qu'avant, c'était son job, de faire des photos. Bucky dit qu'il faudrait qu'il se trouve un job, lui aussi, et Peter rigole parce qu'il est dans la même merde et qu'ils pourraient chercher quoi faire ensemble, un de ces jours.

Un soleil d'hiver se pointe entre les nuages, il fait toujours aussi froid et sans que personne ne puisse expliquer vraiment quoi, il y a quelque chose dans l'air qui a un peu un goût d'apocalypse.

Et puis Bucky s'arrête.

De marcher, de parler, de respirer.

Il faut quelques secondes aux deux autres pour réaliser qu'il n'est plus à côté d'eux.

–Buck? Fait Steve. Ca va?

Il y a toute la terreur de l'univers dans les yeux de Bucky ; ses grands yeux bleus et paumés. Il murmure quelque chose mais ils sont trop loin pour entendre, maintenant, alors Steve se rapproche et prend le visage de Bucky entre ses mains, essaie de le ramener à la réalité.

–Qu'est-ce qu'il y a, Bucky?

–C'est lui.

Steve le prend par les épaules, essaie d'être rassurant, mais bordel, il comprend que dalle à la situation et il panique lui aussi et merde, il faut qu'il garde son calme, sinon il ne sera pas capable de rattraper Bucky et –

–Quoi? Dit-il.

Bucky recule d'un pas, puis deux. Puis il montre du doigt quelque chose derrière Steve et Peter, et il dit:

–C'est lui.

Bucky part en courant avant que qui que ce soit n'ait pu s'en rendre compte. Steve a un moment de flottement avant de se rendre compte qu'il faut qu'il le rattrape, bordel. Bucky est déjà loin et Steve n'a toujours aucune idée de ce qu'il a voulu dire ; si il avait eu plus de temps pour réfléchir, peut-être qu'il aurait compris. Peut-être qu'il aura percuté dans dix minutes, quand il aura réussi à rattraper Bucky. En attendant, il ne sait rien, et il court.

Peter a peut-être pigé, lui. Pas sûr, mais on sait jamais.

Alors il sort son appareil photo de sa pochette et capture le seul homme présent dans la zone juste derrière eux.

Il y a quelque chose dans l'air qui a un peu un goût d'apocalypse.

Putain de journée.


1. De bons présages ou Good Omens en anglais est un excellent bouquin et je recommande au monde entier de le lire si c'est pas fait. Allez-y les enfants.

2. Je me fous beaucoup de la gueule de Teen Wolf dans ce chapitre mais en vrai j'ai regardé quatre saisons de ce truc donc franchement, franchement, j'ai rien à dire.