Note: Le chapitre le plus court du monde. La motivation est pas très présente, je vous avoue. Je suis en train de faire n'importe quoi avec cette histoire mais je vous jure que je sais où ça va. Je crois. Courage à ceux qui sont toujours en période d'examen. Vous pouvez le faire. Des bisous.

Playlist: Breezeblocks - alt-J ; Yellow Flicker Beat - Lorde ; Intro - alt-J


Chapitre 14

« Alias »


–Putain, qu'est-ce qui s'est passé ?

L'histoire, c'est que Steve vient de rentrer avec un Bucky en panique qu'il faudrait quasiment porter sur ses épaules tant il semble incapable de marcher, qu'il y a probablement Peter derrière et qu'il flippe tout autant parce que tout le monde flippe, bordel. Et Darcy, elle, elle ne comprend rien.

–Il a vu quelqu'un, dit Steve en montant les escaliers, Bucky toujours agrippé à lui.

Bucky, il a le regard dans le vide et les bras qui tremblent. Il y a eu trente minutes entre Central Park et le Nerd et à partir du moment où Steve a réussi à le rattraper, il n'a pas lâché sa main. Darcy les suit, demandant précipitamment à Kate de s'occuper des gens pendant dix minutes. Et si Kate soupire, d'habitude, quand Darcy lui force à faire le boulot toute seule, elle a l'air au moins aussi paniquée que tout le monde en cet instant et se contente de hocher la tête.

Il faut forcer Bucky à s'asseoir lorsqu'ils arrivent dans l'appartement, parce qu'il est tellement crispé qu'il lui est difficile de quoi que ce soit et sa respiration est encore haletante, presque Steve ne sait pas ce qu'il a vu et il a peur mais il attend parce que c'est tout ce qu'il peut faire, encore. Darcy et Peter attendent, eux aussi, en dehors de l'appartement.

–Bucky, fait Steve en essayant de prendre le visage de son ami dans ses mains, mais il couvre ses yeux et il tremble et Steve n'ose pas tirer sur ses poignets, Dieu sait quels souvenirs horribles ça réveillerait. Bucky, respire.

Alors Steve se contente de s'approcher encore et de prendre Bucky dans ses bras comme il peut.

–Je suis là, dit Steve. Il va rien t'arriver. On est chez moi, en sécurité, il va rien t'arriver. Je suis là.

Dans le couloir, Peter et Darcy voient Natasha sortir de son appartement. Elle porte un pantalon de jogging qui appartient probablement à Clint, un top violet et un air paniqué sur le visage.

–Qu'est-ce qui se passe ? Murmure-t-elle à l'attention de Peter et Darcy.

La porte de l'appartement est toujours ouverte et par dessus les sanglots de Bucky, on peut entendre Steve chuchoter « ça va, je suis là, ça va ».

–J'ai croisé Steve et Bucky à Central Park, fait Peter en passant une main dans ses cheveux. On a fait un bout de chemin ensemble et puis– Bucky a vu quelqu'un, il a dit quelque chose comme « c'est lui » puis il a paniqué et il est parti.

–Tu penses que ça a un rapport avec Hydra ?

–Je vois pas vraiment d'autre solution. Je crois que Steve va essayer de lui parler, après, quand il se sera calmé.

Natasha jette un oeil inquiet à l'intérieur de l'appartement. Ils attendent encore deux ou trois minutes dans un silence brisé par la respiration saccadée de Bucky avant que Peter ne reprenne la parole.

–Je l'ai pris en photo, il dit.

–Quoi ?

–Le type qu'il a vu. Je l'ai pris en photo. S'il est vraiment responsable de ce qui est arrivé à Bucky, je me suis dit que ça pourrait être utile.

Natasha le fixe pendant deux ou trois secondes sans parler.

–Peter, elle dit.

–Oui ?

–Tu es génial.

–Je sais, je sais.

–Montre-moi ça.

Mais quand Peter montre la photo à Natasha, le visage de la jeune femme se glace. Darcy la regarde avec un air effrayé, comme si elle allait leur exploser à la gueule, et au vu de l'expression de son visage, elle pourrait. Définitivement.

–Qu'est-ce qui se passe ? Demande Peter.

Et puis sans crier gare, Natasha rentre dans l'appartement de Steve, l'appareil photo toujours dans les mains. Elle le force presque à lacher Bucky Steve proteste.

–Natasha, il–

–J'ai besoin de lui demander quelque chose, dit Natasha.

La respiration de Bucky est toujours lourde, quoi qu'il soit dans un état plus calme qu'il y a une demi-heure. Lui aussi, il pourrait leur exploser à la gueule, mais pour être honnête, il n'existe pas une seule personne dans cet immeuble ou sur cette putain de Terre qui ne soit pas une bombe à retardement. Natasha se baisse ses yeux sont à la hauteur de ceux de Bucky. Ses yeux à lui, ils ressemblent à la peur, mais ce n'est pas elle qui l'effraie Natasha sait que pour une raison qui lui échappe, Bucky a confiance en elle autant qu'il peut avoir confiance en quelqu'un. Peut-être parce qu'ils sont tous les deux des victimes.

–Bucky, dit-elle d'un ton doux, mais ferme.

Elle pose une de ses mains sur les siennes. Elles tremblent.

–Tu es en sécurité, Bucky, dit-elle. J'ai besoin que tu me dises si cet homme est bien celui que tu as vu. J'ai besoin de savoir ce qu'il t'a fait.

Bucky tente tant bien que mal de retrouver sa respiration. Steve les regarde avec le regard le plus inquiet du monde, les bras croisés à défaut de pouvoir faire quelque chose, et puis Bucky tend le bras vers lui, et Steve se rapproche pour prendre sa main.

–D'accord, dit Bucky. D'accord.

Natasha cherche un « d'accord » de plus dans son regard, puis elle lâche sa main – celle qui n'est pas dans celle de Steve et ramasse l' appareil photo de Peter qu'elle avait laissé par terre.

–Tu es en sécurité, répète Natasha. J'ai juste besoin que tu me dises.

Bucky perd à nouveau son souffle lorsqu'il voit le visage de l'homme sur la photo. Puis il ferme les yeux et pousse un soupir, cherchant sa respiration. Il sert fort la main de Steve.

–C'est – il venait là où j'étais enfermé, dit-il, sa voix usée, faible et brisée. Il était pas là tout le temps, il y avait d'autres gens – mais c'est lui qui – donnait les ordres. Je crois.

Bucky tremble encore.

Natasha se redresse, le reflex encore dans les mains. Elle dépose un baiser sur le front de Bucky.

–Je vais le trouver, dit-elle. Je te promets que je vais le trouver.

Et lorsqu'elle sort de la pièce, Steve la regarde avec des yeux plein de questions ils en parleront plus tard.

–Nat, qu'est-ce qui se passe ? Demande Darcy alors que Natasha rend son appareil à Peter.

Natasha, elle est déjà en train de marcher vers sa chambre. Sans les regarder, elle dit :

–Je le connais.

Elle dit :

–Le gars. Je le connais.


–Allô ?

–Fury. C'est Natasha. J'ai besoin de quelque chose.

–Bonjour à toi aussi. Tu vas bien ?

Nick. Je suis sérieuse.

–Oui, bon, ok, je t'écoute.

–Le patron de la grande marque avec qui on a collaboré y a deux ans. Soixante-dix ans facile, les cheveux teints en blond, toujours en costume gris. Il s'appelle comment ?

–Sérieusement ? Tu m'appelles pour un truc pareil ? Tu connais pas Google ?

–J'ai pas retenu le nom de la putain de marque, Nick. C'est pas mon job. Mon job c'est de faire la pétasse devant les appareils photos de tes employés et d'avoir l'air niaise dans les soirées. Donne-moi juste le nom, bordel.

–Wow, tu t'es encore engueulée avec Clint pour être d'une humeur aussi massacrante ?

–C'est toi que je vais massacrer si tu continues de te foutre de ma gueule.

–Ouais, très bien. Alexander Pierce, il s'appelle. Et la marque, c'est Octo. Il te faut autre chose ?

–Bonne journée, Nick.

–De rien, Romanoff. Bonne journée à toi aussi.


–Darcy ? Fait Clint lorsqu'il la voit descendre les escaliers des appartements au café.

Darcy, elle est un peu blanche, l'air un peu confus aussi. Ses cheveux sont encore en désordre elle n'a probablement pas pris le temps de se préparer ce matin et si elle ne portait pas le tablier du Nerd par-dessus son t-shirt Doctor Who, on pourrait croire qu'elle vient de se réveiller. Violemment.

–Salut, Clint, dit-elle en se mettant derrière le comptoir. Tu veux un truc ?

–Hey, tu vas bien ?

–Je sais pas trop, je t'avoue. Le monde est dingue et je commence à songer à mon évasion sur Mars. Il se passe un peu des trucs bizarres avec tout le monde et ça devient flippant.

–A qui le dis-tu.

–Toi ?

–Ca va. Je veux bien un expresso.

Darcy s'attèle à lui préparer son café. Kate et Billy ne sont pas encore là et quand bien même, même si elle s'arrête souvent pour discuter avec les clients réguliers ou les habitants de l'immeuble, Darcy gère plus ou moins tout toute seule, ici. Clint se demande souvent comment elle fait pour mener une vie pareille. Le café ferme à minuit et ouvre à huit heures, et Darcy dit souvent vouloir rentabiliser son temps libre et se détendre lorsqu'elle ne travaille pas. Dormir, c'est une perte de temps Netflix, c'est mieux. Mais Darcy a toujours l'air vivante, elle leur sert à boire, elle les écoute parler et elle les tient debout, et elle doit sans doute être une espèce de déesse ou quelque chose du genre parce qu'honnêtement, Clint ne voit pas d'autre solution.

–Je suis descendu pour te demander quand les gosses arrivaient, à la base, dit Clint en tendant un billet à Darcy alors qu'elle fait glisser son café sur le comptoir.

–Les gosses ? Fait Darcy.

–Les deux étudiants étrangers qui sont censés venir visiter l'appart du deuxième aujourd'hui.

Darcy le fixe pendant une seconde avant de s'exclamer :

–MERDE ! Putain, merde, j'avais oublié. Merdemerdemerde.

–J'arrive pas à croire que je m'en suis souvenu mieux que toi, dit Clint.

–Ouais, heureusement que t'es là et tout ça.

Darcy sort son portable de la poche arrière de son jean. Elle ouvre l'application « notes ».

–Ils arrivent vers quatorze heures, normalement.

–Il est quoi, midi, nan ? Ca aurait pu être pire.

–Heureusement que t'es là, j'te dis.

Et puis Clint dit :

–Heureusement que toi t'es là.

Et Darcy le regarde avec l'air confus de celle qui pense qu'on se paye sa tête, mais si n'importe qui de cet immeuble avait été là, il ou elle aurait compris ce que Clint a voulu dire.

Heureusement que Darcy est là.


On frappe à la porte de Natasha.

–Peter ?

–Ok, dit Peter. T'as juste dit que tu connaissais le gars et Steve m'a dit qu'il avait gardé Bucky enfermé du coup je me suis dit que tu devais le chercher, normal, et –

–Peter, dit Natasha. Calme-toi. Respire.

–Ouais, plus tard, t'inquiète, bref – il se trouve que je connais quelqu'un, genre une vieille amie, qui pourrait nous aider. C'est son job de chercher des trucs sur les gens, et c'est la meilleure.

–Un détective privé ?

–C'est ça.

–Comment ça se fait que tu connaisses un détective privé ?

Peter soupire.

–J'ai bossé avec elle quand j'avais quinze ans.

Il semble que tout le monde dans cet immeuble ait un passé bizarre.


Steve reste un long moment avec Bucky dans les bras. Il arrive à respirer, Bucky, mais son souffle est entrecoupé de sanglots et Steve sent son t-shirt se mouiller à l'endroit où Bucky a enfoui son visage. Steve pense qu'il n'a plus peur du moment présent, parce que le mal est pensé et que Bucky se sait en sécurité, mais il convulse parfois et peut-être que ce qui s'est passé revient dans sa tête, et ça lui brise le coeur, putain. Steve aimerait prendre tous les souvenirs de Bucky et les détruire, leur casser la gueule, les mettre à terre pour qu'ils ne reviennent jamais. Peut-être que les autres souvenirs pourraient revenir, comme ça. Les souvenirs d'un Bucky sain, plus ou moins heureux. Peut-être qu'il pourrait sourire à nouveau.

–Je suis désolé, chuchote Bucky.

–Arrête ça, fait Steve en resserrant son étreinte. Arrête ça. T'as pas à t'excuser.

–Je suis foutu, Steve. Ils m'ont foutu en l'air et je sais pas si je redeviendrais – je sais pas si j'arriverais à m'en sortir parce que –

–Tu vas y arriver. Je te promets que tu vas y arriver.

Bucky le serre plus fort. Et Steve ne sait pas quoi dire d'autre, et il se déteste pour ça. C'est n'importe quoi parce qu'il n'en sait rien, mais il a tellement peur.

Il ne sait pas si il pourrait survivre si Bucky disparaissait une deuxième fois.


–On va le prendre.

Les gamins dont Darcy a parlé sont encore plus jeunes que Clint se les imaginait plus jeunes encore que Peter, peut-être, putain. Ils ont tous les deux le même accent de l'est, le même teint vaguement bronzé. Probablement un couple d'étudiants étrangers. La fille porte une robe noire et des bottines à talon. Elle a les ongles vernis, en noir aussi, une quantité astronomiques de bagues sur les doigts et beaucoup de maquillage sur les yeux. L'autre est un peu moins soigné ses cheveux décolorés en gris sont dans un bordel pas possible, il porte un pantalon noir troué, mais probablement pas exprès, des baskets usées jusqu'à la moelle et un haut de survêtement blanc et bleu.

–Vous voulez pas y réfléchir un peu ? Dit Darcy. Je veux dire, je suis contente que l'endroit vous plaise, vous méprenez pas, mais faudrait pas que ce bouffon devienne un inconvénient.

–Merci beaucoup, Darcy, dit Clint. C'est pas toi qui m'a presque obligé à accepter de vivre ici ? Sinon c'est pas nécessaire, hein.

–Ca ira, je pense, dit la jeune fille. T'en penses quoi ?

Le garçon acquiesce il tape du pied frénétiquement.

–Ca me semble bon, dit-il.

–Je me sens responsable, dit Darcy. Si Clint commence à faire des trucs bizarres et que vous avez signé trop vite parce que je vous en ai pas empêché, hein ?

–Tu me connais depuis cinq ans, merde, grogne Clint.

–Je vais chercher les papiers, du coup, fait Darcy. Faites connaissance. Si vous avez pas changé d'avis dans cinq minutes je vous autorise à rester.

Et puis Darcy sort de l'appartement, laissant Clint et les deux jeunes seuls dans ce grand espace vide aux murs blanc cassé. Il y a un silence de quelques secondes avant que la fille lui tende une main au poignet couvert de bracelets argentés.

–Je m'appelle Wanda, dit-elle, et Clint serre sa main.

Les bagues sont froides contre sa peau.

–Mon frère Pietro, dit-elle en désignant le gars qui serre à son tour la main de Clint.

Oh. Frère et soeur. Bien.

–Tu pensais qu'on était ensemble, hein, fait Pietro avec un demi-sourire.

–Pietro ! S'exclame Wanda. C'est de la triche si tu dis ça comme ça. C'était suggestif.

–Tu lui as dit quasiment tout de suite que j'étais ton frère parce que t'avais peur de perdre.

–Pardon mais quoi ? Fait Clint.

–Si quelqu'un croit d'abord qu'on est en couple, je gagne, explique le frère. Si la personne avait compris qu'on était jumeaux, ou juste frère et soeur, elle gagne.

–Ca se tient, fait Clint.

–Je suis sûre que tu t'es teint les cheveux juste pour qu'on se ressemble moins et avoir plus de chances de gagner, fait Wanda.

–Alors ? Demande Pietro. Couple ou jumeaux ?

–Couple, j'avoue.

–HA !

–Mais par pitié, dites-moi que c'est pas les deux.

Wanda rit doucement derrière sa main. Pietro savoure sa victoire.

–Non, je te rassure, dit la soeur.

–Ca fait trois contre un pour moi ce mois-ci.

Bon Dieu, ce sont vraiment des gosses. Clint va se sentir encore plus vieux.

–Qu'est-ce que vous venez faire ici, du coup ?

–Le plan à la base c'était de trouver un job chez nous jusqu'à ce qu'on soit capables de se payer un appartement, dit Wanda. Et puis Pietro a joué au loto pas trop sérieusement, mais il a gagné. Alors on est venus s'installer en Amérique pour y faire nos études.

–Cool. Mais on est en plein milieu de l'année scolaire, nan ?

–Ouais, fait Pietro. Je suppose qu'on va devoir trouver un job en attendant. Histoire de pas dilapider l'argent tout de suite, quand même.

–Sales jeunes.

Clint sourit. Pietro et Wanda aussi.

–Bon alors les enfants, dit Darcy en revenant. Décidés ?

Pietro et Wanda signent.


–T'es sûr que c'est ici ? Fait Natasha.

–La dernière fois que je l'ai vue, en tout cas, c'était là, fait Peter.

Natasha inspecte le bâtiment, perplexe. Le bâtiment et puis tous les alentours, d'ailleurs. Hell's Kitchen.

–Si elle est si douée que ça, comment ça se fait qu'elle soit pas employée par une grosse agence ou quelque chose comme ça ?

Il n'y a pas vraiment de mépris dans sa voix, juste de la curiosité. A vrai dire, Natasha n'est pas du genre à juger qui que ce soit elle été dans une position suffisamment mauvaise à un moment de sa vie pour ça. Elle se frotte les bras. Il fait froid. Elle n'a fait que remplacer son pantalon de sport par un jean et mettre une veste beaucoup trop fine pour le temps qu'il fait.

–C'est pas son genre, dit Peter.

–Tant mieux, dit Natasha.

L'intérieur de l'immeuble est encore pire que la façade. Les portes ont l'air de tout juste tenir le coup, le papier peint semble avoir vécu beaucoup trop, le parquet craque à chaque pas, et l'ascenseur a une odeur un peu bizarre et impossible à identifier – le type dedans aussi, d'ailleurs. Il semble être sur le point de s'endormir debout et quand il leur dit bonjour, on dirait à peine un mot. Ils répondent tous les deux, par politesse. Le type descend au même étage qu'eux et peine à marcher jusqu'à la porte de son appartement. Natasha et Peter passent devant lui alors qu'il semble avoir beaucoup trop de mal à mettre la clé dans la serrure.

–Tiens, elle a enfin changé la porte, dit Peter. Elle avait cassé le verrou. Je crois qu'elle a vécu deux ans sans fermer sa porte.

Sur le verre fumé de la porte, on peut lire « Alias Investigations ». Natasha se demande quel genre de femme survit deux ans sans verrou à Hell's Kitchen. Elle s'imagine, un peu contre son gré, une espèce d'ancienne championne de boxe quarantenaire de deux mètres, des biceps musclés dépassant de son débardeur, si impressionnante qu'aucun homme n'aurait osé tenter de lui faire du mal, mais c'est quand même un bon ramassis de clichés, alors elle se retient.

Et lorsqu'elle ouvre, Natasha observe que la fille n'a en effet pas vraiment ce genre de carrure. C'est une femme de petite taille et aux membres fins. Les cheveux noirs pétrole, les traits fins mais l'expression peu accueillante, à peu près le même âge qu'elle. Natasha ne se trompait pas sur le débardeur et les bras musclés, ceci dit.

–Peter ? Fait la fille, son expression blasée prenant un air de surprise.

–Yo, fait Peter. T'as une vraie porte, c'est bien.

–Ouais, Trish a tenu à m'en payer une nouvelle. Quand bien même je lui avais rien demandé.

Peter et Natasha rentrent dans l'appartement.

La fille les fait rentrer dans l'appartement. Un peu plus loin, Natasha aperçoit le cadavre d'une bouteille de bourbon.

–Comment tu vas ? Fait la brune en s'appuyant dos à son bureau.

Le meuble est étonnamment organisé par rapport au reste de ce qu'on peut voir de l'appartement. Il y a un autre cadavre de bouteille derrière.

–Moi pas trop mal, dit Peter. Mais pour le reste, justement, c'est un peu le bordel. C'est un peu pour ça que je viens. Parce qu'on aurait besoin que tu trouves quelqu'un.

Et puis il rajoute :

–Désolé de pas avoir donné de nouvelles plus tôt.

–C'est normal, dit-elle. La vit suit son cours, tout ça.

Elle fait le tour du bureau et prend place sur sa chaise.

–Asseyez-vous, du coup.

Il y a quelque chose sur son visage, sous ses paupières, dans le timbre de sa voix, qui dit à Natasha de faire confiance à cette fille. Peut-être parce qu'à peut-être trente ans, elle a l'air aussi marqué par la vie et ses merdes qu'elle, elle l'a été. Peut-être parce qu'elle a vécu sans verrou sans rien à demander à personne, parce qu'elle savait que personne ne la lui ferait plus.

–Bon, pour commencer, fait Peter. Je te présente Natasha.

Natasha échange un regard avec elle. Elle n'a pas encore prononcé un seul mot depuis que l'autre a ouvert la porte.

Elle est comme elle.

–Natasha, c'est Jessica Jones.