Bonjour à tous, et bonne année 2013 ! X) J'ignore si vous avez été aussi occupés que moi, mais en tout cas je suis crevée perso. Sinon, en fin de compte, je reviens à l'utilisation des smileys. C'est vrai que ça me rend plus confortable XD.
Il y en a plusieurs qui m'ont parlé de la fanfic Les Portes où un personnage s'appelle Aurora Dawn. Eh bien... c'est pas fait exprès. J'ai jamais lu la fic (en fait j'en lis zéro de Harry Potter), donc... Elles auront le même nom et voilà tout. C'est la vie. ^^
Aloooooors, voici la première Moisson ! Cette tribut a été créée par moi-même et Ljay Odair, parce qu'on la voulait absolument. Je sais, je sais. C'est de la triche, nous avons toutes les deux déjà fait un tribut chacune. Mais... Bah voilà, il nous la fallait. Je crois que vous comprendrez facilement pourquoi. J'espère qu'elle vous plaira et que vous laisserez une petite review pour vous exprimer :) Le deuxième chapitre sera posté le 6 janvier ! Sinon, l'hôte a été créé par Ljay et la mentor par Svejtlana (on ne verra pas grand chose d'elle, mais bon, ça viendra plus tard ^^).
Merci à tous de vos reviews sur le prologue, elles m'ont fait extrêmement plaisir. Je vous aime ! *grosses bises sur les deux joues*
Kayla7 : TT^TT Tous ses compliments... Merci de ta review ! Je suis très heureuse de te revoir pour cette aventure. Moi aussi, j'aime Kerberos... *fangirling sur son propre personnage*
Hana : Gosh, merci ! *-* Ta review était trop gentille. Je sais vraiment heureuse que ce prologue t'aies plu :D Je crois que tu n'es pas la seule qui a hâte de voir Wren comme mentor, XD. Bonne année à toi aussi ! (même si je l'ai souhaité plus haut... détail, détail...)
Maryn : Une nouvelle revieweuse \o/ Merci d'avoir laissé ta trace :D Je ne t'en veux pas pour Survivre, il n'est jamais trop tard pour commencer... *clin d'œil invitant*. Aurora a été créée sur un coup de tête en fait. L'idée de me séparer d'Amber Dawn était trop difficile, et l'illumination m'est venue... XD Bref, j'espère avoir de tes nouvelles avec ce chapitre ! ^^
Solene : Merci de ta review ! :D Voui, moi j'étais un peu déçue qu'il n'y ait pas de Jeux du Capitole à la fin du tome 3, en fait. En même temps, j'imagine que Collins voulait une fin heureuse. Moi j'aime quand ça fini mal, XD. Sinon, je suis bien contente que tu souhaites être sponsor, j'ai hâte de savoir qui seront tes chouchous !
Un gros merci à mes deux bêtas-readeurs, D. Would et Ljay, qui me supportent et me conseillent dans l'écriture de cette fic. Love you girls.
En parlant de D. Would, elle a posté le premier chapitre de sa fic sur les Hunger Games, Rédemption : 12e Jeux du Capitole. Si vous avez le temps, je vous conseille d'aller la lire, elle en vaut la peine :3 (j'ai eu la chance de lire ses chapitres au fur et à mesure qu'elle les écrivait :D). Vous pouvez la trouver dans mes favoris :)
Enjoy !
MOISSON DU SECTEUR UN
Une garce déterminée
Aïvy Kirane Snow, 18 ans, Secteur 1
– Enfants du Capitole, montrons aux Districts comment on fête ça, des Hunger Games ! hurlai-je au micro.
Des cris et sifflements me répondent avec enthousiasme et je hausse le son de la guitare électrique dans un solo endiablé. Fermant les yeux un instant, je laisse la musique m'envelopper. Tapant du pied au rythme de la basse, je replace les écouteurs sur mes oreilles et me concentre à nouveau. Ouvrant les yeux, la marée humaine me submerge.
Les corps collés les uns contre les autres bougent au rythme de mes compositions en des danses suaves. L'immense entrepôt plongé dans le noir – sauf pour les quelques lumières fluorescentes et la lueur de mon matériel de mixage – vibre littéralement sous le bruit de ma musique. Je souris fièrement. Si seulement tous ces gens savaient qui est la célèbre DJ L. Mon masque de lapin cache la moitié de mon visage, comme chaque fois que je fais une apparition dans les boîtes de nuit. Parce que la petite fille de Snow qui traîne dans les quartiers pauvres du Capitole ? Quelle blague.
Je ricane sous ma barbe. Sous ma barbe. Quelle drôle d'expression – en particulier quand on n'en a pas. Au fond de la salle, je peux voir le Thrax qui attend patiemment, appuyé contre un mur. Les jeunes l'évitent soigneusement, se demandant ce qu'un membre de l'autorité rebelle peut bien faire là. Ma famille entière, m'incluant, est sous surveillance vingt-quatre sur vingt-quatre depuis l'Embrasement. Nous faisons partie des « facteurs à risque », comme ils disent, susceptibles de provoquer notre propre rébellion.
Ils n'ont pas tort. Je ne sais pas pour mes parents, mais j'ai pour ma part l'intention de reprendre le contrôle du Capitole. C'est ce que mon grand-père voudrait, et je dois honorer sa mémoire.
Je secoue la tête. Ce soir est un temps de fête. Mon dernier moment à peu près libre. Car demain sont les Moissons, et s'il y a une seule personne dont le tirage au sort sera truqué, c'est bien moi. Comment peuvent-ils ne pas mettre la petite fille de Snow dans les Jeux du Capitole ?
– L !
Je baisse la tête et aperçois Delan qui me sourit. Fane est à côté de lui, apparemment mal à l'aise. Il n'a jamais aimé les foules, celui-là. Je ne comprends pas trop pourquoi, moi je les adore pourtant. Mais il a toujours été du genre timide. Je les salue avec enthousiasme, descendant de ma plateforme. Aussitôt un autre DJ avide de se faire connaître me remplace. Grâce à moi les salles se remplissent, et c'est alors l'occasion pour des petits nouveaux d'acquérir des fans en faisant leur numéro, quand tout le monde est encore là.
– Mes amo-o-ours ! m'exclamai-je avec joie, sautant dans les bras de mes deux amis.
Je sais que notre trio détonne, en ce moment. Les rumeurs courent déjà que DJ L. est une fille de riche à cause de mon apparence. Ma peau arbore des nuances de bleu et violet allant jusqu'au rose dans des dégradés, le tout embelli par des strass aux reflets métalliques argentés formant une traînée de mon cou à mon épaule gauche. Mes cheveux au niveau de la nuque sont de couleurs aux teintes pastel en un fondu violet, rose et bleu. Sans oublier mes oreilles blanches de lapin au dessus de ma tête, qui ne servent que de décorations, mes yeux bleus de glace et mes pupilles décorées de pépites saphir. Et puis mes lèvres roses, dans un ton pastel encore, et de petits diamants incrustés là où j'avais auparavant des tâches de rousseurs. Cela crie une fille à son papa qui peut se permettre des extravagances. Delan n'aide pas à changer cette réputation, avec ses cheveux faits d'or et ses yeux jaunes étincelant !
Fane grogne légèrement et me soulève pour me reposer loin de lui sans le moindre effort. Non seulement il est une vraie armoire à glace, mais du haut de mon mètre cinquante-cinq, je ne suis pas très imposante. Delan quant à lui me serre un peu plus longtemps que nécessaire, mais dans mon état de semi-ébriété, ce n'est pas pour me déplaire.
– Êtes-vous prêts à faire la fête comme si c'était la fin du monde ?! m'écriai-je, débordante d'enthousiasme.
Delan hoche la tête et me prend par la taille, me faisant tourbillonner à travers l'immense entrepôt. Je glousse avec gaieté, m'accrochant à son cou. Même sans l'entendre, je sais que Fane soupire lourdement. Je me tourne vers lui, le forçant à baisser son visage à ma hauteur, et dépose un baiser bruyant sur sa joue.
– C'est pas le moment de se morfondre mon vieux ! C'est le moment de S'ÉCLATER !
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Je l'ai encore fait.
Baissant les yeux, j'observe la forme nue endormie à côté de moi. J'ai besoin d'une cigarette. Arrachant le drap du corps de Delan sans ménagement, je m'y enroule, cachant ma propre nudité autant que possible. Il grogne, enfonçant son visage dans l'oreiller. Avec un soupir, je fouille parmi mes affaires, trouvant enfin l'objet désiré.
Je ferme les yeux en prenant une bouffée. Que s'est-il passé hier déjà ? On fêtait notre dernier soir de liberté avant les Moissons. Delan et Fane sont venus... Je me suis soûlée...
Et bien sûr j'ai couché avec Delan.
Je soupire à nouveau. Et je m'étais promise que je ne recommencerais plus il y a deux semaines de ça ! Fane ne sera pas fier de moi. Une fois ma cigarette terminée, je m'habille en vitesse, me préoccupant peu du bruit que je pourrais faire. J'enfile l'un de mes larges chandails en laine, blanc celui-ci, qui m'arrive à la mie-cuisse et une jupe pas beaucoup plus longue. Durant les Hunger Games des Districts, ils devaient mettre leurs plus beaux vêtements. Mais je refuse de suivre les règles. Mes habits de tous les jours sont tout ce qu'ils verront.
Finalement, je donne un léger coup de pied à Delan.
– Debout fainéant ! C'est un gra-a-and jour ! m'exclamai-je, avec mauvaise humeur.
Il grogne derechef et s'assied lentement en se frottant les yeux.
– Mmh ?
– Habille-toi un peu, veux-tu ?
– Passé une bonne nuit ? me demande-t-il avec un sourire coquin.
– On ne se remet pas ensemble, répondis-je d'un ton catégorique, allant droit au but.
– Quoi ? Mais hier tu m'as dit que j'étais l'amour de ta vie !
– Le moi d'hier pensait que tu étais l'amour de sa vie, mais le moi d'aujourd'hui pense que tu es un peu trop nu à son goût !
Il se lève, nullement gêné, et se dirige vers la salle de bain après un petit clin d'œil. Je retiens un troisième soupir. J'entends les bruits de la douche et baisse les yeux sur mon propre corps. J'aurais dû prendre une douche aussi avant de m'habiller. Peu importe.
Je passe une main dans mes cheveux ébouriffés et descends dans la cuisine. Delan et moi avons eu cette conversation tant de fois qu'il est impossible de les compter. Depuis cinq ans, nous nous sommes séparés souvent, pour inévitablement nous remettre ensemble. Je ne sais même plus si je suis amoureuse de lui, c'est simplement devenu naturel que nous ayons ce genre de relation. Heureusement, maintenant nous n'avons plus de crises de larmes et d'insultes. Nous avons décidé de le prendre comme ça vient. J'ai beau me promettre à chaque fois que c'est définitivement terminé entre nous, je sais que quelques mois plus tard nous serons à nouveau ensemble.
Mes deux parents sont déjà présents. Jetant un coup d'œil par la fenêtre, je constate que les Thraxs sont ici également. Il y en a plus qu'hier, ils doivent craindre que je tente de m'enfuir avant la Moisson. Ça ne fait que renforcer ma conviction que je vais être tribut.
– Bon matin ! m'exclamai-je en passant l'encadrement de la porte.
Ma mère tente de couper des fruits avec maladresse et m'adresse un petit sourire timide. Depuis la rébellion, nous n'avons bien sûr plus de Muets pour nous servir. La pauvre, elle qui n'a jamais eu à cuisiner une seule fois dans sa vie, elle doit maintenant le faire tous les jours. Ses cheveux d'un rose foireux sont attachés en chignon lâche, mais pour le reste elle est habillée comme si elle se rendait à la soirée du siècle. Sur ses oreilles de lutins, elle a accroché de nombreuses boucles d'oreilles en or. Et bien sûr, son maquillage est mis à la perfection.
– Bonjour Aïvy ! Bien dormi ? J'ai cru entendre que Delan était là… me glisse-t-elle avec un clin d'œil entendu.
Je hoche la tête, m'asseyant en face de mon père, qui lève à peine les yeux de son assiette. Prenant une tranche de pain à moitié brûlée, je mâche lentement.
– Tu sais maman, les gens disent qu'avec de la pratique, on peut toujours s'améliorer. Mais franchement, je crois que tu devrais arrêter de cuisiner, dis-je calmement.
Elle me tire la langue, abandonnant le couteau.
– Sois plus polie, Aïvy, intervient mon père.
– Oui papa… Entendu papa. Alors, comment était ta soirée ? demandai-je en me tournant vers ma mère.
– Fan-tas-tique, s'exclame-t-elle avec enthousiasme, me racontant tout en détail.
Je l'écoute distraitement, contente de voir qu'elle n'est pas trop inquiète. Elle est du genre à avoir des sautes d'humeur assez intenses. J'aurais cru qu'elle prendrait mal la Moisson, mais c'est vrai qu'elle est plutôt naïve. Contrairement à moi ou mon père, elle ne doit pas se douter que je risque très fortement d'être tirée au sort.
Elle est encore plus instable depuis qu'elle a fait un séjour en prison avec papa. J'y ai échappé car je suis mineure, mais tous les proches de Snow y ont eu droit. Ils y sont seulement restés deux mois – contrairement à d'autres, mes parents n'ont pas vraiment participé à la rébellion, en particulier maman, qui n'a jamais participé à la politique de sa vie. Papa, en tant que président de la cour de Justice est un peu plus impliqué, mais il n'a rien fait de majeur concernant l'Embrasement.
– Dis chéri, demande ma mère en se tournant vers son mari, j'aimerais être sponsor cette année. Je peux ? Il faut aider les pauvres enfants autant qu'on le peut, n'est-ce pas ?
– Je verrai ce qu'on peut faire, réponds mon père en me lançant un regard appuyé. Tu sais bien que les Districts ont saisi la plupart de nos acquis.
Toutes les familles riches ont subis le même sort. Ils nous ont laissé nos maisons, mais ont pris la plupart de nos meubles, bijoux, vêtements, etc., ainsi que cinquante pour cent de notre argent. Notre immense villa est maintenant vide de mobilier sauf l'essentiel. C'est une drôle de vision.
– Vous avez intérêt à me sponsoriser si je suis tribut ! dis-je d'une voix désinvolte.
Ma mère laisse tomber sa fourchette et ses yeux se remplissent de larmes.
– Mais ça ne va pas arriver, bien sûr ! m'exclamai-je en essayant de me rattraper.
– Oui, ne t'en fais pas chérie. Aïvy va être saine et sauve, ajoute mon père doucement.
La porte de la cuisine s'ouvre en grand et Delan fait son entrée avec un énorme sourire.
– Bon matin à tous !
Il remarque à peine l'atmosphère tendue et s'assied à côté de moi après avoir déposé une bise sur la joue de ma mère. Se servant une assiette bien remplie, il s'y attaque voracement. Sa main glisse subtilement sur ma cuisse et je la pince sans pitié en lui lançant un regard noir.
– Bas les pattes. On n'est pas ensemble.
– Quoi ?! Après la nuit qu'on vient de passer ?
– Oh ! Je veux les détails ! dit ma mère en séchant ses larmes avec un reniflement, heureuse à nouveau.
– Maman !
– Chérie !
Delan éclate de rire et enfourne une énorme bouchée.
– Je croyais que vous sortiez ensemble en ce moment ? demande ma mère avec une moue déçue.
– Pas depuis deux semaines !
– Mais il est sans arrêt à la maison !
– Parce qu'il est mon ami, c'est tout ! me défendis-je tant bien que mal.
– Un ami avec qui tu couches ?
Oh et puis pourquoi je tente de discuter avec eux ? Dans quelques heures, ça n'aura pas grande importance, avec qui je sors et avec qui je couche. Ma tristesse doit se voir sur mon visage, car mon père me fait un sourire encourageant et Delan s'empare de ma main. Il ne manquerait plus que Fane et ce serait un instant parfait.
– Je vous aime, lâchai-je brusquement, envahie par l'émotion du moment.
– Moi aussi je t'aime, Aïvy ! crie ma mère en me prenant dans ses bras.
Delan nous étreint toutes les deux en riant et mon père regarde la scène, amusé. Je crois apercevoir une larme au coin de ses yeux. Je me détache d'eux et prends une grande inspiration.
– J'ai besoin de me défouler !
– Oh, tu vas boxer ? Je peux venir ? implore Delan en me faisant de grands yeux.
Il dit qu'il me trouve sexy quand je me bats. Je hausse les épaules et lui fais signe de me suivre.
– On se revoit à la Moisson ! dis-je par-dessus mon épaule.
Ouvrant la porte d'entrée, je suis aussitôt flanquée par un Thrax à l'expression morne. Je lui lance un regard haineux. Je déteste les rebelles, tous autant qu'ils sont. Mon grand-père était un homme bon, il ne pensait qu'au bien de son peuple. À cause d'eux, les habitants du Capitole souffrent. Et aujourd'hui ont lieu les Moissons d'une punition que nous ne méritons même pas.
Quand je reprendrai les rênes du pouvoir, je n'aurai aucune pitié pour les Districts.
Les rues du Capitole sont occupées, surtout dans mon coin. Il y a de nombreuses maisons qui ont été détruites par les bombardements et les reconstructions vont bon train, même en ce matin de Moisson. Mais les airs sont graves. Les Thraxs sont placés un peu partout pour garder « le calme et l'ordre, afin tout que tout se déroule de façon pacifique et civilisé pour cet événement festif », comme l'a si bien expliqué notre nouvelle présidente.
Je grince des dents et Delan me lance un regard compatissant. Nous arrivons bientôt au gymnase, qui est presque vide. Mais au fond, j'aperçois Fane qui s'entraîne, ses vêtements déjà mouillés de sueur. Je cours vers lui, sautant sur son dos et m'accrochant à son cou.
– Comment ça va mon vieux ?!
Il me déloge d'un mouvement d'épaule avec une grimace.
– T'es venue t'entraîner ?
– J'ai de l'énergie à dépenser !
– Et toi ? demande-t-il à Delan.
– Juste tenir compagnie.
– Quoi, tu veux pas t'entraîner avec moi ? m'exclamai-je avec un sourire menaçant.
– Non merci, ça va aller !
J'éclate de rire et enlève mon chandail. Être en jupe n'est pas l'idéal, mais ça ira pour ce matin. Je fais un signe de l'index à Fane et il me suit docilement jusque sur le ring. Nous avons tous les deux commencé la boxe à douze ans – mon grand-père voulait que je sache me défendre, en cas d'enlèvement – et c'est dans ce gymnase que nous nous sommes rencontrés. Delan, je le connais depuis l'enfance. Nos parents sont de bons amis.
– Prêt ?
Il hoche la tête et je l'attaque sans attendre. Il est beaucoup plus grand que moi, mais j'ai la rapidité de mon côté. Et puis je n'hésite pas à utiliser des coups bas. Enfin, sauf en dessous de la ceinture pour Fane, il est tout de même mon ami. Je ne voudrais pas le rendre infertile. Je ricane, distraite à cette l'idée, et il en profite pour me faire un croche-pied.
Nous nous battons ainsi quelques minutes, sous les encouragements de Delan, jusqu'à ce que l'armoire à glace s'effondre au sol, trop essoufflé. Je glousse avec satisfaction et l'aide à se relever.
– Et encore une victoire pour moi !
– Comment tu fais pour ne jamais te fatiguer ? demande-t-il en reprenant son souffle.
– Je suis naturellement droguée à la caféine, tu savais pas ? Et de toute manière, t'es sûr que c'est pas toi qui manque d'énergie ?
Du coin de l'œil, je vois le Thrax qui nous regarde avec intérêt.
– Hey toi ! Tu veux t'essayer contre moi ? lui demandai-je d'une voix forte.
Il pointe son torse, l'air surpris, et j'acquiesce. Delan secoue la tête négativement pour me faire comprendre que c'est une mauvaise idée et Fane lève les yeux au ciel, s'asseyant dans un coin pour se reposer. L'homme s'avance avec hésitation et se hisse dans la petite arène. Je lui tends les gants de Fane et il retire son casque protecteur que tous les Thraxs portent.
– Tu ferais mieux de ne pas me sous-estimer ! le préviens-je avec un sourire féroce.
– Toi de même, répond-il d'une voix grave.
Nous commençons le combat lentement, chacun jaugeant l'adversaire. Puis nous accélérons le rythme, échangeant coup sur coup. Il ne semble pas très à l'aise dans la discipline, mais il a manifestement appris à bien se battre, et c'est grâce à cela qu'il reste à égalité contre moi.
Mais dès que je vois l'occasion je la prends et lui assène un puissant cou de pied entre les jambes. Il se plie en deux avec un pitoyable gémissement et je descends du ring aussitôt, m'emparant des mains de mes deux meilleurs amis – sans oublier mon chandail – pour m'enfuir en courant.
– Enfin débarrassée de ce connard ! m'écriai-je en riant, une fois loin du gymnase.
Delan se laisse tomber au sol, soufflant comme un bœuf et Fane m'envoie un regard meurtrier.
– Tu te rends compte de ce que tu viens de faire ? Maintenant tous les Thraxs vont être à ta recherche !
– Rendons-leur la tâche facile alors. Suffit d'aller à la Moisson, puisque c'est ce qu'ils veulent de moi, dis-je, désinvolte. Oh, ne me regardez pas comme ça. Ils doivent s'ennuyer à mort, à me suivre partout. Je leur donne un peu d'action au moins ! On y va ?
– Tu es folle. Absolument et totalement folle, marmonne Delan, se relevant enfin.
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Des Thraxs m'encadrent dès que je mets les pieds dans la place aménagée pour la Moisson. Je leur fais un petit salut de la main amicale et l'un d'eux me lance un regard meurtrier. Je peux sentir qu'ils aimeraient bien me punir sévèrement, mais ce n'est ni l'endroit ni le temps.
Les jeunes sont en file pour se faire enregistrer. La Moisson se déroule dans un terrain vide qui était auparavant une villa semblable à la mienne, et qui a été aménagé expressément pour cette occasion. Depuis un an, je passe devant pour me rendre à l'école. Et chaque fois, je peux me préparer un peu plus à l'idée d'être tribut.
Je crois apercevoir mes parents au loin, eux aussi escortés, bien entendu. Fane, Delan et moi nous mettons en ligne tranquillement. Afin de me changer les idées, je discute de tout et de rien avec Delan – Fane est stoïquement silencieux comme à son habitude. Je sais qu'on me regarde de travers pour ma bonne humeur en ce jour de deuil, mais j'ai eu un an complet pour accepter mon sort. On peut dire que je suis pessimiste, mais je préfère dire que je suis réaliste.
Quand c'est enfin mon tour, ils prennent un peu de mon sang et enregistrent mon nom dans le petit recenseur électronique. Je grimace à la piqûre et fais exprès de bouger mon doigt au dernier moment pour que la goutte tombe à côté. Delan a un soupir exaspéré et prend lui-même mon doigt pour déposer le sang correctement. Puis me prenant la main, il me traîne dans la section des dix-huit ans, délimitée par une simple corde blanche.
Cette année, les sections sont mixtes. Elles vont de douze à dix-huit ans, mais les garçons et les filles peuvent être ensembles. C'est Peeta Mellark qui a fait cette demande, afin que les amis de mêmes âges puissent se soutenir mutuellement plutôt que seulement se lancer des regards de loin. Je suis bien contente de cela. J'ignore pourquoi, mais je n'ai pas d'amies filles. Pourtant, il me semble que je suis plutôt sympathique ?
La place se remplit lentement, et à côté de la scène, notre hôte discute joyeusement avec les journalistes. Alexander Moenkhausia; il s'occupait toujours du District Un avant. Maman m'a dit une fois qu'il a obtenu ce poste grâce à sa mère qui est une grande spécialiste des intrigues et petits accords entre… amis hauts placés, disons.
Comme à chacune de ses apparitions officielles, il est torse nu. De ce que j'ai compris, il est très fier de son corps. Les femmes tombent non seulement amoureuses de ses yeux aux nuances vertes changeantes allant de l'émeraude au turquoise – sans compter les éclats d'or dans ses iris –, de ses cheveux bruns foncés mi-longs toujours coiffés comme s'il sortait d'une folle nuit d'amour, de sa peau hâlée respirant la santé et de ses muscles bien définis. Mais en plus, il arbore sur son torse un tatouage en arabesque qui se dessine et s'efface inlassablement, et dans son dos une plante qui prend naissance au creux de ses reins et grandit jusqu'à ses épaules, mourant le soir venu. Sans oublier le voile de poudre dorée qu'il met sur ses paupières et qui s'épaissit tout au long de la journée.
C'est ma mère qui m'a racontée tous ses détails. Elle est une véritable fan. Comme elle était heureuse quand elle a appris qu'il s'occuperait du Secteur Un…
Aujourd'hui, il porte un simple pantalon blanc moulant, et certaines des filles autour de moi le dévore des yeux, en arrivant à oublier leur terreur d'être tirée au sort. Je ne vois pas ce qu'il a de si fameux. D'accord, il a un sourire éclatant et il sait mettre son corps en valeur, mais il n'y a pas de quoi perdre la tête comme ma mère le fait chaque fois qu'elle le voit.
C'est enfin l'heure. Malgré moi, je sens un frisson me parcourir et me blottis dans les bras de Delan. Nous ne sommes pas ensemble, mais un peu de compagnie fait toujours du bien. Fane est à ma gauche, et dans un geste inusité, s'empare de ma main. Je lui souris avec reconnaissance et il me retourne le geste. Nous savons tous les deux ce qui s'en vient.
Il y a deux semaines, il m'a dit qu'il se porterait volontaire. Pour moi. Mais j'ai refusé. Je ne veux pas être responsable de la mort d'un ami, il n'en ait pas question. D'ailleurs, je refuse être responsable de la mort d'un quelconque enfant du Capitole. Je vais gagner les Jeux, et cela sans tuer un seul autre tribut. Parce que le vrai ennemi, ce sont les Districts.
Alexander monte sur scène dans un enthousiasme aberrant, alors qu'il s'apprête à sélectionner deux enfants de sa propre ville pour être tués. Nous n'avons pas de maire, puisque les Secteurs n'existaient pas auparavant, c'est donc lui qui s'occupe de prononcer le discours expliquant pourquoi les Jeux du Capitole ont lieux. Un tas d'inepties que je me refuse d'écouter.
Il présente ensuite la mentor du Secteur Un, Giuseppina Parker. Elle incline la tête avec rigidité, les sourcils froncés. Je ne me souviens plus exactement dans quels Jeux elle a participé, mais il me semble que c'était autour des soixantièmes. À la voir ainsi, elle ne semble pas être une mentor bien sympathique.
– Enfants du Capitole… Puisse le sort vous être favorable ! s'exclame Alexander d'une voix forte.
Il s'avance vers les deux grands bols de verre qui trônent sur la scène depuis le début, et plonge sa main dans celui de gauche avec un clin d'œil aguicheur. Je retiens ma respiration, serrant la main de Fane si fort qu'il a un petit sursaut. S'il se contente de lire le papier, alors ça ne peut être que le hasard et je ne serai pas prise, mais si…
Voilà. L'hôte échappe le papier, qui virevolte un moment avant d'atterrir aux pieds de Giuseppina. Celle-ci recule et il se baisse pour le ramasser. Quand il se relève, je sais qu'il a changé le papier. Je ne l'ai pas vu, je n'ai aucune preuve, mais je sais. Il se remet au centre de la scène et je me détache de mes deux meilleurs amis avec un sourire rassurant. Je suis prête.
Alexander déplie cérémonieusement le petit papier, mais je ne lui laisse pas le temps de lire le nom.
– JE ME PORTE VOLONTAIRE ! m'écriai-je aussi fort que possible.
Des regards interdits se tournent vers moi. Personne ne croyait qu'un enfant du Capitole pourrait possiblement se porter volontaire aux Hunger Games. Je m'avance en de longues enjambées, et d'un coup d'œil derrière moi, constate que Fane est en train de retenir Delan, les bras autour de sa taille.
– Sérieusement ? s'exclame l'hôte, pris par surprise.
– Sérieusement, confirmai-je en me plaçant à côté de lui. Aïvy Kirane Snow, dix-huit ans, continuai-je devant son air ébahi.
Il secoue la tête et affiche à nouveau un sourire.
– Panem, je vous présente notre premier tribut des Jeux du Capitole, une courageuse volontaire, Aïvy Kirane Snow !
Les applaudissements sont assourdissants. Les habitants du Capitole se croient peut-être encore dans les Hunger Games des Districts ? Ou peut-être est-ce leur façon de me supporter ? Mais au milieu des acclamations, j'entends distinctement le cri de désespoir de ma mère et me force à fixer Fane, le seul qui savait parfaitement ce qui approchait. Il est droit et rigide, son expression dure, mais il soutient mon regard courageusement.
Je sens les larmes monter, mais je les retiens, me frottant les doigts pour me calmer. Je sais que je dois être complètement rouge, c'est ainsi que je deviens quand je suis en colère. Et en ce moment, je suis enragée. Car les Districts m'ont forcée à faire ceci. Car vingt-trois enfants vont mourir par leur faute.
– L'heureux tribut masculin est… Ycare Goldblish ! dit Alexander, attirant mon attention.
Dans la section des dix-huit ans, le jeune homme sort et monte lentement sur scène, se plaçant à côté de moi avec un air surpris. Je le connais, il va dans la même école que moi. Il y a de nombreuses rumeurs plutôt désagréables à son propos, pourrait-on dire.
Malgré tout, c'est un enfant du Capitole, et je les aime tous. Je force donc un sourire sur mes lèvres à son attention qu'il retourne distraitement, par habitude plus qu'autre chose je crois. L'hôte s'extasie de notre réaction l'un à l'autre, mais je ne l'écoute plus. À nouveau, je regarde Fane.
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Ma mère est hystérique. Effondrée au sol, elle pleure, sanglote et crie en alternance. Après lui avoir déposé un baiser au front et murmuré un « je t'aime maman », je l'ignore pour me concentrer sur mon père. Il est blanc comme un linge, mais il garde le contrôle sur ses émotions, s'asseyant à côté de moi dans la spacieuse pièce où les Thraxs m'ont escortée pour les adieux.
– Tu peux survivre, Aïvy. Tu sais te battre mieux que quiconque.
– Oui, répondis-je simplement.
– Je t'aime ma fille. Et je suis fier de toi.
– Je sais. Je t'aime aussi. Occupe-toi bien de maman, d'accord ?
– Tu sais que tu n'as pas besoin de me le demander.
– Elle est un peu idiote, mais c'est une bonne mère, tu sais ?
– Je sais ma belle.
– Et tu es un bon père aussi, même si tu étais souvent absent.
– Tu ne mâches jamais tes mots, hein ? dit-il avec un petit rire qui ressemble presque à un sanglot.
– Tu me connais, répondis-je avec un sourire.
J'ai envie de pleurer, pourtant je me retiens encore. Ce soir est la parade, je ne peux pas pleurer avant que ça ne soit terminé.
– J'ai confiance en toi, Aïvy. Tu es forte.
Je hoche la tête.
– Si seulement je pouvais te sponsoriser… murmure-t-il avec une pointe de désespoir.
Quiconque du Capitole ou des Districts peut sponsoriser s'il le souhaite, mais il est interdit d'aider un membre de sa famille.
– Ne t'en fais pas, papa. Je vais probablement avoir des tonnes de sponsors !
Il y a un cognement à la porte signifiant la fin de la rencontre et mon père me prend dans ses bras. Je respire son odeur si propre et masculine avec un délice empli de mélancolie, puis le pousse vers ma mère. Il la ramasse et la traîne jusqu'à la porte, se tournant une dernière fois vers moi.
– N'oublie pas que tu portes le sang des Snow en toi. Nous sommes des vainqueurs, murmure-t-il avant de quitter la pièce.
Puis c'est au tour de Fane et Delan. Ce dernier m'embrasse fougueusement sans me laisser le temps de réagir et je peux goûter le salé de ses larmes sur ma langue.
– Reviens, ok ? T'as intérêt !
Je hoche la tête, muette. Moi qui dois toujours parler, pourtant.
– Gagne, me dit simplement Fane, me regardant droit dans les yeux.
