Et voici la troisième Moisson ! Cette fois, c'est le garçon en premier, créé par Aeringue. Un tribut bien intéressant, qui a plusieurs facettes différentes. J'avais plusieurs directions possibles à prendre avec lui, j'espère que mon choix sera le bon ^^'. J'ai bien hâte de savoir ce que vous en pensez ! :) L'hôte a été créé par moi, et la mentor par GoDistricts359 (quoiqu'elle va peut-être changer son pseudo ce coup-ci, XD)

Merci infiniment de vos reviews. Je suis maintenant à 79 avec seulement trois chapitres, c'est... wow, quoi. Je me sens trop chanceuse *-*

Alice Miku : Nouvelle lectrice ! \o/ Merci de ta review ^^ Je suis vraiment contente que tu aimes, j'espère que toute la lecture en vue ne va pas te décourager, c'est clair que Châtiés ne va pas être un OS XD.

Solene : Hey ! Merci de tes 3 reviews, XD. Et MERCI des reviews pour Survivre X) Je te suis grandement reconnaissante ! Sinon, c'est clair que la plupart d'entre nous sont des bisounours comparés à Ycare, mdr. Autre que ça, ben tu as répondu à ta propre question, alors... Mmh... Ah oui, je dois avouer que moi aussi j'ai lu Goldfish au début (désolé Ever-Lyo ^^'), je me suis rendue compte de mon erreur alors que j'avais presque fini d'écrire la Moisson, XD.

Maryn : Ah lala, tu l'aimes, mais alors, vraiment vraiment pas du tout XD. Moi je le trouve tellement détestable que j'en viens à l'adorer X). M'enfin, c'est vrai qu'il représente un peu tout ce qui est considérer de "mauvais", mdr. Tu vas voir, toi aussi tu vas apprendre à adorer le détester :P Merci d'avoir laisser un commentaire ! :3

Kayla7 : Merci de ta review X) En effet, ça n'a pas été très facile d'écrire Ycare, mais étonnement, ça a aussi été... plutôt plaisant comme expérience, XD. C'est quand même sympa de pouvoir insulter tout le monde, même si je ne le fais que dans l'écriture. ;)

Aurore : Yay ! Je fais connaissance avec une autre lectrice ! \o/ Merci de laisser ta trace, et j'espère que les Moissons vont continuer de te plaire ! :D (et puis tu t'appelles Aurore... C'est le contraire de mon nom, j'adore ! :3)

Hana : Ha ça, c'est vrai qu'Ycare est assez... Ycare. :P Merci de ta review ^^ Moi aussi je l'aime bien, alors peut-être qu'on est toutes les deux bizarres ? XD Et je suis contente que tu aimes Janik, il est très intéressant à écrire aussi ! (enfin, surtout la relation entre les deux)

Et bien entendu, merci à mes bêtas qui me supportent et m'aident toujours autant ! *cœur*

J'ignore quand le prochain chapitre va sortir car je suis débordée par les travaux, mais mon semestre se termine la semaine prochaine, et après je suis en vacance jusqu'au 11 février. Je pourrai donc me rattraper :)

Sinon, j'ai un petit message d'Ever-Lyo concernant Ycare ^^ : Oui, Ycare est affreux, mauvais, égoïste, mais il n'est que la face cachée du Capitole, l'incarnation des vices secrets gardés bien au chaud à l'abri derrière les murs pastels de la ville et les costumes flamboyants.

Bref, enjoy !


MOISSON DU SECTEUR DEUX

Un orgueilleux trouillard


Louarn Kelereen, 18 ans, Secteur 2

« Où serait le mérite, si les héros n'avaient jamais peur ? » Par Alphonse Daudet.

Cela veut-il dire que j'ai droit à ma peur ? Parce que ce matin, j'ai peur. Je suis effrayé, terrorisé, angoissé, épouvanté… Combien de mots existe-t-il pour exprimer cela ? Puisqu'il y en a plusieurs, cela veut dire que les êtres humains connaissent bien ce sentiment, qu'ils ont eu besoin de l'utiliser nombre de fois. Donc, peut-être ma peur est-elle justifiée ? Peut-être ai-je droit de la ressentir ?

Sauf qu'aux yeux des autres, ça signifie être faible.

Je décolle mon stylo du papier, contemplatif. La ville est silencieuse, à cette heure-ci. Ça me fait bizarre. Je ne suis habituellement jamais réveillé si tôt. Mais aujourd'hui est une exception. En fait, je n'ai pas dormi. Je ne pouvais tout simplement pas. Je ne pourrais l'avouer à personne, mais… J'ai peur d'être pigé, à la Moisson.

Une brise me caresse le visage et je ferme les yeux, me laissant balancer un peu plus dans le vide. Ma queue de reptile me retient fermement, enroulée autour du tuyau collé à gauche de la fenêtre. Bran dit que je suis fou, quand je fais ça. Mais j'ai la queue depuis quelques années maintenant, je sais parfaitement comment m'en servir. Et elle est très utile, parfois.

J'observe le petit carnet relié d'or qui trône sur mes genoux. Mon père me l'a offert pour mes dix-huit ans, il sait à quel point j'aime écrire ce qui me passe par la tête. Ça me permet de mettre de l'ordre dans mes idées. Depuis je le traîne partout sur moi.

Il y a un cognement à la porte et je manque de dégringoler du rebord de la fenêtre ouverte, me rattrapant au dernier moment. Bran passe la tête par l'encadrement de la porte, ses yeux se posant d'abord sur mon lit avec une expression surprise pour ensuite me trouver.

– Déjà réveillé ? Est-ce la fin du monde ?

– Très drôle. Je me sentais pas trop à dormir, c'est tout.

Il hoche la tête, l'air compréhensif, et me sourit doucement. C'est mon meilleur ami depuis mes quatorze ans. C'est grâce à lui que j'ai arrêté les drogues. Disons que tout n'allait pas très bien pour moi, à cette époque. Nous vivons maintenant ensemble dans un bel appartement, avec la permission de mon père. Je saute au bas de ma fenêtre et lui donne une bruyante claque dans le dos, descendant à la cuisine.

– Est-ce que ça va ? me demande-t-il avec inquiétude.

– Je sais que j'essaie toujours de dormir aussi longtemps que possible, mais ça m'arrive quand même parfois de…

– Non, ça ne t'arrive jamais. C'est la Moisson, rétorque-t-il calmement.

Je hausse les épaules en lui lançant un regard mécontent. Il semble toujours comprendre ce qui se passe dans ma tête, même quand je crois le cacher à la perfection. Je déteste paraître faible et c'est trop souvent le cas devant lui à mon goût.

– Juste une petite inquiétude de rien du tout. Ça va vite passer, le tirage n'est plus que dans deux heures. Je me demande qui nous aurons comme tributs, ça va être drôle si c'est Elric… sale connard, il le mérite bien…

Je continue de parler, faisant mine de rien, et il m'écoute d'une oreille attentive, comme toujours. C'est lui qui s'affaire dans la cuisine pour préparer le repas, je n'ai malheureusement aucun talent en ce domaine, et puisque je suis plutôt difficile sur ce que je mange, on s'est entendus qu'il devrait s'en occuper. Pour ma part, je fais le ménage. Avant la rébellion, nous avions des Muets pour cela. Mais en fin de compte, on s'en sort plutôt bien.

– Moi aussi j'ai peur, finit par m'interrompre Bran en s'asseyant en face de moi.

– Je n'ai pas peur, ok ?! m'exclamai-je furieusement.

– C'est toi qui le dis... Est-ce que tu vas voir ton père avant la Moisson ?

– Ça sert à rien d'aller chez lui, il y est presque jamais. Je pourrai peut-être le croiser juste avant, avec un peu de chance.

Mon père est l'un des organisateurs du biome de l'arène des Hunger Games. C'était son travail avant, et puisque ceux qui s'occupaient des Jeux avant sont forcés de le faire encore une fois, il y travaille depuis quelques mois sans repos. Je me demande bien ce qu'il fera, une fois que ce sera fini. J'imagine qu'il pourra travailler dans un autre domaine, il en a les capacités, mais peut-être pas la motivation. Ce qu'il fait le passionne, je crois que c'est très déprimant pour lui que ce soit sa dernière année. Un peu comme s'il va se retrouver à la retraite forcée.

– Et les tiens ? demandai-je à Bran en me servant une généreuse assiette.

Le grand noir hausse les épaules avec désinvolture. Il n'a jamais été très proche avec eux, en général il ne les voit que pour les soirées officielles où toute la famille doit être présente, ou encore durant des fêtes spéciales. Il fait comme si ça ne le préoccupe pas, mais je sais que ça le rend un peu triste.

– Ma mère m'a appelé hier, pour savoir combien de papiers j'ai dans le tirage.

Sept. Nous en avons tous les deux sept. Je crispe les poings, la peur me prenant à nouveau à la gorge.

– C'est tout ? dis-je en contrôlant de tremblement de ma voix.

– Elle m'a dit de ne pas lui faire honte.

Je reste silencieux, ne sachant trop quoi lui dire. Je me suis toujours bien entendu avec mon père, ma vie de famille a été plutôt normale. Bon, si on oublie le fait que ma mère nous a abandonnés pour un autre type quand j'étais petit sans une once d'hésitation. Mais je m'en fous, je l'ai à peine connue.

– J'ai pensé qu'on pourrait passer chez Keuz, avant la Moisson. Voir comment elle va, tu sais ? lance Bran d'un ton désinvolte, mettant fin au silence.

Je me retiens de toutes mes forces de lever les yeux avec excitation et fais un petit assentiment de la tête, comme si ce n'est pas très important pour moi.

– T'as pas l'air très enthousiaste, on peut ne pas y aller aussi…

– Non ! dis-je en relevant la tête précipitamment. C'est, euh… C'est une bonne idée, oui.

Habituellement, les filles ne me préoccupent pas vraiment. Comme Bran le dirait si bien, je ne m'attache pas. Coucher avec, oui, mais aller plus loin, non merci. Je n'ai eu aucune vraie relation. Mais Keuz est différente, va savoir pourquoi. Elle n'est pas particulièrement belle, pourtant : ses yeux gris sont un peu ternes, sa peau est trop blanche, elle n'a pas vraiment de formes, et puis les plumes à la place de ses cheveux sont loin d'être attirantes.

Ça fait un an que je me tiens avec elle, et… Pour la première fois, je crois vraiment que je suis amoureux. Bran le sait parfaitement, c'est pour ça qu'il se moque de moi sans arrêt. Parce que je n'ose pas lui avouer mes sentiments. J'ai l'impression qu'elle me considère seulement comme un ami. Et il n'est pas question que je sois rejeté. Mon orgueil – foutu, foutu orgueil – ne me le permet pas.

– Je… Je vais me préparer… murmurai-je en me levant.

– C'est ça, va te faire beau, ricane Bran.

– Tu te moques de moi, là ? m'exclamai-je en l'attrapant par le collet avant de pouvoir m'arrêter.

Il se lève à son tour, me surplombant avec mon pauvre mètre soixante-douze sans difficulté. Je sais qu'il ne me ferait jamais mal, mais… Je le relâche immédiatement avec un sourire nerveux et quitte la pièce. Habituellement je peux me contrôler sans trop de problème avec Bran, après tout il n'est pas du genre provocateur, mais je dois avouer que j'ai un petit problème quand j'ai l'impression qu'on rit de moi. Ça m'a souvent mis dans des situations plutôt embêtantes. Heureusement, je suis aussi assez bon pour m'en sortir sans bagarre. Je n'aime pas me battre.

Je prends une douche rapide, puis attache mes cheveux roux et blancs en une tresse qui repose sur mon épaule droite. Mes yeux ambrés aux pupilles animales se reflètent dans le miroir et je prends une grande inspiration. Tout se passera bien, je ne serai pas tiré au sort. Bran et Keuz non plus. Tous les autres, je m'en fous de ce qui peut leur arriver. Juste nous trois… nous devons être sains et saufs.

J'attache des piercings verts aux coins de mes sourcils pour faire ressortir ceux-ci un peu plus en contraste avec ma peau rouge cuivrée. J'ajoute ceux à mes oreilles, des croix et des diamants pour aujourd'hui. Alors que j'observe le résultat, un tatouage apparaît dans mon cou, en forme d'étoile. Quelques secondes passent et il disparaît. Alexander Moenkhausia est le précurseur de cette mode des tatouages mouvants sur la peau, et je l'ai adopté depuis mes treize ans, adorant l'effet. Avec ça, je suis certain d'attirer les regards. Sans compter ma queue de reptile rouge qui est rattachée à ma colonne vertébrale, un membre à part entière de mon corps, maintenant.

– Louarn, t'es prêt ? crie Bran de l'étage d'en dessous.

– Presque !

J'enfile mes vêtements préférés, une veste en jean sans manche, que je laisse à moitié ouverte, et un pantalon en velours sombre. Je reste pieds nus, car c'est ainsi que je me sens le plus confortable, et m'élance au bas des marches. J'adresse des regards hautains aux passants qui m'observent de travers, faisant frapper ma queue sur le pavé pour leur faire peur. Ça fonctionne et un sourire carnassier apparaît sur mon visage.

Bran a un soupir amusé et me tire par l'épaule pour qu'on se rende chez Keuz. Ses parents tiennent un restaurant très réputé du Capitole, et ils vivent juste au-dessus, afin de leur faciliter la tâche pour préparer la nourriture tous les matins.

Dès qu'elle nous voit, Keuz nous fait à chacun un câlin affectueux, portant l'expression brave de quelqu'un qui a pleuré mais ne veut pas l'avouer. Elle a un caractère fort et comme moi elle déteste paraître faible, mais l'idée de se retrouver dans les Hunger Games… Un frisson me parcourt rien que d'y penser.

– Je suis contente de vous voir, dit-elle, souriant. Mes parents aident ma petite sœur à se préparer, vu qu'elle est éligible elle aussi, et je me sentais un peu abandonnée.

– Tout le plaisir est pour nous.

– Est-ce que vous êtes inquiets ? demande-t-elle en se mordant la lèvre, faisant battre mon cœur un peu plus vite et réveillant une partie masculine, à mon grand damne.

– Ça va bien aller ! m'écriai-je d'une voix forte, les faisant sursauter.

Elle a un petit rire et hoche la tête. Mais qu'est-ce qui me prend ? Je ne réagis jamais comme ça en présence des filles ! C'est toujours moi qui ai le contrôle, qui sais ce que je fais. Comment approcher la fille, comment l'avoir dans mon lit, et comment couper les ponts le lendemain matin. Mais elle… Rien à faire, elle m'intimide pour une raison que j'ignore.

– J'espère, murmure-t-elle en nous faisant signe de la suivre jusque dans la chambre, me ramenant au moment présent.

Moi aussi, je l'espère.

.

.

.

– Hey le lézard ! Toujours avec l'emplumée hein ?

Je me retourne d'un bond pour faire face à Elric, qui est appuyé contre le mur, entouré de son habituelle troupe d'imbéciles. Ceux-ci ricanent à la remarque de leur leader, nous pointant Bran, Keuz et moi. Le lieu de la Moisson est encore à une dizaine de minutes de marche, mais bien sûr il devait venir m'embêter juste avant. Il n'apprendra jamais rien.

– J'aurais cru que tu pourrais faire mieux, continue-t-il en s'avançant vers moi. Mais j'imagine qu'elle est bien la seule qui ne révélera pas à tout le monde que tu as pissé dans ton lit cette nuit…

J'affiche un sourire et hausse les épaules avec désinvolture, ignorant Keuz qui tente de me tirer vers l'arrière.

– Comme dirait Ambrose Bierce : « Jaloux. Qui s'intéresse indûment à la préservation de quelque chose qui ne peut être perdu que s'il n'est pas bien gardé. »

– De quoi tu parles, lézard ? rétorque Elric en fronçant les sourcils, perdu comme l'abruti qu'il est.

– Je parle de ton ex avec qui j'ai couché, voyons. Elle m'a dit que vous ne l'aviez pas encore fait ensemble parce tu n'arrivais pas à la lever ? C'est pas ma faute si tu t'occupais mal d'elle…

Il crie à ses accolytes de me défigurer, mais je l'arrête dans son élan en levant une main.

– Vraiment Elric, le jour de la Moisson, alors qu'il y a une dizaine de Thraxs dans les alentours ? Sers-toi de ta tête un peu, mon vieux.

Sa mâchoire tressaute, les veines dans son cou saillantes, mais il recule d'un pas en baissant les poings.

– Tu perds rien pour attendre ! siffle-t-il en s'éloignant à grands pas, suivi de sa troupe, et je lui crie :

– Toujours un plaisir de te voir !

– Tu as fait exprès, marmonne Keuz en s'éloignant elle aussi.

Je la rattrape précipitamment, Bran sur mes talons. Il reste prudemment silencieux, regardant ses souliers presque avec ennui.

– Il le méritait bien, expliquai-je. Il essaie toujours de me causer du trouble depuis que j'ai couché avec son ex. Ils n'étaient même plus ensemble, je ne vois pas le problème…

– Tu es intelligent, Louarn. Mais parfois je me demande si tu n'utilises pas mal cette intelligence.

– Quoi, tu veux peut-être que je sois un ange ? Je me défends quand j'en ai besoin, c'est tout !

Bran toussote à ma gauche et je lui lance un regard noir. Ok, c'est peut-être déformer un peu la vérité. Je prends plutôt plaisir à me moquer des autres, c'est l'un de mes passe-temps. Mais hey, ils n'ont qu'à m'humilier à leur tour. Ce n'est pas de ma faute s'ils sont toujours plus idiots que moi.

– Tout ça n'est qu'une histoire d'orgueil, Louarn. La foutue fierté masculine.

– Parce qu'il n'y a pas de fierté féminine peut-être ? Allez, parlons d'autre chose. Ce n'est pas la journée pour se disputer, dis-je d'une voix suppliante, essayant tant bien que mal de suivre ses longues enjambées.

Elle soupire et m'adresse un petit sourire tendu.

– Tu as raison. On en reparlera un autre jour.

– Voilà qui est bien dit. Nos conversations sont toujours passionnantes !

Et c'est vrai. Nos philosophies sont diamétralement opposées, et je crois que c'est l'une des raisons pour laquelle j'aime passer du temps avec elle. Bran n'est pas du genre à commencer de longs débats, mais Keuz si. Elle remet en question toutes mes actions, me force à réfléchir sur ma vie et mes croyances les plus profondes. Et je fais de même pour elle.

Nous débouchons sur l'énorme terrain vague où prend place la Moisson. Il y a une bonne trentaine de stands d'enregistrements, placés à chaque débouchée de rue, et les files sont déjà longues. Une petite scène a été montée, avec les deux énormes boules de verre bien en vue. Et devant celle-ci se trouvent les sections d'âge qui se remplissent lentement. Les familles et autres habitants se tiennent derrière des barrières métalliques, et des Thraxs patrouillent au milieu de la foule.

Une immense horloge a été placée en haut du bâtiment derrière la scène, et elle indique maintenant qu'il est huit heures quarante-cinq. La première Moisson a lieu à neuf, et la nôtre à neuf heures quinze. Ainsi de suite jusqu'à midi, où prend place la dernière dans le Secteur Douze.

– Louarn !

Je me retourne, reconnaissant la voix de mon père. Il me sourit, s'arrêtant devant moi. Il porte ses vêtements officiels de travail, il a dû bosser ce matin et avoir été libéré le temps de la Moisson.

– Comment ça va ?

– Ça ira, répondis-je à voix basse.

Il hoche la tête, ne sachant probablement pas trop quoi dire pour me rassurer. Un Thrax le suit de près, afin de s'assurer qu'il ne révèle rien sur l'arène de cette année, puisqu'il y travaille.

– On se voit plus tard ? demandai-je avec espoir.

– Je vais essayer.

Il me sourit une dernière fois, me tapotant l'épaule, et s'éloigne en compagnie du Thrax. Je serre les poings pour cacher le tremblement de mes mains. Ma peur revient en force. La peur ne peut se passer de l'espoir et l'espoir de la peur, a dit Baruch Spinoza. Ce que je ressens n'est pas seulement de la peur, mais aussi de l'espoir. Alors ce n'est pas honteux.

Je me mets en file avec Keuz et Bran, et d'autres nous rejoignent, formant ma petite bande habituelle. Ils me regardent tous comme s'ils espèrent que j'ai la solution pour ne pas être tiré au sort et je masque à peine mon mépris. Faibles. Ignorants. À part Bran et Keuz, je n'ai rencontré personne d'autre de mon âge avec une tête sur les épaules.

Nous nous retrouvons tous dans la section des dix-huit ans, et en passant devant celle des douze ans, je ne peux retenir un ricanement. Ils sont si minuscules et terrifiés, on dirait qu'ils vont se pisser dessus à tout moment. Un tribut aussi jeune n'a aucune chance de survivre dans l'arène, ils devraient être terrorisés. En même temps, peu survivent aux Hunger Games. Seulement un sur vingt-trois.

J'attrape ma queue, triturant les écailles pour me changer les idées. L'hymne de Panem commence – les Districts la passent en permanence afin d'être sûrs que tout habitant le connaisse – et l'écran s'allume sur un petit vidéo portant sur la Rébellion, le temps que les derniers préparatifs soient réglés. Je détourne le regard, léchant mes lèvres devenues sèches. Sur l'horloge, il est neuf heures cinq, ça veut dire que la première Moisson a commencé.

Je me perds dans mes pensées angoissantes et suis interrompu par une voix traînante venant de la scène :

– Habitants du Secteur Deux… Bonjour… Je me nomme Ciriaco Marnix et je serai votre hôte pour ces Jeux du Capitole… marmonne presque l'homme.

Les yeux dans le vide, il parle lentement à travers son micro, arborant l'expression lasse d'un homme qui voudrait être n'importe où sauf ici. Il détonne dans la foule du Capitole avec son apparence complètement naturelle; les cheveux bruns courts et les yeux marrons, il est un grand maigrichon ne portant aucune modification génétique, ni piercing ou tatouage. Ses vêtements sont ternes, faisant plus penser à la mode des Districts – tant soit peu que ceux-ci ont une mode. La quarantaine bien tassée, il se tient les épaules basses, regardant à peine les caméras braquées sur lui.

Sa voix s'anime légèrement lorsqu'il parle de la victoire du nouveau gouvernement, et du prix à payer pour le Capitole et ses enfants. Il se tourne vers la mentor avec un sourire chaleureux, lui faisant signe de se présenter. Celle-ci fait un petit salue de la main, sa taille minuscule rendant difficile de la prendre au sérieux.

– On vient de me dire que la Moisson du Secteur Un est terminée, intervient à nouveau Ciriaco avec un lourd soupir. C'est donc l'heure du tirage… Les filles d'abord…

Il plonge la main dans l'énorme boule et en sort un petit papier sans plus de cérémonie, le dépliant immédiatement. Je n'ai même pas le temps de m'inquiéter pour Keuz.

– Le tribut féminin est Leonie Crane, dit-il d'une voix ennuyée, ne regardant même pas la foule de jeunes pour voir qui en sortira.

J'écarquille les yeux de surprise. Leonie Crane ? La fameuse mannequin ? Elle me frôle en traversant la marée humaine de notre section, ses yeux gris pâle fixés sur la scène, le corps rigide et pourtant gracieux dans ses mouvements. Ne montrant aucune émotion, elle se place à côté de l'hôte et ne bouge plus. Elle est habillée d'une simple robe rose et de chaussures à talons hauts, ses cheveux noirs aux mèches blanches relevés dans un chignon lâche.

Autour de moi, tous semblent interloqués. Qui aurait cru qu'une célébrité du Capitole se retrouverait tribut ? Ciriaco soupire à nouveau, tapant du doigt sur son micro pour attirer l'attention.

– Nous allons maintenant passer aux garçons, dit-il d'une voix morne, sans plus porter attention à Leonie. Et le malchanceux est… ah… Je dois dire chanceux, n'est-ce pas ?

Je grince des dents alors qu'il rit faiblement de son mauvais choix de mot et attrape rapidement un papier dans la boule de droite sous les airs interloqués des journalistes.

– Il faudrait que Louarn Kelereen monte sur scène, je vous prie, dit-il en lisant le papier.

Quoi ? Que vient-il de dire ? Je regarde autour de moi, incompréhensif. Mes amis me fixent tous avec horreur, particulièrement Keuz et Bran. Je plisse les yeux. Que ce passe-t-il ? C'est mon nom que j'ai entendu ? Vraiment ?

Mes yeux s'agrandissent quand je réalise enfin. Je recule d'un pas, puis de deux. Bran secoue la tête comme pour me dire quelque chose, mais je ne sais quoi. Je tourne le dos à la scène et m'élance vers la limite de ma section, mais deux Thraxs m'y attendent déjà. Ils m'attrapent chacun par un bras, me traînant en direction de l'hôte et de Leonie.

Non, non, non, non, non.

– NON !

Je hurle aussi fort que je le peux, me débattant. Je frappe l'un des Thraxs avec ma queue, mais il est aussitôt remplacé par un autre. Ils me font monter les marches et me gardent immobile à la gauche du tribut féminin, leurs expressions neutres. Des larmes se mettent à couler sur mes joues et je tente encore et encore de les déloger, mais rien à faire.

– Nous avons maintenant nos deux tributs du Secteur Deux. Une main d'applaudissement, mesdames et messieurs, marmonne Ciriaco.

– Non ! Pas moi ! Des volontaires ! Il n'y a pas de volontaire ?! suppliai-je, paniqué, aux jeunes rassemblés devant moi.

Les yeux se baissent de honte pour certains, tandis que d'autres se moquent ouvertement. Keuz pleure silencieusement, la main devant la bouche, et Bran a les poings serrés. Je m'effondre au sol avec désespoir. Je vais mourir. Je…

Je suis un tribut. Un sacrifice. Un amusement.

Non… Je ne veux pas… Tout sauf ça…

JE NE VEUX PAS !

.

.

.

– Louarn !

Je relève la tête avec soulagement quand mon père débarque dans la pièce en claquant la porte, l'air affolé. Il se précipite vers moi et me prend dans ses bras avec force. La main dans mes cheveux, il appuie mon front contre son épaule. Je m'agrippe à lui désespérément, ne retenant aucunement mes sanglots. Je me suis toujours donné l'image d'être fort, mais au fond de moi, je sais que c'est tout le contraire. Je ne suis qu'un peureux, un froussard, un lâche.

Je ne veux pas mourir. Est-ci si mal de penser cela ?

– Mon fils… murmure-t-il, encore et encore.

Il ne fait rien de plus, se contentant de me serrer dans mes bras. Au bout d'une ou deux minutes, il me relâche enfin, les yeux rouges.

– Tu peux peut-être gagner. Je sais que tu as peur, mais essaie tout de même.

– Mais je ne sais pas me battre !

– Tu sais chasser. Et faire des pièges. Rappelle-toi de nos excursions dans la forêt. Tu as une chance, Louarn.

– Papa, je…

– Écoute-moi bien, nous n'avons plus beaucoup de temps, dit-il après un temps de réflexion, l'air anxieux. Il faut que tu saches ceci, l'arène de cette année est…

Les Thraxs font irruption immédiatement, coupant court aux conseils de mon père. Ils l'attrapent par la taille, le traînant hors de la pièce sous mes yeux horrifiés.

– Tu la connais ! Tu connais l'arène ! hurle-t-il tout en se débattant. C'est…

Il se tait subitement, déjà hors de ma vue, et je fonce vers la porte pour vérifier qu'il va bien, mais elle est déjà barrée. Je la frappe en vain, criant sans relâche. Finalement, je me laisse tomber au sol, essayant de calmer ma respiration.

Je connais l'arène ? Mais que veut-il dire par là ?

Passant les mains sur ma nuque, je me balance, perdu dans l'océan d'émotion qui passe en moi. C'est ainsi que Bran et Keuz me trouvent, recroquevillé par terre, quand ils s'introduisent dans la pièce.

Mon ami me relève et je me laisse faire mollement. Il m'assied dans un fauteuil et croise les bras, debout devant moi. Keuz reste près de la porte, les yeux rougis et sa peau encore plus pâle qu'à l'habitude.

– T'as fini de pleurer ? me dit Bran abruptement. Parce que si tu veux revenir en vie, va falloir que tu reprennes le contrôle de tes émotions, tu m'entends ?

Je hoche la tête, les yeux écarquillés.

– C'est plus ton truc d'habitude, mais j'en ai une bonne pour l'occasion, marmonne-t-il, se baissant pour me regarder droit dans les yeux. La plus grande gloire n'est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute. Tu es tombé, maintenant relèves-toi. Et sors vainqueur des Hunger Games. Compris ?

– Compris.

Je redresse les épaules et il sourit, m'ébouriffant les cheveux avant de sortir. Il ne reste plus que Keuz et moi. Elle force un sourire timide mais ne bouge pas, comme si elle a peur de m'approcher. Je me lève lentement, faisant un pas vers elle, et elle recule. Ouvrant la bouche, j'essaie tant bien que mal de lui dire quelque chose. Tout va bien aller. Je ne vais pas mourir. Je t'aime. M'aimes-tu ? Vais-je te manquer ?

Mais rien ne sort, et nous continuons de nous regarder dans un silence de plomb. Finalement, elle hoche la tête.

– Bonne chance, chuchote-t-elle, quittant la pièce sur ces mots.

Restant seul, je me sens perdu et effrayé. Je me répète la citation de Bran, faisant le vide en moi.

Je suis tombé, je n'ai plus qu'à me relever.